DURET OU LA CONCRÉTION D'IMAGES

leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX 

 

 

 

 

duret-langue-soufflee-animal-150x179.gifLa langue poétique ici associe sans cesse des appositions, des métaphores presque sans lien : ceci bien sûr rend la lecture des 73 dizains légèrement incommode car les insolites concrétions de sens nous laissent souvent perplexe :

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"ma langue grimpe sur
le mât de cocagne
elle fait le singe
aboie sur les crêtes"

Le "je" qui narre hèle des animaux "à l'aide", "engloutit chaque mot", prend pose de chien sur "les trottoirs", cite Artaud, énonce un "corps" dont "le visage est confiant".

Ces poèmes désarçonnent l'épris de fluidité, plairont sans doute à l'amateur de signifiant qui aime dans un même vers pour la beauté de la chose "agrumes et arguments".chevreuil-patrice-duret-L-KPmlQz.jpeg

Le livre, sans doute un vaste patchwork d'images, s'encombre de vers dissociés pour dire une langue rebelle au sens commun; le rapprochement des mots, pour être souvent barbare "la souris/ pagaie dans le lac secouer la planche/ regard lointain", ressemble à l'écriture automatique dans ce qu'elle a de plus artificiel ou d'expérimental.

Pourtant, sous l'écriture très formelle, se niche un besoin "d'enfance", "l'air de n'y pas toucher", fragile écho d'expériences enfouies dans le carcan des dizains et dans l'accumulation d'images juxtaposées, mais à quelles fins?

Patrice Duret, La langue soufflée de l'animal , L'Arbre à paroles, 2017, 82p., 10€.

Le site de L'Arbre à paroles

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