UNE PEAU À SOI de CLAIRE MATHY

book817.jpgLa peau dure

-  J’ai vu l’enfer, docteur ! J’ai vu mon gamin cuire…

C’est par ces mots, ceux d’une mère horrifiée d’avoir vu son fils la proie des flammes que s’ouvre le troisième roman de Claire Mathy.

Le livre raconte le séjour à l’hôpital durant plusieurs semaines de Maximilien, 17 ans, après l’accident domestique dont il a été victime.

Pendant le coma artificiel dans lequel il a été plongé, on approche Maximilien par sa mère, une partie de l’équipe soignante et son ami d’enfance, Isabeau qui, dans le même temps où le garçon subit les premiers soins, a été admis en stage à la clinique en tant que futur kiné. Avant qu’on ne partage le point de vue de Maximilien, de sa souffrance physique et psychologique…

Le récit qui nous est fait du traitement médical de Maximilien prend une autre dimension quand qu’on réalise qu’il va s’agir pour l’adolescent d’une mue, d’un changement de peau, aussi à titre métaphorique, à un âge où l’on est amené à prendre son envol en brisant les liens avec ses parents, son histoire familiale.  Programme d’ailleurs annoncé par la citation de Saint Exupéry (extraite de Citadelle) en tête de l’ouvrage: Il n'est point de rigueur efficace si, une fois le porche franchi, les hommes dépouillés d'eux-mêmes et sortis de leurs chrysalides ne sentent point s'ouvrir en eux des ailes... 

Lorsque Maximilien, sur la voie de la guérison, se remémore les faits, une belle phrase dit ceci: À cet instant précis, il comprit que les flammes le mutilaient, le défiguraient, le handicapaient pour toujours et se vit courir vers la mort de sa personnalité, mais non vers la ruine de sa personne.

Cette renaissance va prendre un tour symbolique d’autant plus fort que le garçon risque sa vie et qu’il devra puiser profondément en lui pour ne pas sombrer et combattre la maladie.

Nulle sensiblerie n’est ici à l’œuvre et l’écriture comme la construction du récit sont maîtrisées de bout en bout. Le récit, extrêmement documenté sur le plan médical (l’auteure a été infirmière ; des spécialistes de ce genre de traitement et des victimes de brûlures ont été consultés) révèle que le succès des soins pour que la peau dure, se renouvelle, tient autant à la cohérence et l’énergie de l’équipe médicale que dans la participation du patient à sa propre guérison, à sa capacité de résilience, même si le mot, devenu passe-partout, est à peine cité. 

Le malaise perceptible dès le début du roman dans la relation qui unit la mère à son mari est pleinement et fortement explicité à la fin du récit d’une manière bouleversante. Et c’est l’ultime ressort qui va permettre, on n’en doute alors plus, à  Maximilien de puiser la force pour accepter ses stigmates et affronter sa nouvelle vie.

Une attention est aussi portée tout du long, en plus du cas de Maximilien, à d’autres formes de handicap, sans pathos là aussi. Ainsi la copine de classe qui se rapproche de Maximilien à la faveur du drame, est sourde de naissance et Maximilien rencontre à l’hôpital des personnes affligées d’autres invalidités et qui tirent parti de leur singularité.

Ceci dessine le modèle d’une société plus riche, plus généreuse que celle qui rejette ses infirmes, une société où les déficiences, natives ou causées par la maladie ou un accident, favorise d’autres manières d’ouvertures au monde.      

Un livre d’une rare humanité qui met garde contre toutes les sources de chaleur susceptibles de nous jeter dans les affres des brûlures affectant cet organe essentiel qu’est la peau mais qui ne préserve pas, loin s’en faut, contre les foyers de mansuétude que nourrissent ceux qui ont été les victimes du feu et des accidents de la vie.

Précisons encore que les revenus du livre seront versés à des ASBL venant en aide aux grands brûlés et aux malentendants.

Éric Allard

Le livre sur le site des Éditions Memory

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Commentaires

  • Nul doute que le livre soit troublant, révélateur, bien construit et documenté. On le sent dans cette critique. Mais je pense que ce n'est pas un univers pour moi, qui n'aime pas la maladie (enfin, personne ne l'aime, soyons juste, mais disons que je n'éprouve pas d'envie d'en savoir les mystères) et m'y trouverais mal à l'aise. Pourtant j'ai le sentiment, ici, de renoncer aussi à quelque chose...

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