UN TRÈS BEAU LIVRE DE POÉSIE: SEPEHRI L'ADMIRABLE

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

421.3.jpgNé à Kâshân, petit village iranien qu'il dit "perdu", égaré dans sa mémoire, le poète, qui écrit en persan, donne de la solitude une nombreuse suite de poèmes que relient un style très délié, une science des anaphores, un sens du cosmos, une lecture de la nature et de la lumière :

"je suis plein de chemins, de ponts, de rivières, de vagues" (p.135)

"il faut laver les mots"

(p.121)

"une pomme suffit à mon bonheur"

(p.115)

Le poète, dont l'épitaphe choisie pour lui-même est en elle-même source, quête, apologue de la poésie ("Si vous venez me chercher/ Venez délicatement et doucement/ de crainte de briser le fin cristal de ma solitude", p.69), veille à ne pas "troubler l'eau", porteuse, sauvage, signe de nature.

"Parfois la solitude apparaissait à la fenêtre, son visage collé à la vitre" (p.95)

L'œil incisif du poète donne au long poème "j'ai vu", où l'anaphore relance sans cesse l'acuité de la vision, un vrai manifeste poétique.

"J'entends le vent remplir et vider le bol" : celui pour qui "la vie est l'extase de la main qui cueille", autre façon de dire son métier des mots et des vers, en très grand sensationniste de l'essentiel (proche du sens tarkosvkyen des élémentaires- lait, vent, air, herbe) : "de cette eau recueillons la fraîche beauté" (p.125), insuffle une force à ces brefs versets comme des haïkus étonnants :

" C'était le crépuscule.

La voix de la conscience des plantes arrivait à l'oreille.

Le voyage s'en était venu" (p.143)

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Sohrab Sepehri 

 

Une pure poésie traverse ces espaces du passé redécouverts grâce aux mots qui en puisent l'essence :

"La cour était lumineuse

Et le vent passait

Et le sang de la nuit coula dans le silence de deux hommes" (p.151)

Quoi d'étonnant pour qui dit "cheminer dans la jeunesse d'une ombre"

"où que je sois, j'existe

le ciel m'appartient" (p.114) vibre comme une revendication libre et osée : le poète possède tout si son regard s'assigne l'essentiel ("il faut se laver les yeux, ajoute-t-il encore, il faut voir autrement", p.114)

Un grand livre.

 

Sohrab SEPEHRI, Histoires de lune, d'eau et de vent, Maelström reevolution, 2017, 196p., 16€. Traduit du persan par Arlette Gérard, Christian Maucq et Parvin Amirghasemklhani.

Le livre sur le site de Maelström Reevolution

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