A CÔTÉ DU SENTIER de DANIEL SIMON (Éditions M.E.O.)

Par Lucia SANTORO

 

a-cc3b4tc3a9-du-sentier-de-daniel-simon.jpg?w=600Daniel SIMON a une prédilection pour les récits courts et enlevés, les poèmes en prose. L’homme écrit juste. Son style méditatif et poétique, puissant et ramassé, laisse pantelant. Exigeant, il s’emploie à esquiver la littéralité du récit, lui préfère la parabole et la poésie.

Le titre poétique de ce nouveau recueil est tiré de l’une des dix-neuf nouvelles qui le compose. À marcher « à côté du sentier », nul ne risque de se perdre tandis que, marginal d’occasion, il a l’impression trompeuse de sortir de sa zone de confort et de partir à l’aventure. Pourtant, jamais il n’aura quitté le sentier des yeux. Certains, comme Julia, décident un beau jour d’en frayer un nouveau. L’égarement sera, peut-être, source de renaissance. Mais où diable mène-t-il ce chemin si étroit ? Quelques-uns en seront chassés et condamnés à l’errance. La révolte des Canuts n’aura plus lieu…

Le regard de Daniel Simon est mélancolique, féroce et sans concession. Lui, qui s’est nourri des espérances de l’après-mai 68, est un observateur perspicace d’un monde en mutation et en recul social. Il se saisit de l’instant, le transforme à sa façon. Aussi, le trou laissé par une dent, prémisses du manque, lui évoque le début d’une déchéance physique et morale. La crise de 2008 lui inspire un texte fécal et d’une cruelle lucidité tandis que, au beau milieu du sentier, il y a Désiré, enfant frappé de cécité aux yeux desquels ses copains veulent pourtant exister.daniel-simon-3.jpg

Chaque page est imprégnée du désir de prendre chair, d’être vu et reconnu, et du besoin de laisser des traces pour mieux combattre l’inanité d’une vie. Chaque texte est traversé par le sentiment illusoire de liberté tandis que l’ennui, qui rend capable du meilleur comme du pire, est prégnant et englue le lecteur. Celui-ci reconnaît également la sensation d’angoisse intrinsèquement liée à toute transition d’une civilisation qui change ou qui se meurt. Après nous, le déluge ? Un sentiment de déjà-vu résonne. On sait ce qu’il adviendra puisqu’on l’a déjà vécu…

La lecture d’À côté du sentier est un délicieux exercice de défragmentation. En dépit de leur remarquable concision, les récits sont si féconds qu’ils invitent le lecteur avide à réfréner son désir et à morceler sa lecture. A côté du sentier est un peu comme la poussière d’étoiles : brillante, subtile et précieuse. Lisez, lisez, il en restera toujours quelque chose.

À côté du sentier est publié aux éditions M.E.O.

Le précédent recueil de Daniel SIMON, Ne trouves-tu pas que le temps change ?, a obtenu le prix Gauchez-Philippot en 2012.

 

Extraits

« Ça a commencé comme ça… Il a perdu une dent. Bêtement, en tombant. Une incisive. Un trou noir. Le reste est encore plus simple, pas suffisamment d’argent et le trou est resté. Mais il n’a plus souri. Il a d’abord porté sa main à sa bouche pour masquer le trou. Mais on ne regardait plus que ça. Alors, il a fini par retirer sa main et à parler, comme ça. On ne l’écoutait plus de la même façon. On regardait le trou et on avait peur de tomber dedans. Pourquoi ce trou n’était-il pas bouché ? On s’en doutait, on avait peur. » (in Face-à-Face)

« Ça recommence d’une autre façon, toujours aussi sauvage, mais ça recommence toujours, d’une époque à l’autre, c’est le même scénario. On sait bien que nos gosses, vont se l’arracher le travail et ils n’en auront que des morceaux. La plupart ne travailleront pas. Des jobs, des stages, du passe-temps national. On n’a pas envie de leur dire de tout foutre en l’air aujourd’hui, parce qu’on espère encore, mais ça ne sent pas bon. » ( in Les Canuts)

« On forme un couple un peu fragile, dans le genre « cours après moi que je t’attrape », ça fait tellement longtemps que ça dure… On a dû trouver un système qui nous convient sans décider vraiment, une façon de se jouer un air de liberté, on sait que c’est que du jeu, cette façon de se prendre au mot, de se quitter pour quelques jours, de se croire désespérés, d’être à bout de nerfs. C’est qu’un jeu facile, mais à notre âge, c’est du luxe. » (in Les Copines)

SIMON, Daniel. A côté du sentier. [s.l.] : M.E.O., 2015. ISBN 978-2-8070-0025-4

 

LIENS UTILES

Lucia Santoro, bibliothécaire et écrivain public, sur le site de la Bibliothèque de la Régence à Soignies

Le livre sur le site des Éditions M.E.O.

Le blog de Daniel Simon auteur, éditeur

Autobiographie rêvée, le nouveau livre de Daniel Simon paru chez Couleurs Livres

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