CHRONIQUES de NATHALIE DELHAYE

  • LA CHIENNE DE NAHA de CAROLINE LAMARCHE

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=faa61a8caf62a6c11a8d05e2fb77a43e&oe=594195F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

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    De beaux voyages

    "Lire c'est voyager, voyager c'est lire" Victor Hugo.

    Cette citation a accompagné le livre de Caroline Lamarche au fil des chapitres, présente sur un marque-page choisi au hasard. Et colle à la perfection à cet ouvrage, puisqu'il y est question de voyage, de voyages au pluriel même...

    Le premier, un voyage dans les souvenirs, la petite enfance, la narratrice raconte ses premières années, auprès de ses parents, et de Lucia, sa "seconde mère", qui compte tout autant à ses yeux. A la mort de celle-ci, trop accaparée par sa nouvelle vie d'adulte et son histoire d'amour naissante, notre héroïne décide de ne pas se rendre à ses obsèques, avec regrets pourtant.

    Pour le voyage suivant, elle est invitée au Mexique, pour la fête des morts, par la fille de Lucia, Maria, qui a suivi son mari dans ce pays. Cinq ans après l'enterrement auquel elle n'avait pas assisté, sa vie a changé, son amour naissant a vécu, puis se meurt. Plus rien ne la retient, elle part... Un voyage initiatique à la découverte de ce pays, des moeurs et coutumes de chaque communauté, où souvent la femme n'a qu'une place de second ordre, voire pire... Et puis ce conte, "La chienne de Naha", présent tout au long du roman, énigmatique et angoissant.mfplissart.jpg

    Voyage spirituel aussi, puisque, lors de ses pérégrinations, la jeune femme côtoiera de nombreux religieux, partagera avec eux les prières, les offices.

    Voyage de l'âme, surtout, le retour sur soi, sur cet amour qui meurt, sur ces années pourtant agréables pleines de souvenirs. Un coeur en peine, une âme perdue, c'est difficile pour elle de profiter pleinement de ce qui l'entoure, on a l'impression qu'elle se laisse porter par les événements, qu'elle subit, que son destin ne dépend que de la bienveillance de ceux qui l'accueillent. Dans ce pays inconnu, où elle se trouve parfois dans des zones sensibles, elle a certes conscience du danger, mais rien ne l'atteint. Par contre elle s'émeut des conversations avec les personnes qui la reçoivent, essaie de partager leur quotidien et s'intéresse à elles, se ressource malgré elle pour un retour prochain...

    De beaux voyages donc, un choc de cultures, un changement de repères intéressant pour un être assez perdu ayant sombré dans la mélancolie. Émouvant.

    Le livre sur le site de Gallimard

    Le site de CAROLINE LAMARCHE

  • GRANDE OURSE de ROMAIN VERGER

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    003630036.jpgRomain Verger nous conte ici de bien étranges histoires. D'une part, celle d'Arcas , homme préhistorique qui se retrouve seul, abandonné, sa famille, sa tribu, ont disparu. Il essaie de survivre, niché dans sa grotte, se nourrissant des quelques réserves encore existantes... Et puis un jour, il ne reste plus rien, rien qu'un ventre qui appelle, une faim qui l'affaiblit. Autour de lui, un univers de glace et de neige, rien à manger, pas âme qui vive... De dépit, il s'en va, se dit que marcher lui fera le plus grand bien, part vers l'inconnu...
    Puis arrive l'histoire de Mâchefer, homme de notre temps, anorexique, qui réduit jour après jour ses portions de calories et s'en fait un point d'honneur. Vie triste d'un gardien de Musée, qui partage un pavillon coupé en deux avec Ana, la propriétaire, étrange bonne femme, il poursuit son chemin sans plaisir, attendant patiemment le point de non retour, que sa maladie gagne, qu'il ne lui reste que la peau et les os...

    Ces deux êtres, à des dizaines de milliers d'années, vont connaître un drôle de destin. Les maux qui les rongent, la faim et la solitude pour Arcas, la volonté de ne plus manger et, aussi, une certaine solitude pour Mâchefer, montrent des similitudes fortes. Comme si Mâchefer descendait de la lignée d'Arcas, comme si ces deux hommes se fondaient l'un en l'autre, et souhaitaient ne laisser derrière eux qu'un petit amas presque insignifiant... Mais la vie est toute autre, et les êtres qui croiseront leurs vies respectives, afin de les sauver, leur feront perdre pied, la folie n'est pas loin, l'irréel, le fantastique prennent le pas sur la raison de ces deux hommes perdus.rv-012-72.jpg

    L'écriture de M. Verger est très fine, précise et éloquente, le jeu du rêve et de la réalité très troublant, les descriptions parfois peu ragoutantes ajoutent une part de lourdeur, quelque chose qu'on a du mal à digérer, comme une bouillie trop épaisse, et ramènent ces deux hommes à un état primaire, dans leurs états d'âme, dans leurs pulsions, dans leurs priorités...
    Un sentiment d'oppression grandissant au fil des pages, le même ressenti lors de la lecture de "Zones sensibles" du même auteur.

    Le livre sur le site de Quidam Editeur

     
  • PAS LIEV de PHILIPPE ANNOCQUE

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    pas-liev.jpgEt si la réalité

    Je vais essayer de vous parler du livre de Philippe Annocque. Ou pas. 

    De l'inquiétante histoire de Liev, ou Pas Liev, qui m'a désorientée, bouleversée, déstabilisée, gênée, dérangée, émue, contrariée, attristée.

    C'est une lecture peu commune, un étrange remue-méninges qui affecte Liev, ce précepteur venu d'on ne sait où accomplir sa tâche. Surréaliste, ce mot convient. Ou pas. 

    Le cadre, une campagne à faux-plats qui s'étend à perte de vue. Une maison, grande bâtisse isolée semble-t-il, ou pas. Des personnages étranges et une ambiance inquiétante. 

    Ce livre met mal à l'aise. Ou pas. 

    On se surprend à s'attendrir, à sourire, à souffler parfois, à s'agacer de certaines répétitions qui heurtent l'esprit du pauvre Liev. Mille façons d'interpréter, de commenter, de s'énerver face à cet être qui oscille sur ses chaussures à bascule. Je l'ai vu souvent dodelinant de la tête, une petite musique à l'intérieur. Je lui ai souhaité quelques moments de lucidité, ses yeux bien qu'ouverts ne voyaient rien, ses oreilles n'entendaient pas, et les quelques mots qu'il prononçait n'étaient pas ceux attendus, c'est comme si ce personnage vivait dans une autre dimension. 

    Et puis, le dénouement, qui m'a poussée à terminer ce livre rapidement, non pas qu'il me déplaisait, mais il m'intriguait fortement, je voulais savoir...

    Perdu, le Liev, ou pas Liev. Il est mais il n'est pas. Il fait mais n'agit pas. 

    Désarçonnant...

     

    Le livre sur le site de Quidam Editeur

    HUBLOTS, le blog de Philippe ANNOCQUE

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  • D'UN SIMPLE JOUR À L'AUTRE d'ALAIN EMERY

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    15380358_1298540103536991_109415578429246085_n.jpg?oh=f38cb699ddbedc1ee1553323b36da6de&oe=58BBEF4ARegard de poète

    Alain Emery, nouvelliste, auteur de polars et biographe, s'essaie dans "D'un simple jour à l'autre" à la poésie, plus précisément la prose poétique. Et c'est un pari réussi. 

    Dès les premières pages, on plonge dans son univers nostalgique, très visuel et émouvant. Son amour des gens, de la mer, ses révoltes se succèdent en textes plus ou moins courts, toujours précis, et d'une écriture riche et pleine de poésie. L'auteur pose un regard particulier sur les choses, les personnages, cultive la différence et repère le petit détail qui fera mouche auprès du lecteur, pour partager une émotion, un sourire, une larme à l'oeil, en revisitant son enfance, explorant de vieux souvenirs, honorant sa Bretagne chérie.w210h0xxauteur_cfbd77074c04489e21e3d016dbfe5e12.jpg

    J'ai été charmée par cette parole de poète, chaque texte apporte sa touche de sensibilité, et parfois, très certainement, une note de vécu.

    La mer. Parlons-en. Je suis bien monté sur son dos, quelquefois, quand elle était bonne fille et qu'une soie turquoise s'allongeait d'un bout à l'autre de la baie. Quand il faisait si beau qu'on croyait voir tomber de la côte le sucre des bruyères et des ajoncs.

    Jolie découverte.

     

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

    Jack London, un ogre au coeur d'argile d'Alain Emery

  • TROIS ÉCLATS TOUTES LES VINGT SECONDES de FRANÇOISE KERYMER

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    9782709646567-X_0.jpg?itok=QqtNcCZ0Mise au vert

    Deux mois d'été sur l'Ile de Sein, ça vous dit ?

    Eh bien pour Emma, Parisienne, c'est un exil forcé qu'elle doit subir, en compagnie de son jeune fils, Camille, enfant précoce, ou peut-être atteint du syndrome d'Asperger, on ne sait pas précisément.
    Mère et fils arrivent donc sur cette île en tous points hostile, et Emma se résigne à s'installer dans la maison que son mari leur a louée, avec formelle interdiction de quitter l'île, sinon...
    Ce début laisse dubitatif et mille questions se posent.

    Jour après jour, le petit Camille veut explorer l'île de Sein et tous ses trésors. Sa mère n'a aucune emprise sur lui, et bien que lui ayant fixé certaines limites, il ne pense qu'à les dépasser.
    Emma découvre les habitants, la restauratrice du coin chez qui elle prend ses habitudes, et qui a la manière de faire avec son enfant difficile, un pianiste compositeur assez énigmatique qu'elle a du mal à cerner, et le Capitaine du bateau qui fait la navette entre l'île et le continent.

    J'avoue m'être ennuyée à la lecture de ce livre, le démarrage fut très long, la deuxième partie du livre m'a plus intéressée, toutefois avec une fin trop prévisible. La jeune maman vivra sur cette île une grande remise en question, et son petit y aura découvert des tas de nouveautés qui alimenteront sa soif de savoir.

    L'écriture n'est pas désagréable, de nombreuses touches de couleurs et des notes de poésie parsèment ce roman, mais ne me semblent pas assez structurées afin de permettre une lecture limpide et un emportement qui, je pense, était recherchés par l'auteur.

    Le livre sur le site des Éditions Jean-Claude Lattès

    Disponible aussi en Pocket

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    Françoise Kerymer

  • MAMAN JEANNE de DANIEL CHARNEUX (Luce Wilquin)

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    jeanne-couvert.jpgDes écueils de la vie...

    J'ai beaucoup aimé "Maman Jeanne" de Daniel Charneux, ce pour diverses raisons.

    Avant toute chose, il m'a rappelé nombre d'histoires situées plutôt au XIXème siècle, dont je me suis délectée au cours de ces dernières années de lecture. Des vies de femmes misérables, qui ne comptaient pour personne, humiliées, ignorées et maltraitées. J'ai retrouvé beaucoup de points communs avec cette lecture.

    Ensuite, la façon, la construction de ce livre est inhabituelle. Le narrateur observe et écoute Jeanne, sur la fin de sa vie, plutôt apaisée par un environnement moins hostile qu'elle a pu connaître. Elle se livre enfin et déverse ce qui lui pesait sur le coeur. Le sentiment de culpabilité de cette pauvre femme aura ravagé sa vie. Le peu de chance aussi, de mauvaises rencontres et des situations dramatiques.

    Enfin l'écriture ! Très sensible, un regard empli d'humanité, une jolie prose, j'aurais aimé ce livre plus long rien que pour écouter encore Jeanne s'épancher.

    "Alors, pendant que j'étais chez les soeurs, j'ai cherché une famille pour le garder, mon petit. J'ai écrit à Fémie, une amie que j'avais au village voisin, oui, je lui ai demandé si elle connaissait quelqu'un qui voudrait bien reprendre mon petit pour vingt francs par mois. J'irais en service, je travaillerais pour payer sa pension."

    Il en est encore, aujourd'hui, des "Maman Jeanne", des filles un peu naïves qui doivent subir plutôt que choisir, ce thème est hélas universel, et le nier serait se voiler la face. L'auteur livre ici un beau témoignage, sans aucune dureté, sans jugement, avec beaucoup de délicatesse et d'empathie.

     

    charneux.jpgLe livre sur le site des Editions Luce Wilquin

    Le blog de Daniel Charneux

     

    Daniel CHARNEUX sera, le dimanche 13 novembre 2016, entre 11 h et 18 h, l'invité d'honneur du Cinquième Salon du Livre de Charleroi qui se tiendra à la Bibliothèque M. Yourcenar de Marchienne-au-Pont.

     

  • UNE ENFANCE LINGÈRE de GUY GOFFETTE

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    product_9782070346219_195x320.jpgLa cour des grands

    J'ai eu beaucoup de plaisir à lire "Une enfance lingère", évoquant l'enfance de Simon, petit garçon espiègle,timide et naïf. Nous avons tous des souvenirs bien ancrés dans nos mémoires, des odeurs particulières et des goûts prononcés.

    Ici Simon découvre le toucher, la sensualité voire plus. En compagnie des grands qui l'entourent, de son oncle qui vend des bas de soie, de la maîtresse d'école qui lui fait cours, en passant par sa copine Jeanine, une "Grande" âgée de quelques années de plus que lui, sans oublier la grosse Germaine qui le sauve des eaux. Ce sont des situations cocasses, qui invitent à sourire, on a plaisir à découvrir les premiers émois de ce petit bonhomme tout surpris de ce qui lui arrive. Ses pensées candides, son regard vif et curieux, son esprit en pleine transformation feront de lui l'homme qu'il sera plus tard.contributor_11477_195x320.jpg

    "Aussi je pêchai longtemps en toute innocence, emporté par la curiosité, la colère ou l'envie. Je ne crois pas avoir eu jamais à cette époque la sensation de faire du mal, en tout cas jamais avec intention. J'étais simplement dépassé par moi-même. "

    Tout cela est écrit avec une infinie tendresse, celle qui a manqué peut-être au garçonnet, rabroué par son père, délaissé parfois par sa mère, mais il a pu trouver refuge auprès de personnes aimantes et vécu de véritables aventures magnifiées par son regard d'enfant.

    Le livre sur le site de Folio/Gallimard

    Guy Goffette sur le site de Gallimard

     

  • ON EST ENCORE AUJOURD'HUI de VÉRONIQUE JANZYK

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    onlit_31BIS_2D_1024x1024.png?v=1420893139Et si ? 

    Elle, la narratrice, invite un addictologue et auteur à une conférence. Rapidement, un courant passe entre eux, quelque chose d'étrange, comme si le destin avait souhaité faire se croiser leurs chemins. Ils se revoient pour partager leur passion commune : le cinéma. L'un et l'autre échangent volontiers sur les films qu'ils ont aimés, et passent leur temps dans les salles obscures à découvrir d'autres films, au détriment de leurs vies privées respectives.
    Et puis un jour...

    Et puis un jour elle se retrouve seule, brutalement. S'ensuivent de nombreuses interrogations...

    Véronique Janzyk a écrit ici un livre qui pourrait concerner tout le monde. L'histoire évoquée est celle d'une amitié trouble, un engagement inaccompli puisqu'un drame vient bouleverser cette relation. Et si ?

    Et si ? Ces deux petits mots vont couvrir la seconde moitié de l'ouvrage. L'absence provoque chez Elle un manque énorme, des regrets profonds, une sensation d'inachevé qui doit être lourde à porter. L'équivoque du propos tend à lui faire perdre la raison, ses rêves confortent cette folie douce et la déstabilisent au plus haut point. Les souvenirs l'envahissent et la plongent dans une sorte de léthargie, elle attend, elle ne peut prétendre à rien mais elle attend quand même. Situation des plus inconfortables qui la mine. Elle continue malgré tout cet échange en commentant ses impressions cinématographiques qu'elle lui adresse en dépit de tout.

    Un livre troublant et profond, sur les sentiments, l'amitié, l'amour peut-être, quoiqu'Elle s'en défende.

     

    V-janzyk-par-sandro-faiella-Copier.jpgLe livre sur le site d'ONLIT-Editions

    Un extrait d'On est encore aujourd'hui lu par l'auteure

    LA POULE de Véronique JANZYK  (Les plaquettes de la Fureur de lire)

    Nouvelles de Véronique JANZYK sur Les Belles Phrases

     

  • À TIRE-D'AILES de BENEDICTE LOYEN

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    image245.jpgUne belle claque

    Au-delà de nos considérations personnelles, au-delà des chiffres énoncés à la fin, cet ouvrage appelle notre conscience et nous invite, pour un instant, à accompagner un jeune homme Africain fuyant son pays dévasté par la misère et la guerre.

    Les photographies très justes suscitent en nous divers sentiments, et un mal-être évidemment. Plus éloquentes que tous les textes sur ce sujet, elles sont agrémentées de quelques mots, de courtes phrases ou petits textes qui en éveillent d'autres en nous, plus froids, plus durs, plus réalistes. Car malgré la tragédie, la photographe pose en douceur ses clichés, interpelle notre regard dans un premier temps, puis notre esprit, et nous réveille le coeur. 

    Et cet enfant qui veut déployer ses ailes pour rejoindre l'Occident a le pouvoir de nous émouvoir, nous fait ranger au placard notre aversion et nos craintes, nous invite à le suivre dans ce dangereux périple, envers et contre tout. 

    C'est beau, ça remue les tripes et donne à réfléchir. Une parenthèse bien utile en ces temps tourmentés, pour s'imaginer cinq minutes à la place de ce petit homme qui fuit.
    Pari réussi.

    Le livre sur le site des Editions Jacques Flament

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    Le site de Bénédicte Loyen, photographe, comédienne & réalisatrice

  • GEORGE SAND À 20 ANS de JOËLLE TIANO

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    004042461.jpgChrysalide

    Intéressante biographie que nous propose Joëlle Tiano, dans la Collection "à 20 ans" des Editions "Au Diable Vauvert".
    Nous découvrons en détail la jeunesse de George Sand, Aurore encore à cette époque.
    La petite Aurore, élevée à Nohant par sa grand-mère paternelle, grandit partagée entre cette dernière et sa mère, qui est partie vivre à Paris et rejoindre sa première fille, née d'un précédent lit. 
    On ressent dans cette histoire le déchirement qu'a dû connaître la petite fille. Sa grand-mère était très bonne pour elle, mais la mère, lointaine, était magnifiée et adorée.

    Ces influences ont tôt fait de forger à Aurore un certain caractère. De plus, ses origines maternelles modestes et paternelles bourgeoises, voire nobles, devaient être difficiles à concilier. 
    Ce début de vie assez difficile et particulier a dû cimenter pour toujours la volonté de la future George Sand.

    Nous passons en revue son adolescence, sa période mystique, son envie d'entrer au couvent, puis ses multiples prétendants au mariage. 
    Son dévolu se jettera sur Casimir, peu après le décès de sa bonne maman, sa grand-mère. Elle a dû retourner chez sa mère à la suite de ces tristes événements, mais les choses ne se passent pas bien. Elle aspire à fuir cette mère jusqu'à présent quasi inexistante et dont elle se détache de plus en plus. 
    Alors elle épouse le jeune homme, et devient rapidement mère. AVT_Jolle-Tiano-Moussafir_6364.jpeg


    Les années passant, elle se rend compte que cette vie n'est pas faite pour elle, elle a d'autres ambitions, surtout celle d'être indépendante, et va enfin se révéler.

    Ce livre apporte beaucoup d'éléments sur la jeunesse de George Sand. Ces premières années sont révélatrices, on peut retrouver beaucoup d'influences ou de repères dans ce que sera son oeuvre. C'est une belle approche.

    Quelques ouvrages sont cités, souvent "Histoire de ma vie" où l'auteure de ce livre a recueilli certains passages. Mais c'est un livre surtout ciblé sur cette jeunesse singulière, les références bibliographiques sont peu présentes, mais ne manquent pas pour autant. Tout est axé sur la chrysalide qui deviendra papillon.

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  • Les INCENDIÉS d'ANTONIO MORESCO (Ed. Verdier)

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    les_incendies.jpgDans le chaos du monde

    Charmée par Fable d'amour et La petite lumière, j'ai attendu impatiemment que paraisse ce troisième livre aux Editions VERDIER. J'ai donc ouvert "Les incendiés" telle un enfant qui a reçu de Père Noël le cadeau tant attendu.

    Un homme fuit tout ce qui l'entoure et croise une jeune femme aux dents en or qui lui annonce avoir mis le feu au monde pour lui.
    Cette phrase bien étrange pourrait résumer l'essentiel de l'histoire. 
    Dès les premières pages, on s'aperçoit que le ton a changé. Beaucoup plus sombre, beaucoup plus glauque, ce livre nous entraîne dans le chaos du Monde avec tout ce qu'il a de plus retors. Arrivent la luxure, la perversion, la cruauté, les armes, le sang, la lutte. "Les incendiés" vont mener bataille seuls contre le reste du monde, déterminés et impitoyables. Effrayant, glaçant souvent, ce périple rappelle notre société actuelle, un monde à feu et à sang, dénonce ses multiples dérives. 

    Mais comme c'est du Moresco, quand même, on tourne certes les pages en grimaçant, mais on prête attention à cette femme et cet homme, au couple insolite qu'ils forment, à ce qui les unit, et à l'histoire d'amour naissante. Un amour exclusif, destructeur, une passion effrénée. Les longues scènes sensuelles sont de toute beauté, tantôt réalistes et crues, tantôt empreintes de tant de délicatesses. Le feu, oui, le feu de la passion dans ce qu'il peut avoir de plus ardent, jusqu'au bout, l'homme qui fuit et la femme aux dents en or ne vivent plus que l'un pour l'autre et veulent brûler ensemble, enlacés, soudés. 

    On oublie le conte et la fable, on entre dans le fantastique. Un livre puissant, mais dur,
    une lecture bousculée par la violence, avec en filigrane cet amour exceptionnel, s'offrant en sacrifice, comme si lui seul pouvait sauver le monde.

    Le livre sur le site des Editions Verdier

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  • LE CARNET RETROUVÉ DE MONSIEUR MAX de BRUNO DOUCEY

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    MaxJacob_72dpi-232x300.jpgHommage d'un Poète à un autre Poète

    Max Jacob, Poète, romancier et peintre mort au camp de Drancy le 5 mars 1944, a payé de sa vie ses origines juives. Pourtant, depuis une quarantaine d'années, il avait la foi catholique, après avoir eu des apparitions, et s'était révélé fervent croyant. 
    Quelques jours après son décès, sa libération du camp avait été accordée.

    Et l'on voudrait aujourd'hui m'arrêter comme juif ? C'est aberrant ! Je ne suis jamais allé à la synagogue. D'ailleurs, il n'y en avait pas à Quimper. Le judaïsme ? Mes parents n'étaient pas croyants. Alors quoi ? D'où vient ma singularité ?

    Bruno Doucey nous offre ici un très bel ouvrage, imagine ce que Max Jacob aurait pu écrire dans ses derniers carnets, le bleu, puis le jaune qui ne le quittera pas, même aux heures les plus tragiques. Des notes, des pensées, une réflexion sur ces tristes événements qui sont troublants. Bruno-Doucey-2012_72dpi%C2%A9Murielle-Szac.jpg

    C'est dans le Loiret où le Poète s'est retiré depuis quelques années qu'il commence à consigner dans ces pages ses craintes et ses douleurs. Sa famille a été grandement touchée par de nombreuses arrestations et il est sans nouvelles de ses proches. Il apprend que sa dernière petite soeur a été arrêtée également, et s'en veut d'être encore là, à son âge (67 ans), voudrait prendre sa place et écrit à certains de ses amis afin qu'ils intercèdent en sa faveur. L'homme pourtant ne se voile pas la face, il se fait discret et attend son heure...

    Inquiétude toujours. J'ai écrit à Jean Cocteau, le pressant d'intervenir auprès de Sacha Guitry pour qu'il s'occupe de ma soeur. Je ferai d'autres lettres s'il le faut. C'est un foyer qu'on ne peut laisser sans braise. J'en crève de chagrin, le coeur saigne ! Je n'ai pas le goût à la littérature et suis incapable de travailler. J'écris des lettres aux puissants pour tenter de sauver ma soeur. Des lettres, des lettres, des lettres ! C'est tout ce que je peux faire. 

    Bruno Doucey fait vivre à nouveau ce Poète qui n'avait de cesse de défendre l'écriture, la poésie, convaincu qu'elle serait porteuse d'espoir.
    Au jeune homme qui serait resté près de lui jusqu'à son dernier souffle, l'auteur lui fait dire :

    Ecrire pour ne pas désespérer. Pour rester debout. Pour garder la tête hors de la fosse où sombrent nos corps. Ecrire pour être libre. Tu sais, petit, la poésie est sacrée lorsqu'elle est le fruit de l'urgence. 

    Quelques lettres authentiques de Max Jacob sont retranscrites dans ces carnets, quelques-unes de ses notes aussi, de ci de là, qui sont en totale harmonie avec l'esprit du livre.

    Le bel hommage d'un Poète à un autre Poète.

    Le livre sur le site des Éditions Bruno Doucey

    Une sélection de poèmes de Max Jacob

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  • LES ÉCRIVAINS N'EXISTENT PAS de LUC BABA

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    13892325_1159135314144138_5943191125363382417_n.jpg?oh=f979e02eadc1fd25af007ffc811ca306&oe=5817D337L'écrivain malheureux

    Etrange titre que celui-ci, suffisamment intriguant pour y prêter quelque attention et se poser quelques questions...

    Lui est écrivain, il vit à Liège avec Martine, dépend d'elle financièrement, puisqu'il ne sait rien faire d'autre : écrire. Mais jusque là rien n'est probant, puisque c'est Martine qui paie le loyer et remplit le frigo, au grand dam de ses parents qui n'aiment pas le parasite.

    "Je suis "auteur".
    Personne, à tout prendre... Eluard était comptable, Jarry marchand de tissus, Laforgue banquier. Verlaine fut militaire. 
    Pas de sot métier, vraiment ? Je me ferais bien passer pour quelqu'un aux yeux de tout le monde, parfois, militaire ou banquier, de passage là par hasard, entre deux ports, perdu, comme tant d'autres, avec l'avantage de le savoir."

    La vie s'écoule paisiblement, et puis un jour, il croise un de ses voisins qui chute dans l'escalier. Il dépose son manteau sur lui,mais l'homme a succombé. Il le récupère, le pose sur ses épaules et sent comme une drôle d'impression, un grand froid l'envahit, la mort qui plane ?
    Ce triste événement a des répercussions insoupçonnables. Certes, chez Martine, c'est confortable, mais ils arrivent au bout de leur histoire. Il prend la mesure de sa triste vie, il s'ennuie, les pages du cahier se noircissent peu. Sans inspiration, las de son existence, il souhaite secrètement partir et finit par le faire, aidé de Martine qui ne le retient pas.

    D'autres cieux, d'autres lieux, il se rend à Ostende qui lui évoque son enfance. Ostende toute grise et triste. La mer ? Il ne lui trouve aucun charme. Il loge dans un hôtel propret mais très modeste, et n'a presque plus le sou. Il se remet en question, prend la plume, écrit douloureusement.

    "Il faut dire que la nuit me verse de la folie à l'intérieur du corps. J'écris, et je sens que les mots sont des parasites plus ou moins accrochés aux parois de mon crâne. J'ai beau faire, ils me peuplent, avec leurs dents qui me mordillent la raison et le fond du regard. Ils me peuplent, et ils se reproduisent. On ne s'en débarrasse jamais."

    Alors il part faire un tour, pour se vider la tête, voir autre chose, regarder les bateaux, rencontrer quelqu'un.
    Pour le coup, il croise Maud, une femme vieillissante un peu paumée, par laquelle il se fait appeler Bob. Un pansement bienvenu.

    Ce livre traite du désamour, de la rupture, aussi de la perte de soi, de la confiance en soi, de l'incertitude.
    Bob déambule tel un zombie dans une ville qu'il sent hostile, les souvenirs qui l'y rattachent ne suffisent plus.

    "A la tombée du jour, le brouillard s'est vissé au port. Le phare tournait de l'oeil, toutes les lampes, les enseignes et les fenêtres allumées laissaient une poussière fine, comme de la craie de couleur, et la cathédrale refroidissait l'âme, avec ses tours grignotées, son air de vaisseau fantôme, sa rosace orangée."

    Cette introspection le rend mélancolique, sa plume se pose quelques fois, mais l'exercice est difficile. Il souffre, devient amer et se sent inutile. pourtant, les épreuves de la vie aideraient à grandir, mais le jeune homme est désabusé, tiraillé par la vie qui ne lui offre pas ce qu'il souhaite, ne pouvant vivre de son art, attiré par une fin précipitée. 
    Beaucoup de poésie dans ces pages, l'écriture de Luc Baba est plaisante, une succession d'images, d'émotions, de sensations diverses qu'il donne en partage au lecteur.

    Le livre sur le site des Éditions Luce Wilquin

    Le blog de Luc Baba

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  • EN PLEINE FIGURE - HAÏKUS DE LA GUERRE DE 14-18

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    13781993_1154965627894440_4964638377848721576_n.jpg?oh=25eb81bbb89aef3c30b6d45af5e655bf&oe=585782F0Au coeur de la Grande Guerre

    Dominique Chipot a réuni dans cette anthologie les Haïkus des soldats de la guerre 14-18.
    C'est une lecture particulière qu'il faut prêter à cet ouvrage, après la préface de Jean Rouaud, nous voici subitement plongés au coeur des tranchées.
    Et c'est peu de le dire, tant ces courts poèmes sont révélateurs, incisifs, touchants, lugubres, macabres, et profondément réalistes.
    Qu'ils aient été écrits par des soldats anonymes, ou par des auteurs enrôlés dans cette guerre meurtrière, ces jets de mots soulèvent le coeur, pas seulement par l'atrocité qu'ils veulent retranscrire, mais par l'émotion.

    Du mauvais champagne
    Un piano...
    Pour une heure il n'y a plus de guerre.
    René Maublanc

    Comme le dit Paul-Louis Couchoud, auteur qui a promu le Haï-kaï en France, le haïku est "un simple tableau en trois coups de brosse, une vignette, une esquisse, quelquefois une simple touche, une expression."2_civilisations_web_565.jpg?itok=w8sRl2ny

    De sa poitrine déchirée
    Sortit, en guise d'âme,
    Un portrait de fillette blonde.
    "Testament" Marc-Adolphe Guégan

    En adressant une lettre pleine d'éloges à Julien Vocance, un des auteurs qui aura le plus retranscrit la Grande Guerre par cette forme d'expression, il reconnaît la portée de ses poèmes, "l'immensité".

    J'ai senti, petite plaque ovale,
    quand je t'ai mise à mon cou,
    Le froid du couperet
    Julien Vocance

    Point de fioriture, des mots qui font mouche, des instantanés de vie, des expressions de craintes, de peur et de souffrance.
    Difficile de lire cette succession de poèmes en une seule traite, c'est un livre qu'on abandonne et reprend, pour prolonger la mémoire, avec respect et sensibilité.

    Un bel hommage aux Poilus, bien plus instructif que tous les manuels d'histoire, qui sent le vécu, au goût amer, fort de sincérité. Les puristes pourront être dérangés parfois par le manque ou le trop de syllabes, la codification "5-7-5" n'étant pas toujours respectée, ni l'évocation des saisons. Il leur faudra retenir l'esprit du Haïku, l'instantané, l'expression et l'émotion.

    Le livre sur le site des Editions Bruno Doucey

    Le site de Dominique Chipot

    12 haïkus de Julien Vocance illustrés par Michel Besnard

     

  • GÉRONIMO A MAL AU DOS de GUY GOFFETTE

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    product_9782070457106_195x320.jpgCri du coeur

    Comment dire "Je t'aime" à un père intransigeant, sévère, moraliste et avare de signes extérieurs d'affection ?

    C'est ce que fait Simon, au décès de Géronimo, ce père qu'il a subi, puis fui, qu'il n'aura jamais connu vraiment qu'avec son regard d'enfant injustement blâmé et d'adolescent rebelle. 
    Pourtant, il en a vu quelques fois, de l'émotion, dans ce regard paternel, le château-fort sans cesse reconstruit pour la Saint-Nicolas, ou les larmes versées à l'anniversaire de mariage. Mais pour ce grand enfant, l'aîné indomptable, c'était trop peu, et le ressentiment n'en est que plus vif, alors qu'il veille auprès de son patriarche mort.

    Simon a beau faire, dans ces circonstances, il se repasse le film de sa vie, les premières années, et cherche à comprendre le pourquoi des choses. L'éloignement qu'il a choisi et qu'il assume était pour lui un instinct de survie, un sursaut de liberté, une bouffée d'oxygène. Aussi il subit le regard de la fratrie qui, sans le dire, lui reprochent d'avoir été si peu présent.

    C'est une déclaration d'amour que Simon fait à son père, trop tardive hélas, mais quand même. Un cri du coeur pour celui qu'il n'a jamais su comprendre, et qui ne l'a jamais compris. Le tout avec pudeur, avec une formule qui évite le règlement de compte en bonne et due forme, parce que ce n'est plus l'heure, qu'il est trop tard pour ce faire, et que Géronimo repose en paix.

    Le livre sur les site des Editions Folio/Gallimard

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    Guy Goffette sur le site de Gallimard

  • LA PETITE LUMIÈRE d'ANTONIO MORESCO

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=2991f2cd597c323972880374d6cc7d06&oe=57C11FCApar NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

     

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     RADIOGRAPHIE DE l’ÂME

     

    C'EST L'HISTOIRE D'UN HOMME...
    D'un homme qui vit seul, reclus dans une petite maison dans un petit hameau inhabité. Attention, c'est un conte à nouveau que nous propose M. Moresco, un conte sombre, très sombre, triste, très triste.
    Cet homme vit simplement, observant la nature envahissante, les animaux libres comme l'air, il fixe l'horizon, et puis, et puis...
    Et puis il voit une petite lumière, discrète, un tout petit point lumineux loin là-bas, qui l'intrigue et le pousse à attendre chaque soir pour la voir encore. Curieux, il part à sa recherche. 
    Quelle n'est sa surprise de découvrir un petit garçon, dans une petite maison qui, tous les soirs, laisse la lumière allumée. Il est seul, lui aussi, énigmatique, surgi d'une autre époque. Qui est-il ? Que fait-il ainsi, abandonné, livré à lui-même dans cette nature hostile ?

    Rencontre bouleversante, celle de cet homme et cet enfant, celle de ce livre avec ses lecteurs. Mille interrogations se posent, point de rationnel, de la poésie, de l'énigme, de l'émotion. 

    On est restés assis devant la cheminée je ne sais combien de temps, l'un à côté de l'autre, parce que le feu peut se regarder des heures durant sans jamais se lasser. Il n'est jamais immobile. Les petits branches crépitent, se cassent, on voit l'espace d'un instant leur petit squelette incandescent tandis que la flamme s'élève, commence à mordre les zones internes des morceaux de bois plus gros, avec ce bruit qui semble un soupir, elle change sans cesse de couleur, devient bleue, verte même, elle se ressoude en un tortillon plus grand aux autres petites flammes qui se lèvent, çà et là, de la pile, partant de dessous, sifflant, et lançant d'un coup ces nuées d'étincelles projetées loin comme par une explosion 

    Et cette petite lumière, alors ? Ne serait-ce pas celle que chacun de nous recherche quand il ne nous reste plus rien ? Peut-être... Et cet enfant ? Ne serait-il pas le narrateur petit ? Peut-être...

    Voyez, "La petite lumière" est un livre qui déroute, un repli sur soi, une analyse en profondeur, une radiographie de l'âme, des personnages attachants, troublants, se contentant de plaisirs simples, d'un regard prégnant sur ce qui les entoure, mi-vivants mi-fantômes, perdus, dans un monde qui n'est plus le leur, qu'ils rejettent et fuient...

    Le livre sur le site des Éditions Verdier

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  • ZONES SENSIBLES de ROMAIN VERGER

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    72dpicouvzonessensibles.jpgRenoncement

    Romain est professeur en banlieue. Tous les jours il emprunte le train pour donner ses cours. Tous les jours il supporte les élèves, leurs blagues, leurs mauvais comportements, leur je-m'en-foutisme. Et les jours se succèdent et l'enseignant en a assez. Il a mal, un mal de dos qui s'accroît. Il est mal dans sa tête, dans son corps, dans sa vie. 

    Le paysage file : maisons au garde-à-vous, champs, parcelles de vies. Souffler sur tous ces pavillons comme le grand méchant loup, sur mon tas de copies, de recopies, sur ces litres d'encre rouge versés depuis des mois. Comme du pétrole s'accrochant aux rochers, aux oiseaux, s'infiltrant dans le sable et dans les plumes, l'encre a irrigué le papier, peuplant les marges, s'immisçant dans les interlignes, s'insinuant entre les lettres, dans le jambage des mouches, remplissant les classeurs, les cahiers, les tiroirs, attisant les haines et les feux intérieurs. Tous ces mots écrits et biffés, toutes ces appréciations qui ne signifient rien, des rivières figées dans l'hiver. 

    Il consulte un premier docteur, psy quelque chose, qui le prend en charge. Romain parle de ses rêves, des rêves de mer, de poissons gluants,d'eaux profondes, noires et nauséabondes. Puis le mal s'amplifie, la colonne vertébrale souffre, il faut opérer.

    Pour sa convalescence, le malade se rend dans un centre de balnéothérapie. Un drôle d'endroit, avec des malades étranges, des traitements singuliers, une alimentation surprenante...

    Une lecture fantastique, sur un thème hélas commun, le mal qui ronge les êtres fragilisés par une vie désolante, un ras-le-bol et une douleur à surmonter. Romain Verger explore les fins fonds de cet être démuni face à sa maladie, qui se livre aux bons soins de médecins censés le guérir. Sauf que ce parcours remue son être tout entier, les rêves se multiplient, toujours plus glauques et effrayants. Les journées se passent sereinement, entre soins et promenades, rencontres avec les autres patient(e)s qui partagent à leur tour leur histoire. Mais qu'en est-il de ce traitement qui transforme Romain, jour après jour ? 

    Un livre surprenant, qui nous rappelle d'où nous venons, qui évoque le déni de soi et le renoncement
    .

    Le livre sur le site de Quidam Editeur 

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    Le site de ROMAIN VERGER

  • LE GRAND VIVANT de PATRICK AUTRÉAUX

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    Le-Grand-vivant-652x1024.jpgFort

    Un homme attend que s'abatte le cyclone annoncé sur la ville. Aux prises avec une terrible angoisse, il se remémore son grand-père décédé, qui l'avait élevé et soutenu, et est assailli de remords. Il s'en veut de ne pas avoir été plus combatif et d'avoir laissé partir cet homme terrassé par la vieillesse et la maladie. 
    Par la fenêtre, il voit le grand orme rouge en proie aux rafales du vent. Celui-ci semble plier mais ne pas rompre, résister à la tempête et écouter les confidences du narrateur.

    "Le grand vivant" est un texte fort, à lire de préférence à voix haute pour en ressentir la portée, monologue de théâtre très animé et poétique. La puissance des mots, la déferlante de sentiments mitigés, de peine jusqu'à présent contenue rendent l'ensemble très touchant. C'est une espèce de chaos qui envahit le narrateur, il se délivre et lutte contre ses démons, règle ses comptes avec ce grand-père qui le tourmente depuis sa disparition terrestre. 
    Fort, c'est le mot juste.

    J'ai aussi aimé un arbre qui allait mourir. Longtemps j'ai croisé son corps malade au bord d'un champ. Puis son spectre debout. Jusqu'à ce qu'un jour, il soit abattu. De lui, j'ai porté le deuil. Sa souche est restée pour moi une stèle. Elle se dresse encore sur la route, je crois.

    Ce livre sur le site des Éditions Verdier

    Patrick Autréaux sur le site des Editions Gallimard

    Le site de Patrick Autréaux

     

    Patrick Autréaux présente son roman Les irréguliers paru chez Gallimard en 2015

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  • SI JE REVIENS SANS CESSE + POÈMES GÉOGRAPHIQUES de THIERRY RADIÈRE

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    SI JE REVIENS SANS CESSE

    Thierry RADIÈRE

    Jacques Flament Editions

     

    Dans la tourmente


    Poète :
    - Écrivain qui s'adonne à la poésie, qui compose des vers, s'exprime en vers.
    - Auteur, artiste dont les œuvres touchent vivement la sensibilité et l'imagination par des qualités esthétiques.
    - Personne qui considère la réalité à travers un idéalisme chimérique. 


    J'ajouterais à ces définitions trouvées dans le Larousse : "Personne qui dénonce et retranscrit par la beauté des mots toute la misère du monde".

    Car c'est bien de cela dont il s'agit, au travers des mots de Thierry Radière. Le poète tourmenté prend la plume et cherche à embellir ce qui l'entoure. Il ne peut que constater que tout part à vau-l'eau, malgré la beauté des nuages, de la nature, en dépit des petits bonheurs du quotidien. 
    De la peine ? Oui, on la ressent, elle transparaît tout au long de cet ouvrage, une larme en continu. 
    De la colère ? Très certainement, des mots durs parfois dans ces pensées profondes. 
    Et cette volonté de dire les choses, de les dénoncer, de partager avec le lecteur des angoisses profondes et de, sans cesse, constater ce qui ne va pas, comment tourne le monde, avec ce regard sur les choses simples et O combien révélatrices !

    pourtant je ne suis pas fou
    tous les jours je raisonne
    j'arrondis mes angles de vue
    je capitonne mes nerfs à vif
    j'anticipe le monde divisé
    en rêvant d'harmonie
    pourquoi faut-il donc toujours
    que la question de la justesse
    se pose à mes actes et à mes gestes ?
    peut-être pour raser
    les poils de bête qui poussent
    à l'envers de mon corps
    et chatouillent l'intérieur
    d'un vide sans nom


    C'est ainsi, "Si je reviens sans cesse", une impression de tourner en rond, de voir chaque matin que rien ne change, que tout stagne, qu'avec un peu de ci ou de cela on pourrait aller mieux, retrouver l'harmonie et réduire le chaos.

    Merci M. Radière, et n'hésitez pas à revenir.

    Le livre sur le site des Editions Jacques Flament

     

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    POÈMES GEOGRAPHIQUES

    Thierry RADIÈRE

    Le Pédalo Ivre

     

    Voyage au long cours

    D'abord, un titre, "Poèmes géographiques", qui intrigue...

    Ensuite, une écriture fleuve, nous voici embarqués pour un voyage au long cours, à la découverte de vers qui n'en sont pas, libre à chacun(e) de trouver le rythme, de se laisser transporter au gré de ce voyage original. D'ailleurs, après avoir lu, relire quelques passages à haute voix, pour adopter la cadence, c'est encore mieux !

    Elle, Fille des Landes, l'amour du soleil, la plage, les forêts...
    Lui, plus au Nord, terre froide, les Ardennes, les hivers rigoureux mais la chaleur d'un foyer...

    C'est dur parfois, réaliste, puis des passages sont doux et chauds, ça sent le Pin des Landes et la Cacasse à cul nu. Deux êtres qui se sont trouvés, se sont découverts, s'aiment et s'épaulent, au fil du temps. Le temps ? Passé, présent, puis "re-passé", c'est un voyage chaotique, comme dans un vieux train, à 30 km/h. Se dévoilent des souvenirs d'enfance, tantôt gais, tantôt douloureux, réalités brutales, la vie comme elle est, les choses simples, les blessures familiales, les échanges avec les anciens, le manque de..., les rires, la complicité.

    Puis les souvenirs de leur vie à deux, les tracas quotidiens, les choses en partage, et ils n'ont pas fini leur périple, l'un guérissant l'autre au fil des ans et des évocations.

    Enfin, un livre qui fait du bien, qui fait remonter à son tour au lecteur quelques réminiscences, ces souvenirs enfouis qui n'attendent qu'à rejaillir et apportent un certain bien-être, une forme de complicité avec les deux protagonistes qui parlent de vies communes à chacun, finalement...

    Le site du Pédalo Ivre

     

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    Thierry Radière

  • LE SENTIMENT DE L'INACHEVÉ de DOMINIQUE SAMPIERO

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    9782070179640Thérapie du coeur


    A quel point le passé peut-il peser sur la vie d'un être ? Les premières étapes de la vie ont-elles une influence sur l'avenir de chacun(e) ?

    En lisant le dernier livre paru de Dominique Sampiero, ces questions se posent, inévitablement.

    Jean-Claude est un petit garçon qui grandit dans une famille modeste du nord de la France, avec ses frères. Sa famille accueille de nombreux enfants de la DDASS, des filles plutôt.
    Des liens presque fraternels se créent entre ces enfants. Laurence, petite fille fragile et attardée, émeut Jean-Claude. Il la prend sous son
    aile, tel un grand frère. Seulement, grandissant, les deux pré ados jouent à des jeux plus honteux. Le jeune homme trouve en cette relation un refuge, il fuit ainsi son quotidien, s'abreuvant de ces amours et des livres qu'il dévore. Aussi il aime se rendre chez ses grands-parents, qui lui laissent entière liberté.

    Un matin, au loin, l'éclaircie. Derrière la buée des fenêtres, lumière de bruit de pas au loin, visage ouvrant à peine les yeux, lèvres effleurant le cercle noir et sa brûlure café, un jardin m'ouvre sa porte. Là-bas, dans le clignotement de l'herbe, c'est ma troisième maison. 98149a469139a567ebd283c8a3bd597e_announced_sampiero.jpg

    Jean-Claude grandit, et sa vie ne se passe pas sans heurt. A chaque épreuve il repense à ses premières heures d'existence, sa naissance par exemple, quel passage émouvant ! L'auteur prête à cet enfant naissant un regard et une âme bien consciente de ce qui l'entoure. Il deviendra un homme qui souffre, qui se trouve dans un mal-être permanent, qui recherche à tout prix des moments de plaisir, souvent furtifs. Un éternel insatisfait, d'où ce sentiment d'inachevé.

    Tout au long du livre, M. Sampiero manie la plume avec beaucoup de poésie, ce qui tranche étrangement avec le thème abordé. C'est une ouverture du coeur, une analyse de l'âme qui émeut, remue, secoue. Bien des rancoeurs se révèlent, la conscience est malmenée, ce lourd poids du passé s'avère difficile à porter.


    Le livre sur le site des éditions Gallimard

  • FABLE D'AMOUR d'ANTONIO MORESCO

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    Je lis régulièrement depuis bien longtemps, petite déjà, la bibliothèque était indispensable dans ma chambre. Je vis dans le nord de la France, à la campagne, près de Le Cateau-Cambrésis, ville natale d'Henri Matisse.

    En 2011, un ami m'a suggéré d'aller faire un tour sur Critiques Libres. Depuis, je poste régulièrement des commentaires.

    Je suis une lectrice éclectique, à part la science-fiction et la bande dessinée qui m'attirent moins, je passe d'un genre à l'autre aisément. J'affectionne particulièrement la poésie, tant en alexandrins qu'en prose actuelle. Je recherche dans toute lecture le petit truc qui me transportera. J'aime beaucoup les petites maisons d'édition, qui proposent des lignes éditoriales intéressantes et originales et font découvrir des auteurs méconnus. Je n'oublie pas pour autant les classiques, dans lesquels je me plonge avec grand plaisir, j'alterne ainsi contemporain et classique, formule qui évite de se lasser et me convenant très bien. J'écoute aussi les suggestions d'autres lecteurs, on apprend beaucoup ainsi et l'enrichissement est immense. Quant à mes auteurs préférés, ils s'appellent Nicolas Gogol, Emile Zola, Irène Némirovsky, Octave Mirbeau, Georges Rodenbach, dont le livre « Le Carillonneur » est certainement celui qui m'émeut le plus.

    Quand Éric m'a proposé de venir partager de temps en temps avec vous ma passion des livres, j'ai été touchée et très enthousiaste, je le remercie encore pour son invitation. Cette notion de partage me plaît beaucoup, d'ailleurs j'ai créé une petite association qui distribue des livres, récupérés auprès de bibliothèques ou de particuliers qui souhaitent s'en débarrasser. Les livres circulent ainsi et satisfont de nombreux lecteurs, ou permettent de démarrer l'activité de petites structures dans les villages, par exemple.

    Mais je cause, je cause... Place aux livres !

     

    fable_d_amour.jpgFABLE D'AMOUR

    Antonio MORESCO

    Editions VERDIER

    Et pourquoi pas ?

    IL ETAIT UNE FOIS un vieil homme qui s'était éperdument pris d'amour pour une fille merveilleuse. 

    "Fable d'amour" commence ainsi...

    Rosa, fille merveilleuse, jeune, pétillante et très belle, croise souvent Antonio, vieux clochard désabusé, qui n'attend plus rien de la vie, protégé par ses cartons et ayant pour seuls biens quelques sacs remplis d'on ne sait quoi.

    Cette histoire improbable, incroyable, et disons-le, impossible, ne pouvait être que le thème d'un conte. Un conte moderne, qui ne ménage pas notre société et ses travers, son infamie et sa perversité.

    Ils vont s'aimer, lui va réapprendre à vivre, redécouvrir les gestes du quotidien, oublier peu à peu ses années de rue, les nuits froides ou humides, les conteneurs à fouiller, la méfiance, le regard des autres. Il va renaître, propre sur lui, peu loquace après ces années de solitude, mais la lumière et la chaleur que lui apporte la fille merveilleuse l'aident à reprendre confiance en lui. Il ne vit que par elle, que pour elle.

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    Antonio Moresco


    Ce livre est un bijou. Un bijou précieux, dans ce qu'il a de poésie. L'écriture est parfois vive, voire crue, il faut dire que l'univers de la rue n'est pas des plus appropriés pour les belles phrases. Mais quand entre ces deux êtres un lien se crée, quand elle prend sous son aile cet homme perdu, comme un oiseau blessé, et qu'elle lui rend peu à peu le sourire, quelle magie ! Et puis...

    Bien plus qu'un conte d'aujourd'hui, ce livre nous apporte un regard intéressant sur ce qu'est l'amour, comment aimer, et comment être aimé. Accepter de ne compter que pour un(e), se livrer entièrement, corps et âme, au risque de se perdre. La vie n'épargnant personne et présentant ses écueils, il semble difficile de vivre si intensément un amour exclusif. 

    Pourtant... En faisant fi de la norme et des conventions, tout est possible. Antonio Moresco l'a bien compris, et nous fait partager ses pensées au travers de ce livre original et surtout dérangeant, au sens noble du terme, car il ne laisse pas le lecteur insensible.

    Le livre sur le site de l'éditeur