THÉORIE DU TAPIR / ÉRIC ALLARD

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Le tapir est le plus gros de tous les quadrupèdes de l'Amérique méridionale, et il y en a qui pèsent jusqu'à cinq cents livres ; or ce poids est dix fois moindre que celui d'un éléphant de taille ordinaire.  

Buffon

 

1.

 

Maison du poème

 

D’un poème faire une maison

Où les mots seraient des pierres

Et la césure, le ciment

 

Bâtir sur des murs d’images

Une espèce de roman

À sensations

 

Mettre le feu au papier des fondations

Ouvrir la fenêtre sur le foyer dévorant

Lire jusqu’à ce que flammes expirent

 

D’urgence sortir

Par la cheminée

L’enfance du feu

 

 

 2.

 

Vue vive

 

J’appuie où le vent

Soulève des montagnes

 

Dans la plaine, des yeux

Remontent le courant de l’étoile

 

Jusqu’à s’assourcer

Au regard océan

 

Sans la vue de la vie aux origines

Que seraient nos accouplements ?

 

 

 

3.

 

La mousse du passé

 

De la mousse du passé

Sortent les poissons du songe

 

Ils vont deux par deux

En contemplant les rives

 

Sans jamais arrêter la beauté

Ni attenter au courant

 

Les lieux tombent où ils plongent

Où ils vont pour se désaltérer

 

Dans le levain des livres

Dans l’air lisible du matin

 

Dans la poussière du couchant

On les voit descendre vers la mer

 

Pour rejoindre l’embouchure

Source du poème présent

 

 

4. 

 

La pierre du souvenir

 

La pierre du souvenir

Coince la porte

 

Ton corps nu

Déforme la nuit

 

J’avance à tâtons

En me servant de ta voix

 

Nul n’éclaire

L’entrée du songe

 

Comme ta peau

 

 

 5.

 

Le conseil d’administration

 

La terre en chemin

Bannit l’espace

 

L’aigle fond

Au soleil de midi

 

Le rouge au blanc succède

Au fronton du spectre

 

Quatre à quatre un fantôme

Descend l’escalier du jour

 

Je réunis sur le champ

Le conseil d’administration de mes forces

 

Pour appeler à la guerre

Contre le temps

 

 

6. 

 

L’instant

 

Pendu

À la potence du temps

 

J’attends

Que l’instant

 

Me décroche

 

 

 7.

 

Si tu rêves

 

Si tu rêves

C’est que ton sexe est au repos

Que la nuit est forêt

 

Corps de feuilles et de branches

Ayant pris racine dans la terre du temps

Pour modeler la nuit à son image

 

Si tu rêves

C’est que la seiche crie famine

Que l’ennui disperse les cris des fourmis

 

Corps de femme et de sarments

Ayant pris la forme d’un enfant

Pour modeler la chair à son image

 

Jusqu’au matin tu as besoin

Du corps de garde du rêve

Jusqu’à ce que la nuit t’achève

 

 

8.

 

Grand froid

 

Mer de glace

Dans mon verre

De lait

 

L’oiseau tombé

Du gel

Cristallise ma soif

 

Je brise l'envol

Avec les dents

Avant de fondre

 

Dans le blanc

 

 

 9.

 

Les astres à la figure

 

Toute la nuit

Je te jette les astres

À la figure

 

Des coupons d’étoile

Altèrent

Tes cordes vocales

 

Avec les éclats

Tu fabriques des colliers

Des cantates

 

Avec le silence

Des notes sculptées

Dans le cristal

 

Avec l’écho

Du son taillé

Pour les pierres

 

Au matin

Le soleil cassé

Recueille les bris de voix

 

Je débarrasse

La table d’écoute

Des miettes de son

 

 

 10.

 

Le tapir et le boa

 

Le tapir et le boa

Marient leurs ombres

Sur la coquille du jour

 

La main cachée de la sirène

Appelle le corps de la mer

À multiplier les marées

 

Un sommeil gonflé de songes

Nourrit la source

D’un ruisseau fantôme

 

Près d’une nuit au cou

Aussi long qu’un silence

Un feu de rapine se consume

 

Sur les ruines du soleil levant

Les couleurs fatiguées du peintre

Relèvent le blanc d’une robe

 

Entre les lignes du secret

On devine la forme du coeur

Qui ferme l’aorte

 

Avant qu’un nouveau son

Appelle au démembrement de l’air

Sur l’échelle des turbulences

 

Avant qu’un nouveau pas

N’ébranle l’espace séparant

Le prédateur de sa proie

 

 

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Commentaires

  • Bravo ! Je me suis régalée et j'ai suivi les poissons rouges...

  • Merci, Marcelle! ;-)

  • De belles choses bien dites. Amitiés.

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