VARIATION sur LA DISPARITION de GEORGES PEREC par JACQUES FLAMENT

Variation sur LA DISPARITION

... ou discours sur l'incongru à la façon d'un grand manitou barbu.

A... B... C... D... Abracadabra !

Disparu l'ingrat attribut suivant du canon orthographocommun.

Goujat, malotru, charlatan, sagouin, iroquois, bachi-bouzouk aurait dit Haddock !

Ainsi donc un fringant prof ras du caillou nous proposa, parmi un choix accablant d'importuns fabricants d'originaux bouquins, un training psychicomaso au but humant fagot d'ouvrir nos carafons, chous, citrons ramollis à l'abondant propos dont il avait pour mission l'instruction.

Vint à mon siphon maladif, l'incongru tronçon anthologicoscriptural d'un tordu du bocal au surnom du grand barbu d'Ivry : "La disparition".

Mais pourquoi donc choisir "La disparition" du grand barbu susdit plutôt qu'un album distinct dans sa filiation ?

Illico "La disparition" participa surtout à assouvir mon plaisir d'affliction vis-à-vis du joug du mot, plaisir pas du tout malsain pour qui, à ma façon, vingt ans durant, accomplit un sport associant boyaux du ciboulot à la raison du plus fou.

Voici donc ma vision du plaisant polar qu'il fit sortir sans tambours ni clairons alors qu'aussi brillant travail commandait à coup sûr glorifications.

Tout à fait clair, tout à fait admis par tout un chacun ainsi qu'un bouquin normal, "La disparition" a pourtant un atout piquant, paradoxal : la proscription, la scotomisation du suc, du corps dudit individu bouquin.

Imaginons-nous un baobab sans tronc, un institut sans savant, un futur poupon sans amnios, un humain sans phallus, un mort sans asticots ? Voilà pourtant collations, confrontations, comparaisons satisfaisants.

Car d'ablation du plus courant attribut du susdit canon, il aura fait son dada, son bourrin poussif tant il fut vrai qu'un ultimatum aussi fou qui aurait dû finir dans un attristant fiasco, fut accompli dans l'affliction mais conduit au summum sans aucun accroc.

Travaillant, s'inscrivant dans un profil contraignant, droit issu d'un ouvroir du nom aujourd'hui connu d'OULIPO, pratiquant assidu du go dont il produisit un discours jouissif, l'ahurissant juif polonais, prit pour parti, proposition constants d'ouvrir, nourrir tout individu d'un propos aux tours mirobolants mais toujours inscrits dans la banalisation du commun. Ainsi introduit, tout quidam, vous, moi, habitants d'Ivry ou d'avilissants pays inconnus sans noms, sortirions ravis du trou banalisant "la disparition" par l'ablation du banal.

Un synopsis du joyau ainsi conçu ? Oui, à coup sûr.

Mais banal, lui aussi : la volatilisation, la disparition d'Anton Voyl, paradoxal individu droit sorti du giron imaginatif du grand barbu.

Mais choisissons plutôt un lingot d'or pur parmi l'alcool du manuscrit total pour saisir la profusion du travail accompli :

Chacun sait qu'un mal sans nom agit à l'insu, chacun sait qu'au grand dam, nous barrant tout parcours, nous condamnant sans fin aux circonvolutions, aux bafouillis, aux oublis, à l'insupport d'un faux savoir où vont s'opacifiant, s'obscurcissant nos cris, nos voix, nos sanglots, nos soupirs, nos souhaits, un mur infranchi nous forclot à jamais.

Ah oui, jouissif, colossal, hallucinant ! disons-nous abasourdis si nous nous livrons un tant soit prou à d'infinis margouillis, patouillis, salmigondis impliquant nos jargons discursifs.

Au final, un roman lipogrammosubtil, hors du commun, loin du courant rapport au nombril autosatisfait, abracadabrant, inouï, au confort scriptural ma foi suffisant, tout à fait ad hoc au rapport grammatical, qui divisa d'obtus criticaillons mais ravit gus, zigotos, cocos, bouffons, individus originaux qui ont la conviction qu'à courir l'incongru on finit par jouir d'un bon cru.

Mais plus fort… pourrait-on, illustrant par là un plaisir ludicomaso tout à fait fou sortir mutations, fluctuations d'aussi puissant travail narratif contraignant ?

Pourquoi pas !

Ainsi pourrait-on bâtir la composition dont tout mot aurait un chic frais, original d'avoir pour trait initial un A ou tout attribut distinct du canon orthographocommun.

 

***

 

ANNE, AMBITIEUSE APHRODITE...

Anne, ambitieuse aphrodite aux atouts anatomiques ambrés, arcboutée aux appliques asiatiques, apostropha Anatole : “Anatole, Anatoool..., accours, amour à Anne !”
Anatole, amoureux ardent, abandonnant “Amphithéâtres assyriens”, admirable abécédaire antique, assez attristé – abandonner aussi ambitieux album artistique apparaîtra assurément abstrus aux amateurs avertis –, accoutumé à aussi appétissant appel, accourut avec ardeur.
Alexandrine, arrogante angora, altesse abyssine aux allures aristocrates, assiste, apeurée aux aventures aquatiques annanatoliennes.
Abracadabrant ! articule Alexandrine abasasourdie.
Assurément ! ....

 

auton102506-7359b.jpg

Jacques Flament 

 

Les Éditions Jacques Flament

640_perec_livre.jpg

Georges Perec dans La Pléiade

Le Grand palindrome de Georges Perec

Les commentaires sont fermés.