LES BELLES PHRASES - Page 2

  • POUR COMMENCER L'ANNÉE 2017

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Première lecture de l’année

    Pour commencer l’année 2017, Philippe Picquier nous emmène, presque de force, en Corée du Nord, en fait c’est Vincent-Paul Brochard, l’auteur, qui nous dirige sur les traces des personnes enlevées et conduites en Corée du Nord contre leur volonté. Une question qui a défrayé l’actualité il y a quelques mois déjà avant que l’ONU condamne cette pratique. Un roman qui pourrait passer pour un témoignage.

     

    9782809712193FS.gifLE PONT SANS RETOUR

    Vincent-Paul BROCHARD

    Editions Picquier

    « Le pont sans retour », c’est celui qu’on ne peut traverser qu’une fois sans espoir de le franchir un autre jour, même très lointain, dans le sens inverse, ceux qui se rendent en Corée du Nord comme ceux qui se rendent en Corée du Sud ne feront jamais le voyage dans l’autre sens. C’est le trait d’union qui unit si mal les deux parties de la péninsule séparées depuis 1953, depuis la fin de la guerre de Corée. C’est le symbole choisi par Vincent-Paul Brochard pour concrétiser le sort de Julie Duval, l’héroïne qu’il met en scène dans ce livre, emmenée par la force et par la ruse en Corée du Nord par des membres d’un groupuscule révolutionnaire japonais réfugié dans ce pays fermé à tous pour échapper à la police nippone.

    En novembre 2002, Kim Jong Il, le dictateur coréen alors au pouvoir, a reconnu que ses services avaient enlevé un certain nombre d’étrangers notamment des Japonais, d’après quelques témoignages de très rares réfugiés, il apparaitrait qu’il y aurait eu quelques Français parmi les personnes retenues de force en Corée du Nord. Vincent-Paul Brochard à travers la fiction qu’il a construite essaie d’expliquer ce qui a conduit les Nord-Coréens à perpétrer ces enlèvements désormais condamnés par l’Organisation des Nations Unies, et l’aberrante logique de ce pouvoir totalitaire, fantasmagorique et erratique.

    Julie Duval constituait une excellente cible pour les activistes chargés de recruter de force des jeunes Françaises pour les besoins des services nord-coréens, elle parlait et écrivait excellemment le Japonais, les liens avec sa famille étaient presque inexistants, il était donc facile pour une jeune Japonaise de l’aborder sous le prétexte d’échanger des cours de conversation française contre des cours de conversation nippone. Julie accepte donc cet échange avec Keiko, les deux filles sympathisent vite et nouent une amitié suffisamment forte pour que la jeune Japonaise propose à son amie de l’accompagner pour des vacances dans son pays natal. Enthousiasmée, Julie accepte mais à Hong Kong le voyage tourne à l’enlèvement et elle se retrouve vite « l’invitée forcée » du groupuscule japonais qui l’a enlevée, dans un camp de formation où on l’endoctrine de force, elle doit acquérir tous les éléments de l’idéologie prônée par Kim Il sung pour asseoir son pouvoir : le Juche.

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    Ayant acquis les fondamentaux de cette idéologie et après être passée par les geôles locales, elle est confinée dans une demeure isolée au fond d’une campagne déserte où elle doit former une jeune Coréenne à la langue, la culture et les mœurs françaises. On lui fait croire que cette élève très douée embrassera la carrière diplomatique et qu’elle servira la cause de la révolution en participant au rapprochement du peuple coréen avec le reste du monde par la diffusion du « kimilsungisme ». Et que ceci facilitera le rapprochement des deux parties de la péninsule. La séparation est pourtant brutale, la jeune Française reste en Corée sous la protection d’un haut cadre du parti et la jeune Coréenne poursuit son parcours révolutionnaire dans la mission qui lui est confiée.

    Vincent-Paul Brochard l’avoue, il y a très peu de documents sur le sujet et pourtant on dirait qu’il a vécu cette expérience lui-même, il connait le fonctionnement de l’administration nord-coréenne comme s’il avait séjourné dans cette partie de la Corée. Il connait aussi remarquablement les problèmes que la Corée du Nord a dû surmonter dans les années quatre-vingt-dix, l’histoire des relations entre le Nord et le Sud, les querelles intestines qui minent le pouvoir, les artifices, les manipulations, les exactions, les mensonges, tout ce que le pouvoir utilise pour faire croire au bien fondé de son action et à la nécessité de soutenir un pouvoir fort et autoritaire pour échapper au diable occidental qui a contaminé le Japon et gangrené la Corée du Sud, tout ce que Bandi a écrit dans les textes qu’il a fait passer sous le mur qui sépare les deux parties de la péninsule.

    C’est donc, plus qu’une fiction, plus qu’un roman d’espionnage, plus qu’une carte postale sur la Corée du Nord que nous propose Vincent-Paul Brochard, c’est presque un essai sur cette république démocratique, seule survivante du communisme du XX° siècle, et son régime qui résiste encore et toujours malgré une conjoncture très difficile et un pouvoir démentiel, à conserver une indépendance insolente, agressive et hautaine qui fait trembler même les états les plus forts.

    Le site des Éditions Philippe Picquier

  • HAÏKUS D'HIVER de NATHALIE DELHAYE

     

    Arbres dénudés

    Oiseaux qui ne chantent plus

    Hiver à deux pas

     

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    *

     

    Figé par le froid

    Le sapin s'offre au soleil

    Pluie de perles d'eau

     

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    *

     

    J'ai vu en songe

    Neige et écume se mêlant

    En ballet ardent

     

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    *

     

    Fins pas sautillants

    L'oiseau perdu dans la neige

    Marque le sol blanc

     

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    *

     

    La lune alanguie

    Abat sur l'étendue blanche

    Son reflet bleuté

     

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    *

     

    Sur l'étang gelé

    Les cygnes se rapprochent

    Amour éternel

     

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    *

     

    Dans la cheminée

    Les flammes ne troublent pas

    Le repos du chien

     

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    *

     

    Les perce-neige

    Bravant les affres du froid

    Sourient au soleil

     

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    *

     

    Les nuages blancs

    Saupoudrent l'épicéa

    De sucre glacé

     

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    *

     

    La terre endormie

    Sous un linceul de flocons

    Guette le printemps

     

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  • POÈMES DU SANG QUI BAT

    Le sang engendre des fantômes

    Carlos Edmundo de Ory (Aérolithes 

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    LE SANG QUI BAT

     

    Le sang qui bat

    bout

    dans mes déveines

     

    Le sang qui bat

    blesse

    les cœurs cadenassés

     

    Le sang qui bat

    taille

    des roses de chair

     

    Le sang qui bat

    lance

    des lames de lumière

     

    Le sang qui bat

    rit

    comme l’éléphant pleure 

     

    Le sang qui bat

    guette

    la néfaste bactérie

     

    Le sang qui bat

    rate

    les sentiments rances

     

    Le sanq qui bat

    gare

    à la voie fermée !

     

    Le sang qui bat

    you

    and me for ever?

     

    Le sang qui bat

    tonne

    comme l’orage éclair

     

    Le sang qui bat

    fouille

    les fonds de langue

     

    Le sang qui bat

    bouche

    les artères fémorales 

     

    Le sang qui bat

    lustre

    le cuir des coeurs

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    LA COUPURE

     

    Avec la bouteille brisée

    du songe

    j’ai coupé

    la racine

    de ton regard

     

    À partir de là

    tu m’as vu trouble

    légèrement rosé

    comme si j’avais bu

    à ta source

     

    Il me restait

    à taillader ta chair

    en un endroit précis

    pour échapper

    au sentiment d’étanchéité

     

    Du sang a coulé

    de tes yeux

    à mes mains

    et j’ai ramassé

    tes pupilles

     

    Il me restait

    à décrire

    le crime

    avec le tranchant

    de ma plume

     

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    L’IMAGE TEMPLE

     

    Couchées

    à demi-nues

    dans la lumière

    de l’aube

    tes lèvres

     

    Ont léché

    le sang

    de mes nuits

    s’écoulant

    entre tes rêves

     

    l'image temple

    du regard

    que des prêtres

    en soutane

    contemplent

     

    Et l’âme du miroir

    brisé

    s’ouvrant

    sur l’autel

    de tes hanches

     

    D’où fuit

    à jet continu

    le sang

    d’un vitrail

    en feu

     

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    Les photogrammes sont tirés du film d'Alain Robbe-Grillet,

    Glissements progressifs du plaisir (1974), avec Anicée Alvina.

     

  • TWEETS, TEXTOS, STATUTS & ROTS D’AUTEURS

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    Tous les écrivains emplumés de la fin de l'année ne sont pas de la revue.

    #Gare à l’amalgame

     

    En 2017, « Trop tweet », mon roman en 140 tweets paraîtra sur le site de microblogage avec une préfacebook de mon e-twitter. Hâte de triturer les vues du titre sur Snapshat !

    #Je pense donc je tweete

     

    Les crottes de lecture de ce critweet se lisent en un clic d’œil.

    #Gazou maudit

     

    Cet éditeur et son auteur fétiche borgnes ont décidé d’arrêter net leurs publications en semi-braille. Et de se remettre à lire l’un pour l’autre à voix haute comme avant qu’ils ne cyclopent le marché éditorial.

     #Riz jaune

     

    Tous les grands auteurs de statuts ne finissent pas par écrire des tweets.

    #Gare à l’amalgame

     

     

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    Pendant la saison des salons et des transports de livres, l'éditeur a bon dos pour ses auteurs. 

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    À chaque sortie de livre, ce papa heureux de l'édition se prend en selfie devant sa famille élargie.

    #Jesaisphotographierpuisquejesuisécrivain

     

    Cet éditeur analphabète publie de beaux livres à colorier.

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    Cet auteur d'une rare pudeur n'accepte qu'on monte et joue ses interviews sur scène qu'à guichets fermés.

    #Thé, art & autres rizeries

     

    J’écris sur le trapèze et dans les airs

    J’écris au mât chinois et aux anneaux

    J’écris sur la sciure et sur le dos des chevaux

    J’écris dans la gueule du tigre et sur les défenses de l’éléphant

    J’écris dans le cercle de la jongleuse et sur ses dessous de soie

    J’écris sur le nez rouge du clown et sur les genoux du spectateur

    J’écris pour divertir, pour émouvoir, pour faire rire ou bien peur

    De la littérature de cirque avec des mots de la balle

    Qui feront le tour de la piste ou bien du monde

    #Quand j'étais poète

     

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    Cet oiseux sourd aux gazouillis des réseaux sociaux a fini par apprendre le langage des 140 signes.

    #Je pense donc je tweete

     

    Depuis que je n'ai plus de veine avec les éditeurs, je me fais un sang d'encre.

    #Quand j'étais écrivain

     

    Le conseiller littéraire en chef de cet éditeur déconseille tous les auteurs sauf lui-même.

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    Mon éditeur ne peut pas me voir en photo de couverture des autres livres que les siens!

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    C’est un auteur de précision qui manque sans arrêt son coup. De peu, de très peu. A tel point que si on est mauvais lecteur on peut croire qu’il a mis dans le mille.

    #À vue de texte

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    Cette poétesse n’arrête pas d'écrire sur le dos de ses éditeurs quand, dans le feu de la passion, elle les chevauche.

    #La passion d'écrire

     

    Pour complaire à leurs parents, le fils de cet auteur et la fille de cet éditeur ont été contraints à faire un mariage d’intérêt.

    #Mes parents sont livres morts

     

    En allant de la littérature générale vers la littérature majorette, cet auteur troqua son képi et ses étoiles contre une mini-jupe et un bâton.

    #Littérature transformiste

     

    Ce grantécrivain régional qui aspirait à une gloire posthume disparut le jour même de la mort de Michel Houellebecq, de l’entrée sous la coupole de Frédéric Beigbeder et de l’attribution du Goncourt à Oxmo Puccino pour l’ensemble de son œuvre rappée.  

    #L'Édition de vos régions

     

    J’écris sur mon corps puce des aphorismes insectueux.

    #Aphorismes & tweetineries

     

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    Tous les écrivains (dés)abusés ne finissent pas dans la littérature jeunesse.

    #JehaislaLittératurejeunesse

      

    Entre le tiers et la moitié du livre, je pète un quart. 

    #Littérature à la page

     

    Le renvoi d'ascenseur n'existe dans le milieu littéraire mais bien le rot d'escalier de service.

    #Ton monde littéraire impubliable!

     

    À force d’avoir craché sur les maisons d’édition qui ont du souffle, cet auteur se retrouve à publier ses glaires dans la phtisique édition.

    #L'Édition de vos régions

     

    Tous les tweets ne voyagent pas en vers libres.

    #Je pense donc je tweete

     

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    Seule ombre au tableau de mon inspiration : je ne chanterai jamais les pieds de ma muse qui est une sirène.

    #Muses & autres scies littéraires

     

    Ma mère a lu tous les romans que je lui ai dédiés mais elle refuse toujours de lire le seul poème que j’ai consacré à mon père.

    #Mes parents sont livres morts

     

    La littérature d’avant Lagarde (et Michard)...

    #Littérature à l'école

     

    Même si, à trente volumes lessivés, je vis toujours chez mon éditeur-blanchisseur, je continue de donner mes lignes à laver à ma mère.

    #Mes parents sont livres morts

     

    Page 33, je tousse.

    #Littérature à la page

     

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    Un pet de mot peut-il infester l’air d’un texte ?

    #Je pète donc je suis écrivain #Je suis écrivain donc je (me la) pète

     

    Mesurer la longueur du mot millimètre.

    #Littérature métrique

     

    J’écris que tu écris qu'il écrit que vous écrivez qu'ils s'en contrefichent.

    #Jesaisécrirepuisquejepublie

     

    Ecrire à la belle étoile un poème à décrocher la lune...

    #Quand j’étais poète

     

    Tous les écrivains engagés ne prennent pas la direction d’un journal, d’un parti ou du premier caboulot venu.

    #Gare à l’amalgame

     

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    Avec des tirettes de mots-éclairs, ouvrir des livres de lumière.

    #Quand j’étais poète

     

    Chronométrer le temps mis pour dire le mot seconde.

    #Littérature métrique

     

    Cet écrivain sans langue de bois ne plaît pas aux oiseaux de feu.

    #Quand j'étais poète

     

    L’écrivain de l’eau inonde l’écrivain de la terre, l’écrivain du feu enflamme l’écrivain de l’air sans parler de ce que fait l’écrivain de l’île déserte à tous les autres.

    #Love & publishing

     

    - Avec quoi écrivez-vous : bic, marqueur, porte-plume, crayon?

    - Avec le stylo dont mon éditeur s'est servi pour signer mon contrat d'édition.

    #L'interview vérité

     

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    Cet auteur sans prix aimerait parfois bien coûter plus cher.

    #Littérature sans prix

     

    Cet auteur qui avait souffert de sa passion de la littérature et était mort sous les coups cruels de la critique p(h)arisienne a miraculeusement ressuscité d’entre les mots (de ses livres pilonnés) trois ans plus tard en éditeur tout puissant dans lequel croient des centaines d’écrivains ; il est monté aux cieux et est aujourd’hui assis pour les siècles des siècles aux pieds de de Gaston Gallimard, entre les orteils de Maurice Nadeau, José Corti et Jérôme Lindon.

    #Je crois en l'Éditeur tout puissant

     

    À la fin du texte assassin, je comptabilise tous les mots abattus.

    #Littérature métrique 

     

    Diablerie d’écrit vain : écrire le mot écrire 6 exposant 6 exposant 6 fois.

    #Le diable est dans le verbe 

     

    En prenant le chemin de l’écriture, cet auteur s’égara dans différents genres, s’arrêta sur les contreforts de la poésie où il manqua d’air, fut ébloui par l’éclat de la philosophie où il perdit l’esprit, s'égara dans un grand roman désert, se dispersa dans la critique littéraire, ne monta jamais sur la scène théâtrale, s’allongea dans l’aphorisme, s’énerva dans le commentaire de réseau social, termina sa vie sur une épigraphe légendaire vite effacée par Snapshat.

    #Biopic d'écrivant

     

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    Cet auteur automarrant rit à l’idée même de se relire.

    #Jé(c)ris donc je suis écrivain

     

    Après les mots orage, colère, vengeance, j’aime lire les mots ciel, clémence, pardon.

    #Les beaux mots

     

    Cet auteur du Pays Noir écrit des chefs d’oeuvre en terril.

    #L'Édition de vos régions

     

    Le Prince de la grammaire à la belle syntaxe n’a pas un beau vocabulaire.

    #Les bons mots

     

    Je me tiens à distance des mots quand ils sont dans la bouche d’imbéciles.

    #Les bons mots

     

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    Avec ses mots fuyants, cet auteur souffre le partir.

    #Les bons mots

     

    Quand il eut terminé d’écrire, il se mit enfin à vivre.

    #Write and let down

     

    Tous les auteurs d'aphorismes imbibés n'ont pas les idées gourdes.

    #Marre de l'anal game

     

    J'ai inventé le mot aorptiqperazsps et, jusqu'à preuve du contraire, je suis le seul. 

    #Les bons mots

     

    Combien d’octets pour coder le mot mot ?

    #Littérature binaire

     

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    En se retenant d'écrire longtemps, cet auteur jouit plus fort.

    #La passion d'écrire

     

    Je connais un bibliothécaire aimant la solitude au travail qui emploie de la mort-aux-rats-de-bibliothèque.

    #La fin de la lecture

     

    Ce poète anarchiste fait régner une métrique de vers dans ses sonnets. 

    #Anar gisant

     

    Le président de l'Association des Auteurs Auto-publiés vient de remettre sa démission car il va être publié aux Editions des Auteurs Auto-publiés qu'il vient de créer.

    #L'Édition de vos régions

     

    Cet éditeur novateur a inventé sans le savoir les livres à l'obsolescence programmée.

    #L'Édition du jour 

     

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    Chaque fois que j’ai terminé un livre, je l’enterre dans mon jardin en indiquant sur un mini-écriteau le titre et le nom de l’auteur. Ma bibliothèque est un cimetière de livres dans les allées duquel je fais mes promenades de santé.

    #Write & let down

     

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     E.A.

    Tous les MAUX D'AUTEURS sont ICI!

     

  • PAS LIEV de PHILIPPE ANNOCQUE

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    pas-liev.jpgEt si la réalité

    Je vais essayer de vous parler du livre de Philippe Annocque. Ou pas. 

    De l'inquiétante histoire de Liev, ou Pas Liev, qui m'a désorientée, bouleversée, déstabilisée, gênée, dérangée, émue, contrariée, attristée.

    C'est une lecture peu commune, un étrange remue-méninges qui affecte Liev, ce précepteur venu d'on ne sait où accomplir sa tâche. Surréaliste, ce mot convient. Ou pas. 

    Le cadre, une campagne à faux-plats qui s'étend à perte de vue. Une maison, grande bâtisse isolée semble-t-il, ou pas. Des personnages étranges et une ambiance inquiétante. 

    Ce livre met mal à l'aise. Ou pas. 

    On se surprend à s'attendrir, à sourire, à souffler parfois, à s'agacer de certaines répétitions qui heurtent l'esprit du pauvre Liev. Mille façons d'interpréter, de commenter, de s'énerver face à cet être qui oscille sur ses chaussures à bascule. Je l'ai vu souvent dodelinant de la tête, une petite musique à l'intérieur. Je lui ai souhaité quelques moments de lucidité, ses yeux bien qu'ouverts ne voyaient rien, ses oreilles n'entendaient pas, et les quelques mots qu'il prononçait n'étaient pas ceux attendus, c'est comme si ce personnage vivait dans une autre dimension. 

    Et puis, le dénouement, qui m'a poussée à terminer ce livre rapidement, non pas qu'il me déplaisait, mais il m'intriguait fortement, je voulais savoir...

    Perdu, le Liev, ou pas Liev. Il est mais il n'est pas. Il fait mais n'agit pas. 

    Désarçonnant...

     

    Le livre sur le site de Quidam Editeur

    HUBLOTS, le blog de Philippe ANNOCQUE

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  • BONNE ANNÉE 2017!

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  • DEUX PETITES NOTES APÉRITIVES

    leuckx.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

     

    Repose-toi-sur-moi-quand-Joncour-se-fait-tout-petit-devant-une-poupee.jpgUne petite note. "REPOSE-TOI SUR MOI" de Serge JONCOUR (Flammarion) - Prix Interallié 2016 mérité.

    Une rencontre insolite dans un vieil immeuble à cour parisien. Les prémices d'une histoire d'amour tourmentée, romanesque. Le regard décapant et tendre de Joncour donne tout son prix à cette relation intense entre Ludo et Aurore, que tout sépare : origines, métier, aisance, physique..

    En quatre cents pages écrites avec réalisme et style, le lecteur a le temps de s'approprier des destins ordinaires, d'avaler ces pages mues par un suspense qui ne soit pas seulement le fait d'une intrigue à résonance policière mais plus psychologique qu'il n'y paraît.

    Les décors servent bien ce roman enlevé, brillant, hors des sentiers battus de la fiction française. De Paris au Célé en passant par la région parisienne.

    L'auteur -avec une oeuvre riche de douze livres, la plupart publiés chez Flammarion - est bien entendu à suivre. Le parfum de ses livres libère une vraie aura, toute de justesse et de beauté.

    Le livre sur le site de Flammarion

    Les romans de Serge Joncour chez Flammarion

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     *

    51Lt89veHiL.jpgUne petite note. "SUR CETTE TERRE COMME AU CIEL" de Davide ENIA (Albin Michel).

    Le beau livre de Davide Enia, "Sur cette terre comme au ciel", traduit remarquablement par Françoise Brun, est une plongée dans l'histoire sicilienne. Sur trois générations, c'est toute l'histoire des années quarante jusqu'à la fin des années quatre-vingts, par le biais de fous de boxe. Amours, amitiés, fraternité aux combats, morceaux de virtuosité sociale et familiale. Enia, à force de dialogues vifs et tendres, rend bien les tensions du récit, nous entortille dans les mille et une réalités de son roman : Davidù, son oncle Umbertino, Nina, Gerruso, l'ami de toujours, le Paladin, Rosario, le grand-père, la Blonde ont le poids du vécu, des attentes, d'un monde où il faut se battre, pieds et poings.

    Un premier roman , bien construit, alternant les épisodes de la vie du héros Davidù, de son père, mort très jeune, de son grand-père Rosario.

    L'ombre de la mafia et de ses méfaits. La valeur inébranlable de la famille et des amis. La Sicile fière et courageuse.

    Le livre sur le site d'Albin Michel

    Davide Enia sur le site d'Albin Michel

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  • COUPABLE D'AVOIR DANSÉ LE CHA-CHA-CHA de Guillermo CABRERA INFANTE

    51qXhBk%2BKML.jpgTrois danses coupables

    « Il pleuvait. La pluie tombait avec fracas entre les colonnes vieilles et vermoulues. Ils étaient assis et lui regardant la nappe blanche. Il y avait autre chose que l’ennui de la pluie soudaine… »

    Trois fois tandis qu’il pleut dehors un homme déjeune avec une femme dont il nous est fait une remarquable description. Cela se passe à La Havane dans les années 50 ou 60. Dans la première histoire, l’homme et la femme assistent à un rite africain de type vaudou ; dans la seconde, la plus légère, la femme va  d’une certaine façon disparaître sous la pluie. Dans les deux premières histoires, un non-dit relatif à la relation des deux amoureux, quelque chose de l’ordre de l’interdit, est évoqué sans être explicité.

    Dans la troisième histoire, plus politique, vers laquelle tendent les deux premières nouvelles, le narrateur va avoir affaire à un commissaire du peuple venu lui demander d’infléchir la ligne éditoriale de son supplément culturel. Cela nous vaut une démonstration anticommuniste brillante mais risquée pour le narrateur qui joue gros. Il démonte avec humour et brio le vocabulaire révolutionnaire et la paranoïa de type communiste à propos de tout ce qui relèverait de l’impérialisme forcément américain.

    Un épisode sans doute inspiré de la propre expérience de l’auteur qui fonde un journal culturel de 59 à 1961 pour prendre ensuite, en 62, ses fonctions d’attaché culturel en Belgique, manière de l’éloigner de Cuba. Il rompra définitivement avec le régime castriste en 65 pour s’exiler en Espagne puis à Londres. Comme d'autres exilés: Reinaldo Arenas, Severo Sarduy, Zoé Valdés, Eduardo Manet... Comme aussi Abilio Estévez, Guillermo Rosales, Carlos Victoria, José Manuel Prieto, Eliseo Alberto, Karla Suarez… 

    Cabrera Infante dont la « virtuosité n'a d'autres limites que notre disposition à nous laisser entraîner par son écriture dans une fête de l'intelligence, de la grâce et de la sensualité » meurt à Londres en 2005 à l’âge de 75 ans.

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    Guillermo Cabrera Infante et Pedro Almodovar en 1997

     

    Guillermo Cabrera Infante est l’auteur de Trois tristes tigres, son chef d’oeuvre, cité par ailleurs dans la liste des grands romans latino-américains par Javier Cercas dans son essai paru récemment en français sous le titre de Le point aveugle. 

    Ce petit livre s’affirme comme une composition littéraire en trois nouvelles qui chacune correspond à une danse: le rituel de la santeria, le boléro et le cha-cha-cha, né sous le régime de Batista en 51 et duquel on devait par la suite, sous Castro, nécessairement se sentir coupable comme l’exprime avec une belle malice le narrateur de la dernière partie.

    Une lecture vivement recommandée à ceux qui, bien mal informés, se complaisant dans le leurre ou ayant une idée de la liberté d’expression à géométrie variable, ont versé leur petite larme rouge lors du décès du dictateur cubain en parlant d’un système ayant résisté à l’impérialisme américain et qui serait resté vierge de toute dérive totalitaire…

    Éric Allard

     

    5538_1.jpgLe livre sur le site de Folio/Gallimard

    Panorama de la littérature cubaine en France

  • TAKE FIVE (III)

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    XXI

     

    Après le chargement

    des étoiles à la nuit tombée

    on observe

    un fléchissement 

    de la voûte céleste

     

     

    XXII

     

    Sous la tonnelle

    j'ai appris ton nom de fleur

    Sous tes dentelles

    j’ai appris ton nom de feu

    Puis tu m’as embrasé

     

     

    XXIII

     

    Ma mère est certaine

    du chemin que j’ai pris

    pour lui échapper

    D’ailleurs

    elle me rattrape toujours

     

     

    XXIV

     

    Au sortir de la salle de bain

    je te surprends

    une arme blanche dans une main

    et une serviette blanche dans l'autre

    pour éponger mon sang

     

     

    XXV

     

    Cinq princes prétendent

    au trône

    du royaume des sens

    C’est mal connaître ta chair

    anarchique 

     

     

    XXVI

    J’ai tout près

    du sommeil

    ton souvenir endormi

    que ton rêve

    réveille

     

     

    XXVII

     

    Le rose à lèvres

    noir

    écrasé sur ta bouche

    donne à tes baisers

    un goût de fin d’amour

     

     

    XXVIII

     

    Pour ne pas laisser

    s’installer le silence

    fais du bruit

    avec ta vie

    sur le tambour du temps !

     

     

    XXIX

     

    Je recueille

    toutes les formes de l’inceste

    sur une peau

    formée

    de mille lèvres familières

     

     

    XXX

     

    En voyant ton temps

    sur mes mains

    j’ai caressé  

    l’idée

    de t’oublier

     

     

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    à suivre

  • CHANSONS ANGÉLIQUES

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    ANGE: nom masculin

    (latin ecclésiastique angelus, du grec ecclésiastique aggelos, messager de Dieu)

    • Être céleste intermédiaire entre Dieu et l'homme.
    • Personne qui semble douée de toutes les perfections.
    • Personne qui possède au plus haut degré une qualité physique ou morale : C'est un ange de beauté, de douceur.
    • Terme d'affection : Mon ange. Mon petit ange

    Larousse en ligne

     

    Ginette RENO

    COUTURE

    DELPECH

    MURAT

    CLERC chantant Murat

    CLERC chantant Fr. Hardy

    CLERC & CHARLEBOIS

    LAPOINTE

    ADAMO

    NOUGARO


    HIGELIN & BONNAIRE

    VASSILIU

    DUFRESNE

    GAINSBOURG

    Colette RENARD

    DALIDA

    VILARD

    AZNAVOUR

    LES COMPAGNONS DE LA CHANSON

    PIAF

    HALLIDAY

    DISTEL

    BÉCAUD

     

    Rose AVRIL

    France GALL

    Mireille DARC

    LENORMAN

    Nathasha SAINT PIERRE

    INDOCHINE

    CANTAT

    BASHUNG

    ZAZIE

    George MICHAEL

    ETC.

    LE PLUS BEAU FILM D'ANGES

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  • MAUX D'AUTEURS DIVERS

    Tous les livres sont sur le même sujet, l'écriture.

    Marguerite Duras

    On veut faire magie dans les mots. On finit par exceller dans le tour de passe-passe.

    Denys-Louis Colaux

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    Cet éditeur-nez publie des bouquets de poésie...

     

    Avec ses invendus, ce libraire élabore de savants montages que s'arrachent les collectionneurs de compositions littéraires.

     

    Peut-on espérer que cet écrivain incendiaire ira jusqu’à brûler tous ses livres ?

     

    L'éditeur de mes rêves publie pendant mon sommeil mes poèmes à la nuit étoilée.

     

    Ce Lucky Luke de l'écriture fait paraître plus de bouquins qu’il n’en écrit.

     

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    Je connais un auteur de tweets qui est devenu parolier de chants d’oiseaux.

     

    Tous les écrivains pénibles à lire ne sont pas des travailleurs du texte. (non à l'amalgame)

     

    « Le sang d’un éditeur, votre roman noir, s’est écoulé aujourd’hui à plus de trois cent mille litres. Votre éditeur doit être aux anges, lui qui ne voulait pas vous publier… »

     

    Tous les écrits du net ne sont pas écrits par des flous littéraires. (non à l'amalgame) 

     

    Cet éditeur aime la proximité de la langue de son auteure beaucoup plus que son écriture approximative mais comment le lui dire sans la froisser.

     

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    - L’éditeur que vous êtes peut-il définir ce qui, au-delà de leurs nombreuses différences, caractérise tous vos auteurs ?

    - Leur immense amour pour moi.

     

    Quand sa muse a la migraine, le poète fait la tête.

     

    Cet éditeur-nez lorgne les écrivaines en vue.

     

    Je connais un grand écrivain qui ne passe plus les portes des maisons d’édition.

     

    Cet auteur de l'autosatisfiction écrit des livres bien branlants.

     

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    Tous les paramots ne sont pas des persécutextes. (non à l'amalgame)

     

    Dans la vie de Céline, il y a beaucoup points de suspicion...

     

    Ce Lucky Luke de l’édition publie plus de bouquins qu’il n’en lit.

     

    Cet auteur célèbre mais sans revenu augmente sans cesse le prix de ses ateliers d’écriture et de ses prestations scolaires.

     

    Je connais un éditeur un peu ours qui publie des livres en peluche.

     

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    Cet auteur de Littérature jeunesse respecté écrit de la Littérature gore pour gagner sa vie.

     

    J’aimerais tant publier aux Editions des Trois Ouïes, aux Editions des Huit bruits, des Cent Touchers, des Onze mille vues, des Cinq Mille Saveurs … mais j’ai zéro sens de l’écriture.

     

    Je soupçonne cet éditeur confidentiel de s'obstiner à ne pas me publier par crainte du succès littéraire. 

     

    Après une carrière de chroniqueur de faits divers, cet amateur de temps morts devint rédacteur-conseil pour une entreprise de contes funèbres.

     

    Dormir la tête sur un best-seller et faire des rêves d'éditeur. 

     

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    Tous les poètes ne sont pas habiles de leur muse.

     

    Les pisse-copies ne ferment jamais leur brade-texte.

      

    Je refuse les avances sur recette de la femme de mon éditeur de peur de ne plus pouvoir partager la cuisine littéraire de son mari.

     

    Tous mes écrits tournent autour de moi

    Tous mes écrits tournent autour

    Tous mes écrits tournent

    Tous mes écrits

    Tous mes

    Tous

    Tous mes

    Tous mes écrits

    Tous mes écrits tournent

    Tous mes écrits tournent autour

    Tous mes écrits tournent autour de moi

                                                                    (v)autour

     

    Pourquoi vivre encore si c’est pour ne plus écrire un jour ?

     

    Sur sa bière tombale, à l’encre noire sur la mousse, cet auteur fit graver : ci gît un buveur de lettres.

     

    Comme chaque année, je dépose au pied du sapin de mon éditeur un manuscrit vierge de toute brillance. (Quand j'étais écrivain)

     

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    Tous les maux d'auteurs sont ici !

    à suivre...

  • HUIT ANS !

    HUIT ANS, 3200 posts et 540 000 visites! 

    800 livres recensés (par Denis Billamboz, Philippe Leuckx, Nathalie Delhaye, Lucia Santoro & Éric Allard)

    POURVU QUE ÇA DURE... 

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  • LES PAPYRUS OUBLIES de JEAN-POL SAMAIN

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    Aux origines du mythe

    Lors d’un chantier de construction en Israël, un coffre est découvert qui renferme des papyrus. Après un minutieux travail de traduction, l’entrepreneur du chantier au prénom de Mickaèl, qui est le narrateur de la première partie, celle qui se déroule de nos jours, et des chercheurs travaillant pour l’Autorité Nationale des Antiquités d’Israël prennent connaissance du contenu des parchemins.

    Les lignes qu’ils vont lire émanent d’un vieil homme au terme de son existence qui exerce la fonction de charpentier en Judée et dont les premiers souvenirs remontent en l’an 66 avant Jésus-Christ. Il faudra quelques chapitres pour comprendre qu’il s’agit de Yossef, fils de Jacob, et père de Yeshoua (Jésus). Yossef n’a rencontré Myriam de Joachim (Marie) que lorsqu’elle avait treize ans, en 9 avant J.-C. et que lui était déjà bien âgé, veuf d’une première épouse et père de plusieurs enfants dont Jacques et Simon... Un an plus tard, elle donnera naissance à Yeshoua. Yossef meurt en 6 après J.-C. alors que Jeshua n’est encore qu’un tout jeune homme et qui ne saura pas l’immense postérité que connaîtra un de ses fils.

    Outre les révélations et corrections qu’il apporte aux livres de l’évangile - et que je ne rapporterai pas pour ménager la surprise du lecteur -, le récit fait par le vieillard dresse le portrait d’un pays colonisé et dévasté par l’occupant romain qui cherche dans ses traditions des moyens de motiver la révolte du peuple autour de figures historiques à réactiver comme Elie. Le récit nous plonge avec une rare acuité dans la tête et l'époque de Yossef, sans afféteries ou marqueurs contemporains qui auraient dénaturé la pertinence du propos, et nous vivons la vie des Juifs de l’époque sous l’occupant romain et du cruel Hérode, peinant à gagner leur vie comme leur liberté et n’ayant, par exemple, qu'un âne comme seul luxe de transport pour leurs longs déplacements d’une région à l’autre.Gtk_Kr0l.jpg

    Dans le dernier chapitre qui réunit l’entrepreneur et les experts pour ce qu’on pourrait appeler leurs premiers commentaires de lecture, on déplore l’emprise aujourd’hui encore des religions sur les humains et l’usage politique qui en est fait pour faire s'affronter dans des guerres fratricides les croyants et non croyants. On souligne que cette relation des faits, ces "confidences" d’un homme au crépuscule de son existence donnent l’impression d’être transporté dans un monde irréel sorti de notre imaginaire. Les révélations que cet écrit contient remettent par ailleurs en cause le christianisme primitif et expliquent bien des mystères du Nouveau Testament, c’est pourquoi, dans la fiction relatée, le Vatican s’empare des rouleaux pour les enfermer dans la bibliothèque secrète du Saint Siège.

    Ce texte est le fruit d’un long travail d’historien qu’a réalisé Jean-Pol Samain sur la période rapportée et qui a déjà fait l’objet d’un ouvrage intitulé Des Sumériens à Jésus (La Société des écrivains, 2011).

    On aurait aimé en, peut-être, des chapitres alternés pour établir les connexions et résonances entre l’époque de Yossef et la nôtre, en savoir plus sur Mickaèl, le narrateur de la première partie qui se présente comme le découvreur des manuscrits, car lui aussi est un bâtisseur et un père de famille...

    L’avantage toutefois de l’option choisie par Samain, c’est que notre attention n’est jamais distraite du récit du vieillard et qu’on est plongé sans discontinuer dans l’histoire de cet homme presque commun qui, plus par hasard que par volonté, plus en témoin qu’en acteur, va jouer un rôle important dans l’histoire du monde et de la chrétienté.

    Le livre comprend un glossaire très clair d'une vingtaine de pages sur les principaux personnages historiques évoqués.

    Une belle surprise littéraire qui mêle connaissances historiques et art de la narration.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Éditions Poussière de Lune

    Des Sumériens à Jésus de Jean-Pol Samain 

     

  • OLIVIER CHASTEL DANS L’IMPOSSIBILITÉ DE PRÉSIDER LE MR

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    Olivier Chastel s’est déclaré dans l’impossibilité de présider le MR. L’impossibilité de présider le parti du Premier ministre sera effective du 20 au 31 décembre 2016.

    Dans l’entourage d’Olivier Chastel, la nouvelle n’a pas vraiment surpris car des rumeurs sur son état dépressif couraient depuis un certain temps. Ce qui a précipité la décision de l’ancien ministre, ce serait l’information selon laquelle le lendemain des attentats bruxellois, Bart De Wever était présent auprès de Jan Jambon pour une réunion de crise.

    « Moi, aurait-il confié à son chauffeur (son seul et unique interlocuteur actuel) aucun membre du gouvernement ne m’appelle. Le numéro de Charles Michel ne répond jamais et les journalistes ne se déplacent plus quand j’organise une conférence de presse…  Denis Ducarme me snobe et Richard Miller m’ignore. » 

    Depuis le début du mois, Olivier Chastel paraissait absent, il quittait souvent son bureau présidentiel en dehors du passage des techniciennes de surface. Un jour, il allait voir Armand De Decker, même si on lui a disait que ce n’était plus une bonne chose de s’afficher avec lui ; un autre jour, n’écoutant aucun conseil, il se rendait chez Serge Kubla

    Un signe attestant de son épuisement mental : lors de la préparation de sa lettre-vidéo de Noël pour les enfants des membres du Parti, on l’a vu s’effondrer en larmes et s’arracher la fausse barbe du Père Noël dont on l’avait affublé avant de piétiner le bonnet rouge bordé de fourrure blanche caractéristique en en réclamant un bleu et blanc.    

    On comprend dans ces circonstances que son retrait des affaires publiques pendant une dizaine de jours fera le plus grand bien au parti. Armand De Decker lui aurait déjà signalé une ou l’autre bonne adresse d'hôtel aux Kazakhstan où il pourra travailler en toute tranquillité à un nouveau médicament contre la contamination aux idées de la NVA.

    Charles Michel, contacté à l’issue d’une réunion de routine avec Bart De Wever, a déclaré qu’il n’était pas au courant de cette information et nous a demandé de lui refiler le numéro d’Olivier Chastel qu’il avait égaré depuis plusieurs mois… 

     

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     Charles Michel et Théo Francken ignorant Olivier Chastel 

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Le petit dernier

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Je croyais mes lectures de la rentrée 2016 terminées, j’étais déjà occupé à préparer ma pile de livres à lire pour la rentrée de la nouvelle année quand Les Carnets du dessert de lune a mis en rayon, à la toute fin de l’année, la réédition de « Légende de Zakhor » de Pierre Autin-Grenier. Je m’empresse donc de vous adresser mon commentaire sur ce brillant texte afin que vous puissiez encore vous le procurer pour le mettre au pied du sapin.

     

    s189964094775898902_p823_i1_w640.jpegLÉGENDE DE ZAKHOR

    Pierre AUTIN-GRENIER

    Les Carnets du dessert de lune

    Avant de parler du texte d’Autin-Grenier, il faut dire quelques mots du livre, un recueil d’un format original presque carré (14x16), publié par Les carnets du dessert de lune dans sa collection Pleine Lune. Ce recueil comporte une dizaine de textes courts, des petites nouvelles, publiés en quatre langues dont l’anglais ajouté pour cette édition, c’était bien nécessaire quand on connait le peu d’intérêt des anglais pour les langues qui leur sont étrangères. Et pour être presque complet, il ne faudrait pas oublier le portrait de l’auteur peint par Shahda que l’éditeur a placé sur la couverture, un camaïeu de rouge allant de l’écarlate au carmin en passant par le vermillon et le pourpre et quelques autres nuances encore, un portrait de feu et de sang du plus bel effet.

    En quelques lignes, trois ou quatre petits paragraphes, Pierre Autin-Grenier dresse un cadre, crée une atmosphère, installe une histoire, une histoire qui raconte souvent son pays, le pays où il a vécu entre Lyon et Carpentras. Il parle des chevaux qui galopent dans les prés, des couleurs qui peignent le paysage, des odeurs qui enivrent, des saveurs de ce pays qu’il semble tellement avoir aimé mais aussi de ses habitants avec leurs sentiments, leurs émotions, leurs petits travers… Des personnages toujours modestes et même parfois un peu marginaux, des êtres souvent en butte avec le quotidien que l’auteur dépeint avec une nostalgie tendrement mélancolique.

    L’intensité du texte, sa densité, sa faible longueur n’altèrent en rien la fulgurance des formules : « il disait avoir vu en rêve des fenêtres se jeter dans le vide », l’éclat des images : « c’est toujours le bleu qui prend d’assaut les maisons », la flamboyance du style : « A nouveau il prendra congé et sur les tuiles mouillées du toit miroiteront des morceaux de lune », sans oublier la poésie qui envahit ces courts textes : « Il eût fallu qu’un fleuve en crue entre soudain par une fenêtre et, furieux, vienne s’étrangler sur la table pour qu’enfin nous mesurions l’étendue d’hiver qui nous séparait les uns des autres » et nous pourrions ainsi disséquer les textes de l’auteur, dénichant l’oxymore, le zeugme, l’allitération, la métaphore et bien d’autres formules de style encore mais nous deviendrions alors hérétiques à la parole toujours courte du maître es langage, Alors court faisons sans oublier que le fond de ces textes est peut-être aussi riche que leur forme particulièrement brillante.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

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  • LES MONTS CHAUVES et autres textes à la hauteur

    LES MOIGNONS (VI)

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    Les monts chauves

    Elle aime les monts chauves chauds, les brûlants du crâne, les pétant-le-feu-par-la pointe et s’écoulant par les tempes. Elle se fait un œuf sur le plat de la tête d’un de ses amants puis, de la langue, lui décrasse l’occiput, tout le front en contournant les yeux vers les pavillons d’oreille pour lui lécher le cérumen fondu puis descendre vers les trous de nez dont elle siphonne la morve séchée. Elle ne supporte pas d’avoir un sourcil fumé sur la langue ni le contact du gluant de l’œil cramoisi. Elle atterrit par mégarde sur les lèvres qui sont déjà roides. Pouah, fait-elle, en crachant un après l’autre les morceaux de blanc d’œuf qui lui restent de son repas sur les cimes. Les coqs à la coque refroidissent plus vite que les poules à la coule après avoir été chauffés à blanc, surtout s’ils plastronnent au sommet d’un volcan, pouffe-t-elle entre ses dents noircies. 

     

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    Ce que n’est pas la grammaire

    La grammaire n’est pas une dame âgée à la douceur un peu âcre, c’est une jouvencelle au profond décolleté et qui sent la ponctuation.

    La grammaire n’est pas une chanson douce, c’est une plage de hard rock avec une envolée de violons virgules.

    La grammaire n’est pas une vieille chaussette à passefiler sur un oeuf à repriser, c’est un gant de toilette qui vient d’éponger une peau de pêche en suspension.

    La grammaire n’est pas un chien écrasé dans le journal du matin, c’est un fait divers printanier sur le chant exclamatif du pinson.

    La grammaire n’est pas une parenthèse oubliée sur un barrissement d’éléphant, c’est une couverture de velours recouvrant le bruit d’un frottement de brins de balais sur le chabada d’une peau de caisse claire.

    La grammaire n’est pas que fanfreluches, fifrelins & fleurs de cactus entre deux coquilles, elle est aussi aiguilles de pin, pommes d’api et piqûres d’ivres points de crochet. 

     

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    La barbe

    La terre se laisse pousser la barbe depuis toujours. Elle fait aujourd’hui la longueur de dix mille circonférences terrestres. Lors d'un prochain refroidissement climatique, elle pourra s’en servir comme d’un lasso pour attraper un astre de feu.

     

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    L'étang

    Je tends l'étang à la verticale de la raison. Puis j’attends que les poissons du doute tombent. C’est ma technique de pêche aux idées et n’essayez pas de m’en faire changer!

     

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    L'homme qui voulait devenir fou

    L'homme qui voulait devenir fou de bondage s'éprit d'une femme folle à lier. 

     

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    Les citrons

    Avec le presse-agrumes, je presse les citrons de tes seins. Tu en prends ombrage et me désigne d’un doigt de pied sévère la vasque à melons, là, à côté du compotier sur lequel j’ai  déposé mon plantureux postérieur.

     

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    Souffleur de verre du dimanche

    Ce souffleur de verre de la messe du dimanche souffle des vases pieux aux formes catholiques. On les remplit d’eau savonneuse et les enfants du catéchisme lâchent des bulles en forme de Jésus-Marie-Joseph que des tireurs du peloton d'exécution de la messe du dimanche crèvent comme des païens avides de sphères fraîches. Les enfants touchés par les balles adventices donnent leur sang pour l’eucharistie des accidentés de la foi perdant leur croyance à grand flots.

     

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    Le cycle

    Le sang est dans la neige. La neige est dans le cœur. Le cœur est dans le vent. Le vent est dans le ciel. Le ciel est dans la gorge. La gorge est dans la poule. La poule est dans la fleur. La fleur est dans le fusil. Le fusil est dans le songe. Le songe est dans l’oiseau. L’oiseau est dans l'oeuf. L'oeuf est dans le temps. Le temps est dans l’espoir. L’espoir est dans la mer. La mer est dans le seau.  Le seau est dans le vide. Le vide est dans l’espace. L’espace est dans la vie. La vie est dans le sang.

     

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    La disparition de la pensée

    La disparition de la pensée eut lieu en plein jour. A l’insu de tous ceux qui m’aimaient malgré ma bêtise.

     

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    Au sommet de la montagne

    Au sommet de la montagne, il y a une lampe de chevet. Un deltaplane. Un lit à une place. Un tweet de Donald Trump. Un disque de cold wave. Un livre d’opérette. Un texte sans q. Quelque chose pour écrire. Une machette dans la main d’une fille à la langue coupée. Un torero sur un toro. Une mouche froide. Un réfugié suisse. Un alpiniste de paille. Une vache entre deux amis du lait. Une aurore en train de se lever (et qui bâille). Un peu d’eau tombée de la neige (et qui s'est fait mal). Une ballerine aux pieds nus (sur un piedestal). Un chien près de s’envoler. Un permaculteur sur un cheval à bascule. Un bain à bulles. Un tendre mot. Un avilissement. Une planche de salut. Une clé sans porte. Une descente de vessie qui se prépare. Un lanceur d’alerte incendie. Un récupérateur d’échos avec une chambre à air. Une fonte des rêves. Une pipe sans fourneau ni tuyau. Un humoriste au creux de la blague. Un froid de canard. Une moule de Noël. Un fluide glacial. Un début d'aphorisme. Un abcès crevé. Une description sans objet. Un vade-mecum pour spéléologue égaré. Une corde raide et un pendu des hauts-chemins.

     

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    + de Moignons ici 

    à suivre...

  • À UN MOMENT DONNÉ de THIERRY RADIÈRE (Tarmac Éditions)

    b0188f_882e9364f3934ad189c3c622807c4118~mv2_d_1447_2552_s_2.webpMoments d’inertie

    Voici six nouvelles écrites à la première personne pour s’identifier d’autant plus aux expériences vécues, souvent sur le mode de l’angoisse, par des personnages en quête d’un nouveau sens à donner à leur existence.

    Dans L’Intersection, une vieille dame atterrit sur le pare-brise du véhicule du narrateur qui ne l’a pas vu venir mais malgré que la victime soit en bonne santé l’inquiétude du conducteur ne tarit pas…

    Dans L’Océan,  un garçon accompagnant sa sœur cadette dans la mer s’en revient sur la plage tandis qu’il la regarde dériver, incapable de rien faire pour la sauver. Il disparaît dans le sable tandis que sa petite sœur est menacée de se noyer...

    Dans L’Épicerie, un jeune garçon collectionneur de pierres, très rêveur, manque de tomber dans un trou bien réel…

    Dans Le Couloir, la non moins oppressante nouvelle du recueil, un enfant de huit ans qui ne sait pas dormir descend regarder en cachette de ses parents un western derrière la porte vitrée séparant l’étroit couloir du salon où eux-mêmes regardent le film du dimanche soir. Il met en jeu toutes ses ressources mentales pour  remonter le fil de sa mémoire vers l’initial vrai souvenir de sa petite enfance… Le sujet m'a fait penser à L’Aleph de Borges dans lequel un homme a découvert, enfant, la totalité de l’univers sur la dix-neuvième marche de l’escalier étroit menant à une cave.

    À Table, une petite fille demande à ses parents leurs préférences. Ses questions amènent ceux-ci à se replonger dans leur passé tandis que la mère peine à retrouver un mot…

    Dans L’Ascenseur, le homme et un adolescent font face à une panne de l’appareil qui les plonge, qui plus est, dans le noir. Les deux utilisateurs vont à cette occasion faire chacun un pas vers l’autre…Radi%C3%A8re-Thierry-e1406018153430.jpg

    Dans chacune de ses histoires entraînant le lecteur dans une expérience des limites, et qui racontent le franchissement d’un point de bascule, le narrateur est amené à s’interroger sur lui-même, à changer de perspective sur son avenir, à modifier son point de vue sur l’existence et donc la direction à donner à sa vie...
    Face à l’émoi provoqué par la perte de ses repères, ce qu'il craint le plus, c’est de perdre la mémoire, le fil de ses souvenirs, le profil de son histoire. C’est souvent le recours au passé, comme seule marque identitaire, de reconstruction provisoire de soi, qui le soutient dans l’épreuve traversée. Il puise dans le souvenir l’énergie pour affronter l’indicible, l’imprévu, l’accident qui ont arrêté ou fait dévier sa trajectoire. Pour sortir de l'auto-enfermement soudain, de l'aliénation à soi-même. Et la force de rétablir l’équilibre, de reprendre le contrôle de son existence. 

    Dans L’Ascenseur, le narrateur fait appel au souvenir de lecture d’un roman de Jean-Paul Dubois pour gérer la crise d’angoisse consécutive à la panne de l’appareil. Même s’il devra s’assimiler la fiction, l’adapter à la situation vécue pour l’intérioriser, elle aura été son ultime secours en la circonstance, son crampon mémoriel pour ne pas sombrer, et puis poursuivre l’escalade...

    À un moment donné, le temps se suspend, l’enfance n’est jamais loin, en embuscade, avec son lot de spectres, de mystères enfouis et non élucidés, prêts à fondre sur nous comme avant. Devant soi, comme face à une intersection, apparaît l’embranchement des possibles, la conscience de soi reconnectée au passé, avec l’appui de l’imagination, cet organe essentiel, qui nous fait tout repenser. Forts de cette révélation, par l'entremise du verbal intériorisé ou de l'écrit, les moi fictifs ou bien réels de Thierry Radière voient plus clair pour se frayer un chemin davantage personnel dans le chaos du monde. Et l'histoire de leur passage pourra servir d'enseignement pour traverser les ornières de notre parcours de vie, les accidents de notre propre histoire…

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site des Editions Tarmac 

    Sans botox ni silicone, le blog de Thierry Radière

     

  • MA VOISINE A HURLÉ TOUTE LA NUIT d'ANNE-MICHÈLE HAMESSE

    couverture-ma-voisine...jpg?fx=r_550_550Nouvelles du temps qui passe et de l’amour qui reste

    Anne-Michèle Hamesse a l’art de l’incipit qui happe, qui fait mouche pour nous emporter dans ses histoires.

    Ce qui frappe à la lecture de ces dix récits, c’est la variété des genres employés, tous unis par une écriture enveloppante, fluide musicale, qui prend les mots dans les rets de ses phrases pour ne plus nous lâcher. 

    Anne-Michèle Hamesse décrit, à l’instar d’Aragon, l’amour qui n’est pas - ou plus - heureux, des êtres, souvent des femmes, au bout du chemin de l’existence qui trouvent toujours à s’émouvoir, au fond, en ayant troqué des plaisirs vifs contre des satisfactions plus abordables, en savourant mieux le temps qu’il reste. Ce sont des nouvelles nostalgiques dans le bon sens du terme, qui accrochent tant de vives émotions en un temps et un lieu donnés qu’elles nous les rendent précieuses et, finalement, inoubliables.

    De ces moments sauvés du tourbillon de la vie et du flux de l’existence, elle fait des histoires à raconter avec un début, un développement et une fin, jamais anodine, toujours surprenante, qui n'excluent pas la poésie ni la sensualité.

    Les récits possèdent souvent un retournement, une déviation par rapport à la conclusion annoncée, qui nous montrent que les choses ne sont jamais aussi simples que telles qu’on les présente, avec des je qui sont des autres et le proche qui se révèle notre reflet dans un miroir. Comme la narratrice de la nouvelle éponyme ou celle de Loterie qui dénigre la pingrerie de sa sœur, ou encore du couple de Pas de deux en vacances de neige dans le Valais Suisse... Effets de symétrie, sens de la permutation.amh.jpg?fx=r_550_550

    Ou bien s’agit de personnages qui retombent sur le sol de leur existence après un envol, un déséquilibre, en (dé)niant parfois ce qu’ils ont appris en traversant les apparences, après un passage par une sentier de traverse ou une voie parallèle comme la Gina d’Intermezzo et la Juliette de La vallée du Kashmir qui croient comprendre que leur homme la trompe mais feront comme si ce de rien n'était; comme Monsieur Perdange qui fête un 80ème anniversaire de rêve ou Judith découvrant le papier gris de son amie Cerise puis l’oubliant, ou encore les spectatrices des films d’amour qui concluent par la voix de l’auteure : « L’amour finit toujours par revenir. Ou alors plus jamais. »

    Un recueil de dix récits que je vous défie d'abandonner avant d’en avoir lu tout, jusqu’à la dernière ligne.

    La photo de couverture est signée Claire Veys.

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

    Le site d'Anne-Michèle Hamesse

     

  • D'UN SIMPLE JOUR À L'AUTRE d'ALAIN EMERY

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=093c7abf2425dccb84adb6bfab8daa85&oe=58AE6DCApar Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    15380358_1298540103536991_109415578429246085_n.jpg?oh=f38cb699ddbedc1ee1553323b36da6de&oe=58BBEF4ARegard de poète

    Alain Emery, nouvelliste, auteur de polars et biographe, s'essaie dans "D'un simple jour à l'autre" à la poésie, plus précisément la prose poétique. Et c'est un pari réussi. 

    Dès les premières pages, on plonge dans son univers nostalgique, très visuel et émouvant. Son amour des gens, de la mer, ses révoltes se succèdent en textes plus ou moins courts, toujours précis, et d'une écriture riche et pleine de poésie. L'auteur pose un regard particulier sur les choses, les personnages, cultive la différence et repère le petit détail qui fera mouche auprès du lecteur, pour partager une émotion, un sourire, une larme à l'oeil, en revisitant son enfance, explorant de vieux souvenirs, honorant sa Bretagne chérie.w210h0xxauteur_cfbd77074c04489e21e3d016dbfe5e12.jpg

    J'ai été charmée par cette parole de poète, chaque texte apporte sa touche de sensibilité, et parfois, très certainement, une note de vécu.

    La mer. Parlons-en. Je suis bien monté sur son dos, quelquefois, quand elle était bonne fille et qu'une soie turquoise s'allongeait d'un bout à l'autre de la baie. Quand il faisait si beau qu'on croyait voir tomber de la côte le sucre des bruyères et des ajoncs.

    Jolie découverte.

     

    Le livre sur le site des Éditions Jacques Flament

    Jack London, un ogre au coeur d'argile d'Alain Emery

  • FOUDRE EN CAVALE de FRANÇOIS DEGRANDE (Bleu d'Encre Éditions)

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    L’art de l’invisibilité

    Dans l’éclairante préface qui introduit à la lecture du recueil, Sorin C. Stan pointe deux des thèmes qui irriguent le recueil, l’aliénation et le dédoublement, qui se déclinent aussi bien dans la figure du double en miroir, de l’inversion du regard ou ce souci de cavaler hors de soi pour éviter les orages intérieurs.

    À la lecture, on réalise que la dualité est ce qui permet de faire diversion, d’échapper aux balles comme à la foudre, de sortir de l’aliénation qui nous mine ; la foudre étant ce qui brise, met en lumière les pièces qui nous constituent pour opérer l’inconscient. Pour voir l’autre bout du monde, il faut des jumelles comme le montre bien de manière métaphorique un des textes du recueil. L’homme voit double tant qu’il ne voit clair pas en lui...

    On devine des blessures d’enfance dues peut-être à cette double enfance de Leforestier (chantée par Julien Clerc), à une double culture, à un sentiment de scission intérieure…

    Nombre de personnages mis en scène ont un secret à cacher. Ils ont des problèmes de vision, avec le temps (qui contraint à la ponctualité et menace de mort) et l’argent (qui les pousse à la mobilité), avec le sommeil (l’enfant qui raffole de la lumière des frelons) et les arbres qui attirent la foudre, et ils visent à se rendre irrepérables sur la carte du tendre et à voir tout, à (se) recomposer comme à réécrire le monde. 

    Le message

    doit être renversé

    pour être compris

    Dans la mythologie grecque, l’orage est l’arme de Zeus qui va vaincre Cronos, le propre père de Zeus. Se rendre invisible, immobile, en pièces, comme la bête à deux dos, nous préserve de ses coups.

    La schizo-

    phrénie reste

    le meilleur moyen

    de se prémunir contre

    la fou-

    dre

    Notons les coupures des mots schio-phrénie et fou-dre, somme toute reliées dans leur division même. 

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    Autre figure mythologique présente en sous-texte, Œdipe, qui fera le sacrifice de la vue après avoir vu clair dans ses ascendants. La ressource de la vision se trouverait-elle dans l’invisibilité, dans le fait de voir au-delà des apparences ?

    En voyant,

    il ne verrait rien.

     

    Tout en ne voyant rien,

    il verrait tout

     

     (…)

     

    C’est bien cela

    mon art !

    Travailler

    avec l’invisible

    La pieuvre, un des très beaux textes du recueil, fait penser à la Méduse dont la chevelure est faite de serpents entrelacés et qui pétrifie tout être qui la regarde. Elle perdra la tête; de son sang naîtra Pégase qui sera ensuite en charge du tonnerre et des éclairs. La pieuvre de Degrande évolue dans la mer mineure et noie dans l’encre amère ses leurres.

    Autant de motifs forts qui conduisent à la réflexion, au sens optique du terme, et au retour sur soi, exprimés dans une langue neuve, vive, construite, avec un sens consommé du conte et de l’ironie, voici de quoi propulser l’auteur parmi les belles voix (car François Degrande est aussi compositeur et interprète) qui vont compter, avec son complice Olivier Terwagne, dans les années à venir.

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site des Editions Bleu d'Encre

    Le site de François Degrande

    Découvrez neuf chansons de François Degrande sur Soundcloud !



  • AMOUR DE LOCOS

    Fantaisie ferroviaire

     

    Je n’ai jamais voulu croire à la rencontre de deux locomotives.

    Marcel Lecomte

     

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    Des locomotives à vapeur

    Qui s’accouplent sur les rails

    Ce n’est jamais anodin

     

    Cela fait un boucan d’enfer

    Et plein de voyageurs

    À balayer des voies

     

    Dans un nuage de fumées

    À concurrencer au moins

    Dix mille fumeurs de joints

     

    Avec un ministre des Transports mécontent

    Voire très en colère

    Voire mis en dispo sur le champ

     

    Et des milliers de retardataires

    Obligés de lire en attendant

    Autant de romans de gare

     

    Car ce n’est pas permis

    De s’accoupler sur les rails

    Quand on est loco

     

    On peut le faire avec des wagons

    Tant qu’on veut

    Sans que ça choque

     

    Ou bien en dehors des voies

    Dans la froideur du dépôt

    Là où personne ne vous voit

     

    A l’abri des regards, on peut y aller à fond

    Bouillaver, ramoner, queuter 

    La loco de son cœur

     

    Du moment qu’on n’écaille pas

    Sa peinture ni ne déboîte

    Le marche-pied

     

    Car que serait une loco 

    Qu’on ne saurait plus monter

    Ni enfourner

     

  • CONTES ESPAGNOLS de LORENZO CECCHI

    couverture-contes-espagnols-1.jpg?fx=r_550_550Littérature fine

    Neuf contes drôles, exquis, intelligents !

    Dans L’andalouse, avec un petit a, un homme amateur de sauce andalouse se plaît à croire que la compagne d’un ami (il reçoit le couple chez lui) qui le soigne d’une blessure à l’arcade sourcilière causée par une prise de bec avec cet ami est espagnole parce qu’elle s’appelle Conchita…

    La femme de la nouvelle suivante, une Espagnole de souche, elle, se dispute avec son mari lors du vernissage d’une expo de Bram Bogart à Bruxelles où elle est venue le rejoindre avant que le narrateur, en habile séducteur, ne parvienne à approcher la bouillante épouse humiliée qui ne pensera qu’à se venger…

    La Chevrolet mêle un souvenir d’enfance et un différend entre deux voisins, un Italien sans véhicule et un Espagnol ayant troqué sa vieille Skoda contre une rutilante Chevrolet.

    La der des ders, peut-être la nouvelle la plus originale de l’ensemble, par sa forme épistolaire, met en scène une ultime discussion vive et virtuelle entre deux hommes aux egos surdimensionnés qu’une relation amicale ancienne unit par-delà la distance qui les sépare.

    Le gastronome est un régal de mots et de mets qui pose un questionnement sur l’inclination à la nourriture quand elle prend certaines proportions…

    Les deux nouvelles suivantes, au-delà des anecdotes rapportées, dressent un parallèle entre le monde de l’entreprise d’hier (dans VRP), fonctionnant sur le mode du paternalisme, et d’aujourd’hui (dans Drink d’adieu), basé sur le combat économique sans merci et le manque de considération dont sont l’objet les employés. On retrouve là la veine autobiographique de Cecchi à l’œuvre depuis Nature morte aux papillons, son premier roman paru au Castor Astral, qui sait si bien s’appuyer sur ses expériences personnelles pour en tirer des histoires fortes emplies d’humanité et d’autodérision.

    Les deux dernières nouvelles, Spanish Jazz Project et Gesualdo, rendent hommage à leur façon à deux musiciens, Carlo Gesualdo et Michel Mainil, un musicien de la fin de la Renaissance et un saxophoniste de jazz belge toujours bien vivant.

    L’ultime nouvelle du recueil, dans une merveille d’écriture concise et raffinée, raconte le premier mariage de Carlo Gesualdo da Venosa, noble napolitain de la fin du XVIème siècle par ailleurs musicien de madrigaux et de musique religieuse alors que Naples est dirigée par un vice-roi nomme par le roi d’Espagne. Le prince se montrera d’une cruauté sans égale quand il devra laver son honneur sali par l’adultère de son épouse commis avec un duc espagnol. Dans la quatrième de couve,  il est justement conseillé d'écouter, pour l'apprécier autrement, la musique de Gesualdo pendant et après lecture de la nouvelle. 

    Les allusions à la culture ibérique sont toujours subtiles, c’est la cerise sur le gâteau de ce repas littéraire en neuf plats, goûteux et délicats à souhait, pour palais fins, exclusivement.

    Ce neuf bouquet de nouvelles qui a, en partie, trouvé place sur ce blog l’été dernier, est remarquablement illustré par Jean-Marie Molle, fondateur du groupe Maka, dans des tableaux judicieusement composés des éléments cruciaux de chaque récit.

    Éric Allard

     

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

    Ma lecture d’Un verger sous les étoiles de Lorenzo Cecchi

    Ma lecture de Nature morte aux papillons de Lorenzo Cecchi

    Le site de Jean-Marie Molle

    La page de Michel Mainil

     

    Lisa Rosillo (Vocal)
    Michel Mainil (Sax)
    Alain Rochette (piano)
    José Bedeur (Double Bass)
    Antoine Cirri (Drums)

    Ave dulcissima Maria
    Sacrae Cantiones, Liber Primum 1603
    Vox Luminis
    Eglise de Minimes, Bruxelles - Bozar
    Oct 2013
    Zsuzsi Tóth, Sara Jäggi, Kerlijne van Nevel
    Barnabás Hegyi, Raffael Höhn
    Philippe Froeliger, Robert Buckland
    Olivier Berten, Tomás Lajtkep
    Pieter Stas, Lionel Meunier (artistic direction)

  • IMPALA de MARIE-THÉRÈSE CARLIER

    impala.jpgSur le fil du temps

    Marie-Thérèse Carlier a écrit trente poèmes qui, à l’instar des pique-bœufs se nourrissant des parasites vivant dans le pelage de l’impala, cette antilope africaine, allègent l’humain de ce qui contamine l’existence mais lui donne aussi son prix : souffrances et affres dues au temps qui passe, injustices, solitude et indifférence…

    La poétesse dit la conscience de vivre en équilibre sur le fil du temps, à la pointe du présent, entre un passé qui se languit et un horizon inatteignable. Et souffre de se sentir inapte à broyer les malheurs.

    Dans Sur terre…, elle dresse un parallèle juste et touchant entre le petit et l’aïeu, tous deux aux extrémités du chemin de la vie.

    Elle aspire à une sorte de conversion du plomb en or, à la victoire sur les tous les maux, au triomphe du bien sur les faiblesses.

    Comment transcender le mal en substance divine ?

    Comme l'impala, elle est toujours sur le qui-vive, volontiers proie mais prête au combat pour défendre son droit à l'existence. carliermttete.jpg

    Les poèmes témoignent de tout ce qui altère la joie de vivre, en des vers austères comme en phrases légères, en des chants parfois désespérés (je suis ramasseuse de larmes), en des odes à l’espérance, à l’imaginaire et au don de soi (je veux donner/ je veux aimer..), pour le plaisir propre (dans l’amour physique) ou pour venir en aide à autrui.

    Mais dans ce monde aliéné, il existe des poches de résistance, des lieux de résilience qui nous conduisent à poursuivre l’aventure. Marie-Thérèse Carlier dit bien le caractère duel du sang, cellules rouges de la vie, mais signe aussi, quand il s’écoule du corps, d’une fin prochaine.

    Le sang coule en nous, hors de nous,

    Invalidant sa propre résilience.

    Et elle ne manque pas de rappeler que le don de sang est don de vie.

    La panne d’écriture, le défaut d’inspiration sont assimilés à une impuissance à vivre tant l’écriture a pris de l’importance pour elle qui dit, à l’instar d’un Pierre Michon, que la muse commande, que le roi  vient quand il veut… Dans  le poème intitulé Renaissance elle lance : Ah ! Ma muse, où étais-tu ? Et cherche à définir sa nature : mage entre deux mondes, le réel et l’imaginaireCar les mots sont voués à apaiser les maux comme les meurtrissures de son âme… Car la poésie est à la fois une science et une passion.

    En somme, voici un recueil délivrant un diagnostic amer sur l'état de l’humanité et qui donne à parts égales des raisons de désespérer comme de croire mais qui surtout procure, si on sait les percevoir et en faire bon usage, des remèdes pour supporter les maux, une médication peut-être plus forte que le mal, plus passionnante et vivace aussi.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de Chloé des Lys

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Dernières feuilles d'automne

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Pour clore la rentrée littéraire 2016, j’ai lu trois recueils : un recueil de poésie de Bernard Bretonnière, un recueil de textes courts de Jacques Morin et un recueil de nouvelles de Thierry Radière. Un programme qui ressemble à un « mélange », un programme qui avait beaucoup de saveur, je suis un adepte de l’alternance des genres pour ne pas saturer mes neurones. Les deux premiers ouvrages ont été édités par Les carnets du dessert de lune de Jean-Louis Massot et le dernier est édité aux éditions Tarmac de Jean-Claude Goiri. Une surprise pour moi, j’ignorais que Jacques Morin partageait son temps entre l’édition et l’écriture et que Thierry Radière avait édité chez lui. Les auteurs et éditeurs de talent finissent toujours par se rencontrer.

    Les lectures d’automne sont terminées mais la pile des livres pour la nouvelle année est déjà ébauchée avec deux livres de Le Dilettante et un de Chloé des Lys. Et, d’autres lectures sont déjà projetées… 2017 sera certainement encore riche en lectures et commentaires.

     

    s189964094775898902_p818_i1_w792.jpegBernard BRETONNIÈRE

    DATÉS DU JOUR DE PONTE

    Les Carnets du dessert de lune

    Pour parodier la chanson, «Il est libre Max », on pourrait dire que dans la poésie « il est libre Bernard », il use et abuse même de cette liberté jusqu’à répéter les mots qu’il aime comme s’il suçait des bonbons par poignées. Il écrit des vers aussi libres que son jugement vis-à-vis de ses contemporains et en premier lieu de ceux qui se disent poètes sans l’être vraiment, il leur préfère clairement ceux qui le sont sans jamais s’en vanter.

    « Rares les femmes

    qui seraient un remède à l’amour.

    Nombreuses les lectures remèdes à la poésie ».

    « Ceux-là qui sont poètes ès attitudes ès attributs

    ne veulent pas ce que je veux ».

    Dans ce recueil, Bernard Bretonnière a rassemblé une cinquantaine de poèmes (à vue de nez) tous datés du jour de la ponte par le poète lui-même, mais si le jour et le mois sont bien précisés, l’année, elle, ne l’est pas, il est donc préférable, pour dater ces textes, de se référer à l’âge de Pauline, la fille chérie du poète, la petite dernière, qui n’a que quelques mois au début du recueil pour atteindre au moins huit ans à la fin. Ainsi dûment datés, comme les œufs de l’élevage de mon village natal, les poèmes de Bretonnière pourraient constituer, selon le préfacier, Jean Pierre Verheggen, une sorte de journal intime ou peut-être, selon moi, une éphéméride à la mode du poète. Un journal ou une éphéméride qui évoque très largement la famille, le lignage, le père, le fils, la fille, l’épouse, Reine, la difficulté d’être le fils de ou le père de…

    « Fils ignorant honteuxBretonniere.png

    qui en sait tellement moins que son père »

    Et quand on parle de filiation, on ne peut évidemment pas cacher le temps qui s’écoule inexorablement comme le dit le poète avec beaucoup d’élégance :

    « Ce soir nous sommes réunis

    Guiseppe…

    peu importent les identités particulières mais je comprends

    brutalement ce soir

    que nous allons devenir

    bientôt

    de vieux messieurs j’en suis abasourdi. »

    Ceux qui n’apprécient que la poésie classique trouveront peut-être que Bernard Bretonnière s’autorise une bien large portion de liberté mais tous les autres se régaleront, goûtant notamment les belles répétitions assonantes glissées par le poètes dans ces textes :

    « Ce type donc

    moi

    et d’être là

    celui-là

    cet étrange étranger

    rendu là … à ce point là … »

    « Rue de Sèze Hôtel de Sèze chambre seize

    ça ne s’invente pas ».

    Il est libre Bernard, il prend la vie à bras le corps, il jette les mots pour le dire à pleine voix et à répétition, entouré de ceux qu’il aime et qui l’aiment, sa famille, ses amis, sans jamais oublier tous ceux qui l’ont ravi avec leurs mots, écrivains incontournables ou auteurs talentueux mais insuffisamment reconnus, tous amis des lettres, des mots et des vers.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune

     

    s189964094775898902_p816_i1_w1181.jpegJacques MORIN

    CARNET D'UN REVUISTE DE POCHE

    Les Carnets du dessert de lune

    Jacques Morin, comme cela lui arrive parfois, est passé de l’autre côté de la page, son nom n’est caché ni au début ni à la fin de ce tout petit recueil, il figure en gros caractères à la une, à la place habituellement réservée aux auteurs, tout cela est parfaitement normal puisque c’est bien lui qui a écrit les textes qui figurent dans ce recueil. Une façon de dire qu’il sait lui aussi écrire des textes de qualité, qu’il n’est pas seulement un intermédiaire entre les auteurs et les lecteurs, qu’il est lui aussi un écrivain au sens le plus plein du terme.

    Et si Morin prend la plume ce n’est pas seulement pour dire que le métier de revuiste est un métier ingrat, aussi méconnu que le terme qui le désigne, un métier exigeant, à chaque numéro l’aventure recommence avec les mêmes incertitudes et les mêmes contraintes calendaires, un métier de passionné qui digère des piles de livres, de recueils, de revues, un métier de kamikaze qui risque à chaque numéro de se faire incendier par des lecteurs ne partageant pas ses avis, par des auteurs s’estimant trop peu soutenus, par d’autres auteurs non retenus pour la publication, blessés au plus profond de l’ego qui leur sert souvent de talent. Non, je ne crois pas que c’est pour se plaindre que Morin a écrit ce petit recueil, je crois que c’est pour allumer un signal d’alarme, pour informer la communauté des auteurs que la revue, la sienne, l’excellente publication « Décharge » qui déniche les meilleurs poètes, pourrait un jour disparaître avec lui. « Il se demande comment elle fera sans son dévouement exclusif ». Ca ressemble à un appel à l’aide, un hameçon lancé pour pêcher celui qui aura la même passion que lui et qui fera vivre encore la revue et ceux qui y publient leurs œuvres.

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    On pourrait croire que Morin est peu désabusé, insuffisamment reconnu, un peu aigri de ne pas avoir, comme un éditeur courtisé, son « écurie » d’écrivains. Non, je crois que Morin est seulement un passionné de lecture, « Lire et parler d’un recueil lui donne grande satisfaction », un passionné qui entre dans l’intimité des auteurs après avoir lu seulement quelques lignes de leur plume. C’est un jouisseur qui voudrait partager sa passion, comme je le fais moi-même en lisant ses lignes et en laissant ces quelques mots sur leur auteur. Je ne voudrais tenter aucune comparaison, je ne suis pas à la hauteur, je voudrais seulement dire que je connais le frisson de l’amoureux des livres qui découvre encore un livre de plus dans sa boîte aux lettres, un livre de plus à mettre en haut de la pile déjà chancelante, un livre de plus à glisser dans un petit trou du programme de lecture, un livre à lire dans le train, dans la salle d‘attente chez le médecin, dans un bar, … partout où il est possible de grappiller un peu de temps.

    Que Jacques Morin se rassure, le revuiste est un maillon essentiel de la chaîne du livre, c’est un naisseur, c’est très souvent lui qui, le tout premier, voit l’auteur inconnu avec son petit poème, son petit texte, l’auteur qui un jour sera célèbre. Combien de grands écrivains ont commencé par livrer leurs premiers essais à un journal ou une revue ? Tous ou presque ! Un jour Thierry Radière m’a dit que j’étais un passeur de textes, j’aimerais bien, les vrais passeurs de textes sont les revuistes comme Jacques Morin qui, à chaque publication, remettent sur le métier de nouveaux textes révélant de nouveaux auteurs.

    Le livre sur les site des Carnets du Dessert de Lune

     

    b0188f_882e9364f3934ad189c3c622807c4118~mv2_d_1447_2552_s_2.webpThierry RADIÈRE

    À UN MOMENT DONNÉ

    Editions Tarmac 

    Un nouveau Radière, arrivé quelques jours après le Beaujolais nouveau, c’est toujours une aventure. Ces derniers mois, il y a déjà eu un « texte qui pourrait être le roman d’un professeur oubliant son aigreur professionnelle dans un amour un peu tardif, un essai sur le temps qui fuit, sur la mémoire et ce qu’elle représente et aussi un cours de lettre sur la compréhension et l’interprétation des beaux textes », un « tout petit recueil de textes très courts ! Des images, des souvenirs qui se précipitent, des souvenirs des parents qui vieillissent, blanchissent, se tassent et finissent par abandonner sur terre les restes de leur corps usé. Une bouffée de souvenirs odorants… » et un recueil de « poèmes de résilience, poèmes d’espoir, poèmes d’amour, poèmes pour oublier ». Pour cette énumération, sans vergogne aucune, je me suis cité moi-même en relisant mes derniers commentaires concernant les publications de Thierry Radière. C’est un peu prétentieux mais ça permet de ne pas s’emmêler les doigts sur le clavier de ce commentaire du dernier Radière, récemment publié, que je viens de refermer.

    Cette fois le poète, essayiste, romancier a choisi la plume du nouvelliste pour livrer un recueil de six nouvelles qui racontent toutes un moment de la vie où tout peut basculer, où le pire peut-être envisager, où l’esprit et l’imagination fonctionnent à très haute fréquence pour chercher dans le passé ce qui pourrait permettre de comprendre ce qui est en train d’arriver et ce qui en découlera de façon peut-être inexorable, définitive, où tout ce que l’on redoute depuis la première angoisse est en train d’arriver, de vous arriver. Qui n’a pas été saisi d’une panique irraisonnée en constatant qu’il a perdu ses enfants de vue et qu’il ne parvient pas à les situer ? Nous tous lecteurs avons connu cet instant où l’imagination en quelques fractions de secondes construit une multitude de scénarii tous pires les uns que les autres.images?q=tbn:ANd9GcQAV6wPsfgfpnTs5zf9LnmeZ0mDFwqMTWusjeV3l84j11E6bTzuXA

    Le cycliste qui déboule d’on ne sait où et se retrouve brusquement sur le capot de votre voiture sans que vous n’ayez rien vu ni compris, l’accident tant redouté est brutalement arrivé, le cycliste est mort, le chauffeur devient chauffard, tout un monde s’écroule… mais peut-être que le cycliste n’est pas mort …

    Les enfants qui, malgré l’interdiction parentale, s’aventurent trop loin de la plage, la sœur qui ne peut pas revenir vers la rive, le frère qui se sent coupable jusqu’au plus profond de lui et qui fait l’autruche, tétanisé par une panique paralysante…

    L’enfant qui ne comprend pas ce qui arrive, qui regarde en l’air et qui brusquement se retrouve au fond du trou où il pourrait disparaître à jamais…

    L’enfant qui n’a pas le droit de regarder la télé mais qui comprend bien le film que ses parents regardent en entendant la bande son et en construisant le reste avec son imagination, puisant au plus profond de ses souvenirs pour essayer de construire ce passage qui le conduira de sa prime enfance à son statut d’adulte en devenir.

    La maman qui ne peut pas dire le nom de la boisson qu’elle préfère, le premier trou de mémoire, l’affolement en pensant au premier signe, au tout premier symptôme d’une maladie tellement redoutée.

    Le narrateur et l’adolescent coincés dans un ascenseur en panne qui paniquent chacun à leur façon, envisageant le pire et essayant de l’oublier.

    Six situations que Thierry Radière analyse finement, six situations où tout change, peut changer, pourrait changer, six instants potentiellement définitifs, six instants qui compteront à jamais dans la personnalité de ceux qui les vivent, dans cette personnalité qui se construira ainsi jusqu’à ce que, « à un moment donné » l’événement définitif se produise réellement pour mettre un terme à ce qui fut leur existence, leur vie. Le nouvelliste a utilisé les armes de l’essayiste pour essayer de comprendre ses instants décisifs qui condensent l’essentiel d’une vie ou, peut-être, que l’essayiste a déguisé son propos sous forme de nouvelles plus accessibles aux lecteurs qui ont tous vécu l’une ou l’autre, au moins, de ces situations. Je ne sais, à chacun sa lecture !

    Pour moi, ce recueil s’insère parfaitement dans ce qu’écrit Thierry Radière, depuis un certain temps au moins, depuis qu'il a écrit qu’« à la fin », « à un moment donné », « il faudra bien du temps », il faudra bien prendre un bout de temps, « quand on a(ura) compris que l’existence allait être un combat à mener seul contre le monde », pour comprendre ce qu’est la vie, comment elle se construit et comment elle s’achève.

    Le livre sur le site des Éditions Tarmac

  • LES REVERS DE DANCOT

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

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    Comme il y a du linge de corps, il y a des poèmes de corps, pleins de peaux, de sens, de caresses, d'aveux physiques. Le grand garçon, avec un cœur gros comme ça, n'en finit plus de faire bouillir sa cuve à poèmes, sous son crâne chauve.

    Voilà donc des textes où "ta peau à l'éphémère", où "tes lèvres", "rien que les ombres tuméfiées de l'enfance", "des larmes allaitées des tristesses de l'enfance" brillent, sans une once de cérébralité, mais gorgées à plein de sensualité jamais voyeuse, qui tremble dans les mots d'un vrai poète, qui ne sait pas "comment vivre en hiver", fragile au bout de ses longues jambes, qui ne sait guère "essuyer tes larmes".dancotpierre.jpg

    J'aime beaucoup ces poèmes "d'une infinie tendresse", de "peaux tendres", et ces "cendres un peu froides sur le bout de tes doigts".

    L'ami sait dire qui "se réveillent d'un amour usé", "qui se donnent en silence".

    La langue, ici, calque au plus près les mouvements des corps, des cœurs, des sens, "sur les bords de la nuit", puisque "Ecrire est un baiser infini sur notre ignorance".

    Ce sixième livre ne répète pas les autres, mais enfile des évidences, celles qu'on porte sans gants, sur sa peau, à caresser l'absence ou la présence de l'autre.

    Qui reconnaît sans gêne sans honte ses faiblesses l'écrit avec une timidité d'ado qui se cherche, tout entier dans la beauté des gestes qu'il n'a pas encore blessés d'habitude et de lourdeur.

    Un beau livre, frémissant, nu comme un corps désiré près de soi.

    Pierre Dancot, Les revers de la nuit, Éléments de langage, 2016, 48p., 12€. Beaux dessins couleurs de Florence Mathieu

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • TAKE FIVE (II)

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    XI


    Chaque nuit je cherche

    le lait de l’enfance

    Tous les seins sont bons

    pour assouvir ma quête

    de lumière

     

     

    XII

     

    J’ai ta langue d'abeille

    dans l'oreille

    des bruits de bris d’élytres et de miel

    quand je broie de plaisir

    tes baisers

     

     

    XIII

     

    J’aime ta figure

    de figue fraîche

    dans l’olive de ton regard

    et tes yeux en amande

    que je mange pour voir

     

      

    XIV


    La nature pesait alors son poids

    d'oiseaux et de prairies

    Je soulevais des montagnes

    pour cueillir une lueur

    sur le fil de l’aube

     

     

    XV

     

    Le cœur rasé de près

    je sens les veines noyer

    le peu de sens qu’il me reste

    pour mener mon chemin

    à l’orée de tes jours

     

      

    XVI


    Sur le dos d’une tortue

    je fais le voyage de la lenteur

    qui de va de ma naissance

    à ma mort

    à la vitesse de l’éclair

     

     

    XVII

     

    Dans ma valise

    j’ai mis le voyage

    avec le train, l’avion et la marche à pied

    Puis j’ai choisi l’étoile

    qui me perdra

     

     

    XVIII

     

    J’ai bu ton sang

    dans un pot en grès

    Il n’était pas si bon

    sa robe n’était pas si belle

    que dans un verre à pied

     

     

    XIX

     

    À la déchirure de tes lèvres

    sous mes baisers-rasoirs

    j’ai compris que ton cœur

    ne résisterait pas

    à la force de mes sentiments

     

      

    XX

     

    Miroir où bouillent

    les apparences

    Le lait de ton reflet

    déborde sur ton teint

    L’œil à la coque coule 

      

     

    Lire Take Five I 

    à suivre

  • QUELQUES TEXTES de PAUL COLINET

    AVT2_Colinet_1248.jpegPAUL COLINET

    Paul Colinet est né le 2 mai 1898 à Arquennes et est mort à Forest le 23 décembre 1957.

    Ami des Magritte, Scutenaire, Mesens ou Dotremont, il décrivait ses œuvres comme comme un "petit catalogue buissonnier de secrets plaisirs".

    Paul Willems, son neveu, auquel Colinet lui enverra au Congo dès novembre 49 quand Willems une revue manuscrite avec de nombreux dessins et intitulée Vendredi qui comportera 100 numéros rassemble ses écrits dans 4 volumes édités chez Lebeer Hossmann en 1989. Pour la petite histoire, Colinet a entretenu une liaison avec Georgette Magritte qui aura pour conséquence un refroidissement des relations entre les deux amis.

    Voici comment son ami Louis Scutenaire le présente dans la préface qu'il a consacrée à ses Oeuvres " ...30 années durant Paul Colinet a poursuivi dans l'obscur une entreprise poétique dont la témérité n'a été approchée que par Lao-Tseu. Par lui, le langage éclate, renaît, à la fois bonheur, violence et révélation, écrasement du langage méthode-outil, du langage déjà exsangue mais déjà mortifère. D'une sûreté incomparable, l'oeuvre de Colinet par son humour, abolit les plus étonnantes réussites du genre. Si nous sommes joyeux de son ludisme, nous savons que son nom est virulence tendre. Né en 1898 sous le signe du taureau dans le village picard d'Arquennes, de parents vivant des carrières de pierre, Paul Colinet perdit son père très jeune, dut quitter l'école pour gagner son pain pendant qu'il étudiait la comptabilité, ce qui le conduisit à devenir le plus expert des fonctionnaires de l'administration d'un faubourg de Bruxelles. Ce n'est pas là le moindre étonnement ressenti en face de ce personnage étrange qui à la fois résolvait les difficultés bureaucratiques les plus abstruses et "écoutait aux poutres"! Il est mort en 1957. "

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    Paul Colinet et Louis Scutenaire 

     

    Les textes ci-dessous sont extraits du volume comprenant les Choses vraies et des Textes divers.

     

    LA MAGIE NOIRE

    Les couleurs montantes du désir triompheront-elles de ce petit cercle fascinant qui commande encore aux noires étreintes de la lumière ?

     

    LA PERSPECTIVE AMOUREUSE

    Ici, tout est conformé à l’impatience du regard : une brèche à la mesure du cœur rapide, une feuille à la mesure du présent.

     

    LE POÈTE

    Il se mettait fermement en-tête de dire l’impossible. C’est ainsi qu’il lui arrivait parfois de dire quelque chose.

     

    LA PARABOLE

    La maison blanche est toute noire. La maison noire est toute blanche. Elles habitent la même fable. Elles ont le génie de se ressembler.

    Leur nom est patience. Elles méditent leur paysage. Elles s’ouvrent en se fermant.
    Elles sont parées d’elles-mêmes. Elles vivent l’une dans l’autre. Elles retiennent de fortes étoiles. Elles ne se déplacent jamais.

     

    AVIS
    Le violoncelliste-amateur Adhémar Duranty fera éclater son instrument en public dimanche prochain, 1er courant, au Salon des Vrais Amis, Place Emile Vandervelde.

    Gonflage de l’appareil à 8 heures.
    L’éclatement est prévu pour 8h30.
    Les débris de l’instrument seront distribués gratuitement à l’assistance.

    Tous les amateurs de belle musique sont invités à assister à la séance.
    Place pour tous ! Qu’on se le dise.

     

    ANTONINE, LA PLUS-QUE-LENTE

    Taisons surtout, taisons encore un peu, pour toute la vie, le nom d’Antonine, celle qui n’est reconnue qu’à demi, la trop incomplète petite Antonine, si immensément agrandie par les fastes de sa lenteur.

     

    LA POINTURE EXACTE

    Pour trouver chaussure à son pied, un gandin avisé achète le Manuel du Parfait Serrurier.

    Muni d’un trousseau de clés, il inspecte toutes les espèces de serrures, sauf celles qui n’en valent pas le pène.

    Pour les fausses serrures, il utilise l’index de la main.

    Pour les serrures sèches, il se sert d’un arrosoir de poche.

    Voici l’itinéraire : la serrure élue donne le chausse-pied, le chausse-pied, l’onguent, l’onguent, le baril, le baril, l’enfant.

     

    DERNIERE MINUTE

    Le président honoraire de la Société Chorale des Faux Jetons de Flémalle-Haute vient d’envoyer à l’Académie Culinaire de Namur un mémoire fournissant une explication du phénomène observé sur la plaine des manœuvres de Stettin, à savoir le non-dépassement de quoi que ce soit au-delà du niveau de la table rase. Ce phénomène viendrait, selon le correspondant, du fait que la tour édifiée au milieu de la plaine de manœuvre est souterraine.

     

    LE DÉSIR D’Y ALLER

    Il désirait y aller. Il le désirait copieusement. Il le désirait d’une manière continue et parfois même légèrement intermittente. Il désirait vraiment y aller. C’était un désir comme un autre, ni plus ni moins, mais c’était un réel désir. Il désirait y aller et il ne désirait ne pas y aller. Il resta cloué net sur place par son violent désir. Quel désir ? demandera-t-on. Réponse : l’important et l’irremplaçable, sans plus, désir d’y aller.

     

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    Paul Colinet par Magritte

     

    LA POUPÉE

    Il y a des petits oiseaux de chatouilles dans le jeu de billes de son ventre.
    Il y a des bouquets de petits chats dans ses jolis yeux.

    Elle tient dans ses mains des murmures, des rubans, des anneaux, des myosotis.

     

    NOUVELLES

    Qu’il y avait une panthère de pluie dans les blés.
    Qu’il y avait dans le boîtier la boucle noire d’une Elvire.

    Qu’avec des cailloux l’avare rembourrait son canapé.

    Qu’une main mendiante mouillait son petit navire.



    PORC HERMAPHRODITE

    Animal utilisé dans les miroiteries pour le nettoyage à la Rubens des glaces de siège embuées.
    L’œuf du porc hermaphrodite contient un petit miroir rond très recherché pour l’étude des phases de la lune.

    LE SOLEIL LA NUIT

    Sous une maison de soleil

    où l’on entre par la fenêtre

    une servante aux yeux vermeils

    en chantant adore son maître

     

    Ses yeux éclairent son miroir

    cajolé d’ailes qui sont fées

    et qui font tourner sans les voir

    des moulins de blonde fumée.

     

    Et le maître est l’or du sommeil

    et la servante c’est la Reine

    mariés du miroir et pareils

    aux images de haute laine.

     

    ÉTROIT
    Ici, le moisi, la chouette,

    l’angle, l’opaque, les dents,

    l’album à coquillages,

    le biseau, la rouille, le sel…

     

    Ici, le mur, le destin,

    le poing, la cadence lente,

    le tapis rongé par les mites,

    la pourpre, l’iode, les os…

     

    Ici, l’hiver fendu qui saigne,

    le cellier amer, le broc froid,

    l’acide, le dur, le sec, le peigne,

    l’estragon et l’envie.

     

    BAISERS DANS LE COU

    Kiokk pou kioo pou

    Amm fiouré dyoli dyoutchel

    Kiokk pou kokkiokk / piopou

    Ammiou souffiour édyioli djèl / aïlou…

     

    Kiokk pou

    Kiokk poukakinn ammabaïon

    Kiokk a dje stoûr a dje stoûr

    A djè stoûr a djok vioukou-oû

     

    Tchoukiokk a kiokkk

    Tchoukiokk a kiokk

    Ioum fiarfinnail a ioum a ioû

    Tchoup kiokokk

    Tchioup klokla kiokk

    Kiokk poû !

    Fiarfinn Fiarfinn Fiarfinnailloû…

     

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    Scutenaire et Colinet en 1950

     

    LA CHANSON DU PETIT CROCODILE À VAPEUR

    Sucre-toi

    wa-wa-wa

    sucre-toi la p’tite gaufrette

     

    Sucre-toi

    wa-wa-wa

    sucre-toi sur tous les toits

     

    L’HOMME

    L’homme à table était assis.

    L’homme à table était à pied.
    L’homme à pied était en voiture.
    L’homme en voiture était dans son lit.
    L’homme dans son lit était au loin.
    L’homme au loin était debout.
    L’homme debout était à genoux.
    L’homme à genoux était présent.
    L’homme présent était disparu.
    L’homme disparu était vivant.

     

    Moulin à café musical

    La partition se compose de 50 à 60 grains de café (pour la bonne cause) (une grande mesure).
    L’exécutante ne met pas le moulin entre les jambes, vu l’emplacement de la manivelle. Elle le pose en amazone sur ses genoux. Dès qu’elle tourne, la partition descend, moulue, à l’intérieur de l’instrument.
    Sur l’air joué par le moulin, l’exécutante,-si elle a plus de 80 ans, c’est-à-dire si elle est venue nous tenir compagnie avant la guerre franco-allemande de 1870, - chante ce refrain à la fois triste et encourageant :

    « Tourner ma viole

    Ma viole c’est mon gagne-pain

    Si je n’avais pas ma viole

    Je d’vrais mourir de faim « 

     

    *

     

    Ces miroirs savants qui feignent d’oublier les blessures astucieuses de leurs angles. Leur mémoire émane en ronds enchantés.

    Il faudra encore beaucoup de lignes amoureuses, de couleurs secrètes, d’objets endormis dans leurs ombres avant que la peinture ne devienne invisible comme la parole.
    Ici, les portes sont ténues et tremblantes qui s’ouvrent sur les régions sans âge du fond des yeux.

    Et voici qu’animant ces courbes et ces songes, éclairant ces nuits faites de regards, de l’autre côté des tableaux, c’est note voix, la plus lointaine, qui nous appelle.

     

     

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  • MAUX D'AUTEURS D'AUTOMNE

    faire-s%C3%A9cher-des-feuilles-dans-un-livre-01.jpgBonnes feuilles de septembre, lettres mortes de décembre.

     

     

    Cet auteur qui écrit sans sous-texte crashe tous ses livres.

     

     

    Je connais un grand écrivain humaniste qui n’a jamais mis les bras dans une embrassade.

     

     

    Les auteurs sans profondeur se tournent volontiers vers le fiel.

     

     

    J’aime retourner la plume des poétesses pour écrire sur leur peau des poèmes de caresse éphémère. 

     

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    Toutes les poétesses en dessous rose n’écrivent pas pour la Bibliothèque verte. (non à l’amalgame)

     

     

    De commun accord, cet écrivain et son éditeur se donnèrent la mort en même temps, d’une manière que le bon sens nous interdit de relater ici, quand ils apprirent que les subsides à l’écriture et à la publication leur étaient supprimés, les bourses à l’écriture suspendues et les résidences d’auteur à l’étranger ramenées à dix kilomètres de leur domicile dans un camping pourrave du Fonds des Lettres.

     

     

    Mon éditeur aime me caresser la main quand j'écris. Cela ne me dérange pas car j'écris mes livres avec les pieds.

     

     

    L’amour d’un éditeur pour un de ses auteurs a-t-il des limites de tirage ?

     

     

    Le pataphysicien est au physicien ce qu’est le rêveur à l’astronome.

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    Tous les critiques d’opéra n’écrivent pas des livrets d’opérette. (non  l’amalgame

     

     

    Je ne parviens pas à terminer mes phrases… Je ne deviendrai jamais un auteur d’aphorismes accompli.

     

     

    Sur la place de la sémiologie, on roule dans tous les sens.

     

     

    Il faut repasser les textes au fer du dire pour lisser la ponctuation.

     

     

    Tous les romanciers de gare ne méprisent pas les poètes du ballast. (non à l’amalgame)

     

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    Lors des J.O. littéraires de la page de Cabourg, ce grand lecteur de Proust a battu son record du 110 lignes points-virgules en moins de 10 secondes.

     

     

    Cet auteur en miettes raconte dans une accumulation d’opuscules en tout genre son incroyable dispersion littéraire.

     

     

    Chantre de l’autocritique, cet auteur a écrit sur ses livres ses plus beaux livres.

     

     

    Au jeu des métaphores, la poésie est une flambeuse.

     

     

    Cet auteur au sommet de la littérature jeunesse se voit déjà décerner le Nobel des lycéens.

     

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    Les muses ont bien changé ; elles ne courent plus les mues.

     

     

    Le crash-texte mesure la résistance des écrits aux accidents littéraires.

     

     

    - Un lieu d’écriture privilégié, un endroit qui vous inspire ?

    - La salle de bain de mon éditrice.

     

     

    Pour couper court aux rumeurs de prose proustienne qui courait à propos de ses premiers textes, Céline n'hésita pas à frapper du point sur la phrase...

     

     

    Il faut toujours tenir ses proverbes.

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    Les écrivains qui ont toujours un livre sur le feu ont-ils une muse si ardente ?

     

     

    À près de soixante ans balais, cet écrivain ne peut pas s’endormir avant que sa vieille maman ne lui ait lu quelques pages d’un de ses propres livres.

     

     

    De la muse ivre avant toute couperose.

     

     

    Ecrire, c’est donner aux autres des raisons de croire en l’écriture.

     

     

    Quand il eut achevé d'écrire, il se planta la plume dans le crâne. 

     

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    E.A.

    À suivre...

  • A FRÉQUENTER DES BOITEUX, ON FINIT PAR BOITER.... de LORENZO CECCHI

    À feu mon ami Maître Bernard Lessinnes, boiteux sublime

     

    Freddy n’avait aucune chance de s’en sortir. Un de ces quatre, un œil encadrerait son image derrière une croix et une balle le cueillerait. Quand ? Où ? Dans le parc Dunant pendant qu’il promènerait le chien ? Dans le parking du supermarché ? Ailleurs ? Freddy n’en savait fichtre rien. Après tout, peu lui importaient les modalités, il espérait seulement ne pas être flingué en présence d’Arthur, son gamin, ou de Lisa, sa femme. Tout ce que Freddy savait, c’est qu’il y aurait droit. Norman ne pardonnait pas. Norman ne pardonnait jamais. Il tenait la vie de Freddy entre ses mains. Le vrai pouvoir, c’est ça : disposer de l’autre corps et âme. Et Norman possédait ce pouvoir.

    Depuis un mois, chaque matin, il se levait après une nuit d’insomnie, convaincu qu’il avalait son dernier petit déjeuner. La peur le rendait taiseux et Lisa, le croyant surmené, était aux petits soins. Elle lui pressait des oranges et l’obligeait à ingurgiter une gélule, un complexe de vitamines et de minéraux. Ces attentions exaspéraient Freddy, mais il ne réagissait pas et se prêtait de bonne grâce à ces simagrées. C’était le moins qu’il pût faire : après tout, Lisa n’était-elle pas une veuve en sursis ? Si seulement il avait pu s’agir de surmenage… Putain, avec ses vitamines il serait bientôt un cadavre à la santé rayonnante ! Quel gâchis !

    Mais qu’est-ce qui lui avait pris ? Pourquoi avait-il détourné une partie des recettes ? Pourquoi, surtout, en avait-il prélevé une part plus importante que d’habitude, mettant ainsi la puce à l’oreille de Norman ? La colombienne avait légèrement augmenté, mais à quantité d’achat égale, depuis un petit temps, le crédit des comptes au Panama, non seulement n’avait pas suivi en proportion, mais avait sensiblement diminué. Or, dans ce business-là, pas question de soldes. D’accord, la crise sévissait. Elle n’épargnait personne, les camés non plus a fortiori. Mais, même si la clientèle réduisait sa consommation de blanche et se rabattait sur des ersatz moins chers (des molécules de synthèse bidouillées dans des labos clandestins de plus en plus nombreux), la baisse des rentrées ne se chiffrait quand même pas à trente pour cent.

    Quel con il avait été ! Restituer le blé ? Pour ça, pas de problème : il n’avait rien dépensé, son train de vie n’avait pas changé d’un poil. Les sacs hermétiques planqués dans la citerne contenaient tout le pognon qu’il avait chouravé au passage, d’abord petit à petit, ensuite, récemment, en plus grosse quantité, négligeant toute prudence. Mais, même s’il récupérait son fric, Norman, pour préserver son autorité, devait sévir, il n’avait pas le choix.

    Il avait convoqué Freddy. Il l’avait reçu dans la cuisine. Quand Norman recevait dans la cuisine, c’est que l’affaire était grave. Freddy en était conscient. Derrière lui, Arsène le maintenait aux épaules. Freddy n’avait pas moufté. Inutile. L’ouvrir n’aurait fait qu’attiser la colère de Norman : il était découvert, pris la main dans le sac, point. Il avait dit « bonjour » d’une voix tremblotante, c’est tout. Norman touillait dans une casserole et lui tournait le dos.

    — Ça manque de sel, commenta-t-il en réponse au salut et en suçant son index imbibé de sauce. Le sel de l’Himalaya que tu m’as offert pour mon anniversaire sale moins que le sel de mer. T’es d’accord ?

    — Hé bien…

    — Ta gueule, Freddy, je n’ai pas fini ! T’as remarqué qu’il y a une date de péremption sur le flacon ? Une date de péremption sur du sel qu’a au moins un milliard d’années ! Savent pas quoi inventer… C’est y pas dingue ça, Freddy, une date de péremption sur un flacon d’sel, hein Freddy ?!

    — Heu…

    — Ta gueule, putain ! Je ne le répéterai plus. Ferme ta grande gueule !

    — …

    — Toi, par contre, tu t’es salé. Et bien salé, mon cochon ! T’as deux jours à partir de dorénavant pour me rendre mon fric. Fais gaffe que rien ne manque. Rien, pas un foutu billet. Tu connais le montant, c’est toi l’boulier. Maintenant, fous le camp ! Arsène, reconduis monsieur le comptable de mes deux. Enlève-le de ma vue. Dehors bordel ! Y va m’gâcher mon dîner.

    Freddy avait explosé en sanglots dans l’ascenseur qui le ramenait au rez-de-chaussée. Arsène n’avait pipé mot. Ils étaient pourtant de vieilles connaissances. La sentence, sans être vraiment explicite (pas besoin), avait été prononcée. Elle était sans appel. Arsène le savait. Freddy aussi. Il se savait perdu, effacé, définitivement : aucune échappatoire possible. Dorénavant, il était en sursis, le compte à rebours était enclenché. Au sortir de l’ascenseur, un monte-charge plutôt, il s’écroula. Ses jambes ne le tenaient plus. Arsène n’esquissa pas le moindre geste pour lui venir en aide. Du haut de son mètre nonante, il l’avait considéré un instant avec mépris puis avait hurlé, rageur :

    — Lève-toi, lopette, ou je te traîne dehors par les couilles !

     

    */*

     

    L’homme était épuisé. Il ne vivait plus. Il avait remboursé Norman et attendait la mort, recroquevillé dans sa maison. La mort, il en était venu à la souhaiter, me confia-t-il. L’attente était devenue insupportable. Il ne dormait plus du tout et la colite lui tordait le ventre sans relâche. Sa femme était partie, emmenant leur fils avec elle. Du reste, il avait tout fait pour qu’elle le quitte, pour sa sécurité et celle de l’enfant ; un poids en moins dans le lourd fardeau qu’il lui fallait porter. Il passait son temps sur le qui-vive à guetter l’arrivée de son exécuteur. Il ne sortait plus et se nourrissait de pizzas livrées par porteur. Jamais le même fournisseur, par précaution. Il n’en pouvait plus.

    Pendant des années Freddy avait payé mes honoraires, de la main à la main pour la plus grande partie. La clientèle de Norman me rapportait beaucoup. Je connaissais Freddy en comptable fringuant, toujours de bonne humeur et nous avions pris l’habitude, après chaque transaction, de partager un déjeuner ou un verre de bière au Charly’s, près de l’entrepôt qui abritait les activités légales de Norman & Co, import-export, pas loin de la Justice de Paix de Marchienne- au- Pont. Freddy n’était plus que l’ombre de lui-même. Disparu, l’homme avenant, à l’humour fin ; la peur le dévorait de l’intérieur et ses yeux vitreux et humides, posés fixement sur moi tandis qu’il parlait, faisaient penser à ceux d’un vieillard en fin de parcours. Que pouvais-je pour lui à la fin ? En quoi pourrais-je lui être utile ? Un ex- avocat d’affaires, dans ces cas-là, ne peut pas grand-chose, pour ne pas dire rien du tout.

    Pour le soulager quelque peu, je lui promis d’intercéder en sa faveur. J’irais trouver Norman. Mes paroles semblèrent le rassurer : il quitta mon cabinet en meilleure forme qu’il n’y était entré. Enfin, c’est ce qu’il me sembla : sa démarche me parut plus assurée et il avait repris des couleurs. Quand il avait refermé la porte du cabinet en suppliant : « Vous promettez, maître ? Je peux y compter ? Promis ? Promis ? », j’avais levé le pouce et avais déclaré un brin désinvolte :

    — Les choses ne sont jamais aussi graves qu’il y paraît, croyez-moi Freddy. Je m’en occupe, soyez tranquille, je m’en occupe.

    Je ne sais pourquoi, mais ma promesse, toute rhétorique au départ je l’avoue, lancée comme ça, sans intention véritable d’y donner suite, se mua, par une étrange alchimie intérieure, en résolution ferme.

    Petit à petit, après le départ de Freddy, l’idée de respecter ma parole s’était, comment dire ?, à mon corps défendant, insinuée en moi jusqu’à devenir obsédante. Malgré mes efforts, je ne pus m’en débarrasser et je me mis alors à gamberger. Je passai toute la soirée et la nuit ensuite à réfléchir à la façon d’entreprendre Norman pour l’infléchir en évitant qu’il prenne le mors aux dents et m’associe à Freddy pour un aller simple dans l’au-delà. Ma tête bouillonnait. Me mêler de l’affaire était pour le moins imprudent, je ne le savais que trop, mais c’était l’occasion, et l’idée m’enflammait, de plaider à nouveau une cause, comme dans mes jeunes années, comme au temps où j’exerçais le noble métier d’avocat, avant de m’occuper d’ingénierie financière, ma seule activité désormais.

    J’avais quitté le Barreau de Charleroi juste à temps pour éviter les foudres du Bâtonnier, intrigué par quelques-unes de mes interventions peu conformes à la stricte déontologie. Depuis belle lurette, je ne travaillais plus que pour des délinquants en col blanc ou carrément des malfrats. Norman était l’un d’eux et, de loin, le plus dangereux. J’étais passé maître (mot qui maintenant m’arrachait la bouche à peine évoqué) en montages savants pour blanchir le fruit des trafics. Le fric seul motivait mes actions et cela me satisfaisait amplement. Aucun état d’âme n’avait obscurci mon quotidien, avant ce jour-là, le jour où je reçus Freddy.

    À la vue du comptable défait, penaud, tellement pitoyable, quelque chose en moi s’était réveillé. Du tréfonds de mon être, le désir de porter secours au pauvre bougre s’était mis à grandir inexorablement. Intervenir était périlleux, mais pour me donner du courage, je ne cessais de me répéter que le jeu en valait la chandelle. N’était-ce pas là une dernière chance que m’offrait le destin de me racheter, de recouvrer ne serait-ce qu’un peu de ma dignité galvaudée au fil du temps, au gré des malversations auxquelles je m’étais si longtemps associé ? Le cynisme, qui m’avait protégé jusque-là comme une armure, se fissurait, craquait de partout. Une éclosion nouvelle, rédemptrice, se produisait en moi. J’en suffoquais d’exaltation. Grâce à Freddy je redeviendrais humain, innocent, comme avant, avant de côtoyer ces salauds.

    Aux petites heures du matin, au terme de ma réflexion, ma décision était prise, irrévocable : je braverais le danger en héros, je me confronterais à Norman. La fatwa sur le comptable, mon ami Freddy (oui, en toute sincérité, c’est en ami que je le voyais désormais), devait être levée et je m’y emploierais de toutes mes forces, advienne que pourra.

    Pendant deux jours j’écrivis ma plaidoirie. Je me mirais en pied devant un grand miroir et m’enregistrais afin de juger des effets produits tant par mes gestes que par mes intonations. Je travaillai et retravaillai mon discours en prenant bien soin qu’aucun mot, aucune phrase ne puisse être pris comme offensant ou interprété comme une menace. J’avais bien envisagé le chantage un moment, faire état d’hypothétiques connaissances compromettantes que le comptable déchu serait à même de produire devant les autorités judiciaires, mais j’abandonnai très vite l’option. Trop risqué, Norman pouvant s’avérer imprévisible ; les psychopathes le sont tous.

    Ma ligne de défense adopterait un mode conciliant, inutile de jouer les téméraires. Je considérai le fait que Norman n’avait pas encore fait exécuter Freddy. Bientôt quatre mois étaient passés et… rien. Et s’il lui pesait d’appliquer la sentence ? Et si mon intervention lui fournissait l’excuse d’y surseoir ou, mieux encore, de passer carrément l’éponge ? C’était possible. Mais, si tel était bien le cas, il faudrait toutefois ménager une sortie honorable à Norman pour sauver la face, qu’il ne soit pas soupçonné de faiblesse par le milieu. Oui, mais quelle sortie ? Je n’en avais aucune idée au moment d’entrer dans la cuisine et, bien que mécréant, je m’en remis à la Providence.

    Norman m’écouta. Au fil du temps, je m’étais pris d’amitié pour Freddy, expliquai-je et, le voir en si piètre posture m’avait convaincu d’intercéder en sa faveur. Les mots, répétés devant la glace, s’enchaînaient empreints d’émotion sincère. Je conclus comme suit :

    — Épargnez, mon ami, Monsieur Norman. Vous-même, je crois, aviez pour Freddy une certaine sympathie. Peut-être même, comme votre serviteur, éprouviez-vous pour lui de l’amitié. Il est vrai qu’il a trahi votre confiance et cela, entre amis, c’est inadmissible. Mais le dommage a été réparé, l’argent vous a été rendu. Évidemment, reste le préjudice moral, la trahison... Cela mérite-t-il la mort ? Ne peut-on trouver une autre solution, une punition plus… humaine ? Je vous en prie, faites preuve de clémence, Monsieur Norman. N’est-ce pas l’apanage des grands, des rois, des empereurs, de se montrer magnanimes ?

    Norman cessa de remuer dans la casserole. Il me fixa longuement puis, s’adressant à Arsène :

    — Merde ! Ça c’est un pote ! Tu ferais ça pour moi, Arsène ? Tu prendrais le risque, comme l’avocat, de te mouiller en venant à ma rescousse, sachant ce qu’il pourrait t’en coûter ?

    Puis, se retournant vers moi, il m’invita à m’approcher en agitant l’index et dit :

    — Eh ben, l’avocat, tu me coupes la chique ! L’amitié, y a que ça de vrai ! Sérieusement, là, tu me la coupes! Goûte ma sauce, l’avocat. Bonne, n’est-ce pas ?

    Sans un mot, j’acquiesçai en branlant du chef. Intérieurement, je bouillais, je tremblais. Je faillis m’évanouir dix fois, aux prises avec une incommensurable terreur. Miraculeusement, j’arrivai à me contrôler lorsque Norman reprit :

    — OK, tu m’as convaincu. Mais il faut payer. Tu le sais bien, c’est la règle. J’épargne Freddy et je t’épargne aussi. Mais faut payer… Arsène, va chercher Freddy. Oui, l’avocat, Freddy est à côté. Quand t’as pris rendez-vous, j’ai pris mes précautions, au cas où… Mais t’es fortiche, l’avocat… Deal : la vie sauve contre une balle dans le genou droit pour ton client et toi. Tu prends ?

     

    */*

     

    J’ai repris mes activités après une longue convalescence. Freddy et moi étions dans le même hôpital. Nous avons été très bien soignés. Norman y a veillé. Freddy a maintenant rejoint mon officine d’affaires et m’assiste pour les aspects comptables des dossiers. Nous nous rendons presque chaque jour au Charly’s pour déjeuner ou boire une bière. Nous boitons tous les deux… et de la même jambe évidemment. Quelque fois, quand on se dandine côte à côte, qu’on se balance à l’unisson, il nous arrive d’éclater de rire et je m’exclame : « Putain, mon Freddy, ce fut une belle plaidoirie, une putain de vraie belle plaidoirie ! »

     

    Cette nouvelle de Lorenzo CECCHI vient d'être publiée dans la toute nouvelle revue du Barreau de Charleroi, Le Juste Pli.

     


    couverture-contes-espagnols.jpg?fx=r_550_550LORENZO CECCHI
    vient de faire paraître CONTES ESPAGNOLS aux Cactus Inébranlable Éditions, 9 nouvelles illustrées par Jean-Marie Molle (dont certaines sont parues sur ce blog l'été dernier).

    En début d'année est sorti son roman UN VERGER SOUS LES ÉTOILES aux Éditions du CEP.

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: LES POÈTES AUSSI

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    La rentrée littéraire est close depuis quelques semaines maintenant, désormais il faut lire tous les livres empilés à côté du bureau sans oublier bien sûr les poètes qui ont été, eux aussi, très présents à l’occasion de cette rentrée. En ce qui me concerne, j’ai eu notamment l’occasion de lire les deux recueils ci-dessous à la suite l’un de l’autre et je conseille vivement à tous ceux qui veulent les lire, et même aux autres, de les aborder dans cet ordre. D’abord l’excellent recueil de Fabien Sanchez qui laisse sourdre une souffrance poignante mais sublime et ensuite le non moins intéressant recueil de Christophe Bregaint qu’on dirait désespéré, dévasté, par la souffrance d’un ami qui n’est certainement pas le précédent auteur mais sait-on jamais ? La magie des lettres relie parfois les êtres les plus éloignés.

     

    s189964094775898902_p819_i1_w1653.jpegFabien SANCHEZ

    DANS LE SPLEEN ET LA MÉMOIRE

    Les Carnets du dessert de lune

    Fabien, c’est terrifiant ! Je n’ai pas envie que tu peuples ta solitude en ayant l’enfant que tu jamais eu,

    « de l’enfant que tu n’as jamais eu

    de la petite fille à laquelle

    tu ne raconteras jamais d‘histoires

    de la solitude dans les jardins publics

    parmi les enfants des autres ».

    Je n’ai pas envie que tu oublies ton passé dans un avenir radieux, que tu noies ta nostalgie dans un présent petit bourgeois,

    « Cette manie de regarder en arrière

    dans le rétroviseur de l’âme

    carburer à la nostalgie

    le plein de super pour la marche arrière »

    Je voudrais que tu restes le chômeur désœuvré, sans avenir, qui n’arrive même plus à laisser filer son temps, je voudrais que tu restes le gamin bohème qui a parcouru trop tôt les chemins de la vie et épuisé trop vite les illusions qu’elle suggère,

    « j’avais dix-sept ans

    et mon cœur connaissait trop de chansons

    les lits des filles m’étaient inaccessibles

    je dormais sur le bitume ».

     

    Je voudrais que longtemps encore tu écrives des vers qui racontent l’histoire d’un père parti trop tôt et d’un fils jamais devenu père, des histoires écrites avec le jus de tes tripes, la bile amère de ton âme et l’encre de ton désespoir.

    « ah maudit gosse, et sale bonhomme

    moi chômeur longue durée,

    lui poète à ce qu’il parait

    tous deux traînent misères, traîne fumée ».

    Mais, même si tu es, comme tu le dis : « Je suis devenu celui qu’enfant je n’aurais pas vu », j’espère de tout mon cœur que « la possibilité du retour » que tu évoques dans ton « Intro », te permettra un jour d’écrire à l’imparfait avec le même talent, la même tristesse, le même désespoir des vers de la même intensité, portant une émotion aussi troublante, provoquant une compassion aussi vive. Et que tu trouves un chemin possible pour sortir ta vie du cul de sac dans lequel elle semble enfermée, sans jamais y laisser ton talent. J’espère aussi que l’œil d’Olivia HB sera encore sollicité pour apporter un supplément de vie à tes poèmes car ses photos participent à l’ambiance et à l’empathie que ce recueil dégage.

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    Fabien Sanchez, en compagnie de Roland Jaccard 

    Le livre sur le nouveau site des Carnets du Dessert de Lune

     

    s189964094775898902_p817_i1_w1653.jpegChristophe BREGAINT

    ENCORE UNE NUIT SANS RÊVE

    Les Carnets du dessert de lune

    « Une nuit sans rêve » c’est très décevant mais « encore une nuit sans rêve » c’est carrément désespérant et ce titre correspond très bien à l’atmosphère du recueil de poésie présenté par Christophe Bregaint. Christophe, c’est le préfacier du recueil de poésie de Fabien Sanchez que je viens de lire, un recueil qui dégage une souffrance et une douleur infinies. A coups de vers très courts, juste deux ou trois mots, Bregaint rythme ses poèmes qui expriment la fragilité, le désespoir et le désarroi d’une tierce personne qu’il semble accompagné sur le chemin de sa douleur, comme s’il scandait, sur la pédale de la grosse caisse de son groupe, un vieux rock and roll immortalisé par un de ces chanteurs mythiques qu’il doit, à mon avis, encore admirer. Le désespoir et le désarroi des Jimmy Morrison, Kurt Cobain, Freddie Mercury et autres rockeurs maudits planent sur ce recueil comme les corbeaux volent au-dessus des champs de bataille.

    Dès les premiers mots le recueil exprime la fragilité : « Un homme / A été // Jeté / Dehors// Hors/ De / Sa quiétude… ». Cet homme est un ami, ou peut-être l’auteur lui-même mais je ne le crois pas, il s’adresse à cet autre par le tu. « Tu as glissé / Le long de la paroi… ». « La ligne / De ta petite mort / S’est détraquée… ». « C’est arrivé / Tu t’es perdu… ». Ainsi les vers racontent le destin de celui qui s’est brisé, perdant progressivement tout espoir de redevenir ce qu’il a été. « Ton histoire / N’a pas toujours été / Ainsi // Sans issue… », « Tout est devenu / Tellement vulnérable… »ob_ec68f4_srt.jpg

    L’auteur se souvient, s’apitoie, se lamente, sait que plus rien ne sera comme avant, il pleure comme un vieux blues dans le lamento de Billie Holyday. Il n’a plus le courage de laisser croire à ce « tu » qu’il y a un espoir, seul reste le désarroi. « Ton désarroi / Est plus grand que / ton refuge… Tu ne fais plus la différence / entre / Le besoin et / Le manque // Entre la peine et le désespoir ». A la fin de ce recueil que j’ai lu comme une histoire tragique, comme un chant désespéré, que j’ai écouté comme un rock éthéré, déboussolé, déjanté, il ne reste plus qu’un texte minimum, mais un texte minimum qui prend aux tripes, qui bouleverse tant les mots sonnent juste, tant le désarroi est palpable.

    Le livre sur le site des Carnets du Dessert de Lune