ÉCLIPSE de FRANÇOISE HOUDART

leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

 

 

 

 

 

 

536blog.jpg  Les trois derniers romans (« Les profonds chemins », « Victoria Libourne », « Retour à Domme ») de l’écrivain hainuyer ont, de manière brillante, établi leur auteur dans le rang des romanciers aptes aussi bien à raconter l’histoire (celle d’un peintre, celle d’un petit-fils qui retrouve ses racines…) qu’à pister la psychologie complexe de personnages en crise, en rupture, en quête de soi.

  Ma première impression de cette « Eclipse » fut en partie décevante, et, je saisissais sans doute, à tort, des éléments que je percevais comme artificiels, et qui, plus tard, se révélèrent intenses.

  Ma première lecture fut heureusement contredite par ce que m’apporta le livre, une fois clos : un univers nouveau où la romancière cerne des couples, les plonge dans un contexte inhabituel – sous l’égide d’une lune rouge, forcément féminine, dans laquelle je me reconnaissais peu et assez logiquement, avec une intrigue qui s’ouvrait sur une forme policière sans en épouser toutes les traces…

  Sacha, Mado forment un couple qu’un jour exceptionnel d’éclipse lunaire va dissocier. La quête de Sacha peut commencer, difficile, prégnante. Quoique les adjuvants – des voisins amis chaleureux, attentifs, Adi et Fadia – fassent tout leur possible pour ramener Sacha à une vie plus régulière. Mado a disparu : sans doute est-elle près de revenir. Il ne faut pas désespérer. Sacha se laisse aller, échafaude nombre de pistes, sombre peu à peu…Houdart2009blog-7947441.jpg

  L’intérêt de cet ultime opus de Françoise Houdart réside tout d’abord dans la manière fluide, étonnamment réaliste de mener le lecteur par le bout de l’intrigue qu’elle concocte : une écriture d’atmosphère campe les lieux du drame. Tout le monde est sorti de nuit pour assister à cette « éclipse »…Sacha n’a rien vu venir. Bien sûr, sous des airs de faux polar, « Eclipse » a aussi comme atout de montrer la déglingue d’une vie ordinaire, subitement perturbée, comme sans raison. Bien sûr, des personnages étranges comme ce faux Razounov qui fréquente aussi bien les parcs que les réseaux sociaux, fou de lune et de Séléné, traversent la fiction et assurent aussi au livre un aspect assez ethnographique : aujourd’hui Facebook et d’autres réseaux servent parfois aussi à désorienter certains usagers. Certains malades y circulent.

   Mais au-delà de ce qui pourrait s’apparenter à une concession à la modernité (technologique), le roman a surtout pour effet de creuser, chez le lecteur, une matière universelle, intime et partageable : l’univers de la faillite et/ou de la persistance des sentiments. Et là, le pari de l’auteur est une totale réussite : oui, nous passons par des « éclipses », des « aventures », des « phases » d’intermittences amoureuses, et le titre n’a pas été choisi en vain. L’immense cinéaste de l’incommunicabilité est passé par là, a laissé trace d’une œuvre où se font et défont les sentiments, entre deux plages de silence : « L’éclipse » d’Antonioni (ITA, 1962) avec l’inoubliable Monica Vitti. Françoise Houdart a retrouvé, ôtant l’article, l’intense émotion des personnages et la fin ouverte de son roman interpelle activement : de quoi est faite une vie de couple, d’apparition, d’éclosion et de déclin ?

   Au lecteur de trancher. Un beau livre. 

Françoise HOUDART, Eclipse, Ed. Luce Wilquin, 2017, 176p., 17€.

Le livre sur le site des Editions Luce Wilquin

Les livres de Françoise HOUDART chez Luce Wilquin

 

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