• LECTURES ESTIVALES 2017 : CHAUDES NOUVELLES

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ 

    L’été c’est la saison du soleil et de l’amour, aussi j’ai choisi de vous proposer une chronique composée de deux recueils de nouvelles écrits sans pudibonderie aucune. Isabelle Simon a trempé sa plume dans toutes les humeurs corporelles pour évoquer les plaisirs de la chair même les plus violents. Et Stella Tanagra est peut-être allé plus loin encore pour raconter des histoires d’amour particulièrement crues et même parfois même à la limite de ce qui peut être écrit.

     

    couverture-outrages-pour-dames-12022017.jpg?fx=r_550_550OUTRAGES DE DAMES

    Isabelle SIMON

    Cactus inébranlable

    Isabelle Simon n’a pas trempé sa plume dans un bocal d’eau de rose pour rédiger les je ne sais pas combien nouvelles de ce recueil, je n’ai pas pris le temps de les compter tant j’étais absorbé par ma lecture, tournant vite la page à la fin de chacun des textes pour découvrir le suivant. On dirait plutôt qu’elle a utilisé tous les fluides que le corps peut secréter notamment ceux qui s’écoulent sous l’effet de l’excitation sexuelle. Elle est allée au plus profond des corps sans trop se soucier des problèmes des cœurs pour recueillir ces humeurs dignes de mettre en mots les histoires qu’elle raconte, des histoires d’amour charnel, des histoires de plaisir, des joies, des déboires, des frustrations, des douleurs. Tout ce que peut ressentir une femme dans sa chair, dans son corps, quand elle est remplie de désir, d’attente, de frustration et dans d’autres états encore. Tous les textes ne parlent pas d’amour et de sexe mais la plupart quand même.

    Isabelle ne raconte pas l’amour banal qu’on lit dans tous les romans dits d’amour qui n’émoustillent plus que ceux qui n’en avaient jamais lu auparavant. Non, elle raconte l’histoire de ceux qui vivent souvent dans la marge, qui recherchent des sensations différentes, des plaisirs interdits, des histoires crues car sincères et possibles et même plausibles et peut-être même vécues. Elle ne verse pas dans un romantisme suranné, elle s’intéresse plus à l’animalité des êtres, à leurs rapports sexuels crus, parfois violents, brutaux.

    L’aspect sentimental ou cérébral ne l’intéresse pas, elle veut seulement considérer des corps qui s’affrontent pour dégager du plaisir qu’il soit pour un, pour deux ou pour plus encore.isabelle-simon-internet-christinerefalo.jpg?fx=r_250_250

    La narratrice de l’une des nouvelles l’avoue (est-ce l’auteure elle-même ?) : « Il en a fallu, du temps, de l’impudeur et de franches rasades de honte pour - qu’un jour par surprise -, je découvre enfin la joie profonde qui me secoue jusqu’au tréfonds. » Il a peut-être aussi fallu du temps à Isabelle pour s’affranchir de toute la vieille pudibonderie jetée sur notre société, aux siècles précédents, par la plupart des religions, quand l’acte d’amour était encore souvent sanctionné par la procréation. L’amour est désormais beaucoup plus souvent acte de plaisir, isabelle raconte la quête de ce plaisir, les bons et les mauvais moments, sans aucune pudibonderie, crûment, sincèrement… Ses personnages sont crédibles, on croit à leur histoire.

    Et même si ce texte est cru, empreint de violence et de brutalité, il contient quelques passages très poétiques et son écriture ne perd jamais son élégance et sa finesse même dans les histoires les plus sordides. On peut dire les choses les plus crues sans pour autant s’égarer dans la vulgarité, ça Isabelle sait bien le faire, son écriture reste toujours aussi lisse quelque soit le sujet qu’elle traite. Elle ose dire ce que beaucoup ne veulent pas dire, le plaisir et le désir ne sont pas de vilains péchés mais des sensations qui font partie intégrante de la vie, des sensations que les femmes osent aujourd’hui revendiquer.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    41K1OIaHmGL._SX307_BO1,204,203,200_.jpgSEXE PRIMÉ

    Stella TANAGRA

    Tabou

    Stella Tanagra est un personnage à part dans la littérature érotique, elle ne vend pas, comme de trop nombreux auteurs, une soupe réchauffée aux fantasmes libidineux de tous les pervers de la planète, elle écrit dans des textes « aussi roses que noirs » oscillant entre érotisme et crudité, les pulsions qui dépassent la raison emportant tout sur leurs déferlantes. « Du fantasme indicible au passage à l’acte, Sexe primé déflore les convenances ». . Selon un biographe de la Toile, « C’est sa différence qui a modelé Stella TANAGRA telle qu’elle est : étrangère à toutes les convenances et conventions ». « Oser « être » sans « devoir paraître » est une ligne d’écriture profondément ancrée en elle, telle une scarification sur sa peau… »

    Stella Tanagra fait dire à l’un de ses personnages : « L’ailleurs et l’autrement m’intriguent : ailleurs qu’en mes tréfonds, autrement qu’en ma façon ». « Alors, sans sortir de moi, j’ai convié mes fantasmes à me rejoindre ». Cette attitude pourrait parfaitement s’appliquer à l’auteure des nouvelles présentées dans ce recueil tant elle a dû puiser au plus profond de son animalité pour faire sourdre les fantasmes les plus violents, les plus bestiaux, qu’elle étale dans ses textes. Il faut aller très loin au fond de sa sexualité pour évoquer des fantasmes aussi sordides que la nécromancie, la pulsion du tueur en série. Heureusement tous les textes ne sont pas aussi violents; d’autres, tout en restant transgressifs, évoquent une sexualité beaucoup plus raffinée même si elle déborde largement des convenances habituelles : l’histoire du vieillard qui retrouve son amour d’enfance dans sa dégénérescence sénile, la recherche du plaisir avec un, ou des inconnus, le plaisir de voir sa conjointe en prendre avec un autre… Quelques textes évoquent aussi la difficulté de la condition humaine : le manque d’amour générant la frustration sexuelle, et, à l’extrême, les fantasmes sexuels de la seule survivante de l’apocalypse. Mais, le texte que j'ai préféré reste celui qui décrit avec beaucoup de poésie une relation encanaillée entre deux gastéropodes.

    Stella Tanagra, dans un précédent ouvrage, Sexe cité, avait bien réussi à exciter le microcosme littéraire par son audace, sa crudité et sa propension à transgresser toutes les normes de la bonne société. Cette fois avec ce « Sexe primé », j’ai eu l’impression qu’au-delà du malin plaisir qu’elle prend à bousculer tous les tabous entravant la vie sexuelle, elle s’est livrée à un véritable exercice littéraire, réussissant à exprimer les choses les plus abjectes avec une certaine élégance littéraire, avec une belle écriture plus policée que polissonne, académique, fluide, riche… Même si le texte peut rebuter, il ne dit que des choses que l’on connait, alors que l’écriture de Stella Tanagra peut être, pour certains comme moi qui n’ont jamais croisé ses écrits, une vraie découverte. Pourquoi s’exciter quand on sait si bien s’exprimer ?

    Le livre sur le site des Éditions Tabou