HOMMAGE À DANIELLE DARRIEUX par PHILIPPE LEUCKX

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Une pensée pour une magnifique comédienne, révélée par Henry Decoin dans les années trente. DANIELLE DARRIEUX (1917-2017). La revoir dans "La vérité sur Bébé Donge" (Decoin, 1951), "Madame de" (Ophüls, 1953), "Marie-Octobre" (Duvivier, 1958), "Le dimanche de la vie" (Herman, 1966), "Huit femmes" (Ozon) etc.

 

Je crois que si on aime le cinéma français ce nom de Darrieux sonne comme une totale référence. Combien de films n'a-t-on vus d'elle! et de toutes les qualités puisque son talent n'est pas en cause. Parfois sans doute a-t-elle trop tourné! Mais c'était l'époque qui voulait qu'une vedette talentueuse, qui avait empoché prix et victoires du cinéma français, se montrât le plus souvent à l'écran : si bien que Danielle Darrieux tourna parfois cinq ou six films l'an. Bien sûr, entre Max Ophuls et le tout venant, il y a un monde. Mais cela n'embarrassait guère cette boulimique du jeu. Son élégance, sa diction, sa gestuelle, sa présence illuminent même des navets ("Du grabuge chez les veuves" et autres "japoniaiseries "(Ciampi...) ou péplums!

Et donc, Henry Decoin (comment oublier "La vérité sur Bébé Donge" de 1951, peut-être l'un des plus beaux films français de ces années-là : description au vitriol de la province française, avec une Dorziat éblouissante en marquise d'Ortemont qui assène les mêmes phrases avec sa maestria de comédienne du Français! Et puis Gabin, et une Darrieux incisive, vrai poison dans une douceur de façade).

 
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Et donc, Monsieur Ophuls, avec "La ronde" , 1950, (d'après Schnitzler, et tout le toutim du cinéma français de l'époque, Gélin, Philipe, S.Simon, Signoret, Reggiani...), avec "Le plaisir" (1951), avec surtout cette "Madame de" (adapté de Louise de Vilmorin, 1953), où elle est ÉBLOUISSANTE de féminité, d'allure, de prestance. La caméra d'Ophuls (et ses travellings, et sa science des intérieurs comme des intimités complexes, et sa divine direction d'acteurs, Boyer, De Sica ont rarement été meilleurs que là) scrute les êtres jusqu'au gros plan et insert : le visage de Danielle s'essayant aux divers robes et bijoux devant son miroir ovale est d'une beauté fulgurante (un seul exemple similaire chez un autre maître imagier : le gros plan d'Annie Girardot couchée sur le lit de "Rocco et ses frères" avec Salvatori à ses côtés).

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Et Demy, pour "Les demoiselles de Rochefort" (1967), où elle est la seule à ne pas être doublée pour le chant. Les scènes où en cabaretière élégante, en rose, ou vert, elle donne ou plutôt chante la réplique à Perrin, à Piccoli, à Deneuve etc. sont inoubliables : elle y est d'une aisance!

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Et combien d'autres! Chez Téchiné, chez Sautet, chez Vecchiali, chez Delouche ("24 heures de la vie d'une femme")...

En 2002, Ozon fit appel à elle pour l'une des "Huit femmes" de son huis-clos chantant et polarisant. Avec les belles Ledoyen, Deneuve, entre autres Ardant, Huppert...

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Et puis l'heure de la retraite (tardive) sonna. On ne la voyait plus depuis 2010. Le rappel des cent ans en mai lui donna quelques illustrations et articles dans la presse. D.D. initiales célèbres : il y avait B.B., C.C. (Claudia Cardinale), M.M. (Michèle Morgan), et même une brillante pépée P.P. (Pascale Petit, qui fit de bons débuts, puis s'enlisa dans le cinoche italien de consommation courante)...


 

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