RENTRÉE LITTÉRAIRE 2017 : POÈTE ! POÈTE !

       arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

À chaque rentrée littéraire, il faut sa dose de poésie et pour cette rentrée 2017, j’ai puisé à la claire source des Carnets du dessert de lune où souvent je viens m’abreuver. J’y ai rencontré un poète de talent, Serge Prioul. J’ai aussi bu à une source que je fréquente moins, Bleu d’encre, où j’ai trouvé un autre poète de grand talent : Claude Raucy. Alors buvons leurs vers sans modération aucune.

 

s189964094775898902_p837_i1_w1654.jpegFAUTE DE PREUVES

Serge PRIOUL

Les Carnets du Dessert de Lune

 

« Un jour arrive

Où tu écris

Par curiosité

Juste pour savoir

Où va te porter l’écriture… »

D’après l’éditeur, il en aura fallu du temps avant que Serge Prioul « arrive » à l’écriture. « Il fallait rompre avec ce mal du dedans qui se propageait tout autour » raconte le préfacier, Jacques Josse, lui qui a écrit le naufrage d’un vieux marin « Cloué au port ». Il les connait Jacques, ces vieux qui viennent chercher un peu de compagnie au fond des rades de la rade, des cafés des petites villes de campagne ou, comme Serge Prioul, des bars de Rennes.

« On entre au Café de Paris

Comme on ouvre un livre ancien… »

C’est peut-être ce Café de Paris que Marie-Christine Thomas-Herbiet a représenté sur la couverture de ce recueil. Ce café de Rennes où les filles sont belles, la pharmacienne d’en face aussi, et surtout elles ont de belles jambes qui retiennent tant l’attention de l’auteur.

« Sont belles

Les jambes en nombre pair

Comme des anges les ailes… »

Fils et petit-fils de tailleurs de pierre, Serge a lui choisi de tailler des belles phrases, des vers souvent très courts pour dire des choses de la vie, de sa vie, de sa vie d’avant quand l’angoisse montait déjà le dimanche soir en pensant au lundi matin. La pierre aura été son livre et le burin son crayon.serge_prioul-middle.png

« Tu lis peu

Trop de fatigue

Quelques poèmes auront été toutes tes études

Et puis des pierres

Des pierres… »

Ainsi Serge aura été à l’école de la matière, celle qu’on façonne à la sueur de son front et à l’huile de ses coudes. Le concret aura été son univers, la campagne son refuge.

« Tu sais voir

Ce campagnard en toi

Ce coureur des bois

De l’animal suivre la trace… »

C’est à cette école de la simplicité, de l’humilité, du travail soigné, qu’il apprendra à façonner des textes carrés, construits avec des mots choisis comme les pierres de la muraille d’une citadelle inexpugnable. Sans fanfaronnade aucune, sans plus de prétention, en toute simplicité, Serge Prioul offre ce recueil :

« Le livre est timide

La couverture simple

Et lisse… »

Et le texte contient déjà ce que l’auteur lui-même annonce dans deux vers qu’on espère prémonitoires :

« Quelqu’un t’a dit dans les petits trucs qu’on écrit

Souvent ils sont là les beaux textes à venir. »

J’en suis convaincu !

Le livre sur le site des CARNETS DU DESSERT DE LUNE

 

SANS000052172.jpgSANS ÉQUIPAGE

Claude RAUCY

Dessins de Jean Morette

Bleu d’encre

 

« frère ô frère

à quoi bon ces tempêtes

ces nuages comme des taupinières

dans un ciel sans étoiles »

Que d’amour faut-il avoir dans le cœur pour s’adresser ainsi à un frère certainement disparu beaucoup trop vite

« on dit en latin

que tu vogues avec les anges »

On sent que ce frère n’était pas qu’un frère qu’il était beaucoup plus, quelque chose comme un modèle, une idole dirait certains mais plus certainement un complément, un autre soi.

« frère tu étais mon capitaine

le savais –tu »

Ce frère n’est plus, la tristesse a envahi le cœur de l’enfant, le vieil homme se souvient bien, aujourd’hui est comme hier, la plaie saigne toujours, l’absence reste toujours aussi douloureuse.Claude%20Raucy%20light%20copie.jpg

« ta voix a pris la couleur du sable

elle ne hisse plus les voiles

je vais à la dérive »

Mais le temps fait son office, le petit frère continue sa vie… seul

« frère mon ami

je poursuis sans toi l’aventure

étonné d’être seul »

L’auteur n’a plus que les mots pour faire vivre encore ce frère adulé, les mots qu’il manie avec un talent infime, des mots qui font battre le cœur, des mots qui mouillent les yeux. Des yeux qui pourraient diluer les dessins en noir et gris de Jean Morette qui alternent avec les poèmes de Claude Raucy et donnent de la chair à ces mots, de la vie à cette douleur pour qu’elle fasse exister toujours ce frère tant aimé maintenant qu’il a déserté notre monde et le paysage à jamais vide.

« je ferme les yeux pour voir les vagues

il n’y aura plus de beau temps

sans toi ce sera toujours les gouttes

l’horrible crachin »

Un recueil magnifiquement illustré beau comme seule une grande souffrance inextinguible peut être belle.

Le site de BLEU D'ENCRE

La lecture de Philippe Leuckx sur le site de l'AREAW

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