• LIRE AU PRINTEMPS 2017: PLACE AUX CHRONIQUEURS

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Les chroniqueurs vantent souvent le talent des créateurs, quand ils ne le mettent pas en doute, mais, eux, ils sont rarement sous les feux de la rampe. J’ai eu la chance de lire dans les dernières semaines deux recueils de chroniques: un de Jackie Berroyer qui présente des chroniques qu’il a publiées dans une revue musicale et un autre de Christophe Bier qui regroupe des textes qu’il a diffusés sur les ondes dans une chronique régulière évoquant ce qui aurait, selon certains, « mauvais goût ».

     

     

    9782842638924.jpgPARLONS PEU, PARLONS DE MOI

    Jackie BERROYER

    Le Dilettante

    Tout le monde connait Jackie Berroyer, le ludion qui surgit partout où personne ne l’attend, à la télé, au cinéma, au théâtre, au music hall, dans les fonctions les plus diverses : auteur, acteur, présentateur, musicien, comique, chroniqueur… il a tout fait, ou presque, dans le monde du spectacle, il raconte tout ça dans ce livre qui est un recueil des chroniques qu’il a régulièrement publiées dans un journal suisse. « C’est une sorte de journal vaguement nettoyé, augmenté, commenté, provenant de chroniques musicales parues dans l’excellente revue suisse Vibrations. »

    Dans une de ces chroniques, Jackie Berroyer se présente : « Je suis né le 24 mai 1946 à Reims dans la Marne et comme tous les enfants noirs de la région, j’ai commencé à entendre de la musique dans les églises baptistes avec ma mère. » Et c’est comme ça qu’il est devenu fou de musique au point d’en parler pendant de longues années dans la célèbre revue Vibrations. « La musique parle d‘elle-même. Néanmoins, on ne peut s’empêcher d’en parler. La vérité c’est qu’il n’y a pas à dire qu’il n’y a rien à en dire, mais qu’on peut tout de même le dire si ça nous chante ». Voilà la musique parle d’elle-même et c’est pour ça que Berroyer parle beaucoup de lui. Ce recueil comporte de nombreuses chroniques qu’il a toutes commentées, complétées ou encore actualisées. C’est une véritable bible de l’actualité musicale des dernières décennies. Il est difficile de donner les dates de publication, l’auteur ne les communique pas, on sait cependant que le franc existait encore quand certaines chroniques ont été publiées.

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    Berroyer c’est le Pic de la Mirandole du vinyle, de la cassette et du CD réunis, en musique, il connait tout de Debussy à Charlie Parker, ces deux idoles récurrentes, et même beaucoup de choses qui ont existé avant Debussy et presque toutes celles apparues depuis Bird. Sans flagornerie ni fausse modestie, il comprend que les autres ne partagent pas ses goûts parce qu’ils n’ont pas ses connaissances. « Ce n’est pas qu’ils aient bon ou mauvais goût, ils ne savent pas, c’est tout. C’est moi qui en sais un peu trop en ce domaine, qui suis en quelque sorte aristocrate. » Il connaît tous les enregistrements officiels, officieux, piratés, bricolés…, il connaît tous les éditeurs, tous les collectionneurs, tous ceux qui ont participé à l’enregistrement, musiciens, choristes, arrangeurs, techniciens,…

    Ce livre, pour moi qui suis de la même génération que Jackie, c’est un vrai bain de jouvence, un retour aux sources des goûts musicaux que j’ai encore aujourd’hui, une litanie de musiciens et de chanteurs que je voudrais écouter maintenant même si c‘est impossible, ils sont bien trop nombreux. Mais ce livre est aussi et peut-être surtout un texte sur la vie de Jackie Berroyer comme le précise si explicitement le titre. Peu à peu, il a entraîné ses lecteurs dans son monde, il partage avec eux ses angoisses, ses histoires d’amour enflammées mais toujours plutôt brèves, ses problèmes d’argent récurrents, c’est un très mauvais gestionnaire, l’argent en l’intéresse pas, c’est un artiste, un esthète, un libertaire et tout ça ne se vend pas.

    Mais Berroyer n’est pas qu’un dingue de musique c’est aussi un fin lettré, il a écrit beaucoup de choses pour le théâtre, le cinéma, la chanson, la presse et les librairies. C’est plus un homme de philosophie que de littérature pure même s’il lit énormément, si sa culture est immense, ses raisonnements tournent plus autour des questions philosophiques qu’autour des questions purement littéraires. Il avoue sa maladie avec pudeur, sans se répandre. « Si à l’heure où vous me lisez le projet n’est pas sur les rails, c’est que j’aurai flanché… », il nous dit aussi qu’il a atteint un stade de rémission car certaines maladies n’autorisent que rarement l’usage du mot guérison. Tout ça juste pour dire qu’il a partagé avec ces lecteurs certaines questions très profondes : « Est-ce que Dieu existe ? Est-ce que c’était mieux avant ? Où va l’homme après la fin de l’homme ? »

    Ce livre est finalement un vrai voyage dans la société artistique et culturelle de la fin du XX° siècle et du début du XXI° siècle avec un érudit, curieux de tout, passionné, peu engagé, nullement décalé comme on pourrait le croire en regardant ses émissions télévisées, un homme très équilibré, très stable, un homme libre qui ne fait aucun concession à la facilité, la gloire et la fortune. « Et nous serons d’accord pour dire qu’ « ils » sont bien pénibles tous ces gens qui parlent d’eux dans leurs livres au lieu de parler de moi. » Moi le premier !

    Le livre sur le site du Dilettante

     

    CaptureBier-216x300.jpgOBSESSIONS 

    Christophe BIER

    Le Dilettante

    En septembre 2017, « l’émission radiophonique Mauvais genre de France Culture aura vingt ans », Christophe Bier y est entré en 2001 et il y tient une chronique régulière au moins depuis le 6 septembre 2003, date de la première chronique qu’il a choisi de publier dans ce recueil qui en comporte centre-trente-deux, la dernière présentée étant datée du 11 juin 2016. L’auteur classe ces chroniques par ordre chronologique de diffusion, ou de supposée diffusion car il dit n’être par certain que toutes aient bien été diffusées, mais elles ont toutes bien été enregistrées. La formule de cette chronique s’est imposée quand le plus petit acteur, par la taille du cinéma français, le plus célèbre petit homme du monde du spectacle, Pieral est décédé. « La formule nous est tombé dessus quand Piéral est décédé le 12 août 2003. Sa nécrologie s’imposait ».

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    Il est impossible de définir le « mauvais genre », le débat a hanté l’émission depuis son origine, il y tellement de façon de voir le mauvais genre que c’est peut-être le regard porté sur les événements, les personnes, les films, les livres, les dessins, etc… qui leur donne ce qui est ici dénommé « mauvais genre ». Donc les chroniques de Christophe Bier abordent de très nombreux domaines qui paraissent évidents pour certains mais beaucoup moins pour d’autres. Il diffuse de nombreux hommages à l’occasion du décès de certaines personnes totalement oubliées qui ont joué un rôle important ou, qui au contraire ont totalement sombré, dans un genre non reconnu par le gente bien pensant : films et bandes dessinées érotiques, pornographiques, fantastiques, d’horreur… mais aussi tout ce qui concerne la série B ou Z, les péplums, les westerns à deux sous etc… L’auteur profite aussi de la sortie d’une anthologie, d’une intégrale, d’une réédition de livres sulfureux, du roman à la BD en passant par les fanzines et tout ce qui se lisait en cachette et circulait sous le manteau.

    Tout peut faire l’objet d’une chronique : stars du porno, producteurs ou réalisateurs de films d’horreur, de sexe, fantastique, acteurs spécialisés dans des rôles dérangeants, êtres difformes, dessinateurs de BD ou fanzines pour adultes, films, cassettes, DVD, magazines, livres, photos, personnages de cirque, spectacles, photographies, objets érotiques notamment les vêtements et certains accessoires spécialisés, tout ce qui fait l’objet d’une censure, d’un interdit quelconque ou d’un émoi chez les âmes bien pensantes. Dans cet inventaire à la Prévert du mauvais goût, de l’horreur, du fantastique, de la médiocrité, de l’insuffisance,…, on trouve beaucoup de choses diverses, des choses très médiocres, des choses choquantes, des choses abominables, des choses minables, j’en passe et des meilleurs mais aussi de véritables pépites, des acteurs qui n’ont pas rencontré les rôles qu’ils méritaient, des auteurs, des créateurs, des réalisateurs, des artistes qui n’ont pas eu les moyens de montrer leur immense talent.

    J’ai retrouvé dans cet inventaire bien des choses qui ont occupé certaines de mes heures perdues, d’autres auxquelles j’aurais bien consacré d’autres heures et d’autres enfin auxquelles je ne suis pas fâché d’avoir échappé. Dans tous les cas, ce catalogue a un côté très rassurant, il montre que la transgression est toujours possible et que ceux qui en usent sont souvent ceux qui ouvrent des portes pour ceux qui deviennent célèbres après eux. La médiocrité est de ce monde, elle permet de mieux apprécier l’excellence, la vulgarité est bien souvent plus l’apanage de celui qui regarde que de celui qui réalise. Et, pour conclure, pourquoi ne pas suivre l’auteur quand il déclare à propos des œuvres d’André Guerder : «… c’est avec émotion que je contemple désormais mes rayonnages d’insanités : toujours plus laid, toujours plus beau ».

    Le livre sur le site du Dilettante

  • APHORISMES À L'ÉLASTIQUE

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    Quand j’entends le mot élastique, je sors mes ciseaux.

     

    Je rêve d’une vie élastique étirée à l’infini en des instants d’une ténuité telle qu’on ne les sentirait pas filer. 

     

    Les blessures en forme d’élastique prennent un temps mou à cicatriser.

     

    Sur la ligne élastique du tendre s'écrit l'histoire sensible de ta peau.

     

    Une traître grimace 2.O., est-ce un e-lâche-tic ?

     

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    Les livres élastiques sont faits de mots-ressorts.

     

    Tendez un élastique à une montre molle, elle vous retardera de travers !

     

    Le dormeur allongé tire-t-il l’élastique du rêve?

     

    Quand on se rabat sur la bande élastique, le principe de la tirette s’applique-t-il ?

      

    Sur tes lèvres élastiques, je poserai un baiser infini.

     

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    La soumise nue prie au pied du grand hévéa la venue du latex protecteur.

     

    On peut avoir les traits tirés sans avoir d'élastiques sous les yeux.

     

    Quand les élastiques lâchent, les masques tombent.

     

    L’élastique vole, le crampon reste.

     

    Ne tire pas l’élastique au sort, lâche-la au hasard !

     

     

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    L’élastique rapprochant la tulipe du papillon n’est pas moins fiable que celle reliant la terre à la lune. 

      

    Bander, c'est tirer l’élastique du désir ; puis faut-il se retenir de tout lâcher ?

     

    Trace un cercle avec un élastique, il prendra bientôt la forme d’une spirale.

     

    Pratiquer le streching tout en lâchant du stress.

     

    La gomme à mâcher efface-t-elle toute trace de baiser volé?

      

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    Si les mécanismes d’horlogerie étaient à base d’élastiques, on connaîtrait des extensions considérables du temps – qui nous rapprocheraient du Big Bang -, de même que des liaisons instantanées.

     

    Un coup d’élastique jamais n’abolira le voyage.

      

    L’élastique rétrécit au tirage.

     

    Qui sème un ressort récolte un élastique.

     

    On n’est jamais aussi tendu qu’avant un saut à l’élastique.

     

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     À suivre...

     

  • JACQUES CHEMINADE (0,2 % des votes) NE DONNE PAS DE CONSIGNE DE VOTE POUR LE SECOND TOUR et jette le trouble parmi ses militants.

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    Jacques Cheminade (0,2 % des votes) ne donne pas de consigne de vote pour le second tour et jette le trouble parmi ses militants.

    Ainsi, Marguerite D., agricultrice bio, qui le suit depuis ses débuts est décontenancée. Sur son blog politique, elle écrit : Jacques est déçu et je ne doute pas que, dans les heures qui viennent, quand il aura digéré sa défaite, il donnera à défaut d’une consigne de vote claire sa décision d’homme libre, ennemi du grand capital et du fascisme mêlés, de l’européanisme bruxellois et de l'immobilisme néolibéral, du macronisme en marche et du lepénisme rétrograde, mais proche, au fond  de son cœur, je le sais (même s’il ne l’avouera jamais, il a des pudeurs de lama! - il lui arrive de cracher sur le petit peuple), de la culture vénézuélienne et des rigueurs poutiniennnes. Tout ça, ajoute-t-elle, au bord des larùmes, m’engage à jeter l’éponge du combat politique régional.

    Non, Marguerite, ne jette pas l’éponge, sers-t’en pour laver les plaies de ton candidat meurtri par tant de mois de lutte souveraine, a-t-on envie de lui crier. Non, Marguerite, tu as d’autres combats à mener sur le terrain local, tu ne dois pas décevoir l’âme du mouvement cheminadien qui, à travers les champs de l'ignorance politique, trace la voie de l'avenir vers un futur législatif semé de pâquerettes et de coquelicots jolis jolis... 

     

    Après parution de cet article, Lucienne L. de Lille nous signale qu'un autre candidat, qui aurait enregistré près de 20 % des votes, n'a pas donné de consigne de vote au motif que ses électeurs étaient assez intelligents. 

    Voici notre réponse: 

    "La direction de la présente AFP n'était pas sans savoir cette information. Mais elle a jugé bon, afin de ne pas s'attirer la colère des électeurs dudit candidat, volontiers hargneux et fort hostiles au demeurant au journalisme sous toutes ses formes et à la liberté d'opinion contraire à la doxa du mouvement, de passer sous silence, ou plutôt sous couvert de cette improbable déclaration cheminadienne, cette discutable décision qui, nous n'en doutons pas, n'est que la forme momentanée d'une prise de position plus élevée et à la mesure de cet Insoumis notoire, admirateur d'un autre grand rebelle de l'histoire française et internationale, François Mitterand. "

     

  • ATHÉE de LORENZO CECCHI

       Je l’entends descendre les marches qui la mènent à la cave. Ce bruit familier, qui précède l’enfournage du linge dans la lessiveuse, cent fois ouï, me paraît tout à coup suspect, malhonnête, pas franc du collier, lourd comme la funeste chute qu’il annonce et qui, en effet, se produira, j’en suis immédiatement convaincu.

       Je me lève d’un coup de ma chaise, mû par l’horrible prémonition. Mais je sais déjà, mon premier pas accompli vers la scène non encore advenue, que j’arriverai trop tard. Je trouverai son corps au pied de l’escalier irrémédiablement disloqué et toute tentative d’assistance sera vaine : je la sais morte avant qu’elle ne décède.

       Notre histoire aura vécu. Il ne me restera plus qu’à pleurer puis, à mon tour, très vite, sombrer dans le néant, rempli d’effroi. Pour moi, pas d’au-delà, pas de retrouvailles qui tiennent ; la mort ne renvoie pas l’ascenseur, jamais.

       Mais non, ouf ! La voilà qui remonte. Nous vieillirons ensemble, mon ange.

       Après ? On verra.

     

     

    17630177_1598665426827895_5185329523519344299_n.jpg?oh=eecf665e72cc9b34bcaaa9decf8f9df1&oe=598E8589Lorenzo Cecchi est né à Charleroi en 1952.

    Agrégé en sociologie il a été animateur de maison de jeunes, promoteur des spectacles au National, administrateur de sociétés, ou encore commissaire d’exposition avant de terminer sa carrière en tant que commercial dans une société de protection incendie. Pendant dix ans, il a également enseigné la philosophie de l’art à l’académie des Beaux-arts de Mons.

    Son premier roman, Nature morte aux papillons au Castor Astral (2012) a été sélectionné pour le Prix Première de la RTBF, le prix Alain-Fournier, ainsi que les prix Saga Café et des lecteurs du magazine « Notre Temps ». Il a publié chez ONLIT  éditions Faux Témoignages et Petite fleur de Java. Son roman Un verger sous les étoiles, est paru aux éditions du CEP.

    Dernière parution de Lorenzo Cecchi: Contes espagnols (Cactus Inébranlable éditions)

    Une recension des Contes Espagnols sur Les Belles Phrases

    Lorenzo Cecchi sera au Festival du Livre de Charleroi pour dédicacer son livre le dimanche 7 mai 2017 de 16 h à 18 heures. 

     

  • LIRE AU PRINTEMPS 2017: APRÈS LA DÉTENTE, LA RÉFLEXION

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Après vous avoir offert deux romans bien guillerets, je vous propose cette fois une rubrique beaucoup plus sérieuse dans laquelle j’ai regroupé une réflexion de Philippe Jaffeux sur l’écriture qui n’est pas capable de répondre à l’attente de tous et surtout de ceux qui ont perdu une partie de leur possibilité physique, et une étude biographique de Pierre Somville sur l’œuvre Brasillach. L’homme a eu un parcours odieux, on peut tout de même lire son œuvre pour essayer de comprendre.

     

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    Philippe JAFFEUX

    LansKine

    Quand j’ai découvert ce livre, j’ai cru que le titre était une invitation : « Entre », viens dans mon texte, viens dans mes lignes, viens dans mon histoire et après avoir lu quelques pages, j’ai compris que ce « Entre » n’était pas un verbe mais la préposition qui désigne un intervalle entre deux éléments. L’intervalle qui est le sujet proposé par l’auteur dans son texte, une suite de phrases, des vers libres, mis bout à bout avec pour seule ponctuation des espaces variables aléatoires. « Entre est ponctué à l’aide d’une paire de dés. Les intervalles entre chaque phrase s’étendent donc entre deux et douze coups de curseur ». Le hasard, le hasart selon l’auteur, joue un rôle déterminant dans ce texte : « Entre est un texte aléatoire qui est accompagné par l’empreinte de trois formes transcendantes : le cercle, le carré et le triangle ». Trois formes qui font comme des trous dans le texte, des espaces réservés pour inclure des illustrations ou d’autres choses.

    Pour tenter de comprendre cette proposition bien énigmatique, il faut connaître un peu Philippe Jaffeux, je le connais moi-même très peu, et surtout le formidable travail qu’il a entrepris pour inventer une écriture accessible aux personnes à motricité très réduite. J’ai donc lu ce texte comme une suite de son travail, une suite proclamant la mort de l’écriture traditionnelle :

    « Une réunion de trous pleurent un enterrement de l’écriture »

    « Entre » serait donc les intervalles dans lesquels s’inscrit l’histoire qui aurait déserté le texte inaccessible par la faute d’une écriture vaine.

    « Onze nombres mesurent des intervalles qui racontent l’histoire d’un jeu »

    « Elle évoque une écriture décomposée pour raconter l’histoire d’un espace essentiel »

    Il y a dans ce texte comme un chant de désespoir, de déception, d’amertume devant cette écriture en ruine qui ne permet pas à l’auteur de s’exprimer.

    « Mes mots se couchent entre des interlignes qui comprennent chaque retour de ton évolution solaire »

    « La dépouille de sa langue dévaste le terrain de mon silence »

    « J’éprouve le dégoût d’une langue qui libère mon voyage de ton histoire »

    Ne pouvant pas s’exprimer par une écriture qui ne lui est plus accessible, l’auteur trouve refuge dans les intervalles, les interlignes, les blancs entre les mots, faisant bon usage de l’adage : « il faut savoir lire entre lignes ».

    « Tes phrases sont touchées par des blancs qui se souviennent d’un fantôme »

    « Tes intervalles prennent modèle sur eux-mêmes pour reproduire une déficience exceptionnelle »

    « Elle trouve asile dans des intervalles qui soignent une écriture malade »

    « Une masse d’intervalles génèrent le courage d’un mouvement »

    « J’écris avec des intervalles qui parlent à l’alphabet d’une image »

    « Des blancs interagissent avec des étoiles qui illuminent le fond de votre angoisse »

    Il reste cependant quelques questions : l’auteur aurait-il abandonné son projet de créer une nouvelle écriture strictement numérique ? Il ne nous confie pas la réponse à cette question, peut-être le « tu » à qui il s’adresse connait-il la réponse ? Et ce « tu », il ne nous dit pas non plus qui il est : peut-être lui-même désolé devant son écran ? Peut-être son complice, le seul habitant de son écran, le curseur, celui qui détermine les espaces, leur place, leur forme, leur taille ?

    Un texte qui finalement déborde de questions, un texte intelligent, trop peut-être pour ceux qui n’ont jamais connu la nécessité de trouver un autre système scriptural pour se raconter par l’écrit.

    Le livre sur le site des Éditions LansKine

    Le site de Philippe JAFFEUX


     

    somville.jpgBRASILLACH ÉCRIVAIN

    Pierre SOMVILLE

    Académie Royale de Belgique

    Quand j’ai vu cet opuscule biographique traitant de la vie de Brasillach et surtout de son œuvre, je n’ai pas pu m’empêcher de le prendre. J’avais très envie d’en savoir plus sur ce personnage tellement agoni dont il ne reste que l’image la plus sombre, j’avais envie de comprendre un peu mieux comment peut-on être un écrivain talentueux et sombrer dans l’horreur la plus abjecte ? J’ai profité de cette occasion pour pousser un peu plus la porte qui me masquait ce personnage si odieux, encore trop mystérieux pour moi dont je ne connais toujours pas l’œuvre. Je voudrais suivre l’auteur quand il dit : « C’est l’écrivain justement que je veux évoquer. Sans rien omettre de ce qui a été dit, il faut cependant changer de registre et envisager l’œuvre, et dans l’œuvre, ce qui reste, contre vents et marées. »

    J’ai découvert un individu au parcours presque banal pour un intellectuel agrégé de lettres, issu de Normale Sup’ : naissance dans le Roussillon, adolescence à Sens, études à Paris, à Louis le Grand, parcours plutôt classique pour un brillant littéraire de cette époque. Parcours qui emprunte vite le chemin de l’extrême droite, celui de l’Action Française où il signe une chronique. Lors d’un voyage en Allemagne, en 1937, il est subjugué par les fastes du nazisme, «… dans les petites rues pavées de Nuremberg et de Bamberg … c’est l’ancienne Allemagne du Saint-Empire qui se marie avec le III° Reich. Ils ne me choquent pas, cependant, ces millions de drapeaux qui décorent les façades. » En 1939, il part pour le front, est fait prisonnier mais revient bien vite et plonge alors dans la collaboration la plus totale, peut-être même la plus fanatique, là où il écrit les choses les plus abominables qui lui vaudront le triste sort que l’on connaît. Pierre Somville pense qu’il ne méritait pas la peine de mort, il prétend que « C’est le triomphe du délit d’opinion, comme aux plus beaux jours de l’Inquisition ». Je lui laisse ces propos mais je me dis que s’il avait été jugé plus tard, peut-être que la sentence eût été moins lourde. Mais je m’abstiendrai de tout jugement, je n’étais pas né à cette époque.

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    Mozart avait peut-être écrit toute son œuvre à trente-cinq ans, Brasillach, fusillé à trente-six ans, a lui aussi laissé une œuvre considérable et très diversifiée, « l’ensemble est impressionnant par la variété et l’abondance ». Publications littéraires ou journalistiques, il faut bien faire la différence entre ces deux types d’œuvres. Les articles de presses, les chroniques, les billets sont bien connus pour leur virulence et le poids qu’ils ont pesé dans son procès. Il serait plus intéressant de s’attarder sur les portraits qu’il adressés, les causeries et chroniques littéraires qui constituent peut-être la meilleure partie de son œuvre littéraire.

    Selon Somville ses romans sont peut-être moins intéressants : « En guise de bilan provisoire de tous ces univers romanesques, on constatera que, malgré les quelques moments excellents, l’action est parfois lente à démarrer, qu’il arrive aux personnages de manquer de relief, que le récit s’essouffle à force de détails descriptifs et que souvent l’ensemble, trop bien construit, fait date. » « En revanche dans les autofictions, le style se fait plus léger, plus alerte et se boit comme un vin de Loire. »

    Brasillach avait la plume, la langue, la culture, le talent littéraire mais pas, pas encore peut-être, le style et le souffle pour produire un grand roman. « C’est une belle écriture d’agrégé, et l’on reste loin de Montherlant. Plus encore de Céline ». On ne saura jamais s’il aurait pu écrire un grand chef d’œuvre ou s’il avait déjà atteint l’apogée de son art.

    Interview de Pierre Somville à propos de son livre

  • FACES & Cie de GAËTAN FAUCER

    image_27569_1_20304_1_9323_1_38646_1_131866.jpgLe petit livre de mots

    Le dernier ouvrage de Gaëtan Faucer, dont la dédicace me touche, et qui l'affirme en tant qu'auteur d'aphorismes est, comme il me l’écrit, un petit livre de mots, de bons mots pour sûr, qui n’est pas sans contenir des mini leçons d’éthique et derrière lesquels se tapit une vision malicieuse du monde.

    Les aphorismes jouent sur tous les ressorts du genre et cela donne pas loin de deux cent phrases pour sourire, réfléchir, trouver le monde bon, con ou  long à mourir.  

    On ne sait pas si, comme cet aphorisme grivois du recueil, ils seront un jour adaptés au ciné, en court, mais trash, sinon en vidéo, ou s'ils ont plus de chance, vu l’implication de l’auteur dans le Théâtre (en tant qu’auteur dramatique et que metteur en scène), d'être dits sur scène.

    Comme la quatrième de couverture le mentionne, le programme du recueil affiche la question de la mort, de la vie et aussi de nos amis les bêtes. Thèmes traités avec bonheur auxquels il faut ajouter le ridicule, la vérité qui ment ou le mensonge qui dit la vérité, les cons (sujet, il est vrai, inépuisable), le désir, les croyances, bref, la bêtise au sens flaubertien du terme.

    Et puisque je vous sens fébrile, voici dix aphorismes (seulement) qui illustrent ce qui précède et vous inciteront, j’en suis sûr, à commander l’ouvrage sans tarder pour faire vous-même votre top 10.AVT_Gaetan-Faucer_1900.jpeg

    Durant une année, les miss sont les dames-nations d’un pays.

     

    Pour cacher la vérité, il faut la rendre grotesque.

     

    L’histoire se répète, la bêtise aussi.

     

    Dans une beuverie estudiantine, c’est souvent pack +5.

     

    Les traces laissées par les fantômes sont des traits d’esprit.

     

    C’est en lisant dans le train que j’ai appris à passer d’une ligne à l’autre.

     

    Le chef épouvantail possède une armée d’hommes de paille.

     

    Sur son lit d’hôpital, le pyromane s’éteint à petit feu.

     

    Un père qui change de sexe tout en l’avouant à ses enfants est trans parent.

     

    Même la fine mouche aime les grosses merdes.

     

    Plus cet aphorisme qu’Anne Siety, la psychopédagogue des maths, ne démentirait pas : Compter sur ses doigts est une façon de compter sur soi.

    Et je ne résiste pas à une dernière face & cie faucerienne, le temps que vous receviez l’ouvrage dans votre boîte aux lettres : 

    C’est très beau quand les cerfs-volants prennent de l’élan…

     

    Éric Allard 

    Pour commander le livre

     

  • TROIS POÈMES pour une fleur

    À quel degré de concentration supplémentaire ne faut-il pas s'astreindre, avec quelle intensité accrue ne faut-il pas fixer son attention, pour que le cerveau capture l'image visuelle de quelqu'un? 

    Vladimir NABOKOV, Le Guetteur

     

     

    Pas assez

     

    Je ne t’ai pas regardée

    Assez

    Afin de savoir

    Te reconnaître

     

    Il eût fallu plonger

    Les yeux

    Dans le tourbillon

    De tes traits

     

    En tirer l’essence

    D’un portrait

    Pour à jamais

    Te revoir en rêve

     

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    Une fleur

     

    À l’ombre d’un saule

    Dans un pot en grès

    Une fleur de camomille

     

    S’offre aux appétits

    D’une abeille

    Et d’un papillon

     

    Avant d'être servie en infusion

    Dans l’eau bouillante

    D'un regard

     

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    Sans ton parapluie

     

    Le vent

    Tempêtant

    À tes tempes

     

    Et la pluie

    Dans tes yeux

    Comme des larmes

     

    C’est l’idéal moment

    Pour dire

    Que je te quitte

     

    Mais

    Sans ton parapluie

    Je rentrerai trempé

     

    parapluie-fleur-de-esschert-design-parapluie-pas-cher-livraison-rapide-de-gironde.jpg

     

    E.A.

  • LIRE AU PRINTEMPS 2017: AUSSI POUR RIRE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Le Dilettante a depuis toujours réservé une place importante à la littérature drôle, décalée, truculente, dévergondée, … à tous les écrits qui font rire tout en posant des questions qui, elles, ne sont pas toujours innocentes et même parfois pas très drôles. Mais, tout le monde sait qu’il vaut mieux rire des petits malheurs qui nous affectent que de les grossier dans morosité. En ce printemps 2017, il nous propose deux textes qui m’ont bien amusé, un de Jean-François Pigeat qui raconte les coups tordus de malfrats pas très dégourdis et un autre de Marc Salbert qui reprend le thème de la vieillesse par la dérision, la même que celle de ses héros qui mettent la pagaille dans une maison de retraite.

     

    bingo.jpgBINGO (PÈRE & FILS)

    Jean-François PIGEAT

    Le Dilettante

    Bingo ! Gagné ! Mais pour savoir si c’est effectivement gagné, il faudra lire le livre jusqu’au bout, à ce stade je ne peux que vous dire que Bingo c’est avant tout le surnom que Jacky Bingolacci a transmis à son fils Florian. Jacky c’est un jeune homme beau comme un Apollon dont le plus grand souci est de repousser la meute des filles qui voudrait se l’accaparer au moins pour un petit moment d’intimité. Il a transmis son physique à son fils qui exerce le même magnétisme sur la gente féminine sans savoir bien gérer cette attraction.

    Bingolacci père n’est pas très attiré par l’école qu’il quitte vite, il veut devenir artiste de cinéma, prend même quelques leçons, obtient des figurations, des rôles sans importance qui ne lui permettent pas de nourrir décemment la famille qu’il fonde avec Nicole et Florian. Il tombe dans les petites combines et finit par tomber lui-même pour une banale histoire de vol de statues en bronze. En prison, petit fretin, il est repéré pour sa candeur et sa faiblesse par un vrai caïd qui lui propose un marché sous une très forte pression. Il doit déplacer un trésor de guerre dont la cache est menacée par un projet immobilier. A sa sortie de prison, il entreprend donc le transfert de ce trésor quand des malfrats s’immiscent violemment dans cette opération.

    Pendant ce temps, le fils, pas plus passionné que son père pour les études, déserte le lycée accomplissant consciencieusement mille petits boulots pour conquérir la belle dont il est follement amoureux malgré qu’elle soit en situation irrégulière et chaperonnée par trois cousins velléitaires qui n’hésitent pas à utiliser la violence pour intimider leurs victimes. Florian n’est pas le bienvenu, la cousine est promise à un gars du pays, un pays qui n’existe pas dans un pays qui n’existe plus, et elle doit être livrée intacte, vierge.Jean-Francois-Pigeat.jpg

    Le père et le fils ne se voient plus, le fils ne veut pas d’un père en taule et à sa sortie de prison le père s’est évaporé dans la nature mais les deux mondes dans lesquels ils gravitent vont finir par interférer l’un dans l’autre. Les petits malfrats de la cité vont percuter les bandits internationaux sans l’avoir voulu, coinçant dans ce combat le candide Florian qui se débat comme un lapin de garenne dans le piège du braconnier. Florian n’est qu’un amoureux transi égaré dans un grand jeu qui lui échappe totalement où les coups sont très violents et même souvent mortels.

    Un polar comme on en écrivait au siècle dernier, un Simenon sans Maigret, un McBain, on dirait que Pigeat s’est inspiré de ces auteurs et qu’il a voulu leur rendre hommage à travers ce roman très animé, bien rythmé, plus parodique que vraiment noir. Mais un roman bien de notre temps qui met en scène les mouvements révolutionnaires désagrégés mais enrichis et des petits voyous de banlieue plus forts en gueule que vraiment dangereux. L’auteur décrit ainsi la transmission du pouvoir de la marge des brigades révolutionnaires aux réseaux de trafiquants venus de l’Est.

    Pigeat ne se complait jamais dans une violence sanguinolente, il l’évoque quand c’est nécessaire mais à la limite de la drôlerie, avec plus de gouaille que de pathétisme, sans exhibitionnisme déplacé, sans complaisance outrancière, sans débordement dégoulinant d’hémoglobine. Un bon moment de détente qui fera oublier l’ambiance morose qui règne actuellement dans l’actualité.

    Le livre sur le site des Editions Le Dilettante 

     

    1507-1.jpgAMOUR, GLOIRE ET DENTIERS

    Marc SALBERT

    Le Dilettante

    Les lecteurs de ma génération, celle qui vient juste après celle mise en scène dans ce roman, reverront inéluctablement en lisant ce texte Jean Gabin, Pierre Fresnay, Noël-Noël et compagnie déguisés en vieux campagnards marchant sur le chemin de Gouillette pour accomplir leurs espiègleries, sottises et autres forfaits tous plus désopilants les uns que les autres, dans le célèbre film de Gilles Grangier « Les Vieux de la vieille ». Marc Salbert a la même verve que ce réalisateur, il dessine des personnages tout aussi truculents, hauts en couleur, au langage fleuri, au verbe haut, prompts à exploiter toutes les faiblesses de notre société pour échapper à la condition qu’on essaie de leur imposer pour qu’ils encombrent le moins possible la vie de leur progéniture devenue grande et pensant être la partie la plus raisonnable de la population.

    Dans un coin perdu du Pays d’Auge, par un beau matin, Stanislas débarque au Jardin d’Eden, une maison de retraite plutôt confortable dirigée par son fils qui ne l’attendait surtout pas, il n’avait pas vu ce père depuis bien longtemps et n’avait pas envie de renouer avec ses frasques et sa mythomanie. Stanislas n’a plus que cette solution : se faire héberger par son fils, il accuse son associé de l’avoir spolié et il vient de se faire larguer par sa dernière, jeune comme toujours, maîtresse à laquelle il avait promis un rôle qu’il ne pouvait plus lui donner car Stanislas est réalisateur de films tournés avec des budgets semblables à ceux dont dispose Jean-Pierre Mocky pour ses dernières productions. Les films de Stanislas pourraient sans aucun problème figurer dans l’inventaire dressé par Christophe Bier dans « Obsessions » (qui parait le même jour que le présent roman) un recueil des chroniques qu’il diffuse sur les antennes de France Culture depuis près de vingt ans dans l’émission « Mauvais Goût »). Stanislas a surfé sur toutes les vagues, profitant de l’engouement des spectateurs pour tourner des sous-produits de films à la mode : péplums, films d’action, films érotiques, etc…, utilisant toutes les ficelles du racolage pour attirer quelques spectateurs et tous les boniments des meilleurs camelots pour vendre ses films aux producteurs. Toute une vie de fastes, quand il avait de l’argent à flamber, mais aussi toute une vie de vaches maigres quand la roue tournait dans le mauvais sens. Une vie trop compliquée pour s’occuper de l’enfant qu’il avait fait à l’une des premières conquêtes qu’il voulait transformer en vedette de l’écran.marc-salbert-presente-son-nouveau-roman_1.jpg?itok=IqC75yl5

    Au Jardin de l’Eden, Stanislas met rapidement de l’ambiance en racontant des histoires toutes plus fantasmées les unes que les autres sur sa carrière de cinéaste et les relations qu’il a nouées avec les grandes vedettes de l’écran. Son imagination débordante et sa débrouillardise se conjuguent magistralement pour inventer en catimini toute sorte de combines pour échapper à la rigueur de la vie austère de la maison de retraite qui devient vite un lieu de plaisir au grand dam de l’ancien légionnaire surveillant tout le monde. Son fils ne s’indigne pas longtemps, les charmes de la pétulante femme, médecin de l’institution, l’occupent trop pour qu’ils s’intéressent aux turpitudes de son père et de sa bande de dévergondés.

    Marc Salbert conseille ce texte comme remède contre la « déprimitude » ambiante. J’abonde, dans ce sens, si vous lisez ce livre vous vous sentirez déjà mieux, « Pour ce que rire est le propre de l'homme » nous a enseigné François Rabelais mais aussi, pour ceux de mon âge, c’est une petite lueur d’espoir que nous pourrons rallumer le jour où on nous accompagnera dans une quelconque résidence destinée aux vieux adultes dont on ne sait plus que faire. Ce livre a aussi cette autre face, celle qui évoque le problème des personnes âgées dans notre société, la place qu’on leur réserve et l’attention que nous leur prêtons.

    Un livre très drôle, désopilant, truculent, amoral, démolissant tous les tabous sur la vieillesse, on aime à tout âge, on s’amuse à tout âge, on fait des bêtises à tout âge, mais on a aussi du cœur, de la tendresse, et de la générosité à tout âge. Une leçon d’optimisme assaisonné d’un filet d’amertume.

    Le livre sur le site du Dilettante

  • VOYAGE À LA HAVANE de REINALDO ARENAS suivi de CUBA, La révolution transgressée

    51DYG10DQVL.jpgVOYAGE À LA HAVANE de REINALDO ARENAS

    Cuba no

    En 1990, quelques semaines avant le décès par suicide de Reinaldo Arenas  qui se sait atteint du sida, paraît la traduction française de son Voyage à la Havane, recueil de trois nouvelles qui ne donne pas, loin s’en faut, une image idyllique de Cuba et à la lecture duquel on comprend que la Révolution a vite dégénéré en un régime étatique fort.

    Dans la première nouvelle, une femme mariée à un homme qui la délaisse (au profit des hommes) ne cesse de tricoter des habits de lumière pour elle et son mari afin qu’ils se produisent dans tout Cuba et s’attirent lors de leurs exhibitions les envies des spectateurs. Ce statut de célébrité à la petite semaine lui évite de voir la réalité de son couple et par la même du pays (la métaphore est flagrante) où,  derrière les faux semblants et les habits de lumière, se tapit une misère économique et idéologique grave qu’il vaut mieux éviter de regarder en face si on ne veut pas verser dans la mélancolie.

    Dans la seconde nouvelle qui se déroule à New York, une brève annonce que Mona Lisa, lors de son exposition en 1986 au Metropolitan Museum of Art, a été sur le point d’être saccagée par un Cubain dérangé. Ensuite on a droit à la version l’auteur de la tentative d’attentat qui se raconte dans une lettre adressée à un ami. Dans sa paranoïa, il finit par voir la réincarnation de la femme aimée passionnément dans le modèle de la toile du génial peintre homosexuel. Là aussi, ce récit délirant est à l'image du déni d'une société et de ses habitants qui favorisent les constructions imaginaires pour ne pas avoir à affronter le réel.

    reinaldo-arenas.jpg

    Reinaldo Arenas 

    La dernière nouvelle est la plus remarquable, la plus emblématique et certainement la plus en phase avec la vie et les préoccupations de Reinaldo Arenas qui  a été expulsé de Cuba en 1980 et a trouvé refuge à New York puis n'a cessé jusqu’à sa mort de vilipender le régime cubain tout en se désespérant de ne pas avoir connu un Cuba libre, comme il l'écrira:

    « En raison de mon état de santé et de la terrible dépression qu'elle me cause du fait de mon incapacité à continuer à écrire et lutter pour la liberté de Cuba, je mets fin à ma vie [...] je veux encourager le peuple Cubain dans l'île comme à l'extérieur, à continuer le combat pour la liberté. [...] Cuba sera libérée. Je le suis déjà. »

    La nouvelle, elle, commence par la réception d’une lettre de l'épouse d’un exilé cubain, qu’il n’a plus vue depuis 15 ans, qui l’incite à faire le voyage de retour à La Havane pour revoir leur fils. Là, il rencontre un jeune homme qui pourrait être son fils et qui n’aspire qu’à quitter l’île en proie à un délire bureaucratique, à une perversion des idéaux révolutionnaires des débuts, à une confiscation de toutes les libertés au profit de quelques-uns, et régie par un système de contrôle maladif…

    Jeux sur les identités sexuelles, sur les affres de l’exil, le tout indexé à une détestation (aux accents parfois proches d’un Thomas Bernhard) d’une révolution présentée (jusqu’à aujourd’hui) comme un modèle par les croyants à bon compte en un régime unique et providentiel qui réaliserait toutes leurs aspirations utopiques et qui se serait providentiellement incarné dans cette île des Caraïbes le 1er janvier 1959.

    Reinaldo Arenas donnera à titre posthume son grand roman, Avant la nuit, qui paraît chez Actes Sud en 2000, et qui fait l'objet la même année de l’adaptation au cinéma par Julian Schnabel.  

    Éric Allard

    Le livre sur le site d'Actes Sud

    Avant la nuit de Reinaldo Arenas chez Actes Sud 

     

    japon.jpgCUBA La révolution transgressée de Marie HERBET

    Cuba si ?

    Dans ce petit ouvrage des Éditions Nevicata tiré d’une collection intitulée L’âme des peuples, c’est le Cuba d’hier mais surtout d’aujourd’hui qui nous est dépeint. Un pays chatoyant à la population chaleureuse certes, théâtralisant volontiers ses émotions, mais qui dissimule mal, derrière un humour salvateur,  son amertume et son désir de vivre autrement voire ailleurs, le taux d’exode ne cessant d’augmenter et celui de la natalité de diminuer... Une société toujours très marquée par près de soixante ans de communisme, sans accès à Internet et sans partis politiques, dont les effets se font moins sentir mais qui n’a pas encore trouvé les moyens de s’en extraire ni de trouver un espace politique de transition vers un autre régime. Un des intervenants signale que le manque de liberté d'expression a vite dépassé sous Castro celle qui régnait sous le régime de Batista où il demeurait toutefois un organe de presse libre et un pluralisme des partis.

    Une anecdote savoureuse rapporte bien la situation du pays où les habitants sacralisent la nourriture tout en manquant régulièrement des denrées les plus élémentaires.

    Elle implique un petit personnage populaire récurrent de l’oralité cubaine, Pepito.

    • Juanito, quelles sont les trois plus grandes réussites de la révolution ? demande l’institutrice.
    • La santé, l’instruction et la défense.
    • Très bien. A toi Pepito. Quels sont les trois grands problèmes de notre pays ?
    • Le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner.

    Le portrait de Cuba est suivi de trois intéressants entretiens donnés par Jean Lamore, historien français spécialiste de Cuba, William Navarrete, écrivain cubain vivant à Paris et Luis Miret, directeur de la plus ancienne galerie d’art de La Havane, la Galería Habana, qui retracent l’histoire de l’île et des enjeux géostratégiques dont elle a fait l’objet de la part des grandes puissances (Espagne, Angleterre, Etats-Unis, URSS) depuis sa découverte en 1492 par Christophe Colomb et la place de l’art au sein du régime où les artistes et rappeurs pratiquent l’autocensure s’ils ne veulent pas, pour leurs actions provocatrices, être jetés en prison comme El sexto en 2014 (pendant près d'un an). A ce propos, Louis Miret fait cette réponse, par diplomatie peut-être, à la question suivante:

    À Cuba, les artistes n’évitent-ils pas tout incident en optant pour une forme d’autocensure ?

    Je préfère dire que les artistes comprennent où est la frontière entre l’art critique et la critique hors de l’art. Une déclaration politique n’est pas une œuvre d’art. Le graphiste El Sexto estime que le rapprochement fait entre Fidel Castro et Raùl et les deux porcs qu’il a peints, est une interprétation des autorités. Mais pourquoi le les a-t-il pas baptisés Juan et Pedro dans ce cas ? C’est un acte de provocation, ce n’est pas de l’art.

    Il signale aussi que c’est durant les années 90 qu’on a assisté à l’apparition de la meilleure génération d’artistes de Cuba. Et d’ajouter : À croire qu’il n’y pas de création sans faim, comme on dit ici.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions Nevicata

    Quelques vidéos 

    Photos puis reportage sur Reinaldo Arenas en exil à Miami: il revient sur son arrestation arbitraire en 1973 avant d'être jeté en prison.

    Trailer du film de Schnabel avec Javier Bardem et Johnny Depp, Grand prix du Jury à la Mostra de Venise en 2000 et Prix de la meilleure interprétation masculine à Bardem.

     

    Paroles du Tango Nicaragua de Léo Ferré



     

    Lire aussi la note relative à COUPABLE D'AVOIR DANSÉ LE CHA-CHA-CHA de Guillermo CABRERA INFANTE

    Littérature cubaine

     

  • D'OBSCURES RUMEURS de PHILIPPE LEUCKX (Éditions Petra)

    dobscures_rumeurs_couv.jpgAu plus près du coeur

    Ouvrir un recueil de Philippe Leuckx, c’est aller, par les chemins de (tra)vers(e) de la poésie, au-devant d’une expérience existentielle placée sous le signe de la beauté du verbe. 

    À mesure qu’il descend dans le passé, remonte le fil de sa mémoire, le poète fond sa quête à celle du lecteur.

    C’est une poésie de l’infiniment proche, de la rumeur élevée au rang de la révélation de l’être par les lointains intérieurs.

     

    Le passé remue au gré des gravats

     

    Le passé est toujours là, prêt à surgir, à la faveur d’un temps donné, d’un endroit, d’un visage proches, d’une étrange familiarité, d’une paix s’accordant à la douceur du soir (qui a sublimé la douleur du jour), et cela, le long du fleuve, au fil des rues, en périphérie de la ville, entre lampe et ciel.

     

    La lumière sait notre juste place entre le vent de braise

    Et la poussière des noms épelés en vain

     

    Court dans tout le recueil l’idée qu’il faut se méfier des faux-semblants, des chausse-trapes de l’existence. Qu’il faut se garder des rêves faciles, de la méprise de nos (en)vies, de cet air presque enjoué à vous bercer d’illusions. Sans se tromper de saison, d’amour, de parcours… En veillant à ne pas voir trop vite et mal, à ne pas se laisser abuser par ses sens…

     

    Pour un peu le jour tournerait à la mépriseleuckx.jpg

    Ce serait tout à coup le printemps

    Et nul n’en saurait la teneur…

     

    Il appelle à la vigilance, sans quoi on risque de se fournir auprès d'un bonimenteur, dans une boutique de farces et attrapes.

     

    Et que pour un rien on se tromperait de vie

    De rue de film

    Pour un peu

    De bonheur à prendre

     

    Mais cela ne signifie pas le contrôle total, l’enfermement sur soi, il faut laisser du je, du jeu pour le hasard, ménager des ouvertures sur le monde, aiguiser ses attentions, s’autoriser des imprudences, progresser sur le fil entre doute et certitude. Fragile équilibre à trouver, qui demande bien toute une vie.

     

    Il vous faudra vivre

    En soupesant l’être

     

    Maux et malheurs, peines trop hautes, menacent sans cesse dans le même temps où un « rien » peut nous consoler d’un chagrin, d’une perte, d’une poussée de mélancolie.

     

    Parfois c’est l’enfance, comme ravie par le temps, qui revient, avec ses effrois, ses réserves de rassurance et d’espoir, indexant notre présent, notre présence à son bouquet de sortilèges ravivé.

     

    Nous avons tous perdu les enfants que nous étions.
    Nous les cherchons parfois, le temps de quelques mots.
    Dans les rigoles d’un village. Aux faubourgs de la vie.

     

    Pour qui sait les apprivoiser, les mots justes et à propos viennent cueillir le cœur sauf à la pointe de l’ombre, débrouiller ses nœuds obscurs, ses cordes pour libérer l'accès au peuple des sensations et des émotions. Pour éclaircir nos regards en vue des beautés et bontés cachées jusqu’à l’invisible.

    Il s'agit d'une poésie feutrée, à l'écart du tumulte de l'opinion et du tapage des faits, d’une extrême délicatesse, d’une rare justesse, avec mille nuances qu’on craint de ne pas percevoir assez, à relire sans cesse sans qu’elle lasse jamais.

    On a peine à dire que c’est une poésie du cœur, tant le mot est galvaudé, une poésie de l’aventure intérieure, du legs, du lignage, qui prône à la fois une extrême prudence et une rare témérité car elle concerne ce que nous avons de plus intime, de plus secret, de plus porteur et qui vise à la clarté, au débroussaillage du plus sombre.

     

    Maintenant il fait plus clair en moi

    J’ai pris l’air de mon père

    Et ses mains de semeur

     

    En disant tout ceci, on est loin d’avoir épuisé les ressources de ce recueil – composé de quatre sections -, qu’on pourrait dire infinies, car l'ensemble est construit de telle sorte qu’elles échappent même à la volonté du poète, et se révèlent instrument de connaissance propre avant d’être, pour le lecteur, outil d’introspection heureuse, grille de lecture fine du monde. Il faudrait encore parler de la fluidité des vers qui coulent, s’épandent en phrases, se reprennent puis repartent sans qu’on puisse déterminer les lieux de changement, les différences de débit tant les accélérations et les ralentissements se font dans la continuité du cœur et de l’attention.

    Un recueil à lire et à vivre donc, au plus près du cœur, avec des mains de poèmes pour remonter vers l’enfance qui nous a donné matière à rêver et à contenir le monde entre les berges d’un regard.

     

    On ne saura rien de plus que ces mots

    Et pourquoi soudain quelqu’un sourit

    En renversant dans la fenêtre

    La beauté d’un visage

    Et votre main s’est perdue

    À ramasser les vers

     

    Éric Allard


    Le recueil sur le site des Éditions Petra

    Philippe Leuckx sur Wikipedia

    Toutes les chroniques de Philippe Leuckx sur Les Belles Phrases

  • LOLITA / NABOKOV / GAINSBOURG

    71aWuQNxYZL.jpgLe roman de Nabokov sort en 1955 à Paris (après avoir été refusé par les éditeurs américains). Vladimir Nabokov est âgé de 56 ans, il vit alors aux Etats-Unis depuis 1940 et écrit en anglais depuis 1941.

    Le livre fait d'abord scandale mais finira par être reconnu comme un des plus grands romans du XXème siècle. Le prénom Lolita est désormais synonyme de nymphette. Il est notamment cité par Marilyn Monroe dans My Heart Belongs to Daddy (dans le film Le milliardaire de Georges Cukor avec Yves Montand en 1960) et dans des chansons de Serge Gainsbourg dont l’imaginaire a été marqué par ce roman dont on retrouve des traces dans Histoire de Melody Nelson.

    Le roman a été adapté deux fois au cinéma, en 1962, par Stanley Kubrick avec James Mason (Humbert Humbert) et Sue Lyon (Dolorès Haze, dite Lolita) et en 1997 par Adrian Lyne avec Jeremy Irons et Mélanie Griffith.

    À noter qu'une nouvelle traduction en français de Lolita est le fait de Maurice Couturier pour l'édition de La Pléiade de 2002 (qu'il a d'ailleurs coordonnée). Il s'est basé sur les corrections effectuées par Nabokov à partir de la première traduction française de E.H. Kahane et de la version russe écrite ensuite par l'auteur.   

     

    Perdue : Dolorès Haze. Signalement :
    Bouche « éclatante », cheveux « noisette » ;
    Age : cinq mille trois cents jours (presque quinze ans !)
    Profession : « néant » (ou bien « starlette »).

     

    Où va-t-on te chercher, Dolorès quel tapis
    Magique vers quel astre t’emporte ?
    Et quelle marque a-t-elle – Antilope ? Okapi ? –
    La voiture qui vibre à ta porte ?

     

    Qui est ton nouveau dieu ! Ce chansonnier bâtard,
    Pince-guitare au bar Rimatane ?
    Ah, les beaux soirs d’antan quand nous restions si tard
    Enlacés près du feu, ma Gitane ?

     

    Ce maudit würlitzer, Lolita, me rend fou !
    Avec qui danses-tu, ma caillette ?
    Toi et lui en blue jeans et maillot plein de trous,
    Et moi, seul dans mon coin, qui vous guette.

     

    Mac Fatum, vieux babouin, est bienheureux, ma foi !
    Avec sa femme enfant il voyage,
    Et la farfouille au frais, dans les parcs où la loi
    Protège tout animal sauvage.

     

    Lolita ! Ses yeux gris demeuraient grands ouverts
    Lorsque je baisais sa bouche close.
    Dites, connaissez-vous le parfum « soleils verts » ?
    Tiens, vous êtes français, je suppose ?

     

    L’autre soir, un air froid d’opéra m’alita.
    Son fêlé – bien fol est qui s’y fie !
    Il neige. Le décor s’écroule, Lolita !
    Lolita, qu’ai-je fait de ta vie ?

     

    C’est fini, je me meurs, ma Lolita, ma Lo !
    Oui je meurs de remords et de haine,
    Mais ce gros poing velu je le lève à nouveau,
    A tes pieds, de nouveau, je me traîne.

     

    Hé, l’agent ! Les voilà – rasant cette lueur
    De vitrine que l’orage écrase ;
    Socquettes blanches : c’est elle ! Mon pauvre coeur !
    C’est bien elle, c’est Dolorès Haze.

     

    Sergent rendez-la moi, ma Lolita, ma Lo
    Aux yeux si cruels, aux lèvres si douces.
    Lolita : tout au plus quarante et un kilos,
    Ma Lo : haute de soixantes pouces.

     

    Ma voiture épuisée est en piteux état,
    La dernière étape est la plus dure.
    Dans l’herbe d’un fossé je mourrai, Lolita,
    Et tout le reste est littérature.

     

    Traduction : Eric Kahane

    Serge Gainsbourg lisant le poème Lolita 

    La début du roman lu par Jeremy Irons

    Marilyn Monroe dans Le milliardaire (1960)

    Lana Del Rey, 2011

    Katty Perry, 2009

    La Finlandaise Johann Kurkela, 2010 ("Adieu, Dolores Haze")

    Noir Désir,  1992

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    Bande annonce du film de Kubrick

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    Bande annonce du film d'Adrian Lyne

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    Vladimir NABOKOV à Apostrophes

  • 40 JOURS SANS BANDER: une campagne bien suivie !

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    Au terme de la campagne « 40 jours sans bander » initiée par Les Branleurs Anonymes et suivie par une forte population masculine, la production de sperme wallon a chuté de 47% et des gouttes tièdes.

    Paul Foutrelan, le nouveau ministre des Énergies renouvables et ex-ministre des Intercommunales-Win-for-life, tire la sonnette d’alarme et lance une large action de remobilisation de la libido à l'issue de laquelle il espère une massive augmentation de la démographie et un renouvellement de la réserve d’électeurs PS, siphonnée par le PTB dont la ligne des intentions de vote affiche, elle, une belle érection.

     

  • VINGT ANS en chanson

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    pour DORIAN

     

     Chanson de printemps, chansonnette d'amour ; chanson de vingt ans, chanson de toujours.
    Charles Trenet

    Vingt ans d'amour, c'est l'amour fol.

    Jacques Brel

     

    Ferré, 1961 (pour la version originale) 

    Zebda, 2009 en hommage à Ferré

    Moustaki pour Reggiani, 1967

    Aznavour, 1965

    Leprest, 1994

    Johhny, 2013

    Bachelet, 1987 (avec une citation de Ferré)

    Aubert, 2012 

    Zazie, 2013

    Amel Bent, 2009

    IAM, 2013

    Lalanne, 1979

    Manu Galure, 2008
     

    Placebo, 2004

    Mauss, 2008

    Lefa, 2015
     

    Berthe Sylva (1885-1941), 1935
     

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  • LA CIBLE ET L'HEURE

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         La crosse de fusil dans le creux de l’épaule, la cible au pont de mire, l’index sur la détente, il s’apprêtait à tirer … quand on lui frappa dans le dos, tout doucement, pour lui réclamer l’heure.

          Dans un éclair, il se dit qu’il y avait urgence à donner l’heure puisqu’on la lui réclamait à cet instant précis.

          - Vingt heures vingt-six minutes et dix-sept… huit secondes.

          Quand il se retourna vers sa cible, elle avait disparu.

          Quelle idée il avait eue de viser le soleil au moment où il était sur le point de se coucher!

  • LIRE AU PRINTEMPS 2017: POÈMES PHOTOS

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Jean-Louis Massot est un grand ami des artistes et son imagination n’est jamais à court d’une idée pour les mettre en valeur, c’est ainsi qu’à l’occasion de la dernière Foire du Livre de Bruxelles, j’ai découvert deux recueils de poésie richement illustrés par des photos d’artistes. Un qu’il a écrit lui-même et qu’Olivia HB à illustré (édité chez Bleu d’encre) et un autre qu’il a édité et qui a été écrit par Daniel De Bruycker et illustré par Maximilien Dauber. Comme on a parlé longtemps de romans-photos, on pourrait peut-être désormais parlé de poèmes-photos.

     

    ob_06554e_couverture-nuages-de-saison.jpgNUAGES DE SAISON

    Jean-Louis MASSOT – Olivia HB

    Bleu d’encre

    Mars secouait ses derniers flocons accrochés aux branches et réveillait le soleil un peu paresseux de la fin de l’hiver, alors le poète dériva la tête dans les nuages et se laissa bercer par la musique de ses vers, rêvassant à la belle photographe qu’il pourrait entraîner dans ses nuages.

    Ce matin des nappes

    Polissonnes

    Sont venues tirer

    La langue au soleil

    Qui se levait tandis

    Que d’autres qui terminaient

    Leur nuit

    …. 

    La photographe pris son appareil et fixa les brumes légères comme les gros nuages sur sa pellicule.

    Ces cumulus,

    Lourds comme des

    Boules d’angoisse,

    Traversent à pas lents

    La voûte pâle. 

    Et ainsi, Jean-Louis Massot a peut-être inventé le poème photo comme un autre avant lui a inventé le roman photo. Mais ne serait-ce pas la photographe qui aurait emmené le poète dans ses images ?

    Lecteur je ne sais mais peut-être trouveras-tu la réponse dans ces jolis poèmes, légers comme une petite vapeur se levant sur la plaine un jour de printemps.

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    Tirés d’un côté,

    De l’autre poussé,

    Les nuages rougissent

     

    Et s’enlacent. 

    La photographe et le poète ont réuni les nuages dans un même amour qui tonnera peut-être un soir d’orage.

    Vu du

    Train Charleroi-Anvers à

    L’entrée de La Gare

    Du Midi

    ...

    Mais moi je ne prenais que le train pour Lille et je n’ai vu que les nuages qui sont dans les pages du recueil, sur les photos ou dans les vers.

    Le livre sur le site de Bleu d'Encre 

    Olivia H.B. sur Flickr

     

    exode-cover-face_1.jpgEXODE

    Daniel DE BRUYCKER – Maximilien DAUBER

    Les Carnets du Dessert de Lune

    « Exode » est un long poème qui raconte sur toute la longueur du livre une forme d’odyssée dans un paysage désertique, magique, existant à peine :

     

    Nous ne savions pas ce que nous désirions

    pour venir en ses terres arides

    sous ce ciel absent :

     

    Ayant des jambes nous marchions…

    de pas en pas, nous avancions…

    jusqu’où, nous l’ignorions

     

    Sans doute étai-ce cela,

    finissait-on par se dire,

    que nous étions venus reconnaître. 

     

    Ce paysage de sable et de lumière ne semble pas réel, c’est peut-être pour se convaincre que ce n’est pas un mirage que le poète à demander au photographe de fixer cette lumière avec ses ombres et la trace de leurs pas sur la pellicule.DeBruycker.jpg

     

    Nous regardions le moins possible

    de crainte que tout cela s’efface

    ou, pire, ne s’efface pas. 

     

    On imagine ces voyageurs venus de nulle part allant nulle part comme des compagnons d’un Ulysse des temps modernes, se mouvant seulement dans le temps.

     

    Une falaise, entr’aperçue dans l’aube

    semblait raconter une histoire

    dont je savais la fin. 

     

    Mais ce paysage a lui aussi son histoire et le photographe lui a donné une sublime existence, habitant le vide par son regard sur les détails qui peuplent cet univers de lumière. Et immanquablement on pense à Théodore Monod qui a sillonné le même désert que Maximilien Dauber, le photographe, qui accompagne Daniel de De Bruycker dans cet exode transcrit dans un « poème photo », genre que Jean-Louis Massot semble affectionner particulièrement, on ne peut que l’en féliciter le résultat est magnifique et, en ouvrant cet ouvrage, on devient tous des explorateurs du temps et de l’espace, des Ulysse, des Théodore Monod, des hommes qui marchent dans les livres de Malika Mokeddem… des hommes qui affrontent l’immensité déserte sans angoisse aucune, émerveillés comme au jour de leur naissance.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

     

  • VEILLEUR D'INSTANTS de PHILIPPE MATHY

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX 

     

     

     

     

     

    Electre_978-2-918220-50-3_9782918220503?wid=210&hei=230&align=0,-1&op_sharpen=1&resmode=bilinLe poète place ce recueil sous l’égide de Pavese et de son « Métier de vivre » : « On ne se rappelle pas les jours, on se rappelle les instants. ». Bachelard, dans « L’intuition de l’instant », eût pu écrire la même chose.

    Le poète est vigile, certes. Il conserve à la lecture son pouvoir de restaurer tous les instants perdus, de contemplation, de vie suspendue, d’observation d’une nature changeante.

    Le poète, donc, est à l’affût d’un réel observable, présent, sous ses yeux, au fil des saisons, de la lumière « désemparée » ou glorieuse.

    L’infime de la nature a, dans ces pages, un sourcier humble et attentif, près de définir son rapport au monde comme une terre d’effusion douce :

    Tu habitesPID_$1099110$_342770ea-5e35-11e1-8e5e-d1f7f99d0d82_original.jpg?maxwidth=756&scale=both

    le présent d’une présence

    Ce qui n’imprime pas de traces s’inscrit parfois plus sûrement dans la mémoire.

    Sur le tapis de l’herbe,

    je demeure assis,

    ne sachant comment

    survivre à mes rêves.

     

    La Loire adoptée, les ruisseaux, « l’air piqueté du cri des hirondelles » : tout inspire, tout suscite cette « ivresse légère où le désir vient se nicher ».

    Le poète repère le chien qui jappe, annonce de son cœur solitaire « qui aboie » ; le ciel d’avril lui donne des airs de philosophe du temps qui passe :

    Où va la vie qui va

    si vite

    si belle

    si cruelle ?

     

    Empreints de douceur, ces poèmes distillent aussi une mélancolique promenade au cœur des choses aimées, comme si elles étaient près de se fondre dans le décor des jours , « à l’arrêt dans le temps », « la voix basse du bonheur ».

    Sur les terres souvent foulées d’une nature épiée avec joie, le poète maîtrise, en vers ou en prose, ces « petits riens » qui bruissent de présence. Oui, « l’enfance sourit » si on prend le temps de la voir ou de la surprendre dans le menu d’un « sentier tortueux », quitte à voir passer des anges « dans le vol d’un oiseau », dans « un chant qui frémit entre les pierres ».

    Non, le poète ne s’est pas égaré. Il a adopté notre main et nous a fait signe, tout le long de la lecture, vigile, ça oui !, de l’essentiel. « Le silence fouette mes souvenirs » : le temps pleure « au bord de l’eau ».

     

    Philippe MATHY, Veilleur d’instants, 2017, 144p., 16€. Belles peintures de Pascale Nectoux. Editions L'herbe qui tremble.

    Le livre sur le site de l'éditeur

    Le site de Philippe MATHY