• LE PROFESSEUR EST UN DIPTÈRE

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    " Il y a trois sujets à traiter : l'amour, la mort et les mouches,  moi, je m'occupe des mouches."

    Augusto Monterroso

     

    Le professeur quitte le pupitre et se pose sur le tableau, la tête en bas. Il se rue sur la vitre, s’y plaque, glisse le long du carreau. Vlan ! Le voici sur  l’appui de fenêtre. Mais il n’est pas mort, il bouge encore. Un professeur ne quitte pas la classe avant que la sonnerie le libère, il devrait le savoir. Il vibrionne, s’énerve, retrouve une assise, quitte l’endroit dont il n’a rien à attendre. Il vise un nouveau point de chute. Il va se poser sur une lèvre, sur un front, sur une épaule avenante... Il revient au tableau. Au fond, il préfère le vert du tableau à la transparence de la vitre, ce faux-semblant. Le professeur ne pense pas, il n’est pas payé pour cela. C’est juste un constat, une observation des sens qu’il vient de faire, rien à voir avec un cours structuré comprenant théorie, exercices et évaluation. Ou évacuation... Il retourne sur un bras nu; cette fille sent bon, ça change des insecticides… Dans sa confusion, il prend l’écran de smartphone pour le tableau alors qu’il s’agit d’une vidéo dudit tableau. Le réel et sa représentation, on s’y perd... Il ne bouge à nouveau plus (viserait-il l’absolue immobilité ?). Il regarde attentivement la masse des étudiants devant lui de ses yeux globuleux et sans âme. On dirait qu’il se moque, il bat des ailes bêtement (se croirait-il tout permis ?), il n’a plus la notion des bienséances. La fonction lui est monté à la tête, il se croit déjà roi des fourmis ou empereur des mouches. D’une pichenette, l’étudiante le fait chuter sur le banc, elle lève un point rageur (il a chié sur son écran, le dégueulasse !) qui s'abat sur lui. Ce n’est que justice, et c’en est fini de ses enseignements… Si ça tombe, on ne pensera même pas à l’enterrer dignement. On l’écartera d’un revers de la main avec une moue de dégoût, on marchera sur lui jusqu'à ce que sa trace imprègne le sol, uniquement le sol.  

    En attendant l’insecte suivant et ses agitations diptériques.

    E.A.

  • ZONES SENSIBLES de ROMAIN VERGER

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    72dpicouvzonessensibles.jpgRenoncement

    Romain est professeur en banlieue. Tous les jours il emprunte le train pour donner ses cours. Tous les jours il supporte les élèves, leurs blagues, leurs mauvais comportements, leur je-m'en-foutisme. Et les jours se succèdent et l'enseignant en a assez. Il a mal, un mal de dos qui s'accroît. Il est mal dans sa tête, dans son corps, dans sa vie. 

    Le paysage file : maisons au garde-à-vous, champs, parcelles de vies. Souffler sur tous ces pavillons comme le grand méchant loup, sur mon tas de copies, de recopies, sur ces litres d'encre rouge versés depuis des mois. Comme du pétrole s'accrochant aux rochers, aux oiseaux, s'infiltrant dans le sable et dans les plumes, l'encre a irrigué le papier, peuplant les marges, s'immisçant dans les interlignes, s'insinuant entre les lettres, dans le jambage des mouches, remplissant les classeurs, les cahiers, les tiroirs, attisant les haines et les feux intérieurs. Tous ces mots écrits et biffés, toutes ces appréciations qui ne signifient rien, des rivières figées dans l'hiver. 

    Il consulte un premier docteur, psy quelque chose, qui le prend en charge. Romain parle de ses rêves, des rêves de mer, de poissons gluants,d'eaux profondes, noires et nauséabondes. Puis le mal s'amplifie, la colonne vertébrale souffre, il faut opérer.

    Pour sa convalescence, le malade se rend dans un centre de balnéothérapie. Un drôle d'endroit, avec des malades étranges, des traitements singuliers, une alimentation surprenante...

    Une lecture fantastique, sur un thème hélas commun, le mal qui ronge les êtres fragilisés par une vie désolante, un ras-le-bol et une douleur à surmonter. Romain Verger explore les fins fonds de cet être démuni face à sa maladie, qui se livre aux bons soins de médecins censés le guérir. Sauf que ce parcours remue son être tout entier, les rêves se multiplient, toujours plus glauques et effrayants. Les journées se passent sereinement, entre soins et promenades, rencontres avec les autres patient(e)s qui partagent à leur tour leur histoire. Mais qu'en est-il de ce traitement qui transforme Romain, jour après jour ? 

    Un livre surprenant, qui nous rappelle d'où nous venons, qui évoque le déni de soi et le renoncement
    .

    Le livre sur le site de Quidam Editeur 

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    Le site de ROMAIN VERGER

  • MON BOURREAU

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    "Je suis la plaie et le couteau !
    Je suis le soufflet et la joue !
    Je suis les membres et la roue, 
    Et la victime et le bourreau !"

    Charles Baudelaire

     

    Une barque sans rameurs rabote le dos de mon bourreau

    Un drôle de temple stationne sur son épaule comme en attente d’un dôme

    Un iceberg se répand en bouillon sur son cou rouge et lent

    Ma pluie née d’un œuf de caille me condamne à l’humidité

    La profondeur n’atteint pas les côtes de mon bourreau avant quatorze heures précises

    Autrefois le vin de l’avenir se jetait dans les pieds de mon bourreau

    Sur la glace éreintée des fauves dressés mesurent la nature de mon plaisir

    Cependant que tout n’est plus que chaînes d’assemblage de la douleur forge et soupirs

    Je pousse la charge féminine jusqu’à la décharge du paraître

    Il ne fait pas bon secourir l’envieux ni la domestique à froid

    La peur saute du toit du trentième étage sans me faire rire ni mal

    Crever serait la meilleure chose à faire pour quitter la tête de la course

    Mais des spectateurs meurent par centaines le long de la route du dancing

    Sans savoir la petite musique du souci court fraîche sous ma peau

    Nous n’avons pas dit soleil ni mourir encore moins chalumeau

    Un centre agité se détache de la circonférence étroite

    Quand j’appuie sur le nombril de mon bourreau avec mon œil mort

    Une barque sans masseurs laboure le dos de mon bourreau

    Une barque est une barque est une barque est une barque

    Depuis que mon bourreau a vendu ma tête pour une poignée de main

    Le sable lourd des regards s’écoule entre les doigts du chemin

    E.A.

     

    Illustration: Etude de dos par Marc Charmois

  • UN TEXTE INEXISTANT

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    "Dans leur curriculum vitae, beaucoup passent sous silence leur inexistence."

    Stanislaw Jerzy Lec

     

    Il était né du ventre inexistant d’une femme inexistante aidée dans son inexistante parturition par le personnel inexistant d'une clinique néonatale inexitante après avoir été fécondé par l’inexistant sperme d’un inexistant mâle quelconque ayant vécu la non existante enfance classique de tout inexistant être vivant entre d’inexistants jeux et d’ô combien inexistants apprentissages. Il avait été nourri d’inexistantes nourritures, aussi bien matérielles que spirituelles. Il avait connu d’inexistantes amours et de tout aussi inexistantes douleurs. Il avait consumé une inexistante vieillesse qui l’avait inexorablement conduit à une inexistante mort certaine.

    Il repose dans une inexistante tombe d’un inexistant cimetière de cette inexistante planète sur laquelle sont gravés dans l’inexistant marbre des inexistantes pierres tombales ses inexistants nom et prénom suivi de deux inexistantes dates d’un temps tout à fait inexistant.

    Régulièrement d’inexistants proches viennent sur son inexistant sépulcre se souvenir avec une inexistante mémoire d’inexistants moments vécus en son inexistante compagnie. Il arrive qu’ils versent d’inexistants pleurs et déposent d’inexistantes fleurs qui consolent de cette inexistante perte leur trop irréelle désolation.

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 39

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    FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Je pense à tous ces gueux, reprit Ibrahim, Aslan cette fois, que notre maître incontesté,Naguib Mahfouz, a merveilleusement mis en scène, qui ne peuvent croire en personne et qui pourraient trouver, pour certains du moins, un refuge à l’abri de ceux qui font de belles promesses et des petits cadeaux pour les attirer dans les rets de leurs mouvements extrémistes.

    - Ils ne sont pas si nombreux, rétorqua Alaa. 

    - Plus que nous le croyons, poursuit Ibrahim Aslan ; on dit même que le fils du concierge de cet immeuble participerait à des camps d’entraînement militaire pour venger les humiliations qu’il aurait subies.

    - Juste une petite crise de jeunesse que quelques privations et brimades calmeront bien vite répliqua Alaa.

    - Il ne faut pas plaisanter avec ça, la menace est réelle et tant de femmes l’ont déjà payé de leur vie qu’il faut se prémunir dès maintenant, ne pas laisser la place, l’occuper dès maintenant et être fort pour que les extrémistes ne puissent pas insérer le coin de leurs ambitions dans la faille créée par notre révolution, insista Nawal.

    - « L’histoire ne repasse pas les plats » cita Gamal mais on dit aussi « que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement », alors soyons vigilants et ne baissons pas la garde.

    - Gardons à l’esprit l’exemple iranien pour ne pas être surpris un jour ajouta Ibrahim, Abdel Meguid cette fois. Et regardons ce qui se passe ailleurs aussi, en Tunisie, au Soudan d’oùTayeb Salih pourrait nous adresser quelques informations.

    ÉPISODE 39

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    Une femme en niqab dans les rues du Caire, en juillet 2012  

     

    Pour eux la révolution triompherait inéluctablement de la dictature en place, beaucoup rêvaient d’une Egypte libre, tolérante, ouverte, comme au temps d’avant le coup d’état militaire mais tous, ou presque, craignaient le processus qui avait porté au pouvoir, en Iran, un parti particulièrement fanatique et barbare. Pour lui, ce n’était même pas un rêve qu’il venait de vivre mais tout juste une réflexion fantasmée qu’il aurait voulu partager avec des écrivains du cru qui vivaient le problème au quotidien sur le terrain. La révolution égyptienne triomphait en effet de sa dictature obsolète mais n’avait en rien réglé la question de l’avenir du pays, beaucoup d’hypothèses étaient encore possibles. Son quartier aussi s’islamisait à grande vitesse et il croisait de plus en plus souvent des femmes complètement voilées même par les temps de canicule. Pour lui, chacun s’habillait comme il en avait envie mais il avait pourtant beaucoup de mal à croire que des jeunes femmes acceptaient de plein gré et de gaieté de cœur de porter de tels vêtements par des températures aussi élevées. Et, aussi, il songeait à tous les combats menés par les femmes de la génération de sa mère pour leur liberté, leur dignité et le respect qui leur est dû. Il avait l’impression que l’histoire avait croché la marche arrière et qu’elle remontait le temps vers des périodes très nébuleuses au cœur de l’Afrique, du Maghreb à la pointe de Bonne Espérance.

    Et notamment au sud du Sahara, du Mali au Sénégal, où des femmes avaient servi pendant de longues années de monnaie d’échange. Elles étaient souvent données en gage au chef du village quand un petit propriétaire sollicitait une avance de graine qu’il ne pouvait rembourser, pour nourrir sa famille après une récolte insuffisante suivie d’une autre tout aussi médiocre. Le chef alors exigeait que la femme, ou l’enfant, ou toute la famille, soit mise en esclavage à son service et parfois, comme il avait abondance de main d’œuvre, surtout quand il avait malicieusement organisé la pénurie, il cédait quelques esclaves à des marchands maures pour acheter des colifichets qui montraient l’étendue de ses richesses et de son pouvoir.

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    Ibrahima Ly

    Ibrahima Ly voulait l’entraîner sur un marché d’esclaves où les chefs locaux vendaient leurs marchandises à des commerçants maures qui transportaient leurs acquisitions dans les pays du Golfe Persique pour servir dans les harems. Les plus jeunes et plus belles filles étaient réservées pour les plaisir de la chair, les autres femmes pour le service des courtisanes comme les mâles castrés qui coûtaient beaucoup plus chers que les hommes entiers qui, eux, étaient destinés au service des maîtres. D’autres esclaves étaient transportés, en longues caravanes, sous un soleil abominable, jusqu’au célèbre terminal de Gorée où les blancs venaient s’approvisionner en chair fraîche qu’ils revendaient aux planteurs de coton ou de canne à sucre dans les Amérique. Il ne voulait pas marcher sur cette route exécrable de la déchéance humaine, il n’aurait pas pu supporter une telle atrocité, il voulait partir avec NImrod pour admirer les jambes ensorcelantes d’Alice qui courait dans la brousse comme une gazelle. Mais elle courait si vite et si légèrement que jamais il ne la rattraperait.

    Il s’enfuit donc avec Massan Makan Diabaté et Amadou Hampaté Bâ à la rencontre de deux facétieux personnages qui prenaient un malin plaisir à faire des farces, à monter des histoires ubuesques, à rouler dans la farine et à ridiculiser les colons qui cherchaient à obtenir leur allégeance ou au moins une certaine passivité de la part de leur esprit un peu trop inventif. Mais les deux lascars, Wrangin et le coiffeur de Kouta, restaient insaisissables et ingérables, des personnages totalement libres et indépendants qui pouvaient servir d’exemple à tous leurs compatriotes oppressés. Il serait resté des semaines, sous ce banian, à écouter les histoires improbables de ce coiffeur théâtral qui inventait des aventures ubuesques pour ses clients ébahis qui ne se permettaient pas le moindre bruit afin de ne pas troubler son discours extraordinaire. Ils avalaient ses élucubrations comme, à la campagne on gobe l’œuf de la poule, sans jamais douter de leur véracité.

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    Chinua Achebe

    Ils racontaient des histoires qu’ils inventaient de bout en bout sans que personne jamais ne les mette en doute, ils racontaient aussi les aventures que certaines femmes avaient connues pendant la guerre de libération contre les colonisateurs, des aventures qui sortaient tout droit des livres de Chinua Achebe, des aventures de femmes en guerre, des destins de femmes qui avaient cru en la victoire et en un avenir meilleur avant de perdre leurs illusions devant l’appétit des ogres dirigeants, des trafiquants sans foi ni loi et de ceux qui se disaient leurs alliés mais n’étaient en fait que des partenaires de corruption pour ceux qui avaient quelques responsabilités. Ces femmes avaient cru en leur combat comme ce petit militaire nigérian qui ne parlait qu’un anglais sommaire et à qui on avait donné un fusil pour l’enrôler dans l’un de ces groupes de mercenaires qui erraient dans la campagne à la solde d’un quelconque chef de guerre qui vendait ses services à qui les paierait le plus cher. Et, un jour de bataille, ce petit militaire ingénu s’était retrouvé seul survivant de sa petite compagnie, tous les autres étaient morts au combat. Il avait dû son salut à son innocence, il avait peur de son fusil autant que de ceux qu’on lui avait dit être des ennemis, et il était resté tapi à terre pendant la fusillade qui l’avait ainsi épargné.

    Et, maintenant, il était là assis devant ce qui avait été sa maison avec ceux qui étaient, il ya quelques heures seulement, ses ennemis et qui étaient désormais ses frères d’armes.

    Celui qui semblait être le chef de ce petit groupe de mercenaires l’interrogeait :

    - Qui es-tu ?

    - Moi, grand fils protéger famille ! Moi pas peur ! Moi petit minitaire !

    - Qui t’a donné cette arme ?

    - Grand soldat, fort, donner arme à moi.

    - Pour quoi faire ?

    - Pour protéger famille ennemis très méchants vouloir tuer famille.

    - Qui sont ces ennemis ?

    - Ceux qui vouloir tuer famille.

    - Tu sais te servir de cette arme ?

    - Non, mais moi pas peur, moi faire le feu !

    - Veux-tu venir avec nous pour tuer ceux qui ont attaqué ta famille ?

    - Moi vouloir vengeance.

    - Tu vas apprendre à te servir de cette arme !

    - Oui, moi très vouloir.

    - Toi, prends-le avec toi et montre lui comment on tire sur les ennemis.

    Caché derrière les ruines des huttes calcinées que la troupe venait de brûler, il venait d’assister à l’enrôlement d’un adolescent à qui on aurait pu faire croire n’importe quoi du moment qu’on lui disait qu’une troupe allait attaquer sa famille et qu’il devait la défendre ou que des grands méchants avaient fait du tord aux siens et qu’il fallait qu’il les venge. De toute façon, il ne connaissait personne et rien à ces luttes fratricides qui ensanglantaient le pays depuis un certain temps déjà. Et ainsi de jeunes garçons se massacraient en croyant réciproquement que celui d’en face voulait décimer sa famille, alors qu’ils n’étaient que des pions sur l’échiquier de mercenaires sans foi ni loi qui vendaient leurs maigres troupes au plus offrant des candidats au pouvoir. Et ainsi Sozaboy, notre petit soldat candide et volontaire était mûr pour perpétrer les pires horreurs à l’encontre de ceux qui voulaient tuer les siens comme on le lui avait laissé croire. Ces pauvres gamins, quand ils échappaient au massacre, passaient d’un camp à l’autre sans aucun scrupule, ils ne se battaient pas plus pour un idéal que pour un croûton de pain ou n’importe quelle autre cause, il se battait pour le chef du moment. Leur violence n’avait aucune limite, ils avaient grandi avec l’horreur et la brutalité comme grandes sœurs.

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    Abruti par tant de sauvagerie, il voulut échapper à ce monde bestial - mais même les bêtes ne se battent pas sans raison majeure - il décida alors d’aller à la rencontre d’un sage, Diop peut-être, pas Boubacar Boris Birago celui qui écrivait des lavanes et des contes pour que la sagesse n’abandonne pas définitivement ce continent trop souvent à feu et à sang pour le profit d’affairistes venus d’ailleurs. Birago Diop avait trouvé refuge aux confins de la savane et de la maigre forêt qui résistait sous les assauts conjugués du vent et du soleil.

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    Birago Diop

    Le vieux sage l’avait accueilli avec plaisir et humilité, il méditait sur les contes qu’il pensait encore écrire pour rappeler aux Africains le bon sens qu’ils avaient oublié depuis la colonisation et encore plus depuis la libération. Il espérait toujours les voir revenir à une sagesse ancestrale qui avait permis à des peuples de vivre en paix et prospérité pendant de longues périodes sur ce continent si exigeant pour l’être humain. « Dis moi Birago que penses-tu de l’Afrique actuelle ? » Lui demanda-t-il. Le vieil homme ne répondit pas, il resta plongé dans sa médiation comme pour mûrir une réponse pas trop précise et pas plus évasive cependant pour laisser la porte ouverte à toutes les interprétations possibles.

    « L’Afrique, elle ne va pas très bien mais elle pourrait aller plus mal ou peut-être même mieux. L’Afrique est comme la savane, elle est peuplée d’êtres bons et candides, de jeunes qui ne veulent plus tellement croire en leur pays et qui esquivent les problèmes en fuyant à l’étranger, pensant y trouver un monde meilleur, et de chacals féroces et perfides qui sont toujours prêts à croquer les plus faibles pour s’approprier leur petit avoir. »

    « Je comprends bien Birago, à t’écouter j’ai l’impression d’entendre une lecture d’une de tes lavanes. Celle où l’on retrouve Leuck , le lièvre rusé qui se tire toujours d’affaires, Béye, la petite chèvre candide et bonne qui, malgré son allégeance, se fait tout de même croquer par Boucki l’hyène hideuse, vile et fourbe qui la dévore simplement parce qu’elle en a envie ou besoin, sans s’occuper de ce qu’elle est. L’Afrique que tu me racontes, c’est un peu cette histoire démultipliée des milliers et des milliers de fois ».

    « Oui, tu as compris, l’Afrique comme je la vois depuis mon coin de savane c’est un peu ça. »

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    Après une longue pause, au cours de laquelle le vieux sage sembla vouloir cesser la conversation, il reprit tout de même son propos en précisant : « cette histoire on peut la lire entre les lignes de bien des textes africains, je parie que tu connais un certain nombre d’exemples que tu pourrais me citer ». Surpris par cette proposition, à son tour, il resta coi, interloqué. Voyant l’hébétude de son compagnon, le sage, poursuivit : « Ne crois-tu pas que Gwendoleen que Buchi Emecheta emmena à Londres n’était pas un peu un petit lièvre qui se sauvait pour fuir les problèmes qu’il rencontrait au pays. Ne crois-tu pas que la jeune fille qu’Amma Darko a rencontrée au-delà de l’horizon n’était pas qu’une petite chèvre candide qui est allée se faire croquer ailleurs en s’enfuyant pour ne pas se faire croquer au Gahna ? Ne crois-tu pas que la jeune femme que Sylvain Ananissoh met en scène dans son Togo natal n’a pas elle aussi rencontré les hyènes ? Dis-moi, toi aussi tu connais des histoires de Boucki, de Leuck ou de Béye, tu lis suffisamment de livres africains pour avoir une certaine idée là-dessus. »

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    Lecture des Contes et lavanes de Birago Diop par Denis Billamboz

    Lire en Afrique francophone par Denis Billamboz

  • OSER LA POÉSIE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    D’aucuns prétendent que la poésie ne fait plus recette et pourtant, les poètes sont de plus en plus nombreux à oser la publication. Aujourd’hui, je voudrais rendre hommage à Eric Allard, le maître de ce blog qui laisse souvent, dans son espace virtuel, une belle place à la poésie. La publication de l’excellent recueil qu’il a produit avec Denys-Louis Colaux et la superbe préface qu’il a offerte à Carine-Laure Desguin pour son dernier recueil a été pour moi l’occasion de publier cette chronique en forme d’hommage. Ecoutons le père Hugo, c’est lui qui disait, il semble, « Seul le poète a le front éclairé » ou quelque chose de ce genre, ma mémoire n’est plus très fiable.

     

    image2231.jpgLES LIÈVRES DE JADE

    Denys-Louis COLAUX (1959 - …)

    Eric ALLARD (1959 - …)

    Allard et Colaux semblent avoir en commun certains gènes littéraires, aucune analyse ne pourra le confirmer mais leurs écrits le laissent indubitablement penser. Ils ont donc décidé d’écrire un recueil à quatre mains, Colaux présente le projet dans sa note liminaire : « Allard, lui ai-je écrit, je vous propose une aventure de coécriture. Plaçons, pour épicer l’affaire, ce projet sous quelques consignes. Il sera question de la Lune, nous écrirons chacun quinze épisodes d’une dizaine de lignes, et dans le récit, nous nous croiserons. Rien d’autre ». Le cadre était dressé, il ne restait qu’à écrire et nos deux lièvres sont partis, pour une fois, à point, ils ont fait gambader leur plume respective chacun sur sa plage/pré pour finir par se rencontrer comme ils l’avaient prévu. Et comme le résultat était probant, ils ont décidé d’écrire une seconde série de quinze textes.Denys-Louis-Colaux-nb.jpg

    La Lune est leur totem, ils l’avaient inscrit dans les contraintes imposées à leurs récits, ils la vénèrent avec les mots, les phrases, les aphorismes, les images, les clins d’œil, les allusions, …., avec toutes les armes pacifiques du poète. Ils l’adulent car la Lune est mère de toutes les femmes qui nourrissent leurs phantasmes, « Les femmes sont enfants de la Lune », la femme est la muse du poète, les femmes sont nourriture du poème. Colaux la chante, dans sa première série de textes, comme un chevalier médiéval, comme Rutebeuf, comme Villon, comme … d’autres encore qui ont fait que l’amour soit courtois et le reste. Allard m’a fait très vite fait penser à Kawabata et plus particulièrement à Kawabata quand il écrit « Les belles endormies », je ne fus donc pas surpris qu’il cite le maître japonais au détour d’un de ses textes et qu’il intitule un autre précisément « Les belles endormies ». Pas surpris mais tout de même étonné que nous ayons en la circonstance les mêmes références, peut-être avons-nous, nous aussi, quelques gènes littéraires en commun ?3922229249.jpg

    Il y a une réelle proximité ente ces deux poètes, leur mode de pensée respectif semble très proche et ils expriment le fruit de leurs pensées dans un langage et un style qui pourraient leur être commun. Dans la seconde quinzaine de textes qu’il propose, Colaux m’a rappelé les textes d’Allard dans « Les corbeaux brûlés » que j’ai commentés il y a bientôt dix ans, on croirait ses textes immédiatement issus de ce recueil, les femmes qu’il dessine ressemblent étonnamment à celles qu’Eric fait glisser entre les pages de son recueil. Il y a du Léo Ferré dans ces deux séries de textes. Colaux dessinent des filles tout aussi liquides, tout aussi fluides, que celles qu’Allard fait ondoyer dans « Les corbeaux brûlés », comme celle que Ferré chante :

    « C’est extra, une fille qui ruisselle dans son berceau

    Comme un marin qu’on n’attend plus ».

    Deux grands poètes qui ont magnifiquement chanté, en prose, la Lune, l’astre féminin par excellence, et la femme non pas la femme mère ou fille, non, seulement la femme éternel idéal féminin source de tous les phantasmes qui agitent les hommes depuis qu’Eve a croqué la pomme. Leurs textes sont d’une grande élégance, d’une grande finesse, tout en laissant la place à de nombreux artifices littéraires, à de jolies formules de styles et à des clins d’œil qu’il faut dénicher. Un chouette pari littéraire, de la belle ouvrage !

    « Se pourrait-il que parfois la Lune aboyât aux chiens ? » (Colaux)

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

     

    9357077_orig.jpgDES LAMES ET DES LUMIÈRES

    Carine-Laure DESGUIN (1963 - …)

    Je connaissais Carine-Laure à travers les textes qu’elle a écrit en résonance à des romans de Marguerite Duras, je ne suis pas étonné de la retrouver cette fois armée de la plume du poète tant ses textes en hommage à la romancière respiraient la poésie. Dans le recueil qu’elle propose ici, elle présente des poèmes écrits en résonance, toujours, aux vingt-deux arcanes majeurs du tarot, tout en ajoutant six textes pour parvenir au nombre de vingt-huit. Selon Eric Allard, le brillant préfacier (il faut impérativement lire cette préface pour mieux comprendre les arcanes des textes), « la poétesse a pris des libertés avec les lames traitées individuellement pour atteindre à un nombre parfait (divisible par la somme de ses diviseurs) de textes bien accordés ». Je ne suis pas suffisamment versé en mathématiques et tarologie pour contester une aussi brillante démonstration. L’arcane majeur numéro 1, le Bateleur, ouvre donc la série en deuxième position des textes dans le recueil.

    « Sur les tréteaux du bateleur

    Les aiguilles des lendemains

    Babillent. »

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    Carine-Laure Desguin et Catherine Berael

    Et le Bateleur passe la main à la Papesse qui cède à son tour la place à l’Impératrice et ainsi de suite jusqu’à l’arcane vingt-deux le Mat qui appelle le renouveau. Il ne faut surtout pas oublier d’évoquer les vingt-deux lames représentées par l’illustratrice, Catherine Berael, dans lesquelles surgit toujours une tache de lumière illuminant des mondes tout en nuances de gris allant du blanc éclatant de cette lumière au noir le plus obscur. Des gravures aux contours mal définis évoquant des mondes flous percés de rayons de lumières, des mondes ésotériques éclairés par les lumières des lames (les lumières sont toujours évoquées au pluriel comme aux Siècle des lumières). Dans cet exercice aux limites de l’ésotérisme, Carine-Laure Desguin excelle, sa langue riche, son style brillant, génèrent des textes lumineux et je n’ai pas pu m’empêcher de penser que ces poèmes étaient un peu comme la lame de l’épée du toréador, revêtu de son ami de lumière, captant un dernier rayon de soleil avant de plonger dans le garrot du toro.

    Dans ces textes inondés de lumière, j’ai aussi voulu voir une forme d’optimisme, d’espérance, de foi en la vie, une croyance en des forces ésotériques qui sauveront le monde de sa morosité actuelle.

    « Respires-tu les pays de lumières

    De terres promises aux volcans de feux

    Au-dessus des ciels des orages des éclairs

    Quand les hommes aux costumes éphémères

    Battent les cartes et coupent les jeux

    Te guident vers les étoiles des amours heureux

    Quand les hommes aux costumes éphémères

    Te racontent les chemins des rites sulfureux »

     

    « La victoire

    C’est un chariot de soleil

    S’élançant du septième ciel

    Bousculant les matins et les soirs »

    Mais l’arcane treize rappelle lecteur aux dures réalités :

    « La treize la faux la mort

    Sèche et tranchante à vous couper le souffle ».

    La poétesse nous a révélé les forces qui animent les mondes, elle nous a montré les chemins des lumières, elle a fait briller les lames qui contiennent notre avenir dans ses textes lumineux, elle nous intronise :

    « Soldat de la vie aux mouvements de cristal

    Respires-tu les pays de lumières

    Maintenant que d’ici tu connais

    Ce que ton âme déjà savait ? »

    Le livre sur le site des Editions Le Coudrier

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     Carine-Laure Desguin, Claude Donnay, Denys-Louis Colaux & Eric Allard à la Librairie D'Livres

  • TOUTES LES PEINES DU MONDE

    epic-top.jpgUn éléphant perdu, ça doit bien se voir. Même un vieil éléphant, un éléphant tout gris dans une ville beige.

    Le portail était ouvert, pour la première fois depuis cinquante ans, et il a dû penser qu’une telle occasion ne se présenterait plus. Vous pensez bien, depuis le temps qu’il attendait…

    Dans la rue environnante, on a vu un homme en queue-de-pie avec un papillon, une femme à poil avec une pelote de laine, une enclume avec un marteau, un casse-noisettes sur un sac d’os, un astronaute à roulettes sur une planche de surf, un chat de syndicaliste avec un  griffon rouge, un marchand ambulant de porcelaines, une chienne en dessous de cuir avec son maître menotté, une armoire à glace avec un mauvais reflet, une carte de parti jetée dans le caniveau, un gérant de McDonald's avec un paquet de grosses frites, un entraîneur de foot avec une balle de tennis, un chef de gare dans un train à l’heure, un phoque borgne en équilibre sur un énorme œil de verre, une manifestation de gentillesse, un montreur d’ours en peluche avec un apiculteur en guêpière, un clown nain dans la main auguste d’un géant, un au revoir labial aux condoms anglais, un vallée en forme de coeur, une brocante d'escaliers tournants, une pluie silencieuse sur une chair en chaleur, un soleil tapageur dans un bain d’eau douce, un politicien sans mandat comme une âme en peine, un tord-boyaux sur une selle de vélo, une bicyclette après une reprise de volée, un chauffeur de salle dans une chambre froide, un pied-à-coulisse dans un talon aiguille, une borne millimétrique, une diva sans voix, un ananas de reine, un zozoo avec de drôles d’oiseaux, un défilé de mode avec des majorettes étiques, une paire d’yeux bleus à travers un niqab, un perroquet rose répétant un poème lettriste, des Gilles de Binche lançant des grenades en plastique…

    Tout cela, on l’a bien vu mais l’éléphant perdu, non. À croire qu’il était passé totalement inaperçu.
    Toute une vie s’en est allée avec l’éléphant : ses barrissements, quelle vacarme!, ses yeux alentis, quels regards !, ses battements de pattes, quel pétard !, ses battements d’oreilles, quel éventail !, ses coups de trompe, quelle vacherie !, ses crachats, quelle doucherie !, ses défenses, cher ivoire ! ,.... ses souvenirs, belle mémoire !

    Enfin, las de mes diverses interpellations de passants hagards pour retrouver sa trace, un enfant qui jouait sur le trottoir me demanda sans quitter ses billes de verre des yeux : c’est quoi, un éléphant ? Et j’eus toute les peines du monde pour lui expliquer...

    E.A.

  • URGENCES de XHEVAHIR SPAHIU

    urgences-1c.jpgUrgences de la poésie

    La poésie de Xhevahir Spahiu révèle un esprit frondeur, ou pour le moins questionneur, comme l’est celui des enfants, a fortiori des « enfants terribles ». Bien de ses poèmes partent d’une curiosité , d’une interrogation soudaine, signes d’une indéfectible faculté d’étonnement… commence par nous dire son traducteur et ami, Alexandre Sotos, dans la préface qui rend bien compte de l’ensemble des pièces  brèves mais fiévreuses, fortes d’une interrogation existentielle sur le monde et sur soi qui composent cette anthologie bilingue parue chez M.E.O.
    Xhevahir Spahiu est né en 1945 à Malind en Albanie. Après une carrière de reporter, il est envoyé dans les mines de Salas pour avoir critiqué Enver Hoxha. Ecrivain engagé, il sera maintes fois sanctionné ou censuré par le pouvoir. Il sera aussi librettiste et finira dans les années 2000 par occuper des fonctions importantes au sein de la culture de son pays.

    Vous, les mots, qui me dévorez peu à peu.

     

    Devant l’épée et la calomnie, je saigne mais ne flanche pas.

    Devant les larmes et la beauté, je capitule.

     

    Voilà deux les premiers textes (sans titre) du recueil qui dépeignent l’état d’esprit du poète qui réagit aux événements, et consigne dans une espèce de journal de bord des urgences à régler ses notations empreintes à la fois de questionnement et de poésie. Les mots, on le comprend, sont pour lui une nécessité qui blesse celui qui s’en sert, le ronge et le diminue à la mesure de ce qu’il est conduit à combattre.

    Seule l’extrême émotion ou la grande beauté le laisse sans voix.

     

    Immensité

      L’œil se perd dans la nébuleuse

    de l’horizon : universelle bleuité.
    Si vaste pourtant que soit la mer,

                     on discerne la mouette.

     

    Plusieurs fois revient cette idée que la vastitude s’augmente encore de la singularité qui la compose et de l’individualité qui la distingue, l'ensemble et l'élément y trouvant leur compte, se répondant, se jouant l’un de l’autre… Tout ce qui va par deux ne s’ajoute pas forcément, comme la vie et la mort qui s’interpénètrent, les empêchant de donner toute leur puissance. Il en fait ainsi la métaphore du Kosovo.

    Le ciel, transparent comme du verre, peut se montrer menaçant, porteur de balles de pluie. Et les yeux rendus vides, comme deux étuis de balle...

    L’amour humain apparaît comme la dualité parfaite qui se renforce de ses composants, tout en harmonisant ses voix.

    Un monde où règne l’impossibilité du silence le désole ; cette absence d’un lieu où choisir et intérioriser les bruits lui manque… Il aspire à une autre planète, celle pétrie dans le verbe.

    Le monde se gorge de bruits,/petits ou gros.:/ Il n’est pas de silence.

     

    Nous avons tout remis à demain :

                                                      le pain,

                                                   le chant,

                                                    l’amour,

                                                   la haine.


    Comment, sinon, attendre la mort ?

     

    Poésie sombre qui cherche le salut, l’éphémère lumière dans la nuit, le marc de café…

    Le pire serait de n’avoir rien à quoi s’accrocher, rien à retirer du chaos. Comme dans ce texte intitulé Ni : ni fleuve ni rive,/ni terre ni ciel,/ni haine ni tendresse,/ni vie ni mort,/ni lumières ni ténèbres:/ quelle horreur !

    Le poète est celui qui, s’il n’est pas frappé du même sort que celui qui meurtrit le peuple, permet de contrer l’adversité en la révélant, de transformer le pire en mots…

    L’oubli momentané du bruit, du temps, du questionnement, autorise à reprendre appui en soi, à redonner du mystère, de la matière à étonnement et à beauté.

    Le poète est aussi bien celui qui voit dans les cygnes des lys déliés du sol, entend dans le parfum de la rose son chant, regarde le peuplier comme une plume pour chanter le lac, les étoiles comme souvenirs du jour... que celui qui ressent la beauté de ce qu’il ne voit pas…

    Il y a urgence à sauver le poète, et la poésie, des flammes de la contingence car il est le feu qui éclaire et alimente la raison d'être du monde.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions M.E.O

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    Xhevahir Spahiu et Alexandre Sotos (traducteur et préfacier)

  • L'AFFAIRE DE LA FAUSSE CEINTURE EXPLOSIVE SECOUE À NOUVEAU LE MILIEU ENSEIGNANT

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    Suite à l'interpellation le 21 juin 2016 vers 5 h 30 du matin près du centre commercial City 2 de Bruxelles d’un homme de 26 ans muni d'une fausse ceinture explosive composée de sel et de biscuits, de nombreuses associations d'enseignants et de parents d'élèves (déjà fort éprouvées par le niveau jugé bas des épreuves certificatives externes de fin d'année) voient là une nouvelle preuve que la transmission du savoir-faire est en nette baisse depuis le 22 mars et s'inquiètent à juste titre.

    Leurs porte-paroles, Jean-Jacques Ouvalecol et Marceline de Montan-Sétèmieu s'expriment d'une même voix: 
    " Jusqu'où va-t-on aller dans la composition de ceintures d'explosifs? Bientôt on y trouvera de l'aspartame et de la poudre de perlimpin!!!!!!!!* Profitons des jours blancs pour retravailler cette compétence: réaliser une ceinture explosive qui ne fasse pas honte à DAESH. "

    Une histoire qui secoue à nouveau le monde de l’enseignement à la veille des vacances scolaires qui permettront, on s'en doute, de refaire le vide salvateur dans les cerveaux durement touchés.

     

    * L'abus de points d'exclamation est le signe d'un burn-out proche voire d'un dérèglement mental (ndlr)

  • LES LIMACES

    738876.jpgCet auteur déplorait une invasion de limaces dans ses écrits. L’orage, les pluies abondantes avaient eu raison de ses sécheresses d’écriture. Même s’il eût préféré des vers, des vers sonnants et luisants.

    Pas de limaces au sens propre, entendons-nous bien, des histoires de limaces. Elles s’introduisaient à divers moments de son travail d’auteur, parfois entre la signature du bon à tirer et l’impression, si bien que tous ses écrits se mirent à pulluler de limaces.

    Cette réalité lui sembla un signe du destin, le signe qu’il devait s’intéresser aux limaces. Il lut tous les livres les concernant. Des milliers de livres sur leurs bienfaits et leurs inconvénients que nous ne détaillerons pas ici car tout le monde s’en fiche.

    Et il rédigea des récits de façon telle à réduire l’espace fictionnel entre le hasard des limaces apparaissant naturellement (pour ne pas dire par magie) et ce qu’en tant qu’auteur expérimenté, il pouvait contrôler. Malgré cela, ses écrits restaient déconcertants, troués d’invraisemblances… À force de travail, d’anticipation sur les histoires de limaces, il réduisit l’écart à l’extrême et passa bientôt pour un auteur reconnu sur les limaces.

    Pour se faire une idée plus précise, il était devenu le Bernard Werber des limaces.

    Mais cela ne tint qu’un temps comme si quelqu’un, ailleurs, une sorte d’esprit malséant voulait à tout prix lui mettre des bâtons dans les roues de son activité d’auteur (alors que tant d’autres auteurs, malheureusement pour la littérature ordinaire, travaillent en roue libre en nous insupportant par leurs manies textuelles, leurs tics d’écriture, leurs pauvres obsessions…).

    Alors qu’il maîtrisait presque parfaitement le domaine des limaces, ses écrits connurent, sans la moindre logique apparente, une invasion d’éléphants, non moins handicapante, il faut le reconnaître (malgré le bénéfice qu’en peuvent tirer pour leur publicité les magasins de porcelaine).

    Comme il avait pu tourner à son profit l’invasion textuelle de limaces, il trouverait la parade à cette nouvelle intrusion littéraire et à toutes les autres que le destin lui infligerait pour forger son parcours de bienheureux écrivain martyr du mauvais génie des lettres.

    E.A.

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 38

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    FIN DE LÉPISODE PRÉCÉDENT

    - J’ai une idée ! Nous pourrions peut-être, un jour, organiser une retraite dans le désert avec ceux qui ont vécu l’épreuve de l’abstinence comme Farah, des Ethiopiens comme Mezlekia et d’autres venus de l’Afrique saharienne qui pourrait mettre leur sagesse en commun pour donner la leçon à ceux qui tiennent le pouvoir.

    - Belle idée mais il serait peut-être plus simple et plus efficace que les tenants du pouvoir soient transportés dans le désert pendant quelques jours, sans assistance, évidemment pas comme les sauvages qui envahissaient ergs et dunes avec leurs monstres voraces et pétaradants.

    - Les bolides ont quitté la piste, c’est déjà un bon point !

    - Pour sûr ! Mais il faut maintenant rassembler le troupeau et préparer le campement pour la nuit.

    - La fraîcheur descend !

    ÉPISODE 38

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    Il frissonna, émergea péniblement de sa sieste en cherchant les brebis du regard mais ne vit que son chat qui dormait sur son coussin dans un coin du salon. Il se leva, monta un peu le chauffage car cette journée printanière était un peu maussade et l’humidité tirait la température ambiante vers le bas. Il trouvait un peu difficile de passer de la vastitude du désert à l’étroitesse de son salon de célibataire endurci, il lui fallait bien un bon thé bien chaud pour recouvrer la totalité de ses esprits et accepter de quitter son rêve sans trop de regrets. Décidément la vie dans son monde artificiel était plus riche que sa petite vie de retraité dans sa petite maison d’un quartier périphérique d’une ville de province qui se dit grande mais ne l’est que dans les documents promotionnels.

    La solitude il l’avait, ou presque, mais il n’avait pas la magie ni le décor que le désert propose aux visiteurs qui s’y aventurent avec humilité et courage, car le désert s’offre à ceux qui le méritent en faisant preuve de patience et de pugnacité. Le désert n’est pas un terrain de jeu, c’est un lieu de vérité où l’homme se retrouve face à lui-même, face à toutes ses insuffisances et tous ses travers. Lui, il était capable de meubler sa solitude mais serait-il capable d’affronter les exigences du désert et surtout le regard qu’il faudrait bien qu’il porte à un moment ou un autre sur lui-même. Il était peut-être un peu tard pour lui de tenter l’aventure du désert mais il pourrait tout de même tenter une première approche avec des amis qui avaient succombé à l’attraction de l’immensité silencieuse. Un jour, peut-être… mais la conviction n’y était pas réellement.

    Il rangea cette suggestion dans le petit coin de sa tête qui servait un peu de débarras, là où il classait toutes les bonnes idées, réflexions, lumières spontanées, …., qui lui venaient à l’esprit quand il laissait dériver ses pensées au fil de leur courant, quand il rêvassait mais surtout quand il refermait un livre. Il savait bien qu’il visitait rarement cette petite case de sa mémoire et que ce qu’il y rangeait risquait plus de disparaître dans l’océan du temps que d’être, un jour, concrétisé mais il faut bien avoir des fantasmes en réserve pour pouvoir les réveiller le moment voulu non seulement pour les réaliser mais surtout pour y penser de temps à autre et ainsi se convaincre que la vie peut encore offrir des aventures inattendues, ou bien peu attendues, et des émotions fortes qui la rende encore désirable. Il en était ainsi de ses envies de voyage qu’il échafaudait souvent après des lectures qui l’entraînaient à l’autre bout de la planète, et même si une planète n’a pas de bout, il avait l’impression qu’il y avait quelque part une extrémité qui ne ramenait pas au point de départ mais ouvrait sur un ailleurs.

    Ainsi ses voyages ébauchés, peaufinés, coloriés, assaisonnés, dormaient paisiblement dans ce petit coin de sa tête car il savait bien qu’il ne les accomplirait jamais parce qu’il n’aimait pas beaucoup voyager en groupe et n’avait pas forcément les moyens de partir loin seul. Donc il se rabattait régulièrement sur les voyages imaginaires qu’il effectuait dès qu’il laissait ses neurones sans activités bien précises. Et, comme il avait acquis un talent particulier dans l’art de concevoir ces voyages virtuels, il préférait de beaucoup ce type d’évasion qui ne lui réservait aucune mauvaise surprise et le laissait dans le petit confort dans lequel il avait installé sa vie de célibataire qui penchait de plus en plus vers une forme de misanthropie, légère mais tout de même assez réelle. L’heure n’était plus à la méditation, il avait envie de son thé quotidien et il s’affaira pour le préparer.

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    Alaa el Aswany

    Alaa el Aswany lui versa un thé à la menthe avec tout l’art et l’adresse imposé par le rituel de la consommation de cette boisson au Moyen-Orient et notamment à Alexandrie où ils étaient installés sur la terrasse d’un vieil immeuble, ne manquant pas style, connu, dans le quartier, sous le nom de celui qui sans doute l’avait fait construire, un certain Yacoubian, un aventurier qui avait probablement échu dans ce port pour y commercer comme de nombreux autres venus de tous les pays bordant la Méditerranée et d’ailleurs encore. Alaa l’avait invité avec quelques amis à partager ce moment de convivialité sur cette terrasse dominant une bonne partie de la ville et où résidait un condensé représentatif de la population égyptienne qui vivait de plus en plus mal sous la botte d’un pouvoir autoritaire laissé à quelques sicaires par un dictateur décrépi qui ne contrôlait personnellement plus grand-chose.

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    Il y avait là, outre son hôte, Ibrahim Abdel Meguid venu en voisin, un autre Ibrahim, Aslan, Ghamal Ghitany et une femme, elles ne sont pas si nombreuses à oser prendre la plume dans ce pays, Nawal el Saadawi. Au moment où le peuple égyptien secouait avec de plus en plus de vigueur la carapace que le pouvoir essayait de maintenir cadenassée sur les épaules de ceux qui ne profitaient pas des abus de la classe dirigeante, Alaa avait voulu réunir quelques écrivains égyptiens pour évoquer, avec son ami français, l’avenir de son pays condamné au coup de force pour sortir de l’impasse dans laquelle il était actuellement. Il les avait accueillis sur la terrasse de cet immeuble qui symbolisait un peu, à lui seul, l’Egypte des temps meilleurs, avant que les militaires n’accaparent le pouvoir pour en abuser sans vergogne aucune.

    Après un rapide tour de table en forme de présentation des invités, formalité vite expédiée car l’ami français était le seul à ne pas connaître l’ensemble des convives, Alaa parla longuement de la situation actuelle en Egypte, il évoqua ces petits groupes qui commençaient à s’agglutiner à proximité du centre ville, provoquant de plus en plus la police et les dépositaires de l’autorité publique, narguant les hommes proches du pouvoir et inquiétant les gouvernants qui faisaient mine de rester quiets et impassibles. Allaa était convaincu que le mouvement de révolte ne s’arrêterait pas à ces gesticulations de mauvaise humeur et à ces provocations, il était convaincu que ces manifestations s’ancraient très fortement dans le passé récent de l’Egypte et qu’elles annonçaient un mouvement plus ample destiné à éjecter le dictateur et ses sbires hors des sphères du pouvoir. Les Egyptiens avaient atteint le stade de la saturation et ils ne pourraient pas supporter le pouvoir en place plus longtemps, même au prix de nombreuses vies sacrifiées.

    Tous les convives étaient parfaitement d’accord sur ce point et ne voulaient parler que de ce qu’il y aurait après même si Alaa prétendait qu’il était peut-être un peu tôt pour parler d’un après avant d’avoir réalisé le pendant.

    - Nous devons déjà gagner notre révolution car c’est bien d’une révolution qu’il s’agit, le compromis n’est pas possible, ceux qui ont écrasé la population pendant des décennies doivent désormais rendre des comptes et laisser la place à un pouvoir issu du peuple.

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    Abdel Meguid

    - Parfaitement d’accord avec toi, enchérit Abdel Meguid, le temps de la grande purge est arrivé mais il faut que nous soyons vigilants, certains lorgnent déjà sur le vide que la révolution risque de créer.

    - A qui penses-tu ! Demanda Alaa.

    - Je ne connais pas les habitants de cet immeuble et je ne voudrais pas prendre le risque d’évoquer certains mouvements qui infiltrent de plus en plus les couches sociales les plus démunies, répliqua Abdel Meguid.

    - Tu as raison, restons prudents mais aujourd’hui l’immeuble est sûr, il ne reste que quelques femmes et un vieux dandy qui croit encore vivre aux temps qui ont précédé la prise du pouvoir par l’armée.

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    Nawal el Saadawi

    - Mais j’espère bien que les femmes ont aussi leur mot à dire dans cet immeuble ! S’exclama Nawal el Saadawi.

    - Hélas pas souvent, pour ne pas dire jamais, avoua Alaa qui enchaîna en précisant qu’ils pouvaient parler tranquillement à condition de pas crier trop fort tout de même.

    - Bon, l’ère n’est pas forcément à la prudence, il faut bien un brin de témérité pour triompher. Je ne peux m’empêcher de penser à ce que l’Iran a vécu depuis le soulèvement contre le shah, reprit Abdel Meguid.

    - Cette inquiétude n’est pas infondée, les ultras religieux ont largement pénétré la masse de plus en plus importante de ceux qui sont totalement démunis et qui n’attendent plus rien de personne sauf de nouvelles persécutions.

    Gamal qui était resté coi jusqu’à présent, toussota pour souligner qu’il voulait prendre la parole et dit qu’il avait l’impression de voir s’écrire une page de l’histoire qu’il avait déjà lue, quelque part dans les manuels avec lesquels on enseignait encore cette matière avant le coup d’état des militaires.

    - J’ai une vision, prémonitoire peut-être, qui me montre des soldats barbus, frappés au front du croissant, qui fouillent maison après maison pour débusquer ceux qui ne se plieraient pas devant la loi religieuse. L’Egypte a déjà connu cet épisode, il serait bon qu’elle s’en souvienne pour ne pas réécrire une page funeste de son histoire, conclut-il.

    - Ne soyons pas trop pessimistes lança Alaa, il y a un grand nombre d’Egyptiens qui veut un pays laïc et libre et qui luttera pied à pied pour ne pas sombrer dans une autre dictature, encore plus obscure cette fois.

    - Nous les femmes, s’exclama Nawal, nous ne supporterons plus tout ce que nous avons dû déjà endurer depuis des siècles, nous voulons être désormais des êtres humains comme les hommes et nous nous battrons pour notre dignité aux côté de celles et ceux qui veulent la liberté, la liberté de penser et de croire et l’égalité entre les sexes.

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    Naguib Mahfouz

    - Je pense à tous ces gueux, reprit Ibrahim, Aslan cette fois, que notre maître incontesté, Naguib Mahfouz, a merveilleusement mis en scène, qui ne peuvent croire en personne et qui pourraient trouver, pour certains du moins, un refuge à l’abri de ceux qui font de belles promesses et des petits cadeaux pour les attirer dans les rets de leurs mouvements extrémistes.

    - Ils ne sont pas si nombreux, rétorqua Alaa.

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    Ibrahim Aslan

     

    - Plus que nous le croyons, poursuit Ibrahim Aslan ; on dit même que le fils du concierge de cet immeuble participerait à des camps d’entraînement militaire pour venger les humiliations qu’il aurait subies.

    - Juste une petite crise de jeunesse que quelques privations et brimades calmeront bien vite répliqua Alaa.

    - Il ne faut pas plaisanter avec ça, la menace est réelle et tant de femmes l’ont déjà payé de leur vie qu’il faut se prémunir dès maintenant, ne pas laisser la place, l’occuper dès maintenant et être fort pour que les extrémistes ne puissent pas insérer le coin de leurs ambitions dans la faille créée par notre révolution, insista Nawal.

    - « L’histoire ne repasse pas les plats » cita Gamal mais on dit aussi « que l’histoire n’est qu’un éternel recommencement », alors soyons vigilants et ne baissons pas la garde.

    - Gardons à l’esprit l’exemple iranien pour ne pas être surpris un jour ajouta Ibrahim, Abdel Meguid cette fois. Et regardons ce qui se passe ailleurs aussi, en Tunisie, au Soudan d’où Tayeb Salih pourrait nous adresser quelques informations.

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    L'immeuble Yacoubian lu par Denis Billamboz

     

  • LE GRAND JOJO EN SHOW CASE À LA LIBRAIRIE FILIGRANES

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    Dans le cadre de la Fête de la musique et des concerts improvisés dans les lieux les plus improbables, la librairie « Filigranes » accueillera le mardi 21 juin à 15 heures Le Grand Jojo pour un showcase acoustique exclusif. Le Grand Jojo interprétera des fables de La Fontaine sur les musiques de ses plus grands succès : Victor le footbaliste, Jules César, Sergent Flagada ou Sitting Bull.

    Marc Philipson, le gérant de la librairie, a déclaré : " Après le tollé provoqué par la venue de l’auteure d’aphorismes Nabilla Benattia, on a voulu donner une autre visibilité à Jean Vanobbergen, de son vrai nom, un chanteur du cru, héritier de la grande tradition surréaliste chère à notre beau pays. "

    Jusqu’ici l'annonce de la venue (à pied) du chanteur bruxellois n’a suscité aucune réaction discordante. Seul l’attaché de presse (au chômage) de Philippe Lafontaine a regretté que ce ne soit pas une vedette belge de renommée internationale qui ait les faveurs d’un show case à cet endroit select.

  • APRÈS LA DEFAITE DE LA BELGIQUE CONTRE L'ITALIE, STÉPHANE PAUWELS FAIT SON COMING OUT

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    C'est avec sa tête des mauvais jours que Stéphane Pauwels nous reçoit pour nous cette annonce surprenante...

    " Il y a des semaines que je me tâte... J'avais pensé le faire lors de la dernière émission des Orages de la vie, en apothéose de l’ultime saison, mais j’ai toujours retardé… La piètre prestation de la Belgique contre l’Italie, le passé agricole de Marc Wilmots qui a été ranimé, jeté en pâture au public belge dans une émission digne de L'amour du foot est dans le pré… Ah bon, c’était sur RTL, j’y ai participé ? Enfin, vous voyez, il est temps que j’arrête… Le burn-out footbalistique me guette… Puis il y eu la dernière saison désastreuse de Hazard à Manchester, l’errance d’un De Bruyne sur le terrain jetant des coups de pied à l'aveugle et sans mesure, façon majorette ayant abusé du mojito, la coupe afro-folklo d’un Fellaini, la crête au sommet d'un Nainggolan…"

    Un moment, Stéphane a les yeux dans le vague, il se prend la tête dans les mains et, comme lors des grands jours télévisuels, ceux qu’on ne peut pas manquer, où il faut être à la hauteur, il la relève, défie notre regard, le contre, et confie : " Je hais le foot, le foot-roi, le foot de mecs, les fans zones carnavalesques; moi, mon truc depuis l’enfance, c’est le volley. Mon père n’a jamais voulu que j'y joue, il me disait que c’était un sport de fillettes, de jeannettes. Je n’ai pas voulu le décevoir... J’ai joué une fois au volley dans ma vie et ça a été la dernière, ce ballon virevoltant au-dessus d’un filet, mais sans but, un genre de tennis avec une grosse boule et sans raquette, qu’on se relance jusqu’au moment où il tombe par terre, j’ai senti la vibration dans tout le corps, cette espèce de frisson dans les reins, vous me comprenez; vous aussi, vous avez dû aimer le volley au-delà du raisonnable... À moins que ce ne soit le handball, ce mixte entre le basket et… Peu importe ! comme disait Jean-Pierre Georges de l’équipe française de poésie. Je vais me faire chroniqueur de volley, la Belgique se débrouille bien aussi dans ce sport de bas niveau, mieux que dans le foot, croyez-moi. "

    On a laissé Stéphane Pauwels dans une sorte de creux dépressionnaire duquel, on n’en doute pas, il ressortira bientôt auréolé, ensoleillé d’une nouvelle passion, comme revigoré, redynamisé, à fond dans son truc, avec ses mots à lui pour décrire une réalité qui souvent le submerge et le rend plus fort… Un Stéphane Pauwels comme on l’aime ou comme on aime le détester !

     

  • LE GRAND VIVANT de PATRICK AUTRÉAUX

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

     

    Le-Grand-vivant-652x1024.jpgFort

    Un homme attend que s'abatte le cyclone annoncé sur la ville. Aux prises avec une terrible angoisse, il se remémore son grand-père décédé, qui l'avait élevé et soutenu, et est assailli de remords. Il s'en veut de ne pas avoir été plus combatif et d'avoir laissé partir cet homme terrassé par la vieillesse et la maladie. 
    Par la fenêtre, il voit le grand orme rouge en proie aux rafales du vent. Celui-ci semble plier mais ne pas rompre, résister à la tempête et écouter les confidences du narrateur.

    "Le grand vivant" est un texte fort, à lire de préférence à voix haute pour en ressentir la portée, monologue de théâtre très animé et poétique. La puissance des mots, la déferlante de sentiments mitigés, de peine jusqu'à présent contenue rendent l'ensemble très touchant. C'est une espèce de chaos qui envahit le narrateur, il se délivre et lutte contre ses démons, règle ses comptes avec ce grand-père qui le tourmente depuis sa disparition terrestre. 
    Fort, c'est le mot juste.

    J'ai aussi aimé un arbre qui allait mourir. Longtemps j'ai croisé son corps malade au bord d'un champ. Puis son spectre debout. Jusqu'à ce qu'un jour, il soit abattu. De lui, j'ai porté le deuil. Sa souche est restée pour moi une stèle. Elle se dresse encore sur la route, je crois.

    Ce livre sur le site des Éditions Verdier

    Patrick Autréaux sur le site des Editions Gallimard

    Le site de Patrick Autréaux

     

    Patrick Autréaux présente son roman Les irréguliers paru chez Gallimard en 2015

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  • ONFRAY TRÈS COLÈRE APRÈS LA VENUE DE NABILLA À LA LIBRAIRIE "FILIGRANES"

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    Michel Onfray très colère après la venue de Nabilla à la librairie Filigranes à Bruxelles (Belgique, banlieue parisienne).


    Nabilla, ce n’est pas de la philosophie, a déclaré Michel Onfray sur BFM TV à une question pour une fois pointue de Jean-Jacques Bourdin.

    "Certes, elle a commis quelques bons aphorismes et des tweets qui ont marqué la tweetosphère. Je me suis d’ailleurs interrogé longuement sur l’opportunité de lui consacrer un ouvrage dans le cadre de ma contre-histoire de la philosophie. C’est vrai, d’autre part, qu’une heure passée contre ses lèvres ferait oublier tous les philosophes belges... Mais je publie trois livres par mois, les mois de disette intellectuelle ou de grève des éditeurs, et pas une fois on ne m’a invité. Moi aussi, j’ai envie d’être entarté par Noël Godin pour qu’on parle de moi. Avec ou sans Jan Fabre. Par exemple, avec Wim Delvoye et sa machine à caca. Mais je passe dix fois plus que BHL à la télé et les tartes se font attendre. Y aurait-il une grève des pâtissiers dans la capitale belge ? Ma chemise n'est pas assez blanche, pas assez ouverte ? Je ne suis plus assez à gauche, plus assez athée ?"

    D’un revers de la main, il a balayé les questions portant sur les chances de la France à l’Euro 2016, la coiffure de Donald Trump ou le massacre d’Orlando.

    "Parlons plutôt de mes bouquins et de ceci, tiens. Je ne figure pas dans la carte des 7 continents de la pensée du numéro 100 de Philo Magazine. Alors qu’un Rosset, un Badiou, un Sloterdijk, un Serres, un Gauchet, un Negri et même un Jaccard y figurent,  pour ne parler que des grands contemporains. Je pue de la pensée ou quoi ?"

    La fin de l’interview est restée inaudible car Michel Onfray a précipité son débit de paroles déjà rapide. On a juste pu entendre: Mylène… Chanson… Mélenchonoui… Camus… Mélenchonnon... Université libre... Concert... Farmer... Farmer... Farmer...

    Pour clore l'interview sur une note positive, Bourdin a invité les auditeurs à signer la pétition : Sauvons l’Onfray, une espèce menacée de la philosophie de plateau.

    La réponse de Nabilla ne s'est pas fait attendre sous la forme d'un tweet vengeur: "Non, mais allô, quoi? T'es un philosophe, t'as pas de concept? C'est comme si j'te dis: t'es une fille, t'as pas d'cheveux!" #LaPhilosophiEnFiligranes #JeTemmerdeMichel #RelisMesPlusBellesCitationsPlutôtQueCellesDeNietzscheBanane!"

     

  • LES FORMES DE LA NUIT

    LE VENT DE MÊME

     

    Il n'y a pas que la nuit pour souffrir du manque de formes

    Le vent de même plie sous le poids de l’eau

    Va d’un bonheur à l’autre sans manquer une page

    A l’aube fais ton deuil des astres morts 

    Si le temps dans tes espoirs s’emmêle

    Retarde à jamais l’instant de la douce furie

    Quand ton corps sur un œil se jette

    Pour l’empêcher de te voir

     

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    AU BORD

     

    Au bord de la nuit, retiens ton soufre

    Reflète dans le sang

    Les premières paroles de l’aube

     

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    LA RIVIÈRE 

     

    La rivière piétine jusqu’à la mer

    Quand son moteur à eau tombe en panne

    Et qu’il reste dix-sept kilolitres de roues à aubes

    À tourner 

    Avant de faire un pain digne de rassasier

    Toute la côte

    Casse une baguette

    À la mie de sable

    Sur la grève

    Où ta mère a mis bas

    En passant tête la première

    Par le chas

    D’une aiguille de pin

    Observe la distance

    Te séparant du premier nuage

    Ne crie pas

    Fais semblant que tu dors

    Pour qu’on se garde à jamais

    De tes rêves

     

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    CETTE SOURCE

     

    Cette source haut-perchée sur la lune,

    Qui l’a mise là ?

    Sinon un astronaute

    Qui avait une trop grande soif.

     

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    LA NUIT SANS FORME

     

    La nuit sans forme

    Se dissout dans le jour.

    Sur une arête ou l’autre

    Le soleil finira bien par se casser.

     

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    TA PEAU 

     

    Ta peau elle chemine

    Si la tombée du jour ne la voile pas

    Si le grand froid ne la congèle pas

    Si ton mari  ne l’arrête pas

    Si la guerre tant attendue ne vient pas

    Si le terrorisme d’une rare beauté mortelle ne la frappe pas

    Au coeur 

    À dix-sept heures précises

    Elle sera sur mes vieilles lèvres

    Entre mes dents rares sous ma langue rêche

    Et mon excessive salive

     

    Puis elle repartira comme elle venue

    Dense certes

    Mais revêtue de ses pauvres habits de tous les jours

    Pour une nuit de rêve plus riche que d’habitude

    Plus ombrageuse

    Que sage

    Peut-être

     

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    NE FRAPPE PAS LE VENT

     

    Ne frappe pas le vent

    En traître

    Avant qu’il ait courageusement

    Marqué ta peau

    De zébrures d’air

    Avant que je les lèche

    Pour renflouer

    Mes mondes intérieurs

    Et m’envoler

    Au-dessus de tes terres

    Tel un rapace repu

    Tel un grand poisson venu

    Des profondeurs

    Orphelin des yeux

    Peuplant tout ton visage

    Comme une colonie de regards

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    DÉTACHÉE DE LA NUIT

     

    Détachée de la nuit

    La lune accroche un rêve

    De l’extrémité de son croissant

    En forme de crochet de boucher

    Au gril galactique

    Manger manger

    Était son nouveau credo

    Gober l’univers en forme d’œuf

    L’univers mou et transfiguré

    Comme une comelette

    Dans l’assiette de la grande ourse

    Ronger ronger

    Jusqu’au Big Bang

    L’os du temps

    Puis dormir jusqu’à pas d’heure

    Faire la grasse matinée

    Toute l’éternité


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    LES DÉCHETS DE L'EXISTENCE 

     

    Ne jetons pas la nuit avec l’eau du matin

    Regardons à l’intérieur de la prison

    Par la fenêtre de la peau

     

    Ne laissons pas la mer

    Avant de l’avoir essorée

    Dans le petit pot de sable

     

    Secouons la grille du geste

    Pour récolter la chair

    Dans les trous de l’espace

     

    Je me croyais née pour t’aimer

    Dit l’étoile lointaine au soleil mineur

    Avant de se barrer avec la nuit

     

    Sur la tombe d’une étoile morte

    Une comète vient déposer

    Une couronne de lumière

     

    Ceci est mon tour, dit la lèvre

    En panne de langue

    Pour laper l’horizon.

     

    On connaît les dessous du jour

    Ils sont faits de mains et d’odeurs

    Poussés par la fièvre du temps

     

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    LA NUIT CONTINUE

     

    La nuit continue au-delà des bizarreries du jour. Juste avant la fin des leurres, une lampe atténue l’horizon. Un feu pointe. Faut-il alors retenir son souffle ou passer outre la barre des tempêtes, la raison reléguée au rang d’obscur éclair ? Refaire le point avec les lignes de la main ou du songe ?

    Porter l’eau là où n’éclaire que la braise ? Tenir haut le prisme d’incertitude ? Marquer la gazelle au fer de l’espoir quand les yeux se brisent de trop fixer le soleil?

    On ne peut pas dire que le verbe sommeille avant d’avoir levé un mot dans le piège du sens. D’une feuille reconstitué l’enfance de l’arbre. Fait un nœud à la branche, dénoué des langues. Dormi une vie entière en attendant la plaie salvatrice, l’ultime appel du texte de l’existence. Uni les mains du temps, raviver ses forces. Appelé les amants à unir leur sexe dans le ventre plein d’un taureau.

    Après le massacre des aficionados aux portes de l’arène.

     

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    DEUX TROIS DOIGTS

     

    Deux trois doigts de lumière

    Sur un fond de vieux jour.

    Fenêtre d’eau vive

    Dans l’alcool du souvenir.

    Je vois à la beauté de tes seins

    Comme en plein amour

    Un fragment de désert

    Contenant le sable du monde.

    A la fable du soir

    Je raconte cet énième poème

     

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    RELIÉ

     

    Je suis relié au monde

    Accroché cramponné cloué

    Par mille clous mille crampons

    De toutes têtes

    De toutes dimensions

     

    Mais où est le marteau ?

     

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    PARALLÈLES

     

    Parallèles

    Quelle ligne prendre

    Pour te fuir ?

     

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    TES FORMES

     

    Ma vallée a la forme de tes hanches.

    Et ma ville, celle de ton ventre

     

    Mon quartier a la forme de ta poitrine

    Et ma rue, celle de ton cou


    Ma cour interieure a la forme de tes seins

    Et ce rû, celui de ton con.


    Si je tends la main

    Je touche la forme de ton visage

     

    J’ouvre les portes de tes lèvres

    Je souris aux fenêtres de tes yeux

     

    J’éprouve l’intérieur de ma maison

    Comme un seul de tes baisers

     

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    L'INFORME 

     

    Quel que soit le bonheur de la nuit

    Il n’est pas possible de reculer l’heure d’arrivée du jour.

    L’’informe de même plie sous le poids de l’aube

     

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    Textes d'Éric Allard

    Peintures de John Atkinson Grimshaw

    John Atkinson Grimshaw sur le blog de Denys-Louis Colaux

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 37

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    FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Il était presque réveillé, il était à la limite, là où il n’est pas forcément indécent de se recoucher et où il n’est déjà plus courageux de rester debout. Il resta là, planté au milieu de la cuisine, se remémorant son rêve. Il pensait qu’il partait de plus en plus souvent par les chemins qui s’ouvraient dans les livres qu’il lisait et qu’il avait de plus en plus tendance à réécrire les histoires qu’il avait lues et même souvent à inventer des histoires avec les personnages ou les auteurs de ses lectures. Il s’accaparait les histoires des autres pour refaire le monde à sa façon mais sans jamais arriver à une conclusion même provisoire. Il devrait peut-être, un jour, écrire sa propre histoire, oui peut-être, mais cela ne faisait nullement rêver et ne permettait pas de refaire le monde que les autres essayaient de bâtir.

    Bah ! Les autres le faisaient tellement bien, tellement mieux que lui le ferait, qu’il serait finalement plus avisé de continuer à lire et de laisser le soin aux autres d’écrire. Il pourrait ainsi continuer à courir le monde, courir tout autour du monde pour en faire le tour et bâtir d’autres mondes avec tous les personnages qu’on lui donnait et toutes les histoires qu’il pouvait s’approprier. Finalement, il décida de s’accorder une petite heure de flânerie sous la couette pour rêver encore un peu.

    ÉPISODE 37

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    Ibrahim Al Koni

    - Salut cher voisin, comment va ?

    - Salut Ibrahim !

    - Ibrahim ! Pourquoi Ibrahim ? Je ne m’appelle pas Ibrahim !

    - Non, non, j’ai dit « y va à la gym ? » en voyant ton fils partir avec son sac de sport (il se raccrochait aux branches comme il pouvait car il avait bien dit « Ibrahim » tant il était encore perdu dans son rêve éveillé, parcourant le désert avec Ibrahim Al Koni sur les traces de ses ancêtres touaregs.)

    - Tu avais l’air tellement ailleurs que je demandais bien ce que tu voulais me dire.

    - Je voulais simplement répondre à ton salut tout en t’interrogeant sur les activités sportives de ton fils. Au fait, il pratique toujours ce sport en compétition ?

    - De plus en plus, même, il est toujours au gymnase. Je ne sais pas s’il a du talent mais je sais qu’il est diablement motivé.

    - Eh bien, je lui souhaite d’avoir des résultats qui récompenseront ses efforts.

    - Moi aussi !

    - Bon, cher voisin, je vais poursuivre mon chemin, j’ai encore quelques courses à faire.

    - Mais tu es bien pressé, la retraite devrait te laisser le temps de prendre ton temps !

    - Oh mais je prends mon temps, ne t’inquiète pas (zut, il n’arrivait pas à se débarrasser de ce lourdaud qui s’ennuyait fermement et espérait laisser couler un peu de temps en sa compagnie et éventuellement récolter quelques informations sur sa vie privée qu’il étalait bien peu).

    - A nos âges faut savoir diminuer son rythme et ne pas trop se fatiguer.

    - Comme tu dis ! (Il commençait à l’agacer sérieusement le voisin).

    - « Il faut laisser du temps au temps » comme il disait notre président dans le temps !

    - Oui ! Mais, si je n’y vais pas maintenant je vais devoir courir et ce n’est pas bon à notre âge de solliciter le cœur trop violemment !

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    Il ne lui laissa pas le temps de répondre, il reprit sa marche d’un pas décidé, tout heureux d’arriver enfin à se libérer de l’emprise de ce désœuvré qui passait son temps à faire perdre le leur à ceux qui croisaient malencontreusement son chemin. Il n’allait tout de même pas lui raconter qu’il était pressé de repartir dans le désert à la recherche d’une maigre pâture pour les quelques moutons qu’Ibrahim Al Koni menait paître comme quand il était enfant. Il fallait tout de même qu’il soit plus vigilant, qu’il évite de rester trop longtemps dans ses rêves et qu’il garde un contact avec son environnement car, un jour, il pourrait partir réellement pour un autre monde et se retrouver dans un asile, incompris de ses concitoyens.

    Ils étaient partis au petit matin, dans ce coin désertique du sud libyen, avec quelques brebis qu’ils espéraient conduire vers une prairie que son ami, Ibrahim, connaissait un peu et que les pluies récentes auraient peut-être réveillée. Un jour, quand Ibrahim était encore un jeune berger, il avait découvert au fond d’un petit vallon des herbages très drus qu’il croyait pouvoir retrouver. Et ils avaient donc emprunté une petite vallée pour gagner le reg et ensuite chercher ce petit vallon qui nourrirait peut-être les brebis pendant un jour ou deux. Si la pâture était suffisante, Ils pourraient peut-être dormir, une nuit ou deux, à la belle étoile, enroulés dans leur long manteau car, même si chaque jour le soleil rôtissait minutieusement ce bout de désert, la température restait très frisquette pendant la nuit et encore bien fraîche à la pointe du jour. Pour se réchauffer un peu et se réveiller totalement, ils marchaient donc avec entrain entrainant les brebis pressées de trouver un herbage appétissant qu’elles n’avaient pas chaque jour à se mettre sous la dent.

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    Le paysage était envoûtant, un monde totalement minéral, vide de toute vie autre que la leur, desséché malgré les quelques averses qui avaient mouillé le sol la veille. Ils marchaient sur un sentier qui sinuait entre les cailloux constituant le fond d’un oued ne charriant de l’eau que lors des grandes pluies qui arrosaient le pays une fois tous les deux ou trois ans. Cette solitude minérale à perte de vue, l’air vif et frais comme une petite bise hivernale, le ciel rose au levant et bleu gris dans sa voûte, les rochers et la caillasse pas encore jaunes, légèrement rosés, teintés du gris des reliquats de la nuit, le silence épais comme un brouillard d’hiver, et l’absence d’odeurs, constituaient un paysage insolite, qu’il ne connaissait pas et qui le perturbait un peu comme les tours de magie ravissent les enfants tout en les inquiétant tout de même. La magie du désert, comme racontaient ceux qui y était déjà allés et ne rêvaient que d’y retourner.

    Al Koni se dirigeait en considérant le point du jour comme le point de référence à partir duquel il orientait la marche de son troupeau tout en observant avec attention les pierres sur le sol, les moindres reliefs qui accrochaient les premiers rayons de soleil et les filets de brume qui tenaient lieu de nuage dans le ciel pas encore bleu mais qui promettait de l’être à brève échéance. La naissance du jour est décidément un spectacle extraordinaire dans le désert, les premiers rayons du soleil rasent le sommet des éminences rugueuses en explosant sur les rochers saillants, les brumes arachnéennes s’effilochent sur la pointe des rocs les plus élevés et se diluent dans le ciel qui joue avec les couleurs de l’arc en ciel avant de prendre la teinte qu’il arbore chaque jour immuablement, un bleu plus très bleu, harassé par le soleil, écrasé par la chaleur, un bleu blanc voilé par les flots de chaleur qui montent du four des pierres surchauffées qui seules habillent le sol desséché de ce pays irréel.

    L’air était si pur que la seule odeur qui titillait leurs narines émanait du troupeau de moutons qui marchait sur leurs talons avec moins en moins de patience et déjà une certaine fatigue, espérant trouver rapidement l’herbage tant attendu. Mais le berger semblant indifférent à la magie de cette nativité, ne ralentissait pas son train, il traçait sa route droite, évitant seulement les reliefs les plus conséquents, muet, concentré sur son objectif. Ils marchèrent quelques heures comme ça dans un silence religieux pollué par le seul raclement de leurs pieds sur les pierres sèches et ponctué par le claquement bref et sec des sabots des moutons sur les morceaux de roc. Il apprenait ainsi que le désert, c’est la chaleur, seulement la chaleur, pas un son autre que celui qu’on génère, pas une odeur autre que celle qu’on sue, seulement un peu de couleur étouffé par cette chaleur.

    Les brebis commençaient à peiner, elles avaient chaud et soif, il fallait rapidement trouver un point d’eau mais le berger connaissait bien son désert même s’il n’y était pas venu depuis de longues années, il n’avait pas perdu le sens de l’orientation ni le souvenir des indices qui marquaient le chemin à suivre pour trouver cette mare où le troupeau pourrait prendre un peu de repos et s’abreuver. Et la marre était bien là où il conduisait ses animaux.

    - Nous ne devons pas trop traîner car le troupeau fatigue et la chaleur deviendra bientôt insupportable.

    - Tu as retrouvé la vallée que tu avais un jour dénichée avec sa jolie prairie bien verdoyante ?

    - Oui, je crois que nous ne sommes plus très éloignés.

    - Tu as une mémoire infaillible ?

    - Oh pas tellement, cette mare est bien connue des bergers et tout le monde en sait le chemin après la distance à parcourir n’est plus très longue et quelques accidents de reliefs que j’avais notés à l’époque sont bien là sous nos yeux.

    - Espérons qu’il y aura aussi une belle pousse d’herbe après les récentes averses.

    - Nous le saurons dans une heure environ si nous ne nous égarons pas en cours de route.

    - Croisons les doigts !

    Ils reprirent leur périple et débouchèrent bientôt dans une petite vallée, bien cachée, à l’abri des regards non avertis, elle était verte certes mais pas aussi verdoyante que l’espérait le berger occasionnel. Elle suffirait cependant à nourrir le cheptel pendant deux ou trois jours ce qui réjouissait le pâtre mais encore plus son acolyte de circonstance qui voyait là une occasion de passer une ou deux nuits avec la voûte étoilée pour seul toit.

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    Pendant que les moutons paissaient avidement et tranquillement, ils préparèrent un campement de fortune où ils pourraient passer la nuit car bien que la chaleur soit intense pendant la journée, la nuit promettait d’être fraîche et même carrément froide. Comme il n’avait rien qui puisse se consumer en dégageant un minimum de chaleur, ils bâtir un semblant de murette, avec des pierres gorgées de la chaleur du soleil, pour se mettre à l’abri du vent qui ne manquerait de se lever au coucher du soleil et récupérer un peu de cette chaleur accumulée. Cette tâche achevée, ils sortirent quelques provisions qu’ils avaient amenées avec eux et mangèrent un casse-croûte frugal mais délicieux au milieu de cette immensité intimidante.

    - C’est ta première sortie dans le désert ? Lui demanda Ibrahim.

    - La toute première !

    - Alors ?

    - Je ne sais pas comment te dire : le silence, l’absence d’odeurs endogènes, l’immensité, l’uniformité des couleurs presque inexistantes. J’ai l’impression d’être dans un monde qui n’est pas celui que je connais. Je n’ai pas de points de repère, tout est trop grand, trop loin…

    - Tu verras, le désert va entrer en toi, te phagocyter et tu ne pourras plus l’extraire de ton corps, de ton esprit, il faudra que tu reviennes régulièrement prendre ta dose comme un camé va à sa drogue.

    - Mais c’est tellement grand…

    - … mais tellement étroit aussi !

    - Pourquoi étroit ?

    - Les limites sont tellement loin que tu crois que tu n’y arriveras jamais et que le désert est comme une forme d’éternité immuable sans odeur, sans saveur, sons couleur, ou presque, sans son et, pour combler l’immensité de ce vide, tu vas te replier sur toi, chercher en toi tout ce que tu ne trouves pas dans le paysage, jusqu’où porte ton regard. Le désert va ainsi te confronter à toi-même, il ne t’apportera rien, ou presque, seulement l’étendue et la paix qu’il te faudra meubler par tes seuls moyens : ton âme, ton esprit, ta sensibilité, ta réflexion, …

    - Et là commence réellement la magie du désert ?

    - Et là commence surtout la vérité car avec le désert tu ne pourras jamais tricher et il est bien dommage que nos concitoyens, surtout ceux qui nous dirigent, ne viennent pas plus souvent faire retraite dans cette nudité absolue pour retrouver les vérités essentielles de la vie et oublier les artifices qui habillent les illusions qu’ils dispensent bien trop généreusement au pauvre peuple contraint à la crédulité pour pouvoir croire encore en quelque chose.

    - C’est un véritable retour aux sources de la vie, une cure d’humilité qui nous ramène à notre modeste existence face à la puissance de l’univers.

    - Le désert commence à t’inspirer, dans deux jours tu seras comme un Touareg, capable d’affronter les longues pistes sans jamais t’égarer et sans jamais trouver le temps trop long.

    - Oui, le désert aboli aussi le temps et relativise son importance.

    - Chaque fois que je viens dans ces contrées, c’est une véritable régénérescence que je ressens comme si le temps me repoussait vers ma jeunesse.

    - Oui, c’est aussi une bonne cure alimentaire qui permet d’apprendre à vivre avec peu et même avec très peu.

    - Parfaitement et si nous étions de vrais nomades du désert, nous pourrions partir jusqu’en Somalie et, peut-être, surprendre Nuruddin s’il est, lui aussi, en pèlerinage dans l’immensité désertique.

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    Nuruddin Farah

    - Tu veux parler de Nuruddin Farah bien sûr ?

    - Evidemment !

    - Le désert a été peu généreux avec son peuple qui a connu de bien cruelles épreuves.

    - Hélas, mais le désert n’est pas générosité, il est épreuve, épreuve qui forge les âmes et les corps.

    - J’ai une idée ! Nous pourrions peut-être, un jour, organiser une retraite dans le désert avec ceux qui ont vécu l’épreuve de l’abstinence comme Farah, des Ethiopiens comme Mezlekia et d’autres venus de l’Afrique saharienne qui pourrait mettre leur sagesse en commun pour donner la leçon à ceux qui tiennent le pouvoir.

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    Nega Mezlekia

    - Belle idée mais il serait peut-être plus simple et plus efficace que les tenants du pouvoir soient transportés dans le désert pendant quelques jours, sans assistance, évidemment pas comme les sauvages qui envahissaient ergs et dunes avec leurs monstres voraces et pétaradants.

    - Les bolides ont quitté la piste, c’est déjà un bon point !

    - Pour sûr ! Mais il faut maintenant rassembler le troupeau et préparer le campement pour la nuit.

    - La fraîcheur descend !

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  • QUAND PISSE LE POÈTE...

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Quand j’ai écrit ma chronique sur l’ouvrage d’Eric Dejaeger, je ne connaissais pas encore Pierre Autin-Grenier, depuis j’ai eu le plaisir de glisser un premier regard sur son œuvre en découvrant ce petit recueil publié récemment par Les carnets du dessert de lune, et je suis comblé par cette première expérience. Je retournerai le plus vite possible vers cet auteur. Cette lecture m’a donné l’occasion de proposer cette chronique dans laquelle les deux acrobates du langage se rejoignent pour pisser dans leur violon ou peut-être est-ce l’inverse, à vous de le décider.

     

    400?fwLE POÈTE PISSE ENCORE DANS SON VIOLON

    Pierre AUTIN-GRENIER (1947 – 2014)

    Décédé en avril dernier, Pierre Autin-Grenier n’avait que quelques jours de plus que moi, j’ai été ému et heureux de recevoir ce petit recueil de textes retrouvés par Les Carnets du dessert de lune (un nom qui donne envie d’écrire pour faire partie de la ronde des desserts), un joli petit livre qui comporte des aphorismes de l’auteur avec en regard un facsimilé de son manuscrit. Ces quelques textes courts, publiés à titre posthume, dont l’auteur était un adepte apprécié : quelques lignes, quelques mots parfois, lui suffisaient pour énoncer une idée tranchante, fulgurante, hilarante, désopilante.

    « N’étant que très rarement

    D’accord avec moi-même

    Comment voulez-vous

    Que je sois d’accord avec les autres »

    Dans les quelques textes présentés dans cet ultime recueil, l’auteur prouve que jusqu’à la fin il n’a rien perdu de sa rage de vivre dans un monde où il trouvait cependant bien peu d’humanité et de charité. L’autodérision lui a encore servi, dans ce recueil, d’esquive pour les embûches de cette société qu’il n’appréciait pas beaucoup.

    « A chacun ses idées

    Et les miennes

    A moi »

    On rit avec Pierre Autin-Grenier, on rigole plutôt, on se marre même, mais on n’évite pas la question cachée dans le creux de l’aphorisme ou la remarque fulgurante lancée dans une phrase cinglante.

    « Voyez les gens d’ici :

    Depuis longtemps

    Ils ont touché le fond,

    Mais ils creusent encore. »

    Un joli petit livre, un beau texte, une mise en bouche alléchante pour aller plus loin à la rencontre de l’œuvre de cet auteur.

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    Pierre Autin-Grenier

     

    af1dc543.jpgLE VIOLON PISSE SUR SON POWÈTE

    Éric DEJAEGER (1958 - ….)

    Eric Dejaeger grand passionné du surréalisme essaie de faire revivre cette école littéraire à travers une œuvre multiforme : de l’aphorisme au polar en passant par le roman, la poésie et d’autres genres littéraires encore. Il dédie ce petit recueil d‘aphorismes à Pierre Autin-Grenier, auteur que je ne connais pas suffisamment pour en parler, je fais donc confiance à Wikipédia : « Pierre Autin-Grenier est devenu, au fil de son œuvre, un adepte reconnu de la forme brève au rythme et à l’écriture travaillé, il s’est construit de livre en livre une voix bien à lui où la révolte reste intacte. Même si on rit franchement à la lecture de ses livres, la rage de vivre dans un monde où la fraternité n’a plus beaucoup de sens pointe souvent derrière l’autodérision, la joyeuse gouaille et les phrases cinglantes avec lesquelles il aborde le quotidien le plus banal ». Une description qui conviendrait bien pour évoquer l’œuvre d’Eric, du moins ce que j’en ai lu à ce jour.

    Dans ce présent recueil d’aphorismes, il ironise, stigmatisant tous ceux qui se prétendent poètes et ne sont capables que d’écrire de la powésie :

    « Ecrire de la powésie parce que l’on se proclame powète est profondément ridicule. »

    Le poète doit rester un être maudit, incompris, qui ne connaitra la gloire que quand il vivra dans l’autre monde, ou un autre, mais à coup sûr ailleurs.

    « Le powète rêve d’être maudit, mais pas de son vivant. »

    Le powète croit qu’en étant incompris, il est un vrai poète.

    « Le powète continue à écrire pour se convaincre qu’il restera incompris. »

    Le powète rêve d’édition, de lecteurs, d’admiration, de reconnaissance et de succès.

    « Le powète rêve d’édition. De Gallimard en particulier. »

    A coup d’aphorismes tous plus aiguisés les uns que les autres, Eric Dejaeger dénonce les faux poètes, les powètes, les pauvres hères des lettres, qui posent, se pavanent, publient et croient avoir du talent, mais la vraie poésie est un art de forçat, elle demande talent et travail et surtout humilité.

    « La POESIE est un morceau de charbon qu’aucun diamantaire ne pourra jamais façonner. »

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    Le blog d'Éric Dejaeger

     

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    Le blog des Carnets du Dessert de Lune

    Le site des Carnets du Dessert de Lune

     

  • LE PONT DE LA HONTE de ZILHAD KLJUCANIN (éditions M.E.O)

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    L'art du roman poétique

    Le Pont de la honte est le second ouvrage de Zilhad Kljucanin paru aux éditions MEO (après Shéhid) dans une traduction du bosniaque par Gérard Adam. Et avec une aquarelle de Monique Thomassettie en couverture.

    La quatrième de couverture nous apprend que l’auteur était déjà avant la guerre en ex-Yougoslavie un poète réputé et que les événements l'ont décidé à se convertir à la prose. Il est un des principaux écrivains bosniaques.

    Je terminais la lecture de ce livre quand j’ai appris le décès de son auteur à l'âge de 56 ans qui certainement continuera à vivre dans ses livres.

    La poésie est partout présente dans ce roman en sept parties écrites dans des genres différents (et qui rappelle les exemples de composition d’un Milan Kundera théorisés dans L’art du roman, et, plus spécialement, Le livre du rire et de l’oubli) et usant de toutes les possibilités de la typographie à des fins de clarification et non, comme on le rencontre parfois, pour créer des effets de modernité souvent grandiloquents. Ce n’est nullement le cas ici. Ainsi, le livre n’est pas paginé mais cela crée un autre rapport à la temporalité qui oblige à se référer sur la succession des chapitres sans constamment, par exemple, établir un rapport entre l’endroit où on se trouve dans la lecture et la fin du récit.
    L’histoire, d’une rare poésie donc, conte à la fois la rencontre entre un poète, Zéri, et une jeune fille, Zéi (on remarquera la concordance des noms), qui le quittera et une histoire de guerre et de pont entre deux parties d’une ville, ce qui aura des conséquences désastreuses… Interviennent aussi dans le cours du récit une devineresse, un chanteur, un architecte… Personnages aussi fantasques qu'utile à l'action.
     

    Après sa défloration volontaire par le poète, la jeune fille monte à Paris où elle va pour Alain Bernardin du célèbre Crazy Horse Saloon, servir d’étalon de mesure pour les canons de la beauté qu’il revendique et servir sous le nom de Rosa von Paraboum pendant quinze ans au Cabaret. Dans le remarquable Dictionnaire des mots refoulés (un dictionnaire de mots que l’on ne prononce jamais : Dieu, Désir, Lointain Âme, Diable, Péché, Vérité…), le narrateur et père de la jeune fille raconte en s’appuyant sur les mots définis son périple de Marseille à Marseille en passant par Oran, le désert algérien et son expérience de la Légion étrangère.kljucanin-pont.jpg

    Marseille, qui occupe une place importante dans le récit, est la ville par excellence qui aime ses habitants et qui va réunir à la fin ces exilés bosniaques que les circonstances malheureuses ont fait fuir leur pays.

    Le pont aux deux arches qui aurait dû avoir la forme parfaite des seins d’Ezi ne sera jamais construit et la rivière continuera d’accueillir dans ses eaux tous les désespérés de l’endroit qui ont, pour certains, animé puis quitté le récit.

    À la toute fin du dernier chapitre, Monologue sous l’eau, la rivière se dit sous la protection de deux anges.

    L’autre, un jour, soufflera dans une trompe d’eau, une première fois, et tout ce qui est vivant mourra, une deuxième, et tout ce qui est mort sera ressuscité. Je ne l’ai pas entendu, mais c’est comme s’il avait soufflé une première fois… 

    Un livre qui démontre que poésie et romanesque peuvent coexister et, qui plus est, se renforcer l’une l’autre. Un récit qui fait du bien à chaque page, à chaque phrase (et c’est rare) en se servant de la symbolique et de la poésie pour consoler de la cruauté du monde et aussi en sourire…

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions M.E.O.

    Shéhid de Zilhad Klujcanin aux Éditions M.E.O.

  • L'HOMME QUI RIDICULISAIT LES PLANTES

    3V8TuwN9Z24Q7LAlyp6Xldsbk0g@500x666.jpgLes plantes ne lui ont jamais rien dit, non. Alors qu’à d’autres, c’est connu, les plantes leur parlent, les fleurs leur offrent des mots doux. Elles s’insinuent en eux, squattent leurs rêves, les vampirisent. Si bien qu’ils donneraient leur vie pour les sauver. C’est qu’ils en ont eu pour leur argent avant : les plantes leur ont tant donné. 

    À lui, rien, pas la moindre parole, à croire qu’il n’existait pas ! Mais il le leur rendait bien. Il ne manquait jamais une occasion de se moquer d’elles, de les ridiculiser. Par exemple, il les affublait d’un vilain chapeau pointu, de pendeloques genre serpentin et même, parfois, les jours où il était démonté, ou débordé, il leur pissait dessus voire pire. Cela dit, tout le monde fait ça aux sapins pendant la période des fêtes sans parler de comment on les traite après l’épiphanie.

    Bien sûr, la protection écologique veillait et il fut condamné à des travaux forcés lourds après des procès retentissants devant un public vert de colère et revanchard comme tout un parti d’Ecolos exclu du pouvoir depuis deux législatures après être tombés dans le panneau (photovoltaïque). On lui appliqua même, pour prolonger sa peine, un bracelet de roses, épineux à souhait. Il faillit devenir fou. En prison, il se radicalisa et il jura de venir à bout de tout le règne végétal, comme on le comprend. Il savait qu’après le règne animal, il n’y en aurait plus que pour le végétal.

    Lui, son truc, depuis l’enfance, c’était le minéral, le bon et vieux caillou. Qu’on n’aimerait pas avant deux décennies au moins; ça laissait du temps pour rester singulier, en dehors des modes boy scout (il avait toujours eu en horreur les divers mouvements de jeunesse). Petit, il avait d’ailleurs fréquenté une Palestinienne de son âge (il avait rompu quand elle avait voulu retourner à Gaza) et cela, des études, américaines certes, l’ont amplement montré, modifie en conséquence toute votre vision du monde, et pas que sur un plan géopolitique... Il fit verser des tonnes de pierraille sur ses ennemies avec l’appui de quelques lobbies juifs mais elles résistaient, les bougresses, c’est qu’elles possédaient des réserves de sève. Il les enfuma, les empoisonna à l’échelle industrielle. Il était trop tard, elles survivraient ! Leur règne était arrivé.

    Pas fou au point de périr par ses défenseurs, antispéciste par raison mais antirégniste par conviction, il retourna sa veste et compte maintenant parmi les plus fervents partisans des plantes même transgéniques. Parfois cependant, quand survient une panne des caméras de surveillance alimentée par la centrale végétale toute proche, il leur assène quelques coups dans les tiges et les décore d’un minuscule nez rouge, invisible des écrans, histoire d’alimenter sa vieille haine, de ne pas perdre la main néc(r)ologique. Et de ne surtout jamais acquérir la main verte.

    E.A.

  • AUTOBIOGRAPHIE RÊVÉE de DANIEL SIMON

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    Au coeur de l'enfance

    À peine l'histoire de l'Ogre s'ébauche-t-elle que le narrateur intervient pour la continuer...

    Je vais tenter de la raconter, comme celle de toute une génération qui a eu le temps  de se perdre dans l'ennui et l'exploration en attendant la fin du monde qui ne venait jamais.

    L’Ogre regarde devant lui tandis que le narrateur se tourne vers le passé. Le texte qu’on lit naît de ce croisement de perspectives, de cette confrontation de vues que tout homme, à l’aube de sa prime vieillesse, fait peu ou prou.

    La langue qu’il parle, est-ce déjà la sienne ou celle qu’il veut conquérir au long du récit ?

    L’Ogre est un enfant très sensible aux bruits intérieurs et extérieurs (plus tard il écrira pour démêler les bruits… des histoires à se raconter sans fin ou mille histoires qui ne seront jamais les mêmes) et au silence qui nourrit ses rêves de ses lectures nocturnes.

    C’est un enfant trop grand dans un monde trop petit qui sait qu'il doit partir, s’arracher à ce qui le vide de sa puissance d’ogre.

    Un enfant qui se sait terrible et effrayant alors qu’on lui assigne une place de muet et de gentil. Impatient de vivre hors du cadre familial étroit (son père est souvent parti, la mère fait des provisions en prévision d’une guerre possible), dans une époque où on craint et fantasme la Bombe, il décide de s’aventurer hors de chez lui, c’est-à-dire dans la forêt au bout de la rue, sous la seule lumière de la lune… La forêt, c’est l’espace du sens et le terrain d'expérimentation des sens, le lieu des terreurs à vaincre, l'endroit de tous les apprentissages.

    Mais il joue, il ne faudra pas oublier qu’il joue.img7276.jpg

    Il commence par construire une cabane de branches et de feuillage, un lieu propre, d’entrepôt de ses affaires personnelles, base de repli de ses futures avancées et aventures, sur le mode de l’appétence et de la satiété, des creux à combler. Dans le lieu circonscrit que constitue la cabane, le temps n’y a pas place, il fait l’expérience de la nuit puis de l’orage en solitaire où tout est sons et voix, puis de la source, pour clore le cycle de l’eau. Il soignera lors de sa seconde nuit dans la forêt un oiseau blessé et l’aidera à reprendre son envol; ainsi il oubliera de chasser les terribles Inouks qui constituaient sa ménagerie de rêve.

    Il comprend vite que de soigner l’oiseau lui a donné une force qu’il ne connaissait pas et a agrandi son cœur.

    Il se dit que la guerre peut-être bonne pour soigner, consoler, aider… et il intègre pour l’oiseau la peur de la Bombe.

    Il neige, et l’Ogre aperçoit les traits d’une ombre d’abord, d’une forme ensuite qui lui ressemble, l’homme qu’il deviendra peut-être, un possible lui-même à venir et qui lui parle d’une voix qui lui rappelle à la fois la sienne et celle de son père. Cette voix qui dit: Tu seras très vieux mais peut-être que tu n’auras pas encore abandonné le goût des cabanes…

    Au matin du second jour, l’Ogre prend la décision de rentrer chez lui, conscient d’en avoir appris assez.

    Et le narrateur, bientôt, de conclure: Il a vieilli, moi aussi, c’est bien. On se rencontrera peut-être encore une fois avant que le temps ne finisse pour nous.

    Autobiographie rêvée, c'est le temps retrouvé de l'enfance perdue de Daniel Simon sans doute, mais de toutes les enfances passées.

    Car nous de même, à la faveur de ce récit, faisons avec une réelle émotion ce chemin vers l’enfant à la Cabane, vers l’Ogre chasseur d’Inouks que nous avons été et que nous retrouverons dès lors sur le chemin du souvenir, nous attendant depuis toujours pour une rencontre, un câlin fabuleux, des retrouvailles aussi parfaites que possible entre le garçon rêvé et l’homme accompli que nous sommes devenus mais qui ne pourra, fort de sa puissance retrouvée, poursuivre la route que réconcilié avec son enfant imaginaire.

    L’Ogre des cabanes est prolongé par Les fleurs en papier crépon dans lequel l’enfant fabrique avec sa maman des fleurs en papier crépon qu’il échange contre des coquillages. Il fait l’expérience du commerce mais aussi de l’amour avec une petite fille noire qui lui donne son premier baiser. Une baleine s’échoue sur la plage près de leurs magasins dont les bords sont couronnés de fleurs en papier crépon, et on arrive à la remettre à l'eau

    Cette double fiction bien réelle paraît justement dans la collection Je de chez Couleurs Livres. Elle est le fait de l’auteur du blog Je-suis-un-lieu-commun, Daniel Simon, qui justement se joue ici des lieux communs, les creuse jusqu’à la vraisemblance pour les rendre en moments de vie singuliers, porteurs de vérité. 

    Une cohérence qui joue à plus d’un titre dans ce livre nécessaire, ce conte initiatique au coeur de l'enfance et de la raison d'être d'un écrivain.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de Couleur livres

    Le blog de Daniel Simon 

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    D'autres croquis de l'Ogre sur le blog de Daniel Simon

  • LE LIVRE ET LA TORTURE

    Pages-d%C3%A9chir%C3%A9es.jpgCe livre en avait assez d’être torturé.

    Du matin au soir, du soir au matin depuis qu’il était paru.
    Depuis qu’il était venu au monde, il avait subi les pires sévices textuels, les traitements de données les plus dégradants, pour avouer quelque chose de substantiel, révéler son essence, sa raison d’avoir été choisi par un comité de lecture, porté par un éditeur paternaliste et fier de son bébé, été mis sous presse et dans les rayonnages.

    Alors que, comme tout jeune livre, il n’avait rêvé que de courir dans les allées des librairies, de s'ébrouer dans les foires du livre interrégionales pour finir ses jours dans une bibliothèque de quartier ou dans les cartons d’un brocanteur.

    Comme tous les bouquins encore petits, il avait espéré une vie de livre à succès, salué par d’innocents lecteurs, par une critique aux ordres, plusieurs fois primé ou acheté et lu sans autre pensée que celle de passer un bon et brave moment.

    Ce livre en avait assez d’être torturé, qu’on lui arrache des pages, qu’on lui brûle les bords de ses feuilles, qu’on le lacère et qu’on le mutile, qu’on le prive de sa préface ou de sa photo de couverture, qu’on le décrie et qu’on l’humilie, qu’on le compare à tel ou tel, qu’on le laisse sur un banc sous la pluie…
    Sous la pression de la souffrance, il avoue tout et n’importe quoi, dans le désordre et au petit bonheur la chance en espérant donner à entendre ce qu’on attend de lui. On fait alors appel à la critique qui sait toujours mieux ce qu’on a voulu dire ou qu’on n’a pas pu dire car il faut écrire un papier, tout un papier, c’est parfois long quand le livre est sans fond ni arrière-pensée.

    Mais elle eut beau cherché, scruter les abysses de l'ouvrage, la critique ne trouva aucun secret, aucun sous-texte, rien entre les lignes, aucune intention valable. Rien dans ses ascendants ni dans son ADN sinon une parfaite insignifiance.

    On dut se résoudre à l’évidence, à la triste vérité : ce livre était un livre ordinaire, venu au monde de l’impression par hasard et condamné à retourner au monde du silence duquel il n’aurait peut-être jamais dû sortir.

    Certains livres, même sous la torture, ne diront rien. Cela ne vaut pas la peine d’insister. Il s’agit tout au plus d’un livre à chier ou d’un chef d’œuvre.

    E.A.

  • L'HOMME QUI MARCHAIT DANS SES RÊVES de DENIS BILLAMBOZ - Épisode 36

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    FIN DE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Et le train n’a pas fini de déverser son lot de misère, l’Afrique s’enfonce dans le chaos, ses élites s’en vont, partent, fuient, attirées par les lumières des cités qui étaient riches et ne le sont plus, découragées par l’immensité de la tâche qu’il faudrait accomplir pour remettre leur pays sur les bons rails. Mais Léonora, elle, croyait que même si la misère était immense, une petite lucarne était encore ouverte et que l’espoir pouvait en couler comme l’eau de la source. Mais, pour cela, il faudrait que l’Afrique redevienne africaine, qu’elle retrouve ses valeurs ancestrales, qu’elle échappe à la concupiscence de tous les rapaces qui s’acharnent sur elle actuellement et qu’elle rejette, elle-même, ceux qu’elle juge néfastes à son avenir.

    ÉPISODE 36

    Son repassage était terminé, il était encore au cœur de l’Afrique se disant qu’il s’était abandonné dans une grande méditation onirique, une utopie, certainement dans quelque chose qui le dépassait totalement et qu’il était tout simplement en train de compiler nombre de lectures qui le laissaient très septique sur le sort de l’Afrique sauf si…, sauf si on écoutait ceux qui avait le courage, la volonté, le savoir et la probité. Il faudrait pour cela que… il faudrait qu’il sorte de cette rêverie car il n’était pas capable de refaire ce monde, il était juste à l’écoute de ces Africains qui cherchaient à donner un avenir à leur continent. Et il s’était ainsi intéressé de plus en plus aux écrivains africains, qu’il lisait de plus en plus assidûment et avec de plus en plus d’attention. Derrière toute cette misère, il avait entrevu, entre les mots, derrière les indignations, au travers des condamnations, l’éclat et la majesté des civilisations premières. Et la lumière de ces civilisations pourrait éclairer l’avenir du continent à condition que quelqu’un presse sur le bon bouton.

    Sa journée avait été longue, il se sentait las, il avait l’impression d’avoir parcouru le continent africain, il fallait qu’il rejoigne son lit pour lire quelques lignes avant de s’endormir dans les meilleures conditions. Il ne savait quel livre choisir, il ne voulait pas replonger au cœur de l’Afrique, il y avait séjourné assez longtemps pendant cette journée. Un petit livre qui sortait de la pile, du tas plutôt, qui encombrait sa chambre, attira son attention, il s’agissait d’un livre de Pierre Jourde, il était content de trouver ce livre, « La présence », c’était pour lui l’occasion de replonger dans la littérature contemporaine française qu’il délaissait beaucoup trop depuis un certain temps. Content, il se prépara pour une nuit placée sous les auspices de cette lecture car il comptait bien terminer cet opuscule avant de fermer les yeux et de partir pour une destination qu’il ne connaissait pas encore mais il savait qu’il voyagerait encore tout au long de la nuit à la rencontre d’autres peuples, d’autres paysages, d’autres mondes, d’autres idées, … , il ne savait pas encore ce qu’il rencontrerait mais il savait qu’il ne serait pas plus seul dans cette nuit que pendant toutes les heures qu’il passait dans ses livres.

    Il avait mal au cou, quelque chose lui blessait l’arrête du nez, il avait le visage sur une matière un peu rêche, il était encore sous le coup de la nouvelle qu’il venait d’apprendre : un jeune couple et son enfant avaient été assassinés sans que la police puisse trouver le moindre mobile à ce crime odieux, un triple meurtre sans raisons apparentes. Quelle atrocité, il voulait se lever pour boire un verre d’eau mais il était coincé dans des couvertures, il avait peur des meurtriers, il était en sueur, son cœur battait de plus en plus fort. Et, brusquement, il s’assit sur son lit comme mu par un ressort, il s’était endormi sur son livre, ses lunettes lui avaient labouré le nez et il avait un torticolis qui lui vrillait douloureusement le cou. Il s’était évadé du livre qu’il lisait pour rentrer dans celui de Lilia Momplé, « Neighbours », qu’il avait lu quelques jours auparavant et qui racontait le massacre, à Maputo, d’une jeune famille par un commando venu d’Afrique du sud qui s’était trompé d’adresse, d’étage, ou de côté du palier, il ne savait plus très bien. Il était resté entre le rêve et l’éveil qu’il essayait de retrouver comme d’autres cherchent le sommeil. Mais jamais il ne retrouva ce rêve que son subconscient refusait en raison de sa cruelle violence.

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    Le rythme des tamtams s’accélérait, résonnant au plus profond de sa poitrine comme un autre cœur qui viendrait contrarier le sien, le soleil allumait la flamme des sagaies, jetant des langues de feu dans l’azur immaculé, les farouches guerriers mimaient la chasse qu’ils allaient entreprendre sous leur vêtement de sang ; mais ils n’iraient pas à la chasse, ils n’y allaient plus depuis longtemps, ils se contentaient de mimer leur vie pour quelques sous qui les feraient vivre un peu moins mal. Mais ces fiers guerriers massaïs n’avaient rien perdu de leur dignité, leur regard toisait toujours l’horizon, dominant la masse blanche, rose, grise, immobile et ébaubie, des touristes qui les regardaient comme d’autres examinent les fauves dans un zoo. Il balançait entre l’admiration qu’il avait pour ce peuple qui avait su garder les vertus de ses origines et son profond dégoût à l’endroit de ces stupides touristes qui ne faisaient pas la différence entre un safari dans le Serengeti et les rites ancestraux d’un des peuples les plus anciens d’Afrique.

    Njorogue lui tira doucement la manche de sa veste de toile légère qui le protégeait du soleil, lui faisant comprendre que le moment était venu de se retirer pour ne pas se fondre dans cette bande d’abrutis qui maintenant distribuaient des friandises et peccadilles aux danseurs comme le faisaient les marchands d’esclaves dans un temps pas si lointain. Ils rebroussèrent donc chemin en empruntant l’étroite piste qui conduisait au village de l’enfant chargé de lui servir de guide en la circonstance.

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    Ngugi wa Thiong’o

    Grâce à une amie, Armelle, qui connaissait ce coin de l’Afrique presque aussi bien que Karen Blixen l’avait connu à son époque, il avait obtenu tout ce qui est nécessaire pour nouer un contact convivial avec des amis indigènes capables de le conduire sur les pistes de l’Afrique ancestrale et de l’emmener à la rencontre de Ngugi wa Thiong’o. Njorogue s’avérait un guide parfait, discret, dispos, toujours prêt à satisfaire les envies qui le pressaient de plus en plus tant il était heureux de découvrir la corne de l’Afrique, région de mystère, de magie, de mirage, de malheur et de misère. Ngugi lui avait raconté comment il avait rencontré le jeune garçon qui était le fils d’un laboureur spolié qui avait dû longtemps cultiver ses propres terres pour le compte d’un colon. Il lui raconta aussi comment ce laboureur s’était engagé aux côtés de Kenyatta dans la guerre des Mau-Mau contre les colons. Le gamin n’avait rien dit de cette lutte pour l’indépendance, la dignité, le droit à la vie…

    Mais il lui avait relaté son exil avec son père, en Ouganda, pour fuir la répression policière et comment, là-bas, il avait rencontré un autre gamin qui avait appris à courir encore plus vite en passant une bonne partie de son temps à fuir devant la police, l’armée, la milice et tous ceux qui voulaient le détrousser de ce qu’il n’avait même pas, sans compter ceux qui tapaient pour taper, ceux qui tuaient pour tuer. Mugezi était un enfant de Kampala qui avait la malchance d’être né à l’époque à laquelle un fou, un sous-officier qui se prenait pour un empereur, faisait régner la terreur pour essayer de rester sur le piédestal qu’il avait lui-même construit. Mugezi avait vu toutes les horreurs que l’homme peut infliger à son prochain, il avait vu des militaires jeter des êtres vivants en pâture à d’énormes crocodiles qui les déchiquetaient en quelques coups de leurs gigantesques mâchoires. Il avait connu toutes les misères, la faim, la soif, les brutalités, le deuil, il avait fui pour fuir ne sachant où aller, ne sachant plus pourquoi il était encore en vie, plongé au plus profond des abysses dont Moses Isegawa avait dressé la chronique ensanglantée.

    Et Mugezi, un jour, avait raconté à Njorogue la rencontre qu’il avait faite quand lui fuyait l’Ouganda et que Nega, lui, fuyait l’Ethiopie, quand les blancs avaient essayé d’apporter un peu de nourriture à tous ces affamés qui hantaient les campagnes, évitant les villes sanguinaires et meurtrières. Ce jour-là, ils avaient noué un petit bout d’amitié avec quelques grains de riz puisés au fond d’une petite boîte qui avait dû connaître bien d’autres usages avant de leur servir de couvert. Nega décrivait avec tristesse, lassitude et haine, tout ce qu’il avait subi dans son pays, en fait, tout ce que Mugezi avait subi lui aussi. Ils avaient parcouru à peu près le même chemin sur la voie de la misère et du malheur. Ils n’avaient même plus besoin de parler, ils savaient que ce que l’un avait dû supporter, l’autre l’avait enduré aussi. La misère et la violence empruntent souvent les mêmes pistes en Afrique de l’Ouest.

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    Mugezi, l’enfant qui ne doit pas pleurer, Njorogue, l’enfant noyé dans les abysses de la misère ougandaise, Nega Mezlekya, l’enfant qui aurait voulu vivre dans le ventre d’une hyène, les enfants de l’Afrique martyrisée par les siens, ruinée par les colons et trahie par la nature, symbole de tous les fléaux qui battent cette terre depuis des lustres, symbole d’un destin bien trop lourd pour des peuples fiers qui ne baisseront jamais les bras mais qui sont trop souvent à bout de souffle. Ngugi semblait accablé, il ne savait plus comment l’Afrique pourrait sortir de cet éternel cycle de la fatalité misère, de la fatalité malheur et de la fatalité qui bien souvent n’est pas que la fatalité tant elle reçoit l’appui de conquérants, de trafiquants, de marchands d’illusion, et de toute sorte d’ambitieux pervers, assoiffés de pouvoir, de richesse et de sang.

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    Ils étaient assis dans l’enclos, autour du feu, où rôtissait un chevreau tué en l’honneur des visiteurs. Ngugi avait tenu à ce que cette réunion ressemble le plus possible à une fête traditionnelle, organisée dans une hutte comme celles qu’il avait visitées dans son enfance, pour que les hôtes sentent bien le souffle de l’Afrique traditionnelle et ancestrale sur leurs épaules. Il voulait leur dire que le temps de la lamentation était écoulé qu’il fallait maintenant s’ouvrir au savoir pour que l’Afrique devienne le grand continent qu’elle aurait toujours dû être. Pauvre Ngugi !

    Il tendit son verre mais rien ne vint s’y déverser, il resta interdit, la poussière de la piste collait encore à son palais et à son gosier, il avait vraiment soif. Il toussa pour attirer l’attention et racler le fond de sa gorge mais cette toux se contenta de l’extraire de son sommeil dont il sortit lentement, en cherchant quelques repères visuels autour de lui. Il distingua enfin quelques filets de jour qui filtraient entre les lamelles de ses volets et il comprit enfin qu’il était dans son lit et qu’il devait se lever s’il voulait boire quelque chose pour apaiser sa soif. Il hésita encore pendant de longues minutes avant de se décider à sortir de sous la couette et d’aller jusqu’au réfrigérateur pour boire une bonne rasade de jus d’orange à même la bouteille.

    Il était presque réveillé, il était à la limite, là où il n’est pas forcément indécent de se recoucher et où il n’est déjà plus courageux de rester debout. Il resta là, planté au milieu de la cuisine, se remémorant son rêve. Il pensait qu’il partait de plus en plus souvent par les chemins qui s’ouvraient dans les livres qu’il lisait et qu’il avait de plus en plus tendance à réécrire les histoires qu’il avait lues et même souvent à inventer des histoires avec les personnages ou les auteurs de ses lectures. Il s’accaparait les histoires des autres pour refaire le monde à sa façon mais sans jamais arriver à une conclusion même provisoire. Il devrait peut-être, un jour, écrire sa propre histoire, oui peut-être, mais cela ne faisait nullement rêver et ne permettait pas de refaire le monde que les autres essayaient de bâtir.

    Bah ! Les autres le faisaient tellement bien, tellement mieux que lui le ferait, qu’il serait finalement plus avisé de continuer à lire et de laisser le soin aux autres d’écrire. Il pourrait ainsi continuer à courir le monde, courir tout autour du monde pour en faire le tour et bâtir d’autres mondes avec tous les personnages qu’on lui donnait et toutes les histoires qu’il pouvait s’approprier. Finalement, il décida de s’accorder une petite heure de flânerie sous la couette pour rêver encore un peu.

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  • LES CAGES THORACIQUES de TIMOTÉO SERGOÏ

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    Sergoi-Cages-thoraciques.jpgIl y a beaucoup de Jacques Prévert dans ces « Cages thoraciques », mais pas trop. Un peu de surréalisme, mais pas trop. Des cadavres très exquis, mais pas trop. Un peu de clownerie fantasque, mais pas trop.

    Voilà donc, au Cormier, un livre de poésie qui déroge à l’austérité habituelle de la maison. Il y a ici de la vie, de la vie, de l’inventive vie (« je m’en mourrai »), avec ce brin de Séchan Renaud reconnaissable. Le jeu anaphorique (sans le pesant de certains auteurs qui en abusent et c’est là lourd et là c’est lourd) énonce quelques joies de rythme, réjouissant et plaisant à l’oreille, si le vers chante aussi bien.

    Un brin de chanson traverse ces faux couplets :

     

    Il pleut au zoo de Singapour,

    Qu’avons-nous fait de nos amours ?

    S’il y a un secret, dites-le moi

    S’il y a le vent, portez-le moi (p.43)

     

    Le poète est nomade, simple et voyageur et la vraie poésie illumine nombre de ses textes, écrits avec vivacité, et musicalité.

     

    FOURMIS

     

    Quand nous serons perdus en des gares encombrées

    Tendant la main parfois, baissant la tête encore

    Comme au ventre accroché de la ville au surplus

    Comme loin de ses lois, comme loin de nos corps

    Affaissés, affaiblis, effacés , plus encore… (p.58)

     

    Ce livre, écrit à travers et au bout du monde, ce livre de souffle, un peu thoracique, jamais acide, libère des voix sous des titres satiens, très « satie », du style COUIC ! pour des vers très graves :

     

    J’accepte de mourir en ces minutes-là

    Qui me montrent le ciel et ses failles étoilées

    Les fissures de plâtre en la voûte céleste

    Où je plonge un instant, tout couvert de lilas

    De caresses profondes, de parfums embaumé

    Où je pense « Je pars » tout alors que je reste. (p.11)

     

    Très surpervilien, non ?

    Disons-le tout net, même si cela ne fera pas plaisir aux gloires indétrônables, aux noms souvent vantés, Sergoï est, avec Aubevert, Besschops, Bonhomme, Dancot, Noullez, Vandenschrick et quelques autres, l’honneur des lettres poétiques belges.

    D’avoir lu tous ses livres (et comment oublier l’éblouissant « Cendrars », sous son vrai patronyme de Stéphane Georis), je puis dire qu’il dessine, entre légèreté et gravité, un univers identifiable, entre comptine savante, fable poétique, réflexion amusée sur le monde : « Nous n’avons qu’une nuit pour repeupler le monde » (p.64).

    Timotéo SERGOÏ, Les cages thoraciques, Le Cormier, 2016, 72p.

    Le livre sur le site des éditions LE CORMIER

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    Timotéo Sergoï

    [cette note est la 3000ème de ce blog]

  • DANIEL SIMON a lu LES LIÈVRES DE JADE...

    ob_481c51_image2231.jpgUne double fascination

    La Lune et la Femme se recouvrent l'une et l'autre dans l'imaginaire des hommes. Pour se protéger de la lunatique féminité, ils la fêtent le plus souvent au nom du grand soleil, même si les plus belles histoires d'amour finissent souvent sous le règne de Saturne....

    Denys-Louis Collaux et Eric Allard ont, en poètes amoureux de cette histoire de double fascination, repris pied à traverse soixante-quatre récits en miroir, en échos et correspondance. Un livre à quatre mains ne s'écrit pas plus vite, au contraire sa course souvent est ralentie par une minutiue d'écriture et d'attention que la plume d'un auteur parfois esquive.

    ...

     
    Lire la suite sur le blog de Daniel SIMON 

    Pour commander le recueil

    La page Facebook autour des Lièvres de jade

     

  • CHRISTEL BOUCHAT

    650

     

    Christel Bouchat croque depuis plusieurs années nos gloires nationales (Poelvoorde, Stromae, Efira, Damiens... ) souvent coiffées d’un chapeau melon en hommage à son peintre favori, René Magritte, un autre célèbre Belge, ce qui dénote un souci de faire entrer dans un cadre donné les objets de ses dilections comme celui d'introduire dans un assemblage donné un élément à la fois rassembleur et marquant l'étrangeté.
    Ce sont des portraits saisissants de ressemblance qu’elle réalise parfois en une nuit d’insomnie. Mais ils ne visent pas qu'à la ressemblance. Ils sont animés d’une force expressive qui, pourrait-on dire, dépasse, submerge leur image. Ils disent aussi la force du peintre aussi bien que celle du modèle, ce qui les relie dans un même élan vital, dans une même visée vers la beauté.

    Dans tout essai de classement, la singularité survient, elle prend le pas sur le cadre, elle fait diverger de la voie centrale, prendre des lignes de fuite… Et c'est ce qui s’est passé, Christel a ressenti le besoin de prendre la tangente de ses premiers travaux en créant une nouvelle série où elle associe à des visages féminins des éléments divers : abeilles, oiseaux, poissons, ciels, paysages de montagne... Bestiaire en relation avec la nature. Sans toutefois faire dans l’attendu et en instaurant dans ses crossover sensibles de neuves correspondances entre les éléments mis en présence. Le ciel est présent, ancré à la terre. Le regard est rêveur, introspectif, absent ou dissimulé. La chevelure, lieu mouvant de toutes les métamorphoses, crée le lien entre le haut et le bas, le ciel et la terre. 

    En intégrant à ses portraits des éléments extérieurs, elle interroge  le lien entre apparence et intériorité, surface et profondeur, fond et forme. Sans quoi le travail du peintre se limiterait à de l’illustration, du purement figuratif. Elle ouvre au spectateur de ses toiles le spectre des possibles. 
    Très vite, Christel s’est engagée dans des voies neuves, ne se contentant pas d’exploiter un filon, aussi prolifique et bienvenu soit-il. Christel Bouchat est en perpétuelle recherche d’images et de questionnement, et ses travaux donnent lieu à des trouvailles qui laissent présager un futur créatif hautement prometteur, à suivre absolument…
     

    Éric Allard 

     

    Quelques poèmes inspirés par des toiles de Christel

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    Onirique

     

    Ses cheveux sont des poissons:

    Daurades, plies, tanches...

    Et fruits de mer divers.

    Cependant que dans ses nuits plongent

    Le vin profus du rêve

    Rouge comme le sang des joues

    Quand l'azur des veines

    Peint de bleu de Prusse

    Ses cieux.

     

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    Le corps-beau

     

    Ses cheveux

    En bataille de corbeaux

    Lui font une crête de plumes.

    Plus bas, c’est la forêt

    De conifères

    Qui suit la ligne des seins.

    La neige de sa peau

    Laisse voir en transparence

    Le monde.

    Ce mélange de ténèbre et de lumière

    Cette dépendance de la femme

    Quand elle unit le noir au blanc

    Dans un même paysage.

    Ce qui est limpide

    Se trouble au premier regard.

    Des corps beaux s’amusent, se protègent

    Se querellent et s’aiment

    Jusqu’à la fonte

    Des nuits.

     

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    L'abelle

     

    Femme aux cheveux de miel

    Ton visage à jamais sauvegardé

    Demeure dans l’œil du soleil.

    Mèches rebelles

    Qui parfument ton nez

    Et tes joues.

    Fragrances parfaites…

    Dans ton ciel les abeilles travaillent

    À la reconquête des roses.

    Elles font de ton poil

    Un repaire de vivres

    Pour l’hiver.

    Une ruche où l’air

    À la saveur des baisers…

     

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    Sans titre

     

    Les épicéas qui se dressent

    En crête

    Sur ta tête

    Dissimulent ton visage…

    D’un bras levé

    Tu empêches le regard

    Tout mouvement vers toi.

    Peut-être que tu pleures…

    Que des larmes donnent

    À tes regrets, tes retraits

    Une substance.

    Ne reste qu’à lire

    Dans les lignes de ta main

    Les traits imaginaires

    De ton insondable beauté.

     

     

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    La merle

     

    La tête de l’oiseau

    A pris le pas

    Sur ton front, tes yeux.

    Nul ne saura le pourquoi

    De ce croisement

    Sous l’égide de la montagne

    D’une femme avec un merle

    Sinon l’amertume d’être soi

    Jusque dans les apparences

    Jusque dans les sommets de l’être...

    La bouche veut prononcer le nom

    Quand le bec ferme le sens.

    Le désir se nourrit

    D’un espace infini

    De chair comme neige.

    Un seul œil noir

    Prolonge la voie de la forêt.

    Sans cri la vie se meurt.

    Seule les lèvres demeurent…

    L’esprit

    Inscrit dans le tableau

    Son programme d’envol.

     

     

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    Christel Bouchat exposera du 16 juin au 29 juin 2016 à la Galerie Garance de Mont-sur-Marchienne (rue Paul Pastur, n°52)

    Le vernissage aura lieu le samedi 18 juin 2016 entre 18 heures et 23 heures.

    La page événement du vernissage sur Facebook

    Les Belges de Christel Bouchat s'exposent à Paris, un article de Thomas Leodet pour L'Avenir.

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  • DIVERS FAITS de JACQUES STERNBERG

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Quand j’ai refermé ce recueil ce matin, je ne savais pas que Siné venait de décéder, il est remercié par l’éditeur de « nous avoir autorisés à utiliser ses dessins pour illustrer cet ouvrage inédit de Jacques Sternberg ». Mon commentaire sera donc aussi un hommage à cet immense dessinateur.

     

    couverture-divers-faits-2.jpg?fx=r_550_550Sternberg, je ne l’avais jamais lu avant d’ouvrir ce recueil édité par Cactus inébranlable, le grand spécialiste de la publication des recueils d’aphorismes et autres textes courts, très courts même. Il est vénéré par de nombreux lecteurs et auteurs comme un grand maître du texte court, de la nouvelle, et de bien d’autres formes de texte encore allant du théâtre au roman en passant par les aphorismes. Il est l’un des écrivains belges les plus productifs.

    Éric Dejaeger, grand admirateur et grand collectionneur des œuvres de Sternberg, écrit dans sa préface qu’ « On peut estimer aujourd’hui que ces Divers faits sont inconnus du grand public. Cactus inébranlable est heureux de vous en proposer pour la première fois la version intégrale, soixante-deux ans après leur rédaction ».

    Ces « Divers faits » présentés, comme l’indique Eric Dejaeger, pour certains dans diverses revues au début des années cinquante sont, d’après le sous-titre proposé par l’éditeur, des « contes ultra brefs (presque) inédits », des concentrés d’histoire, des aphorismes, des raccourcis étonnants, détonants des morceaux d’humour jetés comme des traits par un arc pour saisir le lecteur, le bousculer, le remuer jusqu’au tréfonds de ses convictions et de ses certitudes. Ces textes souvent absurdes, surréalistes, radicaux, lapidaires, macabres, drôles d’un humour toujours noir, démontrent toute la stupidité de notre société, tous ces travers, toutes ces incohérences à travers des images improbables mais tellement éloquentes.

    Sans trier réellement, j’ai choisi quelques morceaux pour amorcer votre prochaine lecture :

    « Deux mains sans corps échangeaient une poignée de mains sans arrière-pensée. »

    « Pendant que l’homme descendait du singe, un autre y remontait. »

    « Il regarda l’heure à sa corde et sut qu’il était temps qu’il se pende. »

    « Pieusement, la dame de charité dépose ses yeux dans la sébile d’un aveugle. »

    « Cet homme prend une paire de jumelles et se trouve foudroyé par la mort située dans son avenir alors terriblement présent. »

    Tout savoir sur ce livre sur le site du Cactus Inébranlable

    Le site dédié à Jacques Sternberg

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    Jacques Sternberg

  • SI JE REVIENS SANS CESSE + POÈMES GÉOGRAPHIQUES de THIERRY RADIÈRE

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    SI JE REVIENS SANS CESSE

    Thierry RADIÈRE

    Jacques Flament Editions

     

    Dans la tourmente


    Poète :
    - Écrivain qui s'adonne à la poésie, qui compose des vers, s'exprime en vers.
    - Auteur, artiste dont les œuvres touchent vivement la sensibilité et l'imagination par des qualités esthétiques.
    - Personne qui considère la réalité à travers un idéalisme chimérique. 


    J'ajouterais à ces définitions trouvées dans le Larousse : "Personne qui dénonce et retranscrit par la beauté des mots toute la misère du monde".

    Car c'est bien de cela dont il s'agit, au travers des mots de Thierry Radière. Le poète tourmenté prend la plume et cherche à embellir ce qui l'entoure. Il ne peut que constater que tout part à vau-l'eau, malgré la beauté des nuages, de la nature, en dépit des petits bonheurs du quotidien. 
    De la peine ? Oui, on la ressent, elle transparaît tout au long de cet ouvrage, une larme en continu. 
    De la colère ? Très certainement, des mots durs parfois dans ces pensées profondes. 
    Et cette volonté de dire les choses, de les dénoncer, de partager avec le lecteur des angoisses profondes et de, sans cesse, constater ce qui ne va pas, comment tourne le monde, avec ce regard sur les choses simples et O combien révélatrices !

    pourtant je ne suis pas fou
    tous les jours je raisonne
    j'arrondis mes angles de vue
    je capitonne mes nerfs à vif
    j'anticipe le monde divisé
    en rêvant d'harmonie
    pourquoi faut-il donc toujours
    que la question de la justesse
    se pose à mes actes et à mes gestes ?
    peut-être pour raser
    les poils de bête qui poussent
    à l'envers de mon corps
    et chatouillent l'intérieur
    d'un vide sans nom


    C'est ainsi, "Si je reviens sans cesse", une impression de tourner en rond, de voir chaque matin que rien ne change, que tout stagne, qu'avec un peu de ci ou de cela on pourrait aller mieux, retrouver l'harmonie et réduire le chaos.

    Merci M. Radière, et n'hésitez pas à revenir.

    Le livre sur le site des Editions Jacques Flament

     

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    POÈMES GEOGRAPHIQUES

    Thierry RADIÈRE

    Le Pédalo Ivre

     

    Voyage au long cours

    D'abord, un titre, "Poèmes géographiques", qui intrigue...

    Ensuite, une écriture fleuve, nous voici embarqués pour un voyage au long cours, à la découverte de vers qui n'en sont pas, libre à chacun(e) de trouver le rythme, de se laisser transporter au gré de ce voyage original. D'ailleurs, après avoir lu, relire quelques passages à haute voix, pour adopter la cadence, c'est encore mieux !

    Elle, Fille des Landes, l'amour du soleil, la plage, les forêts...
    Lui, plus au Nord, terre froide, les Ardennes, les hivers rigoureux mais la chaleur d'un foyer...

    C'est dur parfois, réaliste, puis des passages sont doux et chauds, ça sent le Pin des Landes et la Cacasse à cul nu. Deux êtres qui se sont trouvés, se sont découverts, s'aiment et s'épaulent, au fil du temps. Le temps ? Passé, présent, puis "re-passé", c'est un voyage chaotique, comme dans un vieux train, à 30 km/h. Se dévoilent des souvenirs d'enfance, tantôt gais, tantôt douloureux, réalités brutales, la vie comme elle est, les choses simples, les blessures familiales, les échanges avec les anciens, le manque de..., les rires, la complicité.

    Puis les souvenirs de leur vie à deux, les tracas quotidiens, les choses en partage, et ils n'ont pas fini leur périple, l'un guérissant l'autre au fil des ans et des évocations.

    Enfin, un livre qui fait du bien, qui fait remonter à son tour au lecteur quelques réminiscences, ces souvenirs enfouis qui n'attendent qu'à rejaillir et apportent un certain bien-être, une forme de complicité avec les deux protagonistes qui parlent de vies communes à chacun, finalement...

    Le site du Pédalo Ivre

     

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    Thierry Radière

  • LE PREFET, LA PROF D'ETHOLOGIE & LE PANDA et autres fictions pandables

    Le préfet, la prof d’éthologie & le panda

    Le préfet de discipline de cet établissement écrivait des poèmes pour la prof d’éthologie. On les vit se bécoter dans l’encoignure d’un couloir pendant les intercours, se balader bras dessus bras dessous à Pairi Daiza, se mettre en couple sur Facebook, adopter un bébé panda puis divorcer à grand fracas de déclarations contre le genre opposé aux leurs. Dépité, très marri, le préfet de discipline sortit une plaquette de quatorze poèmes illustrés par le prof d’arts déco dans une édition scolaire sponsorisée par le chef du P.O., qualifiés justement par la délégation syndicale menée par la prof d’éthologie de pourraves, piteux & patronaux (un essai d’assonance en p ; elle avait aussi enseigné la Poésie Prime Jeunesse). Quant au petit panda, qui, à l’adolescence a pris ses distances avec sa mère adoptive au motif qu’elle était une « sale spéciste! », il poursuit de longues études pour devenir préfet de discipline et poète content plaintif.

     

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    Un recours

    Déçue par un cours, cette étudiante porta plainte au ministère au motif que la bande-annonce de la formation publiée sur Facebook n’avait pas tenu ses promesses.

    « Le professeur est merdique & le cours à chier ! » tweeta-t-elle pendant la séance en hashtaguant l'#EducationNationale (qui connut là sa seconde de notoriété journalière)

    L’étudiante obtint gain de cause. Le cours fut retiré du programme scolaire et le professeur envoyé en stage de reformation dans un centre situé dans le fin fond des Ardennes.

    L’étudiante obtint en contrepartie trois cours gratuits de son choix dans le panel de formations divertissantes de l’établissement.

     

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    Un service d’urgences scolaires

    Aux urgences de cette école sont employés de jeunes professeurs multifonctions qui doivent prendre en charge, sans toujours les titres requis, des malades arrivant à toute heure du jour et de la nuit, affolés, angoissés, en manque flagrant de savoir, en mal de compétences à faire valider.

    Des malades que l’usage de Wikipedia et de YouTubeurs passionnés ne suffit plus et qui ont besoin d’un contact charnel entre quatre yeux avec un sémillant éducateur infirmier. Dès leur prise en charge, les premiers soins leur sont administrés, on leur fournit quelques rudiments de savoir, on arrête l’hémorragie d’ignorance, on leur injecte une forte dose de culture, on colmate les brèches de savoir, on applique les pansements antisceptiques. Dans les cas graves que nous ne relateront pas ici faute d’impressionner les âmes sensibles, il est fait appel à un prof de sciences humaines ou de langues vibrantes de garde qui vient opérer le patient, avec tous ses instruments et ses vieux manuels jamais scannés, malgré parfois les barrages routiers qui se sont éternisés sur les routes nocturnes qui les séparent du lieu d’intervention.

    Le directeur de l’établissement a promis qu’à la rentrée prochaine le personnel sera renforcé, des spécialistes seront inclus à l’équipe existante de jeunes pousses de l’enseignement ainsi qu’une cellule de soutien psychologique bien utile pour l’équipe d’intervention opposée à des cas de plus en plus préoccupants.   

     

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    Un burn-out spectaculaire

    Ce professeur de craquage d’allumettes a fini par s’immoler par le feu lors d’un burn-out spectaculaire quand il a appris qu’il ne serait jamais nommé dans la fonction pour laquelle il postule depuis trente-cinq ans. Il sera remplacé à la rentrée prochaine par le nouveau temporaire à vie d’allumage de briquet mécanique. 

                        

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    L’épreuve certificative

    À l’épreuve certificative du module d’utilisation des émoticônes, le correcteur de smileys est rigoureusement interdit. ;-)

     

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  • ACCORD CONCLU ENTRE RAOUL HEDEBOUW ET RAÚL CASTRO À LA HAVANE

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    Dans le cadre de sa visite de trois jours à Cuba, Didier Reynders a accepté que Raoul Hedebouw l’accompagne dans l'ombre. Pendant que le ministre des Affaires étrangères visitait La Havane en compagnie de guides assermentées et fort avenantes, Raoul Hedebouw a passé trois heures trente en tête-à-tête avec Raúl Castro.
    Une entrevue qui s’est conclu par un accord entre les deux Ra(o)ul.
    Avec son accent facilement imitable, le porte-parole du PTB a rapporté les conclusions de l’entretien.
    « Avec Raúl, pas moi, l’autre (rires), j’ai  tenu à rappeler qu’avec tous les gouvernements dans lesquels le PTB participait sans faillir depuis cinquante ans, la Belgique été le seul pays à toujours soutenir Cuba.  On a conclu ensemble un bel accord pour l’après Charles Michel qui devrait arriver fin de l’année. Eh ! ici, cela va être les vacances, on va partir se détendre tous (rires), et on va laisser le gouvernement voter en toute tranquillité, comme l'an passé, rappelez-vous, de nouvelles mesures qui vont mécontenter l’ensemble des travailleurs...  Puis, fin de l’année, ras-le-bol général, à nous le pouvoir absolu ! On est tombés d’accord sur tout ce qui sera mis en œuvre ensemble: la mainmise de l’Etat sur les soins de santé et les affaires sociales, les transports en commun et l'éducation. Mais là, rien de nouveau sous le soleil... ou la pluie (rires). Raúl, pas moi, l’autre (rires) m’a donné des idées pour le musèlement de la presse et des futurs opposants au régime hedebouwen (on ne va pas se voiler la face, il y en aura peu mais il y en aura), et le Syndicat Unique qui ne fait jamais grève. La meilleure idée des Castro ! Y’ en a pas besoin quand tout va bien, quand le peuple mange à sa faim des Tamales, fume des Havane et boit des Mojitos à volonté...

    Où je n’ai pas pu suivre Castro [Hedebouw prend son air sombre], c’est sur le développement de l’entrepreneuriat privé, indépendamment de l’Etat. Il y va fort, le frère Castro! Je lui ai dit gentiment mais fermement qu’il y avait des limites à l’ouverture au monde libéral. Puis Raúl m’a servi un cocktail cubain d'Hemingway pour détendre l'atmosphère. Je lui ai vite dit que j’appréciais le travail de ce cocktailiste réputé.  Dans la foulée, je lui ai demandé comment ça s’était passé avec ces vilains rockers sur le retour qui étaient venus donner un concert à La Havane. Les Stones, les Rolling Stones c’est comme ça qu’ils s’appellent, je ne revenais plus sur leur nom… Il m’a demandé mes goûts musicaux et j’ai cité Mireille Mathieu qu’il connaissait moins bien que Salvatore Adamo. Mais je lui ai dit que Mireille avait promis de me faire rencontrer Poutine en août. J’amènerai Didier Reynders avec moi, cette fois. Je lui dois bien ça (rires). J’ai chanté à Raúl, pas moi, l'autre (rires) Mille Colombes façon Compay Segundo, et c’est comme ça qu’on s’est quittés. Dans une belle entente entre camarades…  »

    http://www.rtl.be/info/monde/international/didier-reynders-rencontre-raoul-castro-a-cuba-video--822662.aspx