PORT-AU-PRINCE et autres poèmes de DIERF DUMÈNE

27156940_945193035641540_1240715115_n.jpg?oh=ec7a8aeed7e2b59db535176139912985&oe=5A6CF3C5DIERF DUMÈNE est né à l'Arcahaie le 2 décembre 1995, ville ayant une grande portée historique pour avoir organisé le congrès de 1803 qui allait donner naissance à la création du bicolore haïtien.

Poète, écrivain, nouvelliste, il est aussi secrétaire général d'une association ayant pour but d'accompagner les enfants démunis d'Haïti.

Auteur de plusieurs recueils de nouvelles inédits et d'un recueil de poésie, en voie de publication.

Il a créé depuis quelques mois un blog-revue, Magie Poétique, qui accueille des poèmes, souvent inédits, de nombreux poètes francophones disparus ou bien vivants.

 

 

Port-au-Prince

 

Hier encore j’ai été là

Perché du haut de ma solitude

A regarder Port-au-Prince

Se lavant les pieds de béton

Dans les rives du Bord-de-Mer

Et la mer avait l’odeur

D’une femme en mal d’enfant

 

Son corps n’en pouvait plus

Des étreintes

Capricieuses de l’aube  

Et Pégase s’envolait

De fleur en fleur

En quête de l’air frais

Pour nourrir  les saints  

 

Port-de-Prince

Je m’en vais marcher

Courir

Dans tes pas

Dans tes rues

Mangeuses de rêves

Où jonchent des tiges pituitaires

Trop lourdes

Pour des cranes d’acier

Pour dire

A la mer

Que la Bête était là

Un jour de Noël

Et qu’elle a bu tous nos vins

Jusqu'à en mourir d’ivresse

 

***

 

Le temps

 

Le temps passe vite

Et laisse ses empreintes

Dans le vide

Des morceaux de bonheur

Brisent sous nos pas

Mal agencés

Du trop-plein de toi

Jaillit une parole en gésine

Heureusement que nos coeurs

Ont survécu dans les prunelles

Du vent

 

***

 

Sous-vêtements

 

Ô ma bien-aimée

N’enlève pas

N’enlève pas tes sous-vêtements

Du haut de la chaire

Pour ne pas donner

Aux airs ambulants

Libres comme une chute

Dans le néant

L’envie d’habiter ta chair humide

Car j’ai peur des amalgames

 

***

 

Ton corps

 

Fatigué du poids

De ton corps

Je me fais un lit

Dans tes cheveux

Couleurs des jours absents

 

*** 

 

Nos rires

 

Remplis de pointillés

Nos rires s’inscrivent

Dans le quotidien

Des terres mêlées

 

 

 rosier-novembre.jpg

 

Les roses

 

Les roses s’habillent

De mille papillons

Pour tatouer un arc-en-ciel

Sur les dunes du Sahara

Et les anges se saoulent

Du nectar de l’instant

Au son des faits divers

 

***

 

Tes seins

 

Les minutes

Se brûlent les ailes

Tandis que tes seins

Comme une étendue

De terre salée

Me parlent d’amour

Dans une tempête

De déhanchements

Et j’ai froid

Dans tous mes gestes

 

 ***

 

Nos rues

 

Que de rire

Sous une lune

À moitié nue

Nos rues chantent

La gloire des nuits

Ensommeillées

Par la caresse du vent

Jouissance d’une mer en rut

Faisant la cour aux étoiles

 

*** 

 

Ombre

 

Si au printemps

Des poètes

Je porte mon ombre

Sous mes paupières

C’est parce que

Je donne mes yeux

Aux champs de blé

Pour ne pas à regarder

Mourir de faim

Cette marge blanche

Dans l’indifférence

De mes doigts

 ***

 

La terre

 

J’ai cru

Que la terre t’a trahie

Le jour

Où elle a fui dans ta ville

Avec des montagnes

Partout dans la tête

Mais non

La terre ne t’a pas trahie

Elle t’a assumée 

 

 

mangues-093335.jpg

 

Les manguiers

 

Fleurissent

Les manguiers à l’ombre

Des jours bénis

Pour annoncer

L’arrivée  des abeilles

De tout horizon

Portant les fruits des saisons

Sous leurs ailes

 

 ***

 

Ma vue

 

D’où surgit

L’âme de la terre

Pour venir habiter ma vue

 

Le monde

Est une maison         

Dont le toit marche

Dans les mains de l’azur

Pour escorter chaque étoile 

Chaque nuit

Et la vie repousse

Avec des racines en plein ventre


***

 

Des pluies d’hiver

 

Des pluies d’hiver

Caressent nos toits

Tel des vagues solitaires

Voguant sur le corps nu d’une mer

Qui chante l’oraison des saisons

 

L’enfant dort

A point fermé

Pour n’écouter

Que chanter l’aube

À l’autre côté de la rivière

 ***

 

Écran

 

Sur l’écran

Des lauriers

Est peint le mal de l’être

Mais nous feignons 

De ne pas sentir

L’odeur du silence

De la forêt

 

***

 

La foule

 

La foule s’égaie

A l’arrivée

De l’ange-charbon

Tenant un nid de mots étoilés

Dans ses bras

Il y a de quoi se faire une omelette

Pourvu que les écumes printanières

Tombent par milliers

 

***

 

La musique

 

Pause amicale

La musique m’a mise un pied

Dans le coeur

Et j’ai failli vomir ton nom

Sur le rivage

Pris en otage

Par un ras de marée

  

***

 

Le poème

 

Le poème marche en nous

Comme des grains de sable

Oubliés au bord du littoral

 

On se le dit pour noyer

Ses souvenirs dans un verre

De tisane de Champagne

 

On l’écrit sur chaque rivage

Chaque visage

En quête d’un sourire précoce

Pour lever les voiles du temps

 

On l’allume comme on fume

Son dernier cigare

Chaque jour qui se lève enfante

Un poème glacé

Comme les rayons du soleil

 

 

Voir sur la précédente livraison de Dierf pour Les Belles Phrases

FB_IMG_15087210518806467.jpg
MAGIE POÉTIQUE, le site de
DIERF DUMÈNE
 

Les commentaires sont fermés.