CHRONIQUES de PHILIPPE LEUCKX

  • MORT D'UN HOMME HEUREUX de GIORGIO FONTANA

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    123591_couverture_Hres_0.jpgUn jeune écrivain, né en 1981, décide, dans son deuxième livre, d'évoquer des événements tragiques de l'année même de sa naissance.

    Le thème des Brigades Rouges, de Prima Linea, du terrorisme rouge de ces années de plomb innerve toute une série de grands livres des dernières années. Il suffit de se remémorer le magistral essai de Rosetta Loy sur ces années ou le roman "Les années à rebours" de Terranova. Sans doute le trauma vécu de près, ou ressassé par les proches, a-t-il gardé, dense, intact, la force terrible du destin qui s'acharne.

    Le roman de Fontana tire sa force du croisement intime, éclairant, familial de deux parcours engagés : celui d'un père, Ernesto (dit Beppo), broyé par ses faits de résistance à l'heure de Salo et des assauts fascistes, celui de son fils Giacomo, né dans ces années-là, quarantenaire au début des années 80, épris de justice et de charité bien ordonnée, celle des autres pour qui il ne compte ni temps ni attentions.

    Milan, la via Cassoreto, Saronno, la côte Ligure offrent quelques-uns des lieux où l'action se concentre.AVT_Giorgio-Fontana_8943.jpg

    Les assassinats de personnalités ou de vies ordinaires, les enquêtes menées autour de trois magistrats, les liens intenses qui unissent une famille déjà éprouvée en 1944, de nouveau ballottée par les tensions de 1981...sont autant de pistes que le romancier, très documenté, tend au lecteur. Pour ne pas être un roman à clés ni un récit purement objectif des faits relatés, le livre n'est pas non plus un développement uniquement affectif et sentimental : il se noue là un réseau dense d'interactions; le magistrat Giacomo, riche du passé de son père, qu'il n'a jamais connu sauf par le souvenir que la mère Lucia en a préservé pour lui et sa soeur Angela, sait qu'il est héritier d'un destin et détenteur d'un avenir qu'il convient de choyer, comme on protège la dignité, la justice, l'égalité et l'amour. Son amour pour Mirella, ses enfants, son amitié pour Mario, Doni et les autres, jouent leur rôle à côté des implications politiques et judiciaires.

    L'homme heureux, c'est peut-être celui qui mène son combat, sans refuser aucune de ses attaches les plus précieuses.

    Un beau livre.

    Le livre sur le site des Éditions du Seuil

  • LA NÉCESSITÉ D'ÉCRIRE. ACTE LIBÉRATEUR : FRANÇOISE LEFÈVRE ET SON "OR DES CHAMBRES"

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    FR.L-.-L-or-des-Chambres.jpgUne petite vingtaine de livres de 1974 à 2008. Pas n'importe quels livres! Françoise Lefèvre, née en 1942, à Neuilly, est devenue comédienne et a, entre autres, dans les années 70, participé à l'adaptation télévisée du "Pain noir". Et puis vinrent ses enfants : les siens de chair et ses livres, qu'elle revendique comme des traces intenses de son parcours de vie. Bien sûr, il est peu de fiction facile, accrocheuse, vite oubliée dans cette littérature! Et dès le premier livre, un grand lettré, poète comme André Hardellet allait d'emblée repérer la jeune venue en littérature : "La première habitude" (dont j'ai parlé), déjà chez Jean-Jacques Pauvert, plaisait beaucoup à l'auteur du "Temps incertain" et ils se rencontrèrent, en juillet 74, place Desnouettes (15e) pour une entrevue unique, essentielle. Durant la nuit du 23 au 24 juillet, le poète décédait rue Beaubourg. Il projetait d'aller voir, avec Françoise, le Vincennes de son enfance. La romancière attendrait 24 ans pour consigner "Les larmes de André Hardellet" (Ed. du Rocher, 1998), sublime texte d'hommage au grand poète Hardellet (1911-1974).

    "L'or des chambres", petit livre de 128 pages, est une oeuvre immense, de sincérité, d'authenticité, d'écriture (aussi, et quelle poésie enfouie dans une prose intense, sensuelle, tactile!) et de courage. Il en faut de la bravoure pour relater une rupture et ses incidences : blessure profonde, solitude, peur de ne plus aimer, d'être de nouveau larguée etc.

    Ecrire avec fluidité, légèreté la gravité des sentiments, c'est un sport de haute compétition, que ne peuvent que les plus grands, les plus doués : Françoise est de la famille d'Annie Ernaux, de René de Ceccatty, de Beatrix Beck, ... Ecrire sur et autour de la douleur sans peser.

    Et donc "L'or des chambres", dont le titre pluriel évoque tout à la fois cette anse de l'écriture, ce repos sans guerrier pour une âme esseulée qui consigne l'absence, la haute charge d'écrire en responsabilité - sans ce recours vain à la fiction accrocheuse -, puisque écrire est là, qui innerve tout le livre. Françoise le dit : elle écrit pour se libérer, elle entame cette retraite qu'elle trouve terrifiante parce qu'elle est symbole d'absence d'amour et il lui faut l'écrire; elle écrit, est-ce l'or des mots? est-ce nécessité existentielle pour elle, dès ce deuxième livre?

    Il y a dans ces pages une chair des mots, une envie folle de recouvrer l'amour perdu, la présence de l'amant, et ce vide pressenti, ressenti, doublement blessé par le manque et le désir...

    "J'écris. C'est mon immense consolation glacée" (p.61)

    "O comme le soir m'enveloppe. La grâce existe. Elle est comme un pommier sur une tombe" (p.52)

    "Le vin est à mes lèvres. Il faut le boire. Enfants." (p.51)

    "Je te fais mes offrandes de soleil, de fleurs blanches, à toi, assis dans un train en sa compagnie." (p.103)

    "Attends. Je sens venir la fin du livre" (p.100)

    Comme chez Cabanis, l'écriture, le livre, la vie s'offrent au lecteur, dans un "jeu" qui n'est pas jeu mais nécessité littéraire, comme pour "Le bonheur du jour" du cher José.

    "Si tu n'étais pas absent, peut-être n'écrirais-je pas ou peut-être inventerais-je une absence. " (p.91)

    Jusqu'au dernier livre ("Un album de silence", Mercure de France, 2008), en passant par "Le petit prince cannibale", "La grosse", "Blanche , c'est moi"...la romancière ose tisser sa vie, celle des proches, celle dont elle a été témoin privilégiée, dans un mouvement qui soit audace et libération.

    J'attends avec ferveur, comme pour celle de certains écrivains aimés, la prochaine parution : il en va de la littérature comme de la vie, on reconnaît la beauté et la nécessité. Jean Guénot, expert en écriture littéraire à l'université de Nanterre, ne disait-il pas qu'on reconnaît l'écriture vraie comme la résonance des pas d'un cheval sur le pavé?

    Lefèvre l'a prouvé nombre de fois et il faudra qu'un jour on lui reconnaisse une place aussi solide que celle qu'on a réservée à Colette, Yourcenar, Sagan, de Beauvoir, avec ses consoeurs de grande qualité Ernaux et Sallenave.

    Merci, Madame Lefèvre.

    L'Or des chambres de Françoise Lefèvre (Jean-Jacques Pauvert, 1976; J'ai lu n°776. 128p.)

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    Les livres de Françoise Lefèvre aux Editions du Rocher

  • UN TRÈS BEAU LIVRE DE POÉSIE: SEPEHRI L'ADMIRABLE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    421.3.jpgNé à Kâshân, petit village iranien qu'il dit "perdu", égaré dans sa mémoire, le poète, qui écrit en persan, donne de la solitude une nombreuse suite de poèmes que relient un style très délié, une science des anaphores, un sens du cosmos, une lecture de la nature et de la lumière :

    "je suis plein de chemins, de ponts, de rivières, de vagues" (p.135)

    "il faut laver les mots"

    (p.121)

    "une pomme suffit à mon bonheur"

    (p.115)

    Le poète, dont l'épitaphe choisie pour lui-même est en elle-même source, quête, apologue de la poésie ("Si vous venez me chercher/ Venez délicatement et doucement/ de crainte de briser le fin cristal de ma solitude", p.69), veille à ne pas "troubler l'eau", porteuse, sauvage, signe de nature.

    "Parfois la solitude apparaissait à la fenêtre, son visage collé à la vitre" (p.95)

    L'œil incisif du poète donne au long poème "j'ai vu", où l'anaphore relance sans cesse l'acuité de la vision, un vrai manifeste poétique.

    "J'entends le vent remplir et vider le bol" : celui pour qui "la vie est l'extase de la main qui cueille", autre façon de dire son métier des mots et des vers, en très grand sensationniste de l'essentiel (proche du sens tarkosvkyen des élémentaires- lait, vent, air, herbe) : "de cette eau recueillons la fraîche beauté" (p.125), insuffle une force à ces brefs versets comme des haïkus étonnants :

    " C'était le crépuscule.

    La voix de la conscience des plantes arrivait à l'oreille.

    Le voyage s'en était venu" (p.143)

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    Sohrab Sepehri 

     

    Une pure poésie traverse ces espaces du passé redécouverts grâce aux mots qui en puisent l'essence :

    "La cour était lumineuse

    Et le vent passait

    Et le sang de la nuit coula dans le silence de deux hommes" (p.151)

    Quoi d'étonnant pour qui dit "cheminer dans la jeunesse d'une ombre"

    "où que je sois, j'existe

    le ciel m'appartient" (p.114) vibre comme une revendication libre et osée : le poète possède tout si son regard s'assigne l'essentiel ("il faut se laver les yeux, ajoute-t-il encore, il faut voir autrement", p.114)

    Un grand livre.

     

    Sohrab SEPEHRI, Histoires de lune, d'eau et de vent, Maelström reevolution, 2017, 196p., 16€. Traduit du persan par Arlette Gérard, Christian Maucq et Parvin Amirghasemklhani.

    Le livre sur le site de Maelström Reevolution

  • UNE RARE CONSCIENCE D'AUJOURD'HUI : ASLI, ÉCRIVAINE TURQUE MUSELÉE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    41miFLiJrnL._SX261_BO1,204,203,200_.jpgLe livre d'Asli Erdogan, au titre terrifiant "Le silence même n'est plus à toi" (Actes Sud, janvier 2017) est admirable. Admirable conscience qui lit le monde turc d'aujourd'hui, raviné par un bourreau au patronyme homonyme qui fait régresser l'intelligence, la liberté, la conscience d'être soi, arrête arbitrairement, emprisonne, fait torturer ou tomber les bombes sur des populations innocentes (forcément kurdes)...

    Peut-on implorer le jury du Nobel de littérature 2017 de lui décerner ce prix pour imposer son nom, plutôt que celui du bourreau honteusement fêté chez nous (par ses congénères) comme un héros par des populations bêlantes de bêtise. Doit-on rappeler les massacres de Maras, de Cizre, de Kobane, de Sivas? Et les dizaines de milliers de Turcs emprisonnés arbitrairement...

    "Ecrire contre la nuit, avec la nuit"

    "La lumière est un souvenir qui luit en chacun"

    "et si j'étais la lune, tant de fois morte et ressuscitée"

    "la plus effroyable cruauté que l'homme commet envers l'homme est de lui voler jusqu'à ses propres traumatismes" :

    élevant sa cause à une hauteur de conscience digne des Zola, Mandelstam, Chalamov (La Kolyma), Rajchman (Je suis le dernier Juif), Pasolini et Saviano, par ses chroniques lucides, précises, "consciencieuses" (selon moi au double sens du terme), Asli rameute, tant qu'il est encore possible, ce qu'il reste d'humain pour que l'odeur des massacres (Cizre, Sivas, Maras etc.), des tortures ordinaires et banalisées, des explosions, des emprisonnements et jugements arbitraires et bâclés, soit un peu plus respirable tant l'horreur nous assigne l'asphyxie.

    La Turquie d'aujourd'hui n'accepte ni le génocide arménien de 1915 ni les massacres plus récents à l'encontre des Kurdes (auxquels on avait promis, lors d'une conférence de 1922 un état, vite remisé au rencart par les Anglais et autres occidentaux). L'état turc par le la langue de l'oppresseur, qui impose un retour au strictement religieux, niant les apports d'un Mustafa Kemal Ataturk, niant les droits de l'homme les plus fondamentaux : liberté d'expression, justice impartiale, liberté d'association et de déplacement.

    En tant que journaliste et écrivain, Asli partage le sort d'intellectuels pourchassés "pour dire la vérité" pas bonne à clamer aux yeux et oreilles du dictateur. on n'est pas loin, avec Asli, de Mandelstm caricaturant le Staline si "doux"! Mandelstam termina son parcours à Voronej, dans un camp de transit où il mourut de faim et de mauvais traitements; Asli, pour ses chroniques acides, a été embastillée ni plus ni moins.

    Quelle régression pour un régime, être revenu à des pratiques dignes du petit père des peuples de 1934!

    Si c'est ça le progrès! en Turquie de 2017 : oui, il y a de beaux bâtiments dans Istanbul moderne...et des dizaines de milliers d'arrestations arbitraires!

    Je comprends moins l'enthousiasme bêlant de Turcs vivant en Belgique applaudissant à tout rompre le si "bon dictateur" qui a lâché des bombes sur les Kurdes fuyant Kobane et laissé les portes ouvertes à Daesh! erdogan Recep rejoint là les pratiques d'un poutine (tueries de journalistes - massacres en Tchétchénie etc.), d'un bachar, d'un régime chinois qui laisse mourir un prix Nobel privé de soins, d'un fou nord-coréen au pouvoir, ou de tant d'autres états qui dénient tous droits à l'humain qui vit, aime et réfléchit (le Mexique, cfr. l'essai "Ni morts ni vivants" du remarquable Mastrogiovanni)...

    LA VOIX d'ASLI bouleverse parce qu'elle donne à lire l'horreur absolue qui est la mort d'un enfant, kurde ou noir, ou simplement libre...Parce que ses "Mères du samedi" depuis vingt ans réclament en vain le corps mutilé de leur enfant, fils disparu. Parce que la liberté de dire est sans cesse minée.

    TOUT NOUS EST CONFISQUÉ, dit-elle en p.42 de son livre.

    TOUT.

    JUSQU'AU SILENCE!

    Le journal Özgen Günden, qui publiait ses chroniques, bien sûr a été interdit de parution!

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    Asli Erdogan

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    Le livre sur le site d'ACTES SUD

  • CHEMIN DE FER de MICHEL JOIRET

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    par Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

     

     

    chemin-fer-1c.jpg   C’est à une traversée du temps et à un hommage au rail que se livre le romancier et poète Joiret, autour de la figure de ce fou de circuits électriques de chemin de fer, Valentin, retraité bruxellois. On le suit de la guerre (1943) à son grand âge (il a septante-sept ans au terme du roman). C’est l’occasion pour notre écrivain d’évoquer les grandes périodes de la Belgique et les micro-événements que tissent la vie de ce Balentin (selon l’ami Karim) et celle de tant de Belges, ballottés de la guerre sombre à l’Expo de 58, sans oublier la ferveur que notre antihéros porte à son quartier autour de la Gare du Midi, à sa rue Grisar.

       En 28 chapitres, on passe de l’appartement minuscule de cet ancien fonctionnaire, que meublent les trilles de l’oiseau Aristote, offert par Karim le boutiquier, à la rue, à ses grèves qui agitent le petit peuple du Midi. En aura-t-il rêvé des trains, des voyages ! Et les voyages sont parfois, comme le dit Pessoa, immobiles. Mais le rêve ou la maladie soudain peuvent les rendre vibrants, tel ce wagon-lit de rêve qui illumine la vie nocturne d’un arpenteur, accoudé si souvent à la fenêtre, qu’enchante le monde des rails.joiret-2.jpg

       « Le Carré d’or » nous avait ébloui par sa grande connaissance de Bruxelles. Ce dernier roman, toujours aussi bien écrit, toujours aussi bien charpenté avec son présent sensible, ses retours en passé intime, distille une sourde mélancolie, celle qui relève avec justesse nos plus ardents désirs, la confrontation parfois étonnante avec le réel. Et parfois aussi du rêve éveillé naissent les plus beaux voyages.

       Sélectionné pour le Prix Mons 2017, l’ouvrage de Joiret est le type même de roman susceptible d’attirer, par sa finesse, par son indéfectible mémoire du temps, un vaste et nouveau public, exigeant, qui se reconnaîtra dans cette fiction si proche de nous, tissu d’enfance qui se prolonge et investit le présent du lecteur. Puisque chacun a ses marottes, chacun ses paradis réservés, jusque dans les coins les plus infimes de son monde.

    Le livre sur le site des Editions M.E.O.

     

  • À PROPOS DE LA TRAGÉDIE DE MARCINELLE UN LIVRET BILINGUE DE L'ARBRE A PAROLES

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    par Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

    19990477_1463901317005134_118151327126700364_n.jpg?oh=724b8310d3d8fe9a382d12d9dd757630&oe=5A02AC47Dommage... Je m'attendais à une évocation poétique qui puisse offrir aux 262 victimes et à leurs familles un blason du souvenir, de quoi soulager (le peut-on?) par les mots tant de souffrance.

    Au lieu de ça, au lieu du projet auquel on ne pouvait qu'adhérer (rendre hommage), un texte qui joue du pêle-mêle équivoque.

    On se souvient du beau film (en rien polémique) de PAUL MEYER : "Déjà s'envole la fleur maigre" (BE, 1960), qui réussissait à donner de l'immigration italienne un portrait saisissant sur les souffrances de l'exil et les beautés tout de même, tissées d'enfants dégringoleurs de terrils.

    J'aurais voulu, par ce texte d'Eric Brogniet, retrouver cette qualité. On est loin des promesses.

    Ce n'est ni un livre de poèmes (quoique l'auteur soit poète et célébré) ni un essai ni un compte-rendu objectif de faits tragiques (auquel cas l'ouvrage serait bien imprécis, bien partial). C'est un texte polémique qui amalgame des faits qui n'ont rien à voir entre eux ( le naufrage du paquebot Andrea Doria - les bombes sur Hiroshima - la mission de Van Gogh en Borinage - les camps de la mort - la tragédie du 8/8/56).

    A l'occasion du 50e anniversaire des événements terribles de Marcinelle, le Musée de la photographie de Charleroi avait édité un fort volume de textes et de clichés noir et blanc. Le texte de Christian Druitte, les photos saisissantes de Detraux et Paquay donnaient de la tragédie une vision large, documentée.

    Pour le 61e anniversaire, L'Arbre à paroles publie, avec une belle couverture de Pelletti , "Tutti Cadaveri", un texte de Brogniet, une traduction du même texte en italien par Rio Di Maria et Cristiana Panella.

    Le texte français - 17 pages - propose en page 15 :

    & les châssis à molettes aussi appelés chevalements ou plus poétiquement belles fleurs se dressaient noirs sur le ciel bleu azur de ce pur matin d'été qui rendait le paysage du Pays Noir plus proche de la belle et pauvre Italie là-bas au bout des interminables voies ferrées qui irriguaient l'Europe

    & qui avaient servi une dizaine d'années auparavant à transporter d'autres êtres humains qui seraient transformés eux aussi en brouillard & en matières premières, suie, engrais et savon pour le bénéfice de IG Farben, Messerschmitt, ...

    en page 21 : amalgame également d'événements tragiques qui n'ont rien à voir entre eux : corps "remontés sur des civières" comparés aux "papillons noirs de la fumée atomique ..."

    Etranges et douteux rapprochements entre des faits voulus par une industrialisation de la mort humaine commandée par le régime nazi et une tragédie NON VOULUE (quoiqu'il y ait eu de graves manquements dans l'intendance des fosses), entre Marcinelle et Hiroshima (victime des derniers ressauts d'une guerre mondiale atroce)... Quoi de comparable? Que veut-on prouver? Est-ce bien raisonnable de mettre en parallèle de tels faits dont le niveau de responsabilité est immensément divers!

    Pourtant, il y avait, sous la plume de l'auteur, tous ces affleurements d'émotions dans la relation des faits familiaux (ces deux frères morts en se tenant la main - les souffrances de l'exil, des proches attachés aux grilles funèbres - l'habitat précaire des baraquements, la froideur d'une certaine administration loin des peines subies ...), mais l'exagération polémique ôte à ces belles scènes leur force de conviction. Vraiment dommage : le respect humanitaire impose la neutralité ou la poésie revivifiante. La polémique ne sied guère à la tragédie qui broie les corps.

    Fils d'un résistant de l'ombre, amoureux fou de l'Italie, passionné d'histoire contemporaine (si complexe), scandalisé par les sévices qu'on inflige volontairement à l'humain (de la Chine des derniers jours à la barbarie nazie et aux GOULAG soviétiques), je dois l'avouer, j'ai été choqué par les amalgames que se permet l'auteur pour étayer sa thèse.

    Quelques erreurs orthographiques (pose pour pause, par ex.)

     

    Eric Brogniet, TUTTI CADAVERI, L'Arbre à paroles, 2017, 48p., 10€.

    Le site de L'Arbre à paroles

  • DU FOND D'UN PUITS d'OTTO GANZ

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    par Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

    439.3.jpgAutant le recueil précédent, à L'Arbre à paroles, "Mille gouttes rebondissent sur la vitre" appelait au vivat semper, à la ferveur de vivre après autant de constats de souffrances et de morts, autant "Du fond d'un puits" est métaphore du "vide qui précède chaque homme", de la fosse - pour ce spécialiste belge, avec Legge, des cimetières - , de la tombe et de la mort. Qu'on adhère ou non à ces pensées - sombres - "chaque jour est un interminable matin" - que tout lecteur pourrait retourner, comme un gant, dans un meilleur sens, on est tout de même surpris de tant de noirceur : tout n'est qu' "illusion : un instant de ciel", inutile besogne, à l'aune de ces "vieillards qui tournent en boucles dans les couloirs". Tout n'est qu'"errance", forcément. L'espoir est rangé au placard ("chaque nuit gagnée sur l'effroi du même réveil").

    La vitre - celle qui sépare ("comme au Cap Horn, y a de la glace entre les personnes" disait légèrement Souchon) - et les "mille coups sur les vitres".e8b9f7c2-8e37-4831-ae18-a8bc04baca21_original.jpg?maxheight=380&maxwidth=568&scale=both

    Tout n'est qu' "un maquillage de surface".

    Notre philosophe nihiliste doit se convaincre que "la parole comme le silence tuent".

    Les mots "légende", "illusion", "effroi" parsèment l'ouvrage. "Un apaisement de sépulcre" aère le désastre.

    "Le fond d'un puits est à ciel ouvert" et les "morts ne quittent pas, ils habitent tout représentant du vivant qui est doté de mémoire" : notre penseur s'adonnerait-il soudain à quelque idée convenue? Lui habitué aux dés du hasard malchanceux, des dé-convenues nombreuses?

    Les aphorismes "l'aliéné est ce rêveur dont le cauchemar est nuisible", comme la volonté de broyer exclusivement du très noir, jusqu'au "repli moins protégé de la raison", comme l'absurde "de la vitre" sur laquelle les "mille gouttes rebondissent toujours", les reflets, le monde circulaire une fois posé, peu "fiable", où l'être peut être "brûlé par la lumière"...répètent à l'envi qu'il n'est point d'issue. Les exclamatifs en remettent une couche.

    La répétition en plus gras, en plus grand de "la vraie misère est de se révolter contre son état" consigne jusqu'à l'usure "le fond du puits".

    On peut préférer - et de loin - les "Mille gouttes...", de jadis et leur vie en ressources, pas tellement folichonnes en matière d'espérance mais gaillardement plus poétiques.

    Ici traîne un traité ressassant de désespérance. On n'est guère entraîné à prélever la pépite...même pas l'étoile aragonesque "du fond d'un puits".

    Les vitalistes de tous poils - dont je suis - visiblement agacés, peuvent aller se rhabiller... ou se raviser.

    Du fond d'un puits d'Otto Ganz, Maelström, 2017, 90p., 18€ pour les deux exemplaires en tête-bêche, dont un à offrir - selon le principe de la collection.

    Le recueil sur le site des Editions Maelström

  • UN PETIT TOUR PAR LES ÉDITIONS HENRY : Philippe FUMERY et Valérie CANAT DE CHIZY

    P.Leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    155095785.jpgValérie Canat de Chizy avoue : "Je murmure au lilas (que j'aime)", petit livret de 48 pages (au prix imbattable de 8€ pour tous les volumes de la même collection "La main aux poètes") de poèmes en prose, dans lequel elle défend, illustre un "retour au pays de l'enfance" : "monde du silence", qu'elle doit de nouveau apprivoiser ou se réapproprier, à la manière d'une enfant qui "a germé" de silence, sans faire de bruit".

    Le pays, ainsi, se décline : le père "retourné au silence" de la tombe; la blessure toujours prête à éclater ("Parfois, il faut si peu pour que tout se fissure et que l'on perde pied")...

    Alors, il faut "écouter les rumeurs de la ville, le murmure des âmes" (on pense alors à Armand Guibert, celui d'"Oiseau privé" : "Voyager à travers les terres habitées, donc à travers les âmes").

    Alors, il faut révéler l'insoutenable : cette mort de la "sœur", de la "jumelle" perdue à deux semaines, échancrure dans une vie.

    La poésie palpite, la vie aussi : à l'image de ce beau poème de la page 38 :valerie-canat-chizy-murmure-lilas-jaime-isabe-L-gIkPki.jpeg

    "Les papillons palpitent contre les paupières, parcelles de lumière, engourdissement de la quiétude. état originel. Je retrouve mon âme sœur, jumelle perdue à deux semaines, deux ovules se blottissant l'une contre l'autre, se tenant chaud dans un écrin".

    Ecrire la douleur et la partager.

    Le recueil sur le site des Editions Henry

    Le recueil sur le site des Editions Henry

     

     

    Philippe Fumery, publié entre autres à L'Arbre à paroles (de beaux livres sur les nomades), propose, aux éditions Henry "Lune douleur Carlux", d'une écriture prompte à saisir les silhouettes, anonymes, croisées, avec le don de décrire le menu, l'infime, l'infime intime des corps, des gestes, des situations. Il suit ici à la trace des anonymes errant, vaquant à leurs petites occupations (courses), des jeunes, des moins jeunes, et, au fil des 112 pages et au tissage de brefs poèmes-blasons, le lecteur se sent soudain empreint d'une douce mélancolie qui l'étreint : le poète se met à la place des figures qu'il dépeint, sans jamais prendre la pose, mais en soignant les portraits, qui ne regorgent guère d'images mais restituent la vie, l'atmosphère. Fumery suit, le temps des saisons, toute une troupe de personnages attachants, fragiles autant que réalistes :fumery.jpg

    "Tu es repassé par la rue"

    "Elle délaisse le trottoir cabossé"

    "L'enfant traîne les pieds

    ...il apprend dans la douceur

    la perte, le retour"

    "Retomber en enfance

    serait douloureux?"

    "Vers quelle enfance

    retourner?"

    Les questions d'origine taraudent et trouvent ici manière lucide et transparente de réponse possible.

    Le recueil sur le site des Editions Henry 

     

  • POÉSIES DE FEMMES - " On se voudrait exempt de la douleur " nous dit SIMONE MOLINA

    images?q=tbn:ANd9GcRG7Cz-fY2z0_Bag_Ym8nYCgijg_wVG3TB6cknm2TdNSh7nPhYnzwpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    58145-w200.jpgLes vers de Simone MOLINA dans Voile blanche sur fond d’écran (Ed. La tête à l’envers, 72p., 14€) servent la compassion humaine : c’est une voix qui entend « au bord du désastre » les tumultes, les plaintes, « le meurtre » fait à l’Homme.

    Pour pacifier cette douleur ressentie au plus nu, elle « écoute le bruissement du monde ». Et même « se souvenir » prend l’accent d’un partage.

    Simone Molina rameute les derniers souffles, les visages perdus.

    « J’ai mené deux vies

    cousues ensemble

    pour retenir l’éclatement des jours »

    dit-elle. L’éclat(ement) des blessures, des jours, des peines ; la lucide lecture du monde (« les hommes sont sauvages »).

     

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    Le livre sur le site des Éditions La tête à l'envers

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    toutes-les-femmes-e1492596009971.jpgLa voix discrète de Montaha Gharib, poète libanaise s’exprime dans un livre en hommage à Toutes les femmes meurent pour un poème (Ed. Bleu d’encre, 54p., 10€).

    « Manger la nuit », « respire la liberté », « lapider les arbitraires », « la joie chaude d’un instant » : la poète écrit sans doute pour « piloter son âme », recoudre cet amour dilué dans l’oubli, dans le trop grand silence du monde.

    Les images sont une sorte de concorde retrouvée, une forme d’apaisement, une réponse à l’exil. Et un détour lucide aussi sur soi et les autres :

    « Affamée je grignote les miettes que tu me jettes »

    « Ta voix bruisse »

    « J'embrasse l'ombre de tes bras »

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    Le recueil sur le site de Bleu d'Encre 

     

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    60750-h200.jpgConjoindre à deux « voix », « deux voies » la sculpture et la parole poétique, c’est le désir de Frédérique Thomas dans L’entaille (Ed. la tête à l’envers, 112p., 16,50€).

    Des photos de sculptures féminines (bustes, corps, nus, sans mains, aux mains botériennes etc.) dans des jardins, groupées, où se lisent un attachement au mouvement (capillaire, des bras, des mains), une simplification volontaire, où l’élémentaire fait surgir la plasticité des formes, où le grisé de l’envol ; d’une mère avec son enfant suscite bien sûr une lecture libératrice d’un monde où il est possible de « s’élever ».

    Les textes épousent l’art sculptural (« reprendre des corps à l’ombre amère », la description de bouts de nature (« un bras de rivière, un bras caressant vos jambes sans chercher à les retenir »), le « vertige d’avoir été jetée dans l’air ».

    F. Thomas réussit à dire « chaque pulsation du temps » pour échapper au néant, à la mort du monde.

    « Retrouver la présence est le seul horizon du désir » pourrait servir d’apologue à l’ensemble des textes et des œuvres révélés.

    On sent, dans ce beau livre, l’entaille des burins, ciseaux et autres outils verbaux. L’intime entaille comme présence au monde des formes.

    Focillon eût sans doute beaucoup aimé ces jeux de formes, cette « Vie des formes » dont il célébra la pression des mains.

    L'ouvrage sur le site des Éditions La tête à l'envers

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    Quelques sculptures remarquables de Frédérique Thomas

  • VEILLEUR D'INSTANTS de PHILIPPE MATHY

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX 

     

     

     

     

     

    Electre_978-2-918220-50-3_9782918220503?wid=210&hei=230&align=0,-1&op_sharpen=1&resmode=bilinLe poète place ce recueil sous l’égide de Pavese et de son « Métier de vivre » : « On ne se rappelle pas les jours, on se rappelle les instants. ». Bachelard, dans « L’intuition de l’instant », eût pu écrire la même chose.

    Le poète est vigile, certes. Il conserve à la lecture son pouvoir de restaurer tous les instants perdus, de contemplation, de vie suspendue, d’observation d’une nature changeante.

    Le poète, donc, est à l’affût d’un réel observable, présent, sous ses yeux, au fil des saisons, de la lumière « désemparée » ou glorieuse.

    L’infime de la nature a, dans ces pages, un sourcier humble et attentif, près de définir son rapport au monde comme une terre d’effusion douce :

    Tu habitesPID_$1099110$_342770ea-5e35-11e1-8e5e-d1f7f99d0d82_original.jpg?maxwidth=756&scale=both

    le présent d’une présence

    Ce qui n’imprime pas de traces s’inscrit parfois plus sûrement dans la mémoire.

    Sur le tapis de l’herbe,

    je demeure assis,

    ne sachant comment

    survivre à mes rêves.

     

    La Loire adoptée, les ruisseaux, « l’air piqueté du cri des hirondelles » : tout inspire, tout suscite cette « ivresse légère où le désir vient se nicher ».

    Le poète repère le chien qui jappe, annonce de son cœur solitaire « qui aboie » ; le ciel d’avril lui donne des airs de philosophe du temps qui passe :

    Où va la vie qui va

    si vite

    si belle

    si cruelle ?

     

    Empreints de douceur, ces poèmes distillent aussi une mélancolique promenade au cœur des choses aimées, comme si elles étaient près de se fondre dans le décor des jours , « à l’arrêt dans le temps », « la voix basse du bonheur ».

    Sur les terres souvent foulées d’une nature épiée avec joie, le poète maîtrise, en vers ou en prose, ces « petits riens » qui bruissent de présence. Oui, « l’enfance sourit » si on prend le temps de la voir ou de la surprendre dans le menu d’un « sentier tortueux », quitte à voir passer des anges « dans le vol d’un oiseau », dans « un chant qui frémit entre les pierres ».

    Non, le poète ne s’est pas égaré. Il a adopté notre main et nous a fait signe, tout le long de la lecture, vigile, ça oui !, de l’essentiel. « Le silence fouette mes souvenirs » : le temps pleure « au bord de l’eau ».

     

    Philippe MATHY, Veilleur d’instants, 2017, 144p., 16€. Belles peintures de Pascale Nectoux. Editions L'herbe qui tremble.

    Le livre sur le site de l'éditeur

    Le site de Philippe MATHY

  • CE NE SONT PAS LES MOUETTES de DIDIER GIROUD-PIFFOZ

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    Ce-ne-sont-pas-les-mouettes.jpgLe narrateur retourne en Inde, dans une léproserie de Kumbakonam, là où il a travaillé en tant qu’humanitaire avec sa belle Solène, qu’il a aujourd’hui perdue, faute à un accident.

    Ce roman classique, à l’écriture vive, rend non seulement compte d’un amour sublime, mais encore d’un voyage initiatique au plus près des réalités effroyables de Bombay et des léproseries du sud de l’Inde.

    Regard au scalpel, dénonciation des Occidentaux qui viennent là pour leurs affaires ou pour leur regard de voyeur.

    Photographe, le narrateur se laisse aller à sa passion pour photographier une belle et pauvre Indienne, gagnant quelques roupies à l’hôtel, puis le regrette.2587562.jpg

    Ce bref roman réussit à gagner l’émotion des lecteurs, sans peser ni par ses thèmes ni par son écriture objective.

    C’est le pari d’un livre qui éveille à d’autres réalités et qui, merveilleusement, décrit une Inde d’enfants gagnés par la maladie et qui sont d’une force incroyable pour résister.

    On conseille ce roman aux vrais lecteurs, qui ne s’encombrent pas de références touristiques, mais veulent s’insérer dans un univers, non exotique, mais tout simplement humain.

    Didier GIROUD-PIFFOZ , Ce ne sont pas les mouettes, Ellia Editions, 2016, 154p., 16€.

  • LA VIVALDI de SERGE PECKER

    6a00d8345167db69e2019b01f6d68a970b-600wipar Philippe LEUCKX 

     

     

     

     

     

    vivaldi-1c.jpgCe deuxième roman de Serge Peker éblouit par sa simplicité et son écriture fluide, aisée, pour tout dire maîtrisée.

    Le thème en est limpide : placée en maison de retraite, une vieille dame de 88 printemps raconte par le menu sa nouvelle vie, où chaque pensionnaire est appelé(e) du nom d'un musicien connu. Pour elle, sa chambre arbore le nom de Vivaldi. La Vivaldi est aussi légère et futée que la musique qui lui est associée. Elle arpente les couloirs de la maison, croque les faits et gestes de la Liszt, de la Verdi, et les comportements des "blouses" qui s'occupent de toute la petite patientèle.

    Elle a le temps d'évoquer - en alternance de sa vie en maison - son enfance et sa fuite lorsque ce fut la guerre pour passer en zone libre, y être accueillie par Gaston et avoir ses premiers émois.

    Autant le thème que l'écriture ravissent le lecteur, très vite accroché par l'histoire d'une vieille dame qui renoue avec son passé pour nous offrir de belles pages d'histoire intime auprès des siens, Juifs, venus de Pologne. Les grands-parents, les parents, sa sœur violoniste défilent au milieu des souvenirs.peker.jpg

    Rien de faux ni de chiqué dans cette remémoration d'instants fragiles et délicats. Rien de solennel non plus, tant la vivacité de la vieille dame restitue l'authenticité de sa vie passée et présente.

    La sobriété d'une écriture rapide et précise, la légère mélancolie qui baigne l'intrigue, la construction narrative qui alterne les épisodes : autant d'atouts pour un roman brillant et humain.

    Bref, un auteur qu'il nous plaira de retrouver.

    "La Vivaldi" de Serge Peker (Ed. M.E.O., 2017, 140p.)

    Le livre sur le site des Éditions MEO

    FELKA, une femme dans la Grande Nuit du camp, son précédent récit paru chez MEO

     

  • APRICOT GROVES de POURIA HEIDARY au Festival du Film d'Amour de Mons

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    MV5BZmIwZDQxMDctYWVjMi00N2YxLWEyOTctZTc4MTlkNGQ1M2ZkXkEyXkFqcGdeQXVyMjk3NzkzNjY@._V1_UY268_CR3,0,182,268_AL_.jpgQuand le cinéma d'auteur peut, en 79 minutes, dire l'essentiel, instiller le malaise et résoudre, en toute fin de parcours, une énigme : voilà la réussite d'un premier long métrage, dû à un jeune cinéaste arménien de 32 ans, né en 1984.


    L'histoire tient en quelques lignes : Aram a vécu en Amérique et retourne au pays, à l'occasion de ses fiançailles. Son frère aîné vient le chercher à l'aéroport et le mène dans sa nouvelle famille. Les relations entre les deux frères sont profondes. Le voyage se poursuit jusqu'à la frontière iranienne.
    Quelques dialogues, beaucoup de silences et un art de dire en images traitées avec douceur et contemplation.
    Le cinéaste prend son temps pour décrire, raconter et émouvoir. Les longues séquences entre les deux frères, selon un road movie qui traverse l'Arménie, montrent combien l'attachement de l'aîné pour le cadet qui revient d'Amérique est intense. Le jeu des comédiens - Narbe Vartan et de Pedram Ansari - est remarquable de discrétion et de densité.
    Pouria Heidary, jeune cinéaste, sait mettre en scène le malaise - comme dans cette rencontre avec la famille de la fiancée d'Aram - autant que le silence et les paysages.


  • Au FESTIVAL DU FILM D'AMOUR de MONS, une oeuvre sautillante et inventive et belge du couple ABEL & GORDON : "PARIS PIEDS NUS"

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    afficheppn.jpgDominique Abel et Fiona Gordon (tous deux nés en 1957) aux commandes d'un film qui mêle drôlerie, émotion et sensibilité.

    Le burlesque au service du cinéma.

    Fiona a reçu une lettre de sa tante Martha de Paris. La vieille dame ne veut pas aller en maison de retraite et quitte son domicile.

    Arrivée dans la capitale, Fiona se retrouve très vite sans bagage. Sur sa route vagabonde, elle rencontre Dom, sans abri imaginatif et voleur.

    La recherche de la tante peut commencer, épique et hilarante. On ne peut guère résumer l'intrigue tant l'inventive mise en scène lance des petits cailloux sur la route de l'imaginaire.

    Les personnages de Norman et de Martha, campés par les vétérans Pierre Richard et Emmanuelle Riva, forment avec Fiona et Dom un quatuor humain et comique.

    Véritables clowns à transformations, Abel et Gordon endossent les rôles chamarrés de leur prénom.

    Les vues de Paris, les trucages, les ambiances nocturnes, les lieux parisiens revisités (Eiffel, les bords de Seine, Lachaise...), des scènes épiques (la chambre ardente, le restau sur la Seine etc.) , tout invite au partage d'émotions pures. La jonglerie, l'humour délicat, les situations burlesques ajoutent au film leur part intime de rêve.

    Un beau film, lumineux de tendresse, aux images inoubliables. Et le dernier film de Riva, décédée il y a peu.

    Le Festival du Film d'Amour de Mons 

    En savoir plus sur le film



  • AU FESTIVAL DU FILM D'AMOUR DE MONS, une petite merveille: LA PUERTA ABIERTA de Marina SERESESKY

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

    La_Puerta_abierta.jpgDans un quartier populaire de prostituées, à Madrid, mère et fille - Antonia, Rosa - partagent un tout petit appartement qui donne sur une galerie intérieure. Comme elles, d'autres prostituées et travestis vivent là, dans une promiscuité qui frôle la violence. Lupita (travesti), une Russe, une "hyène" (toujours à l'affût de ce qui se passe), Paco, son mari, qui la trompe...

    Antonia, qui veut se faire appeler Maria Lujan, amoindrie par accident vit, sans s'entendre avec elle, avec sa fille Rosa qui s'adonne à la prostitution. Antonia laisse toujours la porte ouverte, au grand dam de sa fille.

    Un jour, une petite fille de sept ans, soudain orpheline, déboule dans leur vie. Normalement, la petite Lyuba a disparu.

    Au plus près de la vie quotidienne et dans un ton qui mêle rires et gravité, la cinéaste réussit un tour de force en proposant, sans une once de moralisme, une description juste de relations féminines, une présentation de la prostitution aujourd'hui et une leçon d'amour.

    L'attachement de la vieille Antonia pour la petite Lyuba nous vaut les plus belles scènes du film. Un intimisme de tous les instants, une mise en scène qui approche sans voyeurisme les personnages, un humour qui dose bien les réalités vécues, autant d'atouts d'une oeuvre qui traduit bien les difficultés du monde.

    La cinéaste dirige d'une main sûre toute cette petite troupe jusqu'aux enfants, Lyuba et Eduardito, compagnon d'infortune, qui vivent, ne jouent pas, cette histoire, dont on sort émus. Les comédiennes sont fabuleuses de justesse : Carmen Maci, Terele Pavez...

    Premier long-métrage d'une cinéaste, née en 1969.

    "La puerta abierta" de Marina Seresesky (Espagne, 2016, 84')

    Le film a été couronné du Grand Prix du Jury des Jeunes (compétition européenne ).

    Le Festival du Film d'Amour de Mons (le site) (jusqu'au 17 février)


  • AU FESTIVAL DU FILM D'AMOUR DE MONS, "NOCES" de Stephan STREKER

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    film.noces.f.jpgGlaçant portrait - d'après des faits réels - d'une jeune Pakistanaise qui tente d'échapper aux traditions de son pays. Intelligente, belle, rebelle, sensible. Ses tentatives d'émancipation seront vaines face au bloc familial qui la force au mariage. Selon sa famille, il est impensable que Zahira épouse un Belge. La tragédie se noue et impose sa violence. Comme toujours, la femme est sacrifiée et le poids de la tradition (mari imposé par Skype...) une insulte à la liberté. Le crime d'honneur enfin souille le beau visage d'une jeune femme écartelée entre l'amour des siens et la poursuite autonome de sa vie. L'arriération impose régression et repli.

    La mise en scène, très attentive aux ambiances nocturnes, dose et accélère la tension et jette le spectateur dans une nasse d'effroi et d'impuissance.

    La distribution est éblouissante : Lina El Arabi (Zahira), Zacharie Chassériaud, Sébastien Houbani (Amir) , Olivier Gourmet.

    Présenté à Toronto, Angoulême, le film de Streker a remporté diverses récompenses. 

    Le Festival du Film d'Amour de Mons (jusqu'au 17 février)


  • DURET OU LA CONCRÉTION D'IMAGES

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX 

     

     

     

     

    duret-langue-soufflee-animal-150x179.gifLa langue poétique ici associe sans cesse des appositions, des métaphores presque sans lien : ceci bien sûr rend la lecture des 73 dizains légèrement incommode car les insolites concrétions de sens nous laissent souvent perplexe :

    49
    "ma langue grimpe sur
    le mât de cocagne
    elle fait le singe
    aboie sur les crêtes"

    Le "je" qui narre hèle des animaux "à l'aide", "engloutit chaque mot", prend pose de chien sur "les trottoirs", cite Artaud, énonce un "corps" dont "le visage est confiant".

    Ces poèmes désarçonnent l'épris de fluidité, plairont sans doute à l'amateur de signifiant qui aime dans un même vers pour la beauté de la chose "agrumes et arguments".chevreuil-patrice-duret-L-KPmlQz.jpeg

    Le livre, sans doute un vaste patchwork d'images, s'encombre de vers dissociés pour dire une langue rebelle au sens commun; le rapprochement des mots, pour être souvent barbare "la souris/ pagaie dans le lac secouer la planche/ regard lointain", ressemble à l'écriture automatique dans ce qu'elle a de plus artificiel ou d'expérimental.

    Pourtant, sous l'écriture très formelle, se niche un besoin "d'enfance", "l'air de n'y pas toucher", fragile écho d'expériences enfouies dans le carcan des dizains et dans l'accumulation d'images juxtaposées, mais à quelles fins?

    Patrice Duret, La langue soufflée de l'animal , L'Arbre à paroles, 2017, 82p., 10€.

    Le site de L'Arbre à paroles

  • L'ACCORDÉON DU SILENCE d'ANNE-MARIELLE WILWERTH (Éd. du Coudrier)

    5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar PHILIPPE LEUCKX 

     

     

     

     

     

     

     

    l-accord-on-du-silence-scan-couverture_1_orig.jpgAprès vingt recueils, Anne-Marielle Wilwerth signe ici peut-être son plus beau livre. L’écriture y coule avec grâce, densité, sensibilité, n’hésitant pas à livrer des pans plus méconnus d’un portrait saisi « dans l’encrier de l’avenir », avec ce dosage d’optimisme et de gravité.

    Avec audace et détermination, la poète signale ici un travail raffiné sur soi, sans tapage ni égotisme, livrant failles, « absence de soi-même », puisqu’il faut, dit-elle « déboutonner les inquiétudes », chercher « une vie plus souple ».

    Elle écrit selon sa formule personnelle en peu de vers pour mieux livrer la « paroi poreuse du monde », nous « faire des confidences », tout attentive à ce « poème à naître » comme un enfant qu’on soigne avec délicatesse.

    Qu’elle parle des îles (Ouessant) ou des voyages en « mémoire clandestine », l’auteur se pose des questions sur ces « joies métisses », sur « l’instant tellement palpable ».Anne-Marielle-WILWERTH.jpg

    La fluidité des poèmes (« un poème rampe sous la dune ») chante aussi bien « le chant rassurant de l’océan » que le doute d’avoir « maraudé en vain/ dans le vaste verger marin ».

    Poésie fleurie, dont les images vagabondent librement dans la nasse de notre lecture.

    Nous avons aimé la simplicité des notations (« l’invisible est semeur d’écume »), la petite musique qui honore « félinement » le « blanc », le goût « de la transhumance », « cette nomade liberté » qui enchante ces vers, comme « les joies simples de l’âme », lorsqu’on s’est « dépouillé de soi ».

    En pleine maîtrise, la poète entame un nouveau pan de sa création : bon vent à celle qui sait aussi bien écouter les silences et en faire un nid chaud de poèmes transparents.

     

    Anne-Marielle WILWERTH, L’accordéon du silence, Le Coudrier, 100p., 20€. Illustrations très réussies de Pascale Lacroix. 

    Le recueil sur le site des Éditions du Coudrier

    Bergère du silence, le site d'Anne-Marielle Wilwerth 

  • DEUX PETITES NOTES APÉRITIVES

    leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

     

    Repose-toi-sur-moi-quand-Joncour-se-fait-tout-petit-devant-une-poupee.jpgUne petite note. "REPOSE-TOI SUR MOI" de Serge JONCOUR (Flammarion) - Prix Interallié 2016 mérité.

    Une rencontre insolite dans un vieil immeuble à cour parisien. Les prémices d'une histoire d'amour tourmentée, romanesque. Le regard décapant et tendre de Joncour donne tout son prix à cette relation intense entre Ludo et Aurore, que tout sépare : origines, métier, aisance, physique..

    En quatre cents pages écrites avec réalisme et style, le lecteur a le temps de s'approprier des destins ordinaires, d'avaler ces pages mues par un suspense qui ne soit pas seulement le fait d'une intrigue à résonance policière mais plus psychologique qu'il n'y paraît.

    Les décors servent bien ce roman enlevé, brillant, hors des sentiers battus de la fiction française. De Paris au Célé en passant par la région parisienne.

    L'auteur -avec une oeuvre riche de douze livres, la plupart publiés chez Flammarion - est bien entendu à suivre. Le parfum de ses livres libère une vraie aura, toute de justesse et de beauté.

    Le livre sur le site de Flammarion

    Les romans de Serge Joncour chez Flammarion

    serge-joncour-distingue-par-le-prix-interallies-pour-repose-toi-sur-moi,M388785.jpg

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    51Lt89veHiL.jpgUne petite note. "SUR CETTE TERRE COMME AU CIEL" de Davide ENIA (Albin Michel).

    Le beau livre de Davide Enia, "Sur cette terre comme au ciel", traduit remarquablement par Françoise Brun, est une plongée dans l'histoire sicilienne. Sur trois générations, c'est toute l'histoire des années quarante jusqu'à la fin des années quatre-vingts, par le biais de fous de boxe. Amours, amitiés, fraternité aux combats, morceaux de virtuosité sociale et familiale. Enia, à force de dialogues vifs et tendres, rend bien les tensions du récit, nous entortille dans les mille et une réalités de son roman : Davidù, son oncle Umbertino, Nina, Gerruso, l'ami de toujours, le Paladin, Rosario, le grand-père, la Blonde ont le poids du vécu, des attentes, d'un monde où il faut se battre, pieds et poings.

    Un premier roman , bien construit, alternant les épisodes de la vie du héros Davidù, de son père, mort très jeune, de son grand-père Rosario.

    L'ombre de la mafia et de ses méfaits. La valeur inébranlable de la famille et des amis. La Sicile fière et courageuse.

    Le livre sur le site d'Albin Michel

    Davide Enia sur le site d'Albin Michel

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  • LES REVERS DE DANCOT

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    15232121_1356364664429539_530338227326555598_n.jpg?oh=ee4a59e3c9c1cb104238006401f6eeee&oe=58F59EE0

    Comme il y a du linge de corps, il y a des poèmes de corps, pleins de peaux, de sens, de caresses, d'aveux physiques. Le grand garçon, avec un cœur gros comme ça, n'en finit plus de faire bouillir sa cuve à poèmes, sous son crâne chauve.

    Voilà donc des textes où "ta peau à l'éphémère", où "tes lèvres", "rien que les ombres tuméfiées de l'enfance", "des larmes allaitées des tristesses de l'enfance" brillent, sans une once de cérébralité, mais gorgées à plein de sensualité jamais voyeuse, qui tremble dans les mots d'un vrai poète, qui ne sait pas "comment vivre en hiver", fragile au bout de ses longues jambes, qui ne sait guère "essuyer tes larmes".dancotpierre.jpg

    J'aime beaucoup ces poèmes "d'une infinie tendresse", de "peaux tendres", et ces "cendres un peu froides sur le bout de tes doigts".

    L'ami sait dire qui "se réveillent d'un amour usé", "qui se donnent en silence".

    La langue, ici, calque au plus près les mouvements des corps, des cœurs, des sens, "sur les bords de la nuit", puisque "Ecrire est un baiser infini sur notre ignorance".

    Ce sixième livre ne répète pas les autres, mais enfile des évidences, celles qu'on porte sans gants, sur sa peau, à caresser l'absence ou la présence de l'autre.

    Qui reconnaît sans gêne sans honte ses faiblesses l'écrit avec une timidité d'ado qui se cherche, tout entier dans la beauté des gestes qu'il n'a pas encore blessés d'habitude et de lourdeur.

    Un beau livre, frémissant, nu comme un corps désiré près de soi.

    Pierre Dancot, Les revers de la nuit, Éléments de langage, 2016, 48p., 12€. Beaux dessins couleurs de Florence Mathieu

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • LECTURES D'AUTOMNE, par PHILIPPE LEUCKX

     Philippe LEUCKXleuckx-photo.jpg

     

     

     

     

     

    9782343094335f.jpgLIGNES DE TERRE

    Pierre SLADDEN 

    L'Harmattan

    Ce deuxième recueil de l’auteur – le premier est paru en …1996 – révèle un talent précis pour joindre mots et sensations.

    De brefs poèmes en hommage à la terre, le lecteur prélève des pépites comme « L’homme ne survivra que par sa terre » et nombre de passages où les éléments tissent une poésie de l’essentiel :

    « Boire debout le vent

    Sur le cœur cette fraîcheur

    Qui aspire la joie »

    D’un léger toucher, cette poésie n’élude aucune de nos questions sur le devenir, sur cette « mort qui pourrit dans la terre », sur « l’infinie réserve » des choses.

    Un sens du haïku : « Dépris de toute ombre/ Se plaire à se perdre/ Dans l’arbre blanc criblé de bleu » ajoute aux qualités du poète né en 1945.

    Pierre SLADDEN, Lignes de terre, L’Harmattan, 2016, 76p., 12,50€.

     

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    couverture-icare.jpg?fx=r_550_550LA RECHUTE D'ICARE 

    MICHEL DELHALLE

    Cactus Inébranlable Editions

    Delhalle manie l’aphorisme comme l’on raconte des blagues. Ça tire dans tous les sens et les jeux de sens font le reste :

    « Myope comme un serpent à lunettes »

    « Le fossoyeur se tue à la tâche »

    « C’est toujours le militaire qui casque »

    « Qui vieillit se met en veilleuse »

    À coups d’absurde ou de sens de l’à-propos, l’auteur dévoile un sûr métier d’une langue parodique et inventive.

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    Michel DELHALLE, La rechute d’Icare, Cactus Inébranlable, 2015, 76p., 7€.

     

    *

    couverture-les-hamsters....jpg?fx=r_550_550LES HAMSTERS DE L'AGACEMENT

    Francesco PITTAU

    Cactus Inébranlable Editions

    L’auteur, entre aphorismes et micro-récits, déroule son sens de la dérision, de la moquerie et l’inventive écriture qui, en quelques mots, dézingue la réalité.

    Parfois la poésie affleure : « Dans ses moments de grande solitude, il égrenait les fourmis de la cour ».

    Dans l’ensemble, les notations sont d’humour noir ou absurdes : « Les murs raillent et les gardes rient ».

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    Ce qui le définit le mieux, peut-être : « Tous les matins, il mettait du fiel sur son pain ».

     

    Francesco PITTAU, Les Hamsters de l’agacement, Cactus Inébranlable, 2016, 102p., 9€.

     

    *

    s189964094775898902_p816_i1_w1181.jpegCARNET D'UN PETIT REVUISTE DE POCHE

    Jacques MORIN

    Les Carnets du Dessert de Lune

    Douze textes seulement composent ce « Carnet » où Jacques Morin, excellent revuiste, décline son métier de « gardeur de revue » et révèle son goût du travail forcené.

    Oui, « la revue est un genre ingrat ».

    Oui. Mille fois.MORIN-Jacques-200px.jpg

    « Le revuiste travaille sans cesse sur le temps »

    « Il n’a que deux yeux, une main et du temps compté »

    Jacques MORIN, Carnet d’un petit revuiste de poche, Les Carnets du dessert de lune, 2016, 22p., 5€.

     

    *

    OCCASIONI / OCCASIONS

    Bruno ROMBI

    Ismecalibri

    « J’ai faim de la vérité du pain » éclaire une quarantaine de poèmes, en version juxtalinéaire italien/ français, parmi les derniers de leur auteur, né en 1931.

    L’amour de son île natale (La Sardaigne), l’amitié honorée ou trahie, l’appréhension des fins entourent cette poésie d’une attentive douceur, prégnante comme l’air ou « le néant/ au premier souffle du vent ».

    Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Telles sont les questions qui innervent cette langue (« je n’ai cueilli aucune nouveauté/ sur les lèvres de la rue ») et de grands poètes, Neruda, Senghor,

    hélés par le poète, l’accompagnent dans ce parcours lucide, éclairé des armes de la poésie pure :

    « Efface avec une énorme éponge blanche

    les bleus gravés sur ton cœur »

    ou

    « Que je respire plus fort

    en ouvrant grand les poumons

    pour n’être plus qu’air »

    Bruno ROMBI, Occasioni/Occasions, Ismecalibri, 2016, 72p., 12€. Traductions de l’italien par Monique Bacelli.

  • CONFIDENCES DE L'EAU de PIERRE WARRANT

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

    confidences-eau-150x251.jpgUn beau livre de douceur, où la mer prend tous les accents et délivre un charme fou, d’enfance, de découverte.

    Tissé de lyrisme quasi sentimental, le livre toutefois ménage d’autres accents : le « on » s’impose à la vision et les contours sont suffisamment flous pour favoriser d’autres lectures, quoique la psychanalytique s’impose : la poésie intime décline ses ferveurs et « tient en vie » ce grand bonhomme qui tutoie aussi bien la mer que les hauts cols.

    Livre de confidences ? Oui, si l’on le lit avec ses images : « plages de l’enfance », « ce qu’il faut de larmes et de lumière » ou « au point d’écrire ce qui déchire », mais même là, la douce écriture de ce cher Pierre l’emporte sur le sang, la peur, l’effroi.

    Le futur simple aussi lui convient pour énoncer ses attentes, et le conditionnel son projet : « reconnaître/ un chemin d’eau ».

    J’aime beaucoup de ces textes, le tendre effleurement comme une caresse de mots qui épèle et la langue m’est proche par ses effusions maîtrisées :907113.jpg?132

    Nous ne savons pas comment répondre

    aux croix posées sur les cimetières (p.33)

    Au bout du soir et de la mer

    le peu sera le plus (p.44)

    Le poète dit bien ce qui vibre en lui, sa quête, sa tristesse aussi « à séparer du noir de l’eau ».

    Cette poésie fraternelle – sans doute comme un répons au manque – partage en nous l’eau et ses vagues, quitte à franchir « la page des falaises » ou à sentir « les étreintes suspendues/ d’un poème qui culmine ».

    Un très beau deuxième recueil.

    Pierre WARRANT, Confidences de l’eau, L’Arbre à paroles, 2016, 70p., 12€.

    Le recueil sur le site de La Maison de la Poésie d'Amay

    Le site de Pierre WARRANT, poète et photographe

     

    RENCONTRE - SPECTACLE à la MAISON DE LA POÉSIE DE NAMUR les
    21 & 22 OCTOBRE 2016 À 20.00
    "Une soprano, une harpiste, un comédien et un poète - photographe se réunissent le temps d’un soir pour mettre en forme et en musique les "Confidences de l’eau".
    Sur des textes du poète Pierre Warrant et des musiques de Monteverdi, Fauré, Rossini, Debussy, Ravel et Hahn, le comédien Jean Loubry et les musiciennes Clara Inglese et Alisée Frippiat vous invitent à un voyage au coeur des mots et des silences pour un spectacle multiforme, grave ou léger, qui vous transportera au fil de l’eau sur le ton de la confidence..."

  • LECTURES D'ÉTÉ

    5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

     

    9782330014285.jpgPROFANES (Actes Sud, 2014, 288 p.)

    « Profanes » de Jeanne Benameur convoque un nombre restreint de personnages mais réussit à faire d’un décor unique le lieu de mutations et de respirations nouvelles. Un vieux chirurgien du cœur, Octave, décide de terminer ses jours en invitant quatre personnes, trois femmes, un homme, à venir s’occuper de lui, au fil de ses journées, en parfaite alternance. Ainsi, Hélène, Yolande, Béatrice et Marc, peu à peu, se glissent dans la peau de cette étrange villa, pleine de souvenirs et de mémoire. Octave a perdu sa fille, n’en a jamais guéri, séparé de sa femme. Le temps, celui des journées partagées, celui du souvenir âpre, celui des clartés gagnées sur la nuit, à force d’échanges, de poésies (Ocave s’adonne au haïku), le temps est le grand compagnon du vieil homme, tendu cependant, mais fécond comme quelque chose que l’on remporte sur soi, une sombre victoire.

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    Jeanne Benameur

    L’histoire se déroule en peu de jours et laisse en la mémoire du lecteur une richesse insoupçonnée de caractères, de psychologies et de climats. L’écriture, très fine, très poétique, souvent elliptique, maitrise ses champs : on sent l’auteur proche des thèmes qu’elle traite avec une infinie élégance et une aisance douce.

    L’on retiendra longtemps les conciliabules prégnants entre Octave et ses amis du jour ou de la nuit. Voilà un roman intimiste qui plaira aux plus exigeants.

    Un auteur à suivre. Au grand talent.

    Le livre sur le site d'Actes Sud

     

    ***

     

    pluie_jaune-168x281.jpgLA PLUIE JAUNE (Verdier Poche, 2009, 144p.)

    Le livre traduit de l’Espagnol Julio LLamazares est une prodigieuse analyse d’un destin humain, aux prises avec une nature hostile et le Temps, inexorable dévoreur.

    Un homme vit dans un hameau isolé des Pyrénées espagnoles, complètement vidé de ses habitants. Il est marié à Sabina et possède une chienne fidèle.

    Au fil du temps, les habitants sont partis, laissant le village s’effondrer sur lui-même. 

    La mort de Sabina, l’attente épuisante, le lent travail sur lui-même et sur sa mémoire qui peu à peu s’altère, la mort des choses et la perte des liens acheminent le roman vers la déliquescence.

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    Julio Llamazares

    Le lecteur sort de ce livre effrayé par la dose de réalisme et d’étrange que le romancier a pu injecter à sa fiction : tout y est vraisemblable et prégnant, comme toute existence qui se sait presque finie, étouffée par tant de contraintes.

    Un classique envoûtant.

    Le livre sur le site des éditions Verdier

     

    ***

     

    rafale-soseki.jpgRAFALES D’AUTOMNE (Picquier, 2015, 212p.)

    Soseki (1867-1916) l’auteur de « l’Oreiller d’herbes », est mort il y a juste cent ans.

    L’auteur japonais excelle à décrire des personnages englués dans la solitude. Ici, un homme de lettres, professeur déchu, Shirai Dôya, deux jeunes hommes, amis d’études, Nakano et Takayanagi.

    L’écriture est au cœur du roman : Dôya passe toutes ses journées à écrire sans en retirer un avantage pécuniaire ni beaucoup de notoriété. Son ancien élève du secondaire, Takayanagi, veut quant à lui faire de l’écriture sa vie mais n’y parvient guère.

    Dans un jeu de relations amicales d’entraide et de compréhension, les trois personnages de Soseki révèlent l’impitoyable société d’alors, peu amène pour les créateurs littéraires, fascinée par les apparences et la fonction. On sent l’auteur critique de ces usages, dans des descriptions d’un univers attaché à ses convenances.natsume.jpg

    Une grande finesse d’analyse perce les enjeux de cette histoire aigre-douce, dont l’amertume tient surtout à ces parcours d’écrivains de l’ombre, tout à leur art et abandonnés dans une vie qui les ignore.

    Un classique naturaliste, sans doute, dans l’acuité des observations, et par une écriture qui cerne au plus près l’essence de la vie.

    Un auteur à (re)découvrir.

    Le livre sur le site des éditions Picquier

  • L'ITALIE ENTRE CHIEN ET LOUP - Un pays blessé à mort (1969-1994) de ROSETTA LOY

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    118494_couverture_Hres_0.jpg   En faut-il du courage pour une romancière reconnue, qui n'a plus à faire ses preuves, de s'embarquer dans un exercice de mémoire, de révolte et de contestation radicale pour honorer les citoyens de son pays, longtemps meurtri à coups d'assassinats, d'actes mafieux, de corruptions et de lâchetés! En faut-il du courage pour rameuter ce qui la violente : l'histoire proche, si proche d'une génération perdue qui a dû subir, jour après jour, durant plus de vingt-cinq ans les coups des mafieux (Riina, Provenzano...), des politiques trempés jusqu'au cou dans les coups bas (Berlusconi de sinistre mémoire, Craxi, Andreotti moult fois inquiété et sans cesse rebondissant des eaux sales...), la liste des victimes (de 1969 à 1994 et au-delà...) de la justice (que de procureurs, juges, avocats assassinés par les pires procédés), du monde de la police, de la société civile, des familles rackettées, etc. L'argent des mafieux et les arrangements des politiques ont nourri, sur base d'accommodements avec le pire, la politique du pire.

       Le dernier livre de l'auteur de "Ay, Paloma" ou encore de "La première main" a quitté le registre fictionnel pour relater de son point de vue, en synthétisant de façon remarquable ce qu'il est connu de mille et une enquêtes sur la barbarie noire, rouge ou mafieuse (Les groupes d'extrême-droite, Les Brigades Rouges, les Cosa Nostra, Camorra et autres), en insérant de temps à autre un point de vue plus personnel, plus intime : bribes de la mémoire liée à une époque chaude au coeur. Les Borsellino, Pasolini, Falcone, Palermo, les magistrats de Milan de "Mani pulite", les entrepreneurs coincés par la mafia révèlent leur visage courageux et presque toujours martyr. On connaît aujourd'hui dans les détails ce qui leur est arrivé, ce qu'ils ont dû subir comme revers, pressions, rumeurs, procès d'intention, campagnes de calomnies parce qu'ils déroulaient le tapis de la vérité juste mauvaise à révéler.

       Travail documenté jusqu'à l'os, et qui donne froid dans le dos : Rosetta consigne dans le détail toute une série de vies professionnelles qui ont été gâchées et pourries par des années de plomb, d'omertà et de compromissions!

       On suit ces évènements de la proche histoire italienne comme les soubresauts vitaux d'un roman passionnant, sauf à croire qu'il s'agisse d'invention romanesque. Tout est vrai, à la virgule près, et à vomir : le livre est devenu pour l'auteur une nécessité vitale quand, se rendant sur les lieux d'une des nombreuses victimes, elle a compris qu'il y avait là nécessité aussi de la raconter pour qu'on ne perde pas le détail de l'histoire, c'est-à-dire le compte rendu précis, argumenté, historique de ces années qui ont plombé un pays, une culture, une société.

       Le livre, cet essai historique, est une mine de (r)enseignements sur le fonctionnement des institutions, sur les réseaux à l'oeuvre entre politique et monde mafieux, sur les vains espoirs d'une génération qui se disait toute prête à accueillir la vérité, les "mains propres", à lutter contre les corruptions de toutes natures, et qui s'est vue déboutée par les faits, les personnalités envahissantes. La charge contre Berlusconi ou d'autres est à l'aune de leurs méfaits. Un travail admirable, d'un courage (tel que celui de Gramsci, Zola, Pasolini, Sciascia, Saviano), remarquablement servi par la traduction de deux experts de la littérature italienne, F. Brun et R. de Ceccatty.

    Rosetta LOY, L'Italie entre chien et loup - Un pays blessé à mort (1969-1994), Ed. Seuil, 2015, 294p., traduction de l'italien par Françoise Brun et René de Ceccatty, 21€.

    Le livre sur le site des Editions du Seuil

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    Rosetta Loy

     

  • NAGEUR DE RIVIÈRE de JIM HARRISON

    images?q=tbn:ANd9GcRU2j4zdhlpY05aYKlLOxmbthHSX-wd-Qn5-bt1Jy3UhYqQtBvfjGD9gQpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

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    Le romancier et nouvelliste américain, né en 1937 dans le Michigan, décédé ce 26 mars 2016, accorde à son état natal, à la nature et aux êtres proches d’elle un intérêt constant, auquel ne déroge pas l’un des derniers volumes de nouvelles : la nouvelle éponyme, précédée de "Au pays du sans-pareil".

    Les deux longues nouvelles portent de subtiles correspondances de terre, d’eau et de rites. La proximité des êtres et de leur humus natal crée ici une merveilleuse entente avec le lecteur, toujours épris de grands espaces et de terres nouvelles à explorer, qu’elles fussent de sol ou d’eau.

    Revenu sans enthousiasme au pays pour s’occuper, le temps d’un voyage de sa sœur Margaret en Europe, de sa vieille mère, surnommée « Coochie », Clive, peintre autrefois, devenu historien d’art et expert d’œuvres, prend progressivement conscience que quelque chose de nouveau va l’étreindre pour de bon. Coupé de sa femme, de sa fille Sabrina – pour une peccadille -, il sent que le séjour dans la ferme familiale va lui redonner un souffle qu’il croyait tout à fait éteint ; il se remet à peindre ; il retrouve ses proches ; il renoue avec l’amour de sa jeunesse, Laurette… La vie reprend des couleurs, dans tous les sens du terme.

    La seconde nouvelle emprunte au Pays du sans-pareil tout à la fois son cadre, l’esprit volontiers indépendant de son protagoniste et l’intime relation familiale dont les personnages de Harrison ne peuvent se passer. Le jeune nageur du titre, dix-sept ans au compteur de la vie, brille de tous les feux de la jeunesse, du physique sportif et de beauté pour les belles qui l’entourent. Thad fait preuve d’une autorité, d’une maturité et d’une autonomie rares à cet âge. Les tient-il d’une famille hautement responsable, d’une nature qui le pousse à se dépasser, de sa nature foncière ? Toujours est-il qu’auprès d’Emily, fille d’un milliardaire, ou de Laurie, dont le père est une brute épaisse, l’athlète passe pour un être exceptionnel qu’on s’arrache. L’entourage (Dent, Colombe…), la nature et cette rivière aux « bébés aquatiques » (d’où un mystère prenant que la fin n’émousse pas) engagent notre héros sur les voies difficiles, mouvementées et dramatiques de l’existence.

    Dans les deux proses, Harrison sans cesse interroge d’autres livres, réussissant l’exploit de donner, grâce à ces mises en abyme, une authentification à ces récits, tous deux à la fin ouverte, gages pour le lecteur d’un autre espace à vivre. Clive lisait « Le rêve du cartographe », « Peindre c’est aimer à nouveau », « La poétique de l’espace » ; Thad « Les fleuves de la terre », vrai livre de chevet pour ce jeune explorateur des eaux du monde.

    Dans les deux versants de ce livre, revigorant, l’amour, la sensualité, le corps occupent nombre de pages et c’est roboratif à souhait. L’on sent pointer, au fil des textes, une certaine mélancolie dans le chef d’un écrivain versé vers le grand âge – 77 ans au moment de l’écriture de ce livre. Un très beau livre.

    Jim HARRISON, Nageur de rivière, Flammarion, 2014, 272p., 19,90€. Traduction excellente de l’américain par Brice Matthieussent

    Le livre sur le site des Éditions Flammarion

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    Cinq livres de Jim Harrison à (re)lire

    Jim Harrison, souvenir d'un homme des bois

     

  • LES CAGES THORACIQUES de TIMOTÉO SERGOÏ

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    Sergoi-Cages-thoraciques.jpgIl y a beaucoup de Jacques Prévert dans ces « Cages thoraciques », mais pas trop. Un peu de surréalisme, mais pas trop. Des cadavres très exquis, mais pas trop. Un peu de clownerie fantasque, mais pas trop.

    Voilà donc, au Cormier, un livre de poésie qui déroge à l’austérité habituelle de la maison. Il y a ici de la vie, de la vie, de l’inventive vie (« je m’en mourrai »), avec ce brin de Séchan Renaud reconnaissable. Le jeu anaphorique (sans le pesant de certains auteurs qui en abusent et c’est là lourd et là c’est lourd) énonce quelques joies de rythme, réjouissant et plaisant à l’oreille, si le vers chante aussi bien.

    Un brin de chanson traverse ces faux couplets :

     

    Il pleut au zoo de Singapour,

    Qu’avons-nous fait de nos amours ?

    S’il y a un secret, dites-le moi

    S’il y a le vent, portez-le moi (p.43)

     

    Le poète est nomade, simple et voyageur et la vraie poésie illumine nombre de ses textes, écrits avec vivacité, et musicalité.

     

    FOURMIS

     

    Quand nous serons perdus en des gares encombrées

    Tendant la main parfois, baissant la tête encore

    Comme au ventre accroché de la ville au surplus

    Comme loin de ses lois, comme loin de nos corps

    Affaissés, affaiblis, effacés , plus encore… (p.58)

     

    Ce livre, écrit à travers et au bout du monde, ce livre de souffle, un peu thoracique, jamais acide, libère des voix sous des titres satiens, très « satie », du style COUIC ! pour des vers très graves :

     

    J’accepte de mourir en ces minutes-là

    Qui me montrent le ciel et ses failles étoilées

    Les fissures de plâtre en la voûte céleste

    Où je plonge un instant, tout couvert de lilas

    De caresses profondes, de parfums embaumé

    Où je pense « Je pars » tout alors que je reste. (p.11)

     

    Très surpervilien, non ?

    Disons-le tout net, même si cela ne fera pas plaisir aux gloires indétrônables, aux noms souvent vantés, Sergoï est, avec Aubevert, Besschops, Bonhomme, Dancot, Noullez, Vandenschrick et quelques autres, l’honneur des lettres poétiques belges.

    D’avoir lu tous ses livres (et comment oublier l’éblouissant « Cendrars », sous son vrai patronyme de Stéphane Georis), je puis dire qu’il dessine, entre légèreté et gravité, un univers identifiable, entre comptine savante, fable poétique, réflexion amusée sur le monde : « Nous n’avons qu’une nuit pour repeupler le monde » (p.64).

    Timotéo SERGOÏ, Les cages thoraciques, Le Cormier, 2016, 72p.

    Le livre sur le site des éditions LE CORMIER

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    Timotéo Sergoï

    [cette note est la 3000ème de ce blog]

  • UNE MERVEILLE DU PEU : SILVIO D'ARZO ET SA "MAISON DES AUTRES" - VERDIER

    images?q=tbn:ANd9GcRU2j4zdhlpY05aYKlLOxmbthHSX-wd-Qn5-bt1Jy3UhYqQtBvfjGD9gQpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     


    9782864327912.jpgD'un jeune écrivain, mort à trente-deux ans, en pleine ère néo-réaliste, Ezio Comparoni, connu sous le pseudonyme de Silvio D'Arzo, ce court roman, paru à plusieurs reprises (en 1952, 1953, 1960, 1980, 1981, 1988 pour cette version française due à Bernard Simeone et Philippe Renard, traducteurs, italianistes accomplis, tous deux partis trop tôt), se distingue d'emblée par une écriture d'une sobriété, d'une densité, d'une pureté, d'une transparence exceptionnelles.
    La préface d'Attilio Bertolucci (poète et père de l'auteur de "Novecento") éclaire un parcours rare : débuts d'Ezio à 15 ans ("Maschere"), un roman à vingt (" l'enseigne du Bon Coursier") et d'autres oeuvres d'une longue période particulièrement créatrice (1942-1952) : "Essi pensano ad altro", "Penny Wirton e sua madre"...
    "Maison des autres" (suivi de "Un moment comme ça") a connu diverses versions. Celle proposée en français par Simeone, le traducteur, compte cinquante-six pages de toute beauté, ou comment du peu peut surgir l'intense vie d'un lieu presque oublié - montagne - avec quelques âmes, quelques bêtes, et un temps, presque enfoui.

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    Un prêtre et une vieille. Des saisons froides qui enclosent le monde réduit à portion congrue.
    Une vraie rencontre entre deux âmes qui se flairent, s'observent, se comprennent, se fuient, se rapprochent, pour un mystère dont le livre garde le secret jusqu'au terme.
    Une vieille et sa chèvre, unies pour un travail épuisant de lavandière de montagne.
    Un sens aigu d'un monde perdu, au bout du monde, que Silvio décrit en maître : ne pas déborder du cadre, laisser au prêtre-narrateur le soin de ne pas en dire trop pour que le lecteur s'apaise d'un drame, qui se profile, est déjà là.
    Une immense nostalgie nous étreint.
    Comme le passage d'un chagrin sur le visage d'un enfant.
    Un chef-d'oeuvre absolu.
    __
    Silvio D'Arzo, "Maison des autres", Verdier, 1988, 96p., 10,96€ (6,20€ en poche) Réédition de 2013.
    Le livre sur le site des Éditions VERDIER

  • IZOARD, JACQUES, POÈTE BELGE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    apprenais-e-cc-81crire-e-cc-82tre-anthologie-jacques-izoard-56e6c87397790.jpgDe 1962 à 2008 (année de sa mort en juillet), le poète, né Delmotte, a publié une soixantaine de recueils de poésie.

    De cette matière abondante, tôt reconnue, tôt primée, Gérald Purnelle de l'ULG et du Journal des Poètes a extrait nombre de poèmes significatifs pour constituer "J'apprenais à écrire, à être", cette anthologie de 272 pages, qui vient de paraître dans la collection patrimoniale "espace nord".

    Une longue postface éclaire l'anthologie : marques biographiques, lecture signifiante des thèmes et des formes, impact du poète sur la génération suivante etc.

    La féconde parution sert, je crois, d'abord les prestiges esthétiques d'un poète économe, qui, la plupart du temps, s'est servi des formes très brèves (du quintil au huitain) pour dire son monde. Et quel monde!

    René de Ceccatty n'a pu s'empêcher, il y a quelques jours, présentant Sandro Penna dans "Les Lettres françaises", de citer dans les parages de l'auteur de "Une ardente solitude", cet "immense poète belge", dont il a accompagné, il y a cinq ans, l'édition de "La poudrière et autres poèmes", par une préface éclairante à un choix (déjà) de poèmes révélateurs d'un univers d'enfance et de mystère.

    Puisque, il est vrai, Izoard, à l'instar de quelques-uns, rares, Supervielle (un de ses maîtres), Fargue, Cadou, Jacob, Penna cité supra, Falaise, réussit à inviter au coeur de ses textes poétiques, l'enfance avec ses abris, ses fantasmes, ses peurs, ses miracles, ses prodiges ordinaires ou autres beaux mystères.

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    La perfection condensée de ces textes émerveille : en si peu de mots, affranchir les bleus de l'enfance, les dire, les heurter, les affronter dans une langue elliptique, énumérative, ponctuée, et harmonieuse cependant. L'érotisme, le sexe, le toucher de la langue et des corps, les blessures et les beautés intimes émergent, et s'il fallait une confrontation esthétique majeure, Izoard fait terriblement penser par le flux des images et leur originalité "élémentaire" à ce que Tarkovski crée par ses images de lait, de brume, de ciel voilé ou encore de matières vitreuses, presque irréelles à force d'éclater de réalité! Un même sentiment d'univers "sensationniste" : les premières impressions et sensations d'enfance.

    Bashô, Ozu ne sont pas loin ni de l'un ni de l'autre.

    De l'auteur, qui fut sans doute l'un des plus grands avec Chavée, Périer, Elskamp, Verhaeren, Schmitz, voici quelques vers :

    "Je ne sais rien de l'ombre

    aux ciseaux égorgés" (p.35)

    "Se caresser soi-même

    et tout est dit :

    le buis frôle un oiseau,

    le jardin détient

    l'arôme et l'écume;

    la maison, l'oeil-de-boeuf

    ont juré le mutisme" (p.161)

    "Ecoute! Je n'entends rien.

    Le coeur est silencieux;

    je l'ignore, il feint

    de ne pas me voir" (p.190)

    "L'eau charrie les paroles

    des bavards et des sourds" (p.125)

    "Et tout tremble soudain :

    d'où vient la maison nue

    et que sont ces doigts gourds?" (p.205)

    Une précieuse édition, qui ne fera que des heureux.

     

    Jacques IZOARD, J’apprenais à écrire, à être, anthologie, Espace Nord, 2016, 272p., 9€.

    Le livre sur le site d'Espace Nord

    JACQUES IZOARD par Yves Namur pour le Service du Livre Luxembourgeois 

     

  • LA POÉSIE AU TRAIN DE LA VIE: DEUX BEAUX ALBUMS DE POÉSIE

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    11%2Bcouv%2BHaikus%2Bdu%2BVoyage%2BForgeot.jpgChristophe Forgeot (1966), comédien, revuiste, animateur, et surtout poète, propose, aux Editions (nantaises) du Petit Véhicule, un lourd volume carré de "Haïkus du voyage". Pas moins de 240, classés thématiquement selon les moyens de locomotion (à pied, à vélo, à cheval...).

    Le livre est magnifiquement illustré par des dessins, vignettes tout en hauteur dus à Nicolas Geffroy, qui joue subtilement des couleurs, nuançant sa palette de verts, de jaunes, de rouges, les délavant.

    Amateur de voyages, dont rendent compte nombre de ses livres ("Saisir la route", "Caravane mirobolante"...), Forgeot tisse toute une matière de perceptions élémentaires au fil du voyage. Ses petits poèmes gardent du périple des impressions premières, que la forme du haïku sauve de la banalité, pointant l'inédit, l'infime, le dérisoire, le haussant à l'essence poétique (tel était le projet de Bashô, pérégrinant au travers des saisons).Christophe-Forgeot-683x1024.jpg

    "Sans autre raison

    le pays à traverser

    saison des amours" (en voiture)

    ..

    "Raffut des moteurs

    fébrilité grandissante

    mon voisin qui dort" (en avion)

    ..

    "Pas d'arrêt prévu

    le jaune vif du colza

    saute dans le train" (en train)

    ..

    "Je n'allais pas vite

    c'est cela qui m'a sauvé

    bonjour le tilleul"

    Forgot ne manque ni d'humour ni de légèreté et la modernisation des situations propres à illustrer le genre nous donne l'occasion de quelques rafraîchissements de bon aloi, quitte à mettre en abyme son propre travail ("en livre") :

    "Au détour des pages

    sur le chemin de Vierzon

    un lys m'interrompt"

     

    **C. Forgeot, Haïkus du voyage, Ed. du Petit Véhicule, 2015, 114p., illustrations de N.Geffroy, 20€.

    Les éditions du Petit véhicule

     

    Entraindecrire_web.jpg?v=1hr158ktcydwdvEN TRAIN D'ECRIRE

    Elles s'y sont mises à trois pour concocter cet hommage à l'écriture, au train et aux photos : Colette Nys, Françoise Lison, qu'on ne présente plus, et une petite nouvelle de 19 ans, Iris Van Dorpe, pour des photographies de toute beauté. L'ouvrage s'intitule "En train d’écrire" : deux voix complices (depuis longtemps, les deux poètes tournaisiennes, l'une de Froyennes, l'autre de Blandain, ont coécrit une belle série de livres au Tétras Lyre, chez Luce Wilquin, chez Rougerie...)

    "Les Déjeuners sur l'herbe" , l'éditeur de Merlin-Jollain (Hainaut occidental), connu pour ses beaux livres de poésie (Paul André, Marianne Kirsch, Martie-Clotilde Roose...), de prose (nouvelles, romans, albums de chansons...) toujours soignés, accueille, dans une nouvelle collection ces textes à deux mains, qui prennent le temps de décrire les menus faits d'un quotidien qui défile à la vitre, au-delà, à l'intérieur d'une gare, en attente de...ColetteNysMazure_web.jpg?v=1zjxjg22xp24uz

    Une quinzaine de photographies, qui jouent du flou, de la surimpression, du détail grossi qui instigue l'intérêt d'une quête, cernent les lieux, les objets, des feuilles, des arbres, des vitres, en évitant l'académisme, en floutant le réel, à force de vitesse et de point de vue (des angles parfois surprenants).

    Ces clichés ne doublent en rien les textes, plus classiques sans doute, relatant des pensées, des impressions, des sensations, des notes de voyage, des perceptions du temps qui "s'abat sur sa promenade", du temps atmosphérique ("Eclaircie après la pluie têtue de la nuit").images?q=tbn:ANd9GcR1ML9ZxP3Y23QRjNUm2JpAAKc5kPL3tK-8vqbLNhno6kKUmu1T

    J'aime dans ces textes la fluidité des notations :

    "Prends le bus 63 qui arrive à la ville basse. Descends côté grand magasin" (p.32)

    "Tu redoutes de sortir sans viatique pour affronter la nuit qui vient" (p.56)

    Les thèmes de ces proses poétiques touchent le cheminement, le corps en mouvement ("Silhouettes en ombre chinoise ou masse composite se détachant sur la toile frémissante du pavillon turc en vis-à-vis" (p.57), le voyage dont les deux auteures sont friandes, la solitude contemporaine (que de badauds, touristes, promeneurs pointés dans leur solitude foncière), toute rencontre, puisque les gares, les trains lui sont propices (ces célébrations du quotidien renouvellent ici les livres que Colette et Françoise ont consacrés, en poésie, en prose, aux petites choses à vénérer dans l'ordre du réel proche : "pays géomètre", etc.)

    Pourquoi écrire? Pour réparer la perte (que de mots "perdre" ou "perdu" dans ces textes qui ne négligent jamais l'autre et sa déperdition...) sans doute que la vie sème...

    Une belle traversée en train pour "accroître la vie" (p.60)

     

    Colette Nys-Mazure, Françoise Lison, "En train d'écrire", Les Déjeuners sur l'herbe, 2016, 68p., photographies d'Iris Van Dorpe, 20€

    Les éditions Les Déjeuners sur l'herbe

  • LES INNOCENTES d'ANNE FONTAINE

    5f6034c6-e0fc-11e3-9861-5a72a6fd8fe4_web_scale_0.154321_0.154321__.jpg.h380.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    ob_406a97_affichelesinnocentes.jpgAnne Fontaine (France, 1959), dans le cadre du FIFA 2016, a présenté son quatorzième film "Les innocentes". Le film est reparti avec une belle récompense : le prix coup de coeur du public montois.

    On comprend aisément l'enthousiasme des cinéphiles tant l'oeuvre, par sa beauté, par son humanité et par l'interprétation des comédien(ne)s, brille d'un éclat singulier.

    L'histoire et la violence font un ménage ressassant. Décembre 1945, les cloches résonnent dans un couvent polonais. Toutes les soeurs ont été violées par les troupes de libération russes. Mathilde, une jeune doctoresse française de la mission de la Croix-Rouge, installée à quelques kilomètres, découvre l'ampleur du désastre. Le secret doit être gardé.

    Usant d'une lumière qui auréole les figures, rendant encore plus âpre le propos, le film dénonce des faits réels. En mars-avril 45, les Russes - "Une femme à Berlin" * de Marta Hillers (1911-2001) le rappelle avec effroi - avancent, libèrent, violent des centaines de milliers de femmes allemandes, polonaises...

    Neuf mois plus tard, les premières naissances, et l'horreur pour de jeunes femmes et de moins jeunes, dans des conditions de sidération, de peur, de secret et de honte.

    La mère abbesse, la seconde, Maria, Mathilde, l'ami médecin de la mission, parlementent dans un lieu figé par la règle, rendu inexorable par la tragédie imposée. La souffrance, le déni, la violence contrainte des corps sont montrés avec une acuité exceptionnelle.

    La caméra de Fontaine s'exerce à décrire, sans une once de pathos, les vies multiples laissées en friche par la guerre, les privations, les frustrations. Des enfants abandonnés, des fermes glaciales où ne vivent plus que des femmes, des soldats soviétiques montrés comme des rapaces de chair, une mission casernée dans de pauvres locaux où l'on opère sans beaucoup de moyens, et parfois, au-delà de la dureté des temps, une petite éclaircie au sein des faits bruts, une petite chanson qui fait lever les coeurs et appelle aux confidences.

    Le grand mérite du film, ne pas juger, ne s'en tenir qu'aux faits terribles, repose sur une conscience nue de la réalité : la cinéaste fait à la fois oeuvre d'historienne et d'ethnographe des vies communautaires. Les religieuses puisent l'eau dans une cour froide, récurent les sols, préparent la grosse soupe, chantent, prient, souffrent. En microcosme, le sort de tout un peuple.

    Des séquences magistrales ordonnent cette fable d'une humanité retrouvée : le beau visage de Lou de Laâge, incarnant Mathilde, avec une lumière dans les yeux, la rectitude d'un geste, l'effronterie payante des mains et du coeur, toujours prête à enfiler la peur, fonçant avec son petit camion au milieu des terres désolées pour venir porter secours. Les deux soeurs, au même prénom d'actrice Agata, Buzek et Kulesza, Vincent Macaigne (dans le rôle du jeune médecin juif qui s'éprend de Mathilde, fille de communistes) complètent une distribution étonnante dont le jeu n'est jamais forcé, d'un naturel confondant.

    Les enfants naissent, emmaillotés de la tête aux pieds, métaphore d'un monde âpre, peut-être un peu ouvert aux changements.

    Des images d'enfants qui jouent , laissés à eux-mêmes, sur un cercueil, poussant des boîtes de conserve ou vendant au marché noir des clopes, ponctuent ce film lumineux, où le noir et blanc des soeurs martyrisées dans leur chair relaie la gravité du monde, sans aucun manichéisme, mais avec une transparence qui éclaire le spectateur, et lui laisse, en gage, une réflexion intense sur la beauté d'une aide, la tendresse d'un regard pour l'humain souffrant.

    Un très grand film.

    *Récit paru anonymement en 1953. Traduit pour folio par Françoise Wuilmart (sans nom d'auteur)

     

    La bande-annonce

    Une interview d'Anne Fontaine