BLUES SOCIAL CLUB de LORENZO CECCHI

cover-blues-social-club.jpg?fx=r_550_550COUPS DE COEUR, COUPS DE BLUES 

Blues Social Club est le sixième ouvrage de Lorenzo Cecchi et son troisième recueil de nouvelles. 

   Délit de fuite, la première nouvelle se termine par le feu. Avec une chute finale mémorable, au propre comme au figuré... 

   C’est fini ce boucan ? s’achève aussi dans les flammes. De ce feu qui efface toute trace réelle, en tout cas, mais pas le souvenir de ce qui a été... La troisième, La dispute, est le récit d’une passation douce-amère, par l’écriture... La quatrième narre une apparition miraculeuse, un de ces moments qui marque une vie, fige un destin, entre douleur et enchantement, et duquel on ne se remet jamais vraiment. Comme la dernière aussi, Le sac à dos, qui assujettit le narrateur à une vision des choses et lui fait voir la vie, le monde, sous cet aspect. Un beau cas de paranoïa.

   Le sac à dos, c’est un peu la part secrète de chacun, ce qu’on imagine d’autrui sans jamais vraiment savoir, ce qui fait qu’on devine l’autre autant qu’on se trompe sur lui, ce qui nous le fait appréhender comme terroriste de nos habitudes de penser. 

   L’avant-dernière nouvelle nous conte l’histoire des chats-à-gratter et plus jamais ils ne taquineront votre gorge sans que vous vous référiez à ce récit... Maman est morte, nouvelle lapidaire, rapporte aussi un de ces événements dont on ne sort pas, la disparition brutale d’un proche auquel on ne veut et pourra jamais croire.

   Ces récits, souvent écrits à la première personne, réduisent la frontière entre fiction et réalité sans verser dans l'autofiction, ils nous disent que ce qu’on croit, rêve, pense des faits est plus important que les faits nus ou bien que ceux-ci ne prennent tout leur sens qu’une fois interprétés, reliés à un « je » et inscrits dans une histoire personnelle, une vision embrassant passé et futur.  

   Cette collusion entre fiction et réalité est une des marques et constantes de l’écriture cecchienne. Cet art de la narration, qu’il a chevillé au corps et à la plume, qui rend son écriture concise et intense, prend sa source dans son existence même, entre coups de blues et goût immodéré de la vie, entre essoufflement et grandes respirations.

   Il y a du John Fante dans la façon d'écrire de Lorenzo Cecchi, ce goût accru de vivre qui met du vif-argent dans l’instant, cette capacité à rendre le quotidien au plus près, au plus fort.

   Un de ses personnages récurrents est Vincent, un autre lui-même, ce double fictif qui l'autorise à toutes les audaces fictionnelles. Lorenzo plante ses récits dans diverses époques de sa vie, après quoi bien sûr il appuie sur la touche start de son logiciel imaginatif et ça démarre, ça pétarade, ça l’éloigne loin de tout vécu. Ce qui peut expliquer qu’il emploie parfois le feu pour arrêter ce flux, ce flow qui, sinon, le brûlerait de l’intérieur.

   Ce qui donne à la plupart de ses nouvelles ce cachet d’intimité, cette dose accrue de réel, ce shoot de sensations fortes ; ce qui fait qu’une fois la lecture d'un de ses recueils terminée, on en redemande...

Éric Allard

 

Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

 

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