LE FAKIR

tumblr_me99irTBzv1qz4txfo1_1280.jpg« Trois kilos de clous, comme d’habitude.

- Je n’ai plus que des aiguilles, je vous en mets trois livres ?

- Avec cinq picots, s’il vous plaît ! »

Ce fakir était un gros consommateur de clous, pitons et autres crampons. Régulièrement il venait au marché aux puces s’approvisionner...

Le fakir était devenu un mode de vie, la référence en matière de mal-être. Non seulement les fakirs se déplaçaient à leur domicile sur des tapis de clous, de crêtes aiguisées mais les chaussées, les piétonniers, les couloirs d'autobus et ceux des bâtiments publics étaient recouverts de piques, chacun trouvant son plaisir à avoir mal et à crever.
Grâce à lui et ses semblables, l’industrie de l’acier était à la pointe. Les hôpitaux, les écoles et les centres d’aide sociale étaient richement alimentés par les taxes sur les bénéfices juteux des entreprises et le salaire en hausse des travailleurs. On s’acheminait vers une nouvelle période de bonheur éconopique.

La Gauche comme la Droite se réunissaient au parlement pour des joutes à couteaux tirés entre fines lames de la politique s’apparentant à des fêtes médiévales. Seuls les commentateurs aigus des réseaux sociaux déprimaient, ils n’avaient plus de grain à moudre, de brin à coudre au tissu de leur amertume, ils ne pouvaient plus guerroyer et s’afficher en chefs de meule. Ces mauvais plaisants, qui cherchaient l’aplat dans une société en dents de scie, furent identifiés, arrêtés, jugés pour outrage aux bonnes saillies et emprisonnés dans des cellules recouvertes de tapis doux comme la peau du ventre d’un bébé hérisson.
Ils vivent désormais là un enfer et ont promis de ne plus jamais critiquer le système pour qu’on leur rende leur intérieur tendu de piquants bienfaisants.

 

Les commentaires sont fermés.