• LA MAISON DU DÉCLIN, essai-balade de DRAZEN KATUNARIC

    maison-declin-1c.jpgRéhabiter le monde 

    « L’homme décadent ne cesse pas de se demander : pourquoi suis-je né à l’époque où tout se dégrade, s’est déjà dégradé ? »

    C’est à partir de cette interrogation que débute le vivifiant essai de l’écrivain croate Drazen Katunaric d’abord publié 1992 à Zagreb.

    Si l’homme d'aujourd’hui impute volontiers toute la misère intellectuelle au numérique, en regrettant par exemple l’époque des livres papier, il faut savoir que Victor Hugo dans un chapitre de Notre-Dame de Paris  intitulé Ceci tuera cela représente ce déclin par la face monstrueuse de Quasimodo et accuse les livres imprimés qui ont brutalement supplanté les cathédrales.
    Autres temps, autres mœurs, seul demeure l’homme décadent.

    Mais ce chapitre hugolien est avant tout, souligne l’auteur, un excellent point de départ pour toute réflexion sur l’architecture et la ville car Hugo considérait l’architecture comme l’art total, le seul moyen d’expression de l’humanité entière. (…) Le livre imprimé est ce ver rongeur de l’édifice qui suce et dévore, rend l’architecture mesquine, pauvre et nulle. (…) L’imprimerie a tué le sacré du livre, sa rareté, son caractère précieux, l’effort de sa fabrication.

    Et l’époque où a lieu ce déclin, où la ville change de face, où l’architecture n’est plus l’art collectif qu’il était, c’est, pour le philosophe, la Renaissance. Perte du sentiment divin, profanation du sacré au service du dépouillement, de la démolition, l’architecture, instrumentalisée (à l’égal de l’automobile plus tard), conçue comme moyen et non plus comme but, devenue stricte machine à habiter, va se mettre au service du social et devenir utilitaire dans le même temps où elle va contraindre, avec Adolf Loos, Frank Lloyd Wright, Walter Gropius ou Le Corbusier, l’homme à vivre dans des formes et des matériaux sans âme ni fantaisie. Sans l’idée de Dieu, l’insignifiance des choses devient criante. Et l’architecture qui est rapport au divin, au céleste, déracinée de la terre du passé et sans élévation, perd tout repère. katunaric.jpg  

    Katunaric cite aussi Herman Broch pour appuyer sa thèse : Les deux grands moyens rationnels de communication au sein du monde moderne, le langage de la science utilisé dans les mathématiques et le langage de l’argent utilisé dans la comptabilité, ont leur point de départ dans la Renaissance.

    C’est aussi l’exil de l’homme moderne qui est questionné, entre regret de la croyance perdue et la difficulté de vivre sans croyance. Depuis la Renaissance l’idée de progrès a remplacé la notion de salut, les sciences et idéologies, la religion.

    C’est dans cet ordre d’idée que l’auteur rejette dos à dos capitalisme et communisme (l’ayant vécu dans sa chair, il ne peut s’en faire une idée exotique, de rédemption, et déclare que le marxisme est mort de l’ennui qu’il a suscité) ayant régné de conserve pendant près d'un siècle, comme berceaux de régimes utopiques, donc totalitaristes.

    Sont aussi convoqués dans cet ouvrage Dostoïevski et son Palais de Cristal, Bruno Schultz et son Traité des mannequins qui préfigure ou accompagne le devenir-machine de l’homme, et même Bernard-Henry Lévy et son Testament de Dieu (« S’il n’y a plus de péché, c’est l’âme qui est le crime. S’il n’y a plus de rédemption, c’est la vie qui est l’expiation. »).

    Katunaric analyse le rapport au temps, à l’histoire, au passé qui définit l’injonction à être moderne. On passe ainsi du Café Apocalypsis au Bar Nihilismus où l’idée de Dieu a été remplacée par l’idée de progrès, de science et de technique qui font office de pensée, de connaissance.

    Le progrès étant une décadence, la décadence devient un progrès, dit en substance Jankélévitch en guise de cqfd à cet essai, riche et dense, mené allègrement, somptueusement écrit (comme l’écrit Alain Finkielkraut en quatrième de couverture) et traduit du croate par Gérard Adam, en sollicitant notre intelligence tout en parcourant les allées des anti-lumières qui nous permettent de critiquer l’époque contemporaine avec ses faux-semblants, sa religion du progrès en marche et ses masques de bonheur dans le carnaval qu’est devenu le monde et cela dans l'espoir de le réhabi(li)ter.

    Un des derniers chapitres, relatif à Maison de Wittgenstein, dresse un éloge remarquable de l’ornement en architecture (« la seule partie artistique de la maison »).

    L'ultime partie du livre nous entraîne à Venise, dans la ville du déclin (que Ruskin date de 1418 avec la disparition de l’architecture gothique) pour une promenade fantomatique où l’art d’un Bellini sauve le narrateur de la tromperie des masques et où le chant d’un gondolier qui s’éloigne le libère de la rumeur du monde trop présente, trop prégnante.

    Chez MEO, on trouve du même auteur, un roman, La mendiante, et un recueil de nouvelles, Le baume du tigre.

    Éric Allard

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    Le livre sur le site des Éditions MEO

     

  • LA MANIFESTATION LITTÉRAIRE et autres histoires d'écrivains

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    La manifestation littéraire

    Je sortais de chez moi pour acheter du pain quand je fus embarqué dans une manifestation pour l’égalité d’écriture et la liberté d’édition. Sur les banderoles, on pouvait lire: Plus de publications !, Sous les cahiers, la page ! ou encore Nous sommes tous des auteurs vivants ! C’était en effet des auteurs qui manquaient de reconnaissance et qui marchaient pour en trouver.

    Ils marchaient vite et je mis mon pas dans les leurs.

    Plus on approchait de la Maison de la Poésie, plus leurs cris étaient puissants, vives leurs revendications. Il régnait un climat de terreur. Sur place, le directeur ne voulut pas accepter de délégation et les poètes énervés comme jamais je n’en avais lu montèrent une potence. Au moment où on lui passait la corde au cou, le directeur cria: Vous serez tous publiés, foi de directeur de Maison de la Poésie.

    Enfin, il n’eut pas le temps de terminer sa phrase (je la complète en hommage à sa mémoire puisqu'il m’a semblé de bonne foi) car la trappe de fortune s’ouvrit par erreur sous ses pieds et le directeur stoppa là net une carrière littéraire pourtant prometteuse. Mais une parole (même de poète) est une parole, et non un écrit. C’est ainsi que je revins de la manifestation sans pain mais avec une promesse de publication : ce texte-ci (le premier que je livre).

     

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    La chasse aux mots (à V. Nabokov)

    Chaque jour, après son petit déjeuner, cet écrivain sort avec un filet fantôme à la chasse aux mots. Chaque vocable est délicatement placé dans une enveloppe de papier glacé avec l’indication de l’endroit et des circonstances où il été capturé. Puis, à la fin de la journée, lors de sa séance au lutrin, il rédige sa page d’écriture. Régulièrement des livres invisibles sont publiés aux éditions de la Chambre obscure que les lecteurs, habitués aux livres trop (pré)visibles, ne parviennent évidemment pas à distinguer.

     

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    L’explication

    Ce poète composait sans cesse des odes aux étoiles et aux cieux, aux espaces infinis et à la lumière. Un jour, sa compagne qui attendait depuis cinquante ans (au moins) qu’il lui composât un petit poème, un églogue, une épigramme... lui demanda quand ce serait son tour.

    Mais sans ta présence ici-bas à mes côtés, lui répondit-il, je n’aurais jamais perçu la beauté du vaste monde.

     

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    Les tombes

    Cet écrivain enterre ses livres à mesure qu’ils paraissent dans des petites boîtes en fer. Quand une critique est publiée à leur propos, il vient la déposer avec componction sur la tombe à côté des autres. Le vent, la pluie l’en débarrassent vite. Les livres, eux, demeurent intacts et, de plus, ils ne nécessitent pas d’être époussetés ni relus.

     

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    L’oubli

    Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire. Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire. Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire…

     

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  • LES CHANSONS DE MAMAN

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  • MAMAN SONGE

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    Maman ment

    Mentalement maman me ment

    Si maman me ment je mens à maman

    Maman songe au mensonge comme je songe à maman

    Si maman ment ment-elle aussi sur ma naissance

    Si maman ment suis-je même né suis-je même là

    Naître c’est mentir et maman sait que je mens

    En mentant je nais différemment de la façon dont je suis né de maman

    Si maman ment mon songe dit vrai sur ce que maman sait

    Maman se tait tant que je songe au mensonge de maman

    Mais après maman mentira-t-elle encore au sujet de mon corps né

    Maman sait que je songe au mensonge quand elle le fait

    Maman quand elle le fait pense-t-elle à refaire ma naissance de même

    Ma maman ment-elle quand elle se dit ma maman

    Maman quand elle se tait ment-elle sur son silence

    Maman quand elle se sait s’essaie-t-elle au mensonge

    L’essai de maman pour me faire réussit de temps à autre

    L’essai de maman pour me faire réussir échoue sur la cendre

    Quand je suis celui qui sait qu’il est né maman réussit l’essai

    Quand je sais celui que je suis maman réussit aussi l’essai

    Quand maman sait je suis rassuré sur le fait que je suis né

    Quand maman ment je doute à nouveau de mes sens

    Maman dans la mer se sale pour que l’eau la laisse sur le sable

    Je souffle le silence et la soif qui sauvent de la sécheresse des sons sans sens

    Je souffle l’essence et le saumon qui sauvent de la mousse des savons  

    Je soulage le sexe des sciences qui souffrent de l’absence de raison

    Je change le sexe des souris aux semelles de sauge et de soufre

    Je change le chanvre des champs du songe dans la chambre chauve

    Je chante dans le safran des saisons des chansons sur le soleil sauf

    Je mens à maman quand elle me demande si je vis si je vais si je sais si je sens si je saigne

    Je mens mentalement à maman depuis que je suis né sans savoir si je suis sourd ou sans sirène

    Maman sent dans son ventre qui je suis avant que je naisse

    Maman me sait dans son centre comme à la circonférence de ses sens

    Maman signe son cercle avec son sang comme je désigne son sein dans un souffle comme je sarcle son sexe avec mon stipe

    Maman saigne et je signe son crime de mon inexistence

    Maman saigne et je me signe ainsi soit-il de son existence

    Maman sent quand je saigne quand je songe au singe que je suis au singe qu’elle est dans l’espèce de stigmate qui nous place dans l’espace des signes

    Maman sent si je nais si je vais si je vis si je sais si je mens si je chie si je pense si je suis si je fuis le fait que maman m’a fait tel que je suis mentant à maman comme à moi-même sur le fruit de mes mensonges sur le fruit de ses entrailles qui poursuit son cycle selon le songe menti de sa maman

     

  • RÉSONANCES, un recueil collectif réunissant images & textes, aux ÉDITIONS JACQUES FLAMENT

    Dans ce recueil collectif, Jacques Flament a rassemblé 149 textes, de 82 auteurs différents, écrits à partir de 25 photographies.

    J'y figure avec trois textes ainsi de même que quelques ami(e)s et connaissances: Denys-Louis ColauxCarine-Laure Desguin, Nathalie Delhaye, Lorenzo Cecchi, Martine Rouhart, Michel Thauvoye, Véronique Dubois, Véronique Pollet, Ziska Larouge...

    Des textes courts, des nouvelles brèves, de la poésie...

    À noter aussi que tous les droits iront à l'association MOTS ET MERVEILLES qui lutte contre l'illetrisme.

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    Pour commander le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

  • TOUTES LES FEMMES MEURENT POUR UN POÈME de MONTAHA GHARIB

    toutes-les-femmes-e1492596009971.jpgLa promesse de l'aube

    Le premier poème du recueil s’ouvre un présage, une prédiction faite par une voyante.

    Ton destin est prédit

    Tes poèmes sont ton seul bagage

    Tes peintures ton rivage

    La promesse de bonheur est promesse d’aube, de lumière. Alors que la nuit est le lieu de l'insomnie, l'asile de la peine.

    Ton visage est pétri de lumière

    Les étoiles d’un regard

    Nourrissent tes yeux

    Le jour s’incarne dans un corps, un visage.13592315_985100261588832_4115430061096756108_n.jpg?oh=47bbf66df8237370cc0f2801690af4c7&oe=59B4785D

    Toi, mon aurore

    Je t’étreins secrètement dans la pénombre 

    Ce qui n’est encore que rêve enténébré, peu à peu, se révèle au jour, réveille des espoirs enfouis.  

    Tu fleuris mes espoirs

    Tu rafraîchis ma mémoire 

    Le passé n’est plus vain, le futur n’est plus voilé, indistinct, muet.

    Libéré du souci du temps, des heures, du poids de soi, de notre âme flagellée, le présent roi nous rajeunit de mille ans.

    Il défige le temps, rafraîchit la mémoire.

    Tout peut s’inverser à nouveau, l’aube engloutir la pénombre...

    Le poème, c’est la caresse, l’espoir, la lumière, le lieu où s’engrange, se recueillent ces particules de lumière, ces réserves de mots et de mémoire, ces témoignages où le temps coïncide avec l’espoir.

    Il y a du bruit au cœur du silence

    Le silence chante

    Entre silence (qui) chante et voix (qui) bruisse, dans la joie chaude d’un instant, une caresse qui adoucirait / la dureté de l’éloignement, voici  un recueil où se laisse lire l’agonie de l’attente comme les délivrances du jour.

    Avec le poème comme emblème, comme porte-espoir, imprègne-instant, besace et concentré de lumière, on laisse derrière soi la nuit pour aller au-devant du jour, le cœur neuf, rempli d’amour.

    Les belles et suggestives illustrations en clair-obscur de Claude Donnay (avec lequel la poétesse libanaise a écrit un précédent recueil, Horizons), accompagnant les poèmes, leur faisant écho, rendent bien compte de l’attente et du mouvement, des soubresauts de l’âme en proie aux affres et bonheurs de l’amour.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de Bleu d'Encre Éditions

  • VARIATION sur LA DISPARITION de GEORGES PEREC par JACQUES FLAMENT

    Variation sur LA DISPARITION

    ... ou discours sur l'incongru à la façon d'un grand manitou barbu.

    A... B... C... D... Abracadabra !

    Disparu l'ingrat attribut suivant du canon orthographocommun.

    Goujat, malotru, charlatan, sagouin, iroquois, bachi-bouzouk aurait dit Haddock !

    Ainsi donc un fringant prof ras du caillou nous proposa, parmi un choix accablant d'importuns fabricants d'originaux bouquins, un training psychicomaso au but humant fagot d'ouvrir nos carafons, chous, citrons ramollis à l'abondant propos dont il avait pour mission l'instruction.

    Vint à mon siphon maladif, l'incongru tronçon anthologicoscriptural d'un tordu du bocal au surnom du grand barbu d'Ivry : "La disparition".

    Mais pourquoi donc choisir "La disparition" du grand barbu susdit plutôt qu'un album distinct dans sa filiation ?

    Illico "La disparition" participa surtout à assouvir mon plaisir d'affliction vis-à-vis du joug du mot, plaisir pas du tout malsain pour qui, à ma façon, vingt ans durant, accomplit un sport associant boyaux du ciboulot à la raison du plus fou.

    Voici donc ma vision du plaisant polar qu'il fit sortir sans tambours ni clairons alors qu'aussi brillant travail commandait à coup sûr glorifications.

    Tout à fait clair, tout à fait admis par tout un chacun ainsi qu'un bouquin normal, "La disparition" a pourtant un atout piquant, paradoxal : la proscription, la scotomisation du suc, du corps dudit individu bouquin.

    Imaginons-nous un baobab sans tronc, un institut sans savant, un futur poupon sans amnios, un humain sans phallus, un mort sans asticots ? Voilà pourtant collations, confrontations, comparaisons satisfaisants.

    Car d'ablation du plus courant attribut du susdit canon, il aura fait son dada, son bourrin poussif tant il fut vrai qu'un ultimatum aussi fou qui aurait dû finir dans un attristant fiasco, fut accompli dans l'affliction mais conduit au summum sans aucun accroc.

    Travaillant, s'inscrivant dans un profil contraignant, droit issu d'un ouvroir du nom aujourd'hui connu d'OULIPO, pratiquant assidu du go dont il produisit un discours jouissif, l'ahurissant juif polonais, prit pour parti, proposition constants d'ouvrir, nourrir tout individu d'un propos aux tours mirobolants mais toujours inscrits dans la banalisation du commun. Ainsi introduit, tout quidam, vous, moi, habitants d'Ivry ou d'avilissants pays inconnus sans noms, sortirions ravis du trou banalisant "la disparition" par l'ablation du banal.

    Un synopsis du joyau ainsi conçu ? Oui, à coup sûr.

    Mais banal, lui aussi : la volatilisation, la disparition d'Anton Voyl, paradoxal individu droit sorti du giron imaginatif du grand barbu.

    Mais choisissons plutôt un lingot d'or pur parmi l'alcool du manuscrit total pour saisir la profusion du travail accompli :

    Chacun sait qu'un mal sans nom agit à l'insu, chacun sait qu'au grand dam, nous barrant tout parcours, nous condamnant sans fin aux circonvolutions, aux bafouillis, aux oublis, à l'insupport d'un faux savoir où vont s'opacifiant, s'obscurcissant nos cris, nos voix, nos sanglots, nos soupirs, nos souhaits, un mur infranchi nous forclot à jamais.

    Ah oui, jouissif, colossal, hallucinant ! disons-nous abasourdis si nous nous livrons un tant soit prou à d'infinis margouillis, patouillis, salmigondis impliquant nos jargons discursifs.

    Au final, un roman lipogrammosubtil, hors du commun, loin du courant rapport au nombril autosatisfait, abracadabrant, inouï, au confort scriptural ma foi suffisant, tout à fait ad hoc au rapport grammatical, qui divisa d'obtus criticaillons mais ravit gus, zigotos, cocos, bouffons, individus originaux qui ont la conviction qu'à courir l'incongru on finit par jouir d'un bon cru.

    Mais plus fort… pourrait-on, illustrant par là un plaisir ludicomaso tout à fait fou sortir mutations, fluctuations d'aussi puissant travail narratif contraignant ?

    Pourquoi pas !

    Ainsi pourrait-on bâtir la composition dont tout mot aurait un chic frais, original d'avoir pour trait initial un A ou tout attribut distinct du canon orthographocommun.

     

    ***

     

    ANNE, AMBITIEUSE APHRODITE...

    Anne, ambitieuse aphrodite aux atouts anatomiques ambrés, arcboutée aux appliques asiatiques, apostropha Anatole : “Anatole, Anatoool..., accours, amour à Anne !”
    Anatole, amoureux ardent, abandonnant “Amphithéâtres assyriens”, admirable abécédaire antique, assez attristé – abandonner aussi ambitieux album artistique apparaîtra assurément abstrus aux amateurs avertis –, accoutumé à aussi appétissant appel, accourut avec ardeur.
    Alexandrine, arrogante angora, altesse abyssine aux allures aristocrates, assiste, apeurée aux aventures aquatiques annanatoliennes.
    Abracadabrant ! articule Alexandrine abasasourdie.
    Assurément ! ....

     

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    Jacques Flament 

     

    Les Éditions Jacques Flament

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    Georges Perec dans La Pléiade

    Le Grand palindrome de Georges Perec

  • MÉMOIRE BLANCHE de PIERRE CORAN

    memoire-blanche-1c.jpgPrisons

    Après avoir été arrêté pour un meurtre qu’il ne se souvient pas avoir commis, un homme s’évade de la prison où il est détenu, il est recueilli par la petite fille de sa supposée victime. On l’innocente mais il reste prisonnier de la boisson… Cette prison-là, cette culpabilité-là sont plus fortes...

    Un roman qui claque, sans un mot de trop, un poil de graisse littéraire. Une littérature à l’os, sans introspection, en phrases brèves. Cette absence de perspective, cette attention portée à  l’instant donnent paradoxalement du relief et de la profondeur au narrateur. 

    Celui-ci est subi par les événements qui bouleversent son existence mais qui ne l’affectent pas en apparence. Tout lui est égal, indifférent. Ce qui est rendu par ce que Barthes appelait une écriture blanche, « au je absent à lui-même », celle par exemple du Camus de L’Étranger. Et, ici, tout à fait accordée au propos.

    Un double événement lui donnera l'occasion de se sortir de cette réclusion, de cet enfermement en soi. Une femme, Sophie, lui donnera la force ; une autre, Claire, le moyen de s’en sortir.coran_pierre.jpg

    Pierre Coran, qui publie depuis 1959, donne ici un livre très personnel. Le narrateur qui tient son journal finit par livrer son prénom, Pierre, et par écrire : « Hier, j’ai raconté mon histoire, sans passion, comme si je révélais l’aventure d’un autre. » De là, on pourra en tirer toutes les conclusions sur le caractère autobiographique du roman qui, de toute manière, demeure une fiction bien menée, une histoire rapportée au présent du subjectif.

    Après sa cure, le narrateur ne se fait toutefois pas d’illusion, il ne supprime pas son passé d’un trait tout en se montrant optimiste : « Je ne prétends pas être guéri et me suis fait à l’idée que toute guérison est un leurre (…) Je suis un infirme de l’alcool et le resterai. »

    Il y avait le livre de Kessel, Avec les alcooliques anonymes ; il y a aussi ce livre percutant de Coran initialement paru au Seuil en 1997 dans une collection aujourd’hui disparue et que Gérard Adam vient avec bonheur de republier aux Editions MEO.

    Précisons encore qu’il ne s’agit pas d’un énième livre sur « le drame de l’alcoolisme »; c’est avant tout un roman, celui d’un homme aux prises avec ses démons et le tourbillon du monde qui prend son destin en main pour affronter le jour d'après en homme libéré.

    Eric Allard

    Le livre sur le site des Éditions MEO

    Pierre CORAN sur le site de l'AEB

     

  • STREETS (Loufoqueries citadines) d'ÉRIC DEJAEGER

    Dejaeger.jpg?height=400&width=265Ville imaginaire

    Rue aux Oiseaux, rues aux Fumées, rues aux Volcans, rue aux Anges… Rue des Politiciens, rues aux Ventouses, rue aux Moustiques, rue du Rhume… Ces Streets, au nombre de 99 (comme pour laisser le soin au lecteur de franchir la centaine), qui dessinent une ville inventée et inventive (comme en écho au vers de Soupault cité en exergue) où les noms des rues seraient efficientes, en accord avec ce qu’elles désignent, même si la rue, pour le passant ou l’habitant, tend à corresponde à ce par quoi, par qui elle est nommée. Qui plus est dans une ville moderne de plus en plus fonctionnelle, sans distinction, et laissant peu de place à l’irrationnel, au passé, sans autre orientation, pour situer un endroit, que son nom.

    Comme on le sait, Éric Dejaeger varie, dans ses livres, les genres et les humeurs. C’est ici l’œuvre du poète, animé d’une belle intuition et d’une vive sensibilité, le Dejaeger, et pour n’en citer que quelques-uns,  des Contes de la poésie ordinaire ou de ses recueils instantanés.

    Et si la poésie qu’Éric ne trouve pas souvent dans les ouvrages prétendument poétiques (où on s’attend justement à en trouver) ressortissait de l’inattendu, surgissait à l’improviste dans des domaines non désignés comme tels, dans le quotidien, par exemple, dans ces moments et saynètes qu'il sait si bien saisir…ric-dejaeger_2_orig.png

    Dejaeger rend bien le double aspect de la rue, entre limitation et infini. La rue, forcément bornée, donne à celui qui y pénètre l’idée de l’aventure, il peut se figurer que la rue est infinie, qu’il s’est engagé dans un labyrinthe ou un coupe-gorge, qui le perdra. C’est entre enchantement et appréhension qu’on découvre une nouvelle rue, comme on  parcourt ce recueil, page après page, entre sens du secret et goût du frisson.
    La rue, aussi, relie deux endroits de la ville ; elle est jonction, mise en relation de lieux a priori inconciliables ; la rue par essence est poésie.

    Au bout du compte, toutes ces rues ne mènent-elles pas à la Porte de l’imaginaire, pour composer une de ces villes invisibles créées par Calvino ?

    Dans ces Streets sans interdit, Éric montre que la poésie est dans la ville, au coin de la rue, en miroir de nos attentes et de nos peurs, comme marchepied à nos rêves aussi bien qu’à nos cauchemars.

    Signalons encore que la vivifiante couverture et les illustrations sont de Jean-Paul Verstraeten

    Éric Allard

     

    EXTRAITS :

     

    74th street

    Prise entre deux feux

    venant

    de la rue du Conservatisme

    & de la rue la Révolution

    les citadins

    ont depuis longtemps compris

    qu’il ne fallait plus passer

    par la rue du Centre.

     

    99th street

    Ils sont quelques-uns

    Plongés dans

    Des manuscrits enluminés

    Des grimoires illuminés

    Des parchemins en lambeaux

    à arpenter la ville

    à la recherche

    de la légendaire

    & mythique

    Rue Sans Nom.

     

    Le livre sur le blog des Éditions Gros Textes

    Court, toujours!, le blog d'Éric DEJAEGER

     

  • LA PEUR DES DRAGONS

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    J’ai peur des dragons. Depuis que j’ai été brûlé par un dragon au treizième degré quand j’étais petit. Un crachat de lave en fusion, une langue de feu qui m’a léché les jambes jusqu’à mi-cuisses. Mes pieds avaient fondu, mes genoux étaient comme deux balles de ping-pong passées au micro-ondes. Depuis, je marche avec des prothèses.

    Dans n’importe quelle situation, je rebondis mieux, mes sauts me portent plus loin que le commun des mortels, et je n’ai plus jamais froid aux pieds. Quand il s’agit de piquer un sprint pour monter dans le bus ou pour offrir des fleurs à une fée passante, je suis champion.

    Il faut dire que je l’avais un peu cherché: j’avais tiré sur sa queue, j’avais méchamment tenté d’arracher ses ailes pour en faire des cerfs-volants. On n’est pas sérieux quand on a sept ans !

    Faut dire que ce dragon-là, qu’on avait recueilli au bord d’un volcan éteint, avait avalé papa pour son petit déjeuner, laminé maman au lance-flamme pour son quatre heures et extrait ma grande sœur de son bain pour l’envoyer dans les airs si loin qu’on n’a jamais retrouvé tous les morceaux. Depuis, pour racheter mon erreur de jeunesse, dans la perspective d'une réconciliation symbolique, plutôt que de me faire admettre dans le centre fermé le plus proche de chez feu mes parents, je suis devenu expert en dragons.

    J’aide à la réintégration des dragons dans les parcs animaliers et les squares. J’anime des ateliers de sensibilisation pour les enfants avec des bébés dragons ; les mômes apprennent à apprivoiser les flammes, à dépasser leur frayeur de la chimère, et à écrire des contes brefs sur les cryptides. Mais je me garde toujours à distance.

    Je continue, il me faut le reconnaître, d’éprouver à bientôt soixante balais une peur irraisonnée des dragons. Mon vieux psy qui a enfin réussi à vaincre sa phobie des pompiers et des extincteurs m’a assuré que c’était une question de temps. Ainsi, quand je vais au au restau chinois, je ne  pas à l’aise. Une incontrôlable appréhension s’empare de mon tronc, j’ai des fourmillements dans mes jambes de titane, et je réclame toujours une table éloignée du dragon maison, même s’il est attaché.  

     

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  • À DEUX PAS DE CHEZ VOUS de LILIANE SCHRAÛWEN

    A-deux-pas-de-chez-vous.jpgDivers faits

    Le fait divers, analysé par Roland Barthes dans Structure du fait divers, a quelque chose de monstrueux, il relève de l’inclassable, tel l’ornithorynque dans la taxinomie de Linné. Par ailleurs, on sait que le fait divers dit beaucoup de la vie privée et, par conséquent, de la société où évoluent les protagonistes.... comme nous le rappelle en exergue de son recueil, Liliane Schraûwen qui, en plus d'être nouvelliste et romancière, a écrit des ouvrages sur les grandes histoires criminelles.

    Dans ce recueil, elle nous livre onze récits, écrits d’une plume alerte même s’il s’agit de forfaits en partie perpétrés par des déçus de la vie, des déclassés qui trouvent de la sorte une revanche à leur infortune, une ultime affirmation de leur désespoir, l’occasion de lancer un cri à la face du monde.

    L’action est parfois si resserrée qu’on ne sait rien des tenants ni des aboutissants ; on est plongé au cœur du drame, ce qui confère une tension dramatique intense au récit. Comme dans Race de bourreaux ou Courir c’est mourir un peu.

    Chaque nouvelle est annoncée par une ou deux coupures de presse qui nous donnent une vision extérieure du méfait qu’on va suivre avant de pénétrer dans l’intimité des acteurs du drame, de nous faire comprendre leurs motivations…ESP_2369-200x300.jpg

    Les deux premières nouvelles se déroulent dans le milieu littéraire, il y est question d’un critique littéraire féroce puis d’un plagiat, thème qui a souvent été abordé mais traité ici de façon percutante. Le Maître et Marguerite, en référence à Boulgakov, est l'histoire d'une arnaque. Les risques du métier rend compte des dangers de la profession de dentiste et Le choix de Sophie décortique un drame de l’adultère. Brève rencontre et Douleur savoureuse traitent du manque affectif et du besoin d’aventure, de la quête du frisson... Le jour du chien, clin d’oeil au roman de Caroline Lamarche, est une belle et touchante histoire d’amitié entre un enfant et un animal. Morte de froid dans le jardin est un autre récit poignant qui raconte le choix de vie, qui a pourtant été riche et épanouie, d’une femme lucide au soir de son existence.

    Liliane Schraûwen utilise toute la palette des émotions pour peindre avec justesse des tableaux qui décrivent un état du monde occidental aujourd’hui où le goût du risque et de la revanche est préféré à une vie morne en deçà de ce qu’on en attendait.

    La prochaine fois que vous verrez un ouvrage de Liliane Schraûwen dans un rayonnage, laissez-vous tenter, succombez sans façon au vice de la lecture, sans crainte d’être puni ou traité de criminel !

    Éric Allard 

    Le livre sur le site des éditions Zellige 

    Le site de Liliane SCHRAÛWEN

  • LES MATHÉMATIQUES SONT LA POÉSIE DES SCIENCES de CÉDRIC VILLANI

    Screen_Shot_2015-02-21_at_16.24.51_grande.png?v=1424533001L’égalité remarquable

    Partant de ce constat qui demeure paradoxal aux yeux de certains (jusque dans le milieu enseignant), les mathématiques sont la poésie des sciences, Cédric Villani, ambassadeur brillant des mathématiques, médaillé Fields 2010, directeur de l’Institut Poincaré et candidat pour les prochaines élections législatives comme candidat de La République en marche, indique quelques points de convergence après avoir rappelé que les mathématiques sont d’abord une science qui, en tant que telle, a pour préoccupation de décrire le monde, de le comprendre et d’agir sur lui.

    Il insiste sur ce double aspect, qui les caractérise, d’efficacité et de souci de conceptualisation, de prise sur le réel autant que de mise à distance. Il précise que les maths sont avant tout un des rares langages universels.

    Parmi les points communs aux deux disciplines qu'il développe en courts chapitres, il distingue les contraintes (et nous parle évidemment des expérimentations de l’Oulipo – au passé alors que l'Ouvroir est toujours bien actif - ou de Boris Vian qui s’est livré à un calcul numérique de dieu dans un texte du collège de pataphysique), l’inspiration, la créativité (avec notamment la mise en relation, l’appariement d’éléments a priori éloignés, inattendus), le souci d’abstraction, l’attention portée au mot, l’intuition, les échanges, le fil narratif… et la beauté qui en résulte.

    Il cite un poème de Tennyson, La dame de Shalott, emblématique d'après lui de la démarche mathématique, les oeuvres de Man Ray à partir d'une série de modèles mathématiques illustrant des situations géométriques, un texte de Henri Poincaré sur la créativité dans ce domaine et il nous livre un bienvenu éloge de l’imperfection et de l'irrationnel dans les sciences.

    Dans sa préface, Elisa Brune cite Breton: "Un jour viendra où les sciences seront abordées dans cet esprit poétique qui semble à première vue leur être si contraire. Sommes-nous un peu libres? Irons-nous au bout de ce chemin?"

    Il me reste à signaler que l’ouvrage est publié dans la nouvelle et originale petite maison d’édition bruxelloise, L’Arbre de Diane, qui a notamment pour projet de mettre en relation les mondes de la littérature, des sciences et des mathématiques.

    Éric Allard

    L'ouvrage sur le site de L'Arbre de Diane

    Ma lecture de Théorème vivant de Cédric Villani sur Espèces de maths

    Le site de l'Institut Poincaré

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  • LA PART DES NUAGES de THOMAS VINAU

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    À fleur de peau
    J'avais découvert Thomas Vinau avec Ici, ça va, et poursuivi par Nos cheveux blanchiront avec nos yeux. J'ai voulu continuer avec son troisième roman, La part des nuages, avant d'entamer les oeuvres poétiques, à proprement parler, de cet auteur.

    Joseph est un papa divorcé, et vit avec son petit garçon, Noë. Il travaille dans une bibliothèque, sans plus de passion, et se consacre entièrement à son petit bonhomme. La vie est belle et simple, jusqu'au jour où Noë part pour les vacances chez sa mère...
     
    Cette fois, Joseph supporte mal l'absence de son fils, et sombre dans des pensées profondes et un état second, lesquels font resurgir de vieux démons.
     
    Thomas Vinau est un poète, cela se sent aussi dans ses romans. Il a le don d'ajouter le petit rien qui rendra la phrase plus belle, le sentiment plus fort, la douleur plus vive. Les tourments de Joseph sont relatés avec beaucoup d'émotion, le lecteur est appelé à les partager. La séparation du père et du fils devient hautement dramatique. Ce n'est plus l'enfant qui a besoin de son père, c'est tout à fait l'inverse, Joseph manque d'oxygène, cherche à maintenir la tête hors de l'eau, attendant comme il peut le retour de Noë, plus rien ne compte que lui.
     
    Un livre à fleur de peau, certainement celui que je préfère jusqu'à présent, de cet auteur.
     

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  • Carine-Laure DESGUIN, Salvatore GUCCIARDO et Éric ALLARD en dédicace à l'ÉCOLE INDUSTRIELLE DE MARCHIENNE-AU-PONT le samedi 13 mai entre 10 h et 18 heures

    En partenariat avec la Bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont et son bibliothécaire Serge Budahazi, dans le cadre de la journée Portes Ouvertes sur le thème du livre, Carine-Laure DESGUIN, Salvatore GUCCIARDO et Éric ALLARD seront en dédicace à l'ÉCOLE INDUSTRIELLE de MARCHIENNE-AU-PONT le SAMEDI 13 MAI 2017 de 10 h à 18 HEURES.

    Avec l'exposition de Serge BUDAHAZI, Les compagnons du livre: signets, serre-livres...

    École industrielle

    Rue Tourneur, 1,

    6030 Marchienne-au-Pont.

    Cadre agréable, entrée gratuite et... facilités de parking.

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    Le SITE de l'ÉCOLE INDUSTRIELLE DE MARCHIENNE-AU-PONT 

    Découvrez l'offre large de formations, en soirée comme en journée, dans les domaines aussi variés que: l'informatique, la gestion, l'alphabétisation, la restauration de mobilier, l'assistanat en pharmacie, la photo numérique, l'aquarelle + dessin + peinture, l'étude des langues, les arts de la table, la domotique, l'assistanat vétérinaire, l'habillement, le scrapbooking, la confection de chapeaux...

    Accès direct aux formations proposées

    Le site du BOURGEON (collectif aidant la Bibliothèque Marguerite Yourcenar lors d'événements)

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  • CINQ HISTOIRES D'ÉCRIVAINS

    Un prodige

    Par un étrange prodige qui n’arrive qu’à peu d’auteurs contemporains, cet auteur mort ne cessait de progresser, d’affiner son style, de fortifier son propos… Le premier surpris fut l’improbable imprimeur de ses anodins ouvrages qui, aujourd’hui, passe pour l’éditeur d’un des meilleurs écrivains du siècle dernier. Il se murmure même que l’auteur en question pourrait décrocher le Nobel en 2030, à titre posthume, si la merveilleuse amélioration poursuit son cours.  

     

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    Le Prix de la lucidité

    Cet écrivain qui se refusait de publier possédait dans ses tiroirs plus d’inédits que tous les auteurs vivants. De sorte qu’il fut bientôt l’objet de la convoitise des éditeurs, amateurs de curiosités. Quand le monde de l’édition constata qu’il avait été bien inspiré de ne jamais les proposer à la publication, surpris par tant de discernement de la part d’un auteur vivant, ils lui fut remis à titre collectif le Prix de la lucidité, puis on publia l’intégralité de son œuvre avec cette mention.

     

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    Rien à dire

    Cet auteur qui n’avait rien à dire l’écrivait avec un tel aplomb que, pour ne pas le décevoir, on le lisait quand même sans faillir.

     

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    Dans le désert

    Dans le désert, cet écrivain trouverait encore à écrire sur le sable avec le vent, dit-on. C’est ainsi qu’on en vient à regretter l’existence des déserts.

     

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    Un écrivain de bains publics

    Certains auteurs écrivent avec leurs pieds, d’autres sur les genoux. Celui-ci écrivait sur ses pieds. Des histoires halitueuses, de la poésie fraîche, de moites aphorismes  et, parfois, une apostille ou un bon mot sur l’ongle d’un orteil. La nuée d’éditeurs qui l’accompagnait à la piscine (car c’était un écrivain de bains publics très prisé) immortalisait le résultat de la séance dans une cohue pas possible avec leurs portables juste avant le passage au pédiluve et l’enfouissement des épreuves dans l’eau hyperchlorée.

    Avant que l’écrivain, qui avait levé l’une ou l’autre nymphette tout en produisant un nouvel opus, ne se précipitât dans les cabines avec sa jeune amie pour lui sentir les pieds à l’abri des regards.  

     

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  • POÉSIES DE FEMMES - " On se voudrait exempt de la douleur " nous dit SIMONE MOLINA

    images?q=tbn:ANd9GcRG7Cz-fY2z0_Bag_Ym8nYCgijg_wVG3TB6cknm2TdNSh7nPhYnzwpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    58145-w200.jpgLes vers de Simone MOLINA dans Voile blanche sur fond d’écran (Ed. La tête à l’envers, 72p., 14€) servent la compassion humaine : c’est une voix qui entend « au bord du désastre » les tumultes, les plaintes, « le meurtre » fait à l’Homme.

    Pour pacifier cette douleur ressentie au plus nu, elle « écoute le bruissement du monde ». Et même « se souvenir » prend l’accent d’un partage.

    Simone Molina rameute les derniers souffles, les visages perdus.

    « J’ai mené deux vies

    cousues ensemble

    pour retenir l’éclatement des jours »

    dit-elle. L’éclat(ement) des blessures, des jours, des peines ; la lucide lecture du monde (« les hommes sont sauvages »).

     

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    Le livre sur le site des Éditions La tête à l'envers

    *

     

    toutes-les-femmes-e1492596009971.jpgLa voix discrète de Montaha Gharib, poète libanaise s’exprime dans un livre en hommage à Toutes les femmes meurent pour un poème (Ed. Bleu d’encre, 54p., 10€).

    « Manger la nuit », « respire la liberté », « lapider les arbitraires », « la joie chaude d’un instant » : la poète écrit sans doute pour « piloter son âme », recoudre cet amour dilué dans l’oubli, dans le trop grand silence du monde.

    Les images sont une sorte de concorde retrouvée, une forme d’apaisement, une réponse à l’exil. Et un détour lucide aussi sur soi et les autres :

    « Affamée je grignote les miettes que tu me jettes »

    « Ta voix bruisse »

    « J'embrasse l'ombre de tes bras »

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    Le recueil sur le site de Bleu d'Encre 

     

    *

     

    60750-h200.jpgConjoindre à deux « voix », « deux voies » la sculpture et la parole poétique, c’est le désir de Frédérique Thomas dans L’entaille (Ed. la tête à l’envers, 112p., 16,50€).

    Des photos de sculptures féminines (bustes, corps, nus, sans mains, aux mains botériennes etc.) dans des jardins, groupées, où se lisent un attachement au mouvement (capillaire, des bras, des mains), une simplification volontaire, où l’élémentaire fait surgir la plasticité des formes, où le grisé de l’envol ; d’une mère avec son enfant suscite bien sûr une lecture libératrice d’un monde où il est possible de « s’élever ».

    Les textes épousent l’art sculptural (« reprendre des corps à l’ombre amère », la description de bouts de nature (« un bras de rivière, un bras caressant vos jambes sans chercher à les retenir »), le « vertige d’avoir été jetée dans l’air ».

    F. Thomas réussit à dire « chaque pulsation du temps » pour échapper au néant, à la mort du monde.

    « Retrouver la présence est le seul horizon du désir » pourrait servir d’apologue à l’ensemble des textes et des œuvres révélés.

    On sent, dans ce beau livre, l’entaille des burins, ciseaux et autres outils verbaux. L’intime entaille comme présence au monde des formes.

    Focillon eût sans doute beaucoup aimé ces jeux de formes, cette « Vie des formes » dont il célébra la pression des mains.

    L'ouvrage sur le site des Éditions La tête à l'envers

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    Quelques sculptures remarquables de Frédérique Thomas

  • UNE PEAU À SOI de CLAIRE MATHY

    book817.jpgLa peau dure

    -  J’ai vu l’enfer, docteur ! J’ai vu mon gamin cuire…

    C’est par ces mots, ceux d’une mère horrifiée d’avoir vu son fils la proie des flammes que s’ouvre le troisième roman de Claire Mathy.

    Le livre raconte le séjour à l’hôpital durant plusieurs semaines de Maximilien, 17 ans, après l’accident domestique dont il a été victime.

    Pendant le coma artificiel dans lequel il a été plongé, on approche Maximilien par sa mère, une partie de l’équipe soignante et son ami d’enfance, Isabeau qui, dans le même temps où le garçon subit les premiers soins, a été admis en stage à la clinique en tant que futur kiné. Avant qu’on ne partage le point de vue de Maximilien, de sa souffrance physique et psychologique…

    Le récit qui nous est fait du traitement médical de Maximilien prend une autre dimension quand qu’on réalise qu’il va s’agir pour l’adolescent d’une mue, d’un changement de peau, aussi à titre métaphorique, à un âge où l’on est amené à prendre son envol en brisant les liens avec ses parents, son histoire familiale.  Programme d’ailleurs annoncé par la citation de Saint Exupéry (extraite de Citadelle) en tête de l’ouvrage: Il n'est point de rigueur efficace si, une fois le porche franchi, les hommes dépouillés d'eux-mêmes et sortis de leurs chrysalides ne sentent point s'ouvrir en eux des ailes... 

    Lorsque Maximilien, sur la voie de la guérison, se remémore les faits, une belle phrase dit ceci: À cet instant précis, il comprit que les flammes le mutilaient, le défiguraient, le handicapaient pour toujours et se vit courir vers la mort de sa personnalité, mais non vers la ruine de sa personne.

    Cette renaissance va prendre un tour symbolique d’autant plus fort que le garçon risque sa vie et qu’il devra puiser profondément en lui pour ne pas sombrer et combattre la maladie.

    Nulle sensiblerie n’est ici à l’œuvre et l’écriture comme la construction du récit sont maîtrisées de bout en bout. Le récit, extrêmement documenté sur le plan médical (l’auteure a été infirmière ; des spécialistes de ce genre de traitement et des victimes de brûlures ont été consultés) révèle que le succès des soins pour que la peau dure, se renouvelle, tient autant à la cohérence et l’énergie de l’équipe médicale que dans la participation du patient à sa propre guérison, à sa capacité de résilience, même si le mot, devenu passe-partout, est à peine cité. 

    Le malaise perceptible dès le début du roman dans la relation qui unit la mère à son mari est pleinement et fortement explicité à la fin du récit d’une manière bouleversante. Et c’est l’ultime ressort qui va permettre, on n’en doute alors plus, à  Maximilien de puiser la force pour accepter ses stigmates et affronter sa nouvelle vie.

    Une attention est aussi portée tout du long, en plus du cas de Maximilien, à d’autres formes de handicap, sans pathos là aussi. Ainsi la copine de classe qui se rapproche de Maximilien à la faveur du drame, est sourde de naissance et Maximilien rencontre à l’hôpital des personnes affligées d’autres invalidités et qui tirent parti de leur singularité.

    Ceci dessine le modèle d’une société plus riche, plus généreuse que celle qui rejette ses infirmes, une société où les déficiences, natives ou causées par la maladie ou un accident, favorise d’autres manières d’ouvertures au monde.      

    Un livre d’une rare humanité qui met garde contre toutes les sources de chaleur susceptibles de nous jeter dans les affres des brûlures affectant cet organe essentiel qu’est la peau mais qui ne préserve pas, loin s’en faut, contre les foyers de mansuétude que nourrissent ceux qui ont été les victimes du feu et des accidents de la vie.

    Précisons encore que les revenus du livre seront versés à des ASBL venant en aide aux grands brûlés et aux malentendants.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions Memory

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