LE REPOS DE L'ENSEIGNANT

5423e763-3e4e-4ca9-ab02-965ca91fa5c6-jpg.jpg?$p=hi-w795Après sa journée de boulot, ce prof aspire, comme tout bon travailleur, à un repos bien mérité.

Au volant de son véhicule, sur le chemin du retour, il se rappelle les nombreuses périodes de cours de la journée écoulée, la superbe avec laquelle il a délivré son savoir, l’amène manière dont il a répondu au questionnement des étudiants sur tous les points du programme de la discipline dans laquelle il excelle, comment il a fait acquérir les compétences inscrites dans le référentiel et reprises dans son journal de classe (le même modèle qu’il possédait quand il était collégien, il y a trente-cinq ans), comment il a enregistré les présences avec un mot aimable, un encouragement à chaque étudiant, dont il connaît les nom, prénom et âge (ainsi que des détails très privés divulgués sans vergogne lors des conseils de classe par ses collègues et la psychologue du centre scolaire), comment il a fait une cour discrète sans lourdeur à la nouvelle prof de géographie (qui donne accessoirement cours de pilates pour compléter son horaire), comment, dans une classe à hauts potentiels, il a fait passer un test dans les règles de l’art et corrigé, selon un grille de correction infaillible, plusieurs fois revue par l’inspection, et de quelle façon, enfin, il a salué avec les égards dus à leur rang ses supérieurs mais aussi chacun de ses semblables, y compris les membres du secrétariat et du personnel d’entretien.

Il s’est aussi empressé de donner à un père visiblement mécontent du sort réservé à une de ses ouailles et muni d’un couteau de cuisine peu avenant (et assez déplacé en ce lieu, il faut dire) la localisation exacte du bureau du préfet de discipline et de sa secrétaire particulière…

Enfin, parvenu chez lui, il débranche sa puce électronique clipsée au lobe temporal, ce minuscule logiciel qui se place derrière l’oreille et que l’Education Nationale fournit à chaque entrée en fonction des nombreux candidats aux postes désertés en masse par les enseignants professionnels. Il se sert un long mojito glacé et, après un baiser distrait à son épouse et ses enfants, il s’installe devant son écran de télé pour suivre sur la chaîne du sport un match de play-off. Il se prend trois fois en selfie avec son chat sur les genoux et un paquet de Doritos, pour poster sur ses réseaux sociaux préférés. Et il ne s’endort jamais avant d’avoir lu trois pages de Gala ou quinze lignes du dernier Mussot. Les soirs où il se sent l’âme culturelle, il ne ferme pas les paupières sans avoir visionné la bande-annonce d'un nouveau film, feuilleté un ouvrage sur la peinture impressionniste ou chantonné le texte d'une chanson de Céline Dion (composée par Goldman). Enfin il peut s'endormir du sommeil du juste pour traverser une nuit sans sans rêve, le temps que se recharge doucement mais sûrement son progiciel d’enseignant modèle. 

 

Tous les MAUX D'ÉCOLE, VICES D'APPRENTISSAGE & AUTRES CALAMITÉS SCOLAIRES sont à lire ICI

Commentaires

  • Cela promet un bel avenir à l'e-duk-as-ion ! Filoux !

  • Tu as écrit filou en pensant à ripouX. ;-) A bientôt, Marcel!

Les commentaires sont fermés.