LA NUIT DU SECOND TOUR d'ÉRIC PESSAN

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

ppm_medias__image__2017__9782226328700-x.jpgLa nuit secrète des atmosphères tendues ou tendres chez Pessan. Dans ces destins croisés au cœur de "La nuit du second tour", les rues, les humeurs de la ville (jamais nommée), les tensions nées d'un résultat (jamais dévoilé avec force détails), les rencontres insolites (vagabonds, SDF, errants) donnent force au tableau d'une société en déglingue, qui génère peurs, doutes, ceux d'une violence ordinaire, ceux aussi de la perte d'emplois et de valeurs.

Dans une écriture qui joue du contrepoint et d'infimes articulations verbales, Pessan unit les "vagues" assourdissantes de la mer (où Mina "se mine" les sangs) et des rumeurs d'une ville "en ébullition" (dans laquelle David tente de trouver sa voie).

Un second tour, deux personnages principaux dont la vie en contrepoint éclaire cet univers sans nom, où même les indications de temps et de lieux pourraient nous être de quelque recours.

Pessan aime ces êtres déboussolés, à l'heure où il faut sonner quelques bilans : des élections qui ont mal tourné, offert la voie à ce qu'on ne voulait jamais connaître; une vie amoureuse qui s'est délitée et dont on regrette les tendres souvenirs, les sensuelles caresses au corps; cet unanimisme qui traverse la société au moment même où tout se déglingue, comme si toucher, parler, s'inventer une autre vie devenaient de vrais motifs d'agir et de penser...

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Éric Pessan

 

David et Mina, universelles figures de ce que l'être en déperdition peut vivre, et oser. Puisque, tout de même, au bout du rouleau, il y a autre chose à vivre, quelque espoir sans doute...

Certes, David aura erré, perdu sa voiture, vu la violence à ses basques, traîné sa mélancolie et son désintéressement, vécu une affreuse nuit de cauchemar entre véhicules incendiés (comme hier à Sarcelles, à Villiers-le-Bel...), courses folles et déshérence...

Mina, que mène en bateau la vie de mer, aura elle aussi cauchemardé, ressassé, désappris et appris...

Le monde de Pessan n'est ni dichotomique ni fleur bleue ni à message variable ni didactique : son roman ressemble étrangement à la vie ordinaire, avec ses aléas, ses maigres embellies.

Un 33e livre pour cet auteur doué, né en 1970, et que les lecteurs devraient suivre avec ferveur.

Lisez Eric Pessan!

(Albin Michel, 2017, 176p., 16€)

Le livre sur le site d'Albin Michel

Éric Pessan dans L'Impératif #3, par Thierry Radière

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