CLAUDE DONNAY, ARNAUD DELCORTE : L'UN EN PROSE, L'AUTRE PAS.

leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

 

 

 

 

 

447.3.jpgLe poète Donnay s'est donné, depuis peu, le temps de consacrer à la prose une partie de sa création. Jusqu'il y a peu, seule la poésie trouvait audience. Après un roman réussi chez M.E.O, un autre en préparation, le voici prêt à nous plonger dans l'atmosphère bruxelloise de son "Bocal Paradis", longue nouvelle que publie maelström dans sa collection "Bruxelles se conte".

Ce rêve "étrange et pénétrant" n'a rien de verlainien, quoique très bien écrit, quoiqu'il faille y voir la volonté de rompre avec la brièveté poétique pour une certaine ampleur, un certain goût pour la phrase construite et la fluidité qui va avec.

Difficile de raconter une nouvelle. Plus difficile encore quand le texte jalouse la complexité, voisine avec le fantastique naturaliste : déjà ce bocal, dans lequel nage un narrateur gonflé par la reproduction des choses...donnay-web-paysage.jpg

Et puis au mitan de l'inventive fiction, une Mona Lisa aux belles formes...et des questions qui ne trouvent pas toujours réponse..

Quoi qu'il en soit, Donnay a bien raison de s'adonner à la prose qui lui va comme un gant.

En matière de poésie, Baudelaire ronronnerait d'aise puisque les chats ont ici droit de regard et de caresse!

(Claude Donnay, Bocal Paradis, 2017, Maelström, coll. Bruxelles se conte n°67, 28p., 3€)

Le livre sur le site de l'éditeur 

Bleu d'Encre, le site de Claude DONNAY

 

couverture-5-bord-3mm-blanc_sm.jpgArnaud Delcorte (né Hainuyer en 1970) a débuté en poésie il y a neuf ans, et depuis, son rythme de croisière régulier lui a permis d'éditer une petite dizaine d'ouvrages, dont un roman, sans compter des participations à de bonnes anthologies haïtiennes.

Le voici, aux commandes avec le peintre Sébastien Jean (né en 1980), Haïtien, d'un livre inclassable où le babil/babel des langues et des arts ordonne une réflexion peu orthodoxe sur le monde: sentiments, sexes, sensations, goût du plaisir, de l'azur et plaisir des sens s'agitent en tous sens.March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

Poèmes en plusieurs langues (français, anglais), illustrations nerveuses, colorées, fantasmatiques de bêtes et d'humains en torsades de reliefs, dans le droit fil des compositions par exemple d'un Siqueiros : "Quantum Jah" étonne par la mixture qu'il donne d'un monde déboussolé, dont la violence, dont les angoisses, dont l'appel d'air aux changements attisent le lecteur. L'audace le dispute à la provocation, et l'on sait qu'Arnaud ne recule pas devant le terme cru ("sexe dégourdi dans la tienne") ni devant la figuration poétique des plus élégante : "tu me soulèves comme un enfant/ des flaques de ciel plein les joues".

La tolérance joue son atout : qu'on soit blanc, noir, créole, homo, hétéro, fille, garçon, pauvre, voyageur, sans langue, avec toutes les langues, le poème enjoint quiconque à vivre plus loin, à nouer au babil tous les "babels" du voyage et de la connaissance.

(Arnaud Delcorte et Sébastien Jean, Quantum Jah, Les Editions des Vagues, en Haïti, 2017, 128p., 14,99€)

Le livre sur le site de l'éditeur

 

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