Pour commencer 2017: BONNES NOUVELLES DE BELGIQUE

arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

À l’occasion de la rentrée de janvier, Cactus inébranlable a sérieusement dynamisé sa nouvelle collection « Nouvelles » lancée en 2016, en publiant trois nouveaux recueils. J’ai déjà évoqué celui de Lorenzo Cecchi, je vous présenterai donc aujourd’hui ceux d’Anne-Michèle Hamesse, Ma voisine a hurlé toute la nuit, et celui proposé par Jean-Phippe Querton, T’as des nouvelles de JPé ?

 

113716423.jpgMA VOISINE A HURLÉ TOUTE LA NUIT

Anne-Michèle HAMESSE

Cactus Inébranlable

Je suis sûr qu’Anne-Michèle Hamesse ne m’en voudra pas, si je dis que dès les premières lignes de ce recueil, ma mémoire m’a proposé le nom de celles que j’appelais il y a une ou deux décennie « mes chères vieilles anglaises » (vieilles elles ne l’étaient peut-être pas plus que moi) quand j’ai traversé, dans mes lectures, une période britannique. Ainsi, des noms ont ressurgi dans ma tête : Barbara Pym, Mary Wesley, Muriel Spark, Elizabeth Taylor… avec des souvenirs de lecture très agréables. L’air de rien, derrière un texte bien lécher, elles possédaient la férocité ces braves dames, elles savaient insidieusement distiller le venin, elles connaissaient à merveille le petit monde qu’elles mettaient sur le grill qui leur servait de scène. Elles avaient l’œil infaillible et la plume impitoyable, j’ai retrouvé un peu ces caractéristique dans les nouvelles d’Anne-Michèle quand elle dresse le portrait sans concession de dames plus toute jeunes, pas toujours gâtées par la vie, parfois un peu dans leur petit monde, ailleurs… qui ont des problèmes à régler avec leur entourage, leur histoire, le sort qui leur a été réservé.amh.jpg?fx=r_550_550

Ces héroïnes sont surtout des femmes qui ne peuvent plus supporter la vie qu’elles mènent, elles sont arrivées à un point où il faut qu’il se passe quelque chose, qu’elles prennent leur vie en mains pour remettre leur existence dans le bon sens. Mais, même si elles prennent des décisions irrémédiables, brutales, diaboliques, dignes de Barbey d’Aurevilly, leur férocité se brise souvent les dents sur la carapace des aléas. Ainsi, la petite sœur toujours méprisées n’aura pas la vengeance qu’elle serrait dans sa poche, elle a trop attendu. Trop tôt, trop tard, à contre temps, ailleurs, dans un autre monde,…, elles ratent toujours leur objectif. Ainsi va la vie, c’est le hasard qui tient les cartes dans ses mains, les rêves restent souvent dans le monde fantastique où la magie peut tout changer, mais hélas s’éteignent au réveil.

Anne-Michèle Hamesse voudrait-elle nous faire comprendre qu’il est inutile d’essayer de se rebeller contre le sort qui nous est infligé et que nous devrions tout simplement le subir pour mieux le supporter ? Il est sûr qu’à la lecture de ces nouvelles, on comprend vite qu’elle n’a pas une confiance illimitée en l’humanité qui distille la méchanceté à flots généreux. Elle croit plus dans le sort qui sait coincer le grain de sable diabolique qui dérèglera la machine de n’importe quelle histoire, de n’importe quelle existence.

Avec son style limpide, académique, précis, appuyé sur des phrases plutôt courtes même si elles sont suffisamment longues pour être souples et agréables à lire, l’auteure livre dans ce recueil une dizaine de nouvelles qui démontre ses talents de conteuse. Elle sait très bien raconter les pires histoires, créer des personnages diaboliques, sans jamais sombrer dans la vulgarité ou l’approximatif. En toute innocence, elle peut laisser supposer les pires horreurs comme savais si bien le faire mes « vieilles anglaises ». Il y a aussi dans ses textes très souvent une dimension charnelle qui confère une plus grande véracité aux histoires racontées et une plus grande réalité aux personnages mis en scène. J’ajouterai que j’ai détecté quelques zeugmes du plus bel effet, judicieusement placés comme pour donner encore plus de nerf au texte.

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

 

couverture-t-as-des-nouvelles-de-jpe.jpg?fx=r_550_550T’AS DES NOUVELLES DE JPé ?

Jean-Philippe QUERTON

Cactus inébranlable

Jean Philippe Querton, JPé, a fait le ménage de son bureau, vidé les tiroirs, délesté les étagères de toute la paperasse qui les encombrait, nettoyé le plan de travail de tout ce qu’il avait laissé s’accumuler au fil des ans passés à lire et à écrire. De cette tâche harassante, il a récupéré une pile de papiers en plus ou moins bon état dont il a extirpé des bouts de texte, des ébauches de texte, des idées de texte griffonnées sur des morceaux de papiers très divers, des bribes de textes et même des textes attendant juste une opportunité pour se glisser dans un recueil personnel ou collectif. Après une sélection minutieuse, il a retiré de cet amas de paperasses vingt-neuf textes plus un (le dernier étant peut-être celui qui a été écrit juste avant la publication de ce recueil quelques jours seulement après la mort de Léonard Cohen) qu’il a transformés en vingt-neuf nouvelles plus une qui constituent ce recueil.

Je connaissais le JPé jongleur de mots, aphoriste averti et talentueux, amateur de la formule fulgurante, comme il le dit lui-même : « Je suis un dénoyauteur de mots, un dépiauteur de phrases, un désosseur de langage, un décortiqueur de sens. Je dépouille, je dépapillote, je dévêts… Détrousseur, dépeceur, spolieur ». Mais dans ce texte, j’ai découvert un JPé que je ne connaissais pas, le JPé conteur, celui qui sait à merveille raconter des histoires, les histoires qu’il a pour la circonstance transformées en nouvelles. Ces nouvelles récupérées lors de sa séance de tri sont évidemment très différentes. « Ce sont des textes écrits dans contextes bien différents, dans des moments particuliers de la vie et si certains transpirent la souffrance, l’amertume, d’autres font état d’un goût pour l’absurde qui plonge ses racines dans une forme de rejet des conventions et une insouciance bienfaisante ».Querton.jpg

« Il y en a qui relèvent du burlesque, d’autres sont bien noires et sans doute que certaines évoqueront une forme particulière de romantisme, sans noyer le lecteur dans l’eau de rose ». Je dois dire que ce recueil m’a ému car entre les lignes de ces nouvelles, j’ai vu un homme face à la vie, à ses doutes, à ses certitudes, un homme parfois fort, parfois fragile recherchant le réconfort dans le cocon familial ou au cœur de sa tribu, ceux qui l’ont édité beaucoup moins nombreux que ceux qu’il a édités. Même ses coups de gueule, ses colères, sa répulsion à l’endroit de l’argent et de tous les pouvoirs, surtout religieux, qui abusent de la crédulité des foules, contiennent une humanité émouvante. Mais j’ai retrouvé aussi le JPé gouailleur, insolent, impertinent, incapable de retenir le bon mot, la formule qui percute. Je dois avouer que certains textes m’ont franchement fait marrer comme celui dans lequel un gamin admire ses parents pour avoir, en 1968, eu la géniale idée de virer les pavés de la plage.

Sans flagornerie ni fausse-pudeur, JPé dessine ainsi, à travers une trentaine de textes pas très longs, le portrait d’un homme amoureux des lettres, des mots, des beaux textes, défenseur de toutes les causes pouvant rendre sa dignité à l’humanité souvent bousculée par des pouvoirs abusifs et cupides. Parfois, il se livre à nu, d’autres fois, il se cache derrière des personnages issus tout droit de son imagination mais toujours on retrouve ce fin lettré un peu bougon amoureux des lettres et surtout des hommes sans oublier les femmes évidemment.

« Le rêve, la vie imaginée, construite comme un roman. Je suis l’écrivain de ma propre existence. J’ai les pleins pouvoirs et je veux décider de tout ».

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

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