ENTRE LA VAGUE ET LE VENT de GEORGES SÉFÉRIS

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

 

63824.jpgLe poète, né à Smyrne en 1900, lauréat du Nobel de littérature en 1963, a vécu l’histoire et ses aléas comme une seconde peau. Ses poèmes en portent trace et, mêlant mythe, terre natale, réflexion politique, amour de la beauté grecque, entre terre, île et tradition, Séféris donne une poésie qui tranche, par ses convictions, ses combats, sa posture de résistance. Il a dû souvent se résoudre à une lutte obstinée.

Entre mer, vague et remous de la géographie et de l’histoire, et le vent, tout à la fois porteur de sens, de révolte, voilà vingt poèmes qui associent ferveur et acuité, sens de la "polis" grecque, cité et démocratie, attachement résolu à ses terres et aux siens.

Poèmes qui s’illuminent de statues, d’un détour par l’enfance, d’anges « au plus près » alors que le statut d’étrangers bousculés cède à l’effroi, à la fatigue de vivre.220px-Giorgos_Seferis_1963.jpg

« Mes mains disparaissent et me reviennent

amputées »

L’exil, la cendre, le regret épuisent un destin :

« Tout ce que j’ai aimé s’en est allé avec les maisons »

La mort, compagne obsédante, la fragilité de l’être, la quête de la « mémoire/ de ceux qui vivront ici où s’achève notre course » : le poète consigne la nudité, protège des voix, « regarde les îles », en dépit de tout, en dépit des pauvres possibilités qui lui sont offertes :

« Ecris si tu peux sur ton dernier tesson

le jour le nom le lieu ;

jette-le à la mer et laisse-le couler »

C’est une poésie marquée au sceau du temps « infidèle », d’une gravité de « pierres » à soulever :

« Il sombre celui qui lève les grosses pierres.

(…)

Blessé par ma propre terre

supplicié par ma propre chemise

condamné par mes propres dieux,

ces pierres »

 

Il partage, par métaphore, le sort même de la Grèce, de toujours, celle des îles, des sculpteurs de temps, des penseurs d’espaces.

Comme le destin du roi d’Asiné modèle celui des enfants, des adultes, poursuivis par la guerre, celui du poète est de dessiner un avenir qui ne soit pas seulement teinté de souffrance mémorielle mais de l’appoint d’une sagesse renouvelée à l’aune des générations passées.

Mais la plus grande blessure, ineffaçable, n’est-elle pas d’avoir déserté la maison natale ?

« Tu sais les maisons sont promptes à nous en vouloir, quand on les déserte »

Le beau poème des « maisons » s’honore de parfums, de gestes, qui attisent chez le lecteur tout le paradis perdu.

Les vignettes de Xenos entre ocre, rouge et brun, recèlent, à côté des beaux poèmes, une esthétique liée à la Grèce profonde, éternelle, où le rouge brique saigne sur le gris, où l’ocre dit assez la terre d’où elle provient.

Un très beau livre, à l’édition bilingue, à la composition très élégante.

 

Georges Séféris, Entre la vague et le vent, La tête à l’envers, 2017, 92p., 21€. Traduit du grec par Marie-Cécile Fauvin et Catherine Perrel ; Peintures de Harris Xenos. Préface du poète Thanassis Hatzopoulos.

Le livre sur le site de L'autre livre

 

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