UN PETIT TOUR PAR LES ÉDITIONS HENRY : Philippe FUMERY et Valérie CANAT DE CHIZY

P.Leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

 

 

 

 

 

 

155095785.jpgValérie Canat de Chizy avoue : "Je murmure au lilas (que j'aime)", petit livret de 48 pages (au prix imbattable de 8€ pour tous les volumes de la même collection "La main aux poètes") de poèmes en prose, dans lequel elle défend, illustre un "retour au pays de l'enfance" : "monde du silence", qu'elle doit de nouveau apprivoiser ou se réapproprier, à la manière d'une enfant qui "a germé" de silence, sans faire de bruit".

Le pays, ainsi, se décline : le père "retourné au silence" de la tombe; la blessure toujours prête à éclater ("Parfois, il faut si peu pour que tout se fissure et que l'on perde pied")...

Alors, il faut "écouter les rumeurs de la ville, le murmure des âmes" (on pense alors à Armand Guibert, celui d'"Oiseau privé" : "Voyager à travers les terres habitées, donc à travers les âmes").

Alors, il faut révéler l'insoutenable : cette mort de la "sœur", de la "jumelle" perdue à deux semaines, échancrure dans une vie.

La poésie palpite, la vie aussi : à l'image de ce beau poème de la page 38 :valerie-canat-chizy-murmure-lilas-jaime-isabe-L-gIkPki.jpeg

"Les papillons palpitent contre les paupières, parcelles de lumière, engourdissement de la quiétude. état originel. Je retrouve mon âme sœur, jumelle perdue à deux semaines, deux ovules se blottissant l'une contre l'autre, se tenant chaud dans un écrin".

Ecrire la douleur et la partager.

Le recueil sur le site des Editions Henry

Le recueil sur le site des Editions Henry

 

 

Philippe Fumery, publié entre autres à L'Arbre à paroles (de beaux livres sur les nomades), propose, aux éditions Henry "Lune douleur Carlux", d'une écriture prompte à saisir les silhouettes, anonymes, croisées, avec le don de décrire le menu, l'infime, l'infime intime des corps, des gestes, des situations. Il suit ici à la trace des anonymes errant, vaquant à leurs petites occupations (courses), des jeunes, des moins jeunes, et, au fil des 112 pages et au tissage de brefs poèmes-blasons, le lecteur se sent soudain empreint d'une douce mélancolie qui l'étreint : le poète se met à la place des figures qu'il dépeint, sans jamais prendre la pose, mais en soignant les portraits, qui ne regorgent guère d'images mais restituent la vie, l'atmosphère. Fumery suit, le temps des saisons, toute une troupe de personnages attachants, fragiles autant que réalistes :fumery.jpg

"Tu es repassé par la rue"

"Elle délaisse le trottoir cabossé"

"L'enfant traîne les pieds

...il apprend dans la douceur

la perte, le retour"

"Retomber en enfance

serait douloureux?"

"Vers quelle enfance

retourner?"

Les questions d'origine taraudent et trouvent ici manière lucide et transparente de réponse possible.

Le recueil sur le site des Editions Henry 

 

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