AUTEURS INVITÉS

  • ONZE POÈMES de SANDRA LILLO

     

    Se lever dans l'obscurité vierge

     

    premier pas au bout de la nuit

     

    allumer les lumières sur la peau du

    silence entrer dans la zone

     

    les gyrophares bleus écartent les rues

     

    Prendre le jour brisé derrière les plis bleu foncé

     

    le chant des oiseaux qui sifflent pour la première fois sur les branches de l'autre côté de la fenêtre

     

    de l'autre côté du monde

     

     

    ***

     

     

    L'ennui t'enfonce au milieu des ronces Il te raconte une autre histoire que la veille

     

    Tu perds

     

    Les rues sont engorgées du bois mort

    des radeaux échoués

     

    Que faire dans la nuit qui vient

     

    dans quel sens te tourner pour ne pas entendre

    que tu te trompes

     

    Les rêves qui couvent sous ton front sont-ils autre chose que des lieux de mémoire

     

     

    ***

     

     

    Il pleut depuis longtemps

     

    le temps manque pour tout

     

    la nuit coule le long des quais

    des gouttières

     

    comme une blessure du jour

     

    Continuer sur la route de toute façon brisée

    jusqu'à se détourner de ce qui ne dure pas

     

    Ne pas perdre l'instant où la lumière se lève

    les étoiles ne tombent pas

     

    Il suffit de peu pour tenir au rang

    de ce qui s'anime faiblit attire

     

      

    ***

     

      

    De temps en temps la lumière éclot dans

    l'obscurité

     

    Les jours se suivent jusque n' être plus que

    l'oiseau en cage

     

    le mot oublié

     

    L'âme penche dans le creux établi des jours

    partis sans qu'on en ait rien saisi

     

    ou est- ce le temps de la jeunesse qui résiste

    avec son lot de caprices

     

     

    ***

     

     

    Exaspérée par le bruit et le silence

     

    tourner autour du taillis des questions sans réponse

     

    En rester là à l'heure qui précède le soir sous la lumière allumée au- dessus du bureau

     

    L'angoisse traîne de ne pas être à la hauteur

    d'un baiser prolongé

    d'un acte de résistance 

     

     

    ***

     

     

    L'ombre de l'automne passe devant

    les doubles fenêtres

     

    la température a baissé à l'aube

     

    le chien est étendu sur le parquet

     

    le chat dort sur le pavé mou des coussins

    sa paupière semi- ouverte sur son œil

    citron vert

     

    Que faites-vous vous qui ne faites pas

    de bruit

     

    La journée semble n'appartenir qu'à ceux

    qui se donnent rendez- vous

     

    après minuit

     

     

    ***

     

    Dans l'antre uniforme de l'ennui

    tu forces le langage

     

    Tu veux quitter les eaux opaques de la mémoire

     

    Tu attends quelque chose d'intense

     

    être debout intact sous les breloques du mimosa

      

     

    ***

     

    La rue

     

    les chambres fermées

     

    les fenêtres ouvertes sur

    d'autres fenêtres

     

    Le ciel se cueille

     

     

    ***

     

    La perte grippe les rouages du mouvement

     

    de l'indéfini à hier tous les retours étaient possibles

     

    ce soir il n'y a que des départs

     

      

    *** 

     

    Je ne sais plus finir mes phrases

     

    mon territoire se résume à l'ouverture de la fenêtre sur les draps renversés d'insomnie

     

    paraplégique de l'autre partie du monde

     

    L'heure juste frappe aux portes par des cyclones après lesquels

     

    on rebattit beau triste et maladroit

     

    ramené sans cesse au milieu de la mer des feuilles mortes

     

    Tout le bruit de l'automne tombe dans le silence des nuits

     

    qui crient la peur de vivre

      

     

    ***

     

     

    Il y a derrière les masques les mesures d'une musique impossible

     

    l'urgence de toucher un visage

    une envie d'absolu

     

    rien qui ne soit inventé qui roule comme l' eau

     

    du ventre au cœur

    échoue dans une chambre vide

    que l' on ose plus regarder

     

     

    sandra_lillo.jpgSandra Lillo est originaire de Nantes. Elle écrit de la poésie et a contribué à plusieurs revues telles Le Capital des mots, Lichen , L'Ardent Pays, Nouveaux délits...

    Son recueil Les bancs des parcs sont vides en mars, illustré par Valérie Ghévart, vient de paraître aux Éditions la Centaurée.

  • DIERF DUMÈNE

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    Dierf Dumène est né à l'Arcahaie le 2 décembre 1995,ville ayant une grande portée historique pour avoir organisé le congrès de 1803 qui allait donner naissance à la création du bicolore haïtien.

    Poète,écrivain,nouvelliste,il est aussi secrétaire général d'une association ayant pour but d'accompagner les enfants démunis d'Haïti.

    Auteur de plusieurs recueils de nouvelles inédits.

     

     +++

     

    L'écho du silence

     

    Tant de souffrances et de malheurs
    Tant de douleurs et de haines
    Et surtout tant de plaisirs
    Que me rappelle la sveltesse de ton corps
    Plaisirs immortellement mortels
    Plaisirs moraux sans scrupule
    Qui s'érigent en maître-point-final
    Dans une boîte Nietzschéenne

    Le soleil en un seul pas
    Va se noyer au fin fond
    De la mer des Caraïbes
    Ainsi la musique continue
    Sa randonnée sous la voix lancinante
    Des oiseaux migrateurs perchés
    Aux branches mortes du bougainvillier
    En ivresse

    Mais ma muse n'est que cette voix lointaine
    Qui ne se lasse de se métamorphoser
    En une mélodie 
    Pour chanter ma Mort
    Me réveiller de mon sommeil 
    Avec les cordes d'une guitare sinistre

    Des voix-jumelles dans l'écho 
    Du silence
    J'écris ma vie à l'encre rouge
    Au regard d'un passé qui me hante
    Alors que je caresse le présent

     

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    Matin cadavérique

     

    Matin cadavérique
    Le soleil se dissimule
    Entre les jambes 
    D'une masse de nuages
    Les arbres ne dansent
    Ni ne bavardent plus
    Le vent s'immobilise
    Regardant le temps
    Qui s'en va tristement
    Le flirt dure des éternités

    Des larmes coulent
    Goutte à goutte
    Et se métamorphosent
    En un vaste torrent 
    Qui inonde
    Dévaste
    Le champ de mes espoirs

    Dans le silence
    Qui habite le nécropole
    Je la vois défiler 
    En compagnie de mille et une âmes
    Exprimant ses regrets
    Sa mélancolie
    Son ras-le-bol

    La nature m'a trahi
    Demain
    Dès l'aube
    Je prends mon envol

     

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    Poème à ma bien-aimée

     

    Mille fois j'ai hélé ton nom
    Depuis ma fenêtre mi-close
    Au faîte du mont Sinaï
    Et cette brise 
    Encore cette brise d'hiver
    Me pinça de ces droits d'acier

    Mille fois j'ai suivi tes pas 
    Dans le désert aride 
    De mes nuits fantasmagoriques
    Ma chambre n'en finit pas de te tendre la main

    Mille fois je t'ai fait l'amour
    Devant l'autre face cachée de la mer
    Et une lune sans pudeur
    Était jalouse de ta peau d'ébène

    Et depuis,j'ai du mal à me débarrasser 
    De mon humble avarice
    Tant ce corps frêle a grand faim
    De tes étreintes charnelles

    Si un jour j'aurais franchi
    La grande porte bien avant toi
    Sache que j'ai la passion 
    Du petit prince mal-pensant
    Au royaume des mages d'orient

     

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    Cataclysme

     

    Ma ville s'écroule sur un tas de pierres brûlées
    Que je porte en moi
    Elle me consume et je l'aime
    D'un coeur d'enfer

    Ô terre pourquoi t'énerves-tu
    Ô terre pourquoi bois-tu le sang
    De ma chair d'un seul trait

    Et puis de la poussière sur le boulevard
    Un tourbillonnement de poussière
    Voile la face du midi
    Dans l'intersection où les baraques 
    S'évertuent à marquer
    Le dernier pas d'une danse funeste

    Comme pour enlever les cicatrices 
    Du jour de l'an sur les visages 
    Masqués des gosses du bitume
    Des mains se rejoignent 
    À l'angle des rues Pavé 
    Tandis que la terre dans sa course affolée
    Va et vient sous ma couche de béton

    Ma vie est faite de l'ombre d'espoir
    Je rêve les yeux grands ouverts
    Des rêves de singeries
    Des rêves de conneries
    Des rêves qui semblent être réels
    Je ne rêve plus sinon je meurs
    Eh bien je me rêve car je ne suis rien
    Qu'un fragment de rien du tout
    Si je vis c'est pour pleurer les autres

     

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    La lueur du jour

     

    Si je dois partir
    Je partirai avant minuit
    Telle une âme meurtrie
    Vagabondant bras dessus
    Dessous
    En quête d'autre contrée
    D'autre source
    Où s'abreuver à satiété

    Si je dois partir
    J'irai demander aux Tout-Puissants
    Pourquoi défèquent-ils 
    Dans les lits de nos enfants
    Endeuillés
    Pourquoi égorgent-ils nos femmes
    Pour se les offrir en holocauste
    Comme s'ils n'en ont pas assez
    De nos malheurs
    De nos cris inlassables

    Si je dois partir
    J'irai aux tréfonds de l'abîme
    M'armer de toutes les armes
    De la cruauté 
    Pour devenir
    Aussi cruel que les Ange-Charbons
    Privés d'émancipation et de gloire

    Enfin,si je dois partir
    J'irai nulle part 
    Seul,je resterai 
    Des heures durant 
    Les yeux rivés 
    Sur les montagnes 
    En attendant point à l'horizon
    Le soleil de l'aube
    Quitte à me perdre dans sa lueur jaunâtre

     

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  • LE BEST HIER de GAËTAN FAUCER

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    Aux douze coups de minou, les chats sont grisés.

     

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    La reine niée fait peur.

     

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    La jument est à cheval sur les principes.

     

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    Même la fine mouche aime les grosses merdes.

     

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    Dans l'œuvre de Colette, il y avait beaucoup de chats pitres.

     

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    Il fait des bêtises, le lion sot.

     

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    A une certaine époque, le cynisme avait du chien.

     

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    Cette vielle panthère joue les cougars !

     

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    Dire que tous les coqs n'aiment pas la poule dance.

     

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    Un certain chat d'Iran retombait toujours sur ses pattes... en plus d'avoir le regard perçant!

     

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    Le ragout n'a pas le goût du rat !

     

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    Le boucher expose ses viandes par hordes.

     

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    Si le faucon est un oiseau, le vrai con, lui, n'en est pas un !

     

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    Marcher sur un tas de merles, même du pied gauche, ne porte pas bonheur...

     

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    Aux îles Canaries, les chats sont rois.

     

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    Le boeuf tourne le dos aux abattoirs.

     

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    Le poisson classé cas bio est labellisé.

     

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    Au restaurant, le poisson de mer a une légère note de salé.

     

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    Dire que le crapaud tombe en quenouille.

     

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    Les éléphants de mer aussi portent des cornes...

     

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    Le fermier et son cheval de trop.

     

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    Forcement, les cerfs en hardes sont féroces !

     

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    Che Guevara était des fois Che lou...

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    Pour s'amuser, le rat va au bal musqué.

     

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    Dans certains cas, le grizzli est un peu ours.

     

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    La maman éléphante couche son éléphant tôt.

     

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    L'histoire d'O n'est pas un conte de poule d'eau.

     

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    C'est très beau quand les cerfs volants prennent de l'élan...

     

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    La palourde est le plus léger des coquillages.

     

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    Souvent les grues se mélangent au panier de crabes.

     

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    Le cafard retombe toujours sur ses blattes.

     

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    Le coq galant paie un ver à sa poule.

     

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    Ce rongeur est un véritable bricoleur, il lapin tout seul !

     

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    Dire que le kiwi ne mange même pas de kiwi !

     

     

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    Le rat sourit.

     

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    Certains lieux sont en voie de disparition.

     

    Gaëtan FAUCER est l'auteur d'un recueil d'aphorismes, LE NOIR ME VA SI BIEN, paru aux Éditions NOVELAS

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    AVT_Gaetan-Faucer_1900.jpeg"La Fille devant soi"

    de Gaëtan Faucer pièce jouée par les élèves du
    Fulmar, les 3 et 4 juin 2016 à 20h30


    Mise en scène: Gwenn Feron
    Avec Anne-Lies Van den Eynde, Elena Penalva, Enora Senofante, Eloïse Senofante, Mariam Arnous, Sarah Roblain, Florent Kehr, Mike Rasowski et Will Bens
    Création lumières et régie Hassan Ghannan 

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  • VINGT "JE ME SOUVIENS" DES BEATLES par DANIEL CHARNEUX

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    1) Je me souviens qu’Éric Allard m’avait demandé quelques « Je me souviens » sur la chanson « sans fraises » mais qu’il a accepté tout de suite l’idée d’un texte sur les Beatles, et que je me suis dit : « Ce ne sera pas sur la chanson sans fraises, mais il sera tout de même question de champs de fraises ».

     

    2) Je me souviens que les « champs de fraises » (Strawberry Fields), c’était le nom d’un orphelinat de Liverpool (où John avait été placé ?), et que la chanson Strawberry Fields forever était couplée à Penny Lane sur le 45 tours.

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    3) Je me souviens que Penny Lane était une avenue de Liverpool et non une femme devenue vieille comme le prétend la stupide rengaine de Marie Laforêt, Il a neigé sur Yesterday, une bluette qui évoque la séparation des « Fab Four ».

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    4) Je me souviens que j’ai appris la séparation dans une prairie de mon village, d’un garçon qui s’appelait Philippe – j’ai d’abord cru qu’il me faisait une blague – et que j’en ai pleuré, peut-être.

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    5) Je me souviens qu’un jour de l’été 1970, je me suis égaré dans les bois au cours d’une promenade solitaire dans les Ardennes, et que mes parents ont pris ma disparition très au sérieux parce que je n’étais pas rentré au camping pour l’heure de la rétrospective que je n’aurais manquée à aucun prix.

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    6) Je me souviens que mes parents m’avaient offert pour mon quatorzième anniversaire le dernier album enregistré, Abbey Road, et que je l’écoutais longuement dans le noir complet, assis dans l’un des fauteuils en skaï blanc du salon, sur l’électrophone stéréo que mes sœurs avaient reçu, un an plus tôt, en cadeau de communion.

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    7) Je me souviens que, sur la couverture d’Abbey road, les pieds nus de Paul furent la source de multiples divagations concernant sa mort et son remplacement par un sosie.

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    8) Je me souviens que j’ai entendu un jour à la radio, dans la salle de bains bricolée à l’emplacement de la pièce que nous appelions le « fournil », que l’album le plus vendu de l’histoire du rock était Sergent Pepper’s lonely hearts club band.

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    9) Je me souviens que j’ai commandé Sergent Pepper’s chez le disquaire de Dour, « Techni Disques », et que j’ai découvert trois ans après tout le monde, avec un plaisir encore enfantin, les accessoires joints à l’album – moustaches et galons du Sergent Poivre, notamment – la photo géante sur les pages centrales, les mille détails de la pochette, les textes imprimés sur la quatrième, et la musique…

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    10) Je me souviens que je préférais With a little help from my friends dans l'interprétation de Joe Cocker à Woodstock plutôt que dans celle des Beatles, mais que je ne voulais pas me l'avouer.


     

    11) Je me souviens que j’essayais de plaquer sur mon piano l’accord final de A day in the life. 


     

    12) Je me souviens que le frère d’une amie de mes sœurs, Frédéric D., m’avait prêté le « double blanc » et que je ne le lui ai jamais rendu, sans jamais oser avouer ce forfait à mes amis de l’époque à qui je prétendais qu’il m’avait été offert par ma grand-mère.

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    13) Je me souviens de l’affiche qui accompagnait le « double blanc », avec d’un côté toutes les paroles (que j’ai rapidement connues pratiquement par cœur) et, de l’autre, une série de photos sur lesquelles je m’usais les yeux.

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    14) Je me souviens qu’au cours d’un voyage de rhéto à l’ULB, quelques copains et moi sommes revenus au car avec pas mal de retard, légèrement imbibés de bière blonde, en braillant Rocky Racoon (« Now somewhere in the black mountain hills of Dakota there lived a young boy named Rocky Racoon… »)

     

     

    15) Je me souviens que j’avais commandé en Allemagne le double 45 tours Magical Mystery Tour, un disque méconnu que j’étais le seul à posséder, et dont mon titre préféré était I am the walrus, pour ses paroles surréalistes comme « Semolina pilchard / Climbing up the Eiffel tower » ou encore le refrain « I am the eggman / They are the eggmen / I am the walrus / Goo goo goo joob ! »

     

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    16) Je me souviens de la toute petite voix de Yoko Ono dans Who has seen the wind, la deuxième face d’Instant Karma, le premier 45 tours solo de John.


     

    17) Je me souviens des « bed-in » de John et Yoko.

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    18) Je me souviens que je me découvrais des ressemblances alternativement avec John, Paul et Georges (j’ai longtemps eu les cheveux séparés par une raie au milieu), mais jamais avec Ringo, que je trouvais commun.

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    19) Je me souviens de l’assassinat de John (mais pas du nom de son meurtrier), et de la mort de George.

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    20) Je me souviens qu’Éric m’avait dit « trois pages A5 maximum », et qu’il ne plaisante pas…

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    Texte initialement paru dans un numéro de 2006 de la revue Remue-Méninges

     

    charneuxpatrimoineportraitpar_stephen_vincke.jpgDaniel Charneux vient de publier aux Editions M.E.O. MORE, un essai- variations sur l'auteur de L'Utopie.

     

    Le site de Daniel CHARNEUX

  • NON, JE NE SUIS PAS PARANO de LORENZO CECCHI

    Arrêter de fumer ?

    Lors d’un voyage en Espagne, un gars, une rencontre fortuite, a dit à Marquès que s’il n’arrivait pas à se passer de cigarettes, c’est qu’il avait peur de tuer ce qu’il aimait.

    Pourquoi, me suis-je demandé, cette simple phrase a-t-elle provoqué l’arrêt immédiat et définitif de la clope chez feu le grand écrivain ?

    Le Gabriel, a-t-il dans un sursaut d’orgueil voulu s’affranchir, recouvrer une liberté trop longtemps bridée par une maîtresse dont il était friand à l’excès ? Peut-être. Toujours est-il que Garcia Marquès a choisi d’être plus fort que le manque et, surtout, plus fort que la plénitude que la cibiche lui procurait.

    Moi j’essaye d’arrêter depuis longtemps. Les échéances que je m’étais fixées, je ne les ai pas respectées. À quarante ans, je stoppe ! Cela a duré trois jours… À cinquante, j’ai tenu deux semaines. Je progresse, me suis-je dit pour m’encourager, et j’ai persévéré en recourant à tous les moyens qui s’offraient à moi. Je me suis appliqué des patches sur la peau, j’ai mâché des chewing-gums à la nicotine, fait une cure de « Champix » (ça marche pas mal, j’ai arrêté huit mois), essayé l’hypnose, l’acupuncture aussi. Rien à faire, j’ai toujours fini par en reprendre une. Ce n’est pas pour une, merde ! Hé oui, une et après on continue…

    Mais pourquoi ne puis-je m’arrêter ? Pourquoi ne puis-je à mon tour me résoudre à tuer ce que j’aime et qui m’assujettit ?

    Tout simplement parce que le manque me manque. Lapalissade ? Que nenni ! Le manque me fait jouir lorsque je m’en débarrasse, quand sa vacuité se voit comblée par les bouffées que goulûment j’aspire. Et puis, à peine l’ai-je satisfait, le voilà qui me revient quelque temps plus tard, sans cesse, désirant, appelant une nouvelle fumette : le cercle vicieux du pécheur… Le pied !

    Je ne fume plus beaucoup. Comme cette notion est floue, je dirai que je fume moins. (Ce n’est pas moins flou… mais je ne veux pas divulguer le nombre de cigarettes.) J’ai appris à repousser le désir de nicotine le plus loin possible sans le tuer, qu’il demeure légèrement plus fort que moi. Ainsi, j’arrête de fumer quatre jours – tout le monde sait que ce sont les cinq premiers jours de sevrage qui sont les plus difficiles – et justement je choisis le cinquième en fin de journée pour griller une cigarette avec une délectation augmentée des efforts qu’il m’en a coûté de différer l’acte de l’extraire de son paquet. Une certaine volupté, la délicieuse griserie de n’être vaincu que par moi-même, par ma seule décision, vient aussi s’y ajouter. Quel bonheur !

    Marquès me déçoit. Je trouve maintenant sa littérature ennuyeuse. Comment faire confiance à un type aussi infidèle qui balaye un amour de plus de trente ans, du matin au soir, comme ça, sans regrets.

    Au bénéfice de sa santé ? Sans doute. Mais que vaut la vie sans l’imprudence, je vous le demande ?

    Ne pas désirer, c’est la mort. Et se maintenir en bonne santé au détriment de ce qui nous a tant apporté me semble lâche et mesquin, petit-bourgeois aussi. Attitude propre à remplir les maisons de retraite de très très vieux, errant par les couloirs affublés d’encombrantes couches-culottes.

    Oh oui, j’affirme avec force qu’il est couard de vouloir se maintenir en forme pour la plupart d’entre nous car cela ne sert à rien, strictement à que dalle sinon à produire du croulant, du vétuste, de l’obsolète ! Quant à l’esthétique…. Avez-vous déjà vu plus moche qu’un très très vieux déambulant par les couloirs d’une maison de repos ?

    Me voilà sexagénaire. Depuis peu certes, mais sexagénaire quand même. Statistiquement, j’ai un pied dans la tombe. Non ? Demandez aux compagnies d’assurance, aux actuaires ! Mon corps, autrefois si bien séparé de mon esprit, qui ne se rappelait à mon bon souvenir que rarement, à l’occasion d’un rhume ou d’une grippe, me harcèle à présent. Mal de dos, dents sensibles au chaud et au froid, digestion difficile, c’est le lot des jours. Me lever matin s’apparente avec les jours à une gageure et le réveil, de plus en plus précoce, survient douloureusement. J’arrive perclus, chiffonné, devant l’impitoyable miroir et constate l’inéluctable déchéance. Je fais diversion en m’approchant très fort (on se voit moins) pour m’examiner le blanc des yeux et me nettoyer les dents sans effort avec ma nouvelle brosse électrique qui, m’assure-t-on, prolongera la vie de mes quenottes au-delà de l’espéré, peut-être jusque dans l’au-delà. (Si c’est le cas, je m’efforcerai de sourire avant qu’on ne scelle la bière, promis !)

    Quand, à présent, on s’appelle entre potes, c’est pour nous enquérir de nos santés respectives. Nous sommes de moins en moins jaloux les uns des autres : la sagesse nous pénètre de force par les articulations et nous avons abandonné nos velléités de mâles dominants.

    Mais, la plupart d’entre nous, les baby-boomers, bossent encore. On doit tirer jusque soixante-cinq ans et, jusque là, feindre d’en avoir cinquante et moins si possible. Le subterfuge n’est pas facile à tenir. Les jeunes guettent. Ambitieux les jeunes... Veulent ma peau les jeunes.

    — Tiens, vous ne fumez plus, me demandent-ils ?

    Ils ne savent rien de ma méthode sevrage-limite puis reprise et leur ton trahit le désappointement car ils sont convaincus que la cigarette tue. Eux ne fument pas ‒ la pub anti-tabac a bien fonctionné auprès des récents cadres bobos frais émoulus des grandes écoles ‒, alors qu’ils sont en pleine forme. Quel gâchis ! Leur santé rayonnante ne leur sert à rien, ou à pas grand chose, tellement elle est disproportionnée par rapport au boulot qu’on leur demande : du gaspillage de ressources humaines. Ils pourraient faire beaucoup plus : mon travail, par exemple, bien mieux payé et plus intéressant. Enfin, c’est ce qu’ils croient...

    Et donc, ils m’épient et sont déçus de ne point me voir téter de cigarette (le sein de maman dirait Freud) et cela me ravit de le faire en cachette, comme quand j’avais quinze ans. Transgresser, quel délice !

    Sans espoir de me voir abandonner mon poste prématurément, les vautours finiront par se bouffer entre eux. Je reste toutefois vigilant... Les jeunes ont beaucoup d’appétit et même repus, ils peuvent faire un extra. Ils ont de bons estomacs tous neufs, les petits cons !

    Tout de même, leur impatience les mine moralement et je ressens sporadiquement un peu de pitié à leur égard. Physiquement, ils pètent la santé. Surtout que la plupart ont une hygiène de vie exemplaire. Ils sont dans le coup, alors ils bouffent bio, ne boivent pas d’alcool, font du sport et… bien entendu, cela va de soi, ils ne fument pas. Tous leurs désirs sont réprimés et ils sont tendus vers le seul but de réussir. C’est-à-dire me chouraver la place que j’ai gagnée en

    espérant, in illo tempore, comme eux, qu’un vieux chnoque se casse la pipe. Mais moi, je fumais, bordel…! Ce qui est tout de même plus fair-play, on en conviendra. Je partageais les risques avec les anciens. On peut leur demander, ils confirmeront. Quoique… Je crois qu’ils sont tous morts.

     

    Nouvelle parue dans la revue n° 86 du bulletin du Cercle Royal d’Art et d’Histoire de Gembloux à l’occasion de la Fureur de Lire.

     

    Lorenzo-Cecchi-c.jpgLORENZO CECCHI est né à Charleroi le 6 juillet 1952 de Dante et Graziella, tous deux venus d’Italie.

    Agrégé de sociologie de l’ULB, marié à une Hollandaise et père de quatre enfants, Lorenzo Cecchi a été enseignant, animateur de maison de jeunes, directeur de centre culturel, promoteur des spectacles au National, administrateur de sociétés, ou encore commissaire d’exposition. Durant dix ans, il a enseigné la philosophie de l’art à l’académie des Beaux-arts.

    Lorenzo Cecchi a encore été chanteur et harmoniciste du groupe « Too late blues band » en compagnie notamment de William Dunker. Il est enfin devenu écrivain. Son premier roman, Nature morte aux papillons au Castor Astral (2012) a été sélectionné pour le Prix Première de la RTBF, le prix Alain-Fournier, ainsi que les prix Saga Café et des lecteurs du magazine « Notre Temps ». Il a publié chez ONLIT Editions Faux Témoignages et Petite fleur de Java. 

    Sa page sur ONLIT Editions

  • PENSÉES COMPOSÉES de Gaëtan FAUCER

    Les fossoyeurs sont des techniciens de profondeur.

     

     

    Mieux vaut un bon demi qu’un demi bon.

     

     

    On ne se souvient pas de son avenir.

     

     

    Au musée de la chaise, il n’y avait plus une place pour s’asseoir.

     

     

    Notre planète terre est aussi notre planète mère…

     

     

    Oser le roser dosé !

     

     

    Elle fait des bêtises…la reine des connes.

     

     

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    Je préfère l’indifférence à la pitié.

     

     

    L’achat n’est pas la femelle du chat.

     

     

    Rose est là ?

     

     

    La pendule n’est pas la femme du pendu.

     

     

    Tous les maux ne s’écrivent pas.

     

     

    Mozart a eu très tôt de bonnes notes.

     

     

    Il y a souvent un truc qui cloche dans les églises…

     

     

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    Le ceinturon est rarement carré.

     

     

    C’est bien de jeter un pavé dans la mare…tant qu’on ne vise pas un canard !

     

     

    La gastronomie, c’est l’étude de l’univers culinaire.

     

     

    Les petites coupures provoquent parfois de grands saignements.

     

     

    Le chien est le meilleur ami de l’homme… et l’homme, qui l’aime ?

     

     

    Soupe et vin.

     

     

    La planète des songes.

     

     

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    «La roue tourne.», disait le bourreau à Cartouche.

     

     

    Après le nettoyage à sec, il y a les banques à sec.

     

     

    Nous les hommes savon pas assez…

     

     

    Les pompes à eau ne sont pas toujours des chaussures aquatiques.

     

     

    Après avoir écrit le Banquet, Platon eut une indigestion.

     

     

    Je préfère le bas tissé…au baptisé.

     

     

    Je crois, je crois, je crois…après on s’étonne qu’il termine sur une croix !

     

     

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    Vierge Marie…au moins, on connaissait son signe astrologique.

     

     

    «La profession de foi.»…Je ne connais pas ce métier.

     

     

    La télé est l’autel de la pensée unique.

     

     

    Je rêve de voir un arc en ciel gris.

     

     

    L’univers est si vaste que même Dieu s’y perd.

     

     

    L’actrice narcissique à son réalisateur : «Film et moi.»

     

    Mozart prenait pas mal de notes.

     

     

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     Gaëtan FAUCER est dramaturge, poète et nouvelliste. C'est surtout le théâtre qui l'inspire sous toutes ses formes. Plusieurs de ses pièces ont été jouées dans divers lieux théâtraux de Bruxelles.

    Sa pièce, Sous le pont, dans une mise en scène d'Amandine Carlier sera jouée à la Péniche Fulmar du jeudi 11 au samedi 13 décembre 2014.

    Sa page sur le site de l'AREAW (copier/copier le lien):

    http://areaw.org/gaetan-faucer/

  • VERS LE BORD DE LA NUIT... et autres textes de Philippe LEUCKX

    Vers le bord de la nuit, quand la ville dort à peine, le long du fleuve, quand les rumeurs dernières flottent dans l'air chaud, quand le cœur n'est qu'un bond au travers des rues et que le calme apaise les voix éteintes, les ramène au vif des sens. La nuit peut commencer avec les ombres grasses et l'effeuillement des choses, vers les confins.

     

    *

     

    Une gare désaffectée, quelque part entre un village perdu et un bois oublié. Peut-être sommes-nous venu là, il y a longtemps, en fin d'été, lorsque la lumière et l'air sentent déjà la chute. Nous avons la mémoire d'un banc contre un mur vide. Un enfant s'oubliait le long d'une voie rouillée. Et au loin, la vie semblait si étrangère. Parfois le cœur renoue avec les franges du temps.

     

    *

     

    On sent venir imperceptiblement la fin de l'été, à la qualité de l'air, à son humide fraîcheur, à cette lumière qui n'est plus celle d'août, à ce rien d'inquiétant quand le soleil est moins chaud contre le mur.
    On se sent fléchir mais vers quoi?
    On sent quelque chose d'autre advenir, sans notre consentement ni notre approche.
    Peut-être, un rien de solitude ou d'effroi, puisque le temps presse sur les joues.

     

    *

     

    Que ferez-vous des rumeurs de l'été et des longs partages de lumière sur le port?
    Que serez-vous sans ces paroles d'êtres frôlés le soir quand l'air unifie et apaise?

     

    *

     

    On ne sait pas toujours où la lumière pose ses chagrins ni composer avec la nuit. 
    On est là appauvri, le corps fondu dans l'ombre.
    On vit, à demi confiné dans l'incertitude des heures.

     

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  • PARTAGE et autres poèmes de Salvatore GUCCIARDO

    Ouverture

     

    J’ouvrirai tes yeux

    Avec délicatesse

    Et douceur

      

    Afin que tu regardes éclore

    Le bourgeon solaire

    Dans le jardin d’éden

      

    J’ouvrirai ta bouche

    Avec ferveur

    Et amour

    Pour qu’une myriade de colombes

    S’envolent vers des lieux agités

      

    J’ouvrirai avec emphase

    Tes bras inertes

    Pour que tu accueilles

    Toutes ces âmes

    Qui cherchent dans la nuit

    Une lueur salvatrice

     

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    Partage

     

    Le soleil

    Buvait l’eau

    De la mer

    Pour inonder

    L’homme

    De sa lumière

     

    Lorsque la ligne d’horizon

    S’élève

    Vers le ciel

    L’être s’illumine

    Et s’envole

    Vers les cimes

     

    Vivre dans l’attrait solaire

    Pour s’enivrer

    De son rayonnement

     

    Tout est dans

    La luminescence

    De la géographie

    Dessinée

    Par l’écume

    Effervescente

     

    S’enivrer

    De l’astre scintillant

    Pour se noyer

    Dans la mer

    Des délices

     

    Filiation azurée

    Le reflet maritime

    Enivre l’âme

    D’une étincelle

    Divine

     

    Frissons d’émotions

    Le miroir lumineux

    Sur ma terre

    Natale

     

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    Parcours

      

    Ornement noir

    Sur fond de neige

    Le doute

    La liberté

    L’élan utopique

    De l’artiste

      

    Exaltation d’idées

    Engagement de l’être

    Le récit d’un homme

    Voué au combat

     

    Vie ébranlée par une passion

    Cendre et fumée

    Cheminement solitaire

    Gestation souterraine

    La voix du gouffre

    Sur la fresque sublime

      

    Roulement de tambour

    Les yeux écarquillés

    Du combattant

    Sombre geôle

    Narrations épiques

     

    L’ombre et le serf

    Aux sources

    Abyssales

    On structure

    Le rêve

    Dans la lumière

    Salvatrice

     

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    Secrets d’âme

      

    La voûte du monde

    Domine

    Les jardins secrets

    De l’âme

      

    L’être flamboyant

    S’expose

    Aux tourbillons

    Dévastateurs

    Du temps

      

    Des abîmes

    Émergent

    De la profondeur

    Des eaux

    Une armée

    De poulpes

      

    Une multitude

    De corbeaux

    Étalent

    Leurs lourdes ailes

    Au-dessus

    Des gorges escarpées

     

    En se dirigeant

    Vers une lueur

    Scintillante

     

    Afin d’honorer

    La luminiscence

    Des noces célestes

     

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    Rêve doré

      

    Oscillation émotive

    Jaillissement lumineux

    La paix dépose

    Sur la mousse de la vie

    Un frémissement doux

      

    Éblouissement instantané

    On illumine la chambre

    De ses sombres pensées

      

    Friselis féerique

    Musicalité corporelle

    L’oriflamme

    Sur la mer des délices

      

    Éclat solaire

    On se laisse emporter

    Par la dérive des eaux

      

    Extase du rêve

    Boulimie paradisiaque

    Le vent du sud

    Caresse les rizières

    De l’âme

      

    On dépose

    Sur les fougères

    De l’inconscient

    Une fine couche

    De poussière dorée

    Pour égayer

    Notre cheminement terrestre

     

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    Les huiles reproduites sont de Salvatore Gucciardo:

    http://www.salvatoregucciardo.be/ 

    Salvatore Gucciardo sur le site de l'AREAW

    http://areaw.org/gucciardo-salvatore/

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  • RIEN DE MOI, de Véronique JANZYK

    images?q=tbn:ANd9GcQjwAjNHjJv5D8mKhZxDWWHSomqRX7xw7Q-bMifBubPlootTSWiAprès, je sais que je ne pense qu’à ça. Et que ça est tellement fort que toutes mes pensées et mes actes simultanément se catalysent sur autre chose. C’est une coexistence parfaite. Une superposition où l’un n’efface pas l’autre. Le premier a permis au second d’advenir. Le problème survient quand le premier perd de sa force. Il entraîne à sa suite, vers l’effacement, tout ce qui découle de lui. Je dois recommencer, un cran plus fort. Ça a commencé par une chaîne de vélo. Et un chien. Il a fallu la conjonction des deux. J’ai beau expliquer au gamin d’y aller mollo avec les vitesses, il n’anticipe pas l’effort à venir. Et pour mouliner, ça oui il se retrouve à mouliner. Il est tombé quelquefois. J’étais seul dans la cour de l’immeuble accroupi aux pieds de la bécane quand il s’est approché. Curieux de ma présence, de mes gestes. Confiant. J’ai tendu la main. Il a cru à une caresse future. J’ai fermé le poing et j’ai frappé. Ça m’est venu ainsi. Je suis resté le bras ballant, à côté de la mécanique tout aussi relâchée. Tout s’est ensuite passé assez vite. J’ai encastré la chaîne dans le dérailleur, actionné les pédales de la main. Marthe a passé la tête par la fenêtre. Elle a lancé l’infinitif du soir, « mangeerrr », son sourire habituel aux lèvres. A la réponse habituelle de mon corps, j’ai ajouté un petit signe qu’elle n’a pas pu voir, happée par l’appartement. A table, j’ai réexpliqué le principe de la chaîne à Paul, patiemment. Nous avons décidé de descendre faire une simulation une fois le repas terminé. « Quoi de neuf au boulot ? » j’ai demandé à Marthe. Elle embraie aussitôt Marthe. Elle évolue dans un réservoir inépuisable d’anecdotes on dirait. On est descendu avec Paul. Sans mal, il a remis le vélo en selle. Mes explications avaient sans doute été plus claires, ou mes gestes plus assurés. La nuit est descendue sur la cour. Là-haut, des fenêtres se sont éclairées dont la nôtre. La cour m’est apparue bien vide. J’ai pensé au chien. Je me suis demandé s’il avait retrouvé sa démarche confiante. Combien de temps il a pu se souvenir de mon geste. L’avait-il déjà oublié alors que moi je le voyais encore se dirigeant vers la sortie. Encore maintenant j’y pensais au chien. Les enfants et Marthe couchés, j’ai traîné devant la télé. Dimanche soir est un moment définitivement particulier. Un sentiment de fin et la promesse d’un recommencement auquel je ne m’habitue pas. Le dimanche, les possibilités déclinent c’est un fait, mais on précipite soi-même la fin en renonçant à la promenade, au livre, au bricolage, à l’amour l’après-midi. On mise sur le week-end prochain. On est pétri de déréliction et de projets. Lundi, je me suis levé en grande forme, comme si j’avais dormi un tour d’horloge. La faim au ventre, j’ai préparé des pancakes. J’ai pris le temps. Il était cinq heures trente quand j’ai quitté l’appartement parfumé, et j’avais l’impression d’avoir déjà vécu. Une vie de farine, de sucre, de lait, d’œufs, de blancs en neige. J’ai laissé un mot « à ce soir », peut-être parce que justement ça n’allait pas de soi de rentrer le soir. Que rien ne va de soi. Qu’un jour on peut décocher un coup de poing à une bête qui va comme ça. Tout est possible. Les possibilités de nos vies nous guettent. Je ne sais si c’est menace ou libération. Cette radio, je pourrais ne pas l’allumer. Mais je mets le son. Comme chaque matin. Sauf que ce matin j’ai l’impression de n’en rien savoir de l’actualité, de n’avoir rien suivi de ce qui se trame sur la surface du globe. Ce matin m’explose ce que je pressens, ce que je combats à coup de journaux, de visites sur le net, de lectures diverses : je ne sais rien. Ni sur l’Irak, ni sur Israël ni sur rien. Rien ni personne. Rien sur moi. A la station essence, j’ai été tenté, ça ne m’était plus arrivé depuis longtemps, d’allumer des voix. J’écoute les voix comme des oracles. J’ai entendu overdose et pénurie. Ça n’augurait rien de bon. Le soir, au moment où je traversais la cour, j’ai aperçu deux hommes sur la plateforme de l’immeuble. Drôle de moment pour faire une inspection. Une urgence peut-être. Rien de suspect dans leur attitude. Ils parlaient haut. L’un d’eux a ramassé une balle de tennis. Que faisait-elle là ? Qui avait pu la lancer si haut ? L’homme a lancé la balle vers moi. Je ne l’ai pas saisie. De si haut, j’aurais pu me blesser. J’ai tourné les talons. J’ai quitté la cour. Elle était là devant moi. Ses petits talons faisaient un bruit particulier sur les pavés. Elle a essayé d’accélérer. Pas facile ainsi chaussée. Sa cheville a flanché. Je l’ai rattrapée sans mal.

     

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    2da04596-96ee-11e3-b064-b3bba553e1d5_original.jpg.h380.jpgVéronique JANZYK est chargée de communication pour la Province de Hainaut. Elle est aussi journaliste indépendante. Elle a publié plusieurs livres à ce jour : Auto (éditions La Chambre d’Échos, France), La Maison (au Fram, Belgique) ainsi qu’un recueil de textes, Cardiofight, intégré dans Trois poètes belges, avec Antoine Wauters et Serge Delaive aux éditions du Murmure, en France. Elle est aussi l'auteur de Les fées penchées et de On est encore aujourd'hui, paru en numérique chez ONLIT Éditions (2013).

    LIENS UTILES (copier/coller les liens)

    Véronique Janzyk sur ONLIT Editions :

    http://www.onlit.net/collections/veronique-janzyk

    Le lit, un texte de Véronique Janzyk

    http://www.onlit.net/blogs/revue/13989257-veronique-janzyk-le-lit

    Véronique Janzyk interviewée par Jacques Dedecker dans l'émission Mille-Feuilles:

    http://video.lesoir.be/video/x13p2or

    Les fées penchéesla lecture de Denis Billamboz sur Benzine.mag

    http://www.benzinemag.net/2014/02/27/les-fees-penchees-veronique-janzyk/

  • Un poète

    AVT_Thierry-Ries_286.pjpegpar Thierry RIES

     

    Quelques jours de congé de fin d’année à Ciney,  dans l’appartement que nous prête une amie.  Eveillé spontanément à quatre heures du matin, l’heure que je préfère, propice à soi. Je parcours sa bibliothèque,  tombe sur le dernier livre d’un poète qui a compté pour moi. Une surprise, presque un choc, un souvenir en demi-teinte. Je repense à lui, perplexe…

    Après s’être hissé sur la nationale des élus, ce poète a fini par oublier, bousculer au fossé les efflorescences en pousse. Omises, ses ruelles d’enfance aux pavés disjoints, ses ivresses anciennes d’humilité, interrogeant la voûte étoilée. A présent, c’est lui l’étoile. Le talent et la reconnaissance, comme de longues cloisons miroitées, ont comprimé bien des acquiescements, des rencontres, des regards à consentir. A trop se frotter aux seuils tranchants, l’ombilic a implosé.

    Me voici dans ce présent d’il y a sept années…

    Si l’on insiste pour lui parler, il renvoie à sa secrétaire d’épouse. Il se retire de tous  pour mieux nous revenir, même de son épouse. La chair s’oublie, qui n’est pas sienne. Que voulez-vous, la gloire donne des tournis, on ne peut plus laisser le temps au temps, ni surtout la place à tous ces écrivaillons quémandeurs, qui plus est venant d’une piètre maison. L’essence de la célébrité mènerait-elle fatalement à cela ?

    Le poète n’ose pas s’avouer qu’il craint comme la peste de se pencher  sur des pages qu’il considère d’emblée comme mièvres, sans les avoir lues. A se tremper dans la fange, on risquerait gros. La petite flamme de grâce qui l’anime pour le moment, et reconnue de tous pourrait vaciller, s’étouffer dans la masse des sous-fifres qui se pressent dans les salons.

    Mon poète se demande ce qu’ils font ici, ces plumitifs frileux. Il s’hydrate au divin élixir de l’épure. Il fond sur l’essentiel, comme un maître aime à marquer ses élèves au fer rouge et au point d’exclamation.   Ses livrées sont si longues, ses pantalons si courts, il ne peut se mouiller. Peut-être a-t-il grandi trop vite, peut-être aussi a-t-il gravi trop vite, là-haut ?     Si haut qu’il s’agit de ne pas tomber en manque d’airs. Pas de partage, le ciel est trop étroit, et l’inspiration si capricieuse.

     Je parcours son dernier opus, loin de chez moi, l’esprit en vagabondage. Ce qu’il écrit bien, mon poète! Son souffle me semble pourtant un peu retombé, ou est-ce moi qui ai évolué vers d’autres écritures ? 

    Mais voilà que l’expérience passée resurgit. Je me rappelle tout-à-coup cette amie bibliothécaire, passionnée, qui me disait qu’il vaut mieux parfois ne connaître que l’œuvre, plutôt que celui ou celle qui l’a écrite ; et de me citer des noms, des anecdotes, lors de présentation d’auteurs. Lui daignerait éventuellement descendre à la province, d’où il était originaire, que si on avait pu lui garantir quarante personnes.

    Mon poète n’a pas répondu aux lettres ni aux invitations de la bibliothèque provinciale, trop éloignée de son centre, trop éloignée des fastes parisiennes. Je n’ai pu l’approcher que trois fois, lors de soirées de rencontres à la capitale. A la première, seul, souriant, naïf, je suis allé vers lui. Il me toisa d’un regard silencieux, visiblement étonné que j’ose lui adresser la parole d’emblée. Il grommela un plus tard à ma demande d’une minute d’entrevue immédiate, et s’en alla tout sourire vers un des responsables de la soirée. La seconde fois, toujours lors d’un salon des poètes, un ami écrivain réputé me présenta à lui, il me dit, mais je vous connais, non ? J’abondai dans son sens négatif, et le laissait parler avec C.

    Je suis enfant de Cadou, sans doute me suis-je trop abreuvé de la grande fraternité poétique. Désillusion d’une utopie, la parole de Cadou est trahie !

     

    Sept ans déjà. On reconnaissait son pas, il s’étonnait parfois lui-même en secret de son assurance...

     Comme il fait école, il ne peut se permettre le risque de la nuance. Sa parole est l’exclusivité de l’année, noire ou blanche sur son Steinway & Sons, il doit encenser ou condamner de son chant wagnérien. S’abreuvant à l’esthétique de la censure, du resserrement, du tout-à-ses-goûts. À la rigueur, rapidement attentif sur des noms propres sur eux, mais alors ceux en accord inconditionnel avec chacun de ses gestes, de ses étals. S’enivrant encore du chant des fées penchées sur son sort.

    Je le regarde et je pense que serais-je moi, à sa place ? Aurais-je moi aussi surfé sur la vague, avec Narcisse ressorti de l’eau pour batelier, et me retournant, pour pisser dans l’eau ? Et je ris à l’intérieur, repensant au bon mot de Chavée, il est contre-indiqué d’uriner contre le vent. La vogue est comme la vague, elle retombe toujours trop vite. L’âge venant, on finit par pisser moins loin. Et s’y l’on s’y risque encore, ce n’est qu’une fois seul au bercail, que l’on se rend compte que le vernis de ses chaussures, cirées par les autres, s’est teinté de jaune.

    Mon poète du moment a tant donné ses grâces à la blancheur de la page qu’il en oublie celle si pure de sa femme endormie. Il est si entouré de lauriers qu’il ne perçoit plus l’éclatante jeunesse des pâquerettes, la saveur  prometteuse de  la rosée qui s’écrit. Ignore-t-il que le flambeau vieillit, qu’il devra passer la main ?

     

    Ses sentences sont aussi carrées que son écran d’ordinateur. Il s’écrie sur les réseaux la poésie se dilue, il y a trop de poètes, distinguons poésie et  potée. Le peuple a ses maisons, qu’il y reste ! Il en oublie qu’il doit beaucoup, même indirectement, à Destrée, le fondateur de l’académie, d’où mon poète tira sa gloire. C’est vrai qu’une quantité immensurable de livres sort, Monsieur, mais peut-on empêcher le peuple, comme vous l’appelez, de se dire, voire de se publier ?

    La dernière fois que je l’ai rencontré, c’était il y a trois années, à un salon organisé sur la proposition de mon éditeur, au pays du très admiré Verhaeren. Une amie romancière l’avait invité. Ce jour-là, j’eus droit à son bonjour, simple et distant. Je me demandais s’il s’était assoupli au fil des ans. Je fus rapidement fixé.

    Un jeune chanteur que je connaissais m’avait proposé d’agrémenter  le salon de quelques chansons françaises. Je le vis faire la grimace. A la fin, il s’exclama mais enfin, n’y a-t-il personne pour apprendre ce jeune garçon à chanter juste ? Son père, qui suivait la carrière débutante de son chanteur de fils, était juste derrière. J’eus peur du pire, il ne se produisit pas vraiment, le père visiblement outré se contenta de le regarder, se mit devant lui, et applaudit de plus belle. 

    Fort occupé par le salon, je ne pus que l’observer de manière sporadique, lorsqu’il se déplaçait. Son sourire était pronom du grade, œilleton, cible, élite. Pour la masse, un bon tir groupé, qu’il fusille du regard….

    Je me surprends à discourir seul avec moi-même, ici dans la calme douceur voluptueuse de Ciney. Avec le recul, je me dis qu’en effet, il a dû compter pour moi. Mais à aucun moment, ne regrette ses écrits,  substrat cardiaque d’une période en jachère La petite ville dort profondément.  Sans doute suis-je le seul, ici à divaguer, juger ? Sais-je seulement les fêlures de mon poète ?  Voire les miennes ?

     Comme lui, j’ai trompé le premier accord toltèque. Mais tous les poètes ont-ils toujours une parole impeccable ?

    Un poète a égratigné mon seuil de tolérance, il m’oblige à me revoir à la baisse, une chance. Ma mémoire n’éclaire que mes nuits, mon bureau est exigu, il me faudrait réviser l’ouverture de mes fenêtres.    

    Tout passe. Je vais quitter cette danse insomniaque. Pour la toute première fois, j’assiste au lever du dernier jour de l’an de grâce 2013, comme une grande aventure distanciée, qui arrive en bout de page, en bout de rêve. 

    Ici, au cœur du Condroz, de larges franges de clartés auréolées se risquent timidement sous le scapulaire monastique des ténèbres. Elles vaincront bientôt, d’une victoire en pleine lumière.  Le divin du quotidien.

    Je quitte le séjour pour la chambre. C’est fou cette ville, devant, l’alignement des maisons et des voitures, dans la rue qui monte vers la place, et derrière, la campagne condruzienne, avec son coteau, sa grange de grès gris-bleu, ses épicéas, et des rails qui disparaissent dans le corsage échancré, vers la porte des Ardennes.

    Plus près, des peupliers agités par une légère bise me font signe de leur balancier hypnotisant, dans l’essai nouveau d’une pensée décompensée, allégée.

    Entre fenêtre et lit, retourné, à deux pas du ravissement, je contemple la beauté pure de ma compagne endormie. Je ne pourrais être mieux, nulle part ailleurs.

     

    Le jour se lève, je me couche enfin.

     

  • FOLLE IDOLE (à propos de l'expo Warhol à Mons), par Thierry RIES

    Elle s'est abattue sur la cité.  S'exhibe, placarde ses stars et starlettes , cingle ses rouges, pétarade son cocktail relevé de mauves et d' oranges. 

    Fleurs et fruits sur les faces automnales de la petite cité en chantier. Terre promise d'une langueur à suçoter.

    Voici la déferlante que l'on attendait. Passionnément. A la folie. Qui oserait dire  pas du tout, se dresser contre l'aliénation collective?

     

    Folle idole. War-Oil.


    Nous observons les files qui battent le tarmac, un peu navré d'être noir. Comme nous il rêverait volontiers d'un lifting fluo. Après tout, pourquoi ne serait-il pas fou, lui aussi? Tout repeindre, racler l'ancien continent, le goudron qui colle à nos plumes.

    L'on s'amasse. Ça ruisselle, ça inonde. La pente glisse de jeunisme. Un dieu s'impose, nouveau comme une évidence.

     Renouant avec leurs fiévreux avants, les provinciaux  replongent nostalgiques dans une époque aux promesses criardes. Jeunesse déchirée comme deux Vietnam défoliés, dans une course au pétrole raréfié, ne soufflant ici que par les dimanches sans voitures.

    Serait-ce l'oubli momentané de l'Europe nouvelle? Une promesse en chasse une autre. 

    On se hisse dans la cour du temple. Le spectacle est à la mesure de ma curiosité. Derrière, la foule nous pousse. Fébrile. Quelle jouvence!

    Nous sommes dans le tout cytise, sautant aux nues sur des grappes ayant contracté la jaunisse, et autres psoriasis trop colorisés.

     

     Folle idole. War-Oil.

     

    Elle peut encore provoquer, elle redescend les combles des septante glorieuses, pour une rééducation de l'oeil en passe d'être terni.

    Du neuf, si neuf que l'art post-nouveau ne pourra plus que persuader. Récupérer.  Techniciser.

    Que ne ferait-on pour devenir?

     

    Au temple blanc, nous n'osons dire mot, à peine penser autrement, étonnés de la psychose collective. Rires en catimini. Il est de bon ton d'adorer l'étoile ressuscitée.

    Quelque part sur le vieux continent, une génération a rejoint ses flowers powers, nouvelles fleurs de Back aux rires de mondanités d'un temps à rebours.

    l’élixir est si bigarré, qu'il parviendrait presque à masquer à l'équipe jouant à quinze, ses vareuses provinciales, égarées dans la mêlée des grandes gloires.


    L’artiste avait finalement vu juste, l'on n'a pu arrêter les fac similés,  la pandémie d'une armée de macro-processeurs répliqués en masses irrattrapables  par le grand télécopieur du nouveau millénaire. L'idole avait perçu les vents favorables, elle s'en est repue à  grands coups de tirages. La mort elle-même ne pourrait étrangler tout ce bleu pétant, renvoyant aux cieux d'augustes augures, chavirant dans l'ivresse du nombril la panacée organisée.

     

    Folle idole. War oil.

     

    Du veau d'or au vaudou,  tous vautrés. 

    Nos boussoles affolées, extases argentiques, nostalgiques de lointains deltas. 

    Et voici que nous gravissons à nouveau la montagne blanche,  BAMacool, vers  les évangiles de la septième décennie. Et l'oubli de nos arthrites laissées aux porte-manteaux contre quelques ivresses de plus.


    On est prêt à toute débauche des sens, unifiés.
    Pourvu que l'on puisse glisser dans le bain des foules, sur le pont reliant aujourd'hui à hier, dans un délire insouciant de facilités.

    No sorry, So easy.


    L'idole s'expose à bien des bouches bées.

    Des dieux sont tombés sur la tête. Ils ont atterri, mortels immortels, cognitifs, systémiques, pavloviens.
    Dans un Contre la montre hyper tendance. Contre quatre décennies du Verseau. Contre un continent outre, un contingent ivre d'airs conditionnés.

     

     Folle idole.  War-Oil.


    Dans une autre salle, les vidéos s'auto congratulent; nous assistons amusés au ballet composé. Teintes atrophiées, narcisses voguant sur leurs côtes flottantes.

    Un art prédigéré  aux chairs préemballées. "Subliminés ", conditionnés, entre tics et tocs, se serrant en file indienne comme les immigrants du temps d'Ellis island, les visiteurs me semblent des filets d'américain préparé. Et je ris seul, participant à la divaguation globale.

    Je sors  en sueurs, retombé contre mon enfance,  je revois les écrans de feu ma folle fool, mon illusionniste Amérique.

    L'on ne peut que quitter, les yeux débordent. La foule retrouve les pierres grises de la ville, autrefois griseries, maintenant grises mines.

     

    War-oil. Folle idole

     

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    http://www.bam.mons.be/events/andy-warhol-life-death-and-beauty 

    Thierry RIES sur Arts & Lettres

    http://artsrtlettres.ning.com/profile/ThierryRies

  • Avant la neige + Le Noël de Mamie, par Denis Billamboz

    Avant la neige

     

    Le grand magicien amant de dame nature étend les branches de ses arbres, suspend le souffle de sa respiration ; le ciel se fait câlin, vêtu  d’un gris chic comme un costume dont on se pare pour courtiser sa belle ; l’atmosphère s’est épaissie d’une brise de ouate qui caresse la plaine, le temps suspend  son cours, l’instant est magique même les flocons n’osent pas encore tomber pour ne pas rompre ce moment  féerique.

    Les enfants taisent leur impatience

    Ils ont bien compris

    Qu’elle viendra toute en douceur

     

    la neige de Noël !


     

     

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    Le Noël de Mamie

     

    Des yeux qui brillent

    Des sourires qui pétillent

    Des rires qui s’égosillent

    Des doigts fébriles

     

    Du papier qu’on déchire

    Des jouets qu’on admire

    Des livres qu’on va lire

    Des gourmandises à vomir

     

    Un sapin qui poudroie

    Des boules qui miroitent

    Des guirlandes qui chatoient

    Des bûches qui flamboient

     

    La fête est belle

    Mamie est au ciel

    C’est son Noël à elle

     

    Sa magie de Noël

     

    D.B.

  • NOVEMBRE, un texte de Thierry RIES

     

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    Il avait bien fallu pénétrer bien des routes sinueuses, des villages d'entre-deux pays goinfrés de brouillard.
    Parmi ses brumes décousues, folâtrant sur une nuée de dentelles, un amas de visages très anciens, miraculés, juste un peu plus denses que ces nappes errantes. Çà et là, au seul étage de quelques logis disséminés, une lumière de terroir attestait de vies recluses, que je ressentais vibrantes d'un silence, un seul mais si grand, si habité.

    Novembre se distillait, humidifiait toute pensée conductrice, électrifiait notre voiture, rouillait ses rebords d'ultimes rousseurs, indécent et splendide.
    Ses mares évitées, ses saules têtards, ses fermes au bout des terres, ses rares abbayes noyées, lâchaient comme un appel mystique à notre passage, émiettaient entre fumerolles et scintillement d'un givre impatient de nuit, l'une ou l'autre présence de nos pairs en allés. On y parlait de la mort en de vagues termes, parfois rassurants.

    Puis, il avait bien fallu aussi que la soie graveleuse de l'autoroute vint à nous. Hélas, peut-être.

    Elle, sa silhouette d'elfe contre le sombre des feuillus, presque mis à nu déjà.
    Sans un mot, nous avions roulé, pris d'une magie qui ne se disait pas.

    Savait-elle que je lui écrivais ces vers entre chaque bande discontinue, sur ce bitume dérivant, sur les mutismes de son profil, à la lueur des phares violant le haut du soir, dénonçant les esprits, dansant avec tous les morts de ce jour finissant?

    La vitesse du véhicule nous soufflait un air lointainement connu, rognait la course du temps; c'était si bon !

    Songeait-elle au long hiver que nous voulions traverser main dans la main?

    Et que faisait ce camion sorti de brumes?


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    Thierry RIES sur Arts & Lettres:

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