• CINQ ASTUCES POUR SE DÉBARRASSER DES POLITICIENS AVEC DES RÉPULSIFS NATURELS

    ob_1d7c43_211-300x169.jpgMême l’été, les politiques sont en campagne. Sur les plages, sur les places de marché, sur les pixels des écrans… Si vous aussi vous êtes incommodés par leur présence constante, leur verbiage permanent, leurs solutions miracles, leurs alliances précaires, leurs faux serments, leurs anathèmes à l’adversaire du moment… voici , plutôt qu’utiliser un spray anti-politiques commun,  aux effets plus nuisibles que la cause, cinq répulsifs naturels pour vous en débarrasser sans mal.

     

    Astuce n°1

    Affichez-vous anarchiste, tendance explosive. Ou nihiliste tendance suicidaire. Ou poète, tendance lourde, insistez pour leur lire votre dernier recueil de poésie (en entier). Invoquez votre dernière tentative d’en finir, votre dernière crise d’angoisse, votre maladie orpheline, votre handicap majeur et invalidant à 100 %. Précisez bien qu’il vous sera impossible, même en chaise roulante, même assisté d’une bonne âme du parti, de vous rendre aux urnes, d’écrire une procuration (même en vers), de déposer des tracts, de coller des affichettes même avec une colle de section forte. Ajoutez que vous ne croyez en rien, de religieux ou de laïque.

    Il ne sera pas utile d’invoquer le nombre de SDF dans votre quartier, le taux de corruption dans la profession, le nombre de chômeurs sans revenus, de fermetures d’entreprise, du risque fascisant chez les élus du centre droit, du retard des trains et de la difficulté d’obtenir du réseau dans les tunnels autoroutiers lors des encombrements (laissez cela aux nombreux commentateurs de réseaux sociaux et autres faiseurs d’opinion facebookiens) pour les en dissuader.

     

    Astuce n°2

    Disposez dans votre maison des petites coupelles remplies de vinaigre blanc . Ou d’ammoniaque. Ou d’huile de sardine. Ou des canettes de Cara Pils entamées. Ou des cendriers remplis de vieux mégots. Imprégnez-en vos tissus. L’odeur de la pauvreté les fera fuir.

    Astuce n°3

    Fleurissez votre intérieur d’orties, de fleurs de bardane ou de cactus, coiffez-vous d’une large fleur de tournesol, ceignez votre tour de tête d’une couronne d’épines, ornez votre cou d’un collier de clous de girofle, votre cheville d’un bracelet électronique à ultra-sons, insistez pour leur montrer votre plug anal inamovible, ils vous croiront fou, déséquilibré, sans assise mentale et donc imperméable à leur discours électoral.

     

    Astuce n°4

    Finissez toutes vos phrases (ou commencez-les) par Jésus revient, Mao revient ou Friedman revient. Même si le politique harceleur est de tendance jésuite, maoïste et friedmanien, il n’appréciera guère d’être opposé à un plus extrémiste que lui et, face à votre jusqu'au-boutisme supposé, qu’il prendra pour de l’intempérance voire de la mauvaise volonté (le politiques peut se montrer subtil), il finira par se dire que le jeu n’en vaut pas la chandelle, qu’il ne tirera aucune affiliation de votre part, pas plus qu’un vote ou un relais favorable dans l’opinion, et il passera à l’édification d’une âme moins retorse.  

     

    Astuce n°5
    Rendez-vous invisible en vous couvrant de miroirs. Pendant que le politique sera en train de se mirer, de se contempler sous son meilleur jour (s'il fait soleil), il ne pensera pas à recruter, à faire son marché de voix, et vous aurez la paix. Le temps qu’il découvre l’arnaque, vous aurez eu le temps de courir (si vous êtes entraînés à la course aux strapontins) et de le semer. Sinon, il ne vous restera plus qu’à préparer la rentrée politique, les prochaines élections en sa compagnie pour vous faire pardonner de l'avoir mis face à son reflet.

     

     

  • UNE RARE CONSCIENCE D'AUJOURD'HUI : ASLI, ÉCRIVAINE TURQUE MUSELÉE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    41miFLiJrnL._SX261_BO1,204,203,200_.jpgLe livre d'Asli Erdogan, au titre terrifiant "Le silence même n'est plus à toi" (Actes Sud, janvier 2017) est admirable. Admirable conscience qui lit le monde turc d'aujourd'hui, raviné par un bourreau au patronyme homonyme qui fait régresser l'intelligence, la liberté, la conscience d'être soi, arrête arbitrairement, emprisonne, fait torturer ou tomber les bombes sur des populations innocentes (forcément kurdes)...

    Peut-on implorer le jury du Nobel de littérature 2017 de lui décerner ce prix pour imposer son nom, plutôt que celui du bourreau honteusement fêté chez nous (par ses congénères) comme un héros par des populations bêlantes de bêtise. Doit-on rappeler les massacres de Maras, de Cizre, de Kobane, de Sivas? Et les dizaines de milliers de Turcs emprisonnés arbitrairement...

    "Ecrire contre la nuit, avec la nuit"

    "La lumière est un souvenir qui luit en chacun"

    "et si j'étais la lune, tant de fois morte et ressuscitée"

    "la plus effroyable cruauté que l'homme commet envers l'homme est de lui voler jusqu'à ses propres traumatismes" :

    élevant sa cause à une hauteur de conscience digne des Zola, Mandelstam, Chalamov (La Kolyma), Rajchman (Je suis le dernier Juif), Pasolini et Saviano, par ses chroniques lucides, précises, "consciencieuses" (selon moi au double sens du terme), Asli rameute, tant qu'il est encore possible, ce qu'il reste d'humain pour que l'odeur des massacres (Cizre, Sivas, Maras etc.), des tortures ordinaires et banalisées, des explosions, des emprisonnements et jugements arbitraires et bâclés, soit un peu plus respirable tant l'horreur nous assigne l'asphyxie.

    La Turquie d'aujourd'hui n'accepte ni le génocide arménien de 1915 ni les massacres plus récents à l'encontre des Kurdes (auxquels on avait promis, lors d'une conférence de 1922 un état, vite remisé au rencart par les Anglais et autres occidentaux). L'état turc par le la langue de l'oppresseur, qui impose un retour au strictement religieux, niant les apports d'un Mustafa Kemal Ataturk, niant les droits de l'homme les plus fondamentaux : liberté d'expression, justice impartiale, liberté d'association et de déplacement.

    En tant que journaliste et écrivain, Asli partage le sort d'intellectuels pourchassés "pour dire la vérité" pas bonne à clamer aux yeux et oreilles du dictateur. on n'est pas loin, avec Asli, de Mandelstm caricaturant le Staline si "doux"! Mandelstam termina son parcours à Voronej, dans un camp de transit où il mourut de faim et de mauvais traitements; Asli, pour ses chroniques acides, a été embastillée ni plus ni moins.

    Quelle régression pour un régime, être revenu à des pratiques dignes du petit père des peuples de 1934!

    Si c'est ça le progrès! en Turquie de 2017 : oui, il y a de beaux bâtiments dans Istanbul moderne...et des dizaines de milliers d'arrestations arbitraires!

    Je comprends moins l'enthousiasme bêlant de Turcs vivant en Belgique applaudissant à tout rompre le si "bon dictateur" qui a lâché des bombes sur les Kurdes fuyant Kobane et laissé les portes ouvertes à Daesh! erdogan Recep rejoint là les pratiques d'un poutine (tueries de journalistes - massacres en Tchétchénie etc.), d'un bachar, d'un régime chinois qui laisse mourir un prix Nobel privé de soins, d'un fou nord-coréen au pouvoir, ou de tant d'autres états qui dénient tous droits à l'humain qui vit, aime et réfléchit (le Mexique, cfr. l'essai "Ni morts ni vivants" du remarquable Mastrogiovanni)...

    LA VOIX d'ASLI bouleverse parce qu'elle donne à lire l'horreur absolue qui est la mort d'un enfant, kurde ou noir, ou simplement libre...Parce que ses "Mères du samedi" depuis vingt ans réclament en vain le corps mutilé de leur enfant, fils disparu. Parce que la liberté de dire est sans cesse minée.

    TOUT NOUS EST CONFISQUÉ, dit-elle en p.42 de son livre.

    TOUT.

    JUSQU'AU SILENCE!

    Le journal Özgen Günden, qui publiait ses chroniques, bien sûr a été interdit de parution!

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    Asli Erdogan

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    Le livre sur le site d'ACTES SUD

  • LECTURES ESTIVALES 2017: TOUT COURT

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    En cette saison de chaleur, pour éviter les efforts inutiles, je vous propose des lectures exigeant une dépense énergétique minimum, des textes courts, parfois même très courts, mais attention qui dit courts ne dit pas forcément faciles, il faudra aux lecteurs un une bonne concentration pour suivre sans s’égarer les élucubrations de Daniel Fano, Paul Valéry et ou encore Thierry Radière même si le journal de Thierry se lit plus aisément que les deux autres textes.

     

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    PRIVÉ DE PARKING

    Daniel FANO

    Éditions Traverse

    Désigné comme un « auteur culte », par l’éditeur dans la courte biographie figurant à la fin de l’ouvrage, Daniel Fano n’a publié qu’ « exceptionnellement » avant que Jean Louis Massot l’introduise aux Carnets du dessert de lune. « Entre 2010 et 2016, Daniel Fano a produit de courtes séries de textes presque toutes réunies dans Privé de parking et Tombeau de l’amateur, Privé de Parking comporte donc neuf séries de textes plus ou moins courts allant de l’aphorisme aux récits brefs dans lesquels l’auteur jette un regard facétieux, ironique, en passant parfois par le sarcasme, sur notre société décadente.

    Fano ne juge pas, il regarde et rapporte ce que les documents qu’il a consultés (la presse populaire féminine surtout, le poids des mots et le choc des photos aussi), les conversations qu’il a eues avec ses amis, lui ont inspiré, ça le fait sourire, ça le fait rire, parfois même un peu jaune. J’ai ressenti dans ces textes courts toute la puérilité que Daniel Fano semble éprouver devant le spectacle qu’offre notre société où les idoles et les icônes, un même mot pour désigner ceux qui font l’actualité (certains diraient aujourd’hui le buzz, mot tellement hideux que je n’ose l’écrire qu’entre parenthèse) ne sont plus les stars et les idoles du cinéma et de la chanson mais celles et ceux qui se dévoilent et s’exhibent le plus, sachant qu’on peut se dévoiler encore plus en montrant ses opinions, avis et réflexions qu’en offrant ses charmes aux regards des populations. Le scandale et les gambettes font bon ménage dans la presse populaire, le sexe devient un argument de vente, sous de multiples formes, les hardeuses (encore un mot laid pour désigner de belles jambes) deviennent des idoles qui partagent les unes avec des politiciens et des philosophes.AVT_Daniel-Fano_3749.jpg

    Fano est désigné par son biographe comme un auteur expérimental, c’est un spécialiste de la condensation des textes, il pressure ce qu’il lit, ce qu’il voit, ce qu’il entend pour en recueillir le jus essentiel avant de l’accommoder à son goût pour nous le servir bien frais, prêt à consommer mais pas avant de l’avoir dégusté et analysé comme un grand cru classé. Une démarche à l’inverse de celle qui se répand aujourd’hui avec l’apparition des réseaux sociaux qui servent du prêt à consommer identique pour tout un chacun, fadasse à force d’avoir été vu et revu. « Facebook rend fou, le triomphe du menu fait rend tout factice : il enfonce la société occidentale dans ce que les Anglo-saxons appellent un anticlimax – il n’y a pas de mot français correspondant, alors mettons : un orgasme inversé. »

    Merci Daniel de nous avoir aussi versé cette petite rasade de nostalgie en évoquant, dans certaines séries, nos plus belles années, celles de la jeunesse, celle des années soixante. Chaque période a les idoles qu’elle mérite, nous nous souvenons des nôtres car nous étions jeunes et beaux (pas tout à fait sûr) quand nous les admirions.

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    Le livre sur le site des Éditions Traverse

     

    image.html?app=NE&idImage=257174&maxlargeur=600&maxhauteur=800&couverture=1&type=thumbnaildetail&typeDoc=4TROIS TEXTES

    Paul VALÉRY

    Louise Bottu Editions

    Les Editions Louise Bottu semblent avoir pris l’excellente habitude de publier des textes peu ou pas connus d’écrivains célèbres passés un peu de mode. Une belle occasion pour ceux qui, comme moi, ont délaissé nos classiques du début du XX° siècle un peu absents des programmes de littérature quand j’étudiais encore. Ainsi, après avoir publié un essai sur l’argent de Charles Péguy, cette maison édite un recueil de trois textes de Paul Valéry.

    Trois textes qui semblent n’avoir aucun rapport entre eux et pourtant en les assemblant on peut construire un raisonnement profond sur l’humanité, son fondement, ses principales préoccupations, son devenir.

    Le premier texte intitulé La soirée avec Monsieur Teste évoque la nature humaine profonde. Monsieur Teste est malade, il a beaucoup vécu, il pourrait paraître désabusé mais n’a-t-il pas atteint un stade de sagesse élevé ? Il semble revenu de tout ce qui permet aux hommes de briller, toutes choses factices qui ne sont que créations des hommes. Et à contre courant de la pensée générale, Monsieur Teste n’apprécie que la facilité à comprendre les choses et non pas celles qui donnent de l’importance aux hommes qui les ont conçues, par leur complexité. « Je n’apprécie en toute chose que la facilité ou la difficulté de les connaître, de les accomplir. » « … je hais les choses extraordinaires. C’est le besoin des esprits faibles. Croyez-moi à la lettre : le génie est facile, la fortune est facile, la divinité est facile. Je veux dire simplement – que je sais comment cela ce conçoit. C’est facile. »

    Le second texte intitulé : La crise de l’esprit évoque l’homme dans son environnement économique et géopolitique, l’homme comme être social vivant en groupe. L’auteur considère, en fait, plutôt l’homme européen, cet Hamlet intellectuel, qui se noie dans la fuite en avant des découvertes techniques en regrettant son passé plus rassurant. « … il a pour remords tous les titres de notre gloire ; il est accablé sous le poids des découvertes, des connaissances, incapable de reprendre cette activité illimitée. Il songe à l’ennui de recommencer le passé, à la folie de vouloir innover toujours. »

    Ce conflit entre passé et futur, entre ordre et désordre, est souvent vecteur de conflit, de guerre. La guerre s’achève toujours par une paix même relative, ainsi l’auteur pense qu’il est plus facile de passer de la paix à la guerre que l’inverse. « Son Esprit affreusement clairvoyant contemple le passage de la guerre à la paix. Ce passage est plus obscur, plus dangereux que le passage de la paix à la guerre. » Il est aisé d’admettre que les va-t-en guerre passent plus facilement à l’acte et parviennent plus facilement à leurs fins que les diplomates chargés de réconcilier les belligérants.880000-france-paul-valery.jpg?modified_at=1464367789

    Cette réflexion sur la vie en groupe, sur l’organisation sociale, amène l’auteur à se poser la question de l’avenir de cet Hamlet européen qui, à terme, pourrait voir sa prééminence s’étioler au profit de la masse asiatique. Paul Valéry formule même cette pensée qui pourrait-être prémonitoire : « L’Europe deviendra-t-elle ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire : un petit cap du continent asiatique ? »

    Après avoir traité de l’homme et de son environnement, de l’économie, des choses nécessaires et utiles à la vie en groupe, l’éditeur a choisi de présenter un texte sur ce qui est inutile mais peut-être nécessaire aux hommes comme individus et comme membres d’un groupe social :  Notion générale de l’art.

    « Le mot ART a d’abord signifié manière de faire, et rien de plus. » Pour l’auteur l’art serait donc ce qui est parfaitement inutile à la vie des individus, ou des groupes d’individus, mais qui ferait vibrer ses sens, créerait des émotions, provoquerait toutes sensations inutiles mais agréables. Cette notion d’inutilité différencierait l’art de l’artisanat qui est production de biens utiles et même nécessaires et de l’Esthétique qui est la forme intellectuelle de l’art. Mais l’art peut devenir marchandise…

    Trois textes courts qui soulèvent de nombreux problèmes et qui pourraient être prétextes à de bien longues dissertations en considérant la vie de l’homme dans sa globalité : son essence profonde, son environnement et les organisations sociales qu’il a fondées et enfin le plaisir spontané ou éduqué. Au lecteur de trouver le fil rouge qu’il voudra tisser entre ses textes.

    Le livre sur le site des Éditions Louise Bottu

     

    journal2016radie%CC%80re.jpgJOURNAL 2016

    Thierry RADIÈRE

    Jacques Flament Editions

    Depuis 2015, Thierry Radière multiplie les publications, c’est le neuvième livre de lui que je lis depuis cette date, il écrit depuis très longtemps mais ne publie régulièrement que depuis quelques années Il s’essaie à plusieurs genres littéraires de la poésie à la nouvelle en passant par des récits courts ou longs et d’autres formes encore.  Je connais virtuellement Thierry depuis quelques années, non seulement j’ai lu la plupart de ces derniers écrits mais je le croise régulièrement sur les réseaux sociaux.

    Cette fois, il se livre à un nouvel exercice, le journal, il a ainsi écrit et publié le récit de son année 2016, racontant sa famille, surtout son épouse avec laquelle il partage la passion de l’écriture (j’ai eu le plaisir de lire le livre qu’elle a consacré à son père qu’elle n’a pas connu, le musicien de jazz Elek Bacsik), sa fille qu’on voudrait voir définitivement guérie de la maladie qu’elle subit depuis sa naissance, mais surtout de sa passion pour l’écriture à laquelle il consacre beaucoup de temps depuis son adolescence.

    C’est une impression étrange de lire sous la plume d’un auteur qu’on connait un peu, des informations, des réflexions, des anecdotes sur d’autres auteurs ou des éditeurs qu’on a eu l’occasion de lire, des auteurs et des éditeurs que parfois on connait un peu par les réseaux sociaux et même parfois des auteurs et éditeurs qu’on connait ou qu’on a eu l’occasion de rencontrer. J’ai ainsi eu l’impression de pénétrer par effractions dans un cercle où je ne serais pas forcément toléré, le cercle des poètes toujours bien vivants, le cercle des poètes qui n’encombrent pas les rayons des librairies, le cercle des poètes talentueux qui se débattent pour faire vivre leurs œuvres.

    J’ai aussi eu une étrange sensation d’intimité, j’ai eu l’impression, à la lecture de ce livre, de faire un petit peu partie du cercle amical de Thierry car outre l’histoire de son épouse et celle de sa fille, j’ai aussi parfois eu l’occasion d’échanger avec des gens qui font partie des amis de Thierry. Il ressort ainsi de cette lecture une certaine familiarité avec l’auteur, une familiarité qu’il nourrit avec les anecdotes qu’il rapporte dans son journal.Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpg

    Mais ce qui importe le plus c’est tout ce que l’auteur raconte sur sa manière d’écrire, son inspiration, les gens qu’il aime lire et qu’il apprécie particulièrement. Et, là aussi, j’ai constaté que nous avons des lectures communes, des coups de cœur communs pour certains textes, le même respect pour le talent de certains auteurs que nous aimons lire. J’ai ainsi eu l’impression de faire partie de la même famille littéraire que Thierry mais comme lecteur seulement. Il faut bien des lecteurs pour faire exister les auteurs.

    Ce texte a été pour moi une immersion dans le clan Radière, dans son univers littéraire, dans son intimité d’auteur, dans ses joies et déceptions de publiciste et dans ses états d’âme. Je ne pensais pas qu’un journal pouvait prendre une telle dimension. Je connais maintenant mieux la passion d‘écrire de Thierry mais aussi son asservissement à cette passion et à la nécessité viscérale de la partager en publiant ses écrits pour ses lecteurs et en les échangeant avec d’autres auteurs. Lire un journal dont on est si proche, c’est aussi une façon de remonter le temps et de faire revivre certaines lectures qu’on a particulièrement appréciées, de revoir certains auteurs pour lesquels on a de l’amitié. Alors, j’attends déjà le Journal 2017.

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

    Sans botox ni silicone, le blog de Thierry Radière

     

  • LECTURES ESTIVALES 2017: FRAÎCHEUR DE LA POÉSIE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    L’été 2017 n’a, jusqu’à maintenant, pas été avare de calories, aussi pour vous apporter un peu de fraîcheur, j’ai choisi de vous proposer une belle ration de poésie à lire à l’ombre d’un gros arbre pas trop loin d’une nappe d’eau avec, à portée de la main, une boisson bien fraîche. Je suis convaincu que les recueils de Cécile Guivarch, Éric Dejaeger et Jean Marc Flahaut vous désaltéreront et vous réjouiront.

     

    s189964094775898902_p830_i1_w1653.jpegSANS ABUELO PETITE

    Cécile GUIVARCH

    Les Carnets du Dessert de Lune

    « Cécile Guivarch,…, sonde encore une fois la mémoire familiale. Entre les questions sur sa langue, ses langues, elle évoque un secret de famille… » Dans un court recueil de poésie constitué d’une partie en vers, en général sur la page de gauche, et d’une partie en prose, en regard sur la page de droite, elle évoque l’histoire de sa famille, l’histoire tue à jamais, l’histoire qui lui colle aux doigts depuis l’âge de neuf ans, l’histoire qu’elle réussit enfin à mettre en poésie. « J’écris ce début depuis mes neuf ans mais il me glissait des doigts. Le voilà qui me revient aujourd’hui. J’ai toujours neuf ans. Ma Maman a un peu vieilli. Mers enfants ne me croient pas mais j’ai neuf ans. »

    En vers, elle raconte le grand-père, celui qu’elle n’a pas connu, celui qui a fui vers une île participer à une autre révolution après l’échec de sa guerre en Espagne.

    « La rivière a emporté les lettres

    Elles ont nagé en suivant ton bateau.

    Tu as fui sans vraiment fuir. »

    En prose, elle évoque le pays où elle vit, le pays dont sa mère a difficilement apprivoisé la langue, où sa grand-mère n’a jamais oublié le grand-père exilé. « Mon grand-père n’est pas mon grand-père. Le vrai je ne le connais pas. N’est jamais revenu. Ne reviendra jamais. Enfermé sur une île.»

    Elle raconte le pays où elle vit, le pays qu’elle a quitté, où elle semble retourner pour les vacances, le mélange des langues : « Mes cousins parlent galicien. Je leur réponds en français. En espagnol. Une barrière de langue. Nous ne vivons pas sur la même bande de terre. Mais nous sommes de la même lignée », sa double culture, ses racines mélangées et pas forcément bien connues, son appartenance à plusieurs nation et peut-être à aucune, seulement à une famille à géométrie complexe. « L’espagnol est langue de mes ancêtres, celle qui nourrit mon sang. Pourtant j’y suis étrangère. »

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    C’est une belle histoire personnelle mise en mots avec beaucoup de finesse et de talent, seul l’essentiel est dit est pourtant ce texte court peut inspirer une longue réflexion sur la famille, la nation, l’exil, l’intégration, la multiculture, …., « La frontière est une ligne invisible. D’un côté la France de l’autre l’Espagne. Et ce n’est plus la même langue. »

    C’est aussi, en filigrane, l’évocation de la guerre d’Espagne et de ses conséquences ravageuses, désastreuses pour de nombreuses familles

    « Même les oiseaux se taisaient.

    Les uns, les bouches pleines de terre,

    disparaissaient dans de grandes fosses.

    Les autres ne pouvaient pas rester. »

    Et surtout un très beau texte, très bien construit, qui dégage beaucoup d’émotion sous la plume de cette femme qui aura toujours neuf ans, l’âge auquel elle a appris que son grand-père chéri n’était pas le grand-père que sa grand-mère avait toujours aimé. « J’ai neuf ans je me demande comment on peu vivre avec une branche en moins dans son arbre. »

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

     

    Dejaeger.jpg?height=400&width=265STREETS (Loufoqueries citadines)

    Éric DEJAEGER

    Gros Textes

    Dans ce recueil, Éric Dejaeger nous invite à parcourir les rues d’une ville imaginaire, quatre-vingt-dix-neuf rues qu’il décrit chacune à travers un poème qui donne le sens du nom de chacune d’elle. Il nous convie à traverser sa ville comme on traverse sa vie, en rencontrant mille aléas. Le poète, même s’il a mis un peu d’eau dans son vitriol, conserve un regard perçant sur tout ce qui l’entoure car :

    Dans la Rue

    des Etoiles Filantes

    Il ne faut pas marcher

    le nez en l’air…

    Et si on ne marche pas le nez en l’air, on peut faire de drôles de rencontres, on peut même se rencontrer soi-même.

    On a constamment

    l’impression

    d’avancer

    à la rencontre

    de soi-même…

    Les réflexions du poète sont souvent drôles, parfois surréalistes, souvent très pertinentes, quelquefois sarcastiques mais toujours très justes. Et dans certains poèmes, il laisse même sourdre un certain sarcasme à propos des philosophes et ses poètes qui ne font pas toujours honneur à leur art.

    La rue des Philosophesde-jaeger.jpg

    est l’une des moins

    fréquentées

    mais des plus

    encombrées.

     

    La Rue du Poète Classique

    est perpendiculaire

    en son milieu avec

    la rue du Poète libéré.

    Un petit clin d’œil au surréalisme dont Eric est, comme chacun le sait, l’un des grands prêtres.

    La Rue du Surréalisme

    commence quelque part

    & finit

    On ne sait où.

    Un signe de complicité aux épicuriens

    La Rue de la Soif

    est plus courte

    de la ville

    mais elle paraît

    excessivement longue

    à certains.

    Et un bon coup de pied aux fesses des politiciens qui embrouillent trop souvent la vie des poètes et des philosophes.

    Il est assez dangereux

    de s’aventurer

    dans la Rue des Politiciens :

    il faut éviter

    les coups de langues de bois

    les jets de pot-de-vin

    les rafales de fausses promesses

    & autres armes

    De destruction massive

    De la démocratie.

    Un recueil drôle, inventif, impertinent, même si l’auteur y fait preuve de moins de virulence que dans des textes précédents, tout est plus doux, plus insidieux peut-être ? Une rupture ? Plus certainement un écart temporaire, un détour, une pause rafraîchissante… au final un bon moment de lecture en harmonie avec les douces journées de printemps qui ont accueilli cette publication.

    Le livre sur le site de Gros Textes

     

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    Jean Marc FLAHAUT

    Les Carnets du Dessert de Lune

    Dans ce petit recueil de poésie narrative, construit de vers très libres, extrêmement concentrés, chaque mot ayant son utilité, sa signification, son poids, sa musique, Jean Marc Flahaut exprime un doute très profond. Il doute de lui et de son art, il doute de la poésie, il doute de la capacité des lecteurs à comprendre la poésie, il doute même d’être capable de faire comprendre au lecteur la nécessité de la poésie, son sens profond, son utilité. Il doute de l’art, de son art, de la capacité des autres à comprendre l’art.

    Ce doute le laisse oscillant en une incertitude schizophrénique entre celui qui écrit et celui qui range les papiers, entre le poète et le tâcheron :

    « Il y aarton4731.jpg

     

     

    deux hommes en moi

    l’un écrit

    l’autre pas il lit – il classe – il range il trie »

    Mais ce doute l’entraîne aussi dans une forme de paranoïa sclérosante, l’empêchant de proposer ces textes par crainte de la cohorte de tous les refus.

    « peur du libraire

    qui refuse de vendre mes livres

    peur de l’éditeur qui refuse de prendre mon manuscrit

    peur du lecteur

    qui ne lira jamais aucun de mes poèmes

    peur… »

    Auteur convaincu de son talent, il est aussi persuadé du bienfondé des critiques négatives de ses détracteurs, nourrissant ainsi sa vision schizophrénique de son moi écrivain.

    « …

    il pense

    qu’il est à la fois

    le tueur et la cible

    l’antidote et le poison

    … »

    Il reste alors avec ses doutes et ses frustrations, espérant toujours le livre qui changera tout, le regard des autres et l’estime de soi.

    « ce livre

    que je voudrais écrire

    et tous ceux que j’ai écrits

    pour m’en approcher »

    Mais je suis convaincu que Jean Marc Flahaut est persuadé qu’il a du talent et qu’il affecte de douter de lui et de son art pour faire comprendre qu’on ne le juge pas à l’aune de ses qualités.

    « c’est fou

    ça n’a l’air de rien

    mais ça dit tout »

    Le narrateur réalise un véritable exercice d’autodérision instillant un doute sur son art pour, au contraire, démonter qu’il est bourré de talent et que ses textes méritent toute la considération des lecteurs et des éditeurs. Ils sont déjà nombreux à le lire et à l’apprécier à l’aune de son talent réel et je ne suis certainement pas le premier à être convaincu qu’il n’est surtout pas un « Bad Writer » !

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

  • LECTURES DU PRINTEMPS 2017: LES AFFRES RELIGIEUSES AU MOYEN-ÂGE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Pour ma dernière rubrique printanière, publiée avec un peu de retard, je vous propose un roman original qui évoque avec une certaine virulence les mœurs cruelles du Moyen-âge, notamment celles de l’église catholique que l’auteur n’affectionne vraiment pas. L’amour courtois semble bien ne pas être l’apanage de toutes les belles dames et beaux seigneurs.

     

    51Ci8%2BK5Y9L.jpgLA FÊTE DES FOLS

    Camille COLMIN STIMBRE

    Editions du 38

    Au tournant des XIV° et XV° siècles, en plein cœur de la Guerre de Cent Ans, entre Maine, Anjou et Vendée, une jeune viking emportée par un nobliau local cherchant à venger des pauvres hères cruellement massacrés par la bande à laquelle elle appartenait, essaie de s’intégrer à la culture française pour devenir une parfaite châtelaine, une bonne épouse, une bonne mère, une chrétienne suffisamment acceptable pour les autorités religieuses particulièrement intransigeantes sur ce sujet.

    Swanhilda, fille d’un chef viking venu rançonner et étriper les pauvres gens habitant sur les berges de la Loire a été élevée comme un garçon, dans la tradition de son île voisine des côtes norvégiennes. Elle ne connaît que les lois de la nature, la liberté des mœurs et la force qu’on impose aux autres. C’est une fille libre soumise à aucune religion si ce n’est à celle des ancêtres et des dieux qui donnent la victoire au combat. Sa troupe a été surprise, les guerriers ont été cruellement martyrisés et exterminés, elle, elle a été conduite dans un couvent pour devenir l’épouse de Geoffrey de Laval (Geoffrey du palindrome) qui est tombé follement amoureux de cette belle nordique.

    Sur fond de querelles entre factions agissant pour le compte des Capétiens, des Plantagenets, des Bourguignons ou encore des Armagnacs, Camille Colmin-Stimbre échafaude un roman médiéval qui n’a pas grand-chose à voir avec les romans de chevalerie que nous avons déjà pu lire. Dans son texte la violence à force de loi mais ne elle ne sert pas qu’à ça, elle peut aussi devenir divertissement ou même spectacle, la cruauté et le cynisme sont choses courantes, la paillardise et les gauloiseries les plus rudes font partie intégrales des mœurs quotidiennes. Ils sont bien loin l’amour courtois et les chansons des troubadours, l’église, d’après l’auteur, a perverti les populations depuis des lustres déjà et déversé le vice et la violence partout dans le pays.

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    Camille Colmin Stimbre

    Camille Colmin-Stimbre n’aime pas les religions, particulièrement la religion catholique, il bouffe du curé à longueur de pages, les accusant des paillardises les plus orgiaques, des violences les plus cruelles, de tueries massives, de tortures, de viols, de spoliation, d’accaparement et de toutes les perversions possibles. Il reproche aux religieux d’avoir castré les hommes comme les femmes, de les avoir privés du plaisir de la chair, de les avoir condamnés à vivre sous l’emprise de la terreur et de la peur de connaître une vie de souffrance et de douleur dans l’au-delà. Il accuse l’église d’avoir engendré une société de pleutres, de pervers, de fourbes et de félons capables des pires atrocités. Il lui reproche vertement d’avoir remplacé le plaisir et l’amour par la guerre et la violence. « Le spectacle des jeux de l’amour et du sexe serait, en général, plutôt réjouissant, celui de la guerre et de la violence religieuse absolument effrayant. Lequel des deux nous est le plus souvent offert ? »

    Dans le beau pays de France, contrairement aux froides contrées nordiques, la religion a ainsi condamné le plaisir et le sexe et prôné la violence et la guerre et pourtant la belle Swanhilda semble bien être le personnage le plus sain, le plus équilibré et le plus exemplaire de ce roman. Et cette situation n’est pas près de s’inverser, les stigmates de l’enseignement religieux sont trop profondément incrustés dans les corps et les cœurs pour que les esprits libres obtiennent grâce auprès des sicaires de l’église. « La haine du catholique par les esprits libres n’était pas près de disparaître ! »

    Juste une histoire pour raconter la face cachée de notre Histoire médiévale. Juste une histoire pour bien montrer que les tares actuelles de notre société enfoncent leurs racines bien profondément dans la nuit de l’Histoire.

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • La muse du géomètre

    Compas n'est pas raison, dit la muse du géomètre à celui-ci qui, après l'avoir déshabillée, prend maintenant toute les mesures de sa beauté.

     

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  • L'audiodescription

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    Mes yeux ont roulé dans la soute à bagage. Je n'ai rien vu du voyage.

    Ce n'est pas grave, j'écouterai les photos de vacances en audiodescription.

  • Les espèces disparues

    Quand l’hippopotame rencontre le rhinocéros, ils évoquent les dernières espèces disparues. Ils se rappellent toute une série de souvenirs les concernant.

    En tout cas, notre mémoire n’est pas près de s'éteindre !

    Et tous les deux de rire de bon coeur.

     

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  • CHEMIN DE FER de MICHEL JOIRET

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    par Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

     

     

    chemin-fer-1c.jpg   C’est à une traversée du temps et à un hommage au rail que se livre le romancier et poète Joiret, autour de la figure de ce fou de circuits électriques de chemin de fer, Valentin, retraité bruxellois. On le suit de la guerre (1943) à son grand âge (il a septante-sept ans au terme du roman). C’est l’occasion pour notre écrivain d’évoquer les grandes périodes de la Belgique et les micro-événements que tissent la vie de ce Balentin (selon l’ami Karim) et celle de tant de Belges, ballottés de la guerre sombre à l’Expo de 58, sans oublier la ferveur que notre antihéros porte à son quartier autour de la Gare du Midi, à sa rue Grisar.

       En 28 chapitres, on passe de l’appartement minuscule de cet ancien fonctionnaire, que meublent les trilles de l’oiseau Aristote, offert par Karim le boutiquier, à la rue, à ses grèves qui agitent le petit peuple du Midi. En aura-t-il rêvé des trains, des voyages ! Et les voyages sont parfois, comme le dit Pessoa, immobiles. Mais le rêve ou la maladie soudain peuvent les rendre vibrants, tel ce wagon-lit de rêve qui illumine la vie nocturne d’un arpenteur, accoudé si souvent à la fenêtre, qu’enchante le monde des rails.joiret-2.jpg

       « Le Carré d’or » nous avait ébloui par sa grande connaissance de Bruxelles. Ce dernier roman, toujours aussi bien écrit, toujours aussi bien charpenté avec son présent sensible, ses retours en passé intime, distille une sourde mélancolie, celle qui relève avec justesse nos plus ardents désirs, la confrontation parfois étonnante avec le réel. Et parfois aussi du rêve éveillé naissent les plus beaux voyages.

       Sélectionné pour le Prix Mons 2017, l’ouvrage de Joiret est le type même de roman susceptible d’attirer, par sa finesse, par son indéfectible mémoire du temps, un vaste et nouveau public, exigeant, qui se reconnaîtra dans cette fiction si proche de nous, tissu d’enfance qui se prolonge et investit le présent du lecteur. Puisque chacun a ses marottes, chacun ses paradis réservés, jusque dans les coins les plus infimes de son monde.

    Le livre sur le site des Editions M.E.O.

     

  • À PROPOS DE LA TRAGÉDIE DE MARCINELLE UN LIVRET BILINGUE DE L'ARBRE A PAROLES

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    par Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

    19990477_1463901317005134_118151327126700364_n.jpg?oh=724b8310d3d8fe9a382d12d9dd757630&oe=5A02AC47Dommage... Je m'attendais à une évocation poétique qui puisse offrir aux 262 victimes et à leurs familles un blason du souvenir, de quoi soulager (le peut-on?) par les mots tant de souffrance.

    Au lieu de ça, au lieu du projet auquel on ne pouvait qu'adhérer (rendre hommage), un texte qui joue du pêle-mêle équivoque.

    On se souvient du beau film (en rien polémique) de PAUL MEYER : "Déjà s'envole la fleur maigre" (BE, 1960), qui réussissait à donner de l'immigration italienne un portrait saisissant sur les souffrances de l'exil et les beautés tout de même, tissées d'enfants dégringoleurs de terrils.

    J'aurais voulu, par ce texte d'Eric Brogniet, retrouver cette qualité. On est loin des promesses.

    Ce n'est ni un livre de poèmes (quoique l'auteur soit poète et célébré) ni un essai ni un compte-rendu objectif de faits tragiques (auquel cas l'ouvrage serait bien imprécis, bien partial). C'est un texte polémique qui amalgame des faits qui n'ont rien à voir entre eux ( le naufrage du paquebot Andrea Doria - les bombes sur Hiroshima - la mission de Van Gogh en Borinage - les camps de la mort - la tragédie du 8/8/56).

    A l'occasion du 50e anniversaire des événements terribles de Marcinelle, le Musée de la photographie de Charleroi avait édité un fort volume de textes et de clichés noir et blanc. Le texte de Christian Druitte, les photos saisissantes de Detraux et Paquay donnaient de la tragédie une vision large, documentée.

    Pour le 61e anniversaire, L'Arbre à paroles publie, avec une belle couverture de Pelletti , "Tutti Cadaveri", un texte de Brogniet, une traduction du même texte en italien par Rio Di Maria et Cristiana Panella.

    Le texte français - 17 pages - propose en page 15 :

    & les châssis à molettes aussi appelés chevalements ou plus poétiquement belles fleurs se dressaient noirs sur le ciel bleu azur de ce pur matin d'été qui rendait le paysage du Pays Noir plus proche de la belle et pauvre Italie là-bas au bout des interminables voies ferrées qui irriguaient l'Europe

    & qui avaient servi une dizaine d'années auparavant à transporter d'autres êtres humains qui seraient transformés eux aussi en brouillard & en matières premières, suie, engrais et savon pour le bénéfice de IG Farben, Messerschmitt, ...

    en page 21 : amalgame également d'événements tragiques qui n'ont rien à voir entre eux : corps "remontés sur des civières" comparés aux "papillons noirs de la fumée atomique ..."

    Etranges et douteux rapprochements entre des faits voulus par une industrialisation de la mort humaine commandée par le régime nazi et une tragédie NON VOULUE (quoiqu'il y ait eu de graves manquements dans l'intendance des fosses), entre Marcinelle et Hiroshima (victime des derniers ressauts d'une guerre mondiale atroce)... Quoi de comparable? Que veut-on prouver? Est-ce bien raisonnable de mettre en parallèle de tels faits dont le niveau de responsabilité est immensément divers!

    Pourtant, il y avait, sous la plume de l'auteur, tous ces affleurements d'émotions dans la relation des faits familiaux (ces deux frères morts en se tenant la main - les souffrances de l'exil, des proches attachés aux grilles funèbres - l'habitat précaire des baraquements, la froideur d'une certaine administration loin des peines subies ...), mais l'exagération polémique ôte à ces belles scènes leur force de conviction. Vraiment dommage : le respect humanitaire impose la neutralité ou la poésie revivifiante. La polémique ne sied guère à la tragédie qui broie les corps.

    Fils d'un résistant de l'ombre, amoureux fou de l'Italie, passionné d'histoire contemporaine (si complexe), scandalisé par les sévices qu'on inflige volontairement à l'humain (de la Chine des derniers jours à la barbarie nazie et aux GOULAG soviétiques), je dois l'avouer, j'ai été choqué par les amalgames que se permet l'auteur pour étayer sa thèse.

    Quelques erreurs orthographiques (pose pour pause, par ex.)

     

    Eric Brogniet, TUTTI CADAVERI, L'Arbre à paroles, 2017, 48p., 10€.

    Le site de L'Arbre à paroles

  • DU FOND D'UN PUITS d'OTTO GANZ

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    par Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

    439.3.jpgAutant le recueil précédent, à L'Arbre à paroles, "Mille gouttes rebondissent sur la vitre" appelait au vivat semper, à la ferveur de vivre après autant de constats de souffrances et de morts, autant "Du fond d'un puits" est métaphore du "vide qui précède chaque homme", de la fosse - pour ce spécialiste belge, avec Legge, des cimetières - , de la tombe et de la mort. Qu'on adhère ou non à ces pensées - sombres - "chaque jour est un interminable matin" - que tout lecteur pourrait retourner, comme un gant, dans un meilleur sens, on est tout de même surpris de tant de noirceur : tout n'est qu' "illusion : un instant de ciel", inutile besogne, à l'aune de ces "vieillards qui tournent en boucles dans les couloirs". Tout n'est qu'"errance", forcément. L'espoir est rangé au placard ("chaque nuit gagnée sur l'effroi du même réveil").

    La vitre - celle qui sépare ("comme au Cap Horn, y a de la glace entre les personnes" disait légèrement Souchon) - et les "mille coups sur les vitres".e8b9f7c2-8e37-4831-ae18-a8bc04baca21_original.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both

    Tout n'est qu' "un maquillage de surface".

    Notre philosophe nihiliste doit se convaincre que "la parole comme le silence tuent".

    Les mots "légende", "illusion", "effroi" parsèment l'ouvrage. "Un apaisement de sépulcre" aère le désastre.

    "Le fond d'un puits est à ciel ouvert" et les "morts ne quittent pas, ils habitent tout représentant du vivant qui est doté de mémoire" : notre penseur s'adonnerait-il soudain à quelque idée convenue? Lui habitué aux dés du hasard malchanceux, des dé-convenues nombreuses?

    Les aphorismes "l'aliéné est ce rêveur dont le cauchemar est nuisible", comme la volonté de broyer exclusivement du très noir, jusqu'au "repli moins protégé de la raison", comme l'absurde "de la vitre" sur laquelle les "mille gouttes rebondissent toujours", les reflets, le monde circulaire une fois posé, peu "fiable", où l'être peut être "brûlé par la lumière"...répètent à l'envi qu'il n'est point d'issue. Les exclamatifs en remettent une couche.

    La répétition en plus gras, en plus grand de "la vraie misère est de se révolter contre son état" consigne jusqu'à l'usure "le fond du puits".

    On peut préférer - et de loin - les "Mille gouttes...", de jadis et leur vie en ressources, pas tellement folichonnes en matière d'espérance mais gaillardement plus poétiques.

    Ici traîne un traité ressassant de désespérance. On n'est guère entraîné à prélever la pépite...même pas l'étoile aragonesque "du fond d'un puits".

    Les vitalistes de tous poils - dont je suis - visiblement agacés, peuvent aller se rhabiller... ou se raviser.

    Du fond d'un puits d'Otto Ganz, Maelström, 2017, 90p., 18€ pour les deux exemplaires en tête-bêche, dont un à offrir - selon le principe de la collection.

    Le recueil sur le site des Editions Maelström

  • Le poids de l'ombre

    Les jours de grand soleil, j'enferme mon ombre et je sors seul. Marre qu'on nous voie toujours ensemble.

    J'aimerais bien rencontrer une autre ombre, moi !

  • CHERCHEUR D'ART : 60 ARTISTES CONTEMPORAINS de DENYS-LOUIS COLAUX

    imageAP-12.jpgLe pari de Colaux

    Lorsque j’ai découvert Denys-Louis Colaux sur le net via ses sites, ce qui m’a surtout frappé, outre la qualité de ses écrits personnels, c’est l’espace qu’il consacrait à des artistes contemporains d’une rare pertinence, d'une puissance créative admirable.  

    Des artistes qu’il avait découverts et qui, dans « sa quête personnelle de l’art », l’aidait à mieux vivre, faisant office, comme il l'écrit, « de carburants essentiels ». Je réalisais qu’il existait des peintres contemporains (toutefois sans excès de candeur ou bouffées de lyrisme sentimental) nombreux, dans la force de l’âge et de leur talent, résidant - notamment - sur le territoire francophone; on pouvait aisément les (re)joindre, prendre de visu connaissance de leurs travaux... C’étaient, ce sont des artistes vivants.

    Alors que, il faut bien le dire, la démarche reste rare chez les écrivains. Il est plus courant d’observer des écrivains, confirmés ou débutants, s’attacher, se reporter, sans toujours renouveler la vision consacrée, à des peintres réputés, du sérail, établis de longue date... Situation qu’on retrouve aussi dans le domaine de la musique contemporaine où l’innovation est peu suivie par le public ; Quignard signalait récemment dans un magazine culturel largement diffusé la difficulté à faire partager son amour de cette musique. 

    Mais lisons Denys-Louis pour savoir ce qui a présidé à cet ouvrage:

    J’ai bien sûr mes grandes prédilections, mes favoris, mes élus, ceux que les livres, les musées, les films, les galeries m’ont révélés. Et puis il y a les fruits que,  guidé par une curiosité insatiable, un appétit d’ogre en art, j’ai presque cueillis moi-même, les pépites brutes que j’ai presque déterrées de mes propres ongles, les paillettes que j’ai tamisées à mon propre et sans doute aléatoire crible, les fresques que j’ai presque mises à jour – presque, oui, car on n’est jamais premier en rien. (...)

    Mais les moteurs qui ont opéré dans la réalisation de l’ouvrage, ce sont l’enthousiasme, la complicité, l’admiration, la complicité, une sorte de connivence, d’entente, de respect.

    Les Editions Jacques Flament ont eu l’heureuse idée de rassembler, pour commencer, soixante de ces artistes qui font déjà partie du panthéon de l'auteur. À signaler que plusieurs monographies présentées par Colaux sont aussi parues et à paraître chez le même éditeur.

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    Denys-Louis Colaux par Andreas Vanpoucke

     

    L’ouvrage propose, par artiste, face à face, une oeuvre et sa présentation. Le point de vue de Colaux s’inscrit, il me semble, dans une perspective schopenhauerienne consistant moins en une analyse rationnelle de l’œuvre d’art qu’en une notation quasi rimbaldienne du vertige, de l’effarement qu’elle produit chez le spectateur, poète et amateur d’art Colaux. Celui-ci s’attache à relever les lignes de force, de vie à l'oeuvre qui, tout en exprimant le vouloir-vivre de l'artiste, communique énergie, sentiment du beau, et consolation aux souffrances de la vie ordinaire, mise en suspens de son caractère tragique par la contre-action créative d'un univers artistique propre.

    Mais trêve de considérations, reportons-nous aux différents artistes présentés et ce qu’en dit Colaux, et qu’il me pardonne les raccourcis trop sommaires, j’en conviens, en lesquels, partant de ses pages de présentation, je caractérise ci-dessous le travail des soixante artistes qu'il a rassemblés.

    L’ouvrage débute sur un peintre cher à l’auteur, Alain ADAM, dont, à propos de  l’oeuvre actuelle et persistante, malgré la disparition physique de l’homme, il parle de peinture qui pense, qui jette le regardeur dans un salubre tourbillon, dans une sorte de face à face avec le vertige d’être. La pensée chez lui est une acrobatie. Il ne répond pas au chaos par l’ordre mais par sa singulière acception du rythme... L’œuvre en regard est une peinture acrylique titrée Sans écriture, presque sans histoire. Il s’agit presque d’un double monochrome noir et bleu flanqué de touches pâles qui font correspondre les deux surfaces et qui pourrait, si on y veut voir quelque chose de réel, figurer une mer, la nuit.

    Le livre se lance à partir de ce tremplin complice, amical, vertigineux.

    Pour chaque œuvre d’artiste, après une brève introduction biographique, Denys-Louis Colaux nous dit ce l’a frappé, enchanté ; il retrace le parcours sensoriel et intellectuel qui l'a mené à cette découverte. Il creuse, pour ainsi dire, la substance de l'oeuvre pour en livrer sens et essence sans toutefois brider le regard ni l'intellect du regardeur. Pour l’ouvrir à toutes les possibilités d’interprétation, pour nous la rendre accessible, plus familière, Colaux trouve la clé et nous la livre.

    Il nous guide au cœur de l’œuvre, du travail de l’artiste pour nous donner l’envie d’en découvrir davantage et nous laisse pour ce faire un lien hypertexte.

    Car il faut aussi envisager cet ouvrage comme une plate-forme de papier, un de ces musées imaginaires chers à Malraux qui conduit aux différents artistes présentés après qu’ils y ont mené Colaux. Car c’est un travail démarré  sur le net,  ce qui démontre que la Toile constitue un remarquable objet de diffusion et de promotion de l'art en train de se faire pour autant qu’on se donne la peine de partir à sa  découverte ou de s’y reporter.

    En formidable passeur, Denys-Louis Colaux indique des portes, des ponts, qu’il nous suffit alors de pousser, de traverser pour poursuivre l'enchantement, la relation avec les artistes qui nous auront le plus touché...  

    On y trouvera par ordre d'apparition la Flo polymorphe d’Alain GEGOUT; les rouges d’Annette MARX les compositions surréalistes de Mimia LICHANI ; les visages savamment expressifs de Chris FALAISE ; les mythologies d’Adlane SAMET ; les poèmes visuels d’Elisabeth GORE ; l’’imagier de Paris, Francis CAMPIGLIA ; la calligraphie photographique de Gilles MOLINIER ; le trait orfèvre de Jean COULON ; les silences habités de Jean-Michel UYTTERSPROT ; l’œuvre intrigante de Koen PATTYN ; les femmes-joyaux de Phil BOUSSEAU ; les créatures crépusculaires de Marie PALAZZO ; le tragique de l'oiseau féminin de Marie-Odile VALLERY ; les papillons humains de Moché KOHEN ; l’univers fascinant de Sabine DELAHAUT ; les jouets morbides et irrésistibles de Sabrina GRUSS ; les fumants collages et les peintures de Sandro BAGUET ; le monde envoûtant et féminin de Victorine FOLLANA ; le photographe des beautés singulières de la Côte d’Opale, Alain BEAUVOIS ; l’œuvre gravé d’Andreas VANPOUCKE ; les autoportraits d’Assunta GENOVESIO ; les personnages d’une immense humanité de Chantal ROUX ; les photos de danseuses et de corps féminins de Jean-Claude SANCHEZ ; les jardins extraordinaires de Didier HAMEY ; le magnétisme des photos de Martial ROSSIGNOL ; les bleus de Francis DENIS ; les êtres grimaçants de malheur de Hubert DUPRILOT ; les choses hirsutes, décapantes, terrifiantes et superbes de Jean KIBOI ; les rencontres entre le clair et l’obscur, l’aube et la nuit de Jérôme DELÉPINE ; la comédie humaine de Joanna FLATAU ; la spécialiste du nu et du mystère magique du nu (qu’un vernis d’âme accentue), de l’amie Laurence BURVENICH ; les autoportraits au regard traversier d’Edwige BLANCHATTE (dont un d'eux figure sur la couverture du livre) ; les filles et femmes inspirées, splendides, écloses parmi des fleurs de Maud DARDENNE ; les farces terribles de Nicolas CLUZEL ; les affrontements et afflux chromatiques, suant d’ardeur de Pascal BRIBA ; l’humanité nue, vibrante, tendre et implacable de René PECCOLO ; la statuaire puissante de Véronique MAGNIN ; le calligraphe de la féminité (« les femmes de Goessens sont belles comme des prouesses de luthiers ») de Didier GOESSENS ; l’expressionnisme abstrait d’ERKA ; les petits bustes de bois, les petits arbres humains de Michel SUPPES ; les statuettes atypiques et captivantes de Sophie FAVRE ; l’art clownesque où le rêve et le cauchemar se donnent la main de Sophie HERNIOU ; le collagiste exceptionnel, le créateur percutant et infatigable, Robert VARLEZ ; les Polaroids de la sulfureuse Carmen DE VOS ;  l’œuvre spéculaire de l’artiste incendiaire, Stéphanie CHARDON ; l’univers photographique délicat, poétique de Julienne ROSE ; les visions noires, féroces et macabres de Krys GILBERT ; la photographe des enfants Suzanne et Gaspard  de la « documamantariste » Séverine LENHARD ; les compositions soulevées de fièvres, de frénésie de Nadine CERDAN ; le noir et blanc chaleureux, des photographies de la beauté des femmes de Karine BURCKEL ; les femmes peintes (« qui ne sont d’aucun temps ») de Beatrix LALOË ; les tableaux effarants d’Isabelle COCHEREAU ; les portraits féminins de l’anartiste et grand célébrant de la messe féminine, Marc DUBORD ; la férocité grand-guignolesque, presque tendre, de Mahiou NAISE ; la grâce et le feu, la puissance des images de Bettina LA PLANTE; les images intelligentes, poétiques, nobles, volatiles de Sophie THOUVENIN ; le réalisme métaphysique (« entre le réel et le rêvé ») de Svetlana KURMAZ ; les exceptionnels minotaures de Sylvie LOBATO.

    Soixante portraits, soixante présentations, soixante alliances textes-images qui sont autant d’actions de grâce, d’exercices d’admiration, de poèmes, d’aveux d’envoûtement, de leçons de regart, de confessions d’émotions, mais surtout d’injonctions à découvrir une forme d’art exigeant, encore trop peu connu, diffusé.

    Difficile voire impossible de ne pas retourner à l’art quand, comme Colaux nous y invite, avoir goûté à ses merveilles, s’être régénéré comme jamais à leur pouvoir consolant et terrible, perturbant et revitalisant à la fois.

    À travers cette somme artistique, Colaux nous dit qu’un autre monde est possible, accessible, et c’est celui de l’art, en l’occurrence plastique, qui nous l’apporte. Mais laissons la conclusion en forme de pari à l’auteur, à l’intercesseur fabuleux, au metteur en scène de ces correspondances, au pilote fervent de cette remarquable aventure.

    Avec l’art, on peut tenter le pari – contre toutes les bourriques sanguinaires de la destruction – de proposer une voie de résistance, de réflexion, d’expression, d’aventure, de libération, de méditation, de pensée. L’art, à l’océan menacé duquel chacun des artistes invités apporte son écot d’écumes et de vagues, est une puissance de frappe à l’écart des volontés d’anéantissement et des coulées de sang, un séisme bienfaisant, le choc électrique d’un défibrillateur de cœurs, d’âmes et de consciences. 

    Éric Allard

    Pour commander l'ouvrage

    Le livre sur le site littéraire et personnel de Denys-Louis Colaux

    Le site de Denys-Louis Colaux consacré aux artistes

     

  • LECTURES DU PRINTEMPS 2017 : DÉSÉQUILIBRES

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    par Denis BILLAMBOZ

    J’ai choisi de réunir ces deux romans sous le thème du déséquilibre, j’aurais pu tout aussi bien parler de fragilité pour présenter ce roman de Françoise Steurs, presque un documentaire sur l’acuité créative de ceux qui sortent de la norme cartésienne, du jugement commun, et celui de Joan Didion qui évoque le sort d’une femme obsédée par la recherche de sa fille qui s’est enfuie avec des révolutionnaires. Le livre de Didion n’est pas une nouveauté mais seulement une réédition, ce qui ne retire rien à cet excellent texte que je tenais à vous présenter.

     

    cover-desequilibres-ordinaires-19022017.jpg?fx=r_550_550DÉSÉQUILIBRES ORDINAIRES

    Françoise STEURS

    Cactus inébranlable éditions

    C’est avec beaucoup de sensibilité, beaucoup de fraîcheur dans son écriture, que Françoise Steurs fait raconter à un médecin du SAMU social sa rencontre avec Max sans-tête. Françoise, elle travaille avec des jeunes pas tout à fait comme les autres, des jeunes qui voient le monde différemment, qui l’appréhendent autrement. Comme Max qui échappe à toutes les contingences sociales, vit dans le plus grand désordre, mange n’importe quoi, se néglige. Il ne pense qu’à faire des photos des gens de son quartier qu’il capture régulièrement, à heure fixe, dans un vieil appareil bricolé. « Max n’a que ça en tête : capter la vie qui passe autour de lui. Reproduire ces scènes de la vie quotidienne. A l’infini. En extraire des instants dans l’obscurité de la chambre noire ».

    Un voisin porte plainte, Max va trop loin, il n’a aucun sens de l’hygiène, un médecin du SAMU social passe le voir et découvre des piles de photos, toujours les mêmes, floues mais prodigieusement expressives. Elles sont différentes des clichés habituels, elles expriment une autre vision du monde. Le Doc est subjugué par cette perception des personnages qui expriment une grande sensibilité en même temps qu’une expression artistique très pointue. « Cet homme n’est pas juste bon à être enfermé dans une maison de soins. Il est capable de marquer la différence entre le jour et la nuit, il cuisine tous les jours et n’est pas agressif ». Il décide de le suivre et le convainc d’exposer ses œuvres, commence alors une épopée épique qui conduira le Doc à se remettre en question et à se demander lequel des deux est du bon côté de ce qu’on définit habituellement comme la norme.

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    Françoise Steurs

    Un très bon texte sur la différence, en l’occurrence sur ceux qu’on prend pour des attardés mentaux, des dérangés du ciboulot, des gens un peu fous qui, souvent, possèdent une acuité artistique et une créativité très affutées. Max n’a pas une logique très cartésienne mais son intuition est peut-être bien supérieure à l’intelligence de beaucoup. Les conseils qu’il donne au Doc pour choisir une bonne photo pourraient servir aux lecteurs à la recherche d’un bon livre dans une bibliothèque ou une librairie. L’intuition est peut-être la meilleure conseillère quand elle s’appuie sur une perception fine et sensuelle. « Il faut pouvoir piocher, se laisser surprendre au détour d’une image. Etre happé. Ne s’intéresser qu’à une seule. Et tant pis pour les autres. C’est comme à la brocante. Tu te balades sans idée précise dans la tête. Quand, soudain, un objet attire ton regard. Tu t’arrêtes. Tu regardes encore. Tu t’approches de la chose. Tu la touches. De tes yeux, avec tes mains. Tu t’imagines quelque part… » Ce n’est que ça l’émotion artistique.

    Il faut le croire car « le fou dit toujours la vérité », Françoise Steurs l’a bien compris, elle est aux premières loges pour s’en convaincre.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    9782246863748-001-T.jpeg?itok=4xKJatA1UN LIVRE DE RAISON

    Joan DIDION

    Éditions Grasset

    Depuis plusieurs années déjà, Joan Didion figurait sur mes nombreuses listes de lecture, alors quand j’ai trouvé la réédition de ce livre, je n’ai pas résisté, je l’ai achetée et je l’ai lue immédiatement. Cette lecture m’a d’abord évoqué une réelle proximité avec certains écrivains latino-américains, j’ai eu l’impression que Didion avait essayé de se fondre dans le moule de la littérature sud-américaine pour donner plus de crédibilité à son histoire qui se déroule en Amérique centrale. Sa façon de raconter, l’ambiance qu’elle crée dans son texte m’ont laissé cette sensation avant, qu’en avançant dans ma lecture, en rencontrant de nouveaux personnages, américains du nord cette fois, je pense alors à Joyce Carol Oates. Une Joyce Carol qui aurait été accommodée à la sauce latino. In fine, j’ai eu l’impression de lire un texte de la fille spirituelle que cette auteure américaine aurait conçu avec un auteur sud-américain.

    Dans cette histoire, Joan Didion se fond dans le personnage de Grace, riche héritière de la famille gouvernementale d’une république bananière d’Amérique centrale dont elle gère le patrimoine après le décès son beau-père, de son mari et de son beau-frère. Sa famille maritale contrôle le pouvoir avec tous les risques que cela comporte et participe régulièrement aux révolutions rituelles qui assurent la transmission du pouvoir dans ces états surveillés étroitement par le grand voisin du nord. Grace est atteinte du cancer, elle sait que ses jours sont comptés mais elle veut témoigner, elle veut raconter ce que fut la vie de Charlotte, « la Norteaméricana », qui a trouvé refuge dans la capitale de cet état sans aucun intérêt.

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    Joan Didion

    Elle raconte l’histoire de Charlotte à partir de quelques confidences directes ou indirectes qu’elle a reçues de la part de son premier mari, de son mari actuel et de son amant qui n’est autre que son fils, de très rares documents et quelques autres témoignages moins importants. Charlotte a quitté la Côte Ouest des Etats-Unis pour une longue errance à travers le monde, voyageant parfois sans bagage, même enceinte d’un enfant décédé très vite, elle semblait incapable de se fixer où que ce soit, elle semblait fuir quelque chose ou plutôt chercher quelque chose.

    À Boca Grande, la capitale triste et sans intérêt de cette république insignifiante, carrefour de tous les trafics et points de rencontre de bien des guérilleros, Charlotte pensait, c’est du moins ce que raconte la narratrice, rencontrer sa fille, Marine, la jeune fille de dix-huit ans qui s’est enfuie avec des révolutionnaires et qui est activement recherchée par le FBI. Quand une nouvelle révolution éclate, Charlotte refuse de quitter le pays malgré l’insistance de tous ceux qui la connaissent. Pour une fois, elle a jeté l’ancre et ne bougera plus, elle attendra, elle sait que sa fille viendra là…

    Joan Didion a mixé une histoire de passion avec une histoire de révolution, peignant un tableau très réaliste de ces petits pays en permanente ébullition, un tableau habité par une héroïne en total décalage avec les autres protagonistes. Certains l’aimaient, d’autres voulaient faire la révolution, elle, elle voulait voir sa fille se moquant bien des questions de pouvoir, de son ex-mari en fin de vie, de son mari marchand d’armes et des divers mâles qui la désiraient. Et la narratrice de conclure : « Charlotte disait que sa vie était l’histoire d’une passion. Je disais plutôt qu’elle était celle d’une illusion ». Et si les deux, passion et illusion, se conjuguaient dans sa tragique destinée ?

    Le livre sur le site des Éditions Grasset

  • COULEURS FEMMES : 60 FEMMES POÈTES D'AUJOURD'HUI

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

     

    couleurs-femmes-300x495.jpgRegards de femmes

    Couleurs femmes est un instantané photographique de la poésie féminine du moment. 

    En 2010, à l'occasion du Printemps des Poètes, ce recueil est sorti, en l'honneur des femmes, thème de l'année. 

    Non pas comme une bannière revendicatrice, mais pour rassembler des poètes femmes francophones de tous horizons, (poétesse étant un mot laid) et découvrir leurs mots, leurs idées, leurs émotions. 

    On y trouve pour tous les goûts, de la poésie sage à celle qui dérange, de celle qui murmure à celle qui hurle, des bonheurs, des douleurs, des blessures encore ouvertes, des souvenirs enfouis, des instants fabuleux, des regards...

     

    "Si nous devons tomber
    Que ce soit d'une même chute
    Etincelants
    Et brefs comme l'oiseau
    L'arbre
    La foudre "

    (Anne Perrier)

     

    Elle vit, la poésie des femmes de notre temps, à l'instar de celle des hommes, toute aussi mouvementée, variée et évocatrice. 
    Textes inédits ou extraits d'ouvrages, Couleurs femmes dresse un portrait digne et authentique de celles qui jouent avec les mots aujourd'hui et méritent leur place dans le paysage littéraire...
    Parti pris ? Non, avis de lectrice simplement, touchée par cette poésie diverse qui s'entremêle et offre un joli assemblage, avis conforté par la préface de Marie-Claire Bancquart.

    A découvrir, pour les amateurs de poésie.

     

    Le livre sur le site du Castor Astral

    POÈMES de

    Maram Al-Masri • Gabrielle Althen • Ghislaine Amon
    Édith Azam • Marie-Claire Bancquart
    Silvia Baron Supervielle • Linda Maria Baros
    Jeanine Baude • Claude Ber
    Béatrice Bonhomme-Villani • Tanella Boni
    Martine Broda • Nicole Brossard • Guénane Cade
    Francesca Yvonne Caroutch • Patricia Castex Menier Andrée Chedid • Danielle Collobert
    Fabienne Courtade • Marcelle Delpastre
    Virginie de Lutis • Denise Desautels
    Hélène Dorion • Ariane Dreyfus
    Chantal Dupuy-Dunier • Marie Étienne • Sylvie Fabre G
    Albane Gellé • Guersande
    Vénus Khoury-Ghata • Anise Koltz • Catherine Lalonde
    Josée Lapeyrère • Camille Loivier • Sophie Loizeau Claire Malroux • Joyce Mansour • Maximine
    Sandra Moussempès • Colette Nys-Mazure
    Florence Pazzottu • Anne Perrier • Isabelle Pinçon Véronique Pittolo • Valérie Rouzeau • Amina Saïd Annie Salager • Nohad Salameh • Hélène Sanguinetti
    Esther Tellermann • Françoise Thieck • Angèle Vannier Christiane Veschambre • Laurence Vielle •
    Yolande Villemaire • Liliane Wouters • Josée Yvon

     

  • ANASPHASIOS & MALEUXIS suivi de UNE CRITIQUE MI-FIGUE MI-RASOIR


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    Anasphasios et Maleuxis

    Anasphasios était le plus grand écrivain de Carnavalus quand le jeune et beau Maleuxis le mit au défi de le battre. Un ring fut rapidement installé sur un des nombreux kiosques de la ville. Le maire lui-même donna le coup d’envoi de la joute. 

    Lors de la première épreuve d’écriture, Anasphasios qui avait relu ses classiques l’emporta haut la main sous les applaudissements du public acquis à sa cause. À la deuxième, il fut mis en difficulté par la fougue verbale, les calembours puissants de son jeune rival. À la troisième, il chuta et à la quatrième, il s’avoua vaincu avant la fin de l’épreuve, jeta tous ses bouquins en guise d’éponge et remit les lauriers de premier écrivain de Carnavalus à Maleuxis qui trône maintenant au firmament littéraire de la ville et est lu de tous ses concitoyens.

    Quant à Anasphasios à la grise chevelure qui a longtemps été nègre du maire, il a défié celui-ci dans le but de lui prendre la mairie. Il peut déjà compter sur la voix de Maleuxis auquel, en contrepartie, il a promis une statue (et de nombreuses bourses) à la hauteur de son talent sur la principale place de la ville qui porte déjà son nom.

     

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    Une critique mi-figue mi-rasoir

    Dans De près ou de loin, l’auteur d’Au-delà du bien et d’Avant le mal explore à nouveau les lignes sinueuses de la morale. Moins anguleux que dans Les Parallèles du Droit mais plus carré que dans Perpendiculairement parlant, l’essai de fiction géométrique de Paul-Jean Evrard loué par Badiou lui-même joue avec l’obscur de notre raison sans laisser de côté notre sensibilité la plus aiguë. Entre le pragmatisme de Hume et la grâce pascalienne, De près ou de loin monadise notre rapport  à l’espace cartésien inféodé au temps bergsonien quand l’orage de l’alètheia gronde sur les plaines de l’étant heideggerien.  

    C’est, pour tout dire, pompant comme une réunion de gauchistes imbibés de Cuba libre qui se piqueraient de croiser Lénine et Lobatchevski sans avoir compris ni Marx ni Euclide. Ni les classiques de la Littérature Jeunesse Révolutionnaire qui comprennent  quelques génies en herbe.

    Mais comme l’éditeur apporte son labrador à toiletter chez la femme de mon frère en laissant chaque fois un gros pourboire, j’ajouterai que De près ou de loin est une somme ontologique qui infuse dans l’esprit du lecteur brouillé par des considérations facebookiennes indigestes un subtil mélange de froide phénoménologie husserlienne, de nombrilisme rousseauiste et de bling-bling hégélien propice, il va sans dire, à la lecture sans prise de tête d’Anna Gavalda et autre littérature coulante.

     

  • LECTURES DU PRINTEMPS 2017 : HOMMAGE À DANIEL FANO

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    par Denis BILLAMBOZ

    A travers cette chronique, j’ai voulu rendre hommage à Daniel Fano, un auteur qui ne connaît pas la facilité et qui a une grande élégance intellectuelle et relationnelle. Après ma première chronique de l’un de ses ouvrages, il m’a adressé un petit mot vraiment très chaleureux, je voudrais l’en remercier aujourd’hui en publiant la chronique de l’un de ses ouvrages et la chronique d’un texte de Roger Lahu dont il a rédigé la préface.

     

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    DE LA MARCHANDISE INTERNATIONALE

    Daniel FANO

    Les Carnets du Dessert de Lune

    Un livre d’images sans image, un livre qui fait défiler des images comme un zappeur excité qui prendrait plaisir à suivre plusieurs polars en même temps sur un seul écran de télévision, des personnages qui meurent plusieurs fois comme les héros des jeux vidéos dotés de plusieurs vies, un condensé de tous les poncifs que les auteurs de polars ont abondamment utilisés : les belles américaines : Buick, Pontiac, Chevrolet…, l’artillerie utilisée sur tous les théâtres de guerre de la seconde moitié du XX° siècle - la liste est trop longue pour que je me hasarde à dégainer le moindre flingue -, les bas résilles, les guêpières, les seins en obus… et pour corser le tout l’inventaire de toutes les tortures les plus sadiques inventées par le auteurs de romans noirs et de polars américains principalement. Dans ce texte, Daniel Fano semble avoir voulu concentrer autour de son personnage principal, Typhus ou Monsieur Typhus selon les époques, toute la substantifique matière qui a fait le succès de ces romans.

    L’auteur a d’ailleurs la délicatesse et l’amabilité de guider le lecteur dans ce dédale de violence cynique et sadique, Typhus le personnage central, un peu fantastique, un peu copie de héros des polars de série, est inspiré par celui du roman de Richard Stark « Rien dans le coffre » qui a été très librement adapté par Jean-Luc Godard dans « Made in USA ». Tous les autres personnages, doués eux aussi de qualités fantasmatiques, font penser à la bande d’un Inspecteur Gadget cruel et sanguinaire. Ils sont tous inspirés par des textes, romans, BD, ayant nourri les lectures de l’auteur.

    Cette joyeuse troupe de laquelle l’auteur a extirpé « systématiquement tout ce qui pouvait ressembler à de l’émotion », arpente toute la planète et notamment tous les champs de guerre et les théâtres de conflits plus ou moins larvés où les coups les plus tordus ont été fomentés pour faire triompher des causes moins glorieuses les unes que les autres. Ainsi, la fiction la plus folle, la plus déjantée rejoint la réalité la plus cruelle, la plus cynique. Juste pour l’exemple : « Maintenant, lui briser les dents, les tibias, lui ouvrir le ventre, qu’elle répande ses entrailles sur la moquette : une telle férocité ne lui paraît pas si folle que ça ».

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    Daniel Fano

    Daniel Fano prend le risque d’égarer le lecteur et le confesse : « Il n’en restait pas moins vrai que, dans cette aventure, la façon dont les éléments narratifs étaient juxtaposés ne manquait de défier toute logique ». Mais, in fine, celui-ci comprendra bien qu’à travers ce vibrant hommage au roman noir, l’auteur ne cherche qu’à mettre en évidence la folie sanguinaire de l’humanité et la cruauté que certains sont capables de déployer pour atteindre des objectifs bien misérables.

    « Ce ne sont pas des héros et héroïnes classiques, …, ils changent constamment de physique (de sexe, d’apparence), de comportement, passent d’une idéologie à l’autre, ce sont comme des acteurs qui enchaînent des rôles, qui incarnent ou combattent la sauvagerie fondamentale de l’homme (et de la femme) de plus en plus banalisée dans notre société de consommation (de colonisation) ultime ».

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    CVT_Petit-traite-du-noir-sans-motocyclette-sauf-une-i_2249.jpgPETIT TRAITÉ DU NOIR SANS MOTOCYCLETTE (sauf une in extremis)

    Roger LAHU

    Les Carnets du Dessert de Lune

    « Sombre.

    il fait sombre, très, dans mes alentours »

    Dès les premiers mots de ce recueil, le narrateur donne le ton, il est dans le noir complet, ne voyant, ne ressentant rien, sauf une mouche qui vient déranger sa quiétude angoissée. Pas de doute « ch’us mort » pense-t-il, trucidé par un coup de couteau, « une lame d’acier plantée droit net et sans bavure… » Le décor est dressé, le narrateur laisse libre court à sa créativité et à sa fantaisie. Daniel Fano, le brillant préfacier dont je viens de lire deux recueils, explore les pistes possibles pour décrypter ce texte très libre dans lequel l’auteur s’est affranchi de la ponctuation, de l’usage des majuscules et de la rigueur des césures en fin de paragraphes. Des fausses pistes peut-être mais pas si fausses qu’il pourrait y paraître. C’est au lecteur de trouver son chemin dans ce texte d’une grande richesse émotionnelle et sensitive.

    Pour moi, je pense que l’auteur, pensant avoir passé le cap de la moitié de sa vie, commence à se préoccuper de ce qu’elle sera après la mort. Pour ce faire, il nous emmène dans l’angoisse que connaît certainement une bonne partie de ceux qui ont choisi la crémation : la terreur d’être enterré vivant. Il paraîtrait qu’on aurait trouvé des cercueils avec des traces de griffures d’ongles sous le couvercle… Il imagine alors un mort/vivant qui ne sait pas s’il est mort ou vivant, s’il survit ou s’il est ressuscité des morts dans une autre vie.

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    Roger Lahu

    Il n’évoque pas la proximité de la mort, ses environs, comme Ooka l’a fait dans « Les Feux », il ne familiarise pas avec elle comme Sarramago dans « Les intermittences de la mort », il ne lui donne pas non plus la parole comme Zusak dans « La voleuse de livre ». Non, il l’évite, la fuit, l’élude, s’éclipse. Il faut chercher entre les lignes l’angoisse que l’auteur semble connaître car il ne parle jamais, ou si peu, de la mort, de la résurrection, du néant, il parle sans cesse d’autres choses pour vaincre cette angoisse, ironisant sur son état, « agoniser de son vivant c’est déjà assez « déplaisant » mais agoniser mort ça vire corvée », se réfugiant dans un long monologue qui le ramène, le plus souvent, à son enfance à son enfance quand la mort ne le concernait pas encore.

    « quand j’étais petit mon pépé préféré à moi il était déjà

    proche d’un certain noir

    qu’on appelle « la mort » mais je ne le savais pas et c’était

    « très bien

    comme ça » il était très vivant dans la couleur des

    Jours d’alors…. »

    L’écriture, les mots comme les images d’un film d’horreur (« La nuit des morts vivants »), les mots transformés en langage des morts/vivants, les mots en forme de questions, sont un véritable refuge pour dissimuler les angoisses, repousser à plus tard ce qui adviendra inéluctablement en évitant de se laisser enterrer vivant.

    « dans le noir tu écris en toute impunité

    les mots sont sourds muets

    une bouche d’ombre les gobe comme des petits

    apéricubes aux olives

    noires évidemment

    et elle ricane elle ricane elle ricane »

    Le livre sur le site de l'éditeur