QUAND J'ÉTAIS POÈTE

C'est si peu de la littérature que c'est de la littérature.

- Comprends pas. 

Daniel Fano (Comme un secret ninja, Le Castor Astral)

 

 

Préventivement

  

Lors de tes baisers

Je recueille ta salive

 

Lors de tes pleurs

Tes larmes

 

Lors de tes rhumes

Ta morve

 

Au cas où je tomberais

Fou amoureux de toi

 

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L’attentat

 

J’ai le bras long

Et des vues

Sur ton entrejambe

 

L’envie aussi

De te tirer les poils

De nez

 

Mais avant c’est l’heure

De mon attentat poétique

 

Je dépose un poème en boule

Sur le banc public

Où tu poseras les fesses

 

Tu le déroules

Comme un jour de fête

À l'instant rêvé

 

Pour lire ce vers

Qui te fera éternuer

 

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Les joueurs de blues

 

Les joueurs de blues

Font d’assez bons

Chasseurs de papillons

Pour autant qu’ils possèdent

Un grand filet à bourdons.

 

L’effet Doppler, à moi qui m’éloigne de ton centre

Me fait entendre

Tes cris d’amour à la périphérie de notre histoire

Sur des fréquences bien distinctes.

Ton orgasme se perd sur les longues ondes...

 

Dans ton autobiographie

Nulle part tu ne fais mention de mon nom

Par contre tu évoques abondamment Macron

Qui lorsque nous étions ensemble (il y a longtemps)

N’était encore rien pour nous.

 

Les mots de Sartre n’engagent plus comme jadis.

Bonjour Tristesse fait moins jaser.

Bien que Juliette joue les prolongations

Paris n’a plus la cotte de maille.

Les hauts et bas des filles font, eux, toujours rêver.

 

Carla ne renonce toujours pas à Nicolas.

Si j’étais président, je marierais une homosexuelle

Pour qu’on ne dise pas que j’ai fait un mariage d’intérêt.

Une lesbienne amoureuse d’une beauté africaine

Qui chanterait le blues mieux qu’Ella.

 

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Sur la tombe de Marilyn

 

Pendant que tu bats les blancs d’œufs

Je durcis ma coquille, je raffermis mon jaune.

Penser à ta peau pâle sous les coups du soleil

Me fait passer un bon dimanche.

 

Je rassemble dans un album

Toutes les photos de toi nue dans la cuisine.

Je te vois en Chinoise bouffeuse de riz cantonais

Face à une affiche de Mao bandant comme un taureau.

 

Quand le rasoir autour de ton sexe dessine des arabesques

Je crains autant que je désire une pointe de ton sang frais.

Rendez-nous la femme prise sous les roues de la Maserati 

Telle qu’elle était lovée sur le levier de changement de vitesse!

 

En prenant l’aviron sur le Lac Tahoé

Je plains les jonques à l’arrêt dans le port de Hong Kong.

Le grand singe pioche des bouts de cervelle

Dans le crâne d’une vache en s’étonnant de l’absence d’arêtes.

 

Sur la tombe de Marilyn je suis venu avec un pistolet

J’ai aligné les chiffres 0106192605081962 et j’ai tiré !

Avant que s’affiche le résultat j’étais déjà loin

Certain une fois de plus d’avoir perdu ma mise.

 

Pendant que les tirs atteignaient la tête sans surprise

L’écume des jours s’écoulait lentement sur le capot.

Le service de sécurité fit mine de pas voir tes seins

Qui pourtant s’étalaient sur le mobile lieu du crime.

 

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Quand j’étais poète

 

Quand j’étais poète, je te ligotais avec des fleurs d’orchidée

Et tu aimais mes césures à l’hémistiche, mes envolées bondagières

Sans griffer, tu caressais la main qui enserrait tes formes

Mettait en valeur fentes et renflements.

 

Tu n’étais pas avare de cris ni de pleurs.

Prise dans les liens tu faisais plus chienne qu’une meute de hyènes.

Les spectateurs conviés à la performance te découvraient par morceaux

Puis tu n’as plus aimé l’accrochage de tes beautés en puzzle

 

Au plus haut degré de mon désir de fragmentation.

Je t’ennuyais quand je te pinçais même pour rire

Quand je te tirais l’oreille, quand j’enlevais la ceinture de ton kimono

Quand je te traitais de tous les noms qui te donnaient auparavant du plaisir.

 

Tu disais des monstruosités sur mon compte, tu dénigrais mon travail.

Un jour tu as brûlé toutes mes cordes, tu as défait les noeuds, tu as pris le large.

J’ai appris depuis que tu ne te vêts plus que de robes de cuir, de combinaisons de latex

Qu’on ne voit plus ta nudité que sur les clichés que j’ai pris

 

Et qui circulent encore sous le manteau de l’hypocrite pudeur.

Que tu tiens donjon et que des êtres viennent chez toi pour souffrir.

Souffrir par toi, j’ai réfléchi à la question, physiquement je ne pourrais pas

La torture de ton départ m’a fait connaître le summum du pire.

 

Nous nous sommes revus comme si de rien n’était autour d’un thé au jasmin.

Maintenant que nous voilà amis, régulièrement tu m’adresses tes soumises

Celles qui te ressemblent, celles qui ont le rose de tes tétons et tes lèvres

Qui font par leurs plaintes, leur façon de se tordre, le plus penser à toi.

 

Mais je n’ai plus dans les doigts la dextérité passée,

Dans mes yeux la force de ton regard, dans les bras la force

De composer des odes aussi puissantes, des compositions aussi bien ficelées

Que lorsque sur ton génie je construisais mon art éphémère et terrible.

 

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