POÈMES AU PIED LEVÉ / E. ALLARD

  • POÈMES À PORTER SUR LES LÈVRES

    1.

     

    le poids du songe

    dans la nuit

    et l'envol d'une étoile

     

    dans l’espace

     

    la transparence du reflet

    dans le miroir

    et l'envers d'un rêve

     

    dans l’espoir

     

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    2.

     

    à la porte du visible

    j'apporte un son

     

    au seuil du bruit

    un regard

     

    à la fleur du toucher

    un brin d'eau

     

    à la couture des lèvres

    une piqûre

     

    au sortir des ténèbres

    une lumière

     

    tu ne me donnes

    même pas ton ombre

     

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    3.

     

    détaché du texte

    le poème

     

    en amont du livre

    le vers

     

    sur l'écritoire

    ta main

     

    derrière la paupière

    le soleil

     

    découvrent

    la robe du mot

     

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    4.

     

    sans faillir le miel

    s'allie

    au lait

     

    le temps de donner

    à l'abeille

    l'adresse de la ruche

     

    ta peau blanche

    s'écoule

    sur mes lèvres

     

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    5.

     

    derrière

    les robes

    les falbalas

     

    la chambre

    de ta nudité

    retient les regards

     

    seul l'oeil

    du couturier

    avale ta peau

     

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    6.

     

    entre vide

    et espace

     

    entre poème

    et roman

     

    entre corps

    et absence

     

    entre jour

    et nuit

     

    entre silence

    et regard

     

    pense aussi

    à vivre

     

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    7.

     

    dans ta lampe

    je bois

    la lumière

     

    je recueille

    l'espace

    d'un visage éclairé

     

    sur les lèvres

    du poème

    je passe

     

    une langue

    neuve

    et nue

     

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    8.

     

    luit

    la pierre

    taillée

    du lait

     

    lampes

    aux pis

    des vaches

    obscures

     

    broutant  

    l'herbe

    tendre

    du songe

     

    si je bois

    le blanc

    du ciel

    avant l’aube

     

    je me fais

    voie lactée

    ou crème

    de nuit

     

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    9.

     

    mot

    tombant

    dans

    le blanc

    du texte

     

    moi

    sombrant

    dans

    l’instant

    présent

     

    nuit

    mourant

    sur le sable

    du jour

     

    tandis

    que

    la mer

    veille

     

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    10.

     

    mesure ton être

    au mètre de l'espace

     

    laisse du je

    entre tes silences

     

    de la lumière

    entre tes branches

     

    pour te laisser

    le temps de naître

     

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  • MAMAN SONGE

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    Maman ment

    Mentalement maman me ment

    Si maman me ment je mens à maman

    Maman songe au mensonge comme je songe à maman

    Si maman ment ment-elle aussi sur ma naissance

    Si maman ment suis-je même né suis-je même là

    Naître c’est mentir et maman sait que je mens

    En mentant je nais différemment de la façon dont je suis né de maman

    Si maman ment mon songe dit vrai sur ce que maman sait

    Maman se tait tant que je songe au mensonge de maman

    Mais après maman mentira-t-elle encore au sujet de mon corps né

    Maman sait que je songe au mensonge quand elle le fait

    Maman quand elle le fait pense-t-elle à refaire ma naissance de même

    Ma maman ment-elle quand elle se dit ma maman

    Maman quand elle se tait ment-elle sur son silence

    Maman quand elle se sait s’essaie-t-elle au mensonge

    L’essai de maman pour me faire réussit de temps à autre

    L’essai de maman pour me faire réussir échoue sur la cendre

    Quand je suis celui qui sait qu’il est né maman réussit l’essai

    Quand je sais celui que je suis maman réussit aussi l’essai

    Quand maman sait je suis rassuré sur le fait que je suis né

    Quand maman ment je doute à nouveau de mes sens

    Maman dans la mer se sale pour que l’eau la laisse sur le sable

    Je souffle le silence et la soif qui sauvent de la sécheresse des sons sans sens

    Je souffle l’essence et le saumon qui sauvent de la mousse des savons  

    Je soulage le sexe des sciences qui souffrent de l’absence de raison

    Je change le sexe des souris aux semelles de sauge et de soufre

    Je change le chanvre des champs du songe dans la chambre chauve

    Je chante dans le safran des saisons des chansons sur le soleil sauf

    Je mens à maman quand elle me demande si je vis si je vais si je sais si je sens si je saigne

    Je mens mentalement à maman depuis que je suis né sans savoir si je suis sourd ou sans sirène

    Maman sent dans son ventre qui je suis avant que je naisse

    Maman me sait dans son centre comme à la circonférence de ses sens

    Maman signe son cercle avec son sang comme je désigne son sein dans un souffle comme je sarcle son sexe avec mon stipe

    Maman saigne et je signe son crime de mon inexistence

    Maman saigne et je me signe ainsi soit-il de son existence

    Maman sent quand je saigne quand je songe au singe que je suis au singe qu’elle est dans l’espèce de stigmate qui nous place dans l’espace des signes

    Maman sent si je nais si je vais si je vis si je sais si je mens si je chie si je pense si je suis si je fuis le fait que maman m’a fait tel que je suis mentant à maman comme à moi-même sur le fruit de mes mensonges sur le fruit de ses entrailles qui poursuit son cycle selon le songe menti de sa maman

     

  • TROIS POÈMES pour une fleur

    À quel degré de concentration supplémentaire ne faut-il pas s'astreindre, avec quelle intensité accrue ne faut-il pas fixer son attention, pour que le cerveau capture l'image visuelle de quelqu'un? 

    Vladimir NABOKOV, Le Guetteur

     

     

    Pas assez

     

    Je ne t’ai pas regardée

    Assez

    Afin de savoir

    Te reconnaître

     

    Il eût fallu plonger

    Les yeux

    Dans le tourbillon

    De tes traits

     

    En tirer l’essence

    D’un portrait

    Pour à jamais

    Te revoir en rêve

     

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    Une fleur

     

    À l’ombre d’un saule

    Dans un pot en grès

    Une fleur de camomille

     

    S’offre aux appétits

    D’une abeille

    Et d’un papillon

     

    Avant d'être servie en infusion

    Dans l’eau bouillante

    D'un regard

     

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    Sans ton parapluie

     

    Le vent

    Tempêtant

    À tes tempes

     

    Et la pluie

    Dans tes yeux

    Comme des larmes

     

    C’est l’idéal moment

    Pour dire

    Que je te quitte

     

    Mais

    Sans ton parapluie

    Je rentrerai trempé

     

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    E.A.

  • QUAND J'ÉTAIS POÈTE

    C'est si peu de la littérature que c'est de la littérature.

    - Comprends pas. 

    Daniel Fano (Comme un secret ninja, Le Castor Astral)

     

     

    Préventivement

      

    Lors de tes baisers

    Je recueille ta salive

     

    Lors de tes pleurs

    Tes larmes

     

    Lors de tes rhumes

    Ta morve

     

    Au cas où je tomberais

    Fou amoureux de toi

     

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    L’attentat

     

    J’ai le bras long

    Et des vues

    Sur ton entrejambe

     

    L’envie aussi

    De te tirer les poils

    De nez

     

    Mais avant c’est l’heure

    De mon attentat poétique

     

    Je dépose un poème en boule

    Sur le banc public

    Où tu poseras les fesses

     

    Tu le déroules

    Comme un jour de fête

    À l'instant rêvé

     

    Pour lire ce vers

    Qui te fera éternuer

     

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    Les joueurs de blues

     

    Les joueurs de blues

    Font d’assez bons

    Chasseurs de papillons

    Pour autant qu’ils possèdent

    Un grand filet à bourdons.

     

    L’effet Doppler, à moi qui m’éloigne de ton centre

    Me fait entendre

    Tes cris d’amour à la périphérie de notre histoire

    Sur des fréquences bien distinctes.

    Ton orgasme se perd sur les longues ondes...

     

    Dans ton autobiographie

    Nulle part tu ne fais mention de mon nom

    Par contre tu évoques abondamment Macron

    Qui lorsque nous étions ensemble (il y a longtemps)

    N’était encore rien pour nous.

     

    Les mots de Sartre n’engagent plus comme jadis.

    Bonjour Tristesse fait moins jaser.

    Bien que Juliette joue les prolongations

    Paris n’a plus la cotte de maille.

    Les hauts et bas des filles font, eux, toujours rêver.

     

    Carla ne renonce toujours pas à Nicolas.

    Si j’étais président, je marierais une homosexuelle

    Pour qu’on ne dise pas que j’ai fait un mariage d’intérêt.

    Une lesbienne amoureuse d’une beauté africaine

    Qui chanterait le blues mieux qu’Ella.

     

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    Sur la tombe de Marilyn

     

    Pendant que tu bats les blancs d’œufs

    Je durcis ma coquille, je raffermis mon jaune.

    Penser à ta peau pâle sous les coups du soleil

    Me fait passer un bon dimanche.

     

    Je rassemble dans un album

    Toutes les photos de toi nue dans la cuisine.

    Je te vois en Chinoise bouffeuse de riz cantonais

    Face à une affiche de Mao bandant comme un taureau.

     

    Quand le rasoir autour de ton sexe dessine des arabesques

    Je crains autant que je désire une pointe de ton sang frais.

    Rendez-nous la femme prise sous les roues de la Maserati 

    Telle qu’elle était lovée sur le levier de changement de vitesse!

     

    En prenant l’aviron sur le Lac Tahoé

    Je plains les jonques à l’arrêt dans le port de Hong Kong.

    Le grand singe pioche des bouts de cervelle

    Dans le crâne d’une vache en s’étonnant de l’absence d’arêtes.

     

    Sur la tombe de Marilyn je suis venu avec un pistolet

    J’ai aligné les chiffres 0106192605081962 et j’ai tiré !

    Avant que s’affiche le résultat j’étais déjà loin

    Certain une fois de plus d’avoir perdu ma mise.

     

    Pendant que les tirs atteignaient la tête sans surprise

    L’écume des jours s’écoulait lentement sur le capot.

    Le service de sécurité fit mine de pas voir tes seins

    Qui pourtant s’étalaient sur le mobile lieu du crime.

     

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    Quand j’étais poète

     

    Quand j’étais poète, je te ligotais avec des fleurs d’orchidée

    Et tu aimais mes césures à l’hémistiche, mes envolées bondagières

    Sans griffer, tu caressais la main qui enserrait tes formes

    Mettait en valeur fentes et renflements.

     

    Tu n’étais pas avare de cris ni de pleurs.

    Prise dans les liens tu faisais plus chienne qu’une meute de hyènes.

    Les spectateurs conviés à la performance te découvraient par morceaux

    Puis tu n’as plus aimé l’accrochage de tes beautés en puzzle

     

    Au plus haut degré de mon désir de fragmentation.

    Je t’ennuyais quand je te pinçais même pour rire

    Quand je te tirais l’oreille, quand j’enlevais la ceinture de ton kimono

    Quand je te traitais de tous les noms qui te donnaient auparavant du plaisir.

     

    Tu disais des monstruosités sur mon compte, tu dénigrais mon travail.

    Un jour tu as brûlé toutes mes cordes, tu as défait les noeuds, tu as pris le large.

    J’ai appris depuis que tu ne te vêts plus que de robes de cuir, de combinaisons de latex

    Qu’on ne voit plus ta nudité que sur les clichés que j’ai pris

     

    Et qui circulent encore sous le manteau de l’hypocrite pudeur.

    Que tu tiens donjon et que des êtres viennent chez toi pour souffrir.

    Souffrir par toi, j’ai réfléchi à la question, physiquement je ne pourrais pas

    La torture de ton départ m’a fait connaître le summum du pire.

     

    Nous nous sommes revus comme si de rien n’était autour d’un thé au jasmin.

    Maintenant que nous voilà amis, régulièrement tu m’adresses tes soumises

    Celles qui te ressemblent, celles qui ont le rose de tes tétons et tes lèvres

    Qui font par leurs plaintes, leur façon de se tordre, le plus penser à toi.

     

    Mais je n’ai plus dans les doigts la dextérité passée,

    Dans mes yeux la force de ton regard, dans les bras la force

    De composer des odes aussi puissantes, des compositions aussi bien ficelées

    Que lorsque sur ton génie je construisais mon art éphémère et terrible.

     

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  • POÈMES DU SANG QUI BAT

    Le sang engendre des fantômes

    Carlos Edmundo de Ory (Aérolithes 

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    LE SANG QUI BAT

     

    Le sang qui bat

    bout

    dans mes déveines

     

    Le sang qui bat

    blesse

    les cœurs cadenassés

     

    Le sang qui bat

    taille

    des roses de chair

     

    Le sang qui bat

    lance

    des lames de lumière

     

    Le sang qui bat

    rit

    comme l’éléphant pleure 

     

    Le sang qui bat

    guette

    la néfaste bactérie

     

    Le sang qui bat

    rate

    les sentiments rances

     

    Le sanq qui bat

    gare

    à la voie fermée !

     

    Le sang qui bat

    you

    and me for ever?

     

    Le sang qui bat

    tonne

    comme l’orage éclair

     

    Le sang qui bat

    fouille

    les fonds de langue

     

    Le sang qui bat

    bouche

    les artères fémorales 

     

    Le sang qui bat

    lustre

    le cuir des coeurs

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    LA COUPURE

     

    Avec la bouteille brisée

    du songe

    j’ai coupé

    la racine

    de ton regard

     

    À partir de là

    tu m’as vu trouble

    légèrement rosé

    comme si j’avais bu

    à ta source

     

    Il me restait

    à taillader ta chair

    en un endroit précis

    pour échapper

    au sentiment d’étanchéité

     

    Du sang a coulé

    de tes yeux

    à mes mains

    et j’ai ramassé

    tes pupilles

     

    Il me restait

    à décrire

    le crime

    avec le tranchant

    de ma plume

     

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    L’IMAGE TEMPLE

     

    Couchées

    à demi-nues

    dans la lumière

    de l’aube

    tes lèvres

     

    Ont léché

    le sang

    de mes nuits

    s’écoulant

    entre tes rêves

     

    l'image temple

    du regard

    que des prêtres

    en soutane

    contemplent

     

    Et l’âme du miroir

    brisé

    s’ouvrant

    sur l’autel

    de tes hanches

     

    D’où fuit

    à jet continu

    le sang

    d’un vitrail

    en feu

     

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    Les photogrammes sont tirés du film d'Alain Robbe-Grillet,

    Glissements progressifs du plaisir (1974), avec Anicée Alvina.

     

  • UN JOUR

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    à Leonard Cohen

     

    Un jour

    Je marcherai avec une canne

    Et un chapeau

    Je n’aurai plus peur de rien

    Car je saurai que je vais mourir

    Je saluerai les chiens et les souffrants

    La flamme de la bougie et l’offrande du bûcher

    Les dernières feuilles de l’arbre d’automne

    Qui s’accrochent à une chimère

    Et les femmes à la nudité enfouie

    Sous leur manteau de saison

    Les insolents et les bas-de-plafond

    Les renards et les agneaux

    Les traces d'un sourire sur les lèvres du mourant

    Les fragments de silence arrachés au cri

    Les fausses lumières et l’éclat d’une litanie passée

    Les voitures qui roulent au Diesel

    Et les derniers souffles du temps

    La ligne des ténèbres rongeant l’horizon

    Les centrales au charbon et les éoliennes fatiguées

    Et les moineaux qui rêvent de pinson

    Je murmurerai à peine le nom d’une aimée

    Emportée par le vent de novembre

    Sur l’air d’une vague chanson

    Avec des chœurs à pleurer

    Des filles aux bouches à se damner

    Répéteront mes paroles vaines

    Et je fixerai une dernière fois leurs traits

    Dans une ébauche de poème voué à l’oubli

    Je n’aurai plus envie de rien

    Je ne posséderai plus rien

    Je n’ambitionnerai plus rien

    Car je saurai qu’il faut en finir

    Avec l’idée d’existence

    L’innocence du petit jour

    La clairvoyance du soir

    Le sang pérenne des destinées

    Un jour

    Je marcherai avec une canne

    Et un chapeau

     

  • CINQ POÈMES POUR DÉCEMBRE

    Décembre
     
    Cent fois cet hiver j’ai trituré ta neige
    Malmené la surface pâle de tes froideurs
    Pour atteindre le tison de ta joie
     
    Dans le ventre d’une tendresse apparente
    J’ai glissé des plaisirs défendus
    Des cruautés d’arbre, des branches de verre
     
    Des rafales tonnant sous tes feuilles
    Ont lancé leurs bruits à l’assaut de ta chambre
    Balançant leurs chants comme des grenades
     
    De ton livre de braises a jailli un feu
    Découpé en chapitres de flammes
    Que je relirai en brûlant jusqu’à mes cendres
     
    Cette luge traînant tes lenteurs
    Je l’ai tirée jusqu’au sommet de ton être
    Chargée de chats désirant tes jambes
     
    Griffée à souhait d’arabesques de sang
    Tu criais comme on implore la nuit
    De vous écrire un brûlot de lumière
     
    Ton sexe gonflé de fièvre délivrait
    Son lot de fils d’araignée et de pattes érectiles
    Dans mon lit froid comme cent sangsues.
     
    Sur tes lèvres une pluie blanche est tombée
    Que j’ai essuyée avec le revers de ma hanche
    Avant que la saison ne te lèche tout entière


     
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    La grange

     
    Je prie dans la grange
    Le saint du foin illimité
    Pour des moissons de brumes
    Et des religions damnées
     
    Des porcs en goguette
    Mangent dans la bauge
    Des restes d’ordure
    Mélangés à mon enfance
     
    Combien de viandes m’attendent
    Sous le couteau du boucher
    Avant que ma chair n’explose
    Entre les dents du cheval ?
     
    Long week-end de belligérance
    Dans les chambres tranchées
    Les majorettes sont sources vives
    Sous la peau de pierre du tambour
     
    Que le temps m’abreuve
    De ses cycles de l’aube
    Si le fleuve du sens s’écoule
    Dans la mer aux lumières  
     
    Au départ je ne savais pas
    Que ta bouche prendrait toute la place
    Quelle ville deviendraient nos déserts
    Derrière tes paupières de sable
     
    Pour parfaire l’azur de ton nom
    En écartant les pans du ciel
    Je rêve d’un train de rues
    Qui passerait par tes regards
     
    Une voie ferrée dans le bocage
    M’emporte vers l’ailleurs
    Qu’un singe tient en éventail
    Devant la gare de ton visage


     
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    Autoportrait au miroir 



    Tu es au cœur de l’humide
    Ce caillou sec
    Qui entend l’ondée
     
    Ce pic de glace
    Détaché de la banquise
    Qui s’épuise dans le nombre
     
    Tu es dans la racine
    Le chiffre de la solitude
    Qui se décline en sève
     
    Cette chienne de chaleur
    Qui court sur les braises
    Pour me descendre en flammes
     
    Tu es sur le mont
    Cet affleurement ordinaire
    Qui creuse sa disparition
     
    Cet épi brisé
    Dans le champ magnétique
    Qui aimante à moitié
     
    Tu es sous l’arbre de chair
    Ce renoncement à la pluie
    Qu’abhorre le soleil
     
    Cet oiseau invisible
    Qui s’enfonce dans le ciel
    En dispersant ses ailes
     
    Tu es cette aube semblable
    Au miroir du jour
    Vouée à se reproduire
     
    Ce soleil pour rien
    Dans la dorure astrale
    Qui tombe dans le vide

    Et moi qui plonge mes regards

    Dans les peaux de l’image
    Je me fonds dans le noir



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    Tes lèvres

    Tes lèvres me tyrannisent
    Tes lèvres m’électrisent
    Tes lèvres me verbalisent 
    Tes lèvres m’animalisent
    Tes lèvre me tiretirelisent
    Tes lèvres me font lire
    N’importe quoi
     
    Tes lèvres je les tends
    Tes lèvres je les fends
    Tes lèvres je les lisse
    Tes lèvres je les lèche
    Tes lèvres je les siffle
    Tes lèvres je les appelle
    Du fond des fièvres
     
    Tes lèvres naissent de mes rêves
    Elles ont le goût de tes nuits
    De tes livres ouverts
    Je les ramasse au matin
    Sur le bord de tes tasses
    Comme un fruit tombé du nid
    De tes bouches


     
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    Des paupières
     
    Des paupières
    Comme des papillons
    De nuit
     
    Ailes repliées
    Sur un rêve
    Oublié
     
    Pour couver des songes
    Plus grands
    Qu’un monde
     
    Et le vent
    Pour les faire s’envoler
    Du côté du levant
     
    Des globes oculaires
    Comme des papillons
    De jour
     
    Mais à l’aurore
    Où file
    La fée du sommeil 
     
    La reine des étoiles
    À la couronne
    Lactée
     
    La muse amène
    De mes poèmes
    Endormis ? 
     

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  • LES FEUX et autres poèmes

    LES FEUX

     

    A l’appel du miroir

    Je me vois te regarder 

    Venir dans le sillage

    D’un reflet

     

    Toute droite

    Dans une forêt de cyprès

    Sur l’escalier d’un tronc

    Monte la sève des images.

     

    L’air qui te remorque

    M’accroche à ta grâce

    Au cœur de la lampe

    L’ampoule te dessine

     

    Mes cils tournoient

    Dans l’orbite de l’œil 

    Tu renvoies le monde

    À son être obscur et lent

     

    Comme une myopie

    De baleine taupe échouée

    Seul ton corps encore grandit

    Dans le jour déclinant

     

    Qui adresse à ta peau

    Et son dedans d’organes 

    Des signes

    Comme des éclairs

     

    Allumant

    Tous les feux du visible

     

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    UNE NUIT

     

    Nul nuage

    A l’entour de ta bouche

    Pour couvrir

    Le bruit de l’eau

     

    Nul mot

    Né de la phrase

    Pour couper

    L’ombilic du silence

     

    Nulle marche

    Dans l’escalier

    Pour calmer

    La montée du temps

     

    Nulle porte

    D’hôtel défunt

    Pour nourrir

    La langue des morts

     

    Si ce n’est une nuit

    Pendue à tes dents

    Pour un ciel grand

    Comme un ossuaire

     

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    VERBES EMPLOYÉS AVEC POUR

     

    C’est pour découvrir

    L’envers du rêve

    Que des fous à lier

    S’arriment à tes lèvres

     

    C’est pour marquer

    Ta langue de baisers

    Que des pommes lourdes

    Chutent des arbres

     

    C’est pour narrer

    L’histoire de l’hiver

    Que des champs de silence

    Tombent dans le temps

     

    C’est pour compiler

    Des bouts de cire odorante

    Que des cierges roses

    Flambent dans ta chair

     

    C’est pour protéger

    Ton corps de la sourde chaleur

    Que des mains sans nombre

    Déroulent ta nudité

     

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    EN ALLANT

     

    De souffle en souffle

    Ton odeur

     

    De parfum en parfum

    Ta lumière

     

    De flamme en flamme

    Ta rivière

     

    De mer en mer

    Ton histoire

     

    De temps en temps

    Ta venue

     

    Pour faire comme si

    Exister se pouvait

     

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    CINQ ACTES SANS CONSÉQUENCE

     

    J’ai tiré ta prière

    Vers mes mains

    Quand l’aube à petits feux

    Alimentait le jour

     

    J’ai secoué ta fièvre

    Dans mes frissons

    Quand le vent fouettait

    L’arbre mort de tes os

     

    J’ai brisé tes cheveux

    Avec le fer du vent

    Quand les pierres de lune

    Dans le sang du soir coulaient

     

    J’ai caché tes fleurs

    Dans les bulbes des clochers

    Quand les bouquets vomissaient

    Leurs senteurs d’encens brûlé

     

    J’ai caressé tes heures

    Avec le frottoir du couchant

    Quand les fenêtres pour se soulager

    Cassaient des lumières avec du  verre

     

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    LA FABRIQUE DE PARAPLUIES

     

    Je ne m’autorise pas

    À parler du soleil

    Quand il fait brûlant

    Ni de l’amour

    Quand il est entre tes mains

     

    Quand je cherche le bonheur

    Entre tes jambes

    Mes paupières sont closes

    Et s’il pleut quelque part sur la terre

    Je ne veux pas le savoir

     

    Je l’apprendrai bientôt

    Tout en restant à l’abri

    En caressant ta chair

    Entre les astres et les nuages

    De ton ciel pleureur

     

    Dans ta fabrique de parapluies

    Je suis le contremaître

    Chargé de vérifier

    L’ouverture des baleines

    À la verticale du mât

     

    Tu me paies dûment, c’est vrai

    En averses roses et mauves…

    De ton anneau coulissant

    Le long de la tige

    Je suis fan, familièrement parlant

     

    Mais je ne m’autorise pas

    À parler du soleil

    Quand il fait brûlant

    Ni de l’état de ton désir

    En dehors de l’entreprise

     

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    L’HOMME OBJET

     

    Je suis l’homme objet

    De toutes les inattentions

    Mon corps pleure

    Au lieu de s’écarter

    Au lieu de s’espacer

     

    Trente mille

    Années-lumière au moins

    Ne m’ont pas séparé

    De l’astre

    Enfanteur de temps

     

    J’allège j’allège

    Dit le conducteur de carrosse

    À la reine qui ne cesse

    De se dévêtir sous les coups

    De badine de l’amant

     

    La lune, elle, espère

    Un rayon gamma

    Une gamme de sphères

    À la hauteur

    De son la

     

    Tant mieux

    Si personne ne voit

    Où je mets les doigts

    Pour atteindre

    L’atelier brûlant

    De tes joies

     

    Me consumer ?

    Ça non, pas avant

    Que j’aie pu voir

    Tes lignes chanceler

    Ta chair flamber

    Dans le bougeoir d’un baiser

     

    Je suis l’objet

    De toutes les inattentions

    Néanmoins quelques regards

    Se tournent en clignant

    Vers les cendres

    Qui pâlissent mes lèvres. 

     

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    VU DU TRAIN

    Du train je n’ai vu que

    Le tunnel

    Un mot par rail

    Une phrase par gare

     

     

    Un avion perdu

    Dans un port de guerre

    Une espèce de lettre

    En guise de voyage

     

    Une feuille de sucre

    Sur la voie ferrée

    Un navire de lait 

    Dans un café noir

     

    Un passage à niveau

    Gardé par des éléphanteaux

    Avec des barrières

    Aux allures de trompe

     

    Du train je n’ai vu que

    Le tunnel

    Un mot par rail

    Une phrase par gare

     

    Un roman entier

    Qui attendait sur le quai

    La locomotive d’un éditeur

    Avec ses wagons de lecteurs

     

    Et ma vie dressée

    Au garde-à-vous

    Quand l’étoile du berger

    Fait bouillir le ciel

     

    Et des livres de glace

    Pour conserver l’été

    Quand le poème est passé

    De l’ombre à la lumière

     

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    LA FOLIE

     

    La folie vient dans mes mots

    Dans mes tempes

    Elle écrit le livre de mes jours

     

    Elle repousse l’œil

    À la limite du regard

    Quand la lune allume les mémoires

     

    Tout s’assèche le désir

    Vire au désert

    Je m’amuse des mirages

     

    Au soir le ciel espère

    Un appel des étoiles

    Mais l’air sent la mer

     

    Avec mes ongles

    Je racle le sol d’un soleil

    J’ai du jaune dans la tête

     

    Du sable plein les paupières

    La raison ma folie sage

    La folie ma raison sauvage

     

    Elles disent mon nom

    A la neige qui va fondre

    A la rivière qui s’écoule

     

    À la branche et au feu

    A la braise et à la cendre

    Au temps sec qui reste et se fendille

      

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    À LA MER

     

    A la mer j’ai demandé le fleuve

    Au fleuve j’ai demandé la rivière

    A la rivière j’ai demandé la source

     

    Au temps j’ai demandé la vie

    A la vie j’ai demandé le rire

    Au rire j’ai demandé la joie

     

    A la sève j’ai demandé l’arbre

    A l’arbre j’ai demandé le bois

    Au bois j’ai demandé le feu


    Au ciel j’ai demandé l’oiseau

    A l’oiseau j’ai demandé l’aile

    A l’aile j’ai demandé l’envol

     

    Il suffisait de demander

      

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    E.A.

  • LES ECLABOUSSURES et autres poèmes, illustrés par des encres de Didier GOESSENS

    Eric Allard                                             Didier Goessens   

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    Les éclaboussures 

    tombé dans l’œil
    un regard se noie
     
    sur les cils
    des gens voient
    sans pouvoir agir
     
    des éclaboussures 
    d’images

    Voir les autres poèmes avec les encres ici sur le blog de Denys-Louis Colaux - que je remercie vivement pour l'heureux appariement.

    Denys-Louis COLAUX1

    Denys-Louis COLAUX2

    Le blog de Didier GOESSENS

    Didier GOESSENS sur ARTactif

  • LE SOURIRE et autres MOMENTS d'AMOUR

    Le sourire

     

    Tes lèvres s’étirent

    On dirait que c’est sans fin

    Aux commissures

    Je lis comme des rides

     

    Et tu continues de parler

    Comme si de rien n’était

    Comme si l’accident de regard

    N’avait fait aucune victime

     

    Dans cette blessure

    Qui découpe le visage

    Et lui fait verser

    Le sang d’un sourire

     

    Je veux déposer

    L’offrande d’un baume

    L’arrêter, quel affront !

    Mais la plaie est trop vive.

     

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    Le goût et la vue

     

    Tes yeux ne sont qu’yeux

    Tes lèvres ne sont que lèvres

    Dans cet entre-deux troublant

    Fait d’air et de givre

     

    Par-ci par-là un nez une frange

    Un front volontaire

    Où va la main le bras le corps

    Et la déroute de mes pensées ?

     

    Tes yeux sont des lèvres

    Tes lèvres sont des yeux

    À les observer

    Je me perds et désespère

     

    D’unir la bouche et le regard

    Les dents des images

    Avec la vue de ta langue, 

    D’écrire un poème à la hauteur

     

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    Tes seins

     

    Tes seins sont graves

    Ils me pèsent

    De les soulever

    Jusqu’à mes lèvres

     

    Je plaisante

    Ils sont si bien élevés

    Que dans mes mains

    Ils volent à mes baisers

     

    Et parfois s’envolent

    Ces lourds oiseaux zélés

    Sans que je puisse les garder

    À portée de mes jeux

     

    Je peine à les retrouver

    Où nichent-ils donc alors ?

    Dans la ramure d’un malandrin

    Dans la feuillée d’une bonne fée

     

    Dans le ciel des amours échappées

    Dan le jardin de ses prétendants ombreux

    Ou bien tout simplement 

    Dans la cage dorée de mon coeur épris ?

     

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    Dans l’air

     

    Je t’écris ce poème dans l’air

    Du temps

    Qui s’espace

    À mesure des heures

     

    Tu le déposes un instant

    Sur ton épaule

    Où il prend

    La bonne odeur de ta peau

     

    Puis l’horizon se fane...

    D’un juste pétale

    Je clos ta bouche

    Ouverte sur ma nuit

     

    Avant que tu ne répondes

    À ce que dit l’ombre

    À la forme parfaite

    Qui dans la lumière tombe

     

    Sans casser

    Ta beauté

    Dans la blancheur

    D’une âme

     

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    MOMENT D'AMOUR (essai de définition d’après le moment d’une force) : Le moment d’(un) amour par rapport à un instant donné est une grandeur sentimentale traduisant l’aptitude d’une sensation à faire tourner, (re)démarrer un système amoureux à partir de ce point, appelé pivot.

  • LES ÉCLABOUSSURES et autres poèmes

    Les éclaboussures

     

    tombé dans l’œil

    un regard se noie

     

    sur les cils

    des gens voient

    sans pouvoir agir

     

    des éclaboussures 

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    Prés prairies

     

    Prés prairies sans fond

    de la mémoire

    soleil cher au fossoyeur

     

    bardanes

    pâquerettes

    coquelicots

    anémones

    pissenlits

    mangés par la racine

     

    vos fleurs m’exaspèrent

     

    je bois jusqu’à la piqûre

    le jus d’ortie

    de vos rodomontades

     

     

     

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    Les mots

     

    Les mots m’échappent

     J’ai beau leur courir après

     Leur offrir monts et merveilles

        Rimes mâles ou femelles

      

    Les mots m’échappent

     Sans doute m’attendent-ils

      Dans un trou de souris

    Dans un trou de serrure

     

    Pour me faire la peau

     Me grignoter les os

    Pour me rendre la mort impossible  

    Pour me pendre à un croc de libraire

     

     

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    Les pierres de l’enfance

     

    Ma mère avant de dormir

    dépose sous l’oreiller

    les pierres de mon enfance

     

    ce sont les mêmes qui décorent sa cour

    et l’entrée de la mer

    ce sont les mêmes qui parlent aux mains

    et aux rivières

     

    tout en tendant l’oreille

    vers le porte-voix du passé

    je me repose sur elles 

    pour encore vieillir 

     

     

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    Ce n’est pas vrai

     

    ce n’est pas vrai que les souvenirs nous construisent

    il est des murs à détruire bien plus édifiants

    qu’une enceinte de mots

    qu’un précipice de sons

    donnant sur une symphonie vide

     

    nous ne sommes pas faits que d’essence de phrases

    il nous arrive d’être pierre d’espace

    mur d’absence

    fenêtre ouverte sur la déraison

    ouvrage multiple dans les doigts d’un ange

     

    nous allons au-devant de fumées

    qui nous cachent un feu de cendres

    mais derrière l’écran une main se tend

    que nous n’espérons pas et que nous oublierons

    par manque de mots pour retenir

     

    dans l’océan d’ombres où meurent les jambes

    l’action de marcher de parler de s’étendre

    le rêve de caresser le plus grand nombre ;

    un bateau de lumière épelle

    une à une les lettres de notre être

     

    s’il fait silence je meurs nu sur cette page   

    je marque d’un point

    l’absence de droite infinie

     

     

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    Les poumons de la terre

     

    né de l’étouffement

    de la nuit

     

    le souffle de l’aube

    a grandi tout le jour

     

    éclairant les poumons

    de la terre

     

    jusqu’à l’expir

     

    tant que je t’étranglais

    de joie

     

    et que j’allongeais mon repas

    vers ta faim

     

    tu pouvais prendre

    comme je voulais

      

    ton plaisir

     

     

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    En chemin

     

    à l’appel du poème

    les mots se lèvent

     

    et se dirigent là où

    ils ont entendu du bruit

     

    parfois ils se perdent en chemin

    et ne retrouvent pas la route du dictionnaire

     

    alors ils font là où ils sont

    un semblant d’histoire

     

    ou un poème

     

     

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    Le platane et l’olivier

     

    Le platane plane

    sur une feuille d’olivier

     

    Quand la flamme prend

    à la racine des jours

     

    c’est le fruit qui flambe

    dans le souvenir

     

    Propulsant l’arbre volant

    dans un passé non identifié

     

    De mémoire de forêt

    aucune aurore jamais

     

    Aucun nuit n’a été recueillie 

    dans un seul panier de rêve

     

     

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    La neige

     

    La neige qui tombe

    À gros flocons

    Racle les images

    De ta mémoire

     

    Tu revois ton enfance

    A la faveur du blanc

    Tu revois tes rêves courant

    Sur le miroir de la nuit

     

    Toi seul pressens leur chute

    Au petit matin

    Sur le lac gelé

    D'un souvenir

     

     

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    Le mécanisme de la sucette

     

    Régulièrement

    Sans souci du qu’en sucera-t-on

    Je suce ma mère

    Le souvenir de la jeunesse de ma mère

     

    Qui à force prend la forme

    D’une femme à croquer

    À débiter en morceaux de charme

    Lors d’un festin aux allures de dépeçage

     

    Quand j’ai tout avalé

    Jusqu’aux dents de sagesse

    Je lave toutes les traces de sang

    Pour que mère ne me dispute pas

     

    Malgré toutes ces précautions

    Qui devraient pourtant m’honorer

    Me valoir quelques compliments

    Ma mère me fait la tête

     

    Elle me reproche de l’avoir oubliée

    D’avoir troqué sa mémoire

    Contre une forme aléatoire et passablement juvénile

    En bon fils j’approuve chacun de ses dires

     

    Je suce et resuce à nouveau

    Comme si je n’avais pas bouffé à ma guise

     

     

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    Les langues étrangères

     

    Les langues étrangères

    Pour quoi faire?

    Se lamente mon père

    Dans la terre 

     

    Pour parler avec les limaces

    Et les vers et tous les animalcules

    Les os voisins et minéraux divers

    Les corbeaux qui ont du baratin

     

    Mais je sens bien

    Que je ne suis pas convaincant

    (Moi qui vous parle

    Je n’en ai retenu aucune)

     

    Papa ne répond pas

    Sinon par le silence

    Et je m’en vais sans rien dire

    Par le fond de l’allée

     

     

     

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    avant d’écrire

    arrose ta prose

    et vérifie tes vers

    on n’est jamais

     assez prudent

     

    avant d’écrire

    soupèse le nuage d’écrire

    et s’il est trop vague

    laisse-le au ciel

     

     prends un peu de terre

    pour tes tourments

    pour tes poèmes

     

    avant d’écrire

    prends l’air

    et rends le vent

    glissant 

    comme la plume

     

     E.A. 

  • DES PILES DE PILULES

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    J’ai des piles de pilules

    et pas la moindre pastille

    pour voir clair dans ma nuit.

     

    Du cachet, c’est cher

    et je suis pauvre  

    en comprimés de lumière.

             

             Réduit à me médicamenter

     chez le marchand d’images,

                     le trafiquant de reflets.          

     

    Celui qui change

    la poudre aux yeux

              en cire de bougie.

     

    Enfin, je me mire

    tel un cierge droit 

    sous un feu de regards obliques.

     

    Prêt à m’effondrer

    comme un château de boîtes 

    dans le miroir de la pharmacie.

     

               Pilules-Bouche-Medicaments-Cuillere-314x175.jpg

  • DOUZE POÈMES AU PAIN ET À L'EAU

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    Sommes-nous la sécheresse
    Sommes-nous la romance

     Jean Fauque & Alain Bashung

     

    Au pain et à l’eau

     

    Tu m’a mis

    Au pain et à l’eau

     

    J’avais trop de toi

    Dans mes manières

    Mes façons de penser

     

    En me regardant

    Tu me voyais

    Tel que j’aurais vomi

     

    Si j’avais mangé trop

    De tes seins de ta peau

     

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    Dans mon sirop

     

    Tes doigts dans mon sirop

    Martyrisent les fruits

    De mon abnégation.

     

    Vers quel animal cours-tu

    Dans la jungle qui défait ses failles

    Comme un regard se vide ?

     

    L’ombre attachée à ton squelette

    Rejoint la terre molle

    Des apparences.

     

    Striée de blanc

    Une joue se confond

    Avec un amas de silence.

     

    Sans peine je pénètre

    Le mécanisme de tes sucreries.

    Le goût des autres me désole.

     

    Et je fonds dans les cils

    Qui en permanence

    Surveillent tes regards

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    Matières

     

    Dans la valise du mort

    Je découvre un passeport

    En os de touriste.

     

    À la grille du cimetière

    Je fais cuire un cuistre

    Avec des branches de squelette.

     

    Dans l’église sèche

    Je marque d’une pierre blanche

    L’autel en papier mâché

     

    Qu’un croyant désinvolte

    En habit de tabac vert

    Fume jusqu’à la crémation.

     

    Avant de m’envoler

    Pour l’autre bout du monde

    Sur l’aile d’un abbé prometteur.

     

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    Un poisson merveilleux


    Quand elle écrase sur ma bouche

    Un poisson merveilleux

     

    Je rentre dans ma chambre

    Où sur les murs j’ai punaisé

     

    Des images de mer édentées

    Des gâteaux de ses vieux cheveux.

     

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    Le noyau

     

    Quand le noyau

    Coule

    Dans le fleuve

     

    Le noyé

    Avale

    La tasse

     

    Mais où passent

    Le fruit,

    Et les secours ?

     

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    Les beaux massacres

     

    Avec une guerre par heure

    Mes journées étaient devenues

    Une bénédiction.

     

    Ma vie un songe de soldat

    Et je comptais les morts

    Comme on effeuille les fleurs.

     

    En redoutant déjà

    La fin des hostilités,

    L’armistice et les palmes,

     

    Les décorations à la boutonnière,

    Les cérémonies de prestige,

    Ma place dans la grande histoire.

     

    Mais j’avais pris soin de commettre

    Quelques beaux massacres

    Tout à fait minutieux

     

    Qui m’assureraient, la paix revenue,

    L’opprobre de chacun,

    Une impunité de chaque instant.

     

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    La température

     

    Elle faisait bouillir

    Dans ma bouche

    Des baisers.

     

    Elle prenait la température

    Avec ses seins

    Avec ses doigts de pied.

     

    C’est plus chaud qu’un soleil

    Qu’une échauffourée,

    Disait-elle en grillant.

     

    Mais tu vas brûler,

    On va s’éteindre

    Réciproquement.

     

    Alors, c’était l’hiver

    Mais les cheminées

    Restaient brûlantes.

     

    On jouait aux pompiers

    Avec nos lances

    Avec nos langues encore mouillées.

     

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    Quelqu’un

     

    Entre elle et lui

    Quelqu’un installa

    Une ceinture de sel.

     

    Ils échangèrent

    Par cette voie

    Salaisons et baisers.

     

    Sur la transaction

    Quelqu’un prenait

    Une commission.

     

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    La maison de ton visage

     

    Dans la maison  de ton visage

    J’entre par la bouche

    Je souffle par le nez

     

    Je regarde par les yeux

    Je sors par les oreilles

    En rappel jusqu’à tes lèvres

     

    Puis, du menton,

    Je me jette sur tes seins

    Je dévale je dévale

     

    Je fais halte sur ton nombril

    Je triangule et me circonférencie

    Fatigué et heureux

     

    Tes longues jambes

    Me tentent bien

    Et l’extrémité de tes pieds

     

    Mais il me faut remonter

    Pour être, à la fermeture des paupières,

    Au chaud dans tes méninges.

     

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     Ta bouche

     

    Ta salive

    Sur ma peau

    Ce reflet luisant

    De ce qui sort de ta bouche

    Sur ce qui m’appartient

    En propre.

     

    Et si tu es gentille,

    Tu me cracheras au visage

    Et je n’essuierai pas

    Ces baisers esseulés

    Qui sècheront

    Comme ton amour.

     

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    Tous mes chats

     

    Tous mes chats

    Ne réussissent pas à rassasier

    De griffes ta peau.

     

    Du sang coule en abondance

    Des plaies trop étroites

    Pour ménager un passage.

     

    Alors l’éléphant de la dernière chance

    Piétine un miaulement

    Dans un éclat de lumière barbare. 

     

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    Dans mes nuages


    J’ai des choux

    Dans mes nuages

    Des choux à la crème solaire

     

    Que j’étale

    Sur la surface du ciel

     Pour le faire pommeler.

     

    E.A. 

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  • NOTRE VIE et autres poèmes à effacer

    La mélancolie, c'est le bonheur d'être triste.

    Victor Hugo

     

    Notre vie

     

    Notre vie ne vaut pas les cent mille crayons

    qu’il a fallu tailler pour faire tenir sur sa pointe

    le capitalisme

     

    Je te gomme tu me ratures la banque efface

    toutes les traces

     de notre plèbe

     

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    L'inspiration

     

    L’inspiration descend du train

    on l’attend sur le quai

    avec des pelles et des marteaux

     

    pour lui faire oublier

    tous les retards

    de construction

     

    si elle avait su elle n’aurait jamais quitté

    son chantier

    mais il se peut toujours

     

    que sans crier gare

    on la ramène à la frontière 

    de la mélancolie 

     

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    La place des amours

     

    Ma mère sait bien où je cache mes amours

    derrière la porte du grenier par beau temps

    devant la cave à vin quand il pleut

     

    Mais jamais je ne dirai

    dans quel passé ma mère a remisé

    le souvenir de mon père

     

     

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    On n'écoute pas

     

    On n’écoute pas aux portes de l’affluence

    le bruit que fait la joie sourde

    en sautant sur une mine de solitude

     

    On repeuple la terre

    de présences passagères

    qui feront de l’amour

      

    un mode embarrassant du silence

     

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    L'escalier 

     

    la pie plie les pages

    le chien en fait des boules

    qu’il donne aux fourmis

     

    de la haute maison

     

    pendant que les mots roulent

    du grenier à la cave

    en faisant de chaque phrase

     

    un escalier en colimaçon

     

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    Le porte-manteau

     

    on n’accroche pas une femme

    au porte-manteau du désir

    sans l’avoir portée

    au moins une nuit

     

    il se peut qu’un étranger

    l’ayant entendue parler bas

    dépose sur toute sa chair

    l’étendue de son cri

     

     

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    Mes trous de nez

     

    Profitant du temps sec

    je me suis enfoncé

    dans mes trous de nez

     

    Deux trous de nez

    c’est grand bien plus grand

    qu’on ne le pense

     

    Je suis là depuis longtemps

    j’observe les allées et venues

    des uns et des autres

     

    J'attends maintenant

    avec une nasale impatience

    de m’éternuer

     

     

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    Mon corps

     

    mon corps me plonge

    dans le désarroi

     

    aucune reine en magasin

    pour exposer en vitrine

     

    mes morceaux de chair

    en couronne mortuaire

     

    aucune cliente pour se défaire 

    de l'idée de moi

     

     

     

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    Le beau travail

     

    le marteau frappe l’eau

    le clou enfonce la mer

     

    tant que dure 

    la ligne de l’horizon

     

    ensuite seulement l’ouvrier peut  

    se reposer sur son travail

     

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    Le départ

     

    Mon père marche sur la pointe des pieds

    de ma mère

     

    pour rejoindre en silence

    la chambre aux souvenirs

     

    où ils se remémorent à grands rires 

    l'instant précis d'où je suis parti

     

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    avant d'écrire

     

    avant d’écrire

    arrose ta prose

    et vérifie tes vers:

    on n’est jamais

    assez prudent!

      

    avant d’écrire

    prends l’air

    et rends le vent

    léger

     comme la plume:

    on n'est jamais 

    assez effacé!

     

     

     

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  • TROIS POÈMES À CROQUER

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    Fraise

     

    Le mot fraise

    À lui seul

    Crée une île rouge

     

    Avec tes lèvres

    Pour unique radeau

    Cheminer sur l’eau

     

    Abattre la pirate

    Qui est en toi

    Pour gagner ta bouche

     

    Hisser le drapeau blanc

    D’un baiser 

    Lent comme un abordage

     

     

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    Manger

     

     Tu veux me manger

    Tu ne dis pas quand

    Ni dans quel restaurant

     

    Je vais te faire grossir

    J’ai beaucoup de calories

    Et la viande trop blanche

     

    A force de manque de soleil

    J’ai de la graisse

    Et je manque de grâce

     

    Sinon dans mes rêves

    Mes désirs de ballerine

    Enfouis dans mes cerfs-volants

     

    Aurai-je le temps de goûter tes lèvres 

    Je risque de passer bien vite

    De ton palais à ton œsophage

     

    Tu veux me manger

    Mais as-tu faim vraiment

    Ou c’est pour passer le temps

     

    Allez, je m’habitue à l’idée

    De m'étaler dans ton assiette

    A côté d’une belle serviette

     

    D’une table bien rangée

    Et j’imagine - tu es si délicate -

    D’un portrait de moi en pied 

     

    Tu veux me manger

    Tu ne dis pas quand 

    J’attends tes dents !

     

     

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    Les solidarités monstrueuses

     

    On a dû te dire

    Que la solidarité est sérieuse

    Entre gens de bonne compagnie

     

    Quand tu es entrée

    Dans la chambre aux plaisirs

    Un sourire au bord des lèvres

     

    Quel bonheur de lire Sade

    Entre les jambes d’une bayadère   

    Sans savoir rien de son trépas !

     

    On a dû te dire

    Que la solidarité est monstrueuse

    Entre gens de mauvaise compagnie

     

    Quand tu es sortie  

    De la chambre aux horreurs

    Un filet de sang au bord des lèvres

     

    Mais on va dans la vie

    Sans apprendre ce genre de choses

    Qu’aucune école n’en saigne

     

    Si bien que la mort vous cueille

    Toujours au seuil de l’innocence 

    Avec des rêves à peine ouverts

     

     

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  • DOUZE QUATRAINS TROIS-QUARTS

    On ne dort pas avec Dieu

    comme on dort avec une femme

    même si l’oreiller de l’âme

    repose sur la tête du ciel

      

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    Ma mère m’appelle sur mon portable

    pour m’inviter à déjeuner au cimetière : 

    « Non, maman, ce n’est pas aujourd’hui

    qu’on exhume papa »

     

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    L’océan panique

    à la vue d’une femme :

    « Comme elle est immense

     et comme je suis laid ! »

     

     

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    Je triture tes lèvres

    je me dis qu’avec elles

    on pourrait faire

     une maison de plaisir

     

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    Ma mère achète

    deux ou trois produits à la fois

    Mon père prend toute la place

    dans le réfrigérateur

     

     

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     Mon boucher plaît à ma mère

    surtout sa viande de cheval

    qui faisait les délices de mon père

    quand il galopait encore

     

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    Si je pouvais regarder en toi

    je ne le ferais pas

    je me contenterais de ta nudité

     qui est plus profonde

     

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    Je décore

    de la croix du sperme

    les poitrines

     des femmes conquises 

     

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    Le train le tram le bus

    me regardent dans les yeux

    J’aime ces instants intenses

     avant le choc technique

     

     

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    On a dépendu le poète

    de l’arbre à mots

    Sur sa branche

     des vers avaient pris racine

     

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    Avant d’écrire

    régurgite ton présent

    (ne mâche pas

     tes mots)

     

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    Ne changez pas ma police,

    dit ce caractère,

    sinon je ne réponds

    plus du texte

      

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    Croquer le bruit

    pour atteindre

     au noyau du silence.

     

     

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  • DANS MA TÊTE et autres poèmes décérébrés

    Dans ma tête

     

    Ma mère et mon père ont élu domicile

    dans ma tête

    Ils ne font pas de bruit se montrent discrets

    D’ailleurs à certaines heures

    je pourrais les croire ailleurs

    au cœur au foie ou dans les talons

     

    Personne ne sait qu’ils sont là

    si je ne le faisais pas remarquer

    parfois

    pour dire quelque chose d’intéressant

    qui focalise l’attention sur mes cheveux

    enfin ce qu’il y a sous le peu qu’il m’en reste

      

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    Dans les majuscules

     

    Dans les majuscules

    je ne me vois pas

     

    Où je me sens bien

    c’est dans les minuscules

     

    D’ailleurs je me demande

    si je ne vais pas supprimer

     

    toutes les majuscules

    de mon texte

     

    Si je meurs avant faites-le

    pour moi s’il vous plaît

     

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    Dans ma tête (2)


    Si ça cogne dans ma tête

    c’est que maman est en rogne contre papa

     

    Et qu’ils boudent tous les deux dans leur coin

    en faisant les cent pas ou en tapant des pieds

     

    pour je ne sais quoi

     

    Si ça cogne dans ma tête

    c’est que maman a tué papa sur un coup de tête

     

    Et qu’elle se demande maintenant

    quelle robe elle mettra pour l’enterrement

     

    et avec quoi

     

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    Le côté droit


    Egarez vous sur le côté droit

    de votre cerveau

     

    là où il y a la place pour

    l’évasion le rêve la liberté

     

    le parking est gratuit aussi

    de ce côté-là

     

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    Les filles

     

    J’aime les filles qui ont une frange

    une queue-de-cheval une raie sur le côté

    un chignon coque plutôt qu’un chignon sophistiqué

    des nattes des couettes des boucles des mèches

     

    J’aime les filles qui ont des cheveux

    lisses bouffants en cascade couleur neige

    mais n’allez pas croire que je pinacle sur

    les filles qui ont la boule à zéro

     

    parfois c’est la même

     

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    les migraines de mon père

     

    mon père a toujours eu la migraine

    je disais que c’était depuis la mort de son frère

    d’une appendicite quand il était petit

    je pensais que ça passerait je minimisais

    comme on minimise les maladies de ses proches

    quand ça lui prenait c’était pour la journée

    il se battait contre son mal de tête

    c’était souvent le samedi ou le dimanche

    jamais la semaine où il travaillait à l’usine

    comme si ça ne se faisait pas de prendre congé pour ça

    des amis étaient morts au travail par accident

    ça il ne voulait pas laisser sa vie sur son lieu de travail

    d’ailleurs il a pris sa pension dès qu’il a pu

    pour bien profiter du reste de sa vie

    puis le mal de tête l’a quitté c’était bien dû au travail

    boulot très tôt tramway dodo

    (il apprendrait à conduire quand il serait retraité)

    un bifteck de cheval au soir quand il rentrait

    la télé le jardin le bricolage pour améliorer la maison

    à table les histoires avec ses chefs

    les contremaîtres lèche-cul les ingénieurs incompétents

    sa façon de ne pas chercher d’avancement

    ni par les passe-droits ni par le travail supplémentaire

    cette obsession d’avoir son temps de travail qui ne débordait pas

    sinon sans doute par la migraine

    l’usine rognait par là sur son temps libre

    elle avait trouvé une faille ouverte dans l’enfance et s’y était engouffrée

    par la migraine l’usine gagnait quelques heures

    elle empiétait sur le territoire privé d’un de ses salariés

    l’usine par la étendait son domaine d’exploitation

    l’usine avait semé des petites graines de migraines

     des petites graines de mort douce dans la terre dure de sa tête

     

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  • DIX POÈMES pour ne pas faire carrière en poésie

    Amicalement vote

     

    en période électorale

    je vote toujours pour moi

    qui ne me suis présenté

    qu’une seule fois

     

    par la tête comme il se doit

    au suffrage universel de ma mère

    qui a quand même dû pousser pas mal

     pour débourrer l’urne natale 

     

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    ma mère s’invite dans mes poèmes 

     

    ma mère s’invite dans mes poèmes

    depuis qu’elle a perdu mon père

    et secoue les branches de la solitude

    à la recherche d’un peu de temps

     

    ma mère s’invite dans mes poèmes

    que je n’accroche plus aux arbres

    depuis que mon père a coupé

    les feuilles qui le séparaient du vent.

     

     

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    Printemps

     

    la jacinthe fleurit

    du pollen s’égare

    sur les quais

     

    tandis que j’argumente

    dans ma tête

    pour un navetteur

     

    qui n’en a cure

    du théâtre

    de ma nature

     

    je me dis qu’on peut

    cesser de vivre

    si un seul être

     

    vous refuse sa place

    dans les transports en commun

     côté vitre sale

     

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    L’ur(i)ne

     

    On ne retrouve pas d’urine

    dans les urnes

    ou alors c’est très rare

    et fort désopilant

     

    C’est que le dépouillement

    a pris du retard

    et que le président 

    n’a pas pu se retenir 

     

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    Ce qu’on aime dans la poésie

     

    ce qu’on aime dans la poésie

    c’est le peu de mots

    c’est le peu

    c’est le

    c’est

    c’

    c’est

    c’est le

    c’est le peu de mots

     répartis sur dix-sept syllabes

     

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    Tout ce que je fais

    Tout ce que je fais, fuit

    tombe dans l’inconsistance

     

    Alors je ne bouge plus

    je me recroqueville

     

    Les gens qui passent

    ne me regardent pas

     

    Même quand ils déposent

    une pièce en forme de cœur

      

    dans le vide de ma sébile

     

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    Le culte à la mer

     "Il n'est pas nécessaire de vivre, il est nésessaire de naviguer." Pompée

     

    Je voue un culte à la mer

    pas à la vague qui n’est que brindille

    dans l’océan de la prairie

     

    Je l’habille de vert et de jaunes

    je l’orne de fleurs de pissenlits

    je navigue d’une rive à l’autre

     

    en évitant les ronces et les orties

    les rats des champs et les souris de mer

     les fils de fer barbelés formés de poissons-scies

     

     

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    Les trous

     

    Régulièrement

    je rebouche les trous

    que ma mère fait sur la plage

     

    quand la marée est trop basse

    pour recouvrir ses souvenirs

     

     

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    Je n'ai pas fait carrière

     

    Je n’ai pas fait carrière

                 dans la poésie

    ni dans les affaires

                 de cœur

     

    Je n’ai pas fait salière

                  dans la poivrière

    ni dans les affaires

                    de table

     

    Je mourrai sur une chaise

    en récitant du Machin Chose

    pour ne pas froisser les draps

     de la littérature comme il sied

     

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    Le cheval

     

    Le cheval pardi

    Le cheval parti

    Comment s’appelait-il encore ?

     

    Ronflant du Toril

    Mirador du Levant

    Petit-galop de Printemps ?

     

    Le cheval pardi

    Le cheval parti.

    Mais c’était une jument !

     

    Tu aurais dû

    Tu aurais pu

    La monter plus souvent.

     

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    avant d’écrire

    préviens tes muses que tu arrives

     avec un paquet de mots

  • Maman a 80 ans!

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    Maman a 80 ans

    mais ne l’avouera jamais.

    (Si elle savait que j'écris ça !)

     

    Elle envisage de voir le monde

    avant de se marier

    et de faire un enfant

    (je ne saurais que faire d’un si petit frère

    ou d'une si petite soeur),

    sa communion

    et de se faire baptiser

    (je veux bien être son parrain),

    d’écrire un livre ou deux

    comme Michel Drucker

    (je me lancerai dans l’édition à compte de fils).

     

    Ce n’est évidemment

    qu’une toute petite partie

    de ce qu’elle envisage de faire

     d’ici ses 81 ans

     

  • DIX POÈMES qui ne donnent (presque) pas mal à la tête

    Le grand feu

     

    dans le grand feu

    j’ai pris mon pied

     

    il était déjà

    à moitié calciné

     

    heureusement un doigt de pied

    demeurait très vivace

     

     *

     

    Les obstacles

     

    il ne faudrait pas que la lumière

    accroche au passage

    un signe, un astre, un panda

     

    pour y voir à nouveau

    il faudrait alors tout réaligner

     

     

     

     

     

     

    L’immeuble

     

    lécher une bâtisse tout du long

    puis avaler l’immeuble

    où on a vécu

     

    garder de l’endroit

    une saveur de béton

    une mémoire de pierre

     

    une langue porte

    sur une fenêtre ivre

    dissoudre la rue dans le rêve

     

     *

     

    Le monde trouble

     

    un zeste de démence

    dans le verre de la vie

     

    et je vois le monde trouble

    de l’enfance

     

    comme si j’avais vraiment existé

     

     

     

     

    L’eau usée

     

    pour me voir

    en l’absence de miroir

     

    je verse de l’eau usée

    dans la paume de la main

     

    puis je souffle l’image

     dans le grand bol de l’existence

     

     *

     

    Le programme

     

    de la naissance

    à la mort

    tout est trucage

    tout est montage

     

    d’une suite de mauvais plans

    faire un beau film

    pour les amis

    pour les parents

     

    puis fermer

    la porte

     et s’enfermer

    devant la télé

     

     

     

     

     

    Des nouvelles

     

    donne moi des nouvelles

    de tes yeux

    de ta bouche

     

    si tu veux

    dépose-les

    sur ma peau

     

     *

     

    L’oiseau


    oiseau bleu

    du jour

     

    entre ciel

    & nuages

     

    tu t’envoles

    vers le soir

     

    dans le nid de la nuit

    tu ponds un rêve

     

     

      

    Passades

     

    Je passe en coup de sang

    dans tes veines

    Je passe en coup de langue

    entre tes lèvres

     

    Je passe en coup de théâtre

    dans tes scènes

    Je passe en coup de vent

    entre tes dunes

     

    pour que jamais plus tu ne dises

    que je m’éternise dans ta vie

     

    * 

     

    Les poèmes ne font pas mal à la tête

    Les poèmes sont des problèmes

    sans solution

    ils ne font pas mal à la tête

     

    Ils font du bien comme une équation

    qu’on regarderait comme une maison

    à un, deux ou trois étages

     

    Mais demande-t-on jamais

    de méditer sur l’image d’une fonction 

    ou la couleur d’un papillon

     

    Sur un long calcul ou une page rédigée

    dans une langue étrangère

     ou de lire un poème pour le plaisir

     

     E.A.

  • TROIS POÈMES MORTELS

    « Rien ne sert de mourir, il faut mourir à point » Jules Renard

      

    L’anniversaire

     

    je ne veux pas que tu souffres

    quand j’aurai un an de plus

    ou même dix ou même cent

     

    je ne veux pas que tu souffles

    les bougies de mon anniversaire

    qu’elle soit de cire ou d’encens 

     

    je veux que tu vives à ton goût

    sans l’odeur d’os sous ma peau

    même si au fond tu t’en fous

     

    de la différence des ans

    voici un revolver tout neuf

    il suffira de t’en servir

     

    quand tu en auras assez

    de mes gémissements

    je te demande seulement

     

    de m’enterrer avec mon complet blanc

    celui que je portais en tant que parrain

    lors de ta première communion

     

     

     

    Comme tu verras


    je n’ai presque rien changé

    j’ai juste déplacé la chaise

    de la cuisine au grenier

     

    j’ai même éteint la télé

    qui repassait un vieux numéro

    de notre feuilleton préféré

     

    j’ai tapé ton nom trente fois

    sur un clavier histoire

    de faire fonctionner mes doigts

     

    j’ai tout remis en place

    pour ceux qui viendraient après

    libre à eux de tout chambouler

     

    j’ai bien accroché la corde

    avec un clou et un marteau

    j’ai bien fait mon nœud pour une fois

     

    je n’ai presque touché à rien

    comme tu verras juste je suis 

    descendu pour t’écrire ça

     

     

    L’atelier du fauve


    dans l’atelier du fauve

    j’ai essayé tous les félins

    l’un après l’autre

     

    puma jaguar lion léopard lynx

     

    quand je suis arrivé au tigre

    j’ai su que cette fourrure

    ces yeux ces dents ces griffes

     

    c’était ton cadeau pour moi

     

    E.A.

     

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  • DIX POÈMES À TOUT CASSER

    La démence


    les jours de démence

    je m’allonge

    contre son ventre

     

    je récite

    l’un ou l’autre mantra

    en fixant son nombril

     

    je laisse passer l’orange

    je pénètre au vert

     dans le clair-obscur de son drame

     

     

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    L’étrangère


    tous les mots qui passent entre ses lèvres

    je les récupère dans un dictionnaire

     

    je n’entends plus qu’à travers ses paroles

    je ne parle que son langage singulier 

     

    comme elle est étrangère 

    je suis devenu sourd au parler courant

     

    aujourd’hui enfin je comprends

     pourquoi la langue maternelle m’a toujours été indifférente



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    Le goujat


    Depuis ce matin

    je me comporte en goujat

    avec toute la cour

     

    Le Roi m’a dit :

    « Mais que se passe-t-il avec vous ?

    Le Roi me vouvoie, oui. »

     

    Je lui ai répondu : 

    « Sire, c’est que je suis tombé

    amoureux de la Reine

     

    et de sa peau nette

    en lui lavant le dos

     sans savon ni gant de toilette. »


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    La récitante


    quand elle lit

    je bois ses paroles

     

    l’ennui c’est qu’elle dit

    des textes de merde


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    Le surfeur


    dans la vague de froid

    je mets un brin d’ardeur

     

    je ne voudrais pour rien au monde

    une nouvelle ère glaciaire

     

    la neige évidemment m’en veut

    de ce crime de lèse-majesté

     

    mais je défendrai jusqu’au bout

    le droit de réserver au feu

     

    un sort égal à celui du gel

     

     

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    La main


    je n’ai rien du papillon

    mais tout du porc

    sinon un goût de chitine

    et non de couenne

    quand on me croque

    et non me lèche

    après m’avoir pris

    et bien laissé

    la main dans une fleur

    de chair


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    La lettre


    j’aime tes h

    plus que tes i et tes o

    tes voyelles se voient trop

    comme le é au milieu du dévisagé

     

    j’aime tes h

    muet ou aspiré peu m'importe

    du moment que dans ta voix

    s’entend tout ton corps

     

    et la salive et le souffle

    qui murmurent sans qu’on le voie

    ni le devine

     

    ton alphabet intime


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    l’éclairage


    quand ta peau

    occupe toute la place

    de mes rêves

     

    je referme la nuit

    à la page de tes lèvres

     

    sur ta langue ivre

    je bégaie des baisers

     

    avec la petite lampe du jour

    j’éclaire l’aube de ton corps

    pour ne plus voir

     

    tes étoiles lire 

    mes plus mauvais livres


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    Les conseils d’une mère à son fils


    Danseur à la barre

    c’est pas un métier

    me disait ma mère

    qui a fait carrière dans l’effeuillage

    de marguerites

    quand j’envisageais la profession de jardinier

    pour seul avenir

     

    Fais plutôt terrain en terre battue

    pour un parterre de tennis women  

    glaïeul pour tulipes en chaleur  

    ou professeur de chant à la noix

    ça ne casse rien

    mais au moins tu auras jusqu’à la fin

     un public de rombières assuré


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    Le bleu


    j'ai caché le bleu dans la cave et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu au grenier et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans la mer et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans le ciel et elle l'a vu


    j'ai caché le bleu dans la terre et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans le tiroir aux couleurs et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans l'oiseau de paradis et elle l'a vu

    j'ai caché le bleu dans la baleine bleue et elle l'a vu


    j'ai caché le bleu dans le bleu de Klein dans le bleu de Prusse dans le bleu de bleu et elle l'a vu

    alors j’ai remis le bleu dans ses yeux (qu’il n’aurait jamais dû quitter) et elle n’a rien vu


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    avant d’écrire

    fais revenir ton texte

    dans un fond d’oignons

    afin qu’au besoin

    il fasse pleurer

    sans oublier  

    une pincée

    de poil à gratter 

    pour le cuisinier


     

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  • Dix poèmes au pied levé

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    Volatiles


    en ouvrant la bouche

    pour mordre dans la chair

    du vent 

    on n’avale que des oiseaux

     

    jamais une langue de femme

    qui chercherait un nid

    ou quelque chose à dire 

    au sujet de l’ornithologie


    *


    Les silhouettes


    es-tu une lune rousse

    ou bien une fausse étoile blonde 

     

    à cette distance

    tu pourrais aussi bien être

     

    une petite planète brune

    ou bien une météorite verte

     

    ou encore une supernova bleue

    de la famille des stars de la galaxie

     

    laisse-moi dans le doute

    n’approche pas trop près

     

    je ne veux surtout pas savoir

    depuis quand j’ai quitté la terre

     

    pour un soleil de rêve


    *


    Le grand jeu


    j’ai brulé tous mes mots

    au feu de ton texte

     

    mais quelle idée de l’avoir mis

    au centre du brasier

     

    un peu plus haut au creux du nombril

    un peu plus bas à la pliure de l'aine

     

    j’aurais pu encore écrire 

    un ou deux poèmes nazes


    *


    La vitesse


    tu me précipites

    dans tes bras dans tes jambes

     

    tu as oublié

    que j’étais en vacances

     

    sur tes lèvres et même entre 

    pour deux longues minutes au moins

     

    *


    La confiance


    attends que ton regard

    paraisse à la fenêtre de mes yeux

     

    attends que ta parole

    se remplisse doucement de mes mots

     

    attend que ton nez

    respire les effluves de ma peau

     

    attend que ton ouïe

    s’habitue à mes sons

     

    pour m’appeler ton frère 

    en me plantant un couteau dans le dos


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    Les poignards


    j’aime les poignards

    que tu m’adresses

    en ligne directe

     

    même si je n’ai pas le temps

    de les compter

    de les contrer

     

    ils vont se planter

    un après l’autre

    dans ton reflet

     

    heureusement que je pense 

    toujours à me couvrir

    d’un miroir

     

    *


    La course en tête


    ma mère au bord

    de la route

    m’encourage

     

    elle me pousse dans le dos

    elle crie mon prénom

    elle me dit Vas-y mon chéri

     

    mais l’arrivée

    est encore loin

    et mon père fait

      

    la course en tête


    *


    La chaleur


    avec des allumettes

    j’ai allumé ton ventre

    pour voir tes jambes

     

    j’ai vu loin

    jusqu’à tes pieds épatés d’un côté

    jusqu’à tes yeux étonnés de l’autre

     

    s’il avait fait moins chaud

    je serais resté à te regarder brûler

    dans toutes les directions

      

    *

     

    Le beau travail


    le marteau frappe l’eau

    tandis que le clou enfonce la mer.

     

    seul face à l’horizon

     

    le marin peut maintenant

    se reposer sur son travail

     

    *


    avant d’écrire

    dénoue tes joies tes jambes

    avec les lacets

    fais un nœud coulant

    à tes désirs tes regrets

    marche pieds nus

    sur la plage de ta page

    avant de te jeter

    dans ton texte

    fais un nœud à ton plongeoir

    écarte bien les orteils 

    pour laisser passer la mer


     E.A.

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  • avant d'écrire

    avant d’écrire

    je demande mon chemin

    aux mots

     

    ils ont mal à la tête

    les mots

    à force de se faire apostropher

    et ils me disent

    c’est par cette phrase-là!

    m’sieur l’apprenti écrivain

    c’est par ce livre-là !

     

    je sens qu’ils se moquent

    je ne relève pas

    je me dis que d’ici un à dix ans

    ils se courberont sur mon passage

    ils me feront des salamalecs

    ils regretteront leurs marques d’ironie

    ils feront tout pour se faire cajoler

    par mes soins

    mais je resterai de bois

     

    je ne leur donnerai même pas

    une petite aspirine de la nouvelle génération

    à la limite du paracétamol

    de derrière les fardeaux

    ou de la grande camomille en infusion

    un comprimé qui fond sur la langue française

    sans faire de bulles

     

     quand je serai pharmacien

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  • 10 poèmes pour les nuages

    I

    chaque matin a son nuage

    chaque nuage son propre teint

    qui vire à la pluie

    quand, par erreur,

     on a trop secoué les couleurs de la nuit


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    II

    à mesure que vient le soir

    le verre du jour

    se vide de sa lumière

     

    on n’écrit plus les mêmes poèmes

    avec les mots des mains

    devenues graves

     

    on sort du néant

    les poubelles de l’ennui

    mais pour quels feux de joie ?

     

    dans les signes du ciel

    une pensée se met à pleuvoir

     des paroles toutes noires


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    III

    un jour pour exister

    on prend la forme d’une orange

    d’un tapis-plain d’une plaque de cuisson

    et on se bat

    on tape des poings et des pieds

     

    on est renvoyé dans les cordes

    de l’existence

    sans marquer de points

    alors s’il reste

    des ombres dans les coins

      

    on veut bien qu’elles nous dévorent


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    IV

    la pensée ne va pas là

    où l’arbre le veut

    le vent a son mot à dire

    puisque dans chaque mot

     une feuille couve


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    V

    dans ta bouche

    le ciel a grandi

    transformant tes dents

    en nuages

    et ta langue

    en averse de pluie

     

    heureusement ton dentiste

    a prévu l’orage

    et enlevé toutes les intempéries

    en sorte que lorsque tu as souri 

    tes lèvres ont dessiné un soleil


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    VI

    on ne combat pas la nudité

    on la protège

    de ses bras de ses regards

     

    si on prend les armes

    c’est pour chasser tous les vêtements

    y compris les bikinis

      

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    VII

    tu n’es pas si dense

    que ce caillou

    me dit le chemin

     

    tu n’est pas si clair

    que ce ciel

    me dit l’espace

     

    tu n’es pas si chair

    que cette nudité 

    me dit ta beauté


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    VIII

    dans l’air

    on cherche à saisir le ciel

    sous la forme d’un oiseau

    ou d’une étoile

     

    l’étoile est lointaine

    l’oiseau est proche

     

    c’est le vent qui nous prend

    pour nous ramener

    à la terre

    où le temps nous attend

     

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    IX

    ma mère fait monter un nuage à mon père

    qui lui renvoie sous la forme d’une masse liquide

     

    cela fait des siècles que ça dure

    leurs jeux à la con de la terre au ciel

     

    un jour je suis né d’un de leurs coups de foudre

    qui a dégénéré en tempête

     

    ce qui n’aurait dû constituer qu’un état transitoire de mon être

    est devenu une élémentaire goutte de pluie

     

    ensuite j’ai dû me débrouiller tout seul 

    pour me faire embaucher par un grand fleuve


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    X

    avant d’écrire

    soupèse le nuage d’écrire

    et s’il est trop vague

    laisse-le au ciel

    prends un peu de terre

    pour tes tourments

    pour tes poèmes

      

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  • Dix poèmes oedipiens, mère-de alors !

    machinalement


    machinalement je pense

    à mon père ajusteur

    qui aurait pu faire

    l’économie de ma vie

    en la gravant

    sur son établi

     

    dans l’étau de son rêve

    j’aurais vécu heureux

     

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    la peau 


    aurai-je assez de peau

    pour recouvrir ma mère

    pendant les guerres 

     

    avant que les Allemands

    (ou les Grecs ou les Atlantes)

    ne la recouvrent

     

    de leur manteau de peur ?


     

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    des journées entières


    des journées entières

    dans la littérature

    à arracher les mauvaises phrases

     

    ne rien tenter

    qui n’enterre le texte

    dans les tiroirs

     

    visite impromptue

    des amis

    au poète prématuré

     

    (Rimbaud Keats kids morts nés

    chers Char Aragon ou Perse

    morts et enterrés)

     

    quand j’étais en couveuse

    je n’avais aucun projet

     

    (aucun livre à écrire)

    (aucune vie à vivre)

     

    j’ai bien vécu pourtant 

    façon de parler

     

     

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    le dos


    quand je lave le dos de maman

    papa n’est pas là

    papa n’est plus là

     

    ça savonne et ça rince

    le gant du souvenir

    ça fait des traces de mémoire

     

    c’est long un dos de maman

    ça descend loin

     

    dans l’enfance


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    les dessins de ma mère


    ma mère dessine un nuage

    ma mère dessine un oiseau

    ma mère dessine une rivière

    qui descend de la montagne

    dans la rue de mon enfance

    où est la mer de mes souvenirs

     

    ma mère ne sait pas dessiner

    elle rend le nuage & l’oiseau

    elle rend la rivière & la montagne

    elle rend le crayon & la feuille

    elle rend le fils au bateau de papier

    échoué sur la page blanche

     

     

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    cache-cache


    ma mère cache mes fiancées

    avant que je les marie

    elles disparaissent un jour

    avant que je les aie (vraiment) aimées

     

    jamais je n’aurai d’enfants

    si ma mère coule mes fiancées

    dans le béton de sa jalousie

    au fond du jardin de mon enfance


    où mon père fait pousser ses pleurs



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    bestiaire de l’enfance


    dans un trou de mémoire

    j’ai mis papa maman

    et le canard jaune de la balancelle

    l’hippopotame vert-bleu de la baignoire


    puis je les ai envoyés dans l’espace

    où est l’éléphant de la constellation

    qui réécrit dans le ciel

    avec sa longue trompe blanche

     

    l’histoire de mes cinquante ans


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    personne


    personne n’aligne les chiffres

    comme ma calculette soporifique

    et c’est pour cela 

    qu’elle m’accompagne dans mon sommeil.

    depuis le commencement des rêves

     

     

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    pas à dire


    il n’y pas à dire

    les vaches ont de l’allure

    quand à la fin des temps

    elles rejoignent

    le Big Bang

     

     

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    avant d’écrire

    installe-toi

    dans ton arbre

    et n’en descends plus 

    avant la faim


  • DIX PETITS POÈMES

    la poésie

    parfois la poésie coule de source

    loin des fleuves du dire

    dans les bocaux de la littérature

    les poissons des mots flottent

    entre deux phrases

     

    parfois la poésie se couvre de prose

    c’est qu’il va pleuvoir

    toutes sortes de choses

    c’est qu’il va falloir

    rentrer sa muse

     

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    c'est une maladie

    c’est une maladie qui se refile

    de père en fils

    comme une épidémie

     

    aucun médecin

    aucun traitement

    ne peut la contenir

     

    sinon la mère

    avec le sirop de ses seins

    et le lait de sa folie

     

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    dans les musées

    dans les musées

    les visiteurs

    ne posent pas de questions

    aux femmes explosées

    en petits morceaux

    de peinture

     

    ils lèchent la peau

    écaillée

    en découvrant

    toutes les réponses

    que pose la nudité

    à la beauté ensanglantée

     

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    la piste

    le ciel s’allonge dans mon lit

    en déposant ses nuages 

    sur l’oreiller

     

    parfois

    des avions légers

    atterrissent au milieu de la nuit

     

    je ne me lève pas

    pour évacuer la piste

    des rêves


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    la traversée

    d’une seule envolée

    traverser l’azur

     

    puis tomber amoureux

    d’une terre sans espace

     

    où la vue seule

    aurait la vie sauve

     

    tandis que court à sa perte

    la ligne d’horizon

     

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    les égalités

    l’homme ne vaut pas le rat

    la femme ne vaut pas la souris

    à quoi bon alors

    toutes ces histoires d’égalité

    entre rongeurs ?

     

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    ne pas jouir

    pour ne pas

    sortir

    de la volupté

    par la petite porte

    du plaisir

     

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    essais & terreurs

    j’ai bien essayé de manger

    mon père et ma mère

    mais ce sont des légumes

    et je suis un indéfectible carnassier

     

    j’ai bien essayé de manger

    un fantôme

    mais c’est bien inconsistant

    à part les draps, c’est du vent

     

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    à l’enterrement

    à l’enterrement

    du soleil

     

    pas un chat

    à la ronde

     

    pas une queue

    de radis

     

    pas une goutte

    de pluie

     

    on aurait dit

    la fin du monde

     

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    avant d’écrire

    ne te prononce pas

    tire au jugé

    tue s’il le faut

    pousse au crime

    en silence

    masque ton envie

    de commettre un massacre


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  • PISSEN(LIT) & LOVE: 5 poèmes fleur jaune

    pissenlits

    mes prières débordent des églises

    l’espace se nourrit de mains tendues

    avec les doigts Dieu fait des asperges

    avec les ongles des griffes crochues

     

    les larmes ne servent à rien

    qui glissent des yeux aux lèvres

    comme des pluies sans fin

    dans le lit des missels

     

    sur les seins des nonnes

    poussent des pissenlits

    qu’on arrache à la fin de l’office

    au son des cloches qui sonnent

     

    dans un chant d’herbes folles


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    mon sport

    ma mère ne sait pas où je vais

    quand je sors de mon sport

    pour faire de l’alouette

    ou de l’épervier

    parfois du héron

    dans la salle aux oiseaux

    avec les ailes de l’amour

     

    les autres mères mammifères non plus

     

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    ma peau

     

    ma peau s’étend

     

    elle peut suivant le sens du sang

     

    rejoindre la source de l’enfance

     

    ou l’embouchure de la mort

      

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    La route

     

    si je quitte la route

    c’est pour te rejoindre

    dans le champ de fleurs

     

    là où l’oiseau mâle

    pour s’échapper

    te dévore les ailes

     

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    36 

     

    il y a trente-six façons de renverser la vapeur

    il y a trente-six façons de faire chanter la rue

    il y a trente-six façons de poser un lendemain

    il y a trente-six façons d’ouvrir un parapluie

    il y a trente-six façons de se fermer à l’autre

    il y  a trente-six façons de s’éloigner de soi

    il y a trente-six façons de faire son important

    il y a trente-six façons (pas moins) de se mettre à écrire

      

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  • Poèmes pour rien (ni personne)

    rien d'autre


    le plaisir retrouvé

    d’être soi

    et rien d’autre

     

    un pur matin de joie

    ne guettant aucun signe

    du soleil

     

    sans trace de noir

    sans trace de toi

    sur la pensée

     

    voguant sans cap

    vers le soir

    une nuit vide

     

    à l’égal du corps

    qu’on aura occupé

    dans le temps court

     

    d’un amour

     

    *


    tes lèvres


    en pensée 

    je triture tes lèvres

    je me dis qu’avec elles

    on pourrait faire

    une maison de plaisir

     

    mais tes yeux

    m’empêchent

    d'approcher

    à moins d’un regard

    et je crois mourir


    *


    arbre bruitier


    dans l’arbre à bruits

    pas un silence

    pour attirer l’attention

    des abeilles

    que des sons de feuilles

    à l’abandon

     

    quand l’oiseau

    dépose ses trilles

    dans le ton

    de son nid

    ne pas crier à tout vent

    à la fin des saisons

     

    juste écouter

    les fruits tomber

    dans le jus de l’été

     

    *

     

    soudain la nuit nous est retirée

    avant que nous ayons été nus

    inondés de lumière suffocants


    *


    avant d’écrire

    passe la langue

    sur tout ce qui se lèche

    lape lisse lève love

    dans la bouche

    puis crache les mots


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  • Le cycle de l'oeil

    l’eau est faite d’yeux

    regard coulant vers la plaine

     

    source des mots-pierres

    et de vérité douce

     

    dans ce que tu vois là

    s’infiltre de l’air

     

    et du charbon de bois

    rond comme un pôle

     

    avant qu’il chauffe la planète

    après qu’il a rêvé de toi

     

    bulle du dire

    de l’improbable prière

     

    verseras-tu dans la terre

    ton trop-plein de paroles

     

    (pour te fondre dans le temps

    invisible du silence

     

    et recommencer la mer

    au somment d’un nuage)



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