UN COURS PARFAIT

presentation-de-beau-professeur-devant-le-tableau-noir_7130-59.jpg   L'École est un spectacle.

Guy Déborde

 

   Cet enseignant avait une doublure (un assistant issu du privé, déjà très heureux d’avoir déniché cet emploi subalterne dans le monde de l’enseignement qui l’avait toujours fait rêver mais qui lui avait été refusé par ses parents au sortir des études secondaires au motif que c’était un métier de saltimbanque) pour les essais lumière, la balance audio, les cascades un peu risquées sur l’estrade, le branchement des appareils électriques (c'était un vieil enseignant, il avait dansé sur les tubes de Claude François et pleuré sa fin tragique).

   Quand tout était prêt et que le public était chaud, qu’il scandait son nom sur un mode frénétique, il faisait son apparition en habit de lumière et donnait son spectacle, bien rodé à défaut d’être génial. Un peu essoufflé, couvert de craie (c'était un vieil enseignant, il renâclait à l'usage du tableau numérique), mais toujours alerte, il terminait cinq minutes avant le temps réglementaire. Il attendait la fin des applaudissements (dans le couloir, derrière la porte de la classe) pour faire son triomphal retour et goûter l'ovation (c'était un vieil enseignant, un reste de pudeur l'empêchait de faire le saut de l'ange, torse nu).

   Rarement, la veille d’un congé, il redonnait une séquence de cours de la période écoulée. Mais il empiétait alors sur l’heure suivante et les étudiants de cette école inclusive, majoritairement féminine, (un peu fayots, on s’en serait douté, durant la représentation) faisaient la tête car ils allaient manquer le cours suivant, donné par un enseignant récemment engagé, bien gaulé et au physique de prof de gym, ex-gogo dancer dans un bar qui avait dû fermer pour cause de restructuration.

 

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