• LES HAÏKUS MINIMALISTES de MARCEL PELTIER

    marcel_peltier.jpgMarcel Peltier expérimente depuis 20 ans le minimalisme dans ses "Haïkus du Silence".
     
    Aujourd'hui il tente une synthèse définitive afin d'approcher "l'Art du Trait Zen".
    Voici quelques exemples extraits de son blog http://haicouminimaliste.blogspot.be
    Il associe deux contraintes oulipiennes : le haïku de 7 syllabes structuré selon le rythme 2-3-2 et l'emploi d'un maximum de 6 mots.
    Ce haïku devient un flash déclamé dans un souffle.
     
     
     
     
    Minuit,
    une boîte
    Chahute.

     
    *
     
     
    Le doigt
    dans son dos,
    Frissons.

     
    *
     
     
    Cancans,
    le passage
    Des oies.

     
    *
     
    Neptune
    protégé
    Du gel.

     
    *
     
    Dressée,
    elle aussi
    Pourrit.
     
    *
     
    Deux mots
    échangés,
    Complices.
     
     
     
     
     
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  • UN GAI SAVOIR

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    Ce collectif d’enseignants (à la retraite, au chômage ou aux études) et de quidams donnait des conférences sur les sujets les plus divers. Où il n’était réclamé à l’assistance ni exercices ni examens. Ces conférences étaient de plus en plus suivies. De telle sorte que les étudiants de toutes les écoles subventionnées du pays brossaient les cours pour y assister. Et que, bientôt, tous les établissements scolaires furent vidés. À l’exception des directions et des secrétariats chargés de régler les affaires courantes.

    Enfin la connaissance sous la forme d’un gai savoir avait trouvé le moyen de se diffuser dans la joie.

    Le Ministère de l’Enseignement ne put supporter longtemps cet état de fait et la Fédération des Entreprises, en accord avec le monde politique et toutes les associations des parents d’élèves, fit voter une loi pour criminaliser les activités des membres du collectif. L’armée fut convoquée et les terroristes furent passés par les armes.

    Aujourd’hui les cours ont repris dans la mauvaise humeur habituelle.

     

  • DE L'INFLUENCE DU COURS DU YEN SUR LE CYCLE MENSTRUEL DES GEISHAS

    tattoo-fleur-33.jpgIl régnait autour de cet enseignant un flou considérable.

    Possédait-il ou non une qualification ? Et son certificat d’aptitudes pédagogiques ? S’y connaissait-il en quoi que ce fût ? Était-il le meilleur ami du chef d’établissement ou son pire ennemi ? Était-il protégé en plus haut lieu ? Avait-il fait l’Afrique ou l’école buissonnière ? Était-il maçon ou poète? Était-il un haut potentiel ou un psychotique profond ? Possédait-il toute sa raison ? Se trouvait-il d’ailleurs bien là où il donnait cours ?

    Ses étudiants ne savaient à quoi s’en tenir. Quand il donnait une leçon structurée, sous le signe de la rigueur, sanctionnée par une évaluation critériée labellisée, il apparaissait qu’aucune notion n’était correcte, aucun point acceptable et quand il lançait des idées à la cantonade, exprimait des opinions sur le ton de la dérision, sans le moindre souci pédagogique, il apparaissait qu’il révélait des vérités pérennes (d’une durée de trois semaines au moins).

    Les réclamations pleuvaient mais l’administration usait de tous les moyens pour les contrer, les inspecteurs ne franchissaient jamais la porte de sa classe, comme pris d’effroi à l’idée de se frotter au bonhomme, de détruire le mythe entourant sa personne.

    On disait qu’il dormait avec un python, qu’il avait empoisonné sa nourrice espagnole à l’âge de cinq ans, qu’il était de descendance rohingya, qu’il avait été chercheur à l’Université de Ouagadougou, qu’il était un vegan de la pire espèce, qu’il était encore puceau, qu’il possédait une connaissance encyclopédique, qu’il élevait des cochons d’Inde, qu’il avait tenu une maison close à Bali, qu’il écrivait un livre de sorcellerie qui révolutionnerait la pédagogie moderne, qu’il lisait (autre chose que des manuels scolaires), qu’il maîtrisait parfaitement l’écriture inclusive et l’usage du tableau numérique.

    Maintenant qu’il est retraité, incapable de se passer d’un public, il donne régulièrement des conférences sur les sujets les plus divers et dans les endroits les plus insolites (une pissotière, un dépôt d’ordures clandestin, un congrès de parti, un refuge pour migrants, le siège d’une multinationale...) sans que ceux qui y assistent, de plus en plus nombreux, ne sachent s’il dit vrai ou faux, parvenant à semer le trouble sur les sujets les plus divers, du repiquage des salades grecques en terre orthodoxe à l’influence du cours du yen sur le cycle menstruel des geishas.  

    À la fin de sa causerie, il distribue un questionnaire pour vérifier l’écoute de son auditoire puis ramasse les copies. Que jamais il ne rend ni ne corrige. Il les jette à la décharge, à moins qu’il ne les brûle dans  le grand feu ouvert de son chalet suisse pour, à ce qu’on rapporte, alimenter les flammes de l’invérifiable savoir.

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2017 : POÈTE ! POÈTE !

           arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    À chaque rentrée littéraire, il faut sa dose de poésie et pour cette rentrée 2017, j’ai puisé à la claire source des Carnets du dessert de lune où souvent je viens m’abreuver. J’y ai rencontré un poète de talent, Serge Prioul. J’ai aussi bu à une source que je fréquente moins, Bleu d’encre, où j’ai trouvé un autre poète de grand talent : Claude Raucy. Alors buvons leurs vers sans modération aucune.

     

    s189964094775898902_p837_i1_w1654.jpegFAUTE DE PREUVES

    Serge PRIOUL

    Les Carnets du Dessert de Lune

     

    « Un jour arrive

    Où tu écris

    Par curiosité

    Juste pour savoir

    Où va te porter l’écriture… »

    D’après l’éditeur, il en aura fallu du temps avant que Serge Prioul « arrive » à l’écriture. « Il fallait rompre avec ce mal du dedans qui se propageait tout autour » raconte le préfacier, Jacques Josse, lui qui a écrit le naufrage d’un vieux marin « Cloué au port ». Il les connait Jacques, ces vieux qui viennent chercher un peu de compagnie au fond des rades de la rade, des cafés des petites villes de campagne ou, comme Serge Prioul, des bars de Rennes.

    « On entre au Café de Paris

    Comme on ouvre un livre ancien… »

    C’est peut-être ce Café de Paris que Marie-Christine Thomas-Herbiet a représenté sur la couverture de ce recueil. Ce café de Rennes où les filles sont belles, la pharmacienne d’en face aussi, et surtout elles ont de belles jambes qui retiennent tant l’attention de l’auteur.

    « Sont belles

    Les jambes en nombre pair

    Comme des anges les ailes… »

    Fils et petit-fils de tailleurs de pierre, Serge a lui choisi de tailler des belles phrases, des vers souvent très courts pour dire des choses de la vie, de sa vie, de sa vie d’avant quand l’angoisse montait déjà le dimanche soir en pensant au lundi matin. La pierre aura été son livre et le burin son crayon.serge_prioul-middle.png

    « Tu lis peu

    Trop de fatigue

    Quelques poèmes auront été toutes tes études

    Et puis des pierres

    Des pierres… »

    Ainsi Serge aura été à l’école de la matière, celle qu’on façonne à la sueur de son front et à l’huile de ses coudes. Le concret aura été son univers, la campagne son refuge.

    « Tu sais voir

    Ce campagnard en toi

    Ce coureur des bois

    De l’animal suivre la trace… »

    C’est à cette école de la simplicité, de l’humilité, du travail soigné, qu’il apprendra à façonner des textes carrés, construits avec des mots choisis comme les pierres de la muraille d’une citadelle inexpugnable. Sans fanfaronnade aucune, sans plus de prétention, en toute simplicité, Serge Prioul offre ce recueil :

    « Le livre est timide

    La couverture simple

    Et lisse… »

    Et le texte contient déjà ce que l’auteur lui-même annonce dans deux vers qu’on espère prémonitoires :

    « Quelqu’un t’a dit dans les petits trucs qu’on écrit

    Souvent ils sont là les beaux textes à venir. »

    J’en suis convaincu !

    Le livre sur le site des CARNETS DU DESSERT DE LUNE

     

    SANS000052172.jpgSANS ÉQUIPAGE

    Claude RAUCY

    Dessins de Jean Morette

    Bleu d’encre

     

    « frère ô frère

    à quoi bon ces tempêtes

    ces nuages comme des taupinières

    dans un ciel sans étoiles »

    Que d’amour faut-il avoir dans le cœur pour s’adresser ainsi à un frère certainement disparu beaucoup trop vite

    « on dit en latin

    que tu vogues avec les anges »

    On sent que ce frère n’était pas qu’un frère qu’il était beaucoup plus, quelque chose comme un modèle, une idole dirait certains mais plus certainement un complément, un autre soi.

    « frère tu étais mon capitaine

    le savais –tu »

    Ce frère n’est plus, la tristesse a envahi le cœur de l’enfant, le vieil homme se souvient bien, aujourd’hui est comme hier, la plaie saigne toujours, l’absence reste toujours aussi douloureuse.Claude%20Raucy%20light%20copie.jpg

    « ta voix a pris la couleur du sable

    elle ne hisse plus les voiles

    je vais à la dérive »

    Mais le temps fait son office, le petit frère continue sa vie… seul

    « frère mon ami

    je poursuis sans toi l’aventure

    étonné d’être seul »

    L’auteur n’a plus que les mots pour faire vivre encore ce frère adulé, les mots qu’il manie avec un talent infime, des mots qui font battre le cœur, des mots qui mouillent les yeux. Des yeux qui pourraient diluer les dessins en noir et gris de Jean Morette qui alternent avec les poèmes de Claude Raucy et donnent de la chair à ces mots, de la vie à cette douleur pour qu’elle fasse exister toujours ce frère tant aimé maintenant qu’il a déserté notre monde et le paysage à jamais vide.

    « je ferme les yeux pour voir les vagues

    il n’y aura plus de beau temps

    sans toi ce sera toujours les gouttes

    l’horrible crachin »

    Un recueil magnifiquement illustré beau comme seule une grande souffrance inextinguible peut être belle.

    Le site de BLEU D'ENCRE

    La lecture de Philippe Leuckx sur le site de l'AREAW