• LE PETIT JARDINIER

    miel-et-fleurs.jpgLe petit jardinier avait trois fleurs qu'il maria à une abeille polygame.

    Avec le miel, il attira l'ourson dont il était amoureux.

     

     

  • LE PETIT GARÇON SUR LA PLAGE de PIERRE DEMARTY

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    31Y2vtPVmyL._SX195_.jpgLes larmes d'un homme 

    Un homme à la petite quarantaine, marié et père de deux garçons, se trouve seul en ce début d'été 2014. Sa femme et ses enfants viennent de partir en train pour leur destination de vacances, il doit attendre une semaine pour les rejoindre. De quoi rompre la routine de sa vie bien rangée, il se sent toutefois très seul et erre comme une âme en peine chez lui, ne trouvant plus les moyens d'avancer. La vie reprend son cours et un soir, ne sachant que faire, il entre au cinéma. Le film ? Il n'en a aucune idée. Il voit une affiche mystérieuse, style science-fiction, et le visage d'une actrice américaine sexy, sur une affiche. Il prend son billet, entre dans la salle, et attend la projection. L'histoire ? Une extraterrestre qui séduit des hommes et prend possession d'eux pour survivre. Ce film ne lui plaît pas plus que cela, il regarde sans voir, jusqu'à cette image, l'image d'un tout jeune garçon, encore bébé, qui ne sait pas marcher, assis au bord de la mer. Devant ses yeux, ses parents et son chien. Tour à tour, chacun d'eux va plonger, puis ne jamais revenir. Et le garçonnet, impuissant, se retrouve bientôt abandonné, pleure, puis hurle...

    Cet enfant émeut notre homme, il sent sa gorge se nouer, les larmes couler sur ses joues, s'étonne de tant d'émotion face à cette scène pourtant irréelle, il se sent pour un temps dans le corps de cet enfant, et s'interroge sur ce bouleversement insolite.

    3 septembre 2015. L'image d'un enfant étendu sur une plage, inerte, victime de la mer et de l'indifférence du monde, a fait le tour de la planète. Une sacrée claque pour chacun(e) d'entre nous, l'indignation a envahi les médias, la toile, les grands de ce monde ont réagi sur Twitter... et puis...

    Et puis de nouveau notre homme, encore fragilisé par le film vu l'été de l'année précédente, va replonger dans une profonde tristesse. Le pourquoi, le comment, le poursuivent à nouveau. 

     

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    Pierre Demarty



    Pierre Demarty, dans ce livre, entre dans le coeur et l'âme de cet homme. Un homme qui ne pleure jamais, qui vit sa vie tranquillement, sans heurt et sans grandes émotions. Heureux d'avoir fondé une famille, il protège les siens affectueusement, mais sans démonstration. La naissance de ses deux fils l'ont comblé de bonheur, mais c'est dans l'ordre des choses. Alors, quand il se trouve face à ces deux images, il est chamboulé par des sentiments presque inconnus, honteux de voir jaillir les larmes et le trouble. Peu bavard, son silence soudain n'étonne personne. 

    Lui seul sait, sent, même si à peine, cet été-là, combien ce silence en lui s'est infléchi. Ce n'est plus le même, plus exactement comme avant. Rien ne le trahit pourtant. Ce n'est presque rien, une imperceptible déclinaison. Comme une goutte d'encre diluée dans de l'eau claire, y ajoutant un rien de couleur, d'ombre, un rien d'âcreté que nul à moins d'y goûter ne saurait déceler.

    Très touchante, cette histoire est particulière par son approche. Le titre, plutôt évocateur, nous trompe sur le contenu du livre. On ne s'attend pas à ce dénouement, à ce voyage au plus profond d'un être que rien n'avait amené à se livrer autant. Prenant, émouvant, étrange, ce lâcher-prise en dit long sur les convenances, l'ordre établi et le refoulement des émotions chez la gent masculine. 

    Tout ceci est servi par une écriture empreinte de poésie, de pureté et d'émotion. Les descriptions sont autant de petits plus apportés aux lecteurs, afin qu'ils puissent visualiser les scènes sans trop d'interprétation personnelle.

     

         Le livre sur le site des Éditions Verdier 

  • LE SPECTACLE DE LA RENTRÉE

    professeur-au-tableau.jpgL’été, alors que l’enseignant moyen potasse ses cours de rentrée au soleil sous la tonnelle ou se prend en selfie escaladant un pic alpin, ce prof l’a passé à suivre des cours de comédie, de danse et de décathlon.

    Il faut dire que le rapport d'inspection de juin était accablant : Mauvais jeu de jambes et utilisation médiocre de l’espace scénique devant le tableau numérique, diction imparfaite, souffle court, expression faciale faible : l’enseignant ne croit pas en la matière qu’il enseigne et ne réussit pas à capter son public.  

    Dès lors, notre professeur mal noté a profité du congé pour retravailler ses textes, il a perfectionné son jeu de jambes, tenté l’entrechat, réussi le grand écart, forci son souffle et a même donné, à titre de répétition générale, son cours dans un festival de stand-up de sa région, devant un public conquis.

    La vidéo du spectacle a fait un tabac sur Youtube et le secrétariat de son école doit aujourd’hui, pour satisfaire toutes les demandes, refuser des inscriptions malgré l’ouverture de cinq modules du même cours. 

    L’inspecteur a déjà réservé sa place dans la loge VIP que le directeur de l’établissement a fait spécialement aménager pour qu'il assiste dans les meilleures conditions au premier cours de son enseignant vedette.

     

  • COMME ASTATROMPF

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    ASTATROMPF déteint sur moi. C’est indéniable.

    Plusieurs de mes amis me l’ont dit : Tu te mets à parler, à penser, à agir comme lui ! J’adopterais, selon eux, jusqu’à son ton de voix, sa manière de parler, les façons de se comporter, ses tics d’écriture, ses manières de faire l’amour et de se masturber.

    Y compris, de manière anecdotique, j’en conviens, mais tellement parlante, cette façon que j’ai de me situer politiquement au point de fuite de toutes les tendances, fragile point d'équilibre gardé par une pléthore de gardes-chiourmes zélés, à la frontière de l’extrême gauche et de la droite radicale, sans toutefois jamais franchir la ligne rouge, celle d’un totalitarisme affirmé. Mais me surprenant parfois, quand je suis hors de moi, donc de lui, à traiter de nazillon le centriste modéré sans parler du type qui s’affirme à droite, qui s'affiche un poil libertaire... À faire alors mauvais usage des mots et des idées. À parler et à penser injustement.

    COMME ASTATROMPF, le sens des mots m’échappe parfois et je me sens gauche, terriblement gauche. D’ailleurs, COMME ASTATROMPF, j’écris de la main gauche. COMME ASTATROMPF, je me lève du pied gauche. COMME ASTATROMPF j’ai la mèche à gauche. COMME ASTATROMPF, je porte et supporte à gauche. Comme ASTATROMPF, je suis pacifiste, immodérément. COMME ASTATROMPF, je suis panthéiste, absolument. COMME ASTATROMPF, je suis vegan, sans miel de Manuka ni oeufs d'esturgeon. COMME ASTATROMPF j’évite de me transformer en déchet, je me préserve pour la planète, je ralentis ma décomposition mentale et physique. COMME ASTATROMPF, je suis pure puissance, pur désir d'ignorance. COMME ASTATROMPF je suis altruiste, démesurément. Antispéciste, minéralement. COMME ASTATROMPF, j’affiche un grand, un inconsidéré amour de l’humanité et du taureau. COMME ASTATROMPF, j’embrasse le monde entier sur la bouche et le monde entier me prend dans ses bras et entre ses jambes. COMME ASTATROMPF, je suis pour une redistribution totale des richesses et des pauvretés. COMME ASTATROMPF, j’ai un sens munificent du partage, de la générosité et du bon usage des vertus théologales. COMME ASTATROMPF, je crois en une communauté des êtres et des marchandises régie par le bien, le beau et le grand. COMME ASTATROMPF, je ne supporte pas les Modérés, les Aristotéliciens-apôtres-du -juste-milieu, les Empêcheurs de faire le bien comme de penser en rond, les Philosophes, pour tout dire, les Analystes de tout poil, Les Coupeurs de cheveux en quatre, les Scientifiques et leurs formules, les Sceptiques et les Cyniques, les Héraclitéens et les Parmenidiens, Les Relativistes et les affreux Individualistes qui attentent à ma vision de l’universel. De l'arène pour tous. Du cirque mondial…

    Je crache sur eux, je les conspue, je les honnis aussi fort que je peux, ma réserve de mépris est abyssale, et, comme ASTATROMPF, j’ai un souffle phénoménal. J’ai des crachats en cascade et une salive monstrueuse quand il s’agit de les conchier, de les inonder de mon auguste et gluant dégoût.

    Comme il l'exerce sur dix pour cent (au moins) de la population mondiale, ASTATROMPF exerce une influence considérable sur ma personne. Et tous les jours qu’ASTATROMPF fait, j’en tire un grand réconfort, je lui suis redevable de ce bonheur sans égal. Je le sais à l'écoute du plus faible, du plus humble de ses supporters. Je sais qu’il ressent profondément et humidement mon amour pour lui.  

    À force de l’entendre, de le lire, de calquer mes prises de position sur les siennes, de le parodier, de le plagier même, de conformer mes prises de parole à ses discours, ASTATROMPF a déteint sur moi. Oui, il m'a taché et je bénis chaque jour le saint chrême de ses souillures. Certains vont jusqu’à penser que je suis ASTATROMPF, jusqu’à me faire accroire que je suis pleinement lui, que je parle par sa voix, que je m’exprime par ses écrits, que, lorsque je me touche, c’est lui que je touche, que lorsque je me branle, c'est lui que je branle, que j'embrasse avec sa bouche, que je baise avec son sexe, que je dégaze dans ses pets, que je marche dans ses pas.

    Il me reste un pour cent de libre arbitre, estiment mes amis, ceux-là qui, péniblement, contre vents et marées, contre des pressions innombrables et de tous ordres, ont résisté à lui ressembler et ont encore (mais pour combien de temps?) l'audace de me confier ces terribles vérités. Mais je les plains, ils ne sont pas heureux, ils ne connaissent pas ma félicité. À résister de la sorte, ils se font mal, trop de mal, ils combattent l’inclination de leur pente naturelle à aimer ASTATROMPF au-delà de tout, à vivre selon ses principes, ses préceptes, vrais et louables.

    Mais cette proportion, à supposer qu’elle soit exacte, sera-t-elle suffisante pour inverser la tendance, reprendre possession de mon quant-à-soi ? 

    (Mais je me méfie, je le répète, des penseurs et des philosophes, des analystes et des aliénistes, des scientifiques et de leurs statistiques, des journalistes et de leur façon de tout remettre en cause; ne veulent-ils pas tous autant qu’ils sont me détourner de mon attachement à ASTATROMPF et des vérités qu’il prodigue?)

    Et en ai-je vraiment envie, en ai-je seulement besoin, et cela me sera-t-il bénéfique?

    Et quand bien même le voudrai-je, me laissera-t-on reprendre possession de mes facultés propres ?

    Les gardiens du temple, avides de prendre la succession d’ASTATROMPF ou d’être adoubés par lui de son vivant, l’autoriseront-ils ?

    ASTATROMPF occupe une telle place dans la pensée mondiale, sur le petit peuple des faiseurs d’opinions, de ses adorateurs qui se suivent et se retweetent comme une meute de chiens de berger !  

    Puis, enfin, ai-je envie de ressembler, comme l’autre partie de la population mondiale, à TROMPFATSA qui n’aime personne, qui détruit la planète, guerroie et festoie comme un peuple entier de rabelaisiens ? Comme TROMPFATSA qui ne pense qu’à lui, qui est immensément riche et immensément gras et immensément grand et puissant, au-delà de toute imagination?

    À tel point que certains laissent entendre qu’ASTATROMPF ne serait qu’un de ses nombreux avatars. Mais on profère et relaie tellement de choses folles et invérifiables par les scientifiques et les philosophes. Il y a tellement de faux intellectuels, d’écrivains et d’artistes minables et minuscules qui s’envient les uns les autres à défaut de faire œuvre utile, neuve, originale et sincère, et qui, pour complaire à ASTATROMPF d’un côté, à TROMPFATSA de l’autre, quand ce ne sont pas les mêmes, si prompts à  colporter de fausses rumeurs, à lancer des anathèmes, à discréditer sans savoir.... qu’on ne se sait plus qui et quoi croire, à qui confier ses vœux et ses attentes, ses prières et ses souhaits d’un monde nouveau, d’un monde meilleur, d'un monde parfait, d’un monde régi absolument par ASTATROMPF. Ou TROMPFATSA.

     

  • LECTURES ESTIVALES 2017: ÉTRANGE DESTIN

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Dans cette chronique, j’ai réuni deux textes présentant des histoires d’amour extraordinaires, des histoires d’amour sans issue possible, des destinées construites dans le malheur : un yéménite laïc qui retrouve son amour d’enfance devenue une intégriste sanguinaire, une bonne anglaise sans aucune famille qui perd son amour et découvre le talent qu’elle ne soupçonnait pas. Deux beaux romans.

     

    41Kpa-cRCmL._SX195_.jpgLA FILLE DE SOUSLOV

    Habib ABDULRAB SARORI (1956 - ….)

    Traduit en 2017, ce roman a été écrit en 2014 juste quand a commencé la guerre de Saada, une confrontation entre des rebelles zaïdistes et le gouvernement yéménite. Les insurgés, les Houthistes, se plaignent d’avoir été marginalisés par le gouvernement tant sur le plan politique, qu’économique et religieux. Ce conflit n’est pas éteint, le Nord et le Sud du pays se déchirent toujours aussi violemment, ce roman permet de mieux comprendre son origine et ses divers développements.

    Avant de poursuivre, en 1970, ses études à Paris où il pense assister à la fin du capitalisme, Amran, le héros et certainement un peu l’auteur de ce roman, a participé aux émeutes marxistes qui ont agité le Yémen après l’indépendance du pays en 1967. Sarori raconte à travers les aventures amoureuses d’Amran les différents épisodes de l’histoire qui ont affecté le Yémen depuis son indépendance. Quand il était môme Amran rencontrait, dans une boutique d’Aden, une jeune et magnifique jeune fille, ils ne se parlaient jamais mais elle le regardait avec une intensité magnétique. Cette beauté était la fille du responsable de l’idéologie du parti, celui que tous appelaient Souslov car il avait suivi, à Moscou, l’enseignement du célèbre théoricien marxiste. Ainsi sa fille était devenue la Fille de Souslov.

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    Habib Abdulrab Sarori

    A Paris, Amran rencontre sa future épouse, Najat, dont il est follement amoureux jusqu’à qu’elle soit foudroyée lors des attentats du métro Saint Michel commandités par des mouvements islamistes extrémistes. Amran est revenu régulièrement au Yémen et, lors de l’un de ces voyages, après le décès de son épouse, il rencontre chez sa sœur, à Sanaa, une femme au regard magnétique qu’il pense reconnaître, elle se dévoile pour qu’il l’identifie avec certitude. C’est bien elle, la Fille de Souslov, elle a changé de nom et surtout de conviction, elle est devenue l’un des cadres importants et virulents du pouvoir religieux. La différence de conviction, lui toujours un peu socialiste et surtout grand défenseur de la laïcité, elle franchement religieuse et sans aucun scrupule pour faire triompher sa cause, ne les empêche pas de renouer leur amour en lui donnant une vraie consistance sexuelle, elle devient sa maîtresse, il la partage avec un vieil imam fort influent dans les mouvements islamiques.

    Ce couple magnifique mais fort improbable symbolise le Yémen coupé en deux : le Nord religieux et traditionaliste et le Sud moderne, ouvert sur le monde et plutôt marxiste. Une belle allégorie que Sarori développe pour expliquer ce qui sépare ces deux régions qui ne se rencontreront jamais, qui n’ont pas plus d’avenir que ces deux amoureux que tout éloigne sauf l’amour. Abyssale, comme Amran appelle son amante, explique sans état d’âme et avec conviction : « Nous sommes dans une guerre éternelle contre les impies. C’est une guerre, et non un caprice, mon chéri. Ils nous tuent comme ils peuvent et nous les tuons comme nous pouvons. »

    Tout espoir est définitivement perdu au grand dam de l’auteur qui croyait tellement à la révolution, au modernisme, à la liberté, à l’égalité, à la laïcité… Les potentats s’opposent, se détruisent, se vengent, se prennent tour à tour le pouvoir et écrasent chacun à son tour leurs pauvres sujets. « Le seul perdant serait le petit oiseau, le rêve de révolution yéménite, envolé trop tôt ».

    Le livre sur le site d'ACTES SUD

     

    9782070178711LE DIMANCHE DES MÈRES

    Graham SWIFT (1949 - ….)

    En Angleterre, le jour des mères, les maîtres donnent congé à leurs employés de maison pour qu’ils puissent visiter leurs parents. Ce 30 mars 1924, les Niven, les Sherigham et les Hobday respectent la tradition et laissent leurs domestiques, surtout des femmes car les hommes ont souvent disparu lors de la terrible guerre sur le continent, aller visiter leur famille. Mais, Jay n’a pas de famille, alors elle attend un coup de fil de son amant qui arrive bientôt, il l’invite dans la maison familiale qui sera vide car les trois familles ci-dessus ont décidé de faire un pique-nique en l’honneur du futur mariage de la fille Hobday avec Paul Sherigham l’amant de Jay, la petite bonne des Niven.

    Le décor est planté : les maîtres piquent-niquent, les domestiques sont dans leur famille respective, les futurs mariés se sont donné rendez-vous dans une auberge. La tragédie peut se nouer, le futur époux s’attarde auprès de sa maîtresse pour un dernier rendez-vous. Il lui laisse la demeure, se fait beau et quitte la maison au volant de sa voiture fonçant vers son destin.

    Bien longtemps après, elle a alors 98 ans, Jay répond aux questions des auditeurs de l’une de ses lectures, elle leur dit qu’elle a décidé de devenir écrivaine après cette tragédie mais elle ne raconte pas les amours ancillaires qu’elle a vécues avec le beau Paul, ça, personne ne l’a jamais su. Elle évoque surtout Conrad qu’elle admire, les mots qui sans cesse lui jouent des tours, qu’elle n’arrive pas à maîtriser, « … elle était obsédée par le caractère changeant des mots. Un mot n’était pas une chose, loin de là. Une chose n’était pas un mot. Cependant, d’une certaine façon, les deux – choses – devenaient inséparables. »

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    Graham Swift 

    Qu’aurait été sa vie sans cette tragédie ? Que serait-elle devenue, elle, la petite orpheline placée dès son plus jeune âge ? Heureusement, elle savait lire et Mr Niven lui avait ouvert les portes de sa bibliothèque, elle avait pu ainsi confondre sa vie misérable avec les histoires qu’elle pouvait lire. « C’était la grande leçon de la vie, que faits et fiction ne cessaient de se confondre, d’être interchangeables ».

    Le malheur avait sorti cette pauvre soubrette de sa médiocre condition pour en faire une auteure connue et reconnue mais aussi une femme lucide qui avait bien compris que la vie n’était que hasard et qu’elle pouvait basculer d’un côté ou de l’autre au moindre souffle du vent. Le succès ne lui avait pas fait tourner la tête qu’elle avait gardée bien froide malgré son grand âge. Elle aimait répéter à l’adresse des auteurs comme des lecteurs : « Eh bien vous devez comprendre que les mots ne sont que des mots, un peu de vent, c’est tout… »

    Le livre sur le site des Éditions GALLIMARD

    Les romans de Graham Swift chez Gallimard

  • VIRGIN ROAD de FLANNERY HILL (Ed. Stock)

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    Tableaux vivants

    Dans Virgin road, une narratrice prénommée Fanny se déplace de ville en ville dans l’Amérique profonde. Elle soupçonne d’être suivie ou l’est réellement, on ne le sait pas bien tout au long du récit qu’elle fait de son périple où se mêlent tout à la fois description des lieux traversés et méditations fantasmatiques sur les scènes qu’elle va jouer. Une fois sur son lieu de résidence, souvent des motels, en périphérie des villes, elle ne sort que secrètement, masquée ou méconnaissable, pour se réfugier dans une salle de cinéma qui diffuse de vieux films ou acheter quelques produits de pure nécessité...

    En soirée, elle participe à des spectacles vivants, publics ou privés, qui lui font rejouer des tableaux américains (Bellow, Currin, Goeffroy, Hopper, Salle...) des scénes de crime, souvent dans le plus simple appareil. Soft ou bien hard, elle est donc souvent nue, offerte aux regards de spectateurs souvent plus concupiscents qu’animés de considérations esthétiques. Là, elle réussit à s'extraire du présent et à pénétrer en elle, revisitant des épisodes de sa vie réelle ou imaginaire. Quand elle reprend c'est esprits, c'est pour voir en chacun des spectateurs un possible meurtrier. Son angoisse augmente au fil de son déplacement mais elle s’est promis d’aller au bout de sa tournée, d’honorer toutes les dates de son agenda…EmilyBinghamWEB.jpg

    C’est narré dans une prose fluide mais tendue, qui détaille plus les états d’âme de l'héroïne que ce qu’elle observe et finit par ne plus voir. Elle se déplace en somnambule automate, en vengeresse de plus en plus décidée... 

    Flannery Hill a écrit trois courts romans qui scannent l’Amérique des grands espaces à la façon d’un Sam Shepard mâtiné de Stephen King, lit-on en quatrième de couverture. Ce roman-ci est le premier traduit en français, par les soins de Nancy McEwan.

    Editions Stock, collection La cosmopolite, 168 pages, 18 €

    Le site des Éditions Stock

     

  • THÉORIE DU TAPIR / ÉRIC ALLARD

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    Le tapir est le plus gros de tous les quadrupèdes de l'Amérique méridionale, et il y en a qui pèsent jusqu'à cinq cents livres ; or ce poids est dix fois moindre que celui d'un éléphant de taille ordinaire.  

    Buffon

     

    1.

     

    Maison du poème

     

    D’un poème faire une maison

    Où les mots seraient des pierres

    Et la césure, le ciment

     

    Bâtir sur des murs d’images

    Une espèce de roman

    À sensations

     

    Mettre le feu au papier des fondations

    Ouvrir la fenêtre sur le foyer dévorant

    Lire jusqu’à ce que flammes expirent

     

    D’urgence sortir

    Par la cheminée

    L’enfance du feu

     

     

     2.

     

    Vue vive

     

    J’appuie où le vent

    Soulève des montagnes

     

    Dans la plaine, des yeux

    Remontent le courant de l’étoile

     

    Jusqu’à s’assourcer

    Au regard océan

     

    Sans la vue de la vie aux origines

    Que seraient nos accouplements ?

     

     

     

    3.

     

    La mousse du passé

     

    De la mousse du passé

    Sortent les poissons du songe

     

    Ils vont deux par deux

    En contemplant les rives

     

    Sans jamais arrêter la beauté

    Ni attenter au courant

     

    Les lieux tombent où ils plongent

    Où ils vont pour se désaltérer

     

    Dans le levain des livres

    Dans l’air lisible du matin

     

    Dans la poussière du couchant

    On les voit descendre vers la mer

     

    Pour rejoindre l’embouchure

    Source du poème présent

     

     

    4. 

     

    La pierre du souvenir

     

    La pierre du souvenir

    Coince la porte

     

    Ton corps nu

    Déforme la nuit

     

    J’avance à tâtons

    En me servant de ta voix

     

    Nul n’éclaire

    L’entrée du songe

     

    Comme ta peau

     

     

     5.

     

    Le conseil d’administration

     

    La terre en chemin

    Bannit l’espace

     

    L’aigle fond

    Au soleil de midi

     

    Le rouge au blanc succède

    Au fronton du spectre

     

    Quatre à quatre un fantôme

    Descend l’escalier du jour

     

    Je réunis sur le champ

    Le conseil d’administration de mes forces

     

    Pour appeler à la guerre

    Contre le temps

     

     

    6. 

     

    L’instant

     

    Pendu

    À la potence du temps

     

    J’attends

    Que l’instant

     

    Me décroche

     

     

     7.

     

    Si tu rêves

     

    Si tu rêves

    C’est que ton sexe est au repos

    Que la nuit est forêt

     

    Corps de feuilles et de branches

    Ayant pris racine dans la terre du temps

    Pour modeler la nuit à son image

     

    Si tu rêves

    C’est que la seiche crie famine

    Que l’ennui disperse les cris des fourmis

     

    Corps de femme et de sarments

    Ayant pris la forme d’un enfant

    Pour modeler la chair à son image

     

    Jusqu’au matin tu as besoin

    Du corps de garde du rêve

    Jusqu’à ce que la nuit t’achève

     

     

    8.

     

    Grand froid

     

    Mer de glace

    Dans mon verre

    De lait

     

    L’oiseau tombé

    Du gel

    Cristallise ma soif

     

    Je brise l'envol

    Avec les dents

    Avant de fondre

     

    Dans le blanc

     

     

     9.

     

    Les astres à la figure

     

    Toute la nuit

    Je te jette les astres

    À la figure

     

    Des coupons d’étoile

    Altèrent

    Tes cordes vocales

     

    Avec les éclats

    Tu fabriques des colliers

    Des cantates

     

    Avec le silence

    Des notes sculptées

    Dans le cristal

     

    Avec l’écho

    Du son taillé

    Pour les pierres

     

    Au matin

    Le soleil cassé

    Recueille les bris de voix

     

    Je débarrasse

    La table d’écoute

    Des miettes de son

     

     

     10.

     

    Le tapir et le boa

     

    Le tapir et le boa

    Marient leurs ombres

    Sur la coquille du jour

     

    La main cachée de la sirène

    Appelle le corps de la mer

    À multiplier les marées

     

    Un sommeil gonflé de songes

    Nourrit la source

    D’un ruisseau fantôme

     

    Près d’une nuit au cou

    Aussi long qu’un silence

    Un feu de rapine se consume

     

    Sur les ruines du soleil levant

    Les couleurs fatiguées du peintre

    Relèvent le blanc d’une robe

     

    Entre les lignes du secret

    On devine la forme du coeur

    Qui ferme l’aorte

     

    Avant qu’un nouveau son

    Appelle au démembrement de l’air

    Sur l’échelle des turbulences

     

    Avant qu’un nouveau pas

    N’ébranle l’espace séparant

    Le prédateur de sa proie

     

     

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  • LA NUIT DU SECOND TOUR d'ÉRIC PESSAN

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    ppm_medias__image__2017__9782226328700-x.jpgLa nuit secrète des atmosphères tendues ou tendres chez Pessan. Dans ces destins croisés au cœur de "La nuit du second tour", les rues, les humeurs de la ville (jamais nommée), les tensions nées d'un résultat (jamais dévoilé avec force détails), les rencontres insolites (vagabonds, SDF, errants) donnent force au tableau d'une société en déglingue, qui génère peurs, doutes, ceux d'une violence ordinaire, ceux aussi de la perte d'emplois et de valeurs.

    Dans une écriture qui joue du contrepoint et d'infimes articulations verbales, Pessan unit les "vagues" assourdissantes de la mer (où Mina "se mine" les sangs) et des rumeurs d'une ville "en ébullition" (dans laquelle David tente de trouver sa voie).

    Un second tour, deux personnages principaux dont la vie en contrepoint éclaire cet univers sans nom, où même les indications de temps et de lieux pourraient nous être de quelque recours.

    Pessan aime ces êtres déboussolés, à l'heure où il faut sonner quelques bilans : des élections qui ont mal tourné, offert la voie à ce qu'on ne voulait jamais connaître; une vie amoureuse qui s'est délitée et dont on regrette les tendres souvenirs, les sensuelles caresses au corps; cet unanimisme qui traverse la société au moment même où tout se déglingue, comme si toucher, parler, s'inventer une autre vie devenaient de vrais motifs d'agir et de penser...

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    Éric Pessan

     

    David et Mina, universelles figures de ce que l'être en déperdition peut vivre, et oser. Puisque, tout de même, au bout du rouleau, il y a autre chose à vivre, quelque espoir sans doute...

    Certes, David aura erré, perdu sa voiture, vu la violence à ses basques, traîné sa mélancolie et son désintéressement, vécu une affreuse nuit de cauchemar entre véhicules incendiés (comme hier à Sarcelles, à Villiers-le-Bel...), courses folles et déshérence...

    Mina, que mène en bateau la vie de mer, aura elle aussi cauchemardé, ressassé, désappris et appris...

    Le monde de Pessan n'est ni dichotomique ni fleur bleue ni à message variable ni didactique : son roman ressemble étrangement à la vie ordinaire, avec ses aléas, ses maigres embellies.

    Un 33e livre pour cet auteur doué, né en 1970, et que les lecteurs devraient suivre avec ferveur.

    Lisez Eric Pessan!

    (Albin Michel, 2017, 176p., 16€)

    Le livre sur le site d'Albin Michel

    Éric Pessan dans L'Impératif #3, par Thierry Radière

  • LECTURES ESTIVALES 2017: LE PLAISIR DANS LA DOULEUR

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    J’ai longuement hésité avant de vous présenter ce texte mais, comme je n’ai pas pour habitude de pratiquer la censure sauf dans des cas où il est nécessaire de rejeter certaines lectures pour des raisons purement éthiques ou humanitaires, je vous le propose, tout en prévenant les âmes sensibles qu’il évoque un monde bien particulier qui à ses adeptes que je respecte comme tous les ceux qui adoptent des pratiques inhabituelles. Ce livre dit les choses clairement, avec passion, sans aucune vulgarité.

     

    41QK4ql5XGL._SX307_BO1,204,203,200_.jpgMARQUÉE AU FER

    Eva DELAMBRE (1978 - ….)

    Editions Tabou

    Quand Laura rencontre Hantz, c’est le M de SM qui rencontre le S de Sadisme, elle n’est qu’une toute jeune fille, même pas majeure, qui voudrait que son maître la traite plus rudement mais il n’en a pas envie, il ne veut pas la faire souffrir. Elle a fait connaissance de la douleur quand elle n’était qu’une adolescente qui se tailladait les bras avec un couteau pour évacuer le mal être qui lui pesait lourdement sur les épaules. Elle se sent viscéralement masochiste, elle écrit : « J’ai envie d’affronter cela. Envie de connaître ces sensations, de savoir comment je parviens à les supporter. Plus encore, finalement, j’ai envie de sentir que Hantz aime me faire mal ainsi, et qu’il prend du plaisir à le faire ». Alors Karl la confie à maître Hantz qui est, lui, le S de sadisme, un vrai sadique capable d’infliger à ses soumises des traitements à la limite des tortures pratiquées dans certaines geôles. Le S et le M de SM ainsi idéalement réunis, Laura peut tester ses capacités à endurer la souffrance et sa dévotion à un maître. Hantz essaie de la conduire là où il n’a jamais conduit une soumise, à la limite de la souffrance humaine. Ainsi le maître va progressivement se sentir emporter par l’attente de sa soumise, impuissant devant sa capacité à supporter ses sévices et humiliations.

    « Il avait du mal à réellement sentir ses limites d’acceptation et dans le fond, il estimait qu’elle ne méritait pas qu’il la pousse jusque-là ».

    Selon son éditeur, Eva Delambre a fait la découverte du BDSM depuis quelques années et on ressent bien à la lecture de son texte qu’elle sait de quoi elle parle, qu’elle a une véritable expérience. « … lorsque mon corps ne retient que la souffrance, la véritable satisfaction n’est plus physique, mais uniquement mentale, elle est liée à ma propre résistance, à ma capacité à endurer ». Mais, on ressent bien également qu’elle n’est pas allée jusqu’aux limites qu’elle évoque dans ce roman, on devine assez vite que son imagination s’est nourrie des fantasmes qui l’habitent et qui agitent ses sens. Pour elle les pratiques masochistes sont des pratiques comme les autres et pas plus déviantes que les pratiques homosexuelles ou autres. Laura raconte son entrée en BDSM et affirme ses penchants sexuels sans aucune honte ni culpabilité. « … je replonge dans mon passé, je retourne voir la petite fille que j’étais, je lui parle. Je lui dis ce que j’aurais aimé qu’on me dise à l’époque. Je fais la paix avec moi-même… Je refuse de me sentir coupable de ce que je suis. Je refuse d’avoir à m’en excuser, d’avoir à le cacher, d’en avoir honte ».

    Ce roman choquera certainement les lecteurs non avertis, moi-même je n’ai pas tout accepté, notamment l’âge de l’héroïne, certaine pratiques dignes des nazis et des comportements très tendancieux. Pour le reste, bien que n’ayant aucune connaissance en la matière, je conçois assez facilement que chacun assume ses désirs et envies sexuels même si c’est au prix d’une certaine souffrance acceptée et même recherchée. Il faut comprendre que nous n’avons pas tous les mêmes envies et désirs et que certains vont rechercher le plaisir là où nous ne pensions pas qu’il puisse se nicher.AAEAAQAAAAAAAAn1AAAAJDJkMTc4NjNjLWFkMzktNDcyNi1iZmUxLTY0NzhlNGQ2YzYzZA.jpg

    Eva Delambre écrit avec passion des romans érotiques consacrés au BDSM, à travers les trois derniers, bien que les personnages soient différent, elle décrit le parcours qui pourrait être celui d’une jeune femme attirée par la soumission, en trois étapes qui correspondent aux titre de ces romans : L’éveil de l’Ange, les premiers émois, les premières envies, les premières expériences ; L’envol de l’Ange , la découverte de la soumission effective et des premières séances SM et enfin ce dernier ouvrage qui conduit l’héroïne au paroxysme de ce qui peut être supporté, au summum de la dévotion et du don de soi.

    Une écriture douce, élégante et passionnée pour dire des choses violentes mais jamais vulgaires ni triviales, des choses qui peuvent choquer sans jamais répugner. C’est aussi une approche différente des corps, une façon différente de rencontrer des êtres avec lesquels on peut partager des pratiques différentes.

    Le livre sur le site des Éditions Tabou

    Eva Delambre sur le site de l'éditeur

  • CRÉATION D'UNE TASK FORCE EN VUE D'ÉRADIQUER L'USAGE DE "TASK FORCE"

    29976883_M.jpgLa Commission de Lutte contre les Expressions Nazes, en accord avec le ministère de la Marine (d’où est issu le concept), signale dans un communiqué de presse qu'elle vient de créer une task force,  constituée des meilleurs linguistes francophones, afin d’éradiquer l’expression anglo-saxonne des nombreux supports médiatiques où elle a trouvé refuge cet été et qui s’est propagée dans le langage courant comme une onde de forme dans le mouvement New Age (pour donner une idée vague de la vitesse de propagation).

    Les pleins pouvoirs, licites et illicites, seront donnés à cette task force pour parvenir à ses fins, précise le communiqué.
    Toute personne ayant été à prise à employer l’expression sera contrainte d’écrire ou de répéter (au choix) task force jusqu’à ce que dégoût s’ensuive. Le dégoût devra être acté par une task force formée de médecins huissiers.

    Ce message et son auteur s’autodétruiront donc au terme d’une période fixée en secret par la task force mais qui ne devrait pas excéder dix jours.  

     

  • MILIEU DE VIE

    LeoAndyPhillipsonmin.jpgDans la maison conjugale de ce couple, le mari vivait à l’envers, c’est-à-dire au plafond. Il faisait tout en compagnie de sa femme mais à quelques dizaines de centimètres de distance.

    Quand le couple eut des enfants (par procréation médialement assistée), ils vécurent en apesanteur entre le sol et le plafond, à égale distance pour ainsi dire de leurs parents.

  • LA VIE EN ROSE

    rozsak.jpgUn jour de juillet, cette femme entreprit de couper avec un sécateur toutes les fleurs de ses cinquante hectares de rosiers. Elle y mit tout l’été puis se trancha la gorge, péniblement, car l’outil avait beaucoup servi.

    Elle n'avait soudain plus supporté de s'appeler Rose ainsi que toute sa vie construite autour, elle qui aurait tant voulu voir la vie en pervenche.

  • UNE PERFORMANCE

    img55551379a11bb.jpgL’homme de 92 printemps franchit les cinquante mètres le séparant d'un balcon du quinzième étage au sol en 3 secondes 16 centièmes, soit une vitesse à l’impact de plus de plus de 110 km/h.

    L’exploit* relayé en direct sur un réseau social fut salué par des milliers d'internautes qui ne manquèrent cependant pas de présenter leurs condoléances à la famille du pétulant sportif.

     

    ________

    * On peut raisonnablement parler d'exploit pour un homme de cet âge habitué à filer moins vite

  • TROMPERIE, LONGUEUR DE TEMPS & INSTRUMENTS DE MUSIQUE

    clarinette-sib-yamaha-ycl-255s.jpgPour autant que je m’en souvienne, elle m’a trompé avec un trompettiste et moi avec une tromboniste.

    Entre-temps, si je ne me trompe, nous mêlâmes à nos ébats un sextoy en forme de clarinette qui lui tira des cris de joie s’apparentant à des sons filés.

  • MON PORTRAIT TOUT TACHÉ

    Elle m’a peint.blood-297828__180.png

    Puis je l’ai tuée, parachevant de quelques giclées de sang son très attachant portrait d’assassin.

  • BREFS APERÇUS SUR L'ÉTERNEL FÉMININ de DENIS GROZDANOVITCH

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE 

     

     

     

     

     

    51RH49hKhZL._SX302_BO1,204,203,200_.jpgDécryptage complaisant

    Au vu du titre, "Brefs aperçus sur l'éternel féminin", je me suis longuement interrogée sur ce que contenait ce livre, craignant le regard de l'auteur sur la gente féminine. Dès les premières pages, je me suis amusée. 

    Denis Grozdanovitch retrace le fil de sa vie, et les rencontres et/ou conquêtes qui ont jalonné son existence. Les filles qu'il évoque sont toutes différentes, et présentent tant de particularités qu'il y avait lieu, effectivement, de s'interroger plus avant et d'en compiler cet ouvrage. Des premiers émois, plutôt sensuels qu'amoureux, à la tentative de conquête affirmée, des histoires naissantes aux "vents" inavouables, l'auteur décrit physiquement et psychologiquement ces différentes femmes, de façon très respectueuse. Ce sont souvent des Déesses, des canons de beauté, l'une artiste recluse, l'autre cover-girl, ou encore aristocrate italienne en mal de modernité, elles brillent aussi parfois d'intelligence, de subtilité, ou jouent de séduction. 

    Les histoires, ou plutôt anecdotes, sont pleines de détails, certaines scènes offrent une grande perception visuelle. L'émotion, l'intensité, la poésie trouvent également leur place au fil des pages, sur fond d'humilité, car l'auteur se renvoie ses échecs ou son manque d'audace en pleine face. Une pointe d'humour parfois, une grande lucidité toujours, ce livre montre la Femme sous toutes les facettes ce qu'elle peut présenter, fatale, mystérieuse, instinctive, calculatrice, désarmante, provocatrice, directive, envoûteuse, sorcière etc... Et notre pauvre auteur, submergé de tant de complexité, essaie de décrypter les codes et de ne pas trop pâtir de ces expériences. 

    Il évoque par ailleurs longuement l'enfance, la petite fille, en étudiant "Alice au pays des merveilles" et les dispositions de Lewis Carroll à son écriture, ainsi que celles d'autres auteurs ayant mis en avant la petite fille dans leurs oeuvres. 

    Un petit passage pour méditer... 

    Le fin mot est ici lâché : le poète souffre d'avoir dû devenir une grande personne, "une personne qui a raison, une personne perpétuelle". Or le poète n'est-il pas celui qui, précisément, a su préserver l'âme de l'enfant dans le corps de l'adulte ? Et celui qui conserve cette intense nostalgie du vert paradis, n'est-il pas fatal que, lorsqu'il rencontre une petite fille "effervescente", il cherche maladroitement à lui signifier qu'au plus intime et au plus secret de cette grande carcasse qui est devenue la sienne, se dissimule encore un petit garçon tout à fait disposé à subir ses impertinences et à partager ses lubies ?

    Le livre sur le site de site de Points Seuil

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  • LECTURES ESTIVALES 2017 : EN JOUANT AVEC LES MOTS

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    L’aphorisme et les autres formes de jeux sur les mots sont devenus un peu la spécialité des Editions Cactus Inébranlable qui publient dans leur collection P’tits Cactus les meilleurs spécialistes belges et français qui se sentent un peu les héritiers de Pierre Autin-Grenier et de quelques autres maîtres en la matière. J’ai ajouté à ma chronique un recueil de Nicolas Bonnal pour bien montrer la différence qui existe entre les héritiers des surréalistes belges et ceux qui ont une fibre plus militante, moins imprégnée par le caractère absurde que peut prendre le jeu sur les mots.

     

    couverture-qui-mene-me-suive-19022017.jpg?fx=r_550_550QUI MÈNE ME SUIVE

    MIRLI

    Cactus inébranlable

    Mirli qui se cache derrière ce nom d’artiste de cirque ? Ce pseudonyme pourrait convenir à un clown, l’auteur a la drôlerie et commet les facéties nécessaires à la fonction.

    « Rien de plus cuisant qu’une phrase bien crue. »

    « Bernard s’appela soudainement Bertrand

    FIN »

    Il pourrait aussi convenir à un jongleur, il a l’adresse et l’habilité pour jongler avec les mots. Alors peut-être un clown jongleur capable de faire danser les mots et de leur faire dire ce qu’ils ne voudraient pas forcément dire.

    « Quand une femme porte un sombrero, ça mexique. »

    « Je n’aime pas tout ce qui prête à contusion »

    Mais attention, le clown peut aussi lancer des piques acérées pour dénoncer les travers de certains qu’il ne nomme pas forcément.

    « Les escargots policiers font-ils plus de bavures ? »

    Sans oublier de se flageller lui-même en lançant quelques formules pleines de dérision.mirli.jpg?fx=r_550_550

    « En entamant cette phrase, j’ai d’abord cru qu’elle n’aboutirait à rien, mais maintenant j’en suis sûr. »

    Et lancer quelques blagues très drôles pour détendre le lecteur chamboulé par les aphorismes trop sophistiqués.

    « Simplifiez-vous la vie : compliquez-vous la mort. »

    « J’aime tout ce qui est plus qu’il n’en faut. »

    N’oublions pas l’illustrateur qui a su mettre en dessins la drôlerie et l’esprit de l’auteur.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    couverture-les-concombres-10032017.jpg?fx=r_550_550LES CONCOMBRES N'ONT JAMAIS LU NIETZSCHE

    Serge BASSO DE MARCH (1960 - ….)

    Cactus inébranlable

    « Aphorismes bancals,

    Proverbes bancroches

    Et petites phrases décalées »

    Le sous-titre de ce recueil insinuant que tout est plus ou moins boiteux dans ce texte, peut paraître péjoratif mais, à mon avis, il signifie plutôt qu’avec de belles phrases, de belles expressions, de beaux proverbes, l’auteur a réussi à faire des phrases qui ne veulent plus du tout dire ce que l’auteur original avait voulu faire dire à ses mots. Ce sous-titre éloquent conduit directement à l’avant-propos d’Alain Dantine qui le complète un peu radicalement : « Qui connaît Serge Basso sait qu’il a la détente rapide, il vous zigouille une idée généreuse en trois bons mots bien frappés ! ». « C’est un déviant textuel, un faussaire sous ses faux airs de Napolitain… »

    Ainsi averti le lecteur ne pourra que constater les dégâts commis par ce démolisseurs de belles phrases, ce détourneur de bons mots, ce copiste pervers, ce « caviardeurs » de sentences moralisatrices …. et apprécier la finesse de son esprit :csm_serge_2_01_39d64d7854.jpg

    « Pour Yseult l’amour était attristant. »

    L’étendue de sa culture :

    « J’ai connu une Hélène qui aimait Paris sans que

    ça déclenche une guerre à Troyes. »

    L’habilité de ses détournements :

    « Renoncer aux pompes de Satan, ça ne veut pas dire chausser les mules du Pape. »

    « Quand les cyprès sont loin, les distances sont faussées. »

    La noirceur se son humour :

    « La guillotine travail au coup par cou. »

    Sans oublier ses piques acérées :

    « Depuis que j’ai une cirrhose de la foi, j’ai arrêté le vin de messe. »

    « Aux religions du livre je préfère la religion des livres. »

    Mais que serait ce recueil sans la contribution du désopilant et néanmoins célèbre dessinateur Lefred Thouron qui complète magnifiquement les saillies de l’auteur qui avec toute sa modestie avoue : « Le faiseur d’aphorismes n’est, devant les hommes, qu’un pêcheur en mots troubles ». Mais, je vous l’assure la friture est bonne à déguster sans attendre l’inutile après-face de Claude Frisoni !

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    519a%2B-zCjgL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgAPHORISMES ET PARADOXES

    Nicolas BONNAL (1961 - ….)

    Editions Tatiana

    Avant de lire ce recueil, je ne connaissais absolument pas Nicolas Bonnal, l’opinion que je pourrais m’en faire n’est donc que ce qui découlerait de cette lecture. Je sais seulement, par la notice de l’éditeur, qu’il a touché à bien des genres littéraires et qu’il a été un « chroniqueur métapolitique internationalement reconnu ». Après ma lecture je conserve l’impression qu’il a jeté dans ce recueil des réflexions qu’il a accumulées au cours de ses longues analyses, de ses cogitations, de ses constatations, qu’il n’a jamais écrites dans ses divers textes, trouvant seulement dans le court le média adéquat pour exprimer la dérision, la satire, le désabusement, parfois le découragement et même certaines fois le dégoût qu’il éprouve devant le triste spectacle de la déliquescence de notre société.

    « Nous sommes emplis de bonne volonté, comme nos poubelles ».

    « Le vingtième siècle fut un siècle d’invention de grands hommes un peu creux ».

    « La facilité a détruit le monde plus sûrement que la cruauté ».

    Il peint une société décadente qui aurait perdu son chemin en oubliant son histoire, son devenir en oubliant son passé, ses valeurs en recherchant la valeur des choses.ob_ae2bf7_4946e3149d1089071ca65e63e517bc13.jpeg

    « Pour certains l’histoire n’a pas commencé. Ils vivent dans l’espace, jamais dans le temps… »

    « Les abbés bâtissaient, ils ne passaient pas de doctorat en psychologie ».

    Ils ont omis de tirer les enseignements des déboires connus tout au long des siècles précédents.

    « La politique comptait quand elle exigeait beaucoup et donnait peu. Elle s’est déconsidérée en donnant beaucoup et demandant peu ».

    « Le fascisme comme le communisme disparurent comme un mauvais rêve, personne ne se décidant à demander de comptes ».

    Bonnal décoche ses flèches acérées à l’endroit de la société mais il vise aussi l’individu en tant que tel, en tant qu’élément interchangeable dans un tout uniforme, en tant que consommateur asservi.

    « Changer de face, de fesses, de métier, de conjoint, de villa : leur vie est bureau de change. »

    « Tous les garçons et les filles ont été remplacés par les jeunes. »

    Le monde est devenu une masse informe, standardisée, prête à accepter tous les dictats des pouvoirs économiques, politiques ou religieux.

    « On aimerait parfois que le mal triomphe, et pas seulement la médiocrité. »

    J’ai eu l’impression que l’auteur voudrait voir les citoyens se rebeller, se rebiffer et s’approprier les questions qui devraient préoccuper la planète entière.

    « La fin du monde : occupation de nanti, souci de pauvre. »

    Mais voilà, la France n’est qu’un pays de contestataires isolés incapables de se structurer pour atteindre un objectif commun.

    « La monarchie est judaïque ou japonaise, la démocratie grecque ou britannique, la république romaine ou américaine. Le désordre est français ou latino-américain ».

    Les aphorismes et paradoxes de Nicolas Bonnat prennent souvent la forme de sentences, j’en ai relevés qui pourraient prêter à discussion :

    « La dictature craint ses sujets, la démocratie les méprise », les dernières campagnes électorales pourraient bien confirmer celle-ci.

    « De l’amie médiévale à la conquête amoureuse, et d’icelle au bon coup », une autre façon de dire que la vulgarité est devenue l’expression chevaleresque de notre société.

    Il y aurait encore beaucoup à dire sur les sentences de Nicolas Bonnal, beaucoup à gloser, à débattre, à combattre peut-être. Mais, ce livre n’est pas que critiques et satires acides, l’auteur y fait preuve aussi de beaucoup d’humour même si c’est souvent d’humour acide.

    « J’ai plus connu de mauvais auteurs que de bons lecteurs ». Bonnal n’est pas un mauvais auteur, je ne suis pas sûr d’être un très bon lecteur ?

    Nicolas Bonnal sur Babelio

     

  • MORT D'UN HOMME HEUREUX de GIORGIO FONTANA

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    123591_couverture_Hres_0.jpgUn jeune écrivain, né en 1981, décide, dans son deuxième livre, d'évoquer des événements tragiques de l'année même de sa naissance.

    Le thème des Brigades Rouges, de Prima Linea, du terrorisme rouge de ces années de plomb innerve toute une série de grands livres des dernières années. Il suffit de se remémorer le magistral essai de Rosetta Loy sur ces années ou le roman "Les années à rebours" de Terranova. Sans doute le trauma vécu de près, ou ressassé par les proches, a-t-il gardé, dense, intact, la force terrible du destin qui s'acharne.

    Le roman de Fontana tire sa force du croisement intime, éclairant, familial de deux parcours engagés : celui d'un père, Ernesto (dit Beppo), broyé par ses faits de résistance à l'heure de Salo et des assauts fascistes, celui de son fils Giacomo, né dans ces années-là, quarantenaire au début des années 80, épris de justice et de charité bien ordonnée, celle des autres pour qui il ne compte ni temps ni attentions.

    Milan, la via Cassoreto, Saronno, la côte Ligure offrent quelques-uns des lieux où l'action se concentre.AVT_Giorgio-Fontana_8943.jpg

    Les assassinats de personnalités ou de vies ordinaires, les enquêtes menées autour de trois magistrats, les liens intenses qui unissent une famille déjà éprouvée en 1944, de nouveau ballottée par les tensions de 1981...sont autant de pistes que le romancier, très documenté, tend au lecteur. Pour ne pas être un roman à clés ni un récit purement objectif des faits relatés, le livre n'est pas non plus un développement uniquement affectif et sentimental : il se noue là un réseau dense d'interactions; le magistrat Giacomo, riche du passé de son père, qu'il n'a jamais connu sauf par le souvenir que la mère Lucia en a préservé pour lui et sa soeur Angela, sait qu'il est héritier d'un destin et détenteur d'un avenir qu'il convient de choyer, comme on protège la dignité, la justice, l'égalité et l'amour. Son amour pour Mirella, ses enfants, son amitié pour Mario, Doni et les autres, jouent leur rôle à côté des implications politiques et judiciaires.

    L'homme heureux, c'est peut-être celui qui mène son combat, sans refuser aucune de ses attaches les plus précieuses.

    Un beau livre.

    Le livre sur le site des Éditions du Seuil

  • LA NÉCESSITÉ D'ÉCRIRE. ACTE LIBÉRATEUR : FRANÇOISE LEFÈVRE ET SON "OR DES CHAMBRES"

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    FR.L-.-L-or-des-Chambres.jpgUne petite vingtaine de livres de 1974 à 2008. Pas n'importe quels livres! Françoise Lefèvre, née en 1942, à Neuilly, est devenue comédienne et a, entre autres, dans les années 70, participé à l'adaptation télévisée du "Pain noir". Et puis vinrent ses enfants : les siens de chair et ses livres, qu'elle revendique comme des traces intenses de son parcours de vie. Bien sûr, il est peu de fiction facile, accrocheuse, vite oubliée dans cette littérature! Et dès le premier livre, un grand lettré, poète comme André Hardellet allait d'emblée repérer la jeune venue en littérature : "La première habitude" (dont j'ai parlé), déjà chez Jean-Jacques Pauvert, plaisait beaucoup à l'auteur du "Temps incertain" et ils se rencontrèrent, en juillet 74, place Desnouettes (15e) pour une entrevue unique, essentielle. Durant la nuit du 23 au 24 juillet, le poète décédait rue Beaubourg. Il projetait d'aller voir, avec Françoise, le Vincennes de son enfance. La romancière attendrait 24 ans pour consigner "Les larmes de André Hardellet" (Ed. du Rocher, 1998), sublime texte d'hommage au grand poète Hardellet (1911-1974).

    "L'or des chambres", petit livre de 128 pages, est une oeuvre immense, de sincérité, d'authenticité, d'écriture (aussi, et quelle poésie enfouie dans une prose intense, sensuelle, tactile!) et de courage. Il en faut de la bravoure pour relater une rupture et ses incidences : blessure profonde, solitude, peur de ne plus aimer, d'être de nouveau larguée etc.

    Ecrire avec fluidité, légèreté la gravité des sentiments, c'est un sport de haute compétition, que ne peuvent que les plus grands, les plus doués : Françoise est de la famille d'Annie Ernaux, de René de Ceccatty, de Beatrix Beck, ... Ecrire sur et autour de la douleur sans peser.

    Et donc "L'or des chambres", dont le titre pluriel évoque tout à la fois cette anse de l'écriture, ce repos sans guerrier pour une âme esseulée qui consigne l'absence, la haute charge d'écrire en responsabilité - sans ce recours vain à la fiction accrocheuse -, puisque écrire est là, qui innerve tout le livre. Françoise le dit : elle écrit pour se libérer, elle entame cette retraite qu'elle trouve terrifiante parce qu'elle est symbole d'absence d'amour et il lui faut l'écrire; elle écrit, est-ce l'or des mots? est-ce nécessité existentielle pour elle, dès ce deuxième livre?

    Il y a dans ces pages une chair des mots, une envie folle de recouvrer l'amour perdu, la présence de l'amant, et ce vide pressenti, ressenti, doublement blessé par le manque et le désir...

    "J'écris. C'est mon immense consolation glacée" (p.61)

    "O comme le soir m'enveloppe. La grâce existe. Elle est comme un pommier sur une tombe" (p.52)

    "Le vin est à mes lèvres. Il faut le boire. Enfants." (p.51)

    "Je te fais mes offrandes de soleil, de fleurs blanches, à toi, assis dans un train en sa compagnie." (p.103)

    "Attends. Je sens venir la fin du livre" (p.100)

    Comme chez Cabanis, l'écriture, le livre, la vie s'offrent au lecteur, dans un "jeu" qui n'est pas jeu mais nécessité littéraire, comme pour "Le bonheur du jour" du cher José.

    "Si tu n'étais pas absent, peut-être n'écrirais-je pas ou peut-être inventerais-je une absence. " (p.91)

    Jusqu'au dernier livre ("Un album de silence", Mercure de France, 2008), en passant par "Le petit prince cannibale", "La grosse", "Blanche , c'est moi"...la romancière ose tisser sa vie, celle des proches, celle dont elle a été témoin privilégiée, dans un mouvement qui soit audace et libération.

    J'attends avec ferveur, comme pour celle de certains écrivains aimés, la prochaine parution : il en va de la littérature comme de la vie, on reconnaît la beauté et la nécessité. Jean Guénot, expert en écriture littéraire à l'université de Nanterre, ne disait-il pas qu'on reconnaît l'écriture vraie comme la résonance des pas d'un cheval sur le pavé?

    Lefèvre l'a prouvé nombre de fois et il faudra qu'un jour on lui reconnaisse une place aussi solide que celle qu'on a réservée à Colette, Yourcenar, Sagan, de Beauvoir, avec ses consoeurs de grande qualité Ernaux et Sallenave.

    Merci, Madame Lefèvre.

    L'Or des chambres de Françoise Lefèvre (Jean-Jacques Pauvert, 1976; J'ai lu n°776. 128p.)

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    Les livres de Françoise Lefèvre aux Editions du Rocher

  • FRANCIS PICABIA: ART & APHORISMES

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    Francis Picabia naît à Paris le 22 janvier 1879, 82 rue des Petits Champs.
    C'est dans cette même maison qu’il meurt, le 30 Novembre 1953 (aujourd'hui rue Danielle Casanova).

    Durant les 74 années de sa vie, Picabia explore la plupart des mouvements artistiques de son temps, un exploit aussi exceptionnel que l’époque elle-même. 

    En savoir plus ici

     

    Sélection d'aphorismes et de tableaux

     

    Les moyens de développer l'intelligence ont augmenté le nombre des imbéciles.

     

    Une idée est intéressante si elle n'est pas imprimée.

     

    Si vous tendez les bras, vos amis les couperont.

     

    Dieu a inventé le concubinage. Satan le mariage.

     

    L'oignon fait la force.

     

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    Trois mimes, huile sur toile

    61,6 x 50,9 cm, 1936

    Collection privée

     

    La seule façon d'être suivi, c'est de courir plus vite que les autres.

     

    L'art est le culte de l'erreur.

     

    Toute conviction est une maladie.

     

    C'est un homme bon donc il passe pour un idiot. 

     

    Il n'y a d'indispensable que les choses inutiles.

     

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    Hera, huile, gouache, fusain et crayon sur carton
    103,4 x 74,9 cm
    1929

    Collection privée

     

    La propreté est le luxe du pauvre: soyez sale!

     

    Le seul uniforme possible est celui du bain de vapeur.

     

    Les hommes gagnent des diplômes et perdent leur instinct.

     

    Le diable me suit de jour comme de nuit car il a peur d'être seul.

     

    La sagesse n'est qu'un gros nuage sur l'horizon.

     

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    Le sphinx, huile sur toile

    131 x 163 cm
    1929

    Centre Georges Pompidou, Paris, France

     

    Je conseille aux idées élevées de se munir de parachute.

     

    L'art est un produit pharmaceutique pour imbéciles.

     

    Une femme qui a un enfant, c'est neuf mois de maladie et le reste de sa vie de convalescence.

     

    Les gens sérieux ont une petite odeur de charogne. 

     

    Ce qui manque aux hommes, c'est ce qu'ils ont, c'est-à-dire les yeux, les oreilles et le cul.

     

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    Mélibée, huile sur toile
    195,5 x 130 cm
    1931

    Collection privée

     

    Ne cachez pas vos secrets dans votre derrière. Tout le monde les connaîtrait.

     

    Il faut vivre parmi les femmes, les hommes sont toujours trompés.

     

    Le succès est un menteur. Le menteur aime le succès.

     

    La vérité d'un homme, ce sont ses erreurs.

     

    Nos pensées sont les ombres de nos actions. 

     

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    Otaïti, huile sur toile
    217 x 151,5 cm
    1930

    Tate Gallery, Londres, Royaume-uni

     

    Les impuissants se prosternent toujours vers le passé. 

     

    Devant l'immobilité de la campagne, je m'ennuie tant que l'envie me prend de manger des arbres.

     

    Je n'ai pas besoin de savoir qui je suis puisque vous le savez tous.

     

    Le psychologue se nourrit exclusivement dans la conscience: moi, je ne veux qu'une inconscience impossible à acclimater.

     

    Le pape est l'avocat de Dieu. Dommage que son client soit mort.

     

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    Villica caja, huile sur toile
    151 x 180 cm
    1929

    Collection privée

     

    Pour se sauver, il n'y a qu'un moyen: sacrifier sa réputation.

     

    Les hommes ont plus d'imagination pour tuer que pour sauver. 

     

    Il est plus facile de se gratter le cul que le coeur. 

     

    Il faut être nomade, traverser les idées comme on traverse les villes et les rues.

     

    Il faut s'exprimer uniquement avec soi-même, ce qui nous vient des autres est encombrant, incertain et surtout inutile.

     

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    Corrida, huile sur toile
    75,2 x 104,8 cm
    1925-1927

    Collection privée

     

    C'est une lâcheté que d'applaudit à toutes les idioties que l'on nous montre sous prétexte de modernité.

     

    Qui est avec moi est contre moi.

     

    J'aime les êtres qui ressemblent aux inondations. 

     

    Les artistes sont le résultat de l'avarice de la nature. Le peu d'esprit qu'ils ont leur est donné par la méchanceté.

     

    Les idiots pensent que la mémoire fait partie de la connaissance et de la vie.

     

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    Figure, huile sur toile

    Collection privée

     

    Les enfants sont aussi vieux que le monde, il y en a qui rajeunissent en vieillissant, ce sont eux qui ne croient plus à rien.

     

    Le bonheur pour moi, c'est de ne commander à personne et de ne pas être commandé. 

     

    Ceux qui médisent derrière mon dos, mon cul les contemple.

     

    Il est plus dangereux de faire le bien que le mal.

     

    Plus on plait, plus on déplait.

     

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    Je me souviens de mon cher Udnie, huile sur toile
    250,2 x 198,8 cm
    1914

    Museum of Modern Art, New-York, USA

     

    Qui est avec moi est contre moi.

     

    Ce que j'aime le moins chez les autres, c'est moi.

     

    Moi, je me déguise en homme pour n'être rien.

     

    Les hommes politiques poussent sur le fumier humain.

     

    Je n’ai jamais pu mettre de l’eau dans mon eau.

     

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    L'adoration du veau, huile et fusain sur toile
    106 x 76,2 cm
    1941

    Centre Georges Pompidou, Paris, France

     

    Je ne donne ma parole d'honneur que pour mentir.

     

    L'art est le culte de l'erreur.

     

    L'avenir n'existe pas quoique j'aille mieux.

     

    Il faut toujours que notre sexe fasse une ombre sur notre ventre.

     

    Je n'ai pas besoin de savoir qui je suis puisque vous le savez tous.

     

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    Les seins, gouache sur carton
    99,5 x 77 cm
    1924-1927

    Collection privée

     

    Le crime est une chose admirable, mais l'assassin me dégoûte.

     

    Il n'y a pas d'obstacles, le seul obstacle est le but, marchez sans but.

     

    Devant l'immobilité de la campagne, je m'ennuie tant que l'envie me prend de manger des arbres.

     

    Toutes les croyances sont des idées chauves.

     

    La justice des hommes est plus criminelle que le crime.

     

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    Femmes au bulldog, huile sur carton
    106 x 76 cm
    1941-1942

    Centre Georges Pompidou, Paris, France

     

    Mes pensées me disent où je me trouve ; mais elles ne m'indiquent pas où je vais.

     

    Craindre les sens, c'est devenir philosophe.

     

    Le seul uniforme supportable est celui du bain de vapeur.

     

    Je n'ose plus ouvrir les yeux si mes bras ne doivent plus jamais t'étreindre

    Je me repose sur l'oubli.

     

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    Adam et Eve, huile sur toile
    200 x 110 cm
    1931

    Collection privée

     

    L'amour seul est désintéressé, le mariage ne l'est jamais.

    Si nous sortons de l'imbécillité de la politique, notre vie actuelle apparaît horriblement triste.

     

    Les humoristes sont les fleurs artificielles du comique, ils cèdent aux spectateurs.

     

    L'amour est un contact infectant par envoûtement, il veut tuer tout d'abord l'entourage de la personne aimée, puis, tout doucement, l'être chéri lui-même.

     

    Sur-femmes, sur-hommes, sous-femmes, sous-hommes, vos cheveux blanchiront et vos pensées resteront obscurité.

     

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    L'élégante, huile sur panneau
    106 x 77 cm
    1942-1943

    Collection privée

     

    Notre phallus devrait être avoir des yeux ; grâce à eux, nous pourrions croire que nous avons vu l'amour de près.

     

    Je fuis le bonheur de peur qu'il ne se sauve pas.

     

    Tous les peintres qui figurent dans nos musées sont des ratés de la peinture; on ne parle jamais que des ratés; le monde se divise en deux catégories d'hommes: les ratés et les inconnus.

     

    Je surpasse les amateurs. Je suis le sur-amateurs; les professionnels sont des pommes à merde.

     

    Il faut communier avec du chewing-gum, de cette façon Dieu vous fortifiera les mâchoires; mâchez-le longtemps, sans arrière-pensée; puisqu'il aime votre bouche, qu'il sache à quoi elle sert! Vos langues tièdes ne sont pas à dédaigner, même pour un Dieu.

     

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    Autoportrait, 1923

     

    Éloge funèbre de Francis Picabia par André Breton

    « Adieu ne plaise, il faut, pour de semblables funérailles, que chacun montre un heureux orgueil d'avoir connu un homme qui n'ait jamais éprouvé le besoin de se préoccuper des misères qui l'accablaient ... Mon cher Francis, allez-vous croire qu'un journal me prêtait bien de l'influence sur vous ? Nous savons bien que c'est tout le contraire qui est vrai. Vous avez été un des deux ou trois grands pionniers de ce qu'on a appelé, faute d'un autre mot, l'esprit moderne ... » 

     

    Le site officiel de Francis PICABIA

    Tableaux de Francis Picabia


    Entretien avec Georges Charbonnier


    Picabia au MOMA


    L'oeil cacodylate 

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  • SCANDALE DU LIBRONIL: L’AFSCL COMMUNIQUE LES ISBN DES LIVRES À NE PAS CONSOMMER

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    L’agence fédérale pour la sécurité de la chaîne du livre communique les premiers ISBN des livres à ne pas consommer et à ramener fissa en librairie.

    Les critiques approuvés par la Promotion des Lettres ont observé qu’ils contiennent du libromil à un taux anormalement élevé.

    Le consommateur peut poser toutes les questions au numéro gratuit 0800/13550 où une équipe de bibliothécaires stagiaires lui répondront.

    Les livres de toutes les maisons d’édition n’ont pas encore été analysés tant certains exemplaires, publiés à un tirage confidentiel, demeurent introuvables. Il est demandé aux producteurs industriels de livres d'avancer, par mesure de prudence et dans l’intérêt des familles des lecteurs potentiellement touchés, la date prévue des pilonnages ou de s’associer dans le but d’un autodafé géant, par exemple, dans un parc local, ce qui donnera ainsi lieu à de réjouissantes festivités hautes en fumée.

    Le consommateur peut identifier les livres faisant l’objet du rappel via les codes suivants : 978-2-746-123498-7 ; 978-2-090347-98-4 ; 978-2-678-123987-0 ; 978-2-096-478059 ; 978-2-111112-808-3 ;978-2-653089-63-1 ; 978-7-122368-67-4 ; 978-2-469377-92-3 ; 978-2-459671-91-9 ; 978-5-198745-12-2 ; 978-2-534879-77-1 ;978-2-450929-22-3 ; 978-2-194287-88-5 ; 978-2-777756-18-4 ; 978-2-295848-91-3 ; 978-7-930358-81-7.

    Si le lecteur imprudent, trop confiant en la littérature bon marché, en a consommé, le lecteur observera rapidement les effets suivants :

    • Une vision altérée de l’espace environnant et de ses relations sociales – vécues sur un mode idyllique ;
    • Un regard angélique sur la marche du monde et les possibilités candides de la modifier ;
    • Une altération de ses facultés mentales (quelles qu’aient été au préalable son Q.I.) ;
    • Une exaspération accrue aux ennuis du quotidien se manifestant par des statuts ou des tweets énervés accompagnés de panneaux préimprimés ;
    • Une accoutumance de plus en plus marquée à la littérature Jeunesse, à l’Heroïc fantasy, à la peinture maritime, à la poésie des sentiments…

    L’équipe de première intervention suggère quelques mesures à prendre, les premiers soins à prodiguer en cas de contamination au libronil :

    • Faire lire au contaminé, à dose homéopathique, du Claude Simon, du Hegel, du Heidegger, du Deleuze & Guattari, le Pentateuque, le Bhagavad-Gida...  ;
    • Menacer ("Soigner le mal par le mal") de lui faire lire du Nothomb, du Pancol, du Musso, du Delacourt, de l'Onfray, du poète régional certifié génie en herbe bio ;
    • Le déconnecter illico des réseaux numériques et l'éloigner des catéchumènes sociaux qui récoltent des likes au kilo ;
    • L’abonner à un journal, quel qu’il soit, malgré le discredit jeté par quelques-un(e)s sur la profession…

    Toute autre proposition qui demeure dans les limites - malheureusement - fixées par la loi (comme, par exemple de les euthanasier) est la bienvenue. Même si les observations faites sur des milliers d’individus contaminés ont montré que le risque de guérison est minime voire inexistant. 

    L'AFSCL préconise au consommateur (au Q.I.) moyen d'éviter d'acheter leurs livres au supermarché car ce sont ceux qui contiennent le plus de perturbateurs neuronaux. 

     

  • PARCOURS D'UNE POÉTESSE SUPERSTAR

    0270524549a7dc832f5ce122e8706aa9--fabric-toys-handmade-toys.jpgCette poétesse glamour que tout le monde littéraire reconnaîtra possède à près de vingt-cinq ans une attrayante bibliographie.

    Son premier recueil, L’hiver l’hygiène, avec une préface d’Yves St Namur, reçut à quinze ans à peine le Prix Lolita.

    Son second, Gloss mon amour, postfarcé par Jan Buccal, reçut à la fois le Prix du Baiser de Rodin et le Prix des Lèvres nues.

    Puis il y eut Mascara manganèse, dont un exemplaire dédicacé à Marcel Morose, mis aux enchères avec un prix de départ de 12 € a finalement été enlevé pour la somme fabuleuse de 13,20 € par un collectionneur de dédicaces littéraires.

    Paupières miroir, son recueil écrit à l’eye liner et précalligraphié par François Cheng a servi au cours d’une performance d’œil de pommes de terre crevé par le cultivateur d’art Patrice Ferrasse relayée en direct sur sa page Facebook.

    Chanel tu me tues, a été encensé (au premier sens du terme) par la petite nièce de l’ex-plus proche voisine de Marguerite Duras à Neauphle-le-Château.

    Peau d’Hermès, avec un non préface de Cristina Cordula, relate une année sans fond de teint ni rouge à lèvres, est sa première incursion dans le genre du Journal sans cosmétique, très couru des hommes et femmes sans fard.

    Les masques de beauté, son anthologie, parue pour son vingtième anniversaire, est son plug grand succès à ce jour. Il a été publié à 50 exemplaires et réédité trois fois.

    Son précédent ouvrage, Plug banal, a choqué une partie de ses lectrices et réjoui un partie des lecteurs, lui ouvrant ainsi un nouveau lectorat d’autant plus que son éditeur (en passe d'être diffusé par une grande enseigne de parfumerie parisienne), pour faire postmoderne, a réduit tous les vers à deux mots (voire deux lettres) et remplacé tous les et, fort lourds, en effet, par des « & », carrément volatils. Si bien que l’ouvrage de poésie verticale (voire abyssale) atteint quand même 2428 pages (sans l’appareil critique et les pages de sponsoring).

    Son dernier ouvrage, Coco Câline rouge et noire, heureusement plus posé dans la forme et aux vers bicolore d’un bel effet pouvant se chanter avec un minimum d’accords et sans le moindre engagement sartrien sur un vulgaire ukulélé, est dédié à Julien Sorel Doré. Il  fait partie des meilleures ventes de poésie parfumée au drugstore de mon quartier. La vidéo de sa lecture scandée par Serge Pey en grande forme pédopoétique a depuis sa sonorisation été vue douze fois (dont dix fois par moi, dans le cadre de cette humble recension).  

     

  • POUR ME FAIRE RIRE ! par DENIS BILLAMBOZ

      

    Il supportait les motards

    Mais les motardes lui montaient au nez

     

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    @

     

    Il attendait des amis motards

    Il attendait

    Qu’Arlette et David sonne

     

    @

     

    Elle avait un amant occasionnel

    Un intermittent du plumard

     

    @

     

    Il cherchait l’extase

    Il trouva l’épecstase

     

    @

     

    Pour tromper l’ennui

    Deux traders

    Jouaient à cash cash

     

    @

     

    Il avait une accoincointance

    Avec le directeur du canard

     

    @

     

    Un trouffion sevré

    Cherchait

    Un trou de fion serré

     

    @

     

    Bouddha bouda Buda

    La peste infestait Pest

     

    @

     

    Bouddha peste

    Qu’on croie les Hongrois

     

    @

     

    Au Salon du livre

    Les motos arrivent toujours

    Avant les motards.

     

    @

     

    Il s’était enrichi à la sueur de son fonds

    De commerce

    Elle s’était enrichie à la sueur de son fond

    De culotte

    Leur banquier s’était enrichi à la sueur

    De leurs fonds placés

     

    @

     

    Il avait de l’ambition

    Il a gravi la pyramide des âges

    Il n’a pas pu escalader celle de Maslow

    Bloqué beaucoup trop bas

     

    @

     

    Une épidémie de grippe

    A laissé les mous choir

     

    @

     

    Passionné d’aménagement du territoire

    Il oeuvrait dans le génie rural

    Pendant que sa femme

    S’activait avec la bitte à Urbain

     

    @

     

    Enfant de la patrie

    Enfant de la partie

    De jambes en l’air

     

    @

     

    L’alopécie précoce

    Dont il était affecté

    N’avait épargné

    Que le cheveu

    Qu’il avait sur la langue

     

    @

     

    Il était Très riche

    Mais n’était pourtant

    Qu’un pauvre con.

     

    @

     

    Mélenchon

    Macron

    Peillon

    Fillon

    Hamon

    Le Pen

    Cherchez l’erreur

    Trouvez l’horreur

     

    @

     

    Ils avaient reformé un groupe

    Avec des musiciens réformés

     

    @

     

    Le cuistot fut abattu

    En plein coup de feu

     

    @

     

    Il aimait dessiner

    Des corsaires, des sirènes, des frégates…

    Il croquait des mangas de la marine

     

    @

     

    Il savait qu’il était cimentier

    Mais il ignorait qu’il était si menteur

     

    @

     

    Boire du vin de messe

    Se baigner dans le lait d’ânesse

    Lire des nouvelles d’Hamesse

     

    @

     

    Pour faire une bonne omelette provençale

    Ne jamais mettre la sarriette avant les oeufs

     

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  • LECTURES ESTIVALES 2017 : CHAUDES NOUVELLES

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ 

    L’été c’est la saison du soleil et de l’amour, aussi j’ai choisi de vous proposer une chronique composée de deux recueils de nouvelles écrits sans pudibonderie aucune. Isabelle Simon a trempé sa plume dans toutes les humeurs corporelles pour évoquer les plaisirs de la chair même les plus violents. Et Stella Tanagra est peut-être allé plus loin encore pour raconter des histoires d’amour particulièrement crues et même parfois même à la limite de ce qui peut être écrit.

     

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    Isabelle SIMON

    Cactus inébranlable

    Isabelle Simon n’a pas trempé sa plume dans un bocal d’eau de rose pour rédiger les je ne sais pas combien nouvelles de ce recueil, je n’ai pas pris le temps de les compter tant j’étais absorbé par ma lecture, tournant vite la page à la fin de chacun des textes pour découvrir le suivant. On dirait plutôt qu’elle a utilisé tous les fluides que le corps peut secréter notamment ceux qui s’écoulent sous l’effet de l’excitation sexuelle. Elle est allée au plus profond des corps sans trop se soucier des problèmes des cœurs pour recueillir ces humeurs dignes de mettre en mots les histoires qu’elle raconte, des histoires d’amour charnel, des histoires de plaisir, des joies, des déboires, des frustrations, des douleurs. Tout ce que peut ressentir une femme dans sa chair, dans son corps, quand elle est remplie de désir, d’attente, de frustration et dans d’autres états encore. Tous les textes ne parlent pas d’amour et de sexe mais la plupart quand même.

    Isabelle ne raconte pas l’amour banal qu’on lit dans tous les romans dits d’amour qui n’émoustillent plus que ceux qui n’en avaient jamais lu auparavant. Non, elle raconte l’histoire de ceux qui vivent souvent dans la marge, qui recherchent des sensations différentes, des plaisirs interdits, des histoires crues car sincères et possibles et même plausibles et peut-être même vécues. Elle ne verse pas dans un romantisme suranné, elle s’intéresse plus à l’animalité des êtres, à leurs rapports sexuels crus, parfois violents, brutaux.

    L’aspect sentimental ou cérébral ne l’intéresse pas, elle veut seulement considérer des corps qui s’affrontent pour dégager du plaisir qu’il soit pour un, pour deux ou pour plus encore.isabelle-simon-internet-christinerefalo.jpg?fx=r_250_250

    La narratrice de l’une des nouvelles l’avoue (est-ce l’auteure elle-même ?) : « Il en a fallu, du temps, de l’impudeur et de franches rasades de honte pour - qu’un jour par surprise -, je découvre enfin la joie profonde qui me secoue jusqu’au tréfonds. » Il a peut-être aussi fallu du temps à Isabelle pour s’affranchir de toute la vieille pudibonderie jetée sur notre société, aux siècles précédents, par la plupart des religions, quand l’acte d’amour était encore souvent sanctionné par la procréation. L’amour est désormais beaucoup plus souvent acte de plaisir, isabelle raconte la quête de ce plaisir, les bons et les mauvais moments, sans aucune pudibonderie, crûment, sincèrement… Ses personnages sont crédibles, on croit à leur histoire.

    Et même si ce texte est cru, empreint de violence et de brutalité, il contient quelques passages très poétiques et son écriture ne perd jamais son élégance et sa finesse même dans les histoires les plus sordides. On peut dire les choses les plus crues sans pour autant s’égarer dans la vulgarité, ça Isabelle sait bien le faire, son écriture reste toujours aussi lisse quelque soit le sujet qu’elle traite. Elle ose dire ce que beaucoup ne veulent pas dire, le plaisir et le désir ne sont pas de vilains péchés mais des sensations qui font partie intégrante de la vie, des sensations que les femmes osent aujourd’hui revendiquer.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    41K1OIaHmGL._SX307_BO1,204,203,200_.jpgSEXE PRIMÉ

    Stella TANAGRA

    Tabou

    Stella Tanagra est un personnage à part dans la littérature érotique, elle ne vend pas, comme de trop nombreux auteurs, une soupe réchauffée aux fantasmes libidineux de tous les pervers de la planète, elle écrit dans des textes « aussi roses que noirs » oscillant entre érotisme et crudité, les pulsions qui dépassent la raison emportant tout sur leurs déferlantes. « Du fantasme indicible au passage à l’acte, Sexe primé déflore les convenances ». . Selon un biographe de la Toile, « C’est sa différence qui a modelé Stella TANAGRA telle qu’elle est : étrangère à toutes les convenances et conventions ». « Oser « être » sans « devoir paraître » est une ligne d’écriture profondément ancrée en elle, telle une scarification sur sa peau… »

    Stella Tanagra fait dire à l’un de ses personnages : « L’ailleurs et l’autrement m’intriguent : ailleurs qu’en mes tréfonds, autrement qu’en ma façon ». « Alors, sans sortir de moi, j’ai convié mes fantasmes à me rejoindre ». Cette attitude pourrait parfaitement s’appliquer à l’auteure des nouvelles présentées dans ce recueil tant elle a dû puiser au plus profond de son animalité pour faire sourdre les fantasmes les plus violents, les plus bestiaux, qu’elle étale dans ses textes. Il faut aller très loin au fond de sa sexualité pour évoquer des fantasmes aussi sordides que la nécromancie, la pulsion du tueur en série. Heureusement tous les textes ne sont pas aussi violents; d’autres, tout en restant transgressifs, évoquent une sexualité beaucoup plus raffinée même si elle déborde largement des convenances habituelles : l’histoire du vieillard qui retrouve son amour d’enfance dans sa dégénérescence sénile, la recherche du plaisir avec un, ou des inconnus, le plaisir de voir sa conjointe en prendre avec un autre… Quelques textes évoquent aussi la difficulté de la condition humaine : le manque d’amour générant la frustration sexuelle, et, à l’extrême, les fantasmes sexuels de la seule survivante de l’apocalypse. Mais, le texte que j'ai préféré reste celui qui décrit avec beaucoup de poésie une relation encanaillée entre deux gastéropodes.

    Stella Tanagra, dans un précédent ouvrage, Sexe cité, avait bien réussi à exciter le microcosme littéraire par son audace, sa crudité et sa propension à transgresser toutes les normes de la bonne société. Cette fois avec ce « Sexe primé », j’ai eu l’impression qu’au-delà du malin plaisir qu’elle prend à bousculer tous les tabous entravant la vie sexuelle, elle s’est livrée à un véritable exercice littéraire, réussissant à exprimer les choses les plus abjectes avec une certaine élégance littéraire, avec une belle écriture plus policée que polissonne, académique, fluide, riche… Même si le texte peut rebuter, il ne dit que des choses que l’on connait, alors que l’écriture de Stella Tanagra peut être, pour certains comme moi qui n’ont jamais croisé ses écrits, une vraie découverte. Pourquoi s’exciter quand on sait si bien s’exprimer ?

    Le livre sur le site des Éditions Tabou

  • LE PIED

    74956-157923.jpgC’était un pied d'humain (pes hominis) de type commun excepté le fait qu’il n’était relié à aucune autre partie du corps à laquelle d’habitude il est attaché (tel un vulgaire fichier) par tout un système compliqué et, il faut bien le dire, archaïque.

    On le voyait régulièrement se déplacer d’un endroit à l’autre de la maison. Il trouvait refuge dans un tiroir, une caisse, un dessous de meuble… On ne sait pas de quoi il se nourrissait, quelle était sa sexualité, ni d'où il provenait : il ne manquait de pied à aucun membre de la famille !

    Il ne parlait pas, n’étant apparemment pas pourvu d’un appareil de phonation ; parfois il criait quand on lui marchait sur les orteils. Enfin, ce n’était pas vraiment un cri, plutôt une espèce de réaction sonore à l’aplatissement de son être.

    D’ailleurs, il était peu sociable et il eût été impossible de le maintenir à la même place plus que quelques secondes pour qu’on pût le caresser, le humer, lui réclamer des renseignements sur son lieu de provenance, sur le sort réservé à son vis-à-vis. Il avait dû avoir une vie difficile, pour sûr, et beaucoup souffert, comme tout organisme vivant un peu sensible.

    Un jour, il se fit écraser par une voiture en passant d’un côté à l’autre de la propriété séparée par la grand-route, et toute la maisonnée le pleura. On enterra ses restes sous le tilleul où il aimait aller s'abriter du soleil. On n’est jamais parvenu à le prendre en photo, si bien qu’il ne nous reste aucune image nette de lui*. L’odeur qui le caractérisait imprégna longtemps les lieux après sa disparition, comme s’il avait voulu nous laisser une trace olfactive de sa regrettée présence.

     

    ___________________________

    * L'image illustrant cet humble hommage ne rend qu'imparfaitement compte de la grâce du pied défunt

     

  • UN TRÈS BEAU LIVRE DE POÉSIE: SEPEHRI L'ADMIRABLE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    421.3.jpgNé à Kâshân, petit village iranien qu'il dit "perdu", égaré dans sa mémoire, le poète, qui écrit en persan, donne de la solitude une nombreuse suite de poèmes que relient un style très délié, une science des anaphores, un sens du cosmos, une lecture de la nature et de la lumière :

    "je suis plein de chemins, de ponts, de rivières, de vagues" (p.135)

    "il faut laver les mots"

    (p.121)

    "une pomme suffit à mon bonheur"

    (p.115)

    Le poète, dont l'épitaphe choisie pour lui-même est en elle-même source, quête, apologue de la poésie ("Si vous venez me chercher/ Venez délicatement et doucement/ de crainte de briser le fin cristal de ma solitude", p.69), veille à ne pas "troubler l'eau", porteuse, sauvage, signe de nature.

    "Parfois la solitude apparaissait à la fenêtre, son visage collé à la vitre" (p.95)

    L'œil incisif du poète donne au long poème "j'ai vu", où l'anaphore relance sans cesse l'acuité de la vision, un vrai manifeste poétique.

    "J'entends le vent remplir et vider le bol" : celui pour qui "la vie est l'extase de la main qui cueille", autre façon de dire son métier des mots et des vers, en très grand sensationniste de l'essentiel (proche du sens tarkosvkyen des élémentaires- lait, vent, air, herbe) : "de cette eau recueillons la fraîche beauté" (p.125), insuffle une force à ces brefs versets comme des haïkus étonnants :

    " C'était le crépuscule.

    La voix de la conscience des plantes arrivait à l'oreille.

    Le voyage s'en était venu" (p.143)

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    Sohrab Sepehri 

     

    Une pure poésie traverse ces espaces du passé redécouverts grâce aux mots qui en puisent l'essence :

    "La cour était lumineuse

    Et le vent passait

    Et le sang de la nuit coula dans le silence de deux hommes" (p.151)

    Quoi d'étonnant pour qui dit "cheminer dans la jeunesse d'une ombre"

    "où que je sois, j'existe

    le ciel m'appartient" (p.114) vibre comme une revendication libre et osée : le poète possède tout si son regard s'assigne l'essentiel ("il faut se laver les yeux, ajoute-t-il encore, il faut voir autrement", p.114)

    Un grand livre.

     

    Sohrab SEPEHRI, Histoires de lune, d'eau et de vent, Maelström reevolution, 2017, 196p., 16€. Traduit du persan par Arlette Gérard, Christian Maucq et Parvin Amirghasemklhani.

    Le livre sur le site de Maelström Reevolution