• CRÉATION D'UNE TASK FORCE EN VUE D'ÉRADIQUER L'USAGE DE "TASK FORCE"

    29976883_M.jpgLa Commission de Lutte contre les Expressions Nazes, en accord avec le ministère de la Marine (d’où est issu le concept) signale dans un communiqué qu'elle a créé une task force,  constituée des meilleurs linguistes francophones, afin d’éradiquer l’expression anglo-saxonne des nombreux supports médiatiques où elle a trouvé refuge cet été et qui s’est propagée dans le langage courant comme une onde de forme dans le mouvement New Age (pour donner une idée vague de la vitesse de propagation).

    Les pleins pouvoirs, licites et illicites, seront donnés à cette task force pour parvenir à ses fins, précise le communiqué.
    Toute personne ayant été à prise à employer l’expression sera contrainte d’écrire ou de répéter (au choix) task force jusqu’à ce que dégoût s’ensuive. Le dégoût devra être acté par une task force formée de médecins huissiers.

    Ce message et son auteur s’autodétruiront donc au terme d’une période fixée en secret par la task force mais qui ne devrait pas excéder dix jours.  

     

  • MILIEU DE VIE

    LeoAndyPhillipsonmin.jpgDans la maison conjugale de ce couple, le mari vivait à l’envers, c’est-à-dire au plafond. Il faisait tout en compagnie de sa femme mais à quelques dizaines de centimètres de distance.

    Quand le couple eut des enfants (par procréation médialement assistée), ils vécurent en apesanteur entre le sol et le plafond, à égale distance pour ainsi dire de leurs parents.

  • LA VIE EN ROSE

    rozsak.jpgUn jour de juillet, cette femme entreprit de couper avec un sécateur toutes les fleurs de ses cinquante hectares de rosiers. Elle y mit tout l’été puis se trancha la gorge, péniblement, car l’outil avait beaucoup servi.

    Elle n'avait soudain plus supporté de s'appeler Rose ainsi que toute sa vie construite autour, elle qui aurait tant voulu voir la vie en violet.

  • UNE PERFORMANCE

    img55551379a11bb.jpgL’homme de 92 printemps franchit les cinquante mètres le séparant d'un balcon du quinzième étage au sol en 3 secondes 16 centièmes, soit une vitesse à l’impact de plus de plus de 110 km/h.

    L’exploit* relayé en direct sur un réseau social fut salué par des milliers d'internautes qui ne manquèrent cependant pas de présenter leurs condoléances à la famille du pétulant sportif.

     

    ________

    * On peut raisonnablement parler d'exploit pour un homme de cet âge habitué à filer moins vite

  • TROMPERIE, LONGUEUR DE TEMPS & INSTRUMENTS DE MUSIQUE

    clarinette-sib-yamaha-ycl-255s.jpgPour autant que je m’en souvienne, elle m’a trompé avec un trompettiste et moi avec une tromboniste.

    Entre-temps, si je ne me trompe, nous mêlâmes à nos ébats un sextoy en forme de clarinette qui lui tira des cris de joie s’apparentant à des sons filés.

  • MON PORTRAIT TOUT TACHÉ

    Elle m’a peint.blood-297828__180.png

    Puis je l’ai tuée, parachevant de quelques giclées de sang son très attachant portrait d’assassin.

  • BREFS APERÇUS SUR L'ÉTERNEL FÉMININ de DENIS GROZDANOVITCH

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE 

     

     

     

     

     

    51RH49hKhZL._SX302_BO1,204,203,200_.jpgDécryptage complaisant

    Au vu du titre, "Brefs aperçus sur l'éternel féminin", je me suis longuement interrogée sur ce que contenait ce livre, craignant le regard de l'auteur sur la gente féminine. Dès les premières pages, je me suis amusée. 

    Denis Grozdanovitch retrace le fil de sa vie, et les rencontres et/ou conquêtes qui ont jalonné son existence. Les filles qu'il évoque sont toutes différentes, et présentent tant de particularités qu'il y avait lieu, effectivement, de s'interroger plus avant et d'en compiler cet ouvrage. Des premiers émois, plutôt sensuels qu'amoureux, à la tentative de conquête affirmée, des histoires naissantes aux "vents" inavouables, l'auteur décrit physiquement et psychologiquement ces différentes femmes, de façon très respectueuse. Ce sont souvent des Déesses, des canons de beauté, l'une artiste recluse, l'autre cover-girl, ou encore aristocrate italienne en mal de modernité, elles brillent aussi parfois d'intelligence, de subtilité, ou jouent de séduction. 

    Les histoires, ou plutôt anecdotes, sont pleines de détails, certaines scènes offrent une grande perception visuelle. L'émotion, l'intensité, la poésie trouvent également leur place au fil des pages, sur fond d'humilité, car l'auteur se renvoie ses échecs ou son manque d'audace en pleine face. Une pointe d'humour parfois, une grande lucidité toujours, ce livre montre la Femme sous toutes les facettes ce qu'elle peut présenter, fatale, mystérieuse, instinctive, calculatrice, désarmante, provocatrice, directive, envoûteuse, sorcière etc... Et notre pauvre auteur, submergé de tant de complexité, essaie de décrypter les codes et de ne pas trop pâtir de ces expériences. 

    Il évoque par ailleurs longuement l'enfance, la petite fille, en étudiant "Alice au pays des merveilles" et les dispositions de Lewis Carroll à son écriture, ainsi que celles d'autres auteurs ayant mis en avant la petite fille dans leurs oeuvres. 

    Un petit passage pour méditer... 

    Le fin mot est ici lâché : le poète souffre d'avoir dû devenir une grande personne, "une personne qui a raison, une personne perpétuelle". Or le poète n'est-il pas celui qui, précisément, a su préserver l'âme de l'enfant dans le corps de l'adulte ? Et celui qui conserve cette intense nostalgie du vert paradis, n'est-il pas fatal que, lorsqu'il rencontre une petite fille "effervescente", il cherche maladroitement à lui signifier qu'au plus intime et au plus secret de cette grande carcasse qui est devenue la sienne, se dissimule encore un petit garçon tout à fait disposé à subir ses impertinences et à partager ses lubies ?

    Le livre sur le site de site de Points Seuil

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  • LECTURES ESTIVALES 2017 : EN JOUANT AVEC LES MOTS

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    L’aphorisme et les autres formes de jeux sur les mots sont devenus un peu la spécialité des Editions Cactus Inébranlable qui publient dans leur collection P’tits Cactus les meilleurs spécialistes belges et français qui se sentent un peu les héritiers de Pierre Autin-Grenier et de quelques autres maîtres en la matière. J’ai ajouté à ma chronique un recueil de Nicolas Bonnal pour bien montrer la différence qui existe entre les héritiers des surréalistes belges et ceux qui ont une fibre plus militante, moins imprégnée par le caractère absurde que peut prendre le jeu sur les mots.

     

    couverture-qui-mene-me-suive-19022017.jpg?fx=r_550_550QUI MÈNE ME SUIVE

    MIRLI

    Cactus inébranlable

    Mirli qui se cache derrière ce nom d’artiste de cirque ? Ce pseudonyme pourrait convenir à un clown, l’auteur a la drôlerie et commet les facéties nécessaires à la fonction.

    « Rien de plus cuisant qu’une phrase bien crue. »

    « Bernard s’appela soudainement Bertrand

    FIN »

    Il pourrait aussi convenir à un jongleur, il a l’adresse et l’habilité pour jongler avec les mots. Alors peut-être un clown jongleur capable de faire danser les mots et de leur faire dire ce qu’ils ne voudraient pas forcément dire.

    « Quand une femme porte un sombrero, ça mexique. »

    « Je n’aime pas tout ce qui prête à contusion »

    Mais attention, le clown peut aussi lancer des piques acérées pour dénoncer les travers de certains qu’il ne nomme pas forcément.

    « Les escargots policiers font-ils plus de bavures ? »

    Sans oublier de se flageller lui-même en lançant quelques formules pleines de dérision.mirli.jpg?fx=r_550_550

    « En entamant cette phrase, j’ai d’abord cru qu’elle n’aboutirait à rien, mais maintenant j’en suis sûr. »

    Et lancer quelques blagues très drôles pour détendre le lecteur chamboulé par les aphorismes trop sophistiqués.

    « Simplifiez-vous la vie : compliquez-vous la mort. »

    « J’aime tout ce qui est plus qu’il n’en faut. »

    N’oublions pas l’illustrateur qui a su mettre en dessins la drôlerie et l’esprit de l’auteur.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    couverture-les-concombres-10032017.jpg?fx=r_550_550LES CONCOMBRES N'ONT JAMAIS LU NIETZSCHE

    Serge BASSO DE MARCH (1960 - ….)

    Cactus inébranlable

    « Aphorismes bancals,

    Proverbes bancroches

    Et petites phrases décalées »

    Le sous-titre de ce recueil insinuant que tout est plus ou moins boiteux dans ce texte, peut paraître péjoratif mais, à mon avis, il signifie plutôt qu’avec de belles phrases, de belles expressions, de beaux proverbes, l’auteur a réussi à faire des phrases qui ne veulent plus du tout dire ce que l’auteur original avait voulu faire dire à ses mots. Ce sous-titre éloquent conduit directement à l’avant-propos d’Alain Dantine qui le complète un peu radicalement : « Qui connaît Serge Basso sait qu’il a la détente rapide, il vous zigouille une idée généreuse en trois bons mots bien frappés ! ». « C’est un déviant textuel, un faussaire sous ses faux airs de Napolitain… »

    Ainsi averti le lecteur ne pourra que constater les dégâts commis par ce démolisseurs de belles phrases, ce détourneur de bons mots, ce copiste pervers, ce « caviardeurs » de sentences moralisatrices …. et apprécier la finesse de son esprit :csm_serge_2_01_39d64d7854.jpg

    « Pour Yseult l’amour était attristant. »

    L’étendue de sa culture :

    « J’ai connu une Hélène qui aimait Paris sans que

    ça déclenche une guerre à Troyes. »

    L’habilité de ses détournements :

    « Renoncer aux pompes de Satan, ça ne veut pas dire chausser les mules du Pape. »

    « Quand les cyprès sont loin, les distances sont faussées. »

    La noirceur se son humour :

    « La guillotine travail au coup par cou. »

    Sans oublier ses piques acérées :

    « Depuis que j’ai une cirrhose de la foi, j’ai arrêté le vin de messe. »

    « Aux religions du livre je préfère la religion des livres. »

    Mais que serait ce recueil sans la contribution du désopilant et néanmoins célèbre dessinateur Lefred Thouron qui complète magnifiquement les saillies de l’auteur qui avec toute sa modestie avoue : « Le faiseur d’aphorismes n’est, devant les hommes, qu’un pêcheur en mots troubles ». Mais, je vous l’assure la friture est bonne à déguster sans attendre l’inutile après-face de Claude Frisoni !

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    519a%2B-zCjgL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgAPHORISMES ET PARADOXES

    Nicolas BONNAL (1961 - ….)

    Editions Tatiana

    Avant de lire ce recueil, je ne connaissais absolument pas Nicolas Bonnal, l’opinion que je pourrais m’en faire n’est donc que ce qui découlerait de cette lecture. Je sais seulement, par la notice de l’éditeur, qu’il a touché à bien des genres littéraires et qu’il a été un « chroniqueur métapolitique internationalement reconnu ». Après ma lecture je conserve l’impression qu’il a jeté dans ce recueil des réflexions qu’il a accumulées au cours de ses longues analyses, de ses cogitations, de ses constatations, qu’il n’a jamais écrites dans ses divers textes, trouvant seulement dans le court le média adéquat pour exprimer la dérision, la satire, le désabusement, parfois le découragement et même certaines fois le dégoût qu’il éprouve devant le triste spectacle de la déliquescence de notre société.

    « Nous sommes emplis de bonne volonté, comme nos poubelles ».

    « Le vingtième siècle fut un siècle d’invention de grands hommes un peu creux ».

    « La facilité a détruit le monde plus sûrement que la cruauté ».

    Il peint une société décadente qui aurait perdu son chemin en oubliant son histoire, son devenir en oubliant son passé, ses valeurs en recherchant la valeur des choses.ob_ae2bf7_4946e3149d1089071ca65e63e517bc13.jpeg

    « Pour certains l’histoire n’a pas commencé. Ils vivent dans l’espace, jamais dans le temps… »

    « Les abbés bâtissaient, ils ne passaient pas de doctorat en psychologie ».

    Ils ont omis de tirer les enseignements des déboires connus tout au long des siècles précédents.

    « La politique comptait quand elle exigeait beaucoup et donnait peu. Elle s’est déconsidérée en donnant beaucoup et demandant peu ».

    « Le fascisme comme le communisme disparurent comme un mauvais rêve, personne ne se décidant à demander de comptes ».

    Bonnal décoche ses flèches acérées à l’endroit de la société mais il vise aussi l’individu en tant que tel, en tant qu’élément interchangeable dans un tout uniforme, en tant que consommateur asservi.

    « Changer de face, de fesses, de métier, de conjoint, de villa : leur vie est bureau de change. »

    « Tous les garçons et les filles ont été remplacés par les jeunes. »

    Le monde est devenu une masse informe, standardisée, prête à accepter tous les dictats des pouvoirs économiques, politiques ou religieux.

    « On aimerait parfois que le mal triomphe, et pas seulement la médiocrité. »

    J’ai eu l’impression que l’auteur voudrait voir les citoyens se rebeller, se rebiffer et s’approprier les questions qui devraient préoccuper la planète entière.

    « La fin du monde : occupation de nanti, souci de pauvre. »

    Mais voilà, la France n’est qu’un pays de contestataires isolés incapables de se structurer pour atteindre un objectif commun.

    « La monarchie est judaïque ou japonaise, la démocratie grecque ou britannique, la république romaine ou américaine. Le désordre est français ou latino-américain ».

    Les aphorismes et paradoxes de Nicolas Bonnat prennent souvent la forme de sentences, j’en ai relevés qui pourraient prêter à discussion :

    « La dictature craint ses sujets, la démocratie les méprise », les dernières campagnes électorales pourraient bien confirmer celle-ci.

    « De l’amie médiévale à la conquête amoureuse, et d’icelle au bon coup », une autre façon de dire que la vulgarité est devenue l’expression chevaleresque de notre société.

    Il y aurait encore beaucoup à dire sur les sentences de Nicolas Bonnal, beaucoup à gloser, à débattre, à combattre peut-être. Mais, ce livre n’est pas que critiques et satires acides, l’auteur y fait preuve aussi de beaucoup d’humour même si c’est souvent d’humour acide.

    « J’ai plus connu de mauvais auteurs que de bons lecteurs ». Bonnal n’est pas un mauvais auteur, je ne suis pas sûr d’être un très bon lecteur ?

    Nicolas Bonnal sur Babelio

     

  • MORT D'UN HOMME HEUREUX de GIORGIO FONTANA

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    123591_couverture_Hres_0.jpgUn jeune écrivain, né en 1981, décide, dans son deuxième livre, d'évoquer des événements tragiques de l'année même de sa naissance.

    Le thème des Brigades Rouges, de Prima Linea, du terrorisme rouge de ces années de plomb innerve toute une série de grands livres des dernières années. Il suffit de se remémorer le magistral essai de Rosetta Loy sur ces années ou le roman "Les années à rebours" de Terranova. Sans doute le trauma vécu de près, ou ressassé par les proches, a-t-il gardé, dense, intact, la force terrible du destin qui s'acharne.

    Le roman de Fontana tire sa force du croisement intime, éclairant, familial de deux parcours engagés : celui d'un père, Ernesto (dit Beppo), broyé par ses faits de résistance à l'heure de Salo et des assauts fascistes, celui de son fils Giacomo, né dans ces années-là, quarantenaire au début des années 80, épris de justice et de charité bien ordonnée, celle des autres pour qui il ne compte ni temps ni attentions.

    Milan, la via Cassoreto, Saronno, la côte Ligure offrent quelques-uns des lieux où l'action se concentre.AVT_Giorgio-Fontana_8943.jpg

    Les assassinats de personnalités ou de vies ordinaires, les enquêtes menées autour de trois magistrats, les liens intenses qui unissent une famille déjà éprouvée en 1944, de nouveau ballottée par les tensions de 1981...sont autant de pistes que le romancier, très documenté, tend au lecteur. Pour ne pas être un roman à clés ni un récit purement objectif des faits relatés, le livre n'est pas non plus un développement uniquement affectif et sentimental : il se noue là un réseau dense d'interactions; le magistrat Giacomo, riche du passé de son père, qu'il n'a jamais connu sauf par le souvenir que la mère Lucia en a préservé pour lui et sa soeur Angela, sait qu'il est héritier d'un destin et détenteur d'un avenir qu'il convient de choyer, comme on protège la dignité, la justice, l'égalité et l'amour. Son amour pour Mirella, ses enfants, son amitié pour Mario, Doni et les autres, jouent leur rôle à côté des implications politiques et judiciaires.

    L'homme heureux, c'est peut-être celui qui mène son combat, sans refuser aucune de ses attaches les plus précieuses.

    Un beau livre.

    Le livre sur le site des Éditions du Seuil

  • LA NÉCESSITÉ D'ÉCRIRE. ACTE LIBÉRATEUR : FRANÇOISE LEFÈVRE ET SON "OR DES CHAMBRES"

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    FR.L-.-L-or-des-Chambres.jpgUne petite vingtaine de livres de 1974 à 2008. Pas n'importe quels livres! Françoise Lefèvre, née en 1942, à Neuilly, est devenue comédienne et a, entre autres, dans les années 70, participé à l'adaptation télévisée du "Pain noir". Et puis vinrent ses enfants : les siens de chair et ses livres, qu'elle revendique comme des traces intenses de son parcours de vie. Bien sûr, il est peu de fiction facile, accrocheuse, vite oubliée dans cette littérature! Et dès le premier livre, un grand lettré, poète comme André Hardellet allait d'emblée repérer la jeune venue en littérature : "La première habitude" (dont j'ai parlé), déjà chez Jean-Jacques Pauvert, plaisait beaucoup à l'auteur du "Temps incertain" et ils se rencontrèrent, en juillet 74, place Desnouettes (15e) pour une entrevue unique, essentielle. Durant la nuit du 23 au 24 juillet, le poète décédait rue Beaubourg. Il projetait d'aller voir, avec Françoise, le Vincennes de son enfance. La romancière attendrait 24 ans pour consigner "Les larmes de André Hardellet" (Ed. du Rocher, 1998), sublime texte d'hommage au grand poète Hardellet (1911-1974).

    "L'or des chambres", petit livre de 128 pages, est une oeuvre immense, de sincérité, d'authenticité, d'écriture (aussi, et quelle poésie enfouie dans une prose intense, sensuelle, tactile!) et de courage. Il en faut de la bravoure pour relater une rupture et ses incidences : blessure profonde, solitude, peur de ne plus aimer, d'être de nouveau larguée etc.

    Ecrire avec fluidité, légèreté la gravité des sentiments, c'est un sport de haute compétition, que ne peuvent que les plus grands, les plus doués : Françoise est de la famille d'Annie Ernaux, de René de Ceccatty, de Beatrix Beck, ... Ecrire sur et autour de la douleur sans peser.

    Et donc "L'or des chambres", dont le titre pluriel évoque tout à la fois cette anse de l'écriture, ce repos sans guerrier pour une âme esseulée qui consigne l'absence, la haute charge d'écrire en responsabilité - sans ce recours vain à la fiction accrocheuse -, puisque écrire est là, qui innerve tout le livre. Françoise le dit : elle écrit pour se libérer, elle entame cette retraite qu'elle trouve terrifiante parce qu'elle est symbole d'absence d'amour et il lui faut l'écrire; elle écrit, est-ce l'or des mots? est-ce nécessité existentielle pour elle, dès ce deuxième livre?

    Il y a dans ces pages une chair des mots, une envie folle de recouvrer l'amour perdu, la présence de l'amant, et ce vide pressenti, ressenti, doublement blessé par le manque et le désir...

    "J'écris. C'est mon immense consolation glacée" (p.61)

    "O comme le soir m'enveloppe. La grâce existe. Elle est comme un pommier sur une tombe" (p.52)

    "Le vin est à mes lèvres. Il faut le boire. Enfants." (p.51)

    "Je te fais mes offrandes de soleil, de fleurs blanches, à toi, assis dans un train en sa compagnie." (p.103)

    "Attends. Je sens venir la fin du livre" (p.100)

    Comme chez Cabanis, l'écriture, le livre, la vie s'offrent au lecteur, dans un "jeu" qui n'est pas jeu mais nécessité littéraire, comme pour "Le bonheur du jour" du cher José.

    "Si tu n'étais pas absent, peut-être n'écrirais-je pas ou peut-être inventerais-je une absence. " (p.91)

    Jusqu'au dernier livre ("Un album de silence", Mercure de France, 2008), en passant par "Le petit prince cannibale", "La grosse", "Blanche , c'est moi"...la romancière ose tisser sa vie, celle des proches, celle dont elle a été témoin privilégiée, dans un mouvement qui soit audace et libération.

    J'attends avec ferveur, comme pour celle de certains écrivains aimés, la prochaine parution : il en va de la littérature comme de la vie, on reconnaît la beauté et la nécessité. Jean Guénot, expert en écriture littéraire à l'université de Nanterre, ne disait-il pas qu'on reconnaît l'écriture vraie comme la résonance des pas d'un cheval sur le pavé?

    Lefèvre l'a prouvé nombre de fois et il faudra qu'un jour on lui reconnaisse une place aussi solide que celle qu'on a réservée à Colette, Yourcenar, Sagan, de Beauvoir, avec ses consoeurs de grande qualité Ernaux et Sallenave.

    Merci, Madame Lefèvre.

    L'Or des chambres de Françoise Lefèvre (Jean-Jacques Pauvert, 1976; J'ai lu n°776. 128p.)

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    Les livres de Françoise Lefèvre aux Editions du Rocher

  • FRANCIS PICABIA: ART & APHORISMES

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    Francis Picabia naît à Paris le 22 janvier 1879, 82 rue des Petits Champs.
    C'est dans cette même maison qu’il meurt, le 30 Novembre 1953 (aujourd'hui rue Danielle Casanova).

    Durant les 74 années de sa vie, Picabia explore la plupart des mouvements artistiques de son temps, un exploit aussi exceptionnel que l’époque elle-même. 

    En savoir plus ici

     

    Sélection d'aphorismes et de tableaux

     

    Les moyens de développer l'intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles.

     

    Une idée est intéressante si elle n'est pas imprimée.

     

    Si vous tendez les bras, vos amis les couperont.

     

    Dieu a inventé le concubinage. Satan le mariage.

     

    L'oignon fait la force.

     

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    Trois mimes, huile sur toile

    61,6 x 50,9 cm, 1936

    Collection privée

     

    La seule façon d'être suivi, c'est de courir plus vite que les autres.

     

    L'art est le culte de l'erreur.

     

    Toute conviction est une maladie.

     

    C'est un homme bon donc il passe pour un idiot. 

     

    Il n'y a d'indispensable que les choses inutiles.

     

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    Hera, huile, gouache, fusain et crayon sur carton
    103,4 x 74,9 cm
    1929

    Collection privée

     

    La propreté est le luxe du pauvre: soyez sale!

     

    Le seul uniforme possible est celui du bain de vapeur.

     

    Les hommes gagnent des diplômes et perdent leur instinct.

     

    Le diable me suit de jour comme de nuit car il a peur d'être seul.

     

    La sagesse n'est qu'un gros nuage sur l'horizon.

     

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    Le sphinx, huile sur toile

    131 x 163 cm
    1929

    Centre Georges Pompidou, Paris, France

     

    Je conseille aux idées élevées de se munir de parachute.

     

    L'art est un produit pharmaceutique pour imbéciles.

     

    Une femme qui a un enfant, c'est neuf mois de maladie et le reste de sa vie de convalescence.

     

    Les gens sérieux ont une petite odeur de charogne. 

     

    Ce qui manque aux hommes, c'est ce qu'ils ont, c'est-à-dire les yeux, les oreilles et le cul.

     

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    Mélibée, huile sur toile
    195,5 x 130 cm
    1931

    Collection privée

     

    Ne cachez pas vos secrets dans votre derrière. Tout le monde les connaîtrait.

     

    Il faut vivre parmi les femmes, les hommes sont toujours trompés.

     

    Le succès est un menteur. Le menteur aime le succès.

     

    La vérité d'un homme, ce sont ses erreurs.

     

    Nos pensées sont les ombres de nos actions. 

     

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    Otaïti, huile sur toile
    217 x 151,5 cm
    1930

    Tate Gallery, Londres, Royaume-uni

     

    Les impuissants se prosternent toujours vers le passé. 

     

    Devant l'immobilité de la campagne, je m'ennuie tant que l'envie me prend de manger des arbres.

     

    Je n'ai pas besoin de savoir qui je suis puisque vous le savez tous.

     

    Le psychologue se nourrit exclusivement dans la conscience: moi, je ne veux qu'une inconscience impossible à acclimater.

     

    Le pape est l'avocat de Dieu. Dommage que son client soit mort.

     

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    Villica caja, huile sur toile
    151 x 180 cm
    1929

    Collection privée

     

    Pour se sauver, il n'y a qu'un moyen: sacrifier sa réputation.

     

    Les hommes ont plus d'imagination pour tuer que pour sauver. 

     

    Il est plus facile de se gratter le cul que le coeur. 

     

    Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues.

     

    Il faut s'exprimer uniquement avec soi-même, ce qui nous vient des autres est encombrant, incertain et surtout inutile.

     

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    Corrida, huile sur toile
    75,2 x 104,8 cm
    1925-1927

    Collection privée

     

    C'est une lâcheté que d'applaudit à toutes les idioties que l'on nous montre sous prétexte de modernité.

     

    Qui est avec moi est contre moi.

     

    J'aime les êtres qui ressemblent aux inondations. 

     

    Les artistes sont le résultat de l'avarice de la nature. Le peu d'esprit qu'ils ont leur est donné par la méchanceté.

     

    Les idiots pensent que la mémoire fait partie de la connaissance et de la vie.

     

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    Figure, huile sur toile

    Collection privée

     

    Les enfants sont aussi vieux que le monde, il y en a qui rajeunissent en vieillissant, ce sont eux qui ne croient plus à rien.

     

    Le bonheur pour moi, c'est de ne commander à personne et de ne pas être commandé. 

     

    Ceux qui médisent derrière mon dos, mon cul les contemple.

     

    Il est plus dangereux de faire le bien que le mal.

     

    Plus on plait, plus on déplait.

     

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    Je me souviens de mon cher Udnie, huile sur toile
    250,2 x 198,8 cm
    1914

    Museum of Modern Art, New-York, USA

     

    Qui est avec moi est contre moi.

     

    Ce que j'aime le moins chez les autres, c'est moi.

     

    Moi, je me déguise en homme pour n'être rien.

     

    Les hommes politiques poussent sur le fumier humain.

     

    Je n’ai jamais pu mettre de l’eau dans mon eau.

     

    francis-picabia-adoration-veau.jpg

    L'adoration du veau, huile et fusain sur toile
    106 x 76,2 cm
    1941

    Centre Georges Pompidou, Paris, France

     

    Je ne donne ma parole d'honneur que pour mentir.

     

    L'art est le culte de l'erreur.

     

    L'avenir n'existe pas quoique j'aille mieux.

     

    Il faut toujours que notre sexe fasse une ombre sur notre ventre.

     

    Je n'ai pas besoin de savoir qui je suis puisque vous le savez tous.

     

    francis-picabia-seins.jpg

    Les seins, gouache sur carton
    99,5 x 77 cm
    1924-1927

    Collection privée

     

    Le crime est une chose admirable, mais l'assassin me dégoûte.

     

    Il n'y a pas d'obstacles, le seul obstacle est le but, marchez sans but.

     

    Devant l'immobilité de la campagne, je m'ennuie tant que l'envie me prend de manger des arbres.

     

    Toutes les croyances sont des idées chauves.

     

    La justice des hommes est plus criminelle que le crime.

     

    francis-picabia-femmes-au-bulldog.jpg

    Femmes au bulldog, huile sur carton
    106 x 76 cm
    1941-1942

    Centre Georges Pompidou, Paris, France

     

    Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m'indiquent pas où je vais.

     

    Craindre les sens, c'est devenir philosophe.

     

    Le seul uniforme supportable est celui du bain de vapeur.

     

    Je n'ose plus ouvrir les yeux si mes bras ne doivent plus jamais t'étreindre

    Je me repose sur l'oubli.

     

    francis-picabia-adam-eve.jpg

    Adam et Eve, huile sur toile
    200 x 110 cm
    1931

    Collection privée

     

    L'amour seul est désintéressé, le mariage ne l'est jamais.

    Si nous sortons de l'imbécillité de la politique, notre vie actuelle apparaît horriblement triste.

     

    Les humoristes sont les fleurs artificielles du comique, ils cèdent aux spectateurs.

     

    L'amour est un contact infectant par envoûtement, il veut tuer tout d'abord l'entourage de la personne aimée, puis, tout doucement, l'être chéri lui-même.

     

    Sur-femmes, sur-hommes, sous-femmes, sous-hommes, vos cheveux blanchiront et vos pensées resteront obscurité.

     

    francis-picabia-elegante.jpg

    L'élégante, huile sur panneau
    106 x 77 cm
    1942-1943

    Collection privée

     

    Notre phallus devrait être avoir des yeux ; grâce à eux, nous pourrions croire que nous avons vu l'amour de près.

     

    Je fuis le bonheur de peur qu'il ne se sauve pas.

     

    Tous les peintres qui figurent dans nos musées sont des ratés de la peinture; on ne parle jamais que des ratés; le monde se divise en deux catégories d'hommes: les ratés et les inconnus.

     

    Je surpasse les amateurs. Je suis le sur-amateurs; les professionnels sont des pommes à merde.

     

    Il faut communier avec du chewing-gum, de cette façon Dieu vous fortifiera les mâchoires; mâchez-le longtemps, sans arrière-pensée; puisqu'il aime votre bouche, qu'il sache à quoi elle sert! Vos langues tièdes ne sont pas à dédaigner, même pour un Dieu.

     

    Picabia-self-portrait-t.jpg

    Autoportrait, 1923

     

    Éloge funèbre de Francis Picabia par André Breton

    « Adieu ne plaise, il faut, pour de semblables funérailles, que chacun montre un heureux orgueil d'avoir connu un homme qui n'ait jamais éprouvé le besoin de se préoccuper des misères qui l'accablaient ... Mon cher Francis, allez-vous croire qu'un journal me prêtait bien de l'influence sur vous ? Nous savons bien que c'est tout le contraire qui est vrai. Vous avez été un des deux ou trois grands pionniers de ce qu'on a appelé, faute d'un autre mot, l'esprit moderne ... » 

     

    Le site officiel de Francis PICABIA

    Tableaux de Francis Picabia


    Entretien avec Georges Charbonnier


    Picabia au MOMA


    L'oeil cacodylate 

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  • SCANDALE DU LIBRONIL: L’AFSCL COMMUNIQUE LES ISBN DES LIVRES À NE PAS CONSOMMER

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    L’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne du livre communique les premiers ISBN des livres à ne pas consommer et à ramener fissa en librairie.

    Les critiques approuvés par la Promotion des Lettres ont observé qu’ils contiennent du libromil à un taux anormalement élevé.

    Le consommateur peut poser toutes les questions au numéro gratuit 0800/13550 où une équipe de bibliothécaires stagiaires lui répondront.

    Les livres de toutes les maisons d’édition n’ont pas encore été analysés tant certains exemplaires, publiés à un tirage confidentiel, demeurent introuvables. Il est demandé aux producteurs industriels de livres d'avancer, par mesure de prudence et dans l’intérêt des familles des lecteurs potentiellement touchés, la date prévue des pilonnages ou de s’associer dans le but d’un autodafé géant, par exemple, dans un parc local, ce qui donnera ainsi lieu à de réjouissantes festivités hautes en fumée.

    Le consommateur peut identifier les livres faisant l’objet du rappel via les codes suivants : 978-2-746-123498-7 ; 978-2-090347-98-4 ; 978-2-678-123987-0 ; 978-2-096-478059 ; 978-2-111112-808-3 ;978-2-653089-63-1 ; 978-7-122368-67-4 ; 978-2-469377-92-3 ; 978-2-459671-91-9 ; 978-5-198745-12-2 ; 978-2-534879-77-1 ;978-2-450929-22-3 ; 978-2-194287-88-5 ; 978-2-777756-18-4 ; 978-2-295848-91-3 ; 978-7-930358-81-7.

    Si le lecteur imprudent, trop confiant en la littérature bon marché, en a consommé, le lecteur observera rapidement les effets suivants :

    • Une vision altérée de l’espace environnant et de ses relations sociales – vécues sur un mode idyllique ;
    • Un regard angélique sur la marche du monde et les possibilités candides de la modifier ;
    • Une altération de ses facultés mentales (quelles qu’aient été au préalable son Q.I.) ;
    • Une exaspération accrue aux ennuis du quotidien se manifestant par des statuts ou des tweets énervés accompagnés de panneaux préimprimés ;
    • Une accoutumance de plus en plus marquée à la littérature Jeunesse, à l’Heroïc fantasy, à la peinture maritime, à la poésie des sentiments…

    L’équipe de première intervention suggère quelques mesures à prendre, les premiers soins à prodiguer en cas de contamination au libronil :

    • Faire lire au contaminé, à dose homéopathique, du Claude Simon, du Hegel, du Heidegger, du Deleuze & Guattari, le Pentateuque, le Bhagavad-Gida...  ;
    • Menacer ("Soigner le mal par le mal") de lui faire lire du Nothomb, du Pancol, du Musso, du Delacourt, de l'Onfray, du poète régional certifié génie en herbe bio ;
    • Le déconnecter illico des réseaux numériques et l'éloigner des catéchumènes sociaux qui récoltent des likes au kilo ;
    • L’abonner à un journal, quel qu’il soit, malgré le discredit jeté par quelques-un(e)s sur la profession…

    Toute autre proposition qui demeure dans les limites - malheureusement - fixées par la loi (comme, par exemple de les euthanasier) est la bienvenue. Même si les observations faites sur des milliers d’individus contaminés ont montré que le risque de guérison est minime voire inexistant. 

    L'AFSCL préconise au consommateur (au Q.I.) moyen d'éviter d'acheter leurs livres au supermarché car ce sont ceux qui contiennent le plus de perturbateurs neuronaux. 

     

  • PARCOURS D'UNE POÉTESSE SUPERSTAR

    0270524549a7dc832f5ce122e8706aa9--fabric-toys-handmade-toys.jpgCette poétesse glamour que tout le monde littéraire reconnaîtra possède à près de vingt-cinq ans une attrayante bibliographie.

    Son premier recueil, L’hiver l’hygiène, avec une préface d’Yves St Namur, reçut à quinze ans à peine le Prix Lolita.

    Son second, Gloss mon amour, postfarcé par Jan Buccal, reçut à la fois le Prix du Baiser de Rodin et le Prix des Lèvres nues.

    Puis il y eut Mascara manganèse, dont un exemplaire dédicacé à Marcel Morose, mis aux enchères avec un prix de départ de 12 € a finalement été enlevé pour la somme fabuleuse de 13,20 € par un collectionneur de dédicaces littéraires.

    Paupières miroir, son recueil écrit à l’eye liner et précalligraphié par François Cheng a servi au cours d’une performance d’œil de pommes de terre crevé par le cultivateur d’art Patrice Ferrasse relayée en direct sur sa page Facebook.

    Chanel tu me tues, a été encensé (au premier sens du terme) par la petite nièce de l’ex-plus proche voisine de Marguerite Duras à Neauphle-le-Château.

    Peau d’Hermès, avec un non préface de Cristina Cordula, relate une année sans fond de teint ni rouge à lèvres, est sa première incursion dans le genre du Journal sans cosmétique, très couru des hommes et femmes sans fard.

    Les masques de beauté, son anthologie, parue pour son vingtième anniversaire, est son plug grand succès à ce jour. Il a été publié à 50 exemplaires et réédité trois fois.

    Son précédent ouvrage, Plug banal, a choqué une partie de ses lectrices et réjoui un partie des lecteurs, lui ouvrant ainsi un nouveau lectorat d’autant plus que son éditeur (en passe d'être diffusé par une grande enseigne de parfumerie parisienne), pour faire postmoderne, a réduit tous les vers à deux mots (voire deux lettres) et remplacé tous les et, fort lourds, en effet, par des « & », carrément volatils. Si bien que l’ouvrage de poésie verticale (voire abyssale) atteint quand même 2428 pages (sans l’appareil critique et les pages de sponsoring).

    Son dernier ouvrage, Coco Câline rouge et noire, heureusement plus posé dans la forme et aux vers bicolore d’un bel effet pouvant se chanter avec un minimum d’accords et sans le moindre engagement sartrien sur un vulgaire ukulélé, est dédié à Julien Sorel Doré. Il  fait partie des meilleures ventes de poésie parfumée au drugstore de mon quartier. La vidéo de sa lecture scandée par Serge Pey en grande forme pédopoétique a depuis sa sonorisation été vue douze fois (dont dix fois par moi, dans le cadre de cette humble recension).  

     

  • POUR ME FAIRE RIRE ! par DENIS BILLAMBOZ

      

    Il supportait les motards

    Mais les motardes lui montaient au nez

     

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    @

     

    Il attendait des amis motards

    Il attendait

    Qu’Arlette et David sonne

     

    @

     

    Elle avait un amant occasionnel

    Un intermittent du plumard

     

    @

     

    Il cherchait l’extase

    Il trouva l’épecstase

     

    @

     

    Pour tromper l’ennui

    Deux traders

    Jouaient à cash cash

     

    @

     

    Il avait une accoincointance

    Avec le directeur du canard

     

    @

     

    Un trouffion sevré

    Cherchait

    Un trou de fion serré

     

    @

     

    Bouddha bouda Buda

    La peste infestait Pest

     

    @

     

    Bouddha peste

    Qu’on croie les Hongrois

     

    @

     

    Au Salon du livre

    Les motos arrivent toujours

    Avant les motards.

     

    @

     

    Il s’était enrichi à la sueur de son fonds

    De commerce

    Elle s’était enrichie à la sueur de son fond

    De culotte

    Leur banquier s’était enrichi à la sueur

    De leurs fonds placés

     

    @

     

    Il avait de l’ambition

    Il a gravi la pyramide des âges

    Il n’a pas pu escalader celle de Maslow

    Bloqué beaucoup trop bas

     

    @

     

    Une épidémie de grippe

    A laissé les mous choir

     

    @

     

    Passionné d’aménagement du territoire

    Il oeuvrait dans le génie rural

    Pendant que sa femme

    S’activait avec la bitte à Urbain

     

    @

     

    Enfant de la patrie

    Enfant de la partie

    De jambes en l’air

     

    @

     

    L’alopécie précoce

    Dont il était affecté

    N’avait épargné

    Que le cheveu

    Qu’il avait sur la langue

     

    @

     

    Il était Très riche

    Mais n’était pourtant

    Qu’un pauvre con.

     

    @

     

    Mélenchon

    Macron

    Peillon

    Fillon

    Hamon

    Le Pen

    Cherchez l’erreur

    Trouvez l’horreur

     

    @

     

    Ils avaient reformé un groupe

    Avec des musiciens réformés

     

    @

     

    Le cuistot fut abattu

    En plein coup de feu

     

    @

     

    Il aimait dessiner

    Des corsaires, des sirènes, des frégates…

    Il croquait des mangas de la marine

     

    @

     

    Il savait qu’il était cimentier

    Mais il ignorait qu’il était si menteur

     

    @

     

    Boire du vin de messe

    Se baigner dans le lait d’ânesse

    Lire des nouvelles d’Hamesse

     

    @

     

    Pour faire une bonne omelette provençale

    Ne jamais mettre la sarriette avant les oeufs

     

    i27581-omelette-provencale-au-gouda.jpg

     

  • LECTURES ESTIVALES 2017 : CHAUDES NOUVELLES

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ 

    L’été c’est la saison du soleil et de l’amour, aussi j’ai choisi de vous proposer une chronique composée de deux recueils de nouvelles écrits sans pudibonderie aucune. Isabelle Simon a trempé sa plume dans toutes les humeurs corporelles pour évoquer les plaisirs de la chair même les plus violents. Et Stella Tanagra est peut-être allé plus loin encore pour raconter des histoires d’amour particulièrement crues et même parfois même à la limite de ce qui peut être écrit.

     

    couverture-outrages-pour-dames-12022017.jpg?fx=r_550_550OUTRAGES DE DAMES

    Isabelle SIMON

    Cactus inébranlable

    Isabelle Simon n’a pas trempé sa plume dans un bocal d’eau de rose pour rédiger les je ne sais pas combien nouvelles de ce recueil, je n’ai pas pris le temps de les compter tant j’étais absorbé par ma lecture, tournant vite la page à la fin de chacun des textes pour découvrir le suivant. On dirait plutôt qu’elle a utilisé tous les fluides que le corps peut secréter notamment ceux qui s’écoulent sous l’effet de l’excitation sexuelle. Elle est allée au plus profond des corps sans trop se soucier des problèmes des cœurs pour recueillir ces humeurs dignes de mettre en mots les histoires qu’elle raconte, des histoires d’amour charnel, des histoires de plaisir, des joies, des déboires, des frustrations, des douleurs. Tout ce que peut ressentir une femme dans sa chair, dans son corps, quand elle est remplie de désir, d’attente, de frustration et dans d’autres états encore. Tous les textes ne parlent pas d’amour et de sexe mais la plupart quand même.

    Isabelle ne raconte pas l’amour banal qu’on lit dans tous les romans dits d’amour qui n’émoustillent plus que ceux qui n’en avaient jamais lu auparavant. Non, elle raconte l’histoire de ceux qui vivent souvent dans la marge, qui recherchent des sensations différentes, des plaisirs interdits, des histoires crues car sincères et possibles et même plausibles et peut-être même vécues. Elle ne verse pas dans un romantisme suranné, elle s’intéresse plus à l’animalité des êtres, à leurs rapports sexuels crus, parfois violents, brutaux.

    L’aspect sentimental ou cérébral ne l’intéresse pas, elle veut seulement considérer des corps qui s’affrontent pour dégager du plaisir qu’il soit pour un, pour deux ou pour plus encore.isabelle-simon-internet-christinerefalo.jpg?fx=r_250_250

    La narratrice de l’une des nouvelles l’avoue (est-ce l’auteure elle-même ?) : « Il en a fallu, du temps, de l’impudeur et de franches rasades de honte pour - qu’un jour par surprise -, je découvre enfin la joie profonde qui me secoue jusqu’au tréfonds. » Il a peut-être aussi fallu du temps à Isabelle pour s’affranchir de toute la vieille pudibonderie jetée sur notre société, aux siècles précédents, par la plupart des religions, quand l’acte d’amour était encore souvent sanctionné par la procréation. L’amour est désormais beaucoup plus souvent acte de plaisir, isabelle raconte la quête de ce plaisir, les bons et les mauvais moments, sans aucune pudibonderie, crûment, sincèrement… Ses personnages sont crédibles, on croit à leur histoire.

    Et même si ce texte est cru, empreint de violence et de brutalité, il contient quelques passages très poétiques et son écriture ne perd jamais son élégance et sa finesse même dans les histoires les plus sordides. On peut dire les choses les plus crues sans pour autant s’égarer dans la vulgarité, ça Isabelle sait bien le faire, son écriture reste toujours aussi lisse quelque soit le sujet qu’elle traite. Elle ose dire ce que beaucoup ne veulent pas dire, le plaisir et le désir ne sont pas de vilains péchés mais des sensations qui font partie intégrante de la vie, des sensations que les femmes osent aujourd’hui revendiquer.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    41K1OIaHmGL._SX307_BO1,204,203,200_.jpgSEXE PRIMÉ

    Stella TANAGRA

    Tabou

    Stella Tanagra est un personnage à part dans la littérature érotique, elle ne vend pas, comme de trop nombreux auteurs, une soupe réchauffée aux fantasmes libidineux de tous les pervers de la planète, elle écrit dans des textes « aussi roses que noirs » oscillant entre érotisme et crudité, les pulsions qui dépassent la raison emportant tout sur leurs déferlantes. « Du fantasme indicible au passage à l’acte, Sexe primé déflore les convenances ». . Selon un biographe de la Toile, « C’est sa différence qui a modelé Stella TANAGRA telle qu’elle est : étrangère à toutes les convenances et conventions ». « Oser « être » sans « devoir paraître » est une ligne d’écriture profondément ancrée en elle, telle une scarification sur sa peau… »

    Stella Tanagra fait dire à l’un de ses personnages : « L’ailleurs et l’autrement m’intriguent : ailleurs qu’en mes tréfonds, autrement qu’en ma façon ». « Alors, sans sortir de moi, j’ai convié mes fantasmes à me rejoindre ». Cette attitude pourrait parfaitement s’appliquer à l’auteure des nouvelles présentées dans ce recueil tant elle a dû puiser au plus profond de son animalité pour faire sourdre les fantasmes les plus violents, les plus bestiaux, qu’elle étale dans ses textes. Il faut aller très loin au fond de sa sexualité pour évoquer des fantasmes aussi sordides que la nécromancie, la pulsion du tueur en série. Heureusement tous les textes ne sont pas aussi violents; d’autres, tout en restant transgressifs, évoquent une sexualité beaucoup plus raffinée même si elle déborde largement des convenances habituelles : l’histoire du vieillard qui retrouve son amour d’enfance dans sa dégénérescence sénile, la recherche du plaisir avec un, ou des inconnus, le plaisir de voir sa conjointe en prendre avec un autre… Quelques textes évoquent aussi la difficulté de la condition humaine : le manque d’amour générant la frustration sexuelle, et, à l’extrême, les fantasmes sexuels de la seule survivante de l’apocalypse. Mais, le texte que j'ai préféré reste celui qui décrit avec beaucoup de poésie une relation encanaillée entre deux gastéropodes.

    Stella Tanagra, dans un précédent ouvrage, Sexe cité, avait bien réussi à exciter le microcosme littéraire par son audace, sa crudité et sa propension à transgresser toutes les normes de la bonne société. Cette fois avec ce « Sexe primé », j’ai eu l’impression qu’au-delà du malin plaisir qu’elle prend à bousculer tous les tabous entravant la vie sexuelle, elle s’est livrée à un véritable exercice littéraire, réussissant à exprimer les choses les plus abjectes avec une certaine élégance littéraire, avec une belle écriture plus policée que polissonne, académique, fluide, riche… Même si le texte peut rebuter, il ne dit que des choses que l’on connait, alors que l’écriture de Stella Tanagra peut être, pour certains comme moi qui n’ont jamais croisé ses écrits, une vraie découverte. Pourquoi s’exciter quand on sait si bien s’exprimer ?

    Le livre sur le site des Éditions Tabou

  • LE PIED

    74956-157923.jpgC’était un pied d'humain (pes hominis) de type commun excepté le fait qu’il n’était relié à aucune autre partie du corps à laquelle d’habitude il est attaché (tel un vulgaire fichier) par tout un système compliqué et, il faut bien le dire, archaïque.

    On le voyait régulièrement se déplacer d’un endroit à l’autre de la maison. Il trouvait refuge dans un tiroir, une caisse, un dessous de meuble… On ne sait pas de quoi il se nourrissait, quelle était sa sexualité, ni d'où il provenait : il ne manquait de pied à aucun membre de la famille !

    Il ne parlait pas, n’étant apparemment pas pourvu d’un appareil de phonation ; parfois il criait quand on lui marchait sur les orteils. Enfin, ce n’était pas vraiment un cri, plutôt une espèce de réaction sonore à l’aplatissement de son être.

    D’ailleurs, il était peu sociable et il eût été impossible de le maintenir à la même place plus que quelques secondes pour qu’on pût le caresser, le humer, lui réclamer des renseignements sur son lieu de provenance, sur le sort réservé à son vis-à-vis. Il avait dû avoir une vie difficile, pour sûr, et beaucoup souffert, comme tout organisme vivant un peu sensible.

    Un jour, il se fit écraser par une voiture en passant d’un côté à l’autre de la propriété séparée par la grand-route, et toute la maisonnée le pleura. On enterra ses restes sous le tilleul où il aimait aller s'abriter du soleil. On n’est jamais parvenu à le prendre en photo, si bien qu’il ne nous reste aucune image nette de lui*. L’odeur qui le caractérisait imprégna longtemps les lieux après sa disparition, comme s’il avait voulu nous laisser une trace olfactive de sa regrettée présence.

     

    ___________________________

    * L'image illustrant cet humble hommage ne rend qu'imparfaitement compte de la grâce du pied défunt

     

  • UN TRÈS BEAU LIVRE DE POÉSIE: SEPEHRI L'ADMIRABLE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    421.3.jpgNé à Kâshân, petit village iranien qu'il dit "perdu", égaré dans sa mémoire, le poète, qui écrit en persan, donne de la solitude une nombreuse suite de poèmes que relient un style très délié, une science des anaphores, un sens du cosmos, une lecture de la nature et de la lumière :

    "je suis plein de chemins, de ponts, de rivières, de vagues" (p.135)

    "il faut laver les mots"

    (p.121)

    "une pomme suffit à mon bonheur"

    (p.115)

    Le poète, dont l'épitaphe choisie pour lui-même est en elle-même source, quête, apologue de la poésie ("Si vous venez me chercher/ Venez délicatement et doucement/ de crainte de briser le fin cristal de ma solitude", p.69), veille à ne pas "troubler l'eau", porteuse, sauvage, signe de nature.

    "Parfois la solitude apparaissait à la fenêtre, son visage collé à la vitre" (p.95)

    L'œil incisif du poète donne au long poème "j'ai vu", où l'anaphore relance sans cesse l'acuité de la vision, un vrai manifeste poétique.

    "J'entends le vent remplir et vider le bol" : celui pour qui "la vie est l'extase de la main qui cueille", autre façon de dire son métier des mots et des vers, en très grand sensationniste de l'essentiel (proche du sens tarkosvkyen des élémentaires- lait, vent, air, herbe) : "de cette eau recueillons la fraîche beauté" (p.125), insuffle une force à ces brefs versets comme des haïkus étonnants :

    " C'était le crépuscule.

    La voix de la conscience des plantes arrivait à l'oreille.

    Le voyage s'en était venu" (p.143)

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    Sohrab Sepehri 

     

    Une pure poésie traverse ces espaces du passé redécouverts grâce aux mots qui en puisent l'essence :

    "La cour était lumineuse

    Et le vent passait

    Et le sang de la nuit coula dans le silence de deux hommes" (p.151)

    Quoi d'étonnant pour qui dit "cheminer dans la jeunesse d'une ombre"

    "où que je sois, j'existe

    le ciel m'appartient" (p.114) vibre comme une revendication libre et osée : le poète possède tout si son regard s'assigne l'essentiel ("il faut se laver les yeux, ajoute-t-il encore, il faut voir autrement", p.114)

    Un grand livre.

     

    Sohrab SEPEHRI, Histoires de lune, d'eau et de vent, Maelström reevolution, 2017, 196p., 16€. Traduit du persan par Arlette Gérard, Christian Maucq et Parvin Amirghasemklhani.

    Le livre sur le site de Maelström Reevolution