• ONZE POÈMES de SANDRA LILLO

     

    Se lever dans l'obscurité vierge

     

    premier pas au bout de la nuit

     

    allumer les lumières sur la peau du

    silence entrer dans la zone

     

    les gyrophares bleus écartent les rues

     

    Prendre le jour brisé derrière les plis bleu foncé

     

    le chant des oiseaux qui sifflent pour la première fois sur les branches de l'autre côté de la fenêtre

     

    de l'autre côté du monde

     

     

    ***

     

     

    L'ennui t'enfonce au milieu des ronces Il te raconte une autre histoire que la veille

     

    Tu perds

     

    Les rues sont engorgées du bois mort

    des radeaux échoués

     

    Que faire dans la nuit qui vient

     

    dans quel sens te tourner pour ne pas entendre

    que tu te trompes

     

    Les rêves qui couvent sous ton front sont-ils autre chose que des lieux de mémoire

     

     

    ***

     

     

    Il pleut depuis longtemps

     

    le temps manque pour tout

     

    la nuit coule le long des quais

    des gouttières

     

    comme une blessure du jour

     

    Continuer sur la route de toute façon brisée

    jusqu'à se détourner de ce qui ne dure pas

     

    Ne pas perdre l'instant où la lumière se lève

    les étoiles ne tombent pas

     

    Il suffit de peu pour tenir au rang

    de ce qui s'anime faiblit attire

     

      

    ***

     

      

    De temps en temps la lumière éclot dans

    l'obscurité

     

    Les jours se suivent jusque n' être plus que

    l'oiseau en cage

     

    le mot oublié

     

    L'âme penche dans le creux établi des jours

    partis sans qu'on en ait rien saisi

     

    ou est- ce le temps de la jeunesse qui résiste

    avec son lot de caprices

     

     

    ***

     

     

    Exaspérée par le bruit et le silence

     

    tourner autour du taillis des questions sans réponse

     

    En rester là à l'heure qui précède le soir sous la lumière allumée au- dessus du bureau

     

    L'angoisse traîne de ne pas être à la hauteur

    d'un baiser prolongé

    d'un acte de résistance 

     

     

    ***

     

     

    L'ombre de l'automne passe devant

    les doubles fenêtres

     

    la température a baissé à l'aube

     

    le chien est étendu sur le parquet

     

    le chat dort sur le pavé mou des coussins

    sa paupière semi- ouverte sur son œil

    citron vert

     

    Que faites-vous vous qui ne faites pas

    de bruit

     

    La journée semble n'appartenir qu'à ceux

    qui se donnent rendez- vous

     

    après minuit

     

     

    ***

     

    Dans l'antre uniforme de l'ennui

    tu forces le langage

     

    Tu veux quitter les eaux opaques de la mémoire

     

    Tu attends quelque chose d'intense

     

    être debout intact sous les breloques du mimosa

      

     

    ***

     

    La rue

     

    les chambres fermées

     

    les fenêtres ouvertes sur

    d'autres fenêtres

     

    Le ciel se cueille

     

     

    ***

     

    La perte grippe les rouages du mouvement

     

    de l'indéfini à hier tous les retours étaient possibles

     

    ce soir il n'y a que des départs

     

      

    *** 

     

    Je ne sais plus finir mes phrases

     

    mon territoire se résume à l'ouverture de la fenêtre sur les draps renversés d'insomnie

     

    paraplégique de l'autre partie du monde

     

    L'heure juste frappe aux portes par des cyclones après lesquels

     

    on rebattit beau triste et maladroit

     

    ramené sans cesse au milieu de la mer des feuilles mortes

     

    Tout le bruit de l'automne tombe dans le silence des nuits

     

    qui crient la peur de vivre

      

     

    ***

     

     

    Il y a derrière les masques les mesures d'une musique impossible

     

    l'urgence de toucher un visage

    une envie d'absolu

     

    rien qui ne soit inventé qui roule comme l' eau

     

    du ventre au cœur

    échoue dans une chambre vide

    que l' on ose plus regarder

     

     

    sandra_lillo.jpgSandra Lillo est originaire de Nantes. Elle écrit de la poésie et a contribué à plusieurs revues telles Le Capital des mots, Lichen , L'Ardent Pays, Nouveaux délits...

    Son recueil Les bancs des parcs sont vides en mars, illustré par Valérie Ghévart, vient de paraître aux Éditions la Centaurée.