DU FOND D'UN PUITS d'OTTO GANZ

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par Philippe LEUCKX 

 

 

 

 

439.3.jpgAutant le recueil précédent, à L'Arbre à paroles, "Mille gouttes rebondissent sur la vitre" appelait au vivat semper, à la ferveur de vivre après autant de constats de souffrances et de morts, autant "Du fond d'un puits" est métaphore du "vide qui précède chaque homme", de la fosse - pour ce spécialiste belge, avec Legge, des cimetières - , de la tombe et de la mort. Qu'on adhère ou non à ces pensées - sombres - "chaque jour est un interminable matin" - que tout lecteur pourrait retourner, comme un gant, dans un meilleur sens, on est tout de même surpris de tant de noirceur : tout n'est qu' "illusion : un instant de ciel", inutile besogne, à l'aune de ces "vieillards qui tournent en boucles dans les couloirs". Tout n'est qu'"errance", forcément. L'espoir est rangé au placard ("chaque nuit gagnée sur l'effroi du même réveil").

La vitre - celle qui sépare ("comme au Cap Horn, y a de la glace entre les personnes" disait légèrement Souchon) - et les "mille coups sur les vitres".e8b9f7c2-8e37-4831-ae18-a8bc04baca21_original.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both

Tout n'est qu' "un maquillage de surface".

Notre philosophe nihiliste doit se convaincre que "la parole comme le silence tuent".

Les mots "légende", "illusion", "effroi" parsèment l'ouvrage. "Un apaisement de sépulcre" aère le désastre.

"Le fond d'un puits est à ciel ouvert" et les "morts ne quittent pas, ils habitent tout représentant du vivant qui est doté de mémoire" : notre penseur s'adonnerait-il soudain à quelque idée convenue? Lui habitué aux dés du hasard malchanceux, des dé-convenues nombreuses?

Les aphorismes "l'aliéné est ce rêveur dont le cauchemar est nuisible", comme la volonté de broyer exclusivement du très noir, jusqu'au "repli moins protégé de la raison", comme l'absurde "de la vitre" sur laquelle les "mille gouttes rebondissent toujours", les reflets, le monde circulaire une fois posé, peu "fiable", où l'être peut être "brûlé par la lumière"...répètent à l'envi qu'il n'est point d'issue. Les exclamatifs en remettent une couche.

La répétition en plus gras, en plus grand de "la vraie misère est de se révolter contre son état" consigne jusqu'à l'usure "le fond du puits".

On peut préférer - et de loin - les "Mille gouttes...", de jadis et leur vie en ressources, pas tellement folichonnes en matière d'espérance mais gaillardement plus poétiques.

Ici traîne un traité ressassant de désespérance. On n'est guère entraîné à prélever la pépite...même pas l'étoile aragonesque "du fond d'un puits".

Les vitalistes de tous poils - dont je suis - visiblement agacés, peuvent aller se rhabiller... ou se raviser.

Du fond d'un puits d'Otto Ganz, Maelström, 2017, 90p., 18€ pour les deux exemplaires en tête-bêche, dont un à offrir - selon le principe de la collection.

Le recueil sur le site des Editions Maelström

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