CHRONIQUES FICTIVES / E. ALLARD

  • CHRONIQUES FICTIVES

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    BIEN ÊTRE MINÉRAL de Nicolas LANDROCK 

    Genre littéraire: Pavé indigeste

    Maison d'édition: Les Editions de la Plante

    Année de parution: 2017

     

    VIRGIN ROAD de Flannery HILL

    Genre littéraire: Road trip hop

    Maison d'édition: Stock

    Année d'édition: 2017

     

    LA ROUE À AUBES NE S'ARRÊTE JAMAIS de Mathias NIZET

    Genre littéraire: Jeune poésie (d'académicien en herbe)

    Maison d'édition: Le Cheyne 

    Année de parution: 2015

     

    FISHTICK POLYCHROME suivi de BOUSILLE LE CIEL SI T'ES UN ANGE de Michaël LONDOT

    Genre littéraire: Poésie Beat(e) 

    Maison d'édition: Le Castor Astral

    Année de parution: 2016

     

    ÉCRITS POURPRES d'Edward D. DWARF

    Genre littéraire: Fond de cercueil, polar intello

    Maison d'édition: La Sonatine

    Année de parution: 2016

     

    PARCOURS D'UNE POÉTESSE SUPERSTAR

    Découvrez sa luxueuse bibliographie: L'hiver l'hygiène, Gloss mon amour, Mascara manganèse, Paupières miroir, Chanel tu me tues, Peau d'Hermès, Les masques de beauté, Plug banal, Coco câline rouge et noire

     

    CINQ POÈMES POSTHUMES et dispensables de Marcel THIEU légués par sa veuve éplorée

     

    UNE CRITIQUE MI-FIGUE MI-RASOIR

     

    Rentrée littéraire 2014: PIERRETTE PIERREQUIN PUBLIE SON PREMIER APHORISME

     

    TOUTES LES CHRONIQUES FICTIVES

     

  • BIEN-ÊTRE MINÉRAL de NICOLAS LANDROCK

    29554510langage-des-pierres-jpeg.jpegReprendre pierre

    Dans Bien-être minéral, Nicolas Landrock, nom de plume ou non, dont c’est le premier ouvrage, nous balade dans le temps et les espaces, dans les remous de la pensée en proie aux affres de la démence comme de la plus vive intelligence, mais aussi de Stonehenge aux Montagnes rocheuses en passant par la Muraille de Chine ou les mines d’extraction de pierres précieuses de la Tanzanie en un prodigieux tourbillon de plus de 600 pages.

    Pierre Pays, le héros, d’origine française, s’éprend dans son enfance anglaise (son père, collaborateur, meurt pendant la seconde guerre mondiale sous le feu de résistants et sa mère qui a donné son père aux résistants obtient de quitter la France occupée pour rejoindre Londres où elle sera l’amante d’un ambassadeur mexicain hanté par Frida Kahlo) d’une pierre, objet transitionnel dont il ne se déprendra jamais. Tout le long du livre et de la vie, il recherchera à travers une inlassable recherche cette pierre prim(ordi)ale, comme une madeleine, comme l’Agate de Pyrrus ou la pierre philosophale des alchimistes.

    Malgré des passages volontiers obscurs, traduisant les plongées de Pierre Pays dans les affres de la folie et d’une cruauté plus fantasmée que vécue, aux accents tour à tour païens, sadiens ou masochistes, le récit recèle de rares fulgurances et des moments d’apaisement d’une extrême beauté, comme lorsque l’homme à bout de forces retrouve la fameuse pierre perdue.

    Sur plus de cent pages, Landrock passe en revue tous les types de pierres et minéraux, de l’ambre au topaze en passant par l’améthyste, l’aigue-marine, le cristal, l’obsidienne, le quartz, la pierre de lune, les jades… Il cite Caillois, le poète des pierres, les paysages minéraux d’Yves Tanguy, et tous les stigmates et bienfaits que les pierres peuvent procurer sur ou dans le corps humain.

    Livre entre l’essai, poésie et l’autofiction qui compare les différents bien-êtres auquel se livre l’homme depuis des siècles pour fuir sa nature proprement humaine, il questionne les neurosciences comme les contre-vérités scientifiques aussi bien que le chamanisme dans la quête du cerveau humain à déchiffrer l’indéchiffrable en vue d’un sens qui le transcende autant qu’il le détruit psychologiquement en modifiant sa propre espèce dans sa volonté de la croiser avec d’autres, qu’elles soient minérales, végétales ou animales.

    Le livre est paru aux toutes nouvelles Editions de la Plante (sans encore d’espace ni de visuel sur le Net) dans une tradition de l’espagnol (Mexique) par Anna Della Pietra qui n’est autre, nous apprend l'éditeur, que la mère de l’écrivain.

    Éric Allard

    Pierre Pays, Bien-être minéral, Éditions de la plante, Paris, 640 pages.

  • VIRGIN ROAD de FLANNERY HILL (Ed. Stock)

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    Tableaux vivants

    Dans Virgin road, une narratrice prénommée Fanny se déplace de ville en ville dans l’Amérique profonde. Elle soupçonne d’être suivie ou l’est réellement, on ne le sait pas bien tout au long du récit qu’elle fait de son périple où se mêlent tout à la fois description des lieux traversés et méditations fantasmatiques sur les scènes qu’elle va jouer. Une fois sur son lieu de résidence, souvent des motels, en périphérie des villes, elle ne sort que secrètement, masquée ou méconnaissable, pour se réfugier dans une salle de cinéma qui diffuse de vieux films ou acheter quelques produits de pure nécessité...

    En soirée, elle participe à des spectacles vivants, publics ou privés, qui lui font rejouer des tableaux américains (Bellow, Currin, Goeffroy, Hopper, Salle...) des scénes de crime, souvent dans le plus simple appareil. Soft ou bien hard, elle est donc souvent nue, offerte aux regards de spectateurs souvent plus concupiscents qu’animés de considérations esthétiques. Là, elle réussit à s'extraire du présent et à pénétrer en elle, revisitant des épisodes de sa vie réelle ou imaginaire. Quand elle reprend c'est esprits, c'est pour voir en chacun des spectateurs un possible meurtrier. Son angoisse augmente au fil de son déplacement mais elle s’est promis d’aller au bout de sa tournée, d’honorer toutes les dates de son agenda…EmilyBinghamWEB.jpg

    C’est narré dans une prose fluide mais tendue, qui détaille plus les états d’âme de l'héroïne que ce qu’elle observe et finit par ne plus voir. Elle se déplace en somnambule automate, en vengeresse de plus en plus décidée... 

    Flannery Hill a écrit trois courts romans qui scannent l’Amérique des grands espaces à la façon d’un Sam Shepard mâtiné de Stephen King, lit-on en quatrième de couverture. Ce roman-ci est le premier traduit en français, par les soins de Nancy McEwan.

    Editions Stock, collection La cosmopolite, 168 pages, 18 €

    Le site des Éditions Stock

     

  • PARCOURS D'UNE POÉTESSE SUPERSTAR

    0270524549a7dc832f5ce122e8706aa9--fabric-toys-handmade-toys.jpgCette poétesse glamour que tout le monde littéraire reconnaîtra possède à près de vingt-cinq ans une attrayante bibliographie.

    Son premier recueil, L’hiver l’hygiène, avec une préface d’Yves St Namur, reçut à quinze ans à peine le Prix Lolita.

    Son second, Gloss mon amour, postfarcé par Jan Buccal, reçut à la fois le Prix du Baiser de Rodin et le Prix des Lèvres nues.

    Puis il y eut Mascara manganèse, dont un exemplaire dédicacé à Marcel Morose, mis aux enchères avec un prix de départ de 12 € a finalement été enlevé pour la somme fabuleuse de 13,20 € par un collectionneur de dédicaces littéraires.

    Paupières miroir, son recueil écrit à l’eye liner et précalligraphié par François Cheng a servi au cours d’une performance d’œil de pommes de terre crevé par le cultivateur d’art Patrice Ferrasse relayée en direct sur sa page Facebook.

    Chanel tu me tues, a été encensé (au premier sens du terme) par la petite nièce de l’ex-plus proche voisine de Marguerite Duras à Neauphle-le-Château.

    Peau d’Hermès, avec un non préface de Cristina Cordula, relate une année sans fond de teint ni rouge à lèvres, est sa première incursion dans le genre du Journal sans cosmétique, très couru des hommes et femmes sans fard.

    Les masques de beauté, son anthologie, parue pour son vingtième anniversaire, est son plug grand succès à ce jour. Il a été publié à 50 exemplaires et réédité trois fois.

    Son précédent ouvrage, Plug banal, a choqué une partie de ses lectrices et réjoui un partie des lecteurs, lui ouvrant ainsi un nouveau lectorat d’autant plus que son éditeur (en passe d'être diffusé par une grande enseigne de parfumerie parisienne), pour faire postmoderne, a réduit tous les vers à deux mots (voire deux lettres) et remplacé tous les et, fort lourds, en effet, par des « & », carrément volatils. Si bien que l’ouvrage de poésie verticale (voire abyssale) atteint quand même 2428 pages (sans l’appareil critique et les pages de sponsoring).

    Son dernier ouvrage, Coco Câline rouge et noire, heureusement plus posé dans la forme et aux vers bicolore d’un bel effet pouvant se chanter avec un minimum d’accords et sans le moindre engagement sartrien sur un vulgaire ukulélé, est dédié à Julien Sorel Doré. Il  fait partie des meilleures ventes de poésie parfumée au drugstore de mon quartier. La vidéo de sa lecture scandée par Serge Pey en grande forme pédopoétique a depuis sa sonorisation été vue douze fois (dont dix fois par moi, dans le cadre de cette humble recension).  

     

  • ANASPHASIOS & MALEUXIS suivi de UNE CRITIQUE MI-FIGUE MI-RASOIR


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    Anasphasios et Maleuxis

    Anasphasios était le plus grand écrivain de Carnavalus quand le jeune et beau Maleuxis le mit au défi de le battre. Un ring fut rapidement installé sur un des nombreux kiosques de la ville. Le maire lui-même donna le coup d’envoi de la joute. 

    Lors de la première épreuve d’écriture, Anasphasios qui avait relu ses classiques l’emporta haut la main sous les applaudissements du public acquis à sa cause. À la deuxième, il fut mis en difficulté par la fougue verbale, les calembours puissants de son jeune rival. À la troisième, il chuta et à la quatrième, il s’avoua vaincu avant la fin de l’épreuve, jeta tous ses bouquins en guise d’éponge et remit les lauriers de premier écrivain de Carnavalus à Maleuxis qui trône maintenant au firmament littéraire de la ville et est lu de tous ses concitoyens.

    Quant à Anasphasios à la grise chevelure qui a longtemps été nègre du maire, il a défié celui-ci dans le but de lui prendre la mairie. Il peut déjà compter sur la voix de Maleuxis auquel, en contrepartie, il a promis une statue (et de nombreuses bourses) à la hauteur de son talent sur la principale place de la ville qui porte déjà son nom.

     

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    Une critique mi-figue mi-rasoir

    Dans De près ou de loin, l’auteur d’Au-delà du bien et d’Avant le mal explore à nouveau les lignes sinueuses de la morale. Moins anguleux que dans Les Parallèles du Droit mais plus carré que dans Perpendiculairement parlant, l’essai de fiction géométrique de Paul-Jean Evrard loué par Badiou lui-même joue avec l’obscur de notre raison sans laisser de côté notre sensibilité la plus aiguë. Entre le pragmatisme de Hume et la grâce pascalienne, De près ou de loin monadise notre rapport  à l’espace cartésien inféodé au temps bergsonien quand l’orage de l’alètheia gronde sur les plaines de l’étant heideggerien.  

    C’est, pour tout dire, pompant comme une réunion de gauchistes imbibés de Cuba libre qui se piqueraient de croiser Lénine et Lobatchevski sans avoir compris ni Marx ni Euclide. Ni les classiques de la Littérature Jeunesse Révolutionnaire qui comprennent  quelques génies en herbe.

    Mais comme l’éditeur apporte son labrador à toiletter chez la femme de mon frère en laissant chaque fois un gros pourboire, j’ajouterai que De près ou de loin est une somme ontologique qui infuse dans l’esprit du lecteur brouillé par des considérations facebookiennes indigestes un subtil mélange de froide phénoménologie husserlienne, de nombrilisme rousseauiste et de bling-bling hégélien propice, il va sans dire, à la lecture sans prise de tête d’Anna Gavalda et autre littérature coulante.

     

  • CINQ POÈMES TRISTES de MARCEL THIEU

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    Un homme

    S’est

    Jeté

    Sous

    Le

    Train

    De voyelles

    A E I Oh

    Dit la femme

    Quelle belle

    Tête

    Il

    Avait

    En la voyant rouler

    Sur le ballast...

    Hue !

    Dit le paysan

    À son cheval

    Un instant

    À

    L’arrêt

    Un fer

              en

                     l'air

    On n’a pas que ça

                       à

                  lire

    !

      

    *

     

     

    J’ai perdu

    Mon titre

    De transport

    Ou bien

    Je l’ai égaré

    Vais-je sauter

    Du train

    Ou bien

    Tuer 

    Le receveur?

     

    *

     

    Suis-je triste

    Ou bien

    Désespéré ?

    Dit le pinson

    Qui peine

    À retrouver

    Son chant

    Dans le

    Poème

    Éclat

    É

     

    *

     

    Dans la nuit

    Mon rêve est tombé

    Si bas

    Que 

    Pour le

    Relever

    J'ai dû 

    Demander de l'air

    Au vent 

    Qui balayait

    Ma

    Vie

    Depuis

    Que

    J'étais né

     

    +

     

    - Je suis

    MO

           R

               T

    Mais je vous écris

    EncORe….

     

    - Merde

    Merde

    Merde

    Merde Merde Merde Merde Merde Merde Merde

    On ne sera donc

    Ja

    Mais dé

    Bar    

                  rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

    A

    Ss

    EZ

    De

    LUI !

     

     +++

     

    Marcel Thieu a peu écrit et c’est tant mieux. Il écrivait des poèmes très tristes qu’heureusement aucun éditeur n’a lus. Sinon, ému par leur ton et par leur forme, il les aurait publiés.

    Après avoir écrit ces cinq poèmes restés trop longtemps inédits, il s’est pendu. On n’a pas retrouvé la corde ni le corps. Cette nuit-là, il y avait du vent qui a dispersé les cendres. Car sa veuve a tout brûlé en mettant le feu à son bureau. À ses dires, ce sont les plus beaux poèmes de son aimé.

    Connaissant mon goût pour les poèmes très tristes aux formes innovantes, elle me les a envoyés pour que je les dépose sur le net. Ses dernières volontés accomplies, elle a tenu à disparaître aussi... dans un endroit de rêve avec les petites économies de Marcel.

    Le titre est un compromis entre la proposition de sa veuve (Tristesse) et la mienne (Cinq poèmes).  

     

  • FISHSTICK POLYCHROME suivi de BOUSILLE LE CIEL SI T'ES UN ANGE de MICHAËL LONDOT

    Le dernier poète Beat?

    Michaël Londot a une œuvre riche de près de cent cinquante livres publiés sous toutes ses latitudes et sous différents pseudos.

    Cet inédit, qui en annonce d’autres, car Jacques Pasterger a entrepris avec sa veuve depuis sa mort survenue il y a dix ans de rassembler tous ses écrits disséminés. Le recueil comprend des textes écrits sur trente ans qui reflète bien sa biographie (tour à tour détective, marin, mécano, vagabond, gardien de sécurité…). Proche de la Beat Generation, il a entretenu une longue correspondance avec Ginsberg. À dix-sept ans, il part pour les States où il est bientôt arrêté pour détention de stupéfiants dans une voiture volée, il migre alors en Australie où il vivra trente ans avant de finir sa vie près de Bordeaux avec une femme de quarante-deux ans sa cadette.
    Gobe-bouches et La poésie en morceaux, son manifeste de poésie grunge, publié en 91, ont marqué de jeunes écrivains. Pasterger écrit dans sa préface : « Michaël Londot est le plus méconnu des poètes de sa génération, une partie importante et hétéroclite de son oeuvre reste encore à découvrir. »

     

    Je travaille à

    la côte cassée

    Je gagne ma

    flotte

    &

    j’es

    père

    encore une

    mer

    calme

    &

    ravagée

    Marre

    des marins

    d’eau douche

    Je suis sale

    &

    seul

    comme la tanche

    au sec

    &

    je mens

    merde

     

    *

     

    malgré la pluie, le clodo

    dort il rêve

    d’une pièce d’or

    dormir

    debout

     

    pecheur216300-1410796320.jpg

    Michaël Londot dans les années 80 en Australie

     

    Ma vie je t’en

    fish tick

    track polka

    nageoires sachant

    nager

    pataugeoire

    & flaque de moue

    Je te regarde

    dans les cieux

    En avant

    le mousse tique

    tacle le temps qu’il fait

    je plonge

    & ronge la

    rive

    pusqu’au porc

    groin groin

    grognon

    fait le chic

    oiseau

    du large

    & en travers

     

    *

     

    L’ange

    descend

    du ciel

    à minuit

    avec son riot gun

    son burger

    & ses ailes en biseau

    & son androgynie

    de comptoir

    Je prie pour qu’

    il

    te

    prenne

    en traître

    ou à

    la régulière

    avant de

    te liquider

    dans le mojito

    la gnôle de prune

    ou

    le diesel

    à 100 cents

    le flacon

     

    Derrière l’apparent bric-à-brac de ses compositions, son cut-up orgasmisé, et l'auto dérision d’écorché vif que ses textes trimballent, se cache une blessure d’exister et un dégoût des conventions littéraires et sociales qui creusent la langue juqu’à l’os, la malmènent et la réduisent à quia. On retrouve cette volonté, commune à d’autres du même courant, de verticaliser, parfois à outrance, le poème en réduisant le vers au rang d’une particule verbale « comme si le texte faisait plonger la prose » (J. Pasterger)… Le poème fait jouer les fragments métaphorisés, il déforme le monde des apparences comme autant de prismes. Tel un éclat de ciel dans une flaque d’eau sale, d'une note mineure dans une gamme majeure, le poème, « ce leurre de son et de sens qui nous piège dans ses envies d'écrire comme d'exister », rend alors compte du monde dans ses moindres détails.

    Éric Allard 

     

    20140915-111734-g.jpgÀ paraître le 15 avril

    Pages: 160

    Prix: 15 €

    ISBN: 169-10-200-0060-1

    Collection Poésie

    Le site du Castor Astral

     

  • LA ROUE À AUBES NE S’ARRÊTE JAMAIS de MATHIAS NIZET (Cheyne éditeur)

    Moulin à vers

    Mathias Nizet, qui partage sa vie entre la musique et l’écriture, a 26 ans et déjà une vive intuition du temps qui passe.

     

    A t’attendre

    Le ciel s’égare

    Et le temps me prend

    Pour un ordinaire voyageur

     

    Dans les transports auxquels il nous invite, il se munit d’une gomme et d’un crayon. 

    J’efface

    Avec la gomme sans fin

    Des souvenirs

    Les traces de l’éternel

    Présent

     

    Il lie le désir au temps, conscient que, tel un fruit mûr, il doit être cueilli à son heure.

    Quand ton corps se défend

    Des étreintes du temps

    Mes mains sur toi se brisent

    En éclats de passé

     

    Des images cruelles viennent entailler la lisseur des jours, réveiller l’imaginaire un moment endormi.



    J’use de l’amour

    Comme d’un couteau

    Sur tes lèvres

     

    La musique du souvenir empêche d’entendre les appels du présent ; on passe alors à côté ou bien on s’y écrase, brisant le défilé des jours.

    Mais le moi qui endure les jours finit toujours par revenir dans le désir finissant.

     

    Forçant le songe

    À médire des étoiles

    Ta nuit

    M’abreuve de chimères 

    Je m'évade du temps

     

    Cette poésie neuve, en vers en roue libre, qui découvre les richesses de la langue, pêche encore par des maladresses  certaines mais ses élans l’entraînent dans des lieux insoupçonnés de l’âme qui n’ont pas encore eu le temps de s’incarner dans un réel encore à éprouver, à épuiser...

     

    Au Puy

    De ton Fou

    Je débarque

    Avec mes cordes

    Et ma lyre

    Pour prendre ma place

    Sur ton ring 

     

    Dans La roue à aubes ne s’arrête jamais, Mathias Nizet raconte l’histoire d’une saison d’amour qui prend toutes les couleurs du temps. Il nous parle d’un présent indépassable qui bute sur des clichés pour en arriver à ne plus voir le monde. Il nous confie aussi cette crainte légitime du  jeune poète devant le réel, d’une vie vouée à l’écriture comme sacerdoce...

     

    Martelant ta beauté

    Sur l’enclume du désir

    L’amour peine

    À faire tourner le cosmos 

    Dans le sens de mes mots

    Il fait nuit à midi

     

    Il imagine enfin sa jeunesse éteinte dans un feu de joie qui rebondit vers l’azur les trente mois que la lune fait.

    C’est une poésie faite de chair et de temps, d’angoisse et de vertige, de restes d’une folie née de l’enfance perdue, de l’attente irrésolue dans l’exécrable avenir, d'une circularité impossible.  

     

    Dans ta boîte à lippes

    Je pique-nique

    Tout l’hiver

    Avec la fièvre

     

    Sur ton verbe rouge

    Je fais fable rase

    De ta chair

    Jusqu’au cri

     

    Le premier recueil de poésie de Nizet s’achève, lui, sur un silence répété à l’infini. Qui résonne comme un écho dans la chambre vide / de nos matins endormis.

    Éric Allard

     

    jackiw-credit-lisa-marie-mazzucco-288x300.jpgImage de la couverture pas encore disponible

    Date de parution: 15 avril 2016

    Pages : 60

    Prix : 15 €

    Format : 13 x 22 cm

    ISBN :978-2-84116- 223-7

    Collection D'une voix l'autre

    Le site de Cheyne Editeur

     

  • ÉCRITS POURPRES d'EDWARD D. DWARF

    ob_56cdd4_violet-2.jpgL’écrivain de l’ombre

    Edward D. Dwarf, de son vrai nom Leonard Ellis, est né en 1901 à Chicago. 

    De la génération des Hammett et Chandler, Edward D. Dwarf moins connu qu’eux même s’il a marqué en France des auteurs comme Vian (qui a traduit son dernier roman, Faux semblant), Perec (qui, dans Espèces d’espaces, se sert de plusieurs pages de L’affaire Othello pour un de ses exercices oulipiens), Robbe-Grillet qui reconnaît s’être inspiré de La femme de l’ombre  pour Topologie d’une cité fantôme ou encore Daeninckx qui signe la préface :
    « Edward D. Dwarf n’est pas le plus stylé des auteurs de sa génération, mais le plus tarabiscoté,  il privilégiait davantage la structure auquel il pensait longtemps avant de se mettre à écrire. C’est celui aussi qui a le mieux rendu l’époque de l’entre-deux guerre américain.  
    Martin Froth, son alter ego, est quant à lui le plus déjanté des détectives de fiction même si le personnage est attiré par la peinture du Quattrocento et la musique baroque et qu’il déteste le blues ou la musique d’Amstrong qui le font pleurer. »

    Dans ces écrits pourpres qui rassemblent des préfaces, des lettres, des critiques, commentaires et autres textes de circonstance, c’est l’attention à l’actualité qui prime, d’un écrivain qui tout en se mêlant à la vie active de son temps (il devait travailler pour faire vivre sa famille) n’aspirait qu’au repli pour écrire.

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    Edward D. Dwarf en 1955

    Il revient sur la réception de son grand livre, La femme de l’ombre. Inspiré de La vie est un songe de Calderon, une femme se sent agie de l’extérieur pour commettre un crime dont l’objet est elle-même. L’ouvrage qu’un moment Hitchcock a pensé porter à l’écran l’a finalement été par Walter Fein, en 1954, un réalisateur de séries B  qui a expurgé le texte, Ellis n’ayant pas été associé à son adaptation, de toute la dimension métaphysique en réduisant son propos à celui d’un simple polar.

    Son père meurt en France pendant le siège de St Mihiel en 1918 pendant la Première Guerre mondiale alors que Leonard songeait à suivre des études de journalisme. Il exerce alors divers métiers tels que barman, gardien de nuit ou maréchal ferrant tout en descendant vers le Sud.

    Fort de son succès littéraire, Le Washington Post le sollicite pour couvrir l’après débarquement de Normandie. Dans sa lettre de France, datée du 21 juillet 44, il écrit à son épouse : « Ce que je vois est du même ordre que mes visions transcrites dans mes romans de La Trilogie du Condor, je n’ai fait qu’anticiper le grand malheur de mon siècle. » Sur un mode plus plaisant, il raconte sa rencontre avec Hemingway où pendant toute une nuit d’ivresse, à La Closerie des Lilas, ils adaptent des cocktails cubains à des alcools français. Ellis pousse jusqu’à Berlin d’où des rumeurs évoqueront une rencontre secrète avec des autorités soviétiques. Elles ressurgiront avec force au moment du maccarthysme et l’éprouveront durablement.

    Avant son retour aux States, il tient à repasser par St Mihiel, en Lorraine, pour visiter le monument aux Morts. Ses proches demeurent plus d’un mois sans nouvelles de lui. Il écrira avoir pensé en finir là.

    Il se suicidera le 13 mai 1956 à New York, après avoir écrit ces mots : « J’ai tout connu du pire et aussi du meilleur. A quoi bon poursuivre jusqu’à l’ultime station ? » Il était atteint d’un cancer incurable. Il laisse une œuvre d’une dizaine de romans qui ont marqué le genre et d’une cinquantaine de nouvelles dont un texte transgenre contant un voyage imaginaire à Florence où il ne s’était jamais rendu.

    Ce livre inédit en français jusqu'aujourd'hui et traduit par Jérôme Siel est paru aux Editions Sonatine.

    Le site des Editions Sonatine

  • Pierrette PIERREQUIN publie son PREMIER APHORISME.

    ecrivain.jpgPierrette Pierrequin de Pont-de-Loup publie son premier aphorisme. Nous l’avons rencontrée.

    -         Vous écrivez depuis longtemps ?

    -          J’ai toujours écrit !

    -         Pourquoi publier seulement à l’âge de 22 ans ?

    -         Je ne me sentais pas encore prête. Je voulais proposer quelque chose d’abouti au lecteur.

    -         Votre recueil, intitulé L’aphorisme, comporte un seul aphorisme. Que raconte-t-il ?

    -         L’histoire d’un couple qui s’égare dans une ville à la nuit tombée. Chacun des protagonistes rencontre une femme dont il tombe amoureux. Quand ils se retrouvent au petit matin, ils se racontent leur rencontre et se persuadent qu’ils ont rencontré la même femme. En fait, cette femme…

    -    Tout ça en un aphorisme ?

    -          Oui.

    -         Vous avez mis combien de temps pour l’écrire ?

    -         Une minute et toute une vie.

    -         Vous l’avez écrit en résidence d’écriture ?

    -         Non, j’en avais fait la demande... Mais elle m’a été refusée. Au profit d’un candidat haïjin qui voulait écrire son premier haïku au Japon. Dommage, J’aurais tant aimé écrire mon premier aphorisme dans les pays de l’Est !

    -         Pourquoi l’Est ?

    -         C’est de là que vient le vent... 

    -         Je comprends.

    -         Alors, je l’ai écrit à Ostende. Ensor, Arno...

    -         Bien sûr !

    -         Des lectures sont prévues ?

    -         Oui, par Michel Riccoli à l’Intime Festival ?

    -         Michel Piccoli, vous voulez dire ?

    -         Non, Riccoli, c’est mon homme. Il est boucher mais il lit très bien. Pas de façon hachée (elle rit).

    -         Vous avez beaucoup d’humour.

    -   On me le dit souvent. Michel est un peu voyant aussi. Il lit dans la viande de cheval. Le Poète est voyant, vous savez (elle prend un air inspiré). Oui, la viande de cheval renvoie bien l’avenir. Mieux que la viande de veau…

    -         Et il voit comment, votre avenir ?

    -         Il le voit en Viandée (elle rit, il faut l’arrêter.) C’est l’Intime festival tous les jours, nous nous aimons depuis que je suis petite.

    -         Vous vous êtes connus à l’école ?

    -   Comment vous avez deviné. Oui, il venait livrer la viande pour la cantine. Je suis tombée amoureuse de lui au premier regard. C’est lui qui m’a fait lire mon premier aphorisme.

    -         De Chavée, Scutenaire, Mariën ?

    -         Non, de Riccoli !

    -         Ah, il écrit ? Il a déjà publié ?

    -         Oh! un petit livre il y a cinquante ans, au sortir de ses études! Je le relis souvent.

    -         On le trouve encore ?

    -         Uniquement aux Puces Électroniques.

    -         On va rappeler le titre de votre ouvrage et le nom de la maison d’édition.

    -         Oui, L’aphorisme aux éditions de L’aphorisme, c’est facile à retenir (elle rit).

    -         Un ouvrage de Pierrette Pierrequin.

    -         Un  pseudo, en fait. Je m’appelle Doriane Dostoïevski. Mais c’est trop difficile à retenir. 

     Un ouvrage à lire de toute urgence, entre deux pages d’un des longs romans de la rentrée.