LES CAGES THORACIQUES de TIMOTÉO SERGOÏ

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

Sergoi-Cages-thoraciques.jpgIl y a beaucoup de Jacques Prévert dans ces « Cages thoraciques », mais pas trop. Un peu de surréalisme, mais pas trop. Des cadavres très exquis, mais pas trop. Un peu de clownerie fantasque, mais pas trop.

Voilà donc, au Cormier, un livre de poésie qui déroge à l’austérité habituelle de la maison. Il y a ici de la vie, de la vie, de l’inventive vie (« je m’en mourrai »), avec ce brin de Séchan Renaud reconnaissable. Le jeu anaphorique (sans le pesant de certains auteurs qui en abusent et c’est là lourd et là c’est lourd) énonce quelques joies de rythme, réjouissant et plaisant à l’oreille, si le vers chante aussi bien.

Un brin de chanson traverse ces faux couplets :

 

Il pleut au zoo de Singapour,

Qu’avons-nous fait de nos amours ?

S’il y a un secret, dites-le moi

S’il y a le vent, portez-le moi (p.43)

 

Le poète est nomade, simple et voyageur et la vraie poésie illumine nombre de ses textes, écrits avec vivacité, et musicalité.

 

FOURMIS

 

Quand nous serons perdus en des gares encombrées

Tendant la main parfois, baissant la tête encore

Comme au ventre accroché de la ville au surplus

Comme loin de ses lois, comme loin de nos corps

Affaissés, affaiblis, effacés , plus encore… (p.58)

 

Ce livre, écrit à travers et au bout du monde, ce livre de souffle, un peu thoracique, jamais acide, libère des voix sous des titres satiens, très « satie », du style COUIC ! pour des vers très graves :

 

J’accepte de mourir en ces minutes-là

Qui me montrent le ciel et ses failles étoilées

Les fissures de plâtre en la voûte céleste

Où je plonge un instant, tout couvert de lilas

De caresses profondes, de parfums embaumé

Où je pense « Je pars » tout alors que je reste. (p.11)

 

Très surpervilien, non ?

Disons-le tout net, même si cela ne fera pas plaisir aux gloires indétrônables, aux noms souvent vantés, Sergoï est, avec Aubevert, Besschops, Bonhomme, Dancot, Noullez, Vandenschrick et quelques autres, l’honneur des lettres poétiques belges.

D’avoir lu tous ses livres (et comment oublier l’éblouissant « Cendrars », sous son vrai patronyme de Stéphane Georis), je puis dire qu’il dessine, entre légèreté et gravité, un univers identifiable, entre comptine savante, fable poétique, réflexion amusée sur le monde : « Nous n’avons qu’une nuit pour repeupler le monde » (p.64).

Timotéo SERGOÏ, Les cages thoraciques, Le Cormier, 2016, 72p.

Le livre sur le site des éditions LE CORMIER

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Timotéo Sergoï

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