VEILLEUR D'INSTANTS de PHILIPPE MATHY

leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX 

 

 

 

 

 

Electre_978-2-918220-50-3_9782918220503?wid=210&hei=230&align=0,-1&op_sharpen=1&resmode=bilinLe poète place ce recueil sous l’égide de Pavese et de son « Métier de vivre » : « On ne se rappelle pas les jours, on se rappelle les instants. ». Bachelard, dans « L’intuition de l’instant », eût pu écrire la même chose.

Le poète est vigile, certes. Il conserve à la lecture son pouvoir de restaurer tous les instants perdus, de contemplation, de vie suspendue, d’observation d’une nature changeante.

Le poète, donc, est à l’affût d’un réel observable, présent, sous ses yeux, au fil des saisons, de la lumière « désemparée » ou glorieuse.

L’infime de la nature a, dans ces pages, un sourcier humble et attentif, près de définir son rapport au monde comme une terre d’effusion douce :

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le présent d’une présence

Ce qui n’imprime pas de traces s’inscrit parfois plus sûrement dans la mémoire.

Sur le tapis de l’herbe,

je demeure assis,

ne sachant comment

survivre à mes rêves.

 

La Loire adoptée, les ruisseaux, « l’air piqueté du cri des hirondelles » : tout inspire, tout suscite cette « ivresse légère où le désir vient se nicher ».

Le poète repère le chien qui jappe, annonce de son cœur solitaire « qui aboie » ; le ciel d’avril lui donne des airs de philosophe du temps qui passe :

Où va la vie qui va

si vite

si belle

si cruelle ?

 

Empreints de douceur, ces poèmes distillent aussi une mélancolique promenade au cœur des choses aimées, comme si elles étaient près de se fondre dans le décor des jours , « à l’arrêt dans le temps », « la voix basse du bonheur ».

Sur les terres souvent foulées d’une nature épiée avec joie, le poète maîtrise, en vers ou en prose, ces « petits riens » qui bruissent de présence. Oui, « l’enfance sourit » si on prend le temps de la voir ou de la surprendre dans le menu d’un « sentier tortueux », quitte à voir passer des anges « dans le vol d’un oiseau », dans « un chant qui frémit entre les pierres ».

Non, le poète ne s’est pas égaré. Il a adopté notre main et nous a fait signe, tout le long de la lecture, vigile, ça oui !, de l’essentiel. « Le silence fouette mes souvenirs » : le temps pleure « au bord de l’eau ».

 

Philippe MATHY, Veilleur d’instants, 2017, 144p., 16€. Belles peintures de Pascale Nectoux. Editions L'herbe qui tremble.

Le livre sur le site de l'éditeur

Le site de Philippe MATHY

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