• LA CIBLE IDÉALE

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    Lecteurs sans cibles s'abstenir

     

    Cet homme était la cible idéale. Après un examen minutieux, les logiciels les plus performants en matière de désignation de cible avaient confirmé les pronostics. L’individu était dès lors observé nuit et jour par les meilleures équipes de snipers du monde.

    À l’heure fixée, les équipes entrèrent en action, visèrent et tirèrent sans sommation sur l’objectif.

    Mais à cet instant t, parce qu’il avait été déplacé par une pensée x, un souvenir y, une sensation z, le point de mire n’était plus à l’endroit e où il aurait dû se trouver. Dès lors, les balles des dizaines de tireurs préparés se frappèrent l’une l’autre, ricochèrent en éliminant tous les exécutants.

    Seul l’homme sortit miraculeusement vivant de la fusillade, cet homme qui, aujourd’hui encore, se demande comment un tel bug a pu se produire, lui qui avait pourtant programmé les meilleurs algorithmes, censés avoir intégrés tous les impondérables, afin qu’il succombe, lui-même, à ce moment-là et à cet instant précis.

  • LIRE AU PRINTEMPS 2017: NOUVELLES DU NORD

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Des Hauts-de-France à l’est de la Belgique, il n’y a pas très loin, pour moi, c’est toujours le Nord et je n’ai pas parcouru une bien grande distance pour découvrir, ou redécouvrir, deux nouvellistes de talent, Edmée de Xhavée que je connais depuis un certains temps déjà, ce n’est pas le premier recueil ou roman de sa plume que je lis. Par contre c’est la première fois que lis des textes de Francis Denis. J’ai pensé que ces deux recueils feraient une bonne chronique réservée aux nouvelles du printemps (je parle évidemment de ma date de lecture).

     

    front-cover-rina.jpg?w=474LA RINASCENTE

    EDMÉE DE XHAVÉE

    Chloé des lys

    « Edmée plonge au tréfonds des cœurs et des âmes, et même parfois des tripes, de ses héros pour en extirper les joies et les douleurs les plus intimes et les plus vives pour montrer que l’amour et que la vie ne sont souvent qu’illusion et amertume ». Lorsque que j’avais lu un précédent recueil de nouvelles d’Edmée, j’avais conclu mon propos par cette phrase qu’aujourd’hui je cite en introduction à la lecture de son nouveau recueil car elle a toujours ce même regard sur ce qui unit ou sépare les femmes et les hommes. A travers huit nouvelles qui sont autant de vie de femmes trompées, abusées, bafouées, elle reprend son thème de prédilection avec un peu plus gravité encore, peut-être même une petite de dose de férocité et de cynisme. On dirait qu’elle croit de moins en moins à « l’amour toujours », et qu’elle éprouve de plus en plus une grande méfiance vis-à-vis du mariage et de toutes les liaisons se voulant pérennes, ces unions qui servent surtout à maintenir le patrimoine au sein de la famille, conserver l’honneur le rang de la phratrie, du clan, perpétuer et préserver le « nom ».

    « On tombe amoureux comme on tombe malade, ou fou de peinture, ou de courses de voiture. Une passade, elle passe. Un amour… on ne peut faire autrement que le vivre. On « tombe » dedans ». Un amour on le vit le temps qu’il dure car il est n’est que très rarement à vie. Le hasard qui réunit les amoureux à vie n’a pas souvent l’occasion d’exercer son talent, les mariages et unions diverses relèvent bien plus souvent des convenances ou du confort personnel. Auparavant on parlait d’alchimie de l’amour désormais on évoque une quelconque chimie qui relierait les amoureux…"

    Pour se convaincre de cette vision de l’auteure, il suffit de lire la quatrième nouvelle, celle qui concerne une jeune femme qui découvre que son mari la trompe et qui va vider son chagrin et sa colère dans les jupons de sa mère et de ses deux tantes qui lui racontent, chacune à leur tout, leur chemin sentimental personnel lui laissant ainsi découvrir que la sérénité qu’elles affichent toutes les trois n’a rien à voir avec leur vie sentimentale. Elles ont dû combattre, accepter, biaiser, louvoyer, composer… pour construire une vie qui leur apporte une certaine satisfaction.

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    Edmée De Xhavée

    C’est, selon Edmée « la Rinascente » la renaissance, les retrouvailles avec les amis, les amours de jeunesse, quand on en a fini avec ce qu’il fallait faire : se marier, fonder un foyer, avoir des enfants pour assurer la descendance, faire carrière pour ne pas écorner le patrimoine familial, quand le couple s’étiole, que l’amour s’évapore doucement, que les enfants quittent leur nid, que les contraintes disparaissent, c’est le moment de renaître, de construire une autre vie, celle dont on a rêvé, celle qu’on n’a jamais pu vivre…, avec ceux qu’on retrouve. C’est la petite lueur d’espoir que l’auteure laisse filtrer entre les lignes de ses sombres nouvelles.

    Lire Edmée, c’est caresser un tissu de soie rêche, boire un vieil apéritif démodé, à la fois doux et amer, c’est se laisser bercer par la musique du texte, comme par un concerto pour piano de Mozart ou un Stück Musik de Schubert. Mais c’est surtout lire une page de l’histoire du XX° siècle, l’histoire d’un monde qui fut et qui n’a pas su s’adapter pour être encore, un monde qui n’a pas pu, ou pas su, prendre la mesure de tout ce que les deux abominables grands conflits avaient changé dans la vie des populations en Europe au XX° siècle. Le destin d’une classe sociale qui régentait le monde au XIX° siècle et qui a dû laisser sa place à une bourgeoisie nouvellement enrichie aux mœurs moins sclérosées, aux idées plus larges et plus hardies. L’histoire d’une classe sociale qui a poussé sous les tapis de son faste passé, les poussières nauséabondes de ses mœurs peu en harmonie avec son image.

    Il y a aussi dans ces textes des souvenirs d’enfance, l’évocation de lieux où l’auteure a certainement séjourné et surtout beaucoup de nostalgie mais aucun regret; l’auteure semble, elle-même, avoir su renaître à une nouvelle vie après sa vie professionnelle.

    Pour le commander sur Amazon

    Laissez-moi vous écrire, l'excellent blog d'Edmée De Xhavée sur lequel elle livre des chroniques inédites régulières...

     

    les-desempares.jpgLES DESEMPARÉS

    FRANCIS DENIS

    Delatour Editions

    Dans ce recueil Francis Denis a rassemblé quinze nouvelles d’inégale longueur qui évoquent toutes d’une certaine façon la difficulté des êtres à s’intégrer dans un monde et dans une société qui ne semblent pas faits pour eux. Des individus qui sombrent dans une chute définitive, pas tous cependant, certains entrevoient au bout du tunnel de leur existence le rayon de lumière qui pourra leur permettre de vivre dans ce contexte qu’ils n’ont pas choisi mais qu’ils pourront alors apprivoiser.

    Le pauvre quidam que personne ne considère trouvera un peu d’espoir auprès d’une prostituée attentive et douce ; un homme et une femme convaincus qu’il leur est impossible de trouver un conjoint acceptant leur défaut, finissent par se réunir dans un même amour ; l’enfant maltraité comprend qu’en sortant du placard dans lequel on l’enferme, il perd son seul refuge d’intimité ; le président qui doit prendre ses fonctions, qui regrette déjà la douce vie qu’il menait avant ; l’enfant qui trouve sa mère délaissée pendue… tous des êtres en rupture avec leur vie qui surmontent cette épreuve ou qui sombrent définitivement.

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    Francis Denis

    Francis Denis est aussi un peintre, on peut le constater dans ses textes où il prend toujours soin de décrire les lieux fréquentés par ses héros avec précision et sensibilité, on a l’impression qu’il voudrait mettre de la couleur dans sa prose. Une prose très proche de la poésie, fluide, humide, qui coule comme une eau paisible, une écriture élégante, sensuelle, avec même parfois une petite dose d’érotisme, pour construire un texte frais, odorant, coloré par une abondance d’adjectifs. Un texte qui décrit la vie comme elle est, brutale, cruelle, déchirant l’écran de poésie qui masque souvent de bien grandes douleurs. On a l’impression que l’auteur regrette un monde originel, végétal, peuplé seulement d’êtres paisibles, un monde qui peut-être fut mais un monde qui sort aussi tout droit de son imagination. Il maintient ainsi le lecteur entre la réalité la plus crue et une virtualité imaginaire et poétique, entre ce qui est et ce qui aurait peut-être pu être, dans le monde qu’il décrit dans une de ses nouvelles. « Nous vivons dans un monde aérien fait de sons et d’odeurs. Proches de la terre et de l’écume, solidaires des goélands et des mouettes qui viennent se frotter à l’immensité du ciel, proches de la pierre, du sable et de l’eau, proches du bonheur certain mais fragile ». Ce monde c’est l’univers de Francis Denis mais les hommes sont entrés dedans et l’ont sérieusement altéré, c’est l’univers naïf et coloré qu’il peint sur ses toiles, du moins pour celles que j’ai pu voir.

    Mais, tant que le poète vivra et écrira, l’humanité pourra nourrir encore quelques espoirs.

    Les publications de Francis Denis aux Editions Delatour

    Le site de Francis DENIS

     

  • MICRO ÉLOGE DE LA MOUCHE

    Micro éloge de la mouche

     

    « Il y a trois sujets à traiter : l’amour, la mort et les mouches. » 

    A. Monterroso

     

    Le poète ordinaire se félicite en mars de l’éclosion des petites fleurs (jonquilles,  jacinthes, camélias, anémones…), de l’arrivée des hirondelles, de l’afflux (soudain) de lumière (après les ténèbres hivernales et le rite de l’heure d’été), du réchauffement de l’air (sans évoquer les méfaits de l’allergie au pollen de graminées et des pics de canicule qui vont décimer une partie de la population), des bienfaits du crépuscule sur ses facultés à la rêverie, de l’accroissement de son caractère lunaire, du renouveau de la nature et de la réouverture (en grandes pompes) de son cœur aux choses de l’amour et, s’il est encore vif, fringant, apte à l’ébranlement, de sa libido aux choses du sexe. 

    Alors que le lecteur qui a lu Monterroso va simplement observer l’absence cruelle de mouches, la mouche vrombissante et merdeuse, la mouche cadavérique et chiante, la mouche vive et folle, la mouche pétulante et malsaine, la mouche exploratrice et méditative, et se mettre à guetter sa venue, sans quoi la vie printanière (tant attendue) ne serait pas la vie printanière, sans quoi l’été ne pourrait pas briller de son plus vil éclat.

    En effet, si la mouche ne venait pas mettre son grain de sel, jouer son rôle de mouche du coche, le poète ordinaire (et hautain avec les mouches) pourrait se croire le roi de l’univers poétique. Déconnecté du réel, il prendrait sa vessie pleine d’une inspiration sans limites pour une lanterne de lumière littéraire pisseuse, et pourrait, eh oui, écrire à jet continu, mourir et faire mourir ses lecteurs d’une indigestion d’irréalité qui pourrait sensiblement, en retour (qu’est le poète sans son lot de lecteurs triés sur le volet?), compromettre l’avancée de sa carrière littéraire jusqu’aux prix et replis de l’automne.

     

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    Un rêve

     

    Personne ne peut savoir si le monde est fantastique ou réel, et non plus s'il existe une différence entre rêver et vivre. J.L. Borges

     

    J’ai rêvé de Jorge Luis Borges. Il me disait avoir rêvé de moi et je m’en émouvais. Vous, Borges, vous avez rêvé de mon insignifiante personne?

    Dans mon rêve, dans un sursaut de vanité, je me dis alors qu’il serait bien que le maître le fît savoir au monde, une fois ramené à la conscience du réveil, qu’il signalât le fait à la presse, comme ça en passant, au détour d’une question sur les labyrinthes ou la cécité. Même si mon œuvre était minuscule, de la grandeur d’une pointe d’épine, d'une crotte de mouche, la remarque en passant amènerait le lecteur distrait à se piquer de cette infimitude qui caractérisait ma quasi absence d’œuvre. Je m’en ouvris au grand écrivain qui y souscrit : Pourquoi pas, fit-il avec son air un peu absent et si touchant…

    J’ai fait ce rêve et comme Jorge Luis Borges (à ma connaissance) ne s’en est jamais ouvert par la suite à quiconque, je décide aujourd’hui de le relater : Oui, dans mon rêve, Borges a bien rêvé de moi il y a trente-cinq ans (ou trente-six, c’est si loin maintenant)… 

     

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  • LIRE AU PRINTEMPS 2017: PREMIER RAYON DE SOLEIL LITTÉRAIRE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Pour aborder cette nouvelle saison, j’ai lu un auteur venu des antipodes, le Chinois Li Jingze, qui s’est penché avec une grande patience et une grande minutie sur les textes qu’ils soient anciens ou plus contemporains, sur les contes et légendes et sur les traditions ancestrales pour essayer de comprendre, et de nous faire comprendre, pourquoi les Chinois et les Occidentaux ont autant de difficultés dans leurs relations. Un bel exercice intellectuel et culturel pour commencer une nouvelle saison de lecture.

     

    cat_1484841970_1.jpgRELATIONS SECRÈTES

    LI JINGZE

    Editions Picquier

    Passionné par l’approche de l’histoire proposée par Fernand Braudel, Li Jingze a entrepris ce vaste récit, entre essai et histoire, pour essayer de comprendre et de faire comprendre comment deux grands empires pensant dominer le monde n’ont jamais pu se comprendre eux-mêmes et ne se comprennent peut-être encore pas très bien. Il a remonté le temps jusqu’à la dynastie des Tang (618-907) puis celle des Song (960-1279) pour retrouver les légendes, les poésies, les chansons, les textes anciens qui pouvaient lui permettre de faire revivre tout le petit peuple et ses avatars qui ont construit l’histoire de son pays. Et, ainsi, il a poursuivi son chemin dans le maquis des textes officiels, confronté à l’énorme problème de la traduction. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas si longtemps encore, il y avait plus de distance entre le chinois écrit et le chinois parlé qu’entre le chinois écrit et l’anglais.

    À travers cet immense travail, extrêmement documenté, l’auteur n’est pas historien de formation mais il connait certainement mieux l’histoire de son pays que de nombreux universitaires qui enseignent cette matière, c’est avant tout un très grand érudit qui a essayé de comprendre pourquoi son pays que tous ses habitants considèrent comme le centre du monde, « l’Empire du Milieu », n’a jamais pu comprendre et se faire comprendre de l’autre puissance dominant le monde, l’Empire britannique. Jusqu’au XIXe° siècle encore, les Chinois et leur empereur en tête pensait qu’« En Occident il n’y a en fait qu’un pays, c’est l’Angleterre. L’Amérique, la France, l’Allemagne, etc… ce sont d’autres façons de désigner l’Angleterre, pour tenter d’abuser encore la dynastie céleste. » Pour simplifier notre discours nous dirons simplement que LI Jingze a essayé de comprendre pourquoi l’Occident et la Chine ne se sont jamais compris.

    Pour commencer, il faut admettre que ces deux parties du monde se sont d’abord connues seulement à travers les marchandises qu’elles échangeaient sans jamais se rencontrer. Les marchandises voyagent plus loin que les hommes. Les Croisés occidentaux ont ainsi découvert une foultitude de produits nouveaux dans les échelles du Moyen-Orient, des produits venus de Chine ou attribués aux Chinois, comme l’ambre gris, la rose ou le bois d’aigle… A travers ces produits inconnus, les Occidentaux ont fantasmé un pays sans le connaître tout comme les Chinois ont fantasmé l’Occident quand ils ont reçu les premiers produits manufacturés acheminés le long des voies de communication terrestres ou maritimes. La notion de Route de la Soie sera inventée plus tardivement. Marco Polo intéresse assez peu l’auteur qui s’étend beaucoup plus longuement sur les écrits et les aventures de Galeote Pereira, Guillaume de Rubroek, Matteo Ricci, pour terminer son périple historique avec Malraux qu’il conteste fermement, démontrant qu’il a beaucoup emprunté et qu’il n’a pas vécu ce qu’il laisse croire qu’il a vécu.

    L’auteur s’étend notamment sur la perception du monde qu’ont les Chinois, ils ont connu, au Moyen-âge, leur période la plus faste avec les Tang et Song notamment et ils se sont, à partir de cette époque, comme figés dans leur splendeur la croyant définitive et immuable, vivant dans le présent et ne voyant le changement que comme un nouveau présent à vivre. « Nous ne croyons qu’au monde actuel, c’est pourquoi éliminer l’ancien et faire bon accueil au nouveau est toujours un événement heureux. » Alors que les Occidentaux ont été dès les XII° et XIII° siècles bousculés et stimulés par de nombreuses innovations et inventions les projetant toujours plus fort vers l’avant, vers l’avenir. Ainsi le formidable élan occidental a été parallèle à la sclérose de la société chinoise engoncée dans les fastes de son riche passé. Les Occidentaux n’ont jamais compris que la Chine était un empire très civilisé issu d’une immense richesse économique, intellectuelle et artistique, et les Chinois n’ont vu dans les Occidentaux que des petits manufacturiers sans histoire ni tradition. Un empereur chinois disait « Qu’ont les Occidentaux de si extraordinaire ?..., nous avons tout cela : ils construisent des bâtiments, réparent les pendules, peignent des tableaux et jouent du clavecin, ils nous fournissent tout ce que nous voulons ! » Il était convaincu que lui était le gardien d’une tradition millénaire qui lui conférait le pouvoir sur le monde entier.li_jingze_76946.jpg?0

    Ainsi, les Occidentaux n’ont vu dans les Chinois que des barbares non civilisés tout juste capables de torturer leurs femmes en leur bandant les pieds. Les Chinois, eux, n’appréciaient pas plus cette coutume dont ils avaient honte. « Les Chinois de l’époque éprouvaient une profonde aversion pour cette coutume antique et se sentaient humiliés par l’intérêt des Occidentaux pour cette pratique. » « Nous ne voulons pas que les Occidentaux voient cela et eux justement veulent voir cela. » Ce regard sur la coutume des pieds bandés montre bien le fossé qui sépare les deux civilisations et peut-être aussi le manque de volonté des deux parties pour combler ce fossé, chacun voulant que l’autre soit son inférieur. Les multiples incidents protocolaires relatés par l’auteur confortent, s’il était nécessaire, cette appréciation. Nul ne voulait s’abaisser devant l’autre, chacun prétendant n’avoir de comptes à rendre à personne. Même les guerres n’ont pas réglé ce problème de préséance.

    Ce manque de volonté est renforcé par une grande difficulté de communiquer, la traduction d’une langue vers l’autre est un énorme problème. « Chaque fois qu’une langue rencontre une autre langue, c’est un piège d’une profondeur insondable, où s’agitent et bouillonnent les erreurs, les malentendus, les illusions et les tromperies les plus inconcevables. » L’auteur a recopié deux versions d’un même traité, l’une étant en Angleterre, l’autre en Chine, l’écart entre les deux textes est énorme et montre bien la difficulté que les deux peuples avaient de communiquer entre eux et aussi leur volonté insidieuse d’essayer de tromper l’autre à travers la version conservée du traité. Et pour conclure, Li Jingze renvoie les deux délégations dos à dos : « Ces humanistes naïfs qui étaient en même temps des colonialistes féroces… eux-mêmes comme leurs interlocuteurs étaient persuadés que dans l’univers il n’y avait qu’un sens, que leur propre langue exprimait totalement. »

    Ce livre est un puits de culture et de connaissance, il fait revivre la Chine d’avant l’An Mil jusqu’à l’époque que Malraux essaie de nous faire croire qu’il a connue, non pas la Chine des grands empereurs et des grandes batailles, la Chine du petit peuple qui a construit et transmis les légendes, les poésies, la tradition, tout ce qui fait la vie quotidienne d’un peuple. Et Li Jingze empreint de la sagesse millénaire de son peuple conclut non sans un brin de malice pour éviter la polémique : « Nous adorons notre histoire et nos traditions, mais nous avons une conception absolument unique de l’ « histoire » et des « traditions ». »

    A chacun son histoire, à chacun ses traditions et que nul ne peut juger celles de l’autre avec ses propres critères.

    Le livre sur le site des Éditions Picquier

  • CINQ QUESTIONS à MICHEL THAUVOYE, l'auteur d'UN DERNIER VER?

    couverture-un-dernier-ver.jpg?fx=r_550_550Tout le malheur des hommes

    L’auteur de L’important c’est la sauce récidive avec Un dernier ver ?

    Dans ce second opus diablement efficace et réjouissant (comme dans le premier), on retrouve le même cocktail à base de polar et d’humour tirant vers le rouge sang, agrémenté de plats mijotés servis avec de bons vins et de pop/rock du meilleur acabit des années 70 et 80. Ces nouvelles nous narrent des histoires improbables dans lesquelles par la force du je, on entre de plain-pied, avec une joie d’enfant ravi de commettre des actes interdits, comme si nous en étions les protagonistes, témoins ou inévitables victimes plus ou moins consentantes pris dans un enchaînement de circonstances menant au pire.

    Dix nouvelles de haute tenue qui rassasient notre besoin de fiction et qu’on a toutes envie de raconter également, preuve de leur indéniable pouvoir de conviction. Comme dans Une vague de froid, où à la suite d’un accident de voiture dont il a lui-même souffert, son pote qui conduisait a trouvé la mort, le narrateur fait la connaissance de la mère de son ami de laquelle il tombe amoureux mais, pour l’approcher, il va engager, à l’inverse de l’Humbert Humbert de Lolita, une liaison avec sa fille tout juste sortie de l’adolescence… Ou Le badinage est un sport d’église, ce récit dans lequel le père du narrateur vient lui présenter sa future épouse qui a l’âge d’être sa soeur…. Il y a aussi, dans Dernière marche avant le sommet, l’examen d’embauche qui finit très mal et la réunion de famille d’Un nerf de famille qui ne se termine pas mieux… Pour ne rien dire de la dernière nouvelle, Ver solitaire, où après avoir accepté de se faire sodomiser par jeu par son amie, l’affaire va aller de mal en pis pour le protagoniste.

    Dans la nouvelle qui ouvre le recueil, le narrateur commence par sauver de la noyade le mannequin d’un jeune homme qui prend mal cette incursion dans le déroulement de son suicide virtuel…  Michel Thauvoye use dans ce recueil, on peut dire, de la même façon d’un avatar qu’il va plonger dans les situations les plus improbables (mais terriblement bien construites) où le burlesque finit souvent par voisiner avec l’horreur. Au moment où son alter ego pense vaincre les différents éléments en présence, qu’il va satisfaire ses désirs les plus chers, qu’il croit maîtriser les différents éléments mis en place, tout se retourne contre lui et le laisse en mauvaise posture quand ce n’est pas tout simplement sans vie.

    Blanc comme neige est peut-être le seul récit qui ne présente pas le moindre humour, c’est un récit kafkaïen et implacable.

    La morale de ces histoires jubilatoires, ne serait-ce pas que ce ne sont pas les autres qui sont cause de notre malheur, comme on pourrait aisément se le persuader à la lecture de ces nouvelles qui attestent pour sûr, d’une impossibilité du narrateur à vivre en société, voire en famille, mais cette impossibilité foncière qui fait que, comme le disait justement Blaise Pascal, tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

    D’autre part, si Mickaël, l’antihéros récurrent de ces récits, s’y était tenu, il ne nous aurait pas procuré ce furieux plaisir de lecture.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Cactus Inébranlable Éditions

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    CINQ QUESTIONS à Michel THAUVOYE

    1/ Quelles sont tes influences littéraires et cinématographiques - et artistiques en général ?

    Le premier auteur dont l’univers m’a attiré est Boris Vian. D’abord avec ses romans « poétiques » (L’Ecume des jours, L’Arrache-cœur,…), puis, dans sa version Vernon Sullivan. La lecture de J’irai cracher sur vos tombes, relativement jeune, a été une révélation. Une telle liberté de ton et de thème m’avait impressionné.

    J’avoue aussi une passion pour « Cent ans de Solitude » de Gabriel Garcia Marques (lu neuf fois sans toutefois pouvoir encore dessiner de mémoire l’arbre généalogique de la famille Buendia). Un roman totalement jouissif.

    D’autres écrivains, qui m’ont marqué : John Irving, James Ellroy, Paul Auster, Jim Harrison, Bret Easton Ellis, Ian McEwan, Stephen King, Philippe Djian, Céline, Jean-Bernard Pouy, …, et rayon belge, Thomas Gunzig. Et il y en a encore tellement à découvrir…

    Rayon cinéma, de manière générale, les réalisateurs qui insufflent de l’humour dans des films noirs me touchent : les frères Cohen, Tarantino, David Lynch, Bertrand Blier (Buffet froid est un des films les plus délirants que j’ai vu). Et bien sûr, C’est arrivé près de chez vous.

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    2/ Peux-tu nous raconter la genèse d’une nouvelle thauvoyenne (élément déclencheur, construction de l’intrigue…)?

    L’idée peut surgir au détour d’une conversation, en écoutant la radio, la télé,… parfois un simple mot, une phrase. À partir de là, je construis mentalement les grandes lignes de l’intrigue. Généralement, je détermine la fin avant de commencer à rédiger. Je m’attarde sur la phrase introductive (mais pas autant que le personnage de La Peste…) qui, dans une nouvelle, me parait essentielle.

    Concernant la rédaction en elle-même, impossible d’écrire l’ensemble du texte pour le retravailler longuement ensuite. J’avance paragraphe par paragraphe, quand ce n’est pas phrase par phrase, et je ne vais pas plus loin tant que je ne suis pas (suffisamment) satisfait. Il en résulte que je peux rester calé assez longtemps sur un détail sans arriver à m’en détacher.

    Le texte passe ensuite quasi systématiquement entre les mains de plusieurs lectrices pour un avis général (et une correction orthographique) tandis que je le relis moi-même, pour arriver à la version définitive.

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    3/ Pourquoi la nouvelle est-elle ton genre de prédilection ? La nouvelle est-elle un genre déconsidéré ? Quelles sont les ingrédients qui font une bonne nouvelle ? Quels sont tes nouvellistes préférés ?

    En secondaires, mes dissertations n’entraient pas dans les critères classiques et étaient plus ou moins scénarisées. Je remercie encore mon prof de français de ne pas m’en avoir tenu rigueur…

    Ensuite, j’ai longtemps écrit de courts textes « pour moi-même », avant que mes premiers pas un peu sérieux (mais à peine) me dirigent, avec plus ou moins de succès, vers des concours de nouvelles. Un créneau dans lequel je me sens à l’aise que je pense malgré tout abandonner momentanément pour m’atteler à un roman.

    Le genre me semble plus reconnu dans la littérature anglo-saxonne que du côté francophone. Je ne m’explique pas vraiment ce désintérêt. Est-ce que cela ne fait pas assez sérieux parce le nombre de pages est réduit ? Peut-être que dans notre époque d’immédiateté et de vitesse, le récit court, qui demande moins de temps de lecture, pourrait trouver une place plus importante.

    Bien entendu, il n’y a pas de recette miracle pour une bonne nouvelle. Cela dépendra aussi du genre littéraire du récit.

    Globalement, je pense que, vu sa brièveté, l’histoire ne doit souffrir d’aucune baisse de rythme (ce qui sera moins gênant dans un roman, où certains passages peuvent être moins intense sans nuire à l’ensemble). Il me semble aussi important de plonger le lecteur dans l’histoire dès les premières lignes, sans mise en place excessive. Puis, élément essentiel, la fin se doit d’être marquante, surprenante. En cela, j’apprécie beaucoup les recueils de Thomas Gunzig ou de Philippe Djian, plutôt fulgurants.

    Côté américain, c’est un peu différent. Les textes sont souvent beaucoup plus longs et l’on peut se demander s’il ne s’agit plutôt de courts romans, dont ils empruntent parfois les codes (descriptions nombreuses, dialogues omniprésents,…). Stephen King en est un spécialiste, mais l’on peut aussi penser à Jim Harrison et ses magnifiques Légendes d’automne.

    Honte sur moi, je n’ai jamais lu la canadienne Alice Munro, spécialiste du genre.

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    4/ Tes nouvelles fourmillent de références pointues au pop/rock. Quels sont tes groupes, albums préférés ? Derniers coups de cœur ?

    Roger Daltrey déclarait récemment que le rock est mort. De plus, on a assisté ces dernières semaines à la disparition de figures mythiques : Bowie, Cohen, Berry. Et, d'autre part, à une sorte de sacralisation d’un songwriter (Dylan) par l’attribution du Nobel ? Partages-tu cet avis de Daltrey?

    Pour une raison inconnue – mes parents n’en étaient pas spécialement friands – j’ai dès mon plus jeune âge apprécié la musique rock. Mon premier 45t dans le style, acheté à 10 ans (en 1974…) était This Town ain’t big enough for both of us, des Sparks.

    Je suis un enfant du punk et, surtout, de la new-wave/cold-wave de fin 70, début 80. Les premiers album de Cure, Bauhaus, Sisters of Mercy, Fad Gadget, Siouxie and the Banshees, Magazine,…, ont bercé mon adolescence.

    Ce n’est que plus tard que je me suis attaché aux dinosaures du rock comme Led Zeppelin, Deep Purple, Black Sabbath, Pink Floyd, ou autres.

    J’écoute aussi beaucoup de Metal, un style souvent mal considéré pourtant plus complexe et vaste qu’on ne l’imagine.

    L’avis de Roger Daltrey n’a aucun sens. La mort du rock a déjà été décrétée à de multiples reprises sans empêcher que la scène soit toujours bien active. Evidemment, il est probable que l’on n’inventera plus jamais rien de nouveau, et que la disparition des mythes qui en ont écrit les grandes pages laisse un vide dans l’esprit de ceux qui ont grandi avec eux

    Mais des bons groupes et des bons albums, il y en aura toujours, j’espère.

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    5/ Idem pour la cuisine qui est un leitmotiv de tes nouvelles. Quels sont tes plats préférés ? Tes vins préférés ? Ecrire s’assimile-t-il à cuisiner ? Quels sont, d’après toi, les points communs aux deux activités ?

    Du moment qu’il est cuisiné avec plaisir et de bons produits, un plat pourra me plaire. Bon, évidemment, je saliverai plus facilement sur un homard au four, beurre au thym…

    Une évidence en ce qui concerne le vin, le Bourgogne, rouge ou blanc. Dans les appellations considérées comme un petit peu moins prestigieuses –Marsannay, Fixin, Monthélie, Givry, Santenay,… – on peut trouver des flacons remarquables à prix relativement raisonnables.

    Ecrire, comme cuisiner, est un acte de création. Des éléments à assembler avec harmonie, une sauce qui doit prendre, un ensemble qui doit fonctionner.

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    Le site de Michel Thauvoye

  • LE SILENCE

    14536806-Journal-vierge-avec-un-fond-blanc-Banque-d'images.jpgComme chaque matin, Adrien Lenoir s’installe dans son fauteuil-club et ouvre Le Silence. Il feuillette les nouvelles du jour d’avant. Sauf que Le Silence ne comprend que des feuilles blanches, numérotées soit, compartimentées, encadrées de lignes délimitant l’article vide, sans texte, sans le moindre signe typographique. Cela le lave du maelström des rêves de la nuit qui se confondent encore avec le début du jour et son lot de nouvelles à venir, d'actions à accomplir. Cela le calme, le transporte au-dedans de soi comme le font des séances de méditation réclamant un travail de concentration, sans l’inconfort des postures semi-acrobatiques qui l’accompagne.

    Le Silence s’est peu à peu imposé dans le paysage de la presse nationale qui, après un temps, ne proposait plus que des dessins, reflétant un monde de plus en plus imparfait (de leur point de vue graphique et expurgé du savoir de l’Histoire), étape qui préfigurait la fin, par explosion chromatique et légendes étiques, de la presse décriée. Ensuite, un magnat de la presse n'eut plus qu'à publier Le Silence, un quotidien entièrement blanc qui reprenait le grain de l’infâme papier journal, certes, mais dans un format plus maniable que les grandes feuilles de chou qui débordaient sur la tasse et les tartines du petit déjeuner.

    Le Silence, après trois mois de publication seulement, et un bouche à oreille fameux, éclipsa tous les autres titres de la presse écrite et provoqua, en réaction, un vif rejet de la presse virtuelle qui avait emporté les faveurs du lectorat traditionnel. Oui, le lecteur moyen commençait à déserter la lecture sur écran pour méditer addictivement Le Silence. Pour rentrer en soi, se centrer sur soi et rien que sur soi afin d’organiser le chaos que des décennies de surinformation avait placé dans leur esprit de plus en plus fouillis, à la limite de la saturation, au bord du si vanté burn-out.

    Malevitch, comme se faisait appeler le prince des nouveaux médias, avait auparavant créé une ligne de vêtements sans forme et une chaîne de restaurants de nourriture ultra light, sans goût. Comme dans tout ce qu’il entreprenait, il partait de rien pour imposer un vide salvateur, acclamé par tous comme un ersatz du monde parfait auquel chacun aspirait dans ses rêves confus. Il avait ainsi lancé une collection de livres blancs écrits par une armée de nègres sous-payés (trop heureux de participer à une entreprise de publication) qui s’était très bien vendus, plutôt que la poussive production coutumière en matière d’édition aux tirages de plus en plus confidentiels.

    Fort de son succès dans les affaires, Malevitch s’était lancé dans la politique et il avait fondé son mouvement, le Parti blanc, qui avait récolté les votes de tous les fieffés commentateurs de réseaux sociaux et de comptoirs privés, était sur le point de remporter les élections et de prendre la tête du pays…

    Adrien Lenoir, que nous avions laissé à sa lecture, gardait tous les journaux du titre et régulièrement se replongeait dans ceux des jours ou des années précédentes car chaque numéro, et là n’était pas le moindre des bienfaits du quotidien, enregistrait les pensées de son lecteur au moment de sa lecture blanche.

    On l’aura compris, le journal, quoique employant l’infâme papier journal traditionnel dans un format plus restreint, avait inclus dans sa texture l’électronique microscopique qui rassemblait tous les ressorts de la manipulation virtuelle. Adrien Lenoir, de même que presque toute la population mondiale, lisait maintenant Le Silence, ce canard sans caractère, comme en lui-même, comme pour lui-même, et n’était plus abonné qu’à ce seul médium.

    Certes, Adrien Lenoir avait vécu de nombreuses péripéties propres à un homme de son âge quand il s’abonna au Silence mais il était désormais condamné à ne plus voir son temps que par le seul prisme de son journal préféré. Certes, Adrien Lenoir ne voulait pas mourir mais il ne voulait plus vivre longtemps. Il mourut cependant à l’âge acceptable de cent trente ans, car Malevitch, devenu le roi du monde, n’avait pas encore réussi à refouler tout à fait la mort terrestre (sinon la sienne mais Malevitch n’était-il pas un être venu d’ailleurs ou bien le surhomme nietzschéen). Puisqu’Adrien était le dernier lecteur survivant du numéro zéro, qu’il avait tant relu, en souvenir du ravissement cosmique de ce jour-là, tellement plus fort que les pâles orgasmes sexuels des pauvres Terriens, Malevitch 1er , Roi du Monde, lui organisa des obsèques mondiales et Adrien eut droit, le premier, à un numéro collector entièrement noir, opaque, indéchiffrable, du Silence.

  • LA VIVALDI de SERGE PEKER

    vivaldi-1c.jpgLe temps sans cesse recommencé

    Une vieille dame de quatre-vingt-huit ans est admise à la maison de retraite Les Arpèges après avoir perdu l’usage de la parole. Les mots lui étant devenus douloureux, elle a décidé de ne plus en dire aucun. Aux Arpèges, elle occupe la chambre nommée La Vivaldi, un nom qui va désormais la définir, celui d’un espace de 16 mètres carrés où elle tourne en rond et d’où elle s’évadera dans ses rêveries.

    En étant aux Arpèges, je fais partie de ceux qui ne ressemblent à rien. En ne ressemblant à rien nous nous ressemblons tous. Ce rien nous est en partage. Il est notre butin, notre monnaie d’échange. Il nous rend tous égaux et ce d’autant que nos ego ont été déposés au vestiaire des Arpèges pour jouer une fin de partie sans affoler le monde par notre décrépitude.

    Sans nom propre et donc privée de parole, dotée d’un visage sur lequel les traits sont brouillés par les rides profondes, sans même les bijoux auxquels elle était attachée et qu’on lui a retirés, transparente à plus d’un titre, n'étant plus qu’yeux et oreilles, elle peut se faire dans le présent observatrice minutieuse des lieux et de ses congénères (la Schubert, la Prokofiev, la Liszt, la Fauré, le Rameau, le Wagner…  avec leurs manies ou tares), du manège des chaussons des pensionnaires et des blouses (bleues, blanches et roses) comme elle appelle, du personnel qui gouverne et administre l’endroit tout en revisitant par le souvenir sa jeunesse. Rien de plus que sa jeunesse (on ne saura rien de sa vie sociale de femme), celle d’une fille originaire d’une famille polonaise émigrée en France.peker-vivaldi.jpg

    Proche de ses grands-parents qui l’attachent à son passé familial, leur mort va l’ébranler, la jeter hors de l’enfance, de l’insouciance propre à cet âge.  À la déclaration de la guerre, elle est envoyée en zone libre par son père pour la mettre à l’abri ; elle se retrouve à la gare de Vierzon sans papier, sans identité, plus nue que nue. Enfermée, elle réussit à s’évader et à trouver bientôt refuge jusqu'à la fin de la guerre dans une ferme, où elle connaîtra son premier amour, après quoi elle rejoindra Paris. 

    D’une goutte de pluie glissant sur la vitre de sa chambre où elle vient de connaître une crise d’angoisse, la Vivaldi tire une philosophie de l’existence où tout n’est que recommencement, voyage du présent vers le passé, sans cesse recommencé dans l’instant.

    Ce récit, parfaitement maîtrisé dans ses allées et venues entre hier et aujourd’hui, pose de façon subtile la question de la mise à l’écart, de l’ostracisation des êtres différents, qu’ils se distinguent par leur origine, leur race, leur âge, leur handicap ou tout autre signe particulier, et qui sont dès lors appelés à se (re)construire une identité en dehors de celle assignée au plus grand nombre.

    La Vivaldi est le second roman de Serge Peker paru chez M.E.O. après Felka, une femme dans la Grande nuit des camps, inspiré de la vie de Felka Platek et de Félix Nusbaum, ce couple d’artistes ayant vécu en Belgique avant d’être envoyé au camp d’Auschwitz.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions M.E.O.

     

  • DENISE AU VENTOUX de MICHEL JULLIEN

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=3a929e72feae09b5c5921f97064bb792&oe=596922F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

    60158.jpeg?w=270&h=431Chienne de vie

    Michel Jullien, que j'ai découvert avec le livre "Esquisse d'un pendu", nous emmène cette fois encore dans un univers surprenant, avec cette écriture très pointue, ce langage châtié, le sens du détail qui peuvent cependant effrayer quelques lecteurs... Mais ce serait dommage ! "Denise au Ventoux" est un livre à découvrir, au moins pour tous les amoureux d'animaux et de nature. 

    Paul est banquier, s'ennuie dans sa vie chronométrée, millimétrée. Il côtoie Adèle, une relieuse originale, tant dans son être que dans son art. Bientôt Valentine, la soeur dépressive de cette dernière, la rejoint dans son atelier. Elle rend quelques services, en échange de l'aide financière de sa soeur, elle s'applique tant bien que mal à des tâches ingrates, répétitives, recommençant parfois, sans jamais rechigner. Paul observe cette femme étrange avec laquelle le courant ne passe pas bien. 

    Pour la sortir de sa léthargie, et à la demande pressante de sa soeur, Adèle lui offre une chienne, femelle bouvier bernois, anciennement chienne d'aveugle, que Valentine nomme Athéna.jullien_site.jpg

    Paul, bien malgré lui, gagne bientôt la sympathie de l'animal, qu'il semble comprendre mieux que sa propre maîtresse.

    Cette histoire nous ouvre les yeux, sur les vies bien mornes que nous pouvons connaître, le vide, le manque, la solitude, le mal-être, la dépression... Chacun mène son petit bout de chemin comme il peut, l'un rencontre l'amour, l'autre ne le cherche plus, mais manque cruellement, malgré tout, d'affection. Le superficiel, les faux-semblants, le paraître bousculent cette histoire tranquille, en la personne de l'amant de Valentine, flamboyant personnage Hollandais qui lui en met plein la vue, lui promet une vie meilleure et chamboule son existence. 

    Et puis, il y a Athéna, cette chienne à qui Michel Jullien prête un rôle authentique, un cheminement de pensées, une interprétation des moindres faits et gestes qui ne manquent pas de piment. On sourit souvent, à l'image de cette chienne subissant cette vie oisive et presque lassante, on la plaint de la voir confinée dans si peu d'espace, chez cette maîtresse bien trop insouciante de son sort, on partage avec elle des réactions bien canines mais tellement compréhensibles. Paul la rebaptisera bientôt Denise, à son regard, à sa "bonhomie", un véritable échange s'établit entre eux, ainsi qu'une belle histoire, qui domine tout le reste et prend de l'ampleur au fil des pages, des sentiments profonds qui mêlent l'homme et l'animal, se confondent et apportent un bien-être infini.

    Le livre sur le site des Éditions Verdier 

    En savoir plus sur Michel Jullien

  • WEBERN / GOULD / SOLLERS

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    On peut préférer les hurlements du rock à Bach, ou les convulsions d’un chanteur pop à Mozart. Ce n’est pas mon cas, et c’est pourquoi j’aime Lisa. Pour la dixième fois, j’écoute et je regarde avec elle Glenn Gould jouant les Variations pour piano, opus 27 de Webern. C’est sublime d’intensité percutée, les notes sont enfin plus que des notes, chaque note en vaut dix, la droite et la gauche échangent leurs places, pas de mélodie, une harmonie surgie de la vitesse pure. La pensée tombe à pic sur un clavier renversé.

    Gould a de très longues mains qui, soudain, avec leurs doigts effilés, mesurent deux mètres. Il a un drôle de geste hiératique pour souligner une brève interrup­tion, il tend le bras gauche en avant, paume ouverte. À ce moment-là, il a l’air de sortir d’un tombeau égyp­tien de la 18e dynastie. Il pousse un mur d’air loin devant lui, dans l’avenir du son. Personne ne semble s’être rendu compte que Webern (grand admirateur de Bach) composait de la musique sacrée. Des hymnes pour dieux grecs, oiseaux libres.

    Les Variations ont été écrites en 1935-1936. L’enregistrement filmé de Gould, en 1974, dure 5 minutes 12 secondes. C’est un long concert en pro­fondeur. Anton von Webern est mort en 1945 dans des circonstances mystérieuses. Cet aristocrate autrichien, traité de dégénéré par les nazis et les staliniens, se réfugie dans les Alpes pour échapper aux Russes. Les Américains arrivent, et il sort un soir sur la terrasse de sa maison pour fumer. Un GI le vise et le tue. Il n’est pas coupable, il a cru voir quelque chose de louche, il s’agit d’une regrettable erreur, d’une minuscule bavure dans l’enfer de la Seconde Guerre mondiale. Le soldat meurtrier meurt dix ans plus tard, très déprimé et rongé d’alcool, en disant de temps en temps, en pleurant, à sa femme : « Je n’aurais jamais dû tuer ce type. » Personne ne l’a décoré pour ça, en effet.

    Webern aimait citer Hölderlin : « Vivre, c’est défendre une forme. » À quoi pensait-il, ou plutôt qu’entendait-il dans sa tête, ce soir-là, en sortant fumer ? J’aimerais installer un piano pour Lisa dans le temple de L’invisible à Égine. Elle jouerait ces Variations, et la déesse serait là, j’en suis sûr. Gould, à propos de Webern, parle de « vision paradisiaque ». Aucun doute : comme avec Bach ou Haydn, possédé par la beauté sans pourquoi, sauvage, il est en extase. (Beauté, Philippe Sollers, p. 20-21)

     

    *

    Extraits du roman de Sollers « H » sur une partition de Webern. Documents Ivanka Kristeva.
    Peinture, cahiers théoriques 6/7, printemps 1973 (archives A.G.)


     

    Les variations pour piano dans l'interprétation de Maurizio Pollini


    Une lecture de Beauté de Sollers par Frédéric Chauché pour La Cause littéraire

    Sollers parle de Beauté au micro de Josyane Savigneau

    Sollers au micro de Laure Adler

    D'après PILE OU FACE, l'excellent site consacré à Philippe Sollers

     

  • 152 PROVERBES mis au goût du jour de Paul ELUARD et Benjamin PERET

    original.jpg" En 1925, moins d’un an après le lancement de La Révolution surréaliste, Paul Eluard et Benjamin Péret cosignent une courte brochure, 152 Proverbes mis au goût du jour, diffusée par la Librairie Gallimard. Eluard avait pour sa part collaboré, juste après la Grande Guerre, à une éphémère revue, intitulée Proverbe, où il pratiquait le détournement des formes brèves. " (Jérôme Meizoz)

    C'est au moment de la publication des 152 proverbes, en 1925, qu'Yves Tanguy adhère au mouvement surréaliste. Il reçoit alors un envoi autographe signé de Péret contresigné par Paul Eluard: "A Yves Tanguy / Il faut battre sa mère pendant / qu'elle est jeune / l'as-tu fait ? / Benjamin Péret / Paul Éluard".

    Tanguy illustrera par la suite plusieurs ouvrages de Benjamin Péret.

     
     
    1.  Avant le déluge, désarmez les cerveaux.
    2.  Une maîtresse en mérite une autre.
    3.  Ne brûlez pas les parfums dans les fleurs.
    4.  Les éléphants sont contagieux.
    5.  Il faut rendre à la paille ce qui appartient à la poutre.
    6.  La diction est une seconde punition.
    7.  Comme une huître qui a trouvé une perle.
    8.  Qui couche avec le pape doit avoir de longs pieds.
    9.  Le trottoir mélange les sexes.
    10.  A fourneau vert, chameau bleu.
    11.  Sommeil qui chante fait trembler les ombres.
    12.  Ne mets pas la manucure dans la cave.
    13.  Quand un œuf casse des œufs, c’est qu’il n’aime pas les omelettes.
    14.  L’agent fraîchement assommé se masturbe de même.
    15.  La danse règne sur le bois blanc.
    16.  Les grands oiseaux font les petites persiennes.
    17.  Un crabe, sous n’importe quel autre nom, n’oublierait pas la mer.
    18.  Nul ne nage dans la futaie.
    19.  « Examine mon cas » dit le héros à l’héroïne.
    20.  Pour la canaille obsession vaut mitre.
    21.  Les labyrinthes ne sont pas faits pour les chiens.
    22.  Rincer l’arbre.
    23.  Orfèvre, pas plus haut que le gazon.
    24.  Les curés ont toujours peur.
    25.  C’est le gant qui tombe dans la chaussure.
    26.  Devenu creux, le cap se fait tétine.
    27.  Le soleil ne luit pour personne.
    28.  Épargner la manne, c’est rater l’enfant.
    29.  Un vrai voleur d’hirondelles.
    30.  A petits tonneaux, petits tonneaux.
    31.  Ne fumez pas le Job ou ne fumez pas.
    32.  Plus elle est loin de l’urne plus la barbe est longue.
    33.  La concierge pique à la machine.
    34.  Belette n’est pas de bois.
    35.  Trois dattes dans une flûte.
    36.  Il ne faut pas coudre les animaux.
    37.  Dieu calme le corail
    38.  Tourner le radius du côté du mur.
    39.  Qui s’y remue s’y perd.
    40.  Il faut battre sa mère pendant qu’elle est jeune.
    41.  Un clou chasse Hercule.
    42.  Quand la raison n’est pas là, les souris dansent.
    43.  Un peu plus vert et moins que blond.
    44.  Viande froide n’éteint pas le feu.
    45.  Une ombre est une ombre quand même.
    46.  Saisir l’œil par le monocle.
    47.  Le silence fait pleurer les mères.
    48.  Peau qui pèle va au ciel.
    49.  Il n’y a pas de désir sans reine.
    50.  Qui n’entend que moi entend tout.
    51.  Trop de mortier nuit au blé.
    52.  Une femme nue est bientôt amoureuse.
    53.  Qui sème des ongles récolte une torche.
    54.  La grandeur ne consiste pas dans les ruses, mais dans les erreurs.
    55.  On n’est jamais blanchi que par les pierres.
    56.  Mourir quand il n’est plus temps.
    57.  Se mettre une toupie sur la tête.
    58.  Honore Sébastien si Ferdinand est libre.
    59.  Trois font une truie.
    60.  Il y a toujours un squelette dans le buffet.
    61.  La métrite adoucit les flirts.
    62.  Un loup fait deux beaux visages.
    63.  Saisir la malle du blond.
    64.  Les complices s’enrichissent.
    65.  La feuille précède le vent.
    66.  Les cerises tombent où les textes manquent.
    67.  Joyeux dans l’eau, pâle dans le miroir.
    68.  Le marbre des odeurs a des veines mouvantes.
    69.  Mettez un moulin à cheval, il ira à Chatou.
    70.  S’il n’en reste qu’une, c’est la foudre.
    71.  Il ne faut pas lâcher la canne pour la pêche.
    72.  Duvet cotonneux des médailles.
    73.  Vague de sous, puits de moules.
    74.  Un nègre marche à côté de vous et vous voile la route.
    75.  Le rat arrose, la cigogne sèche.
    76.  Les enfants qui parlent ne pleurent pas.
    77.  A chaque jour suffit sa tente.
    78.  Comme une poulie dans un pâté.
    79.  Tout ce qui grossit n’est pas mou.
    80.  C’est l’auréole qui perce la dentelle.
    81.  Les poils tombés ne repoussent pas pour rien.
    82.  Coupez votre doigt selon la bague.
    83.  Il y a toujours une perle dans ta bouche.
    84.  Ne jetez aux démons que les anges.
    85.  Vous avez tout lu mais rien bu.
    86.  A quelque rose chasseur est bon.
    87.  Faire son petit sou neuf.
    88.  Loin des glands, près du boxeur.
    89.  Fidèle comme un chat sans os.
    90.  Un cou crasseux fait un pipe culottée.
    91.  Les beaux crânes font de belles découvertes.
    92.  Gratter sa voisine ne fleurit pas en mai.
    93.  D’abord enfermez le collier, ensuite attrapez-le.
    94.  Tout ce qui vient de ma cuisine grandit dans la cour.
    95.  Brûler le coq pour grossir.
    96.  Tirez toujours avant de ramper.
    97.  Un corset en juillet vaut un troupeau de rats.
    98.  User sa corde en se pendant.
    99.   Une brume s’y prend plus gentiment.
    100.  Jouer du violon le mardi.
    101.  Le pélican est ce qui se rapproche le plus du bonnet de nuit.
    102.  Saluer l’âne qui broute des griffes.
    103. Rassemble, afin d’aimer.
    104. Les courtisanes perdent leurs as.
    105. Passe ou file.
    106. Les savants qui s’approchent jettent leurs vêtements dans les fossés.
    107. Faire deux heures d’une horloge.
    108. Les homards qui chantent sont américains.
    109.  Il n’y a pas de cheveux sans rides.
    110.  Les amants coupent les amantes.
    111.  Un albinos ne fait pas le beau temps.
    112.  Tout ce qui vole n’est pas rose.
    113.  Je suis venu, je me suis assis, je suis parti.
    114.  Il y a loin de la route aux escargots.
    115.  Rouge comme un pharmacien. 
    116.  Porter ses os à sa mère.
    117.  Un plongeon vaut mieux qu’une grimace.
    118.  Le son fait la Beauce.
    119.  Dans le paysage, un beau fruit fait une bosse et un trou.
    120.  A chien étranglé, porte fermée.
    121. Herbe sonore se prend au nid.
    122. Dansez tout le jour ou perdez vos binocles.
    123.  Sourd comme l’oreille d’une cloche.
    124. Deux crins font un crime.
    125.  Mieux vaut mourir d’amour que d’aimer sans regrets.
    126.  Il y a un ivrogne pour les curieux.
    127.  C’est un rat qui dégonfle un autre rat.
    128.  Un trombone dans un verre d’eau.
    129.  Une arme suffit pour montrer la vie.
    130. Un jeune homme marié perd son nez.
    131.  Il n’y a pas de bijoux sans ivresse.
    132.  Les castors ne se purgent pas la nuit.
    133.  Mon prochain, c’est hier ou demain.
    134.  Écraser deux pavés avec la même souche.
    135.  Tuer n’est jamais voler.
    136.  Ne grattez pas le squelette de vos aïeux.
    137.  Taquiner le corbillard.
    138.  Les pelles ne se vendent pas sans fusils.
    139.  A chacun sa panse.
    140.  Les blessures en forme d’arc ne conjurent pas l’orage.
    141.  Sois grand avant d’être gras.
    142.  Un rêve sans étoiles est un rêve oublié.
    143.  Brosse d’amour pour les hirsutes.
    144.  Le sein est toujours le cadet.
    145.  Pendu aux cerises.
    146.  Chien mal peigné s’arrache les poils.
    147.  Celui qui n’a jamais senti la pluie se moque des nénuphars.
    148.  La rivière est borgne.
    149.  Une tarte suffit pour l’horizon.
    150.  A bonne mère, suie chaude.
    151.  Quand la route est faite, il faut la refaire.
    152.  Vivre d’erreurs et de parfums.

     

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  • QUAND J'ÉTAIS POÈTE

    C'est si peu de la littérature que c'est de la littérature.

    - Comprends pas. 

    Daniel Fano (Comme un secret ninja, Le Castor Astral)

     

     

    Préventivement

      

    Lors de tes baisers

    Je recueille ta salive

     

    Lors de tes pleurs

    Tes larmes

     

    Lors de tes rhumes

    Ta morve

     

    Au cas où je tomberais

    Fou amoureux de toi

     

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    L’attentat

     

    J’ai le bras long

    Et des vues

    Sur ton entrejambe

     

    L’envie aussi

    De te tirer les poils

    De nez

     

    Mais avant c’est l’heure

    De mon attentat poétique

     

    Je dépose un poème en boule

    Sur le banc public

    Où tu poseras les fesses

     

    Tu le déroules

    Comme un jour de fête

    À l'instant rêvé

     

    Pour lire ce vers

    Qui te fera éternuer

     

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    Les joueurs de blues

     

    Les joueurs de blues

    Font d’assez bons

    Chasseurs de papillons

    Pour autant qu’ils possèdent

    Un grand filet à bourdons.

     

    L’effet Doppler, à moi qui m’éloigne de ton centre

    Me fait entendre

    Tes cris d’amour à la périphérie de notre histoire

    Sur des fréquences bien distinctes.

    Ton orgasme se perd sur les longues ondes...

     

    Dans ton autobiographie

    Nulle part tu ne fais mention de mon nom

    Par contre tu évoques abondamment Macron

    Qui lorsque nous étions ensemble (il y a longtemps)

    N’était encore rien pour nous.

     

    Les mots de Sartre n’engagent plus comme jadis.

    Bonjour Tristesse fait moins jaser.

    Bien que Juliette joue les prolongations

    Paris n’a plus la cotte de maille.

    Les hauts et bas des filles font, eux, toujours rêver.

     

    Carla ne renonce toujours pas à Nicolas.

    Si j’étais président, je marierais une homosexuelle

    Pour qu’on ne dise pas que j’ai fait un mariage d’intérêt.

    Une lesbienne amoureuse d’une beauté africaine

    Qui chanterait le blues mieux qu’Ella.

     

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    Sur la tombe de Marilyn

     

    Pendant que tu bats les blancs d’œufs

    Je durcis ma coquille, je raffermis mon jaune.

    Penser à ta peau pâle sous les coups du soleil

    Me fait passer un bon dimanche.

     

    Je rassemble dans un album

    Toutes les photos de toi nue dans la cuisine.

    Je te vois en Chinoise bouffeuse de riz cantonais

    Face à une affiche de Mao bandant comme un taureau.

     

    Quand le rasoir autour de ton sexe dessine des arabesques

    Je crains autant que je désire une pointe de ton sang frais.

    Rendez-nous la femme prise sous les roues de la Maserati 

    Telle qu’elle était lovée sur le levier de changement de vitesse!

     

    En prenant l’aviron sur le Lac Tahoé

    Je plains les jonques à l’arrêt dans le port de Hong Kong.

    Le grand singe pioche des bouts de cervelle

    Dans le crâne d’une vache en s’étonnant de l’absence d’arêtes.

     

    Sur la tombe de Marilyn je suis venu avec un pistolet

    J’ai aligné les chiffres 0106192605081962 et j’ai tiré !

    Avant que s’affiche le résultat j’étais déjà loin

    Certain une fois de plus d’avoir perdu ma mise.

     

    Pendant que les tirs atteignaient la tête sans surprise

    L’écume des jours s’écoulait lentement sur le capot.

    Le service de sécurité fit mine de pas voir tes seins

    Qui pourtant s’étalaient sur le mobile lieu du crime.

     

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    Quand j’étais poète

     

    Quand j’étais poète, je te ligotais avec des fleurs d’orchidée

    Et tu aimais mes césures à l’hémistiche, mes envolées bondagières

    Sans griffer, tu caressais la main qui enserrait tes formes

    Mettait en valeur fentes et renflements.

     

    Tu n’étais pas avare de cris ni de pleurs.

    Prise dans les liens tu faisais plus chienne qu’une meute de hyènes.

    Les spectateurs conviés à la performance te découvraient par morceaux

    Puis tu n’as plus aimé l’accrochage de tes beautés en puzzle

     

    Au plus haut degré de mon désir de fragmentation.

    Je t’ennuyais quand je te pinçais même pour rire

    Quand je te tirais l’oreille, quand j’enlevais la ceinture de ton kimono

    Quand je te traitais de tous les noms qui te donnaient auparavant du plaisir.

     

    Tu disais des monstruosités sur mon compte, tu dénigrais mon travail.

    Un jour tu as brûlé toutes mes cordes, tu as défait les noeuds, tu as pris le large.

    J’ai appris depuis que tu ne te vêts plus que de robes de cuir, de combinaisons de latex

    Qu’on ne voit plus ta nudité que sur les clichés que j’ai pris

     

    Et qui circulent encore sous le manteau de l’hypocrite pudeur.

    Que tu tiens donjon et que des êtres viennent chez toi pour souffrir.

    Souffrir par toi, j’ai réfléchi à la question, physiquement je ne pourrais pas

    La torture de ton départ m’a fait connaître le summum du pire.

     

    Nous nous sommes revus comme si de rien n’était autour d’un thé au jasmin.

    Maintenant que nous voilà amis, régulièrement tu m’adresses tes soumises

    Celles qui te ressemblent, celles qui ont le rose de tes tétons et tes lèvres

    Qui font par leurs plaintes, leur façon de se tordre, le plus penser à toi.

     

    Mais je n’ai plus dans les doigts la dextérité passée,

    Dans mes yeux la force de ton regard, dans les bras la force

    De composer des odes aussi puissantes, des compositions aussi bien ficelées

    Que lorsque sur ton génie je construisais mon art éphémère et terrible.

     

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  • CE NE SONT PAS LES MOUETTES de DIDIER GIROUD-PIFFOZ

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    Ce-ne-sont-pas-les-mouettes.jpgLe narrateur retourne en Inde, dans une léproserie de Kumbakonam, là où il a travaillé en tant qu’humanitaire avec sa belle Solène, qu’il a aujourd’hui perdue, faute à un accident.

    Ce roman classique, à l’écriture vive, rend non seulement compte d’un amour sublime, mais encore d’un voyage initiatique au plus près des réalités effroyables de Bombay et des léproseries du sud de l’Inde.

    Regard au scalpel, dénonciation des Occidentaux qui viennent là pour leurs affaires ou pour leur regard de voyeur.

    Photographe, le narrateur se laisse aller à sa passion pour photographier une belle et pauvre Indienne, gagnant quelques roupies à l’hôtel, puis le regrette.2587562.jpg

    Ce bref roman réussit à gagner l’émotion des lecteurs, sans peser ni par ses thèmes ni par son écriture objective.

    C’est le pari d’un livre qui éveille à d’autres réalités et qui, merveilleusement, décrit une Inde d’enfants gagnés par la maladie et qui sont d’une force incroyable pour résister.

    On conseille ce roman aux vrais lecteurs, qui ne s’encombrent pas de références touristiques, mais veulent s’insérer dans un univers, non exotique, mais tout simplement humain.

    Didier GIROUD-PIFFOZ , Ce ne sont pas les mouettes, Ellia Editions, 2016, 154p., 16€.

  • ONZE POÈMES de SANDRA LILLO

     

    Se lever dans l'obscurité vierge

     

    premier pas au bout de la nuit

     

    allumer les lumières sur la peau du

    silence entrer dans la zone

     

    les gyrophares bleus écartent les rues

     

    Prendre le jour brisé derrière les plis bleu foncé

     

    le chant des oiseaux qui sifflent pour la première fois sur les branches de l'autre côté de la fenêtre

     

    de l'autre côté du monde

     

     

    ***

     

     

    L'ennui t'enfonce au milieu des ronces Il te raconte une autre histoire que la veille

     

    Tu perds

     

    Les rues sont engorgées du bois mort

    des radeaux échoués

     

    Que faire dans la nuit qui vient

     

    dans quel sens te tourner pour ne pas entendre

    que tu te trompes

     

    Les rêves qui couvent sous ton front sont-ils autre chose que des lieux de mémoire

     

     

    ***

     

     

    Il pleut depuis longtemps

     

    le temps manque pour tout

     

    la nuit coule le long des quais

    des gouttières

     

    comme une blessure du jour

     

    Continuer sur la route de toute façon brisée

    jusqu'à se détourner de ce qui ne dure pas

     

    Ne pas perdre l'instant où la lumière se lève

    les étoiles ne tombent pas

     

    Il suffit de peu pour tenir au rang

    de ce qui s'anime faiblit attire

     

      

    ***

     

      

    De temps en temps la lumière éclot dans

    l'obscurité

     

    Les jours se suivent jusque n' être plus que

    l'oiseau en cage

     

    le mot oublié

     

    L'âme penche dans le creux établi des jours

    partis sans qu'on en ait rien saisi

     

    ou est- ce le temps de la jeunesse qui résiste

    avec son lot de caprices

     

     

    ***

     

     

    Exaspérée par le bruit et le silence

     

    tourner autour du taillis des questions sans réponse

     

    En rester là à l'heure qui précède le soir sous la lumière allumée au- dessus du bureau

     

    L'angoisse traîne de ne pas être à la hauteur

    d'un baiser prolongé

    d'un acte de résistance 

     

     

    ***

     

     

    L'ombre de l'automne passe devant

    les doubles fenêtres

     

    la température a baissé à l'aube

     

    le chien est étendu sur le parquet

     

    le chat dort sur le pavé mou des coussins

    sa paupière semi- ouverte sur son œil

    citron vert

     

    Que faites-vous vous qui ne faites pas

    de bruit

     

    La journée semble n'appartenir qu'à ceux

    qui se donnent rendez- vous

     

    après minuit

     

     

    ***

     

    Dans l'antre uniforme de l'ennui

    tu forces le langage

     

    Tu veux quitter les eaux opaques de la mémoire

     

    Tu attends quelque chose d'intense

     

    être debout intact sous les breloques du mimosa

      

     

    ***

     

    La rue

     

    les chambres fermées

     

    les fenêtres ouvertes sur

    d'autres fenêtres

     

    Le ciel se cueille

     

     

    ***

     

    La perte grippe les rouages du mouvement

     

    de l'indéfini à hier tous les retours étaient possibles

     

    ce soir il n'y a que des départs

     

      

    *** 

     

    Je ne sais plus finir mes phrases

     

    mon territoire se résume à l'ouverture de la fenêtre sur les draps renversés d'insomnie

     

    paraplégique de l'autre partie du monde

     

    L'heure juste frappe aux portes par des cyclones après lesquels

     

    on rebattit beau triste et maladroit

     

    ramené sans cesse au milieu de la mer des feuilles mortes

     

    Tout le bruit de l'automne tombe dans le silence des nuits

     

    qui crient la peur de vivre

      

     

    ***

     

     

    Il y a derrière les masques les mesures d'une musique impossible

     

    l'urgence de toucher un visage

    une envie d'absolu

     

    rien qui ne soit inventé qui roule comme l' eau

     

    du ventre au cœur

    échoue dans une chambre vide

    que l' on ose plus regarder

     

     

    sandra_lillo.jpgSandra Lillo est originaire de Nantes. Elle écrit de la poésie et a contribué à plusieurs revues telles Le Capital des mots, Lichen , L'Ardent Pays, Nouveaux délits...

    Son recueil Les bancs des parcs sont vides en mars, illustré par Valérie Ghévart, vient de paraître aux Éditions la Centaurée.

  • LES OIGNONS SONT EN FLEUR de NORGE

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    JE NE SUIS RIEN. JE NE SUIS QUE CENT JUPONS

    QUI VOUS LÈVENT LE NEZ SOUS LEURS VAGUES DE CHARME

    ET VOUS VOILÀ CONDUIT PAR D’AIMABLES CRÊPONS

    AUX CIMES DU DÉSIR COMME AU BORD DES LARMES

     

    LES ODEURS

    Il entra dans la ville conquise et mélangea la forte odeur de son cheval suant à celles de la fumée, du sang, des suies, de la poudre, du fer rouge. Toutes ces odeurs éveillèrent l’idée d’une odeur de fille. Et il guetta les filles. Pour l’odeur.

     

    AUTRE CHOSE

    J’ai connu un peintre qui ne peignait jamais son modèle. Ah ! pour commencer, il avait besoin d’une soupière, d’une femme nue, de trois pommes dans un compotier. Mais il peignait plutôt un violon, un nuage. Il pensait à autre chose, voilà…

     

    LE DEVENIR

    Gustave devenait une chaise. Il est certain que lentement, Gustave devenait une chaise. D’ailleurs, tout le monde s’asseyait déjà sur lui. Ce n’était pas son idée de devenir une chaise. Il aurait préféré devenir un piano. Mais enfin, une chaise, c’est encore mieux qu’un paillasson.

     

    L’EXQUISE TRAVERSÉE

    La marche de Stéphane touchait à peine le sable. Elle chantait d’une voix blanche et souriait en fermant les yeux. Elle devint de plus en plus diaphane. Une écharpe de gaze, un parfum et si légère, si légère que ses amis doutaient souvent de sa présence. On en vint à la traverser sans heurt et tout en éprouvant une sorte de charme.

     

    L’AMITIÉ

    La pratique de l’amitié avec un poisson rouge ne se déroule pas sans difficulté. L’air et l’eau, déjà,… deux éléments si différents. Les nageoires, les ouïes, les mains, les jambes, tout cela n’est pas facile à concilier. N’empêche que j’éprouve beaucoup d’amitié pour mon poisson rouge. D’ailleurs, l’amitié entre hommes ne va pas non plus sans problèmes.

     

    LA MORSURE

    Goûte-moi cette pomme, dit Eve. Adam répond qu’il n’aime pas les fruits. Mais Eve y met encore ses belles petites dents. Ah ! quel délice ! Et l’homme tend aussi ses lèvres… C’est pas pour la pomme, c’est pour toucher la jolie morsure de la jeune Eve.

     

    CHÂTEAUX… MUSIQUES

    Eliane vivait pour son rêve, un grand rêve trop long à raconter… châteaux, musique, amours… Elle vivait pour son rêve, et voilà que ce rêve devint réalité… châteaux, musique, amours. Il faut en convenir, Eliane fut déçue. Elle vivait pour son rêve, pas pour sa réalité. Châteaux, musiques, amours : tout ça l’assommait !

     

    LA PEAU DES AUTRES

    C’est embêtant, je me mets toujours dans la peau des autres. Je me colle aux espoirs, aux désirs, aux tourments et même aux furonculoses de mon prochain. Dans la peau des autres ! On m’avait dit que c’était bien ; mais une fois que j’y suis, la grosse histoire, c’est d’en sortir.

     

    LA FOULE

    Profitant de sa solitude, il se mit à chanter. Ainsi, pensait-il, personne n’entendra. Il se trompait ; toute une foule bien cachée l’entourait. Mais heureusement personne n’écoutait.

     

    LA VERTU
    Que la vertu soit toujours récompensée, disait le bon roi Zobulphe, ce serait un peu fort ; et la vertu aurait beaucoup moins de mérite. Non, non, de temps en temps, je punis la vertu afin de la magnifier.

     

    LE LIT DE MORT

    Ce que j’ai vu, je ne le dirai jamais, jure Léonard. Tonnerre de Dieu, je ne le dirai jamais. Sur son lit de mort, il avoua quand même : rien.

     

    APPRENTISSAGE

    Il apprit le zam, le zem, le zim. Quand il sut le zim, le zem, le zam, il apprit le zom, le zum, le zoum. Quand il sut le zoum, il apprit quoi, quoi ? Il apprit à vivre. Difficile.

     

    LE PENSE-PLUS

    J’inscris tout sur un petit billet. Comme ça, je ne dois plus y penser. Je plie le petit billet en quatre. Comme ça, je ne dois plus y penser. Je le déchire et je le jette au feu. Comme ça, je ne dois plus y penser.

     

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    JE MÛRIS LONGUEMENT MES PROFONDES COULEURS :

    LIS, TULIPE, JACINTHE, OIGNONS, OIGNONS ENCORE…

    MIRACE DE COUVER ET PRODIGE D’ÉCLORE

    D’UN SEIN SI TÉNÉBREUX TANT DE LUMIÈRE EN FLEUR !

     

    BONIFACE

    Planez un peu, mais planez donc, lui conseillaient ses bons amis. Boniface plana, plana, plana, contempla des géographies. Mais il revint bientôt sur terre. C’est de terre, dit-il, que je vois bien le ciel.

     

    BOULE

    Il est assez exaltant de dire le contraire, car on découvre une autre face de la vérité. Mais mon oncle Léon me jure que la vérité est une boule et qu’elle est à l’endroit partout.

     

    COMME UNE OIE

    Oscar avait du génie, mais il était le seul à l’ignorer. Les épis frémissaient à son passage, les chênes s’inclinaient comme des joncs, les lions le saluaient d’une queue élogieuse. La lune même clignait son petit œil de souris. Mais lui, non, il ne s’apercevait de rien. Il était bête comme une oie.

    LE MONDE CONTINUE

    Il y eut de telles confusions que beaucoup d’enfants se mirent à parler par les oreilles, à respirer par les yeux, à voir par le bout du nez. Ne prenons rien au tragique, dit Sophie, il y a bien longtemps que des milliers de personnes pensent par le creux des fesses et le monde continue.

     

    AVOIR TORT
    J’adore avoir tort, nettement tort. Cela provoque le repentir, l’humilité, la prudence, les bonne résolutions, tous les sentiments bien riches, bien féconds.
    Hélas, avoir tort, j’y parviens rarement, c’est bien dommage.

     

    LES MOMENTS SUPRÊMES

    Ce fut un moment suprême. Et qui fut suivi d’un autre moment suprême. Les moments suprêmes se succédaient sans vous laisser souffler un instant. A la fin, surgit un moment ordinaire. On l’accueillit avec tant de soulagement que ce fut un moment suprême.

    L’EXPÉRIENCE

    Ils étaient vraiment faits pour s’entendre, mais ne vivant pas à la même époque, ils ne purent jamais se rencontrer. L’éternité les réunit enfin. Alleluia. Et ce fut un ménage insupportable.

     

    LE CONQUÉRANT
    Ah ! Cette ville imprenable, si Félix avait su qu’elle allait se rendre au premier assaut. Quelle histoire ! Le voilà maintenant avec  une ville de cent mille habitants sur les bras, lui qui n’entend rien à l’administration, lui qui déteste les cérémonies. Et surtout, la route à présent, la route inexorablement ouverte sur le désert.

     

    LE GRAND SECRET
    Un porte à franchir, la dernière et Victor allait trouver le grand secret. Mais tout- à–coup, il hésita : un secret révélé, ce n’est plus un secret. Et c’est bien d’un secret que Victor a besoin.

     

    TROU LA-LA

    Il eut un trou de mémoire, un assez grand trou, et distrait comme il était, ne se soucia guère de le recouvrir. Beaucoup de gens qui passaient tombaient dans ce trou-là : des amis, un colonel, un avocat, une danseuse, un peu de tout… Et vingt ans plus tard, quand il tomba lui-même dans son trou, on peut dire qu’il eut de la compagnie.

     

    UN PÈRE TRANQUILLE
    Le cyclone était bon bougre, il ne noya que cent quarante-sept personnes, démolit une cathédrale, une fabrique de galoches et deux maisons de repos. On n’en revenait pas, on n’avait jamais vu un si calme typhon. Chacun ses goûts, déclarait-il aux journalistes, moi je suis pour une vie de père tranquille, à l’abri du vent. Même chez les typhons, il y a des esprits popotes.

     

    UNE VÉRITÉ

    Adelin la guettait depuis toujours. Elle apparut enfin, assise à la margelle de son fameux puits et parfaitement nue. Tiens, encore une fausse blonde, dit Adelin.

     

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    NORGE, de son vrain nom Georges Mogin est né à Molenbeek-Saint-Jean le 2 juin 1998 et est mort le 25 octobre 1990 à Mougins dans le Sud de la France. 

    Il est le père de l'écrivain Jean Mogin (qui épousera Lucienne Desnoues).

    Il publie son premier recueil à l'âge de 25 ans. En 1931, avec Pierre-Louis Flouquet et Edmond Vandecammen, il fonde le Journal des Poètes. Après la Guerre, Norge va vivre en Provence avec sa seconde épouse artiste peintre. En 1958, il reçoit le Prix Triennal de Poésie pour son recueil Les Oignons.  Les Oignons sont en fleur est sorti chez Jacques Antoine en 1979 avec des illustrations de Serge Creuz.

    Ses poèmes ont été chantés en 1995 par Jeanne Moreau  (les écouter sur Youtube) dans une mise en musique par Philippe-Gérard. Paul Guiot (ici dans L'oiseau bleu) a mis en musique et chanté des poèmes de Norge avec le groupe Sacrebleu

    La voix de Norge disant Une chanson bonne à mâcher

    Large sélection de poèmes de Géo NORGE

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  • 180 MÈTRES D'APHORISMES à la BIBLIOTHÈQUE DE TOURNAI

    À la BIBLIOTHÈQUE de TOURNAI du SAMEDI 4 MARS AU 25 AVRIL 2017 dans le cadre d'une exposition intitulée: 180 MÈTRES D'APHORISMES du Cactus Inébranlable (et quelques autres).  
    Au programme, des phrases de: Patrick Boutin, Alain Helissen, Jacky Legge,Jérémie Sallustio, Jean-Paul Thaulez, Alain Dantinne, Eric Allard, Achille Chavée, Louis Scutenaire, Michel Delhalle, Massimo Bortolinii, Jean-Luc Dalcq, Jean-Loup Nollomont, Jean-louis Maurice Massot, Freddy Tougaux, David Greuse, Styvie Bourgeois, Francesco Pittau, Marc Tilman, Éric Dejaeger, Serge Basso de March, mirli, Joaquim Cauqueraumontt, Jean-Philippe Querton, André Stas, Jean-Philippe Goossens, Georges Elliautou, Paul Guiot, Thierry Roquet, Dr Lichic, Dominique Saint-Dizier, Mickomix (alias Scott Double-Fesse)...

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    Bibliothèque communale de Tournai

  • VOTE POUR UN POLITIQUE!

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    Tu as le cœur sur la main, tu n'as plus fait une seule bonne action depuis ton catéchisme, tu es dans une grande solitude existentielle et tu éprouves un irrépressible besoin d’aider ton prochain, ton semblable, celui qui sur les réseaux sociaux partage les mêmes souffre-douleur, les mêmes rabat-joie, les mêmes ré-pétitions, les mêmes indigestions, la mêmes imagerie animalière et familiale...

    Au lieu d’adopter un SDF pour partager ta tournée minérale, d’accueillir un migrant aux chaussures crottées, une sauterelle sans ailes et sans croquant, un poisson rouge de honte, une viande industrielle, VOTE POUR UN POLITIQUE ! 

    Un avocat sans clientèle, un médecin sans malade, un fonctionnaire sans fonction, un conducteur de travaux sans chantier, un Syndicaliste sans affiliés, un Communiste sans leader, un Libéral sans entreprise, un Socialiste sans valeurs, un Centriste sans pourtour, un Facho sans bras droit...

    Vote pour un politique et prodigue-lui des mandats sans compter (ses jetons de présence), la présidence d’une intercommunale et des présences sans nombre dans les manifestations de quartier, un accès gratuit à la culture locale, une place à tous les concerts de charité, un emploi fictif pour un proche, une page Facebook, un compte Twitter et une présence requise au conseil communal mensuel comme au débat télévisuel dominical.

     

    Ceci était un communiqué de l’Association des Politiques Désoeuvrés pour la Rééducation Politique du Citoyen (Par La Farce Démocratique S’Il Le Faut)

    La citation du jour (1)

    La citation du jour (2)

  • LEXIQUE DE BASE POUR ÉCRIVAIN.E DE LITTÉRATURE PRIME JEUNESSE

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    BABA CACA DADA FAFA GAGA HAHA KAKA LALA MAMA NANA PAPA RARA SASA TATA VAVA XAXA ZAZA

    BOBO COCO DODO FOFO GOGO HOHO JOJO KOKO LOLO MOMO NONO POPO RORO SOSO TOTO VOVO WOWO XOXO ZOZO

    BEBE CECE DEDE FEFE GEGE HEHE JEJE KEKE LELE MEME NENE PEPE RERE SESE TETE VEVE WEWE XEXE ZEZE

    BIBI CICI DIDI FIFI GIGI HIHI JIJI LILI MIMI NINI PIPI QIQI RIRI SISI TITI VIVI WIWI XIXI ZIZI

    BUBU CUCU DUDU FUFU HUHU JUJU KUKU MUMU NUNU PUPU RURU SUSU TUTU VUVU WUWU XUXU ZUZU

     

    Les cinq premiers momots que tu distingues te donneront le début de ton récit.

  • COUP DE THEÂTRE par GAËTAN FAUCER

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    Le comédien joue sur scène, le suicidé, lui, meurt en Seine.

     

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    Dire que les tragédiens ont connu les premiers souffleurs de vers.

     

     

    Le vénérable comédien passe sa vie en loge.

     

     

    Au théâtre, tout est passion... sauf les fruits.

     

     

    Le comédien de papier se froisse rapidement.

     

     

    Depuis la suppression des souffleurs, la température augmente pour le comédien.

     

     

    Quand le comédien passa son audition, on lui suggéra d'aller jouer ailleurs.

     

     

    Au théâtre, le menuisier jette toujours un oeil sur les planches.

     

     

    Sur scène quand le comédien se tait, le théâtre fait le reste.

     

     

    Faire du théâtre, c'est se retrouver.

     

     

    Quelques comédiens montent tréteau sur les planches.

     

     

    Le trac détraque certains comédiens.

     

     

    Le Japon a depuis toujours dit NO au théâtre.

     

     

    Sur scène, le comédien ivre a foncé dans le décor.

     

     

    Le drame, c'est quand la comédie n'est pas drôle.

     

     

    Compagnie inachevée cherche pièces détachées pour comédiens entiers.

     

     

    En tant que dramaturge, Ionesco a compris la leçon.

     

     

    Pour adapter une histoire tirée par les cheveux, un théâtre cherche une bonne attachée de tresses.

     

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    Vient de paraître: FACES & Cie de Gaëtan FAUCER 

    Gaëtan Faucer sera présent le vendredi 10 mars de 18 à 20 heures sur le stand de Novelas à la Foire du Livre de Bruxelles qui se tiendra du 9 au 13 mars 2017 sur le site de Tour et Taxi