• 2018, NOUVELLE ANNÉE LITTÉRAIRE : UNE PLACE POUR LA POÉSIE

     arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

     

     

     

     

     

    9782842639310.jpgAU NORD DE MOGADOR

    William CLIFF

    Le Dilettante

    Un homme plus très jeune, presque vieux, ayant aimé, aimant encore, les hommes, les hommes jeunes, les garçons juste pubères, évoque ses émois, ses attirances, ses désirs, ses étreintes, les émotions qu’il a eues tout au long du voyage que fut sa vie entre la Belgique, la France, les Amérique du nord et du sud et ailleurs encore, en des poésies voluptueuses, jamais vulgaires, toujours joliment rythmées.

    « et aujourd’hui hanté par ce souvenir j’ai

    Tenté de le rimer pour en faire un poème ».

    Ses amours appartiennent à un autre temps, elles sont passées, mais elles agitent toujours la mémoire et les hormones du vieil homme, nostalgique sans vraiment jamais regretter.

    « C’est bête de s’aimer et de tant se comprendre

    en sachant bien pourtant qu’il faudra se déprendre ».

    Il se souvient encore des amours passées, des amours fugaces, des amours désirées et non obtenues, des amours entrevues, échappées, des étreintes passagères, des étreintes virtuelles, de toutes ces situations qui lui ont fait monter la volupté en tête et l’ont toujours obligé à partir, à aller voir plus loin parce qu’on ne peut pas tutoyer l’inaccessible.

    « Je dus m’éloigner parce que la vie est telle

    qu’on ne peut pas toucher aux êtres de lumière ».

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    Conscient d’avoir caressé les anges, le vieil homme se penche sur son passé pour s’interroger sur ses moments de glorieuse faiblesse.

    « Je suis un faible qui s’adonne à la misère

    au lieu d’avoir un ange à aimer comme un frère, »

    Conscient qu’il n’est plus temps pour lui de songer à une autre vie.

    « « N’est-il déjà pas trop tard » se dit-il

    « déjà trop tard pour refaire sa vie ? » »

    Conscient qu’il devrait privilégier l’amour sincère et désintéressé, meilleur ami contre la solitude souvent compagne complice de la vieillesse, aux étreintes passagères et fougueuses des jeunes gens qu’il a souvent courtisés.

    « Mais ce que je préférerais par-dessus tout,

    c’est ta simple présence dont les dieux jaloux

    me priveront toujours d’avoir la jouissance ».

    Un magnifique recueil de poésie d’un érotisme raffiné, d’une sensualité exacerbée, une ode à la beauté des corps, à la délicatesse des sentiments et des sensations, un texte charnel, d’une chair délicate et suave, des vers beaux comme l’amour d’un éphèbe.

     

    Le livre sur le site du Dilettante

    WILLIAM CLIFF sur le site du Dilettante

     

  • JOUR DE GRÈVE

    en-greve.jpgARRÊTONS TOUT ! Le travail, le syndicalisme, le Sans Domicile Fixe, le réfugié fiscal, la politique et la connerie, la psychanalyse et le stand-up, la presse d’opinion et les compresses, l'expulsion de étranger et l'éclosion du nouveau-né, les frais de succession et les grands froids, l’économie locale et le marché mondial, la vente de larmes aux fabricants de collyres, l’agriculture intensive et la poussée des cheveux, la tombée du soir et la montée des eaux, les casseurs de burnes et les briseurs de rêve, les noceurs et les bosseurs, les faiseurs de trouble et les faiseuses d’ange, les tests à l'effort et les fautes de main, le massacre des baleines et le veganisme universel, les crimes d’honneur et les griffes sur les carreaux, la poésie rimée et les courants littéraires, le coussin péteur et le bugle d'interieur, le plein emploi et les aides à l'embauche, les boissons pétillantes et l'alcool de prune, la réforme des pensions et les mariages forcés, le temps dans les montres et le sang dans les veines, le rouge et le noir, le gris-gris du quotidien et les ventes d'ânes, le vent sur les plaines et l'argent sur les comptes, la liberté d'expression et la récolte du blé, la haine de l’autre et l’amour du prochain, le cycle de l’eau et la fonte des glaces, le port du voile et la chasse à courre, les concours de miss et le mystère de la foi, les seins siliconés et les contours des yeux, les bourses à l’écriture et la course aux prix, les écrivains en classe et les maîtres étalons, les cônes de cirque et les accidents de la circulation, les soifs de sphères et les faims de pure forme, le Sidaction et les maladies orphelines, la teinture sur ongles et les tatoueurs de sirènes, les parenthèses hantées et les tortures coutumières, le culte de la maternité et les grand-mères débranchées, les couches culottes et la malbouffe, les défilés de lingerie fine et les exercices spirituels, les émissions  de CO2 et les chefs étoilés, l'alun bashing et  l'haleine de book des livres-chanteurs, la guerre des nerfs et le cirque médiatique, le système marchand et les roulements à billes, les roues à aubes et le rouge au front, le passage des saisons et le repassage des petites culottes sales, l’écoute de soi et l'épilation à la cire, les peines de coeur et les maux de foie, le transformisme et la transpiration, le peeling et le peaking, le sucre et la reconstruction d'hymen, le crêpage de chignons et la culture du chicon, la pilule et les statines, le hoquet et les règles, le nez qui coule et la respiration artificielle, le mal de dent et les râles de plaisir, les fuites urinaires et la pluie sur les toiles, la toux et les sirops, le cuir et la bougie, l'ail et l'olive, le thym et le thon, la plume et le poil, le trique et le troc, le stupre et le fiel, la beuh et la weed, les faux-cils et le gros sel, la pipe dans les maisons de retraite et l’onanisme à l’école, les prêts à tempérament et les prix à la consommation, l'art nègre et les expositions de ceintures, les têtes couronnées et les cervelles vides, l'autoflagellation et les toasts à la gelée royale, les prises de bec entre rapaces diurnes et les yeux doux d'hiboux, la mise à l'index des taux de pénétration et l'ouverture entre les orteils, les grandes surfaces et les pertes de poids, les caissières topless et les vendeuses de sextoys, l'allant des Lolitas et les nombrils la boutonnière, la langue de boeuf et les joues de porc, les rabat-joies et les boute-en-train, les traits-tirets et les lignes à haute tension, la littérature jeunesse et le Viagra, la roulette russe et le char d'assaut, le chant choral et la chicorée, l'ondinisme et les peaux de banane, l'écriture automatique et le Diesel, le partage des taches à la naissance et la mise en commun des transports amoureux, le nettoyage des pierres tombales et le chauffage des caveaux, les Anthony Delon et les David Halliday, les Thomas Chedid et les Matthieu Dutronc, les Michel Cyrulnik et les Boris Onfray, les Deed Floyd et les Pink Purple, les Lady Madonna et les Radio Gaga, les Amélie Pancol et les Katherine Nothomb, les Angotlâtres et les Minimoix, les pro-Poutine et les anti-Trump, les opticiens optimistes et les aveugles antisceptiques, les billets d'humeur et les notes de lecture, les tickets to ride et la ride du lion, les mots fléchés et les romans à tiroirs, les nombres ronds et les cercles académiques, les cancers du côlon et les crises de goutte, les captures d'écran et les saisies sur salaire, l'analyse des rêves et la numérologie, les plans de secteur et les points de suspension, les phrases à rallonge et cette énumération… ARRÊTONS-NOUS avant la f 

     

  • LE LIVRE DES LIVRES PERDUS de GIORGIO VAN STRATEN (Actes Sud)

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    À la recherche des livres perdus

    Giorgio Van Straten, né à Florence en 1955, est directeur de l’Institut de culture italienne de New York, spécialiste de la musique mais aussi romancier.  Il a entrepris, aidé parfois d’amis écrivains,  d’écrire ce bref et stimulant ouvrage publié en France par Actes Sud qui rapporte huit histoires de livres perdus, par la volonté ou non de leur auteur.

    Et non des moindres puisqu’il s’agit de Sylvia Plath, Walter Benjamin, Malcolm Lowry, Nicolas Gogol, Bruno Schulz, Ernest Hemingway, George Byron ou bien Romano Bilenchi. Ce dernier est sans conteste le moins connu des huit même s’il est, pour l’auteur qui l’a fréquenté, un des plus grands écrivains italiens du XXème siècle. C’est aussi, parmi les livres dont il parle, le seul qu’il ait lu avant que l’ épouse de l’écrivain ne fasse, plus tard, disparaître le manuscrit dont Van Straten regrette amèrement de ne pas l’avoir photocopié au moment de sa lecture.

    Les Mémoires de Byron ont vraisemblablement été brûlés par l’éditeur du poète en mai 1824 après sa mort parce qu'ils révélaient probablement son homosexualité.

    Hemingway, fin 1922, perd ses premiers essais narratifs se trouvant dans valise déposée sur le filet  porte-bagages d’un train cependant que la femme qui le rejoint à Paris quitte momentanément le compartiment pour s’acheter une bouteille d’eau d’Evian.

    Le livre perdu par Bruno Schulz s’intitulait Le Messie, un graphic novel avant la lettre, car le roman était illustré par Schulz. Il fut caché certainement par l’auteur en août 1941 dans un lieu si sûr qu’il n’a toujours pas été retrouvé.

    Nicolas Gogol, qui était un perfectionniste autant qu’un esprit tourmenté en proie à des crises mystiques, avait entrepris d’écrire sa Divine Comédie. Après le premier tome figurant l’Enfer devait suivre un second volume racontant la rédemption de Tchitchikov. Par méprise ou non, Gogol brûle tous les feuillets une nuit de février 1852. "C’est le premier des nombreux bûchers qui constellent l’histoire de la littérature russe entre le XIX ème et le XXème siècle : Dostoiëvski (avec la première partie de L’idiot), Pasternak, Boulgakov, Anna Akhmatova " note à propos de cet épisode, rapporté Van Straten, Serena Vitale, une spécialiste de la Russie.

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    Giorgio Van Straten

     

    Un autre ouvrage adoptant la structure de la Divine Comédie est le fait de Malcolm Lowry. Il est intitulé In Ballast to the White Sea (son Paradis, devant faire suite à Au-dessus du volcan) et partira en fumée en 1944 dans l’incendie d’une cabane où l’écrivain alcoolique vivait avec sa seconde femme.

    À Portbou, entre l’Espagne et la France, lors de la nuit du 26 au 27 septembre 1940,  Walter Benjamin se donne la mort. Il a emporté jusque là, fuyant les Nazis, un lourd bagage qu’on ne retrouvera jamais et qui comportait sans doute des manuscrits.

    Enfin, Sylvia Plath, qui choisira aussi de se donner la mort un matin de février 1963, laisse de même des écrits (un roman commencé et des pages d’un journal intime) qu’on n’a jamais lus et qui furent sans doute éliminés par son mari, Ted Hughes, qui ne tenait pas à ce que leurs enfants les lisent un jour…

    Et, à la fin du voyage entrepris pour rendre hommage à ces livres perdus, l’auteur écrit :

    J’ai compris que les livres perdus ont quelque chose que tous les autres n’ont pas : ils nous laissent à nous qui ne les avons pas lus, la possibilité de les imaginer, de les raconter, de les réinventer.

    En racontant leur histoire, en tentant de les approcher au plus près, de deviner leur contenu, pour qu'on ne les oublie pas, ne les retrouve-t-on pas, à la façon du temps proustien, écrit en substance Giorgio Van Straten en guise de conclusion à ce livre bien réel qu’on a sous les yeux et entre les mains. 

    Éric Allard

    Le livre sur le site d'Actes Sud

     

  • 2018, NOUVELLE ANNÉE LITTÉRAIRE : ÉNIGME HISTORIQUE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ 

    La Belgique aurait-elle trouvé son Umberto Eco, son Charles Robert Maturin, son William Wilkie Collins, …. ? Je ne sais, mais ce que je sais c’est que ce roman peut prendre aisément place sur les rayons des bibliothèques auprès de « Le pendule de Foucault », de « Melmoth ou L’homme errant », ou encore de « La dame en blanc » ou d’autres livres de ces auteurs ou d’auteurs semblables, sans dénaturer le rayon où il sera inséré.

     

    sam_ph_31252_cover1.jpgLUMIÈRE DANS LES TÉNÈBRES

    Philippe REMY-WILKIN

    SAMSA Editions

    Il y a bien longtemps que je n’avais pas croisé, au creux d’un paragraphe, le comte de Saint-Germain, ou Cagliostro, ou sous d’autres noms d’emprunt ce personnage qui erre dans l’espace et le temps sans jamais vieillir. Philippe Remy-Wilkin le fait revivre, non il ne meurt jamais, le fait vivre tout simplement dans son épais roman sous le nom du comte de Smaragda. Il en fait l’un des principaux protagonistes de l’étonnante affaire qu’il met en scène, une histoire qui commence par une disparition bien mystérieuse dans une chambre close. Les éléments essentiels du roman gothique sont déjà présents : la chambre close, la disparition mystérieuse, l’occultisme, un personnage de légende échappant aux lois de la nature…

    « … nous avons appris avec consternation la disparition du baron d’Alladières… Il était aux environs de 23 heures, cette nuit (13 juillet 1865), quand la police bruxelloise a été mandée au numéro… de la chaussée de Waterloo, à Uccle… Les gardiens de la paix discutaient dans le hall avec leur hôtesse quand d’horribles hurlements ont jailli depuis le premier étage, … Tous se sont précipités. La plus jeune fille du baron… se trouvait devant la porte de son père, prostrée à même le sol… la porte était fermée et le silence seul a répondu aux appels angoissés… A l’intérieur, tout parait en l’état habituel, mais de d’Alladières nulle race. Le silence absolu.

    ….

    Que s’est-il donc passé derrière le mur du castel ? Où sont passés le criminel et sa victime ?.... ».

    Cet extrait de L’Indépendance belge, du 14 juillet 1865, expose l’essentiel de l’énigme que l’auteur va développer tout au long de son vaste roman qui met en scène outre le baron d’Alladières, son épouse, ses enfants, ses amis, héros de l’indépendance belge, ses ennemis de diverses origines, et toute une théorie de personnages plus louches les uns que les autres, tous aussi mystérieux les uns que les autres. On rencontre parmi eux l’incontournable comte de Saint-Germain sous diverses identités comme de coutume, Baudelaire lui-même, des personnages historiques, des personnages de légende, des personnages mythiques, … toute une troupe que l’auteur dirige avec la maestria d’un général napoléonien sur le champ de bataille. Il est bien difficile d’en dire plus sur l’enquête menée, dans un premier temps, par le Vidocq belge de l’époque et le Rouletabille de service, sans risquer de dévoiler le fil de l’intrigue fort complexe élaborée par l’auteur. Les personnages sont nombreux, pas toujours définis, souvent grimés, changeant d’apparence et d’identité, apparaissant, disparaissant, réapparaissant, il faut être très vigilant pour essayer de comprendre qui est qui car, de plus, comme le dit la voyante instrumentalisée tout est inversé.

    « Quand l’esprit galope à rebours, pour assembler les pièces du puzzle ?

    La chambre close

    Le baron d’Alladières, un personnage si fascinant. Jan Venegoor of Hesselinck. Le comte Smaragda et Hugo Kacelenbogen, le Mélomane. Charles Baudelaire et Gérard de Valnère. Vivien et Aymon de Sainte-Marie. Disparitions et apparitions. Le fantôme. Le baron. Dans le cimetière. Rajeuni. »

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    Philippe Remy-Wilkin

     

    Avec ce long roman gothique, Philippe Remy-Wilkin s’inscrit dans une longue lignée d’auteurs qui ont fait la fortune du roman d’énigme, plus ou moins ésotérique, plus ou moins noir, plus ou moins historique, plus ou moins légendaire. Ma lecture m’a rappelé celles de certains écrivains, cités ou non par l’auteur, qui avaient une part de familiarité avec ce texte. J’ai pensé en commençant au plus ancien d’entre eux, Charles Robert Maturin et son Melmoth, l’homme errant, puis à William Wilkie Collins, à Joseph Sheridan Le Fanu, à Victor Hugo, à Ponson du Terrail et d’autres encore pour terminer par Umberto Eco et Le pendule de Foucault. Il en fait intervenir certains par le truchement de Baudelaire : de Quincey, Poe, Dickens… Ce livre pourra donc être rangé sur le rayon des grandes énigmes occultes qui ont excité et titillent encore des milliers de lecteurs. Les grands romans noirs de notre époque puisent directement leurs racines dans ce riche terreau.

    L’auteur fait dire à l’un de ses personnages :

    « L’on tend désormais à préférer les ténèbres à la lumière, et c’est le règne de la gothic novel, Sade et la sexualité, les vampires et l’horreur, Vidocq et le crime. On quitte les salons pour fouiller dans les poubelles ou les bas-fonds de l’âme. Et ce n’est pas dégoûtant, c’est passionnant, neuf, vivifiant. Adieu perruques et poudres, artifices et mensonges. »

    La grande force et l’habilité de Philippe Remy-Wilkin a surtout été de mêler, sans jamais s’emmêler, des personnages et des événements issus directement de l’histoire, celle de la naissance de la Belgique notamment, des légendes dont celle du Hollandais volant dont il raconte longuement la naissance au son du Vaisseau fantôme de Wagner qu’il fait intervenir dans le récit, des extraits de la tradition ésotérique rosicrucienne et d‘autres notamment celle de Cagliostro, le comte de Saint-Germain ou de Smaragda pour la circonstance, des personnages traditionnels et des événements des folklores et des croyances belges et hollandais. Un roman qui serait presque une somme de tout ce qui a été écrit dans ce domaine depuis au moins deux siècles, qui est une excellente source pour se remettre en mémoire toute cette littérature mais aussi l’histoire de la Belgique que certains, comme moi, connaissent certainement bien mal. Et, comme ce livre est très agréable à lire, les pages tournent vite, car il y a au moins un mystère par chapitre, c’est un excellent moment de lecture fort instructive.

    Et pour clore mon propos, je voudrais reproduire cette citation pleine de sagesse que l’auteur a mis dans la bouche de l’un des protagonistes :

    « Recherche la beauté, qu’elle soit fille de la Nature ou de l’Artifice. Ne te contente pas d’être. L’animal est, quand l’homme devient ».

     

    sam_ph_31252_cover1.jpgLe livre sur le site de SAMSA Editions

    Le livre sur Amazon

    Pour en savoir plus sur le roman sur le site de Philippe Remy-Wilkin

     

    Philippe REMY-WILKIN sera ce dimanche 25 février en dédicaces de 11 h à 12 h 30 à à la Foire du Livre de Bruxelles 

    Mardi 27 février 2018, il sera devant le micro de Gérard Adam en compagnie de Jean-Pol Hecq et Evelyne Heuffel (à 19h, à l'Espace Art Gallery) pour parler des rapports histoire/Histoire. 

     

  • 2018, NOUVELLE ANNÉE LITTÉRAIRE : HISTOIRE EN IMAGES

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Après celle de Miles, de Kerouac et de Bowie, Yves Budin raconte l’épopée fulgurante de l’étoile noire qui illumina, l’espace d’une décennie, le ciel et les salles d’exposition de Manhattan. A grands coups de son gros marqueurs noirs, il réinvente l’ambiance des quartiers sombres de la Grosse Pomme, là où Basquiat passa en quelques années des graffitis muraux aux toiles pour milliardaires.

     

    s189964094775898902_p849_i1_w2244.jpegVISIONS OF BASQUIAT

    Yves BUDIN

    Les Carnets du Dessert de Lune

    « 1979. New York …. J'ai bientôt vingt ans.... Je glisse dans tes rues, dans tes veines...». Jean-Michel Basquiat s’est embrouillé avec Al Diaz, « SAMO IS DEAD » fleurit sur les murs de SoHo, ses aphorismes n’ornent plus les murs de Lower Manhattan, il vend des cartes postales dans downtown Manhattan, Andy Warhol lui en achète une. Yves Budin commence la biographie de l’artiste à partir de cette date, il a saisi son marqueur noir, le plus gros, un gros marqueur noir pour dessiner la vie fulgurante de Basquiat dans la ville noire, « New York est une truie qui a des pertes… », des pertes noires, « New York est une ruine, une déchirure qui suinte la pisse et l’héroïne ».

    Après Visions of Miles, Visions de Kerouac, Visions of Bowie, Budin a décidé de visiter Basquiat, Jean-Michel Basquiat le fils d’un Haïtien et d’une Portoricaine qui, en un temps record, est passé du statut de zonard tagueur dans Manhattan à celui de monstre sacré de l’art contemporain, ses toiles atteignent des prix extraordinaires. Budin raconte en une soixantaine de planches la vie christique de cet artiste météorique qui a traversé New York, Manhattan, le Pop Art, les eighties, le marché de l’art comme une fusée interstellaire.

    Yves Budin raconte ce parcours météorique en noir, un deux ou trois dessins par planches, du noir, du noir partout pour planter le décor, la ville qui a vu naître le héros, le héros comme un christ noir, comme la mort noire qui hante la ville et les salles des ventes. Des dessins noirs frappés d’une touche rouge comme une plaie qui saigne, qui saigne comme la souffrance de l’artiste. Et brusquement, une deux ou trois peut-être planches en couleur pour évoquer, certainement, l’œuvre de Basquiat. Et, un fil noir, pour fil rouge, des légendes aussi fulgurantes que la carrière de l’artiste : « La truie couine … Le cœur pompe et le sang n’est pas sain… », « Fractures, lésions internes, ablation de la rate … », « Il faut se transformer, se créer, s’inventer » …

    Je ne vais pas vous raconter la vie de Basquiat vue par Budin, il faut la voir, la découvrir, la sentir, la ressentir dans les dessins, dans le texte. C’est une BD, plus qu’une BD, un coup de poing, un uppercut à la Cassius Clay, un document collector, l’expression d’une douleur, d’une souffrance, la trace noire laissée par un môme décédé à vingt-sept ans, la queue d’une comète noire ayant déchiré le ciel de Manhattan pendant une petite décennie, le temps de devenir une légende.

    J’ai découvert Budin en 2016 dans l’évocation de Kerouac, aujourd’hui je découvre la légende de Jean-Michel Basquiat sous les traces de ses gros marqueurs noirs. Merci Yves pour cette évocation qui en appelle d’autres, d’autres légendes qui ont illuminé le ciel de notre jeunesse, de notre adolescence, de notre vie quand elle était plus jeune…. Jimmy, Janet, Curt, James et bien d‘autres dorment bien trop paisiblement au paradis des légendes.

     

    yb1.jpgLES CARNETS DU DESSERT DE LUNE à la FOIRE DU LIVRE DE BRUXELLES

    VISIONS OF BASQUIAT sur le site des Carnets du Dessert de Lune

    YVES BUDIN [ci contre] sur le site des Carnets du Dessert de Lune

    Un site francophone consacré à Jean-Michel BASQUIAT

     

  • 2018, NOUVELLE ANNÉE LITTÉRAIRE : OBSCÉNITÉ LITTÉRAIRE

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Selon l’éditeur, ce texte est le plus obscène que Jacques Abeille a écrit, car sous le pseudonyme de Léo Barthe, c’est bien Jacques Abeille qui se tapit, l’éditeur ne le cache même pas. Avec ce texte, l’auteur démontre qu’on peut aborder tous les sujets en littérature, ou presque, quand on a du talent et du doigté, et qu’on ne donne pas systématiquement ni dans la provocation, ni dans la basse vulgarité et pas plus dans l’étalage sordide des sentiments et des moeurs.

     

    005282760.jpgL’ANIMAL DE COMPAGNIE

    Léo BARTHE

    La Musardine

    Henriette et son mari sont aussi amoureux qu’au premier jour, ils ont une grande connivence surtout dans leurs ébats sexuels. Mais un jour, tout change, leurs amis, Georgette et Edmond, leur confient la garde de leur chien pendant un séjour loin de leur maison. Le chien se montre alors très affectueux et quitte difficilement les jupes d’Henriette qui éprouve des sensations qu’elle a oubliées depuis longtemps, des sensations qu’elle a connues quand, jeune adolescente, elle cherchait, avec ses petites amies, des réponses à leurs questions sur leur éveil sexuel en jouant avec un chien. Entre la femme et le chien, une véritable relation se noue, une relation qui se dénoue quand les amis rentrent de leur voyage. Mais Henriette n’a pas perdu le désir allumé par le passage du chien à la maison.

    Georgette découvre vite qu’une relation particulière s’est nouée entre son amie et son chien, elle ne s’en offusque pas, elle préfère reprendre cette relation à son profit pour assouvir les fantasmes qui la hantent depuis longtemps. Georgette et Edmond se lancent alors à la recherche de leurs désirs inavoués profondément enfouis au fond de leur être, sous le regard de leurs amis. Cet épisode prend fin avec le départ définitif des propriétaires du chien au grand dam d’Henriette qui finalement décèle dans sa sexualité l’inclinaison qui lui permet d’obtenir l’extase sexuelle et l’épanouissement personnel.

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    Jacques Abeille 

     

    L’auteur de ce texte sulfureux n’est autre que de Jacques Abeille qui signe pour la circonstance sous le pseudonyme de Léo Barthe. Ce livre choquera bien évidemment ceux qui se cantonnent dans une morale relativement stricte et conventionnelle mais pourra intéresser d’autres lecteurs à l’esprit très ouvert. Ce livre est à la fois obscène et très littéraire, Jacques Abeille use d’une langue très dépouillée même s’il ne rechigne pas à l’emploi de séries de trois adjectifs ou de trois termes pour décrire certaines choses ou impressions. Sa prose est très pure, ses mots sont d’une grande justesse, choisis avec grand soin, il démontre ainsi qu’on peut dire des choses tout à fait immorales avec la plus grande élégance. On le savait au moins depuis la lecture de Jean Genet.

    Dépassant les considérations littéraires, on remarque que Léo Barthe ne se fourvoie jamais dans une vile pornographie, il raconte, il décrit, toujours très élégamment, les pulsions sexuelles qu’une femme éprouve, des pulsions qu’elle va chercher aux creux de son enfance et même au plus profond de la condition humaine. Une vraie leçon de tolérance à l’endroit de ceux qui trouvent leur plaisir dans des pratiques différentes, un message de liberté pour tous les autres qui feraient bien de ne pas contraindre leurs envies et de ne pas se fier à l’avis des autres. Mais, comme l’écrit le narrateur : « La liberté est une provocation » Alors, les préjugés et les condamnations que ces autres profèrent vivront encore longtemps !

     

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    L'oeuvre érotique de Jacques Abeille, alias Léo Barthe, sur le blog de La Musardine

     

     

  • LA FONTE DES GLACES de JOËL BAQUÉ

    1389712.jpgManchots empereurs et chasseurs d’icebergs

    Né en Afrique d’une mère carcassonnaise et d’un père comptable qui mourra écrasé par un éléphant qu’il voulait prendre en photo, Louis est un charcutier à la retraite qui vit chichement dans le souvenir de son épouse trop tôt disparue.  Un jour, il découvre sur une brocante un manchot empereur empaillé pour lequel il a un coup de cœur.  Cela va changer le cours de son existence. Il en achète bientôt onze autres qui, installés dans son grenier, vont former sa Dream Team près de laquelle il trouvera régulièrement refuge. Jusqu’au moment où le désir se fera pressant de rencontrer, dans leur milieu de vie, de vrais manchots empereurs. Pour ce faire, Louis quittera son pavillon toulonnais pour Ushuaia et découvrira avec l’aide d’un guide inuit une manchotière mais aussi le goût de vieux biscuits soviétiques qui joueront bientôt un rôle essentiel...
    C’est la première étape du périple car, ensuite, il va embarquera pour le Nord canadien avec une journaliste à bord d’un chalutier appartenant à des chasseurs d’icebergs.
    La suite apportera son lot de surprises qui contribueront à faire de Louis un héros de la cause écologique.

    Hélas, le projet initial du retraité toulonnais de s’opposer au réchauffement climatique provoquant à terme la disparition de ses chers manchots empereurs se fondra dans l’entreprise commerciale dont il va être la dupe.

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    Joël Baqué 

     

    Le roman peine un peu à démarrer (cela tient sans doute aussi à  la façon d’écrire de Baqué qui confie dans un interview écrire sans plan préétabli et au fil de la plume) car Louis ne fait la rencontre motivant son engagement écologique qu’après une cinquantaine de pages et, même si les passages les plus jubilatoires sont ceux où Louis, aidé d’un homme d'affaires peu scrupuleux, atteint la gloire, jamais Louis ne redressera la barre de l’aventure qui lui échappe. Enfin, sans s’être jamais rebellé contre la situation, il finira par endormir paisiblement au milieu de sa Dream Team, faisant retour dans le rêve qu’il a nourri comme si, face à la machine infernale du capitalisme qui tire profit de toute velléité d’aller à contre-courant, d’inverser la marche du processus, l’humanité ne pouvait plus se bercer que d’utopie. 

    Derrière la farce se profile, mais en demi-teinte, sur le mode de la loufoquerie, une critique cruelle mais jouissive de l’entreprise commerciale d’exploitation de la planète sans précédent à l’œuvre qui nous  pousse, à l’apathie, signe avant-coureur, sans doute, d’un endormissement généralisé de nos facultés d’agir.  

    Éric Allard 

     

    Le livre sur le site des Éditions P.O.L
    Les ouvrages de JOËL BAQUÉ chez P.O.L

     

    Joël Baqué parle de son roman


     

  • JOURNAL 2016 de THIERRY RADIÈRE (Ed. Jacques Flament)

    Ljournal2016radie%CC%80re.jpg’année d’un écrivain

    À la demande de Jacques Flament, Thierry Radière s’est plié, l’année 2016, à l’exercice du Journal. C’est l’année de la mort de Delpech, de Prince, de Butor, celle de l’attribution du Prix Nobel de littérature à Bob Dylan, celle de la lutte sociale contre la loi EL Khomri…  Ses notations sur les faits rapportés  sont surtout prétexte à des considérations personnelles et littéraires. Un Journal que je me suis vite surpris à lire comme une fiction, celle d’un enseignant, par ailleurs auteur, père, mari et homme attentif à son épouse, à ses enfants et amis écrivains. Jusqu’à attendre la dernière notation qui clôt la chronique de l’année comme elle l’a commencé par une considération d'ordre pratique portant sur les kakis accrochés aux branches du plaqueminier comme s’il fallait marquer le retour du même par une balise ouverte sur la nature, sur l’extérieur... 
    Car on comprend que l’auteur a besoin de repères familiaux, amicaux, d’une relation enracinée dans le réel pour permettre à la fois de libérer son imaginaire et d'apprivoiser sa sauvagerie intérieure.

    Thierry nous fait pénétrer sans effraction (ce n'est pas le genre de la maison) dans son univers familial mais aussi de son travail d’enseignant (avec des remarques fort pertinentes sur le métier et le milieu professionnel dans lequel il évolue) et son processus créatif d’écrivain, tout entier organisé autour de son amour de la littérature, entre écriture quotidienne et partage de lectures avec ses amis éditeurs, auteurs ou poètes, qu’il aime à citer à mesure qu’il reçoit de leurs nouvelles: Queiros, Roquet, Tissot, Rochat, Blondel, Vinau, Bergounioux, G. Lucas, Belleveaux, Emery, Perrine, Bonat-Luciani, Prigent, Goiri, Boudou, Prioul… Car, écrit-il, l’écriture d’un Journal a sans doute aussi cette fonction-là, entre autres, de mettre en relation des lecteurs et des références.

    De temps à autre, il examine un concept à sa manière, il le sonde jusqu’à l’os et il en ressort des pages typiquement radieriennes qui rappellent ses nouvelles et ses poèmes. Il revient, un jour, sur l’écriture de Copies, où j’apprends qu’il s’agissait d’une œuvre de fiction alors que j'avais lu le texte comme un journal de correction d’un enseignant qui découvre par ailleurs l’amour.  Ainsi Thierry slalome, depuis ses premiers écrits publiés, entre fiction et réalité d’une façon tout à fait singulière où l’ancrage dans le quotidien est aussi fort que son imagination est échevelée, imprévisible. Y compris sa poésie dont il nous livre régulièrement depuis longtemps des extraits sur sa page Facebook. Au fil des pages de ce journal, il nous livre aussi deux nouvelles inédites : La canicule et La nuit.

    Le 21 novembre, à un salon du livre, le député PS local (du parti du président Hollande à l’initiative de la loi El Khomri, à laquelle Thierry est hostile), Hubert Fourages achète sa plaquette Vos discours ne passent plus  (Microbe, 2015) qu’il a cité dans son discours inaugural. C’est une énigme pour moi, note Thierry. Ce texte est un recueil anarchiste… Le monde des gens qui nous gouvernent est décidément un univers que j’ai du mal à saisir.

    Le 3 août, il note : « Avec le Journal, le moindre mensonge est tout de suite décelable. » Juste notation car, à moins qu’il s’agisse d’un journal fictif où l’écrivain voudrait afficher une image trompeuse, l’écriture d’un journal pousse le diariste à se confronter à soi-même sans faux-semblant et dans un souci de sincérité. Il se livre au lecteur tel qu’il se reconnaît au jour le jour ; c’est en cela que l’exercice est risqué mais exaltant.

    Voici un livre qu’il faut lire pour découvrir Thierry Radière ou pour parfaire la connaissance qu’on aurait déjà de ses divers ouvrages, et en attendant le prochain. Pour approcher un peu mieux l’homme et l’auteur, savoir de quoi sa vie journalière est faite, de quoi se nourrit son imaginaire d’écrivain...

    Éric Allard 

     

    31gQ7fOzX5L.jpgEXTRAITS

     

    « Il y a toujours comme un bruit de rêve dans les casseroles secouées de ma cuisine intérieure. » (2 janvier)

    « Les enseignants ont souvent oublié les adolescents qu’ils furent. La fonction les a modifiés et ils attendent de leurs ouailles des prouesses qu’ils n’étaient peut-être pas capables de produire à leur âge. » (15 janvier)

    « La publication est une drogue : plus on publie, plus on veut l’être. » (19 janvier)

    « Rares sont les libraires offrant à leurs clients des petits livres qui sortent des sentiers battus. C’est cette littérature-là que Facebook m’a permis de découvrir. Je défends toujours ce réseau social quand il est attaqué. Qu’on choisisse de ne pas avoir de compte facebook parce qu’on n’a rien à y partager et qu’on ne veut pas passer sa vie sur un écran est un argument recevable et compréhensible. En revanche, prétendre que facebook est une perte de temps – si on a des créations à partager  et d’autres à aller voir - est totalement aberrant. » (6 mars)

    « … en général, les profs de français ne lisent pas, j’avais oublié, et encore moins des poèmes.  »  (10 mars)

    « Je me disais que vivre, c’était peut-être meubler son vide à longueur de temps,  que sans ce réflexe de décor intérieur, je finirais par m’appauvrir et à être de plus en plus envahi par l’inaction et la paralysie des sens. » (11 mars)

    « Les coquilles ont la vie dure, elles s’accrochent toujours à un endroit qu’on pensait pourtant vierge de toute imperfection. » (6 avril)

     « La rentrée scolaire commençait ce jour-là : en mille neuf cent soixante-trois. Mémère ne s’est pas trompée : je suis né à minuit quarante-cinq , à quelques minutes près et je n’ai fait que cela depuis que je suis né, aller à l’école. » (16 septembre)

    « Je trouve mon équilibre pressé entre prose et poésie. Je distille le jus de cette pression abstraite entre images figuratives et phrases intempestives. Entre instantanés et longs métrages. Entre pointillés figés et tracés  sinueux. Ainsi brinquebalé d’une pulsion à l’autre, je rejoins peu à peu mon obsession de toujours : trouver une certaine forme d’équilibre et m’en contenter afin de me sentir bien intérieurement. » (20 novembre)

     

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    LIENS

     

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

    THIERRY RADIÈRE sur le site de La Maison des écrivains et de la littérature

    Sans botox ni silicone, le blog de THiERRY RADIÈRE

     

  • LE MILIEU ÉDITORIAL FRANCO-BELGE ET LA COLLABORATION

     philippe-rw-c3a0-brighton-gb-nov-09-photo-gisc3a8le-wilkin.jpgpar Philippe REMY-WILKIN

    Brouillards de guerre est un très beau titre pour un roman… qui n’en est pas un. Quoiqu’il en épouse souvent l’allure. Mais. L’auteur, un essayiste, nous offre un mélange de genres. Des trames biographiques, romanesques, se faufilent à travers des chroniques. Paris et Bruxelles sous l’Occupation, entre 1942 et 1945. Mais oyez, oyez, lecteurs ! Le voyage sera sidérant !

     

     

    sam_ph_31450_cover1.jpgCinq cents pages ! Un événement en soi, quand nos auteurs ou éditeurs rechignent à dépasser les deux cents. Une ambition rare a donc précédé l’œuvre, une immense collecte d’informations y est chevillée. Mais « l’Esprit souffle où il veut », aurait dit Jésus. Quand Barrès lui rétorquait, à deux mille ans de distance : « Il est des lieux où souffle l’Esprit ». Eh bien, disons-le haut et clair, ce livre est l’un de ces lieux, un souffle traverse ces pages, les animant comme les voiles d’une caravelle tournée vers le Nouveau Monde.

    Les premières lignes, fluides, nous projettent dans un roman historique :

    « La jeune femme descendit du tram devant le théâtre du Parc, face au Palais de la Nation qui abritait le Parlement et le Sénat, et se dirigea vers le coin de la rue Royale et de la rue des Colonies. Un grand drapeau à croix gammée flottait légèrement en cette douce matinée de printemps devant la façade du bâtiment rendu inutile par la défaite et l’Occupation. »

    On vit de plain-pied la rencontre entre une créatrice mue par l’ambition et son éditeur, toutes les émotions et pulsions qui affleurent :

    « Elle croisa les jambes et posa son sac sur ses genoux. Colin transpirait un peu à la vue de cette belle et fraîche jeune romancière. Bien qu’il la connût depuis quelques années déjà, elle lui faisait toujours autant d’effet. (..) Elle se sentait si reconnaissante qu’elle était prête à toutes les concessions face à ce gros mâle concupiscent (...) De quoi parlait-il ? Sa bouche grasse luisait. Il avait fait rouler l’expression sur sa langue, comme une plaisanterie salace parce qu’elle était une femme… « La première fois »… C’est tentant de faire le rapprochement… Ils ne pensent qu’à ça, se dit-elle. Ils n’y peuvent rien. C’est glandulaire. Glissons. »

    On songe un instant à l’actualité, aux affaires Weinstein et Spacey, l’arrivisme et la prédation, etc. Mais nous ne sommes pas dans un roman, ou alors un roman arcbouté au Réel ?, la jeune beauté n’est pas une créature chimérique ou quelque obscure écrivaillionne, non, c’est l’une des plus grandes plumes de notre Histoire littéraire, Dominique Rolin*, adaptée au cinéma, mystérieuse compagne des décennies durant du (trop ?) célèbre Philippe Sollers. Face à l’éditeur de son premier roman, Paul Colin, un collaborateur de la pire espèce, malveillant, antisémite.

    Le portrait de Rolin, en quelques pages, est fracassant. Une égocentrique uniquement préoccupée par sa réalisation personnelle, qui se fiche de la politique (et donc du sort des autres) comme d’une guigne, ne voit ses interlocuteurs que dans leur rapport à elle et à son œuvre.

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    Maxime Benoît-Jannin

    Une biographie sans fard de l’autrice (osons ce mot féministe !) de L’Infini chez soi ? Non, la scène s’élargit rapidement, les acteurs défilent. Rolin voyage vers Paris et y oublie son mari dans les bras de l’éditeur parisien d’origine belge Robert Denoël, mais voilà qu’apparaissent des célébrités du temps ou futures, le récit explose en sillons multiples, la polyphonie s’installe, c’est une ère entière qui ressuscite. Nous pénétrons dans les atermoiements d’Elsa Triolet et Louis Aragon, sortons au café avec Sartre et Beauvoir, surprenons la première rencontre de celui-ci avec Albert Camus, écoutons atterrés les propos antisémites de Céline et Rebatet, les échanges sur la littérature entre Paul Valéry, Gaston Gallimard et Denoël, observons à la loupe Cocteau et Eluard, Max Jacob et Jean Genet… dans des rues, des soirées hantées par des silhouettes en uniforme vert de gris.

    Comment décrire la submersion qui nous engloutit délicieusement ? Des biographies se croisent et se décroisent, se superposent parfois (les amours axiales de Rolin et Denoël, Valéry et Jeanne Loviton, Denoël et Loviton) mais explosées par l’irruption du Temps : articles de presse, recensions de spectacles, de procès, etc.

    Benoît-Jeannin tient du démiurge, il y a une tentation proustienne à l’œuvre, un fil glisse du sillage de Rolin (quel beau film eût écrit un Truffaut à partir des premières scènes !) pour embobiner un univers, une époque. Qui jaillit sous nos yeux hallucinés tel un Titanic remontant des profondeurs océanes pour retrouver sa trépidation.

    Il y a un bémol. Parfois, aspiré par une trame narrative, on est pressé de lire la suite mais l’auteur privilégie la reconstitution panoramique et nous voilà séparé du roman par la chronique pure et dure. Qui intéressera davantage le féru d’Histoire que le lecteur d’histoires. Ainsi, accompagnant Paul Valéry aux concerts de la Pléiade, on en découvre le programme :

    « Emmanuel Chabrier, Trois valses romantiques (Jean Françaix et Soulima Stravinski).

    Michel Ciry, Madame de Soubise (paroles d’Alfred de Vigny), (Paul Derenne et Francis Poulenc).

    Erik Satie, Trois morceaux en forme de Poire (Simone Filliard et Francis Poulenc).

    Etc. »

    Oui, parfois, reprenant son souffle, on s’interroge. Que lit-on ? Un roman, des romans, des biographies, des chroniques, une étude historique, des micro-essais, des nouvelles ? Et il y a tout cela. Mille manières d’aborder le thème central : la reconstitution d’un monde perdu, peuplé de fantômes et d’ambiguïtés sur la nature humaine, mais une reconstitution d’une essence supérieure, où le Vrai se révèle sans maquillage. Comme si l’ouvrage de Benoît-Jeannin accrochait ses lecteurs à une caméra et un micro pour les projeter via une machine à remonter le temps au cœur des événements.

    Si l’on intègre la profusion du contrepoint, l’entreprise est globalement passionnante. Car l’immense puzzle vaut à la fois par sa vision d’ensemble et l’enseignement qu’elle délivre mais, tout autant, par l’appétit suscité par une infinité de ses pièces/fragments narratifs, qui transportent intrinsèquement et indépendamment du Tout. On sera donc happé par des épisodes de la Résistance (l’assassinat de Paul Colin, les prouesses de notre aviateur Jean de Sélys Longchamps, l’attaque d’un train destinée à sauver un convoi de Juifs, etc.), des énigmes policières qui incendient justice et médias, les affres des vies privées de célébrités monumentalisées par l’Ecole ou l’Histoire soudain incarnées, mais on sera déstabilisé par la teneur des textes publiés par les autorités, les journaux, la plongée au cœur de la collaboration, qu’elle soit abyssale ou en méandres sournois, pusillanimes. On est surtout sans cesse surpris par l’auteur et ses mille angles d’attaque. Ainsi, à la page 154, un texte rédigé par un journaliste de province, un hommage courageux à l’une des victimes des arrestations arbitraires :

    « Harry Baur vient de mourir ; mais le cinéma, qu’il a marqué de sa puissante personnalité, lui assure une longue survie.

    Il y a quelques années, j’ai pu observer Harry Baur au cours d’une répétition. Congestionné, couvert de sueur, il attaquait d’intangibles difficultés, se donnait corps et âme, sans réserve, sans prudence pour sa personne, sans ménagement pour sa santé : toute intelligence, toute sensibilité à découvert (…) J’ai vu Harry Baur porter seul le poids d’une pièce, élever celle-ci au-dessus du sujet, créer autour du texte son œuvre à lui et, par son jeu, rejoindre la vie dans ce qu’elle a de plus secret. Je l’ai vu gravir avec acharnement le dur chemin de la perfection. »

    Micro-essai, somme toute, sur l’Art, ode à l’investissement du véritable artiste, qui atteint une dimension métaphysique.

    La suite ? Un déferlement d’informations, de réflexions et d’émotions. Où l’on mesure comme rarement l’impact de l’antisémitisme vichyste, des compromissions opportunistes, des fanatismes idéologiques. Et je doute qu’on puisse encore lire Céline (et même son Voyage) ou Rebatet (j’adorais son Histoire de la Musique) comme si de rien n’était… Un kaléidoscope, où le didactique est rarement pesant, où les sensations fugaces d’une force centrifuge s’évanouissent devant la perception du projet créateur, une puissance centripète servie par une écriture belle et limpide. On lit plusieurs livres à la fois mais ceux-ci sont les instruments d’un même orchestre, au service d’une composition unique.

    In fine, on se surprend à applaudir l’auteur et son éditeur (Christian Lutz) qui ont osé aller à contre-courant des normes et des habitudes pour nous offrir un ouvrage épatant, époustouflant, l’une des rares productions de ces derniers mois qui doivent impérativement trouver niche dans toute bibliothèque humaniste. 

    Ph. R.-W.

     

    * Dominique Rolin était l’autrice (je persiste, féministe !) préférée de mon épouse vers ses vingt ans et sa lecture me marqua.

     

    sam_ph_31450_cover1.jpgMaxime Benoît-Jeannin

    Brouillards de guerre

    Editions Samsa, roman, 2017

    500 pages

     

    Sur l’auteur et son œuvre, un complément d’information à lire sur le site de l’éditeur SAMSA

     

  • AU CREUX DU SILENCE de MARCEL PELTIER (Éd. du Cygne)

    DS4C8fdW0AY6rgi.jpgLA VIE BRÈVE

    Depuis près de vingt ans, Marcel Peltier écrit des haïkus et s’interroge à leur sujet, ne se contentant pas de la forme fixe établie, remettant en cause les classiques vers de 5/7/5 pieds supposés être dits dans un souffle.

    En prenant appui sur les travaux oulipiens de Roubaud ou Le Lionnais, et dans le sillage des quanta(s) de Guillevic,  il réduit ici encore la forme brève, cherchant, sur le mode de l’essai et de l’erreur, en mathématicien qu'il est, la formule qui mêle le minimum de mots avec le maximum d’efficacité, tout en demeurant dans l’esprit zen présidant à l’écriture de haïku : notation sur le vif qui privilégie la sensation sur l’intellect.

    En six mots, parfois moins, rarement plus, suivant la contrainte qu’il s’est fixée, il délivre des instants volés à son quotidien.

    Attentif aux sons, aux contrastes visuels, aux perceptions minuscules qui trahissent un état d’âme plus qu’elles ne l’expriment, c’est le non-dit, l’oiseau de la sensation que traque Marcel Peltier dans ces exercices journaliers (la pratique du haïku procède du journal, extime, on dirait ici, en citant Tournier), ce qui transparaît du caché, sans souci de psychologie.

    On ne peut s’empêcher de penser à l’aphorisme wittgensteinien : Ce dont on ne peut (bien) parler, il faut le taire.  Dans le rendu du sujet, rien ne doit transparaître de l’inconscient de l’observateur pour que la flèche des mots atteigne le coeur de cible.marcel_peltier.jpg

    Même si on peut penser qu’à travers ses nano-poèmes, Marcel Peltier dit, en creux, des choses de lui mais non identifiable de prime abord. Il ne s’agit pas de rendre compte d’une personnalité dont on sait qu’elle est fluctuante, de l'ordre d'une caractérisation sociale, mais juste de glaner un geste, une position, de surprendre une expression faciale, un tropisme. Ou bien encore de donner des yeux aux choses inanimées…

    Le haïku est l’instrument de la surprise, de l’étonnement, de l’éphémère. Tel un photographe de l’indicible, Marcel Peltier capte des instants de vie, saisit des petits riens qui font sens le temps d’un surgissement (ou d’une éclipse).  

    Des haïkus desquels ne sont pas exclus, loin de là, l'érotisme, l’humour, l’esprit caustique, la satire sociale, l’émotion voire le tragique d’une existence, la trace d’un deuil... Le propos n’est jamais de poser un jugement sur les faits observés, tout au plus d’émettre un soupçon empathique, une proposition face à l'éventail des possibles.

    De la sorte, Marcel Peltier est toujours en équilibre sur le fil du silence. C’est de là, du silence, de cette faille, qu’il épie sans espionner les reflets du monde nouménal qui marquent à la façon d’une trace fugitive le miroir des jours pour dessiner une image avec une rare et précieuse économie de mots. Car la vie est brève et l’écriture sans fin.

    Éric Allard 

     

    AU CREUX DU SILENCE sur le site des ÉDITIONS DU CYGNE

    DÉCANTATION DU TEMPS de MARCEL PELTIER aux ÉDITIONS du CYGNE

    L'ATELIER PELTIER, mon article sur le travail de Marcel Peltier (sur Ecrits-vains)

     

    EXTRAITS

     

    Crépuscule,

    Les choses se cachent

       Sans un bruit.

     

     

    Envol,

    rendez-vous

    Manqué.

     

    *

     

    Du chocolat sur

     ses lèvres.

     

     *

     

    Une chape de silence,

    vieilles photos

     

     *

     

    La pénombre,

    frôlement légers

    Des tissus

     

    *

    Rosée,

    mes chaussures

    Lavées.

     

    *

    Table d’hôte,

    les invités sont

    Les mésanges.

     

     

  • CLAUDE DONNAY, ARNAUD DELCORTE : L'UN EN PROSE, L'AUTRE PAS.

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    447.3.jpgLe poète Donnay s'est donné, depuis peu, le temps de consacrer à la prose une partie de sa création. Jusqu'il y a peu, seule la poésie trouvait audience. Après un roman réussi chez M.E.O, un autre en préparation, le voici prêt à nous plonger dans l'atmosphère bruxelloise de son "Bocal Paradis", longue nouvelle que publie maelström dans sa collection "Bruxelles se conte".

    Ce rêve "étrange et pénétrant" n'a rien de verlainien, quoique très bien écrit, quoiqu'il faille y voir la volonté de rompre avec la brièveté poétique pour une certaine ampleur, un certain goût pour la phrase construite et la fluidité qui va avec.

    Difficile de raconter une nouvelle. Plus difficile encore quand le texte jalouse la complexité, voisine avec le fantastique naturaliste : déjà ce bocal, dans lequel nage un narrateur gonflé par la reproduction des choses...donnay-web-paysage.jpg

    Et puis au mitan de l'inventive fiction, une Mona Lisa aux belles formes...et des questions qui ne trouvent pas toujours réponse..

    Quoi qu'il en soit, Donnay a bien raison de s'adonner à la prose qui lui va comme un gant.

    En matière de poésie, Baudelaire ronronnerait d'aise puisque les chats ont ici droit de regard et de caresse!

    (Claude Donnay, Bocal Paradis, 2017, Maelström, coll. Bruxelles se conte n°67, 28p., 3€)

    Le livre sur le site de l'éditeur 

    Bleu d'Encre, le site de Claude DONNAY

     

    couverture-5-bord-3mm-blanc_sm.jpgArnaud Delcorte (né Hainuyer en 1970) a débuté en poésie il y a neuf ans, et depuis, son rythme de croisière régulier lui a permis d'éditer une petite dizaine d'ouvrages, dont un roman, sans compter des participations à de bonnes anthologies haïtiennes.

    Le voici, aux commandes avec le peintre Sébastien Jean (né en 1980), Haïtien, d'un livre inclassable où le babil/babel des langues et des arts ordonne une réflexion peu orthodoxe sur le monde: sentiments, sexes, sensations, goût du plaisir, de l'azur et plaisir des sens s'agitent en tous sens.March%C3%A9+Po%C3%A9sie+2013+013.JPG

    Poèmes en plusieurs langues (français, anglais), illustrations nerveuses, colorées, fantasmatiques de bêtes et d'humains en torsades de reliefs, dans le droit fil des compositions par exemple d'un Siqueiros : "Quantum Jah" étonne par la mixture qu'il donne d'un monde déboussolé, dont la violence, dont les angoisses, dont l'appel d'air aux changements attisent le lecteur. L'audace le dispute à la provocation, et l'on sait qu'Arnaud ne recule pas devant le terme cru ("sexe dégourdi dans la tienne") ni devant la figuration poétique des plus élégante : "tu me soulèves comme un enfant/ des flaques de ciel plein les joues".

    La tolérance joue son atout : qu'on soit blanc, noir, créole, homo, hétéro, fille, garçon, pauvre, voyageur, sans langue, avec toutes les langues, le poème enjoint quiconque à vivre plus loin, à nouer au babil tous les "babels" du voyage et de la connaissance.

    (Arnaud Delcorte et Sébastien Jean, Quantum Jah, Les Editions des Vagues, en Haïti, 2017, 128p., 14,99€)

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

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    En savoir plus sur Sébastien JEAN et sa peinture

     

  • DOUZE CHANTS DE LA GRÂCE d'ANDRÉ CAMPOS RODRIGUEZ

    André Campos Rodriguez

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    Né en 1951 . Jeunesse au Maroc à Casablanca jusqu’à l’âge de 21 ans. Fils de Républicains espagnols opposés au franquisme… Au préalable, réfugié politique - puis opte librement pour la nationalité française (car francophile et francophone…)

     

     

    Douze Chants de la grâce…

     

    1.

     

    Il n'y a pas une ride

    dans l'aurorale clarté qui s'annonce

    comme une promesse

     

    Il n'y a aucun signe néfaste

    ni rien à signaler 

    à part l'imminente arrivée

    de la beauté

      

     

     

    2.

     

    Que peut-on dire

    au matin lumineux

    qui nous lave de sa lumière

     

    que peut-on souhaiter de mieux

    une grâce parée

    si bien dans la soie

    de la quiétude et du silence

     

    où complice la solitude

    s'éclipse pour le souffle

     

     

     

    3.

     

    D'une joyeuse épiphanie

    sur la crête de l'instant

    il boit à la source vive

     

    La beauté en sa bonté

    toute révélée

     

    dans ce refus même

    de la posséder

     

     

      

    4.

     

    Par enchantement

    une porte ou une fenêtre

    s'ouvrent dans la lumière

     

    et recule l'enfer

     au profit

    de la vie ouverte

     

    Avènement prodigieux

    où le souffle

    devient tendresse

     

    douceur…   et légèreté de la joie

     

     

     

    5.

     

    Nous sentons bien que l'invisible

    ne cesse de se manifester

    à travers la relation complice

    - que nous surprenons 

    des arbres de ce chemin de montagne

    où zinzinulent les mésanges

    dans un profond silence

     

     

     

    6.

     

    J'aspire à l'espace ouvert et bleuté

    du ciel habillé de la moutonneuse

    blancheur des nuages

     

    Cette paix accueillante

    qui nous donne à goûter

    le bonheur de vivre

     

    Notre tête s'est vidée

    et notre corps a gagné

    une bénéfique densité

     

    pour que le cœur exulte

    et rende grâce

     

     

     

    7.

     

    Ne bouscule pas ton silence

    celui qui cherche nonchalant

    à installer la clarté dans nos vies

     

    Laisse l'ombre jouer à sa guise

    les comédies du destin

     

    Nous veillerons sur les roses de décembre

    la fraicheur des pétales grenats

    prêts pour le sacrifice de l'hiver

     

    Notre espoir se portera sur le printemps

    qui aussitôt nous élargira

    sur les épaules nues du don

     

     

     

    8.

     

    Ne nous racontons pas d'histoires

    dormir debout n'enchante guère

    le sage qui contemple le réel

    infiniment perpétuel

     

    La mort il faudra bien l'assumer

    là où elle nous surprendra

     

    Prions uniquement pour que la peur

    soudain  n'éclipse

    notre fragile équilibre

      

     

     

    9.

     

    Pour le moment c'est l'arbre

    qui nous évite les errances

    que les ombres contiennent

     

    Il est prodigieusement ici

    devant nous à bâtir un refuge

    où bouillonnent les couleurs

    de la terre et du ciel

     

    à nous éviter aussi d'aller

    à la ligne

    d'un futur aléatoire

     

     

     

    10.

     

    Que l'espace de la vie

    devienne l'espace du poème

    et que le poème transfuse

    la vie même en chaque image

     

    Comme il sait être le protecteur

    des oiseaux de passage

    que l'arbre nous soutienne

    en cette perpétuelle quête

     

    qu'il soit notre maître spirituel

     

    et qu'il ne cesse

     

    par sa mystérieuse beauté

    de nous montrer le ciel

     

     

     

    11.

     

    Les fleurs aussi sont nos maîtres

     

    Exprimer parfums et beautés

    en un temps si bref

     

    Fragiles, vulnérables, offertes

     

    elles sont comme le poème

    absolu du don

      

     

     

    12.

                                                                (à R.Z.)

     

    Sans toi à mes côtés

    à partager et embellir les petits évènements

    quotidiens qui nous entourent

     

    ma vie 

    chargée des ombres du passé

    serait autrement plus amère

     

    Avec toi le présent se présente

    comme une fleur légère

    un parfum ineffable

     

    Nous regardons vers la même source

    et c'est comme une grâce offerte

    qui se dégage et ne nous appartient pas

     

     

     

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    photo d'André Campos Rodriguez

     

     

    Du même auteur

    - Mosaïque d’un cri (M.P.C. 1982)

    - Petits je (ux) de rhétorique (Jacques Morin, Polder 30,1985).

    - Le bleu de clémence ( Aube 1987)

    - Odes à la nuit étale (L’Horizon Vertical, 1989)

    - Les douze balises (Jean Le Mauve, L’Arbre 1990).

    - Chemin de ronde , (en collaboration avec J.L. Fontaine, C. Hémeryck, et H. Lesage , Éditions Rétro-Viseur 1993).

    - L’invisible correspondance (Cahiers Froissart, 1994).

    -- Pour désigner la cendre (Jacques Morin, Polder 1996).

    - Légendes, éclats, approches… (Editinter, Robert Dadillon, 1999).

    - « Pour que s’élève  CE QUI N’A PAS DE NOM » / Choix de Poèmes 1985-2016/ préface d’Alain Lemoigne /

    volume de 214 pages, Editions de L’Ardent Pays, 2016.

     

    Anthologies

    - Génération Polder, anthologie de Jacques Morin, Ed. La Table Rase 1992.

    - Le Silence parle ma Langue de Jean-Claude Dubois (une présentation critique de 24 poètes du Nord/Pas-de-Calais) Editions Rétro-Viseur 1999.

     

    Articles, textes ou poèmes parus dans différentes revues dont :

    L’Ivraie, Foldaan, Les Cahiers Froissart, RegArt, RétroViseur, Plis et Déplis amoureux, Jalons, Décharge, Sources, La Bartavelle …(du temps de Pierre Perrin), Phréatique, Noréal,, Friches, Lieux d’Être, Comme en poésie, Le Comptoir des Lettres…etc…

     

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     L'ARDENT PAYS, le blog-revue d'ANDRÉ CAMPOS RODRIGUEZ

     

  • VERS LES RIVAGES VIERGES d'ÉRIC ÉLIÈS (textes) et MAJA BIALON (photographies)

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2d4104edb64fff1be9b511b4f735e774&oe=5AB096CApar Nathalie DELHAYE 

     

     

     

     

     

    41HWJCNH41L._SX313_BO1,204,203,200_.jpgInvitation à la méditation

       Étrange mariage que les poèmes et les photographies unis dans cet ouvrage, "Vers les rivages vierges" nous emmène bien au bord de la mer, à pas lents sur le sable ou dans les rochers.

       Les effluves à portée de narine, le bruit des vagues et l'apaisement, tout est là pour inviter le lecteur à la méditation face à l'étendue bleue.

       C'est un moment de plaisir que de lire ces poèmes, on y trouve des images, beaucoup d'images, appuyées par les photographies en noir et blanc, mais qui ne s'imposent pas trop et nous laissent l'occasion d'imaginer encore. Les regrets aussi apparaissent au coin d'une dune, la nostalgie se ressent, mais l'espoir, beaucoup d'espoir surgit de l'écume.

       Cette poésie certes structurée se lit pourtant sans contrainte, l'auteur a su éviter le piège de la poésie cadrée et non fluide, qui peut gêner la lecture et faire fuir les réfractaires à la poésie classique. Ici tout se déroule, va et vient, les rimes sont riches et les poèmes très bien réalisés, de sorte que les jambages et figures imposées n'alourdissent pas la lecture.

       Une image, un poème, un beau mariage somme toute, qu'il est agréable de découvrir, lire et relire.

     

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

  • LA SOLITUDE DES ÉTOILES de MARTINE ROUHART

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    La distance entre les êtres

     

       « Je déteste les talons hauts, leur vacarme lorsqu’ils martèlent les trottoirs. Ma démarche et légère et silencieuse. J’aime m’approcher des gens doucement, à la manière des chats. » Ainsi débute le récit de Camille, 43 ans, la principale narratrice de La solitude des étoiles, le sixième roman de Martine Rouhart.

    Camille est assistante vétérinaire et vit en lisière d’un zoo. L’autre narratrice, c’est Suzanne, elle a 68 ans et c’est la mère de Camille.

       Les deux femmes ont ceci en commun qu’elles ont toutes deux perdu trop tôt leur compagnon. Hormis cela, la mère ne se reconnaît pas en sa fille qu’elle juge « plus fermée qu’une huître ». Même si, au fil de leur récit, on comprendra qu’elles partagent plus d’un trait semblable. Malgré leur lien de parenté, elles restent des énigmes l’une pour l’autre.   

       Camille perçoit les individualités humaines comme des étoiles dans le cosmos: « La foule, un désert, et on n’est pas seul à être seul. Les gens : une nuée de solitudes démultipliées séparées par une distance interstellaire. » Elle s’accommode de sa solitude ; même, elle la cultive. Cela ne la rend ni malheureuse ni heureuse, du moment que les autres demeurent à une distance respectueuse: "En somme, de la majorité de nos semblables, on ne se rapproche que par hasard et sans les rencontrer…" martine-rouhart.jpg

       Après un incident survenu à la clinique pour animaux où elle travaille comme assistante vétérinaire, elle décide de prendre du champ quelque temps en Ardennes dans une maison isolée louée pour l’occasion...

       Martine Rouhart et détaille la mécanique intérieure et scrute les mouvements du coeur. Elle relève les variations d'état d'âme, elle mesure la distance entre les êtres comme elle observe le passage des saisons sur la nature. Elle le fait à coups de notations brèves, poétiques, jamais appuyées ou répétitives. Elle trouve les mots justes, nouveaux, adaptés à chaque nouvelle observation. Une écriture à petits points qui couture, recouvre parfaitement les sujets étudiés, les situations rendues, les petites plaies de l’existence qui menacent de suppurer en affectant notre relation à autrui. Comme ce petit choc d’une pomme de pin trouant la neige, que la narratrice, un moment, signale.

      Dans la maison de campagne, Camille va faire la rencontre d’un homme incongru, Théodore, mystérieux à souhait, qui traversera sa vie avec la fulgurance d’une comète, sorte d’ours ou d’ogre qui ne se livrerait que par sentences, par éclats, avant de retourner dans sa tanière. Elle s’attache vite à ses visites régulières qui raniment les braises d’humanité de son feu intérieur, la reconnecte à son être profond qui est fait d’ouverture au monde du vivant. Comme entre les étoiles et les humains que sépare un espace inimaginable se nouent des liens secrets qui échappent à toute psychologie. 

       Le roman est entrecoupé, sur des pages à part, de notations poétiques et scientifiques de Philippe Jaccottet, Anne Perrier ou Hubert Reeves qui font communiquer les faits narrés par la mère et la fille avec les citations rapportées, l'infiniment petit des rapports sociaux à l'infiniment grand de l'univers.

       Mère et la fille vont se rapprocher à la faveur de cet épisode ardennais. Camille va quitter, dans les faits, sa solitude mais l’énigme Théodore, la place qu’il a occupée, même quand il aura disparu de sa vie manifeste, n’en demeure pas moins sujette au questionnement. Martine Rouhart a cette élégance de ne pas en dire plus, de laisser le lecteur se faire son idée sur la position des êtres par rapport à leurs semblables sur la carte du tendre des relations humaines. 

    Éric Allard 

     

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    Le livre sur le site de l'éditeur + extrait

    Martine Rouhart sur le site de l'AEB

     

  • SEUL EN ALASKA

    2506907114.3.jpgpar JULIEN-PAUL REMY

     

     

     

     

    Retour sur le Festival du Film de Voyage et d’Aventure qui se tint à Bruxelles en décembre, un événement consacré à une caractéristique essentielle de l’être humain : la capacité à s’arracher à sa propre existence, à dire non à son environnement de vie, à se déterritorialiser pour mieux s’enraciner ailleurs.

    Coup de projecteur sur le film Seul en Alaska, mettant en scène Eliott Schonfeld et sa traversée de l’Alaska pendant trois mois. Une aventure entreprise initialement davantage par rejet de la société individualiste, matérialiste et capitaliste que par attrait d’un ailleurs.

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       Le Projet

       Avant de retracer le récit du film et d’en dévoiler tout l’intérêt, une critique s’impose d’emblée concernant le projet de l’explorateur-réalisateur : l’individu qui, pour rompre avec la société individualiste, s’en sépare géographiquement, ne reproduit-il pas une logique individualiste en poursuivant son seul intérêt ? Un certain type d’individualisme comme remède à un autre type d’individualisme ?

       Le point de départ du film s’ancre dans une question propre à la jeunesse : comment trouver sa place ? C’est précisément pour y apporter une réponse que le protagoniste entreprend de se déplacer : il désire ainsi trouver sa place dans la société en trouvant sa place dans la nature et dans le monde.

       Certains trouvent leur place dans la société sans avoir à la trouver dans la nature, d’autres trouvent leur place dans la nature sans la trouver dans la société, et d’autres encore trouvent leur place en société en la trouvant dans la nature. Cette dernière catégorie opère un double mouvement : du particulier (partie d’un tout, un microcosme, la société) au général (le tout, l’ensemble, le cosmos, le monde), et ensuite du général au particulier. En trouvant leur place dans le Tout, ils trouvent leur place dans l’une de ses parties. Comme si l’humain procédait d’une triple origine : familiale, nationale/territoriale, et naturelle. Comme s’il se départait de ses origines secondaires pour retrouver ses origines primaires. Comme si la société humaine, en se rendant étrangère à la nature, rendait les êtres humains étrangers à eux-mêmes. Comme si l’être humain, pour s’accomplir, avait besoin de réaliser sa part d’être de nature et d’animal.

    https://youtu.be/i1cSWpo8aXI

     

       L’Expédition

       Eliott entretient au début de son aventure une relation ambivalente d’amour-haine avec la nature. Amour de la nature car symbole d’échappatoire au malheur et à la violence de la société mais, durant son parcours d’intégration, surgissent également une haine, une colère et une jalousie : il a rejeté la société mais la nature le rejette. Comment ? En lui rendant la vie dure. Il fustige alors la nature et ses êtres vivants, animaux, insectes et végétaux : comment osent-ils avoir ce qu’il n’a pas : leur place ? Comment osent-ils vivre en harmonie ? Comment osent-ils avoir tout, en n’ayant rien ? Comment osent-ils vivre aussi facilement et simplement alors que pour lui, humain, la vie est un combat de chaque instant ? Sa vie est survie, alors que pour eux, la vie n’est que vie. Leur vie consiste à accueillir la vie, à recevoir ce qu’elle leur donne, tandis que pour lui, vivre consiste à confronter son existence à la vie, à imposer à la nature sa propre vie, qu’elle considère comme un corps étranger. La nature lui semble aussi injuste que la société. Mais, paradoxalement, plus l’épreuve dure, moins elle est une épreuve car plus il pénètre physiquement dans la nature, plus la nature le pénètre spirituellement. Il en devient une partie, un élément. En intériorisant la nature tout en obligeant celle-ci à l’intérioriser. Le voilà peu à peu membre de cette nouvelle patrie d’adoption. Il a trouvé sa place, sait ce que la nature peut lui donner et éprouve un sentiment de symbiose. La peur de l’inconnu et de ses dangers (ours, grizzly) ne l’habite plus car la nature lui est familière. Il a tout, en n’ayant rien.

       Le titre du film évoque la solitude mais en réalité cette expérience se caractérise par une solitude partagée. Eliott est seul sans jamais être seul car il a choisi de garder un lien permanent avec la société humaine : une caméra, qui lui sert d’interlocuteur ou, plus exactement, qui représente quelqu’un à qui/quelque chose auquel s’adresser. L’écran de la caméra incarne l’œil, le regard de l’humanité et des autres sur lui. En partageant chaque jour sa solitude, il n’est jamais vraiment seul. Aussi, cet intermédiaire technologique le pousse à jouer un rôle car on ne se comporte pas de la même manière face à une caméra, c’est-à-dire face à autrui, qu’en étant seul avec soi-même. Le rôle de la caméra ne se limite pas à enregistrer purement et simplement la réalité de son expérience de vie, non, le fait d’être vu modifie sa manière d’être et de voir son expérience : il manie l’humour à foison, prend du recul par rapport à son vécu, éprouve une jubilation sociale impossible à éprouver seul. La caméra modifie par sa présence cela même qu’elle filme. Elle n’est pas extérieure au voyage mais partie intégrante de celui-ci. D'ailleurs, sans elle, ce voyage eût-il été entrepris ?

         Eliott Schonfeld Aventurier

  • MADE IN CHINA de JEAN-PHILIPPE TOUSSAINT

    livre_galerie_9782707343796.jpgLes tribulations d’un écrivain belge en Chine

       Depuis une quinzaine d’années, Jean-Philippe Toussaint entretient des relations artistiques et amicales avec la Chine et, en particulier, avec Chen-Tong,  son éditeur chinois (auparavant éditeur de Robbe-Grillet et Beckett) et producteur de quelques-uns de ses derniers films, dont Fuir en 2008.


       C’est à l’occasion du tournage en 2014 de The Honey Dress, la scène qui ouvre Nue, le dernier roman de son cycle romanesque, M.M.M.M, qu’il se rend là-bas.

       Made in China est donc à la fois le journal des préparatifs du tournage et une réflexion sur le hasard et la fatalité (qui rappelle son essai sur L’urgence et la patience).

       « Dès lors que nous sommes engagés dans l’écriture d’un livre, il obéit à une fatalité qui nous dépasse. En somme, la fatalité que l’œuvre porte en elle est irréductible à la somme des hasards qui la composent. »

       La lecture achevée, on peut regarder le film (via le lien proposé) qui décevra certainement mais nous fera, en regard, préférer le livre-prétexte de 180 pages.

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       En 1989, lors d’une interview qu’il m’avait accordée, paraphrasant un propos de Kundera que je lui demandais de commenter, il répondit : « Puisque l’essentiel dans un film est ce qu’on ne peut dire que par un film, quiconque est assez fou pour adapter des romans au cinéma aujourd’hui doit les filmer de manière qu’on ne puisse pas les raconter. »

       C’est à voir car on assiste à un jeu de mise en abyme qui peut parfois désorienter mais auquel, au fil des livres et depuis Autoportrait à l’étrangernous a habitué Jean-Philippe Toussaint qui rend compte du réel mais en le romançant (« Car même si c’est le réel que je romance, il est indéniable que je romance. »). Tout en pratiquant, dans la première partie du livre, de constants allers-retours entre passé et présent.

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    Jean-Philippe Toussaint, Chen-Tong et l'équipe du film 

       Made in China, ce sont les tribulations d’un écrivain belge en Chine. Où les acrobaties d’un Belmondo (dans le film de de Broca tiré du roman de Jules Verne) seraient ici remplacées par des  voltiges verbales, où à l’esprit d’aventure s’est substitué l’étonnement par rapport au réel qui semble toujours se conformer à nos désirs, du moins, prendre, à mesure qu’il s’organise en fiction, une forme qui en tiendra lieu.

       Même si Jean-Philippe Toussaint ne note pas de faits caractéristiques, de signes patents de la Chine actuelle, quelque chose de la couleur locale, de l’esprit chinois transparaît. À la lecture de ce livre, comme des précédents, on sourit souvent, on rit pleinement parfois (la scène où il se présente en chinois à trois jeunes filles hilares), on épouse le point de vue du narrateur.

     Malgré la ténuité du propos, son caractère hybride (entre journal, essai et récit), la magie toutefois opère, une fois encore. Car, depuis La Salle de bain en 1985, Jean-Philippe Toussaint a posé un ton singulier, un déhanché de phrase, une désinvolture unique dans la littérature française, une manière de rendre compte de l’anecdotique entre attention et flottement et, pour tout dire, un côté zen affirmé et affiché. Une patte, un style propre qui nous imprègne de ce qu’elle saisit, nous met à la place du narrateur à tel point qu’on aurait presque le sentiment de vivre ce qui nous est relaté au moment où on le lit.

      « La possibilité qu’un livre achevé ait été écrit exactement comme il a été écrit est quasi nulle. (…) Le livre qu’on termine, comme la vie qui s’achève, clôt définitivement cette ouverture aux possibles. L’œuvre, ou la vie, se referme au vent des fortuits, et devient la fatalité qu’elle devait être. »

     Ainsi va la vie, ainsi se font depuis trente-trois ans les livres de Monsieur Toussaint…

    Éric Allard

     

    auteur_174.jpgLe livre sur le site des Editions de Minuit

    Dossier et interview de Jean-Philippe Toussaint par mes soins en 1989

    Le site de Jean-Philippe Toussaint

     

                               THE HONEY DRESS

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  • 2018 - NOUVELLE ANNÉE LITTÉRAIRE : SPÉCIALE ANNOCQUE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Pour proposer cette rubrique, j’ai un peu triché, les deux livres que je vous présente ne font pas partie de cette rentrée mais je les ai lus il n’y a pas très longtemps et j’avais très envie de parler de Philippe Annocque que j’ai écouté attentivement, en octobre dernier à Belfort, même si j’ai tout oublié et qu’il reniera peut-être mes chroniques. Le lecteur est aussi un acteur de la naissance d’un texte et il peut contribuer à faire apparaître sa propre version du livre. Donc je propose aujourd’hui mes commentaires de lecture de Elise et Lise sorti en février 2017 et de Pas Liev publié en octobre 2015.

     

     

    72dpi-elise-lise_couv.jpgELISE ET LISE

    Philippe ANNOCQUE

    Quidam Editeur – 2017

    J’ai lu ce livre comme un recueil de textes courts, les chapitres qui composent la dernière publication, à ma connaissance, d’Annocque peuvent se lire comme des textes indépendants, ils forment chacun un tout même si un fil rouge les relie. Ils évoquent, pour un ou deux protagonistes, une posture, un ressenti, des intentions, des manœuvres, des états d’âme, des sentiments, … mais jamais des faits tangibles ou des dialogues concrets qui pourraient construire une histoire. Et même s’il n’y a pas d’histoire, il n’y en a jamais chez Annocque, il y a tout de même, en creux, comme une intrigue qui émerge car le lecteur cherche à comprendre le titre du livre : Elise et Lise ou Elise est Lise. Dans chacun des courts chapitres de son récit, environ une page et demi, l’auteur sème un petit caillou blanc qui montre le chemin que le lecteur pourrait suivre pour dénouer cette intrigue.

    Le lecteur essaie de comprendre comment les quatre personnages qui peuplent le récit peuvent interagir pour résoudre l’énigme coulée dans le titre de l’ouvrage. Tous, après avoir vu comment Lise se rapproche d’Elise, imite Elise, copie Elise, prend la place d’Elise, se fond dans Elise,… au fil des paragraphes, penseront certainement qu’Elise est Lise. Mais l’auteur développe son intrigue au-delà de cette constatation qui figure déjà dans le titre du livre. Alors, moi j’ai admis qu’Elise et Lise étaient les deux personnages d’un conte imaginé par Sarah l’étudiante en deuxième année de littérature qui étudie les faux héros dans les contes de Perrault et des Grimm, principalement dans des contes comme La gardeuse d’oies. Elles seraient des fausses héroïnes et Luc ne serait lui aussi qu’un faux héros, un faux prince charmant qui aurait manqué sa mission. Et peut-être que LiseElise n’est que la métaphore des études qui éloignent Sarah de son prince charmant à elle, qu’elle n’a pas le temps de charmer. Elle dit Sarah, même l’éditeur l’a remarqué, « Quand on lit un conte, on lit une histoire et on a l’impression que l’histoire raconte autre chose que ce qu’elle raconte ». Mais cette histoire n’est que la mienne, d’autre la verront peut-être autrement.

    Je n’ai pas relu tous mes Annocque mais je crois que celui-ci est celui que je préfère, j’aime sa construction, j’aime les possibilités d’interprétation que l’auteur m’y laisse, j’aime sa rédaction avec des chapitres courts et des phrases courtes, dépouillées, précises même s’il a abondamment usé de la répétition pour préciser certaines choses ou pour insister sur certains points. Je ne sais pas si ce processus littéraire a un nom, il consiste à énoncer un fait, un état, et à le répéter avec une précision supplémentaire (elle était grande, elle était vraiment grande, elle était belle, elle était belle comme une princesse). Ce processus permet de mettre en évidence les points essentiels du récit, ceux auxquels l’auteur veut donner de l’importance ou plus de poids. Et cette ambiance de conte de fée m’a ramené vers mon enfance où beaucoup de contes m’ont émerveillé.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    72dpi-site-couvpasliev-6b8aec64e311c27c5c0507b8484a59ad.jpgPAS LIEV

    Philippe ANNOCQUE

    Quidam Editeur

    Le car avait laissé Liev au milieu de nulle part, dans une immense plaine glaiseuse et vide, des labours à perte de vue. « C’était en plein milieu des champs. Il n’y avait pas de relief. Juste quelques bosquets, assez loin. » On croirait lire le récit de la campagne ukrainienne de l’armée italienne écrit par Malaparte. Liev avait été embauché comme précepteur de deux enfants à Kosko mais quand il arrive à la résidence, les enfants ne sont pas là et même s’ils reviennent de vacances - peut-être ? – Liev ne les voit jamais. On comprend alors que les enfants n’existent pas, pas plus que la belle Sonia qu’il doit épouser et pas plus que les autres personnages de cette histoire dont on ne connaît que les apparences. On ne sait jamais d’où viennent et où vont les personnages, ils passent dans l’histoire comme dans l’esprit de Liev sans réelle consistance. On comprend alors que cette histoire n’existe pas, que Liev n’existe pas ou du moins que Liev n’est pas Liev. Liev n’est peut-être que le personnage encadré par des êtres inconnus et questionné par des gens habillés d’étrange façon. Philippe Annocque nous raconte peut-être l’histoire qui a pris corps dans la tête de Liev après qu’il a subi un fort traumatisme psychologique. Une histoire qui n’aurait jamais existé. Et ce personnage à peine esquissé qui hébergerait Liev dans sa tête existe-t-il lui aussi ? Ce livre n’est que doute, supposition, suggestion, peut-être…

    Philippe Annocque a peut-être voulu nous montrer que la réalité n’est pas la même pour tout le monde que chacun invente sa propre réalité et que chacune de ces supposées réalités est aussi crédible que n’importe quelle autre. Il n’y aurait peut-être pas de réalité, de vérité, absolue qu’elle serait très relative et dépendante de l’esprit qui la conçoit ou la reçoit. 

    Pour une fois au moins, Philippe Annocque délaisse un peu les contraintes oulipiennes qu’il s’impose, même s’il propose encore quelques fantaisies, pour s’adonner à la fiction, la fiction dans la fiction, la fiction mis en abyme. Une forme de jonglerie avec le récit et les idées au lieu d’une jonglerie avec les mots. « Un retour vers le roman » dit son éditeur, un retour qui déstabilise le lecteur en le laissant dans un doute profond tournant autour des « peut-être » et de l’incertitude permanente qui habite ce texte. Le lecteur pourrait même douter de l’existence de l’auteur, croire en une création de l’éditeur, douter de l’existence de cet éditeur et ainsi de suite jusqu’à douter de sa propre lecture mais puisque je doute, je suis peut-être …. ?

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    annocque2.jpgLes livres de Philippe ANNOCQUE sur le site de Quidam Éditeur

    HUBLOTS, le blog de Philippe ANNOCQUE