LECTURES ESTIVALES 2017: BIEN MÉRITÉ!

arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

J’ai reçu pour mon anniversaire ces deux livres qui ne font aucun cadeau à nos chers élus et notamment à ceux qui occupent les fonctions les plus élevées. Thierry Rocher, chansonnier au Théâtre des 2 Ânes a publié un recueil des chroniques qu’il a présentées dans l’émission « La Revue de presse » diffusée sur Paris Première. Et, Anne Queinnec s’est amusée, façon de parler car il y avait du boulot, à recenser les plus beaux joyaux nichés dans les discours et écrits des élus. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le monde politique méritait bien de se faire houspiller tant leur médiocrité est affligeante.

 

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LES PENSÉES DE QI SHI TSU

Thierry ROCHER

Editions Nem & Philosophie

Je sais les chansonniers ne sont plus très à la mode mais moi j’aime cet humour bien français, cette satire acide, narquoise, cette façon de remettre les puissants à leur juste place, je n’ose pas dire laquelle, cette impertinence salutaire. Aussi, je me délecte depuis plusieurs mois des chroniques et des bons mots des membres de la troupe du théâtre des « 2 Ânes » qui se produisent à la télévision dans « La revue de presse ». Ce plaisir nullement dissimulé n’a pas échappé à mes proches qui m’ont offert « Les pensées de Qi Shi Tsu », le recueil des chroniques de Thierry Rocher, dans cette émission, enrichi des pensées du célèbre philosophe chinois qui ponctue toutes ses interventions. J’apprécie particulièrement ce chansonnier qui propose un numéro totalement décalé, jouant les philosophes pleins de pseudo bon sens, Il s’échine à démontrer ses audacieuses théories sur un antédiluvien tableau de papier.

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Ce recueil comporte les chroniques de Thierry Rocher diffusées en 2016 et des pensées du célèbre philosophe. Thierry Rocher ne recule devant rien, comme tout bon chansonnier, il ose tout.

Les Questions métaphysiques :

« Pourquoi une grande bouche peut dire des gros mots et une grande gueule a du mal à se taire ? »

« Se faire voler dans les plumes par sa femme ou se faire plumer par sa maîtresse ne sont-elles pas les questions que tout bon pigeon se pose avant de s’endormir ? »

Les questions insidieuses :

« Quand les carottes sont cuites restent-elles un objet de plaisir ? »

Les questions vachardes :

« C’était le Salon du Livre, ce week-end, j’ai croisé Morano. Elle aussi écrit un livre. Elle m’a dit qu’elle a bien avancé, elle a déjà colorié deux chapitres. »

Les questions d’humeur

« Quand on n’a que les yeux pour pleurer, est-ce que ça empêche de se marrer ? »

Les questions de bon sens

« Cracher dans la soupe n’est critiquable que si c‘est dans l’assiette du voisin ? »

Et même les questions vitales :

« Faut-il abolir la peine d’amour pour les bourreaux des cœurs ? »

Sans oublier, la générosité étant l’endroit de la satire, les questions de charité

« Ne doit-on pas tendre la main à celui qui écrit comme un pied ? »

On ne peut pas laisser nos dirigeants devant de si cruelles nécessités sans leur prêter main propre… à écrire.

PS : je n’oublie pas les dessins de Jepida qui illustrent excellemment ce recueil.

 

41KVoR88bfL._SX331_BO1,204,203,200_.jpg« QU’EST-CE QU’IL S'AGIT LÀ-DEDANS ? »

Anne QUEINNEC

First Editions

Nico quand tu déclares : « Le français, c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté…. », ça me suffit déjà pour que j’aie presque envie de voter pour toi. Mais, hélas ! Mille fois hélas ! Tes meilleures intentions partent en cacahuètes aussi vite qu’elles ont fleuri. Dans un autre propos, tu n’hésites pas à asséner cette petite merveille qui a congelé mes bonnes dispositions : « Je veux qu’à l’école on apprenne les enfants à parler français et non pas la langue de leurs parents. » C’est toujours comme ça, on promet, on s’applique et puis une fois au pied du mur on fait n’importe quoi.9e9f2475-a4e3-429c-971c-cdfd039c0d1d.jpg

Anne Queinnec, s’est amusée, je pense qu’elle a dû vachement se bidonner, à recenser quelques unes des perles de nos deux derniers présidents, des esthètes du langage massacré, des acrobates de la syntaxe, des créateurs inépuisables en matière de mots nouveaux et abscons. Juste deux petits exemples pour vous donner une idée de ce qu’elle a trouvé dans les propos de nos deux champions.

Nicolas Sarkozy : « Les socialistes ont cru qu’en enlevant le travail des quinquagénaires on allait donner du travail aux trentagénaires. »

François Hollande : « Je pense que le sujet, il est par rapport aux Français : qu’est-ce qui fait que nous sommes, en France, même si nous habitons des territoires différents, liés par quelque chose qui nous dépasse ? »

Dans la phrase de Hollande il y a du boulot pour les quinquagénaires et pour les vingtagénaires et même pour les autres si on espère que tout le monde la comprenne un jour.

On peut toujours penser que ces braves gens ne sont pas des surhommes, qu’ils ont un boulot fou, des conditions de travail déplorables et des horaires impossibles mais on sait bien tout de même qu’ils sont entourés d’une palanquée de ministres et secrétaires d’Etat et d’une quantité d’autres palanquées de conseillers en tout genre formés par une école hyperspécialisée où enseignent les meilleurs maîtres. Eh bien toutes ces élites sont elles aussi des virtuoses du langage digne de celui qu’on parle dans mon quartier qu’on dit chaud. Dans mon quartier on peut au moins se targuer de parler une quantité phénoménale de langues étrangères en plus de tous les langages inventés par les jeunes.

J’ai picoré quelques exemples dans le petit recueil d’Anne Queinnec, je ne sais même plus s’il faut rire ou pleurer, finalement j’ai ri mais un peu jaune.

Bernard Laporte : « Je voulais voir les Antilles de vive voix » et pourtant lui, il sort de la grande école du rugby, il na pas l’excuse d’avoir été déformé par l’autre, celle des spécialistes.

Jean Luc Mélenchon : « Je suis plus nombreux que jamais. » Et dire que nous avons fréquenté la même université ! Jean Luc, tu pousses un peu trop le bouchon.

Christian Estrosi : « Comme je m’y étais engagé, dans le cadre de requalification de la Promenade des Anglais, la Ville de Nice a acquéri Villa Luna. » Motard, moto mais surtout mots de travers.

Jean Pierre Raffarin : « Il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leur mari. » Jean Pierre, je l’adore, nous sommes de la même classe, c’est un esthète, un grand champion en la matière.

Nathalie Kosciusko-Morizet : « Je m’en fous d’être minoritaire. [….] Je suis en mode greffage de couilles. » Si même les femmes se mettent à dire n’importe quoi…

Alain Juppé : « Eh oui, il faut presque un siècle pour faire un arbre centenaire ! » Le meilleur des nôtres, qu’il disait et bien ce n’était pas du pipeau.

Nadine Morano : « Plus on va vite et moins c’est loin. » Albert, au secours, explique-nous !

Dominique de Villepin : « Le pétrole est une source d’énergie inépuisable qui va se faire de plus en plus rare. » C’est comme la connerie inépuisable mais elle ne se fait, hélas, pas de plus en plus rare.

Merci Anne de nous avoir offert ce florilège, « une anthologie férocement drôle de notre belle langue française massacrée par les politiques » (Quatrième de couverture). On en connaissait des petites parties mais on ignorait que les dégâts étaient aussi importants. Et je vous ai épargné le plus dur, le plus ardu, le plus inepte, le plus abscons : la « novlangue » utilisée par ceux qui sortent de la grande école pour rédiger les textes officiels. Je n’ai pas voulu vous imposer ce charabia inaccessible à tous même aux auteurs des textes eux-mêmes, ce n’est qu’un gargarisme à n’utiliser qu’avec modération.

On a changé les acteurs mais on n’a pas changé les dialoguistes, je suis  sûr qu’Anne pourrait écrire une suite dès l’année prochaine. Courage, les nouveaux, ne lâchez pas le morceau, on compte sur vous! 

 

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