NAGEUR DE RIVIÈRE de JIM HARRISON

images?q=tbn:ANd9GcRU2j4zdhlpY05aYKlLOxmbthHSX-wd-Qn5-bt1Jy3UhYqQtBvfjGD9gQpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

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Le romancier et nouvelliste américain, né en 1937 dans le Michigan, décédé ce 26 mars 2016, accorde à son état natal, à la nature et aux êtres proches d’elle un intérêt constant, auquel ne déroge pas l’un des derniers volumes de nouvelles : la nouvelle éponyme, précédée de "Au pays du sans-pareil".

Les deux longues nouvelles portent de subtiles correspondances de terre, d’eau et de rites. La proximité des êtres et de leur humus natal crée ici une merveilleuse entente avec le lecteur, toujours épris de grands espaces et de terres nouvelles à explorer, qu’elles fussent de sol ou d’eau.

Revenu sans enthousiasme au pays pour s’occuper, le temps d’un voyage de sa sœur Margaret en Europe, de sa vieille mère, surnommée « Coochie », Clive, peintre autrefois, devenu historien d’art et expert d’œuvres, prend progressivement conscience que quelque chose de nouveau va l’étreindre pour de bon. Coupé de sa femme, de sa fille Sabrina – pour une peccadille -, il sent que le séjour dans la ferme familiale va lui redonner un souffle qu’il croyait tout à fait éteint ; il se remet à peindre ; il retrouve ses proches ; il renoue avec l’amour de sa jeunesse, Laurette… La vie reprend des couleurs, dans tous les sens du terme.

La seconde nouvelle emprunte au Pays du sans-pareil tout à la fois son cadre, l’esprit volontiers indépendant de son protagoniste et l’intime relation familiale dont les personnages de Harrison ne peuvent se passer. Le jeune nageur du titre, dix-sept ans au compteur de la vie, brille de tous les feux de la jeunesse, du physique sportif et de beauté pour les belles qui l’entourent. Thad fait preuve d’une autorité, d’une maturité et d’une autonomie rares à cet âge. Les tient-il d’une famille hautement responsable, d’une nature qui le pousse à se dépasser, de sa nature foncière ? Toujours est-il qu’auprès d’Emily, fille d’un milliardaire, ou de Laurie, dont le père est une brute épaisse, l’athlète passe pour un être exceptionnel qu’on s’arrache. L’entourage (Dent, Colombe…), la nature et cette rivière aux « bébés aquatiques » (d’où un mystère prenant que la fin n’émousse pas) engagent notre héros sur les voies difficiles, mouvementées et dramatiques de l’existence.

Dans les deux proses, Harrison sans cesse interroge d’autres livres, réussissant l’exploit de donner, grâce à ces mises en abyme, une authentification à ces récits, tous deux à la fin ouverte, gages pour le lecteur d’un autre espace à vivre. Clive lisait « Le rêve du cartographe », « Peindre c’est aimer à nouveau », « La poétique de l’espace » ; Thad « Les fleuves de la terre », vrai livre de chevet pour ce jeune explorateur des eaux du monde.

Dans les deux versants de ce livre, revigorant, l’amour, la sensualité, le corps occupent nombre de pages et c’est roboratif à souhait. L’on sent pointer, au fil des textes, une certaine mélancolie dans le chef d’un écrivain versé vers le grand âge – 77 ans au moment de l’écriture de ce livre. Un très beau livre.

Jim HARRISON, Nageur de rivière, Flammarion, 2014, 272p., 19,90€. Traduction excellente de l’américain par Brice Matthieussent

Le livre sur le site des Éditions Flammarion

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Commentaires

  • Un auteur que j'aime énormément, lu en français et en anglais. Il est finalement difficile de parler de lui sans tomber dans les lieux communs tellement il est "hors dimensions". Moi naturellement ce qui m'a attirée chez lui c'était l'introduction du monde amérindien, avec naturel, tranquillité, sans cette image du "noble sauvage"...

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