LIRE AU PRINTEMPS 2017: POÈMES PHOTOS

arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

Jean-Louis Massot est un grand ami des artistes et son imagination n’est jamais à court d’une idée pour les mettre en valeur, c’est ainsi qu’à l’occasion de la dernière Foire du Livre de Bruxelles, j’ai découvert deux recueils de poésie richement illustrés par des photos d’artistes. Un qu’il a écrit lui-même et qu’Olivia HB à illustré (édité chez Bleu d’encre) et un autre qu’il a édité et qui a été écrit par Daniel De Bruycker et illustré par Maximilien Dauber. Comme on a parlé longtemps de romans-photos, on pourrait peut-être désormais parlé de poèmes-photos.

 

ob_06554e_couverture-nuages-de-saison.jpgNUAGES DE SAISON

Jean-Louis MASSOT – Olivia HB

Bleu d’encre

Mars secouait ses derniers flocons accrochés aux branches et réveillait le soleil un peu paresseux de la fin de l’hiver, alors le poète dériva la tête dans les nuages et se laissa bercer par la musique de ses vers, rêvassant à la belle photographe qu’il pourrait entraîner dans ses nuages.

Ce matin des nappes

Polissonnes

Sont venues tirer

La langue au soleil

Qui se levait tandis

Que d’autres qui terminaient

Leur nuit

…. 

La photographe pris son appareil et fixa les brumes légères comme les gros nuages sur sa pellicule.

Ces cumulus,

Lourds comme des

Boules d’angoisse,

Traversent à pas lents

La voûte pâle. 

Et ainsi, Jean-Louis Massot a peut-être inventé le poème photo comme un autre avant lui a inventé le roman photo. Mais ne serait-ce pas la photographe qui aurait emmené le poète dans ses images ?

Lecteur je ne sais mais peut-être trouveras-tu la réponse dans ces jolis poèmes, légers comme une petite vapeur se levant sur la plaine un jour de printemps.

Venu le soir,massot.jpg

Tirés d’un côté,

De l’autre poussé,

Les nuages rougissent

 

Et s’enlacent. 

La photographe et le poète ont réuni les nuages dans un même amour qui tonnera peut-être un soir d’orage.

Vu du

Train Charleroi-Anvers à

L’entrée de La Gare

Du Midi

...

Mais moi je ne prenais que le train pour Lille et je n’ai vu que les nuages qui sont dans les pages du recueil, sur les photos ou dans les vers.

Le livre sur le site de Bleu d'Encre 

Olivia H.B. sur Flickr

 

exode-cover-face_1.jpgEXODE

Daniel DE BRUYCKER – Maximilien DAUBER

Les Carnets du Dessert de Lune

« Exode » est un long poème qui raconte sur toute la longueur du livre une forme d’odyssée dans un paysage désertique, magique, existant à peine :

 

Nous ne savions pas ce que nous désirions

pour venir en ses terres arides

sous ce ciel absent :

 

Ayant des jambes nous marchions…

de pas en pas, nous avancions…

jusqu’où, nous l’ignorions

 

Sans doute étai-ce cela,

finissait-on par se dire,

que nous étions venus reconnaître. 

 

Ce paysage de sable et de lumière ne semble pas réel, c’est peut-être pour se convaincre que ce n’est pas un mirage que le poète à demander au photographe de fixer cette lumière avec ses ombres et la trace de leurs pas sur la pellicule.DeBruycker.jpg

 

Nous regardions le moins possible

de crainte que tout cela s’efface

ou, pire, ne s’efface pas. 

 

On imagine ces voyageurs venus de nulle part allant nulle part comme des compagnons d’un Ulysse des temps modernes, se mouvant seulement dans le temps.

 

Une falaise, entr’aperçue dans l’aube

semblait raconter une histoire

dont je savais la fin. 

 

Mais ce paysage a lui aussi son histoire et le photographe lui a donné une sublime existence, habitant le vide par son regard sur les détails qui peuplent cet univers de lumière. Et immanquablement on pense à Théodore Monod qui a sillonné le même désert que Maximilien Dauber, le photographe, qui accompagne Daniel de De Bruycker dans cet exode transcrit dans un « poème photo », genre que Jean-Louis Massot semble affectionner particulièrement, on ne peut que l’en féliciter le résultat est magnifique et, en ouvrant cet ouvrage, on devient tous des explorateurs du temps et de l’espace, des Ulysse, des Théodore Monod, des hommes qui marchent dans les livres de Malika Mokeddem… des hommes qui affrontent l’immensité déserte sans angoisse aucune, émerveillés comme au jour de leur naissance.

Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

 

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