VINGT-ET-UN PASTICHES DE POÈTES EN SEPT VERS par PHILIPPE LEUCKX

1.

vandenschrick%20jacques.jpgJacques Vandenschrick

Aiguise ta vision du côté des moraines
Bientôt ce sera le soir et les grêles d'oiseaux
Sur les sentes
Bientôt, tu rameuteras les sanglots et le deuil
Alors que Suzanne aux bains t'assigne
Soudain la ferveur des montagnes
Où se creusent les huisseries du vent.

 

2.

7196100268_11ba93f69d.jpgLucien Noullez

Je ne ménage pas mon violon
et s'il s'amuse à nouer à ma main
trop raide les ressauts de quelques notes
rebelles
je l'assure de ma bienveillance
je l'invite même à me rosser
de sa belle musique

 

3.

IMG_0664.jpgAndré Hardellet

Faubourg : Les trottoirs et les rues s'épousent dans le soir.
Corsage: A foison le désir à la paume du sein.
Vent : J'invite le vent souvent à venir me voir.
Belles : Elle se sauvent trop belles dans le venin des couloirs.
Minutes : Merveilles que consigne heureuse Françoise L.
Rêve : L'enfant à la lucarne a soulevé le ciel.
Chasseur : Il fut à Vincennes amasseur de mots, tout à l'affût du beau, du vrai.

 

4.

kinet.gifMimy Kinet

Elle a cru longtemps petite
qu'elle manquerait de ferveur
pour le peu pour le manque
elle s'enhardit à trouver
la beauté dans les îles
chez les autres
sans croire trop en elle

 

5.

Henri Falaise

L'été chemin brabançon
des frelons amenuisent
l'espace du chagrin
quand village de loin
les semences et la mère
avivent
la saison d'un dé de mélancolie

 

6.

ossipmandelstam.jpg?ssl=1Ossip Mandelstam 

Revenu d'Arménie et d'un chagrin
Plus pur qu'huile de lampe
sur le boulevard aigre de ma ville
la pierre soudain écaille
mon souvenir et ma main poudreuse
cueille l'air dans son vide
coupe le mot et le feu de ma poésie

 

7.

AVT_Giuseppe-Ungaretti_8609.jpegGiuseppe Ungaretti

L'étoile m'incise de son jaune
Et je tremble
Ce soir ma peine mêle
à l'ombre la dense parure
des mains
la nuit déjà s'en vient
toucher le cœur et saigne

 

8.

Sandro_Penna_1974.jpgSandro Penna 

Feux feux au coeur
il te semble voir
en l'image vive
l'allure du piéton
qui à part lui
a levé vers toi
d'un regard l'ombre

 

9.

JulesSupervielle.jpgJules Supervielle

Dans notre maison simple
Tu as désappris le cœur 
Encombré l'escalier
D'un brin de souvenir
Comme s'il fallait enfin
S'alléger de son corps
Toucher du doigt l'abîme

 

10.

6a00d8345167db69e201bb094301dc970d-600wiMichel Bourçon 

Mesure le peu au pas. Tu as suivi les murs et le murmure du vent t'a pris la main. Tu ne sais rien d'autre alors que cette pluie, cette pause, ce lent balancement des choses à peine soulevées. Fantôme du soir venant, à peine ces mots qui scintillent à leurs paumes, à peine le poudroiement de nos astres, de nos communes survivances. 
J'ai tu mon parcours.
J'ai suivi le mot. A la lettre.

 

11.

March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPGArnaud Delcorte

Flaques d'ombre
dans la rue d'Essouira
Quelque barbier d'azur
Te coiffe
Quand un passant furtif
Mesure contre lui
Le ciel

 

12.

jacquesizoard.jpgJacques Izoard

Des guêpes aux guêtres
les lueurs biaisent
sur ta propre couche
sinon la demeure
et son sang mensonger
à l'insu
des sèves

 

13.

Bonhomme%20Anne.jpgAnne Bonhomme

Serre ta ville serre le chemin du soir
et cette impatience et le regard qui pointe
la prostituée au bas de l'escalier
mesure ce que tu lui dois
dans l'énergie des soirs 
tu la reconnais bien va cette route
qui te mène au quotidien banal à la fatigue vaine

 

14

Aubevert-192x300.jpgJean-Michel Aubevert

Les mèches languissantes des derniers bois conquis, comme j'aspirerais à les tresser dans l'ombre, quoiqu'il faille écourter les coursives et brûler de nos vœux la charpie des chagrins. Vents, disparaissez. Laissez moi à mes soupentes, à mes bois d'Eugies, à mes sourdes trappes. trempez vos mensonges et laissez nous laines et feux.
Que batte la coulpe des rêveurs! Que viennent les sourciers aux hallebardes des carpes!

 

 

15.

AVT_Jean-Miniac_4095.jpegJean Miniac 

Voilà - dans le train qui défile
les premiers noms des tout premiers villages
aux noms que j'ai aimés
Breban-sur-Vauge, Assourdines, Sourgues,
tant d'histoire de nous
à dépenser en mots
et quoi - même plus le sourd zinc pour y boire l'amer

 

16.

dominique-grandmont.jpgDominique Grandmont 

Les linges qui des faubourgs
dépassent à peine les plis
les ombres les caches
jusqu'à quelle peine encore
lèveront-ils 
bribes et baisers 
au cortège des nuits

 

17.

v_auteur_136.jpgDavid Besschops 

Fulgurances et souillures, et tapis les mots de mère, de suie, de foutre. Il se calfeutre l'enfance. Il a surtout l'appétit du verbe cinglant. Que ne va-t-il s'écorner la souffrance au sang neuf des îles? 
Vaillamment la souche. Qui le surveille s'étouffe. L'étoffe a de quoi noircir la sève de ses vœux les plus sûrs. Il se sert de l'objet, ne s'en défend pas , l'use jusqu'au venin de la blessure. A vif. Jusqu'au plaisir sourd qui gicle.
Foudre.

 

18.

dancotpierre.jpgPierre Dancot

La femme déblaie l'amour et me jette au crâne ses faveurs.
Ma tête explose. Mon crâne déplumé sait ce qu'il peut nicher 
De mots, de déveines
Son lot d'enfance frigorifiée.
Il tait le mot amour de peur d'écharder un peu plus la flamme.
Il cache son grand corps
Dans un crâne éventé.

 

19.

Fran%C3%A7oise-Lison-Leroy.jpgFrançoise Lison 

De son enfance céréalière
Elle garde fruitées
Des collines
Elle chevauche les ponts
S'amuse à devenir éclusière
Exclusive des écueils
Elle mêle ses chants aux gradins de l'été

 

20.

AVT_Marie-Nol_8013.jpegMarie Noël 

Mon Dieu, je vous chante comme une lingère
Une bergère qui affûte son pipeau l'hiver
Et tient contre elle brebis pains et agneaux
Pour leur éviter la hargne de saison ses maux
Mon Dieu, faites que comme elle je vous serve
Les mains offertes pour prier telle une serve
Qui s'applique toujours à louer son seigneur...

 

21.

1008379-Henri_Michaux.jpgHenri Michaux 

À présent fulgure le blanc bleuté. Assailli par de fines tiges qui m'étrillent l'œil, je suis obligé de battre en retraite.
Lamelles violacées barrent le front.
La dose augmentée, je m'exalte de concert. Les bleus agressent et quand je penche la tête, je m'évanouis dans des nappes de joie intense, fleuries comme des buissons d'aubépines orange.
À présent, plus rien, qu'une indécidable torpeur qui étouffe le vers

 

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