L'INDIEN DE BREIZH et LA FOI, LA CONNAISSANCE ET LE SOUVENIR de DAVID GIANNONI

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

 

441.2.jpgL'éditeur et poète David Giannoni (1968) a profité de sa résidence à Quimperlé pour nous donner un petit livre de vers et de photographies, empreints de lumières, celles de cette belle résidence bretonne, celles des amis retrouvés entre Bretagne et terre "indienne" où cherokee, "dieu qui décline", "avec le temps" de Ferré, "L'indien de Breizh", comme il se surnomme, conversent.

Voilà un livret en hommage à la terre commune que nous partageons, autour des bardes de toujours, autour des "homme et femme (qui) s'enlacent", au son des couleurs (le vert -gwer), des nuits, des fêtes (feznoz).

Un air de cosmologie partagée fait fête à la lune, à la culture autre, à la poésie ("peut être faite par tous"), l'accueil ("un homme avec la force d'une femme/ un jour/ caressa une pierre/ si tendrement/ l'écouta geindre et rire...")

"Goûter/ à la saveur véritable/ du mot/ Révolution" : pour "le barde que je deviens", la terre bretonne résonne aux accents d'un temps à changer (the time is changing).

Traverse ces textes une mythologie personnelle (un brin de conte à portée morale, une pincée de rites indiens, un imaginaire tissé de monde ouvert) jusque dans les clichés photographiques qui énoncent aussi les thématiques souhaitées : telle photo de couverture (Esplanade Julien Gracq 1910-2007 et ce pochoir "Lorsque le pouvoir de l'amour/ vaincra l'amour du pouvoir/ le monde connaîtra la paix"), ou d'une bien belle chapelle "désacralisée" où la poésie se fait, ou encore la nuit tombant sur la demeure de résidence, avec la lampe d'une chambre à l'étage (p.2)

David GIANNONI, L'indien de Breizh, Maelström,2017, 40p., 3€.

Le livre sur le site de l'éditeur

 

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David Giannoni

 

 

large.jpg"La foi, la connaissance et le souvenir", en deux versions italien-français, est un texte du début des années 90, aujourd'hui édité dans la collection 414, offerte en deux exemples collés tête-bêche.

Sous la triple bannière thématique du titre, Giannoni questionne la sagesse à mettre en oeuvre dans un monde déboussolé. L'hôte qu'il invite l'invite à son tour à "se dépouiller de toute rhétorique", l'enjoint à multiplier les questionnements sur l'être, puisque "la sagesse ne se définit pas", parce ce Cosmos si "inatteignable" pousse à trouver d'autres souffles. Dans de longs poèmes lyriques (avec majuscules), le poète s'adresse au dieu, à ses géniteurs, à son propre imaginaire (le Cri, les contes chinois...) en quête d'une Atlantide qui puisse écluser ses nombreuses interrogations sur la vie. De très belles pages sur le père, tout à la fois "padre padrone" et "padre amante", assument la reconnaissance (une autre connaissance que par l'appareil de la foi), la ferveur des origines.

"Nous souffrons de notre étroitesse" lui dit-il, ou "Il est difficile de rester éveillés de nos jours" (p.67) : au milieu des agitations du monde ("du grand vent"), le poète se débat, lance ses débats essentiels, puisqu'il est vrai que "La parole è perdita" (la parole est perte), de nous, de tout. Ecrire répare, soulage et promet, per esempio, "Un sein énorme, proéminent/ au-dessus de nos têtes./ Il sera beau alors, nous tous,/ têter à l'unique téton, / l'unique source,/ lait et lumière/ ensemble"(pp.39-41).

Giannoni, fellinien en ces lignes, s'est-il souvenu du très bel "Amarcord" (je me souviens en romagnol), et de la séquence avec l'énorme dame qui offrait ses services et sa poitrine généreuse aux adolescents de Rimini ("Ne souffle pas...") ?

 

David GIANNONI, La foi, la connaissance et le souvenir, ibid., 2017, 86p., 10€.

Le livre sur le site de l'éditeur

 

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