LES BELLES PHRASES - Page 2

  • KAROO OU LA MALADIE DE L'EXISTENCE

    17439924_1810530535936981_1374668078_n - Copie - Copie (2).jpgpar Julien-Paul REMY

     

      

     

     

     

     

     

    Faux_livre_Karoo+.jpgChef-d’œuvre de la littérature américaine achevé en 1996 et traduit en français il y a seulement quelques années, Karoo a inspiré en Belgique le nom d’un jeune magazine de critique culturelle francophone : Karoo.me. C’est que ce livre revêt une portée universelle : le tragique et l’absurdité de l’existence humaine. Son auteur, Steve Tesich, y met en scène une double tragédie. D’amour et d’existence. Pour l’incarner, un homme, Saul Karoo, lutte contre la condition humaine pour mieux s’y enfermer.

    États-Unis, fin des années 80. Contexte de l’effondrement de l’URSS. Saul, bedonnant, d’âge avancé, séparé et père adoptif d’un adolescent nommé Billy, est un homme malade. Mais d’un genre particulier. Physiquement, son organisme est atteint d’une maladie de l’ivresse : il s’avère incapable d’intégrer les effets de l’alcool. A son grand dam, puisque son alcoolisme de jadis lui permettait d’échapper à la réalité grâce à sa vertu amnésique, effaçant sa mémoire en même temps que la responsabilité qui pourrait en découler. Le voilà devenu un alcoolique raté, aussi sobre qu’une bûche de Noël. Socialement, il souffre d’un rapport malade à la vérité le muant en menteur invétéré. Psychologiquement, il souffre d’une maladie de la volonté qui le rend incapable de se donner les moyens de réaliser ses désirs, ainsi que d’une maladie de la subjectivité, un mécanisme d’autodéfense qui l’immunise contre toute irruption de sentiments humains et affectifs, rapidement neutralisés par la froideur objective de son intellect. La réalité se trouve réduite à l’état de cadavre sur une table de dissection. Cette maladie en implique une autre, la maladie de l’intimité, au gré de laquelle Saul Karoo se montre incapable d’entretenir une quelconque intimité privée, en particulier avec les membres de sa famille et ses proches. Il lui substitue cependant une intimité publique : pour se montrer intime, Saul a besoin de la présence de témoins. Plus il s’éloigne de ce qu’il est avec quelqu’un, plus il se sent proche de cette personne. Inversement, plus il se rapproche de ce qu’il est avec une personne, plus il se sent étranger par rapport à elle.

    « Tout ce que Billy voulait, c’était passer du temps seul avec moi, mais je ne pouvais lui donner ce qu’il voulait. Je n’avais aucune idée du nom à donner à cette maladie. La maladie de l’intermédiaire ? La maladie du tiers ? La maladie de l’observateur ? Quel que soit son nom, cette maladie m’empêchait totalement de jamais me sentir à l’aise avec quelqu’un sans un public pour nous observer. »

    Or, la notion d’intimité publique, en plus de saisir un symptôme relationnel humain atemporel, semble anticiper un phénomène de notre époque : la réalité virtuelle des réseaux sociaux. Facebook n’est-il justement pas le lieu d’une expression publique de l’intimité ?

    Retour au récit :

    « Aussi ironique que cela puisse paraître, malgré mes nombreuses maladies, mon surnom, dans le métier, c’est Doc. Doc Karoo. »

    Basculement. Après des premières pages attachées à présenter un homme malade dans sa vie personnelle et sociale, on découvre un autre homme dans la vie professionnelle qui, au lieu de devoir être soigné, soigne. Dans son rôle de script doctor pour l’industrie du cinéma hollywoodien, Saul Karoo soigne des films et des scénarios malades. Il réécrit des scénarios et remonte des films. Il les retape, les réarrange. Tantôt en rééquilibrant l’intrigue, tantôt en supprimant les corps étrangers (personnages superflus). Dans son milieu, on le considère comme un génie. Loser dans la vie privée, le voilà winner dans la vie professionnelle.

    Malgré son statut de Doc, Saul Karoo a besoin d’être soigné. Il ne souffre pas tant de lui-même que de faire (involontairement) souffrir les autres. Sa maladie principale est d’être une maladie, un cancer pour ceux qu’il aime. Son vrai problème ? L’incapacité à bien aimer, son fils adoptif en particulier. Un défaut, un handicap légué apparemment par ses propres parents, tout aussi inaptes à lui donner ce qu’il ne parvient pas à donner aux autres. Un père sénile, amnésique et atteint de folie au point de condamner à mort son propre fils depuis son lit d’hôpital, et une mère en proie à une autre folie, relationnelle, à l’image de son incapacité à construire une relation intime avec son fils. D’où ces questions :

    « Comment donner à autrui ce que l’on n’a pas reçu soi-même ? », « Comment être le père que l’on n’a jamais eu ? ».

    Saul est tiraillé, en tension entre une indifférence éclatante voire immorale envers les autres (d’où un certain rapport indirect à ceux qui l’entourent) et une voix intérieure, celle de « l’homme moral », une conscience qui lui rappelle ses devoirs, de père, de figure paternelle, de mari, de scénariste, d’être humain. S’il se déresponsabilise en actes, il se responsabilise en pensées. Notamment à l’égard de son fils :

    « Son innocence était insupportable. Elle me rendait fou mais, en même temps, me faisait l’aimer davantage. Elle me décidait encore plus à, un jour, me rattraper. Pour le mal que je lui avais fait au fil des années et pour la souffrance que j’allais lui infliger ce soir. Me rattraper d’un seul coup. »

     

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    Steve Tesich (1942-1996)

     

    Cet homme au cynisme déshumanisé évoluant dans la sphère mondaine et nantie, faite d’artifices, où le rôle que l’on joue prime qui on est, n’est pas le vulgaire reflet de son milieu. Conformiste dans son comportement, Saul Karoo recèle un esprit éminemment subversif par rapport à l’opinion commune, non dénué d’un humour incisif :

    « C’était l’intimité et le temps passé seuls, uniquement tous les deux, qui avaient détruit notre mariage. Pas cette intimité publique que nous connaissions à cette fête, mais l’intimité intime. Juste nous deux. A cet égard, j’étais totalement irréprochable. J’avais fait tout mon possible pour éviter le moindre moment intime entre nous. »

    Son métier lui plaît même s’il le fait par défaut : incapable d’écrire une histoire qu’il a en tête (une Odyssée d’Homère futuriste) depuis longtemps, il s’enferme dans son rôle d’écrivain raté voué à réécrire les histoires des autres. L’écriture joue ici un rôle métaphorique : à force de réécrire la vie d’autres que lui, il ne prend pas le temps d’écrire sa propre vie. Il a besoin que l’on fasse pour lui ce qu’il fait pour autrui : sauver. Saul représente un certain type de sauveur, qui sauve des histoires de la mort et de l’oubli en les rendant commerciales et au goût du public. Mais le sauveur a besoin d’être sauvé.

    Le moment déclencheur du récit coïncide pour Saul avec la perspective d’une renaissance, d’une rédemption en sauvant, non pas une histoire imaginaire tirée d’un scénario de film, mais bien une histoire réelle, la vie tragique de Leila, la mère biologique du garçon qu’il a adopté, une actrice ratée reconvertie en serveuse. La rencontre de Saul et de cette femme symbolise la rencontre de deux tragédies. Quelle issue de la collision de deux tragédies sinon une tragédie elle-même ? Pourtant, Saul pense pouvoir réécrire la vie de cette femme en lui faisant retrouver son fils biologique, et en recréant un film dans lequel elle a joué pour la transformer en star et lui faire gagner quelque chose, à elle dont la vie ne fut que pertes. Les deux tragédies peuvent elles se sauver mutuellement ? Une tragédie trouve-t-elle sa solution dans une autre tragédie ? La conjonction de deux vies négatives peut-elle, comme en mathématiques, accoucher d’une issue positive ?

    (SPOILER)

    Karoo est l’histoire d’une quête de rédemption et de renaissance. Hélas, nulle réversibilité possible ici. En voulant sauver deux tragédies, Saul ne fait que les rendre plus tragiques encore en causant involontairement la mort des deux êtres qu’il aime le plus au monde, Billy et Leila. Le destin semble le punir pour ne pas avoir aimé de la bonne manière. Pour ne pas avoir assez aimé. Pour ne pas avoir aimé au bon moment. Le voilà maudit et condamné, non pas à mourir, mais à vivre avec la mort. La mort des autres, dans un éternel présent d’errance et le néant de la condition humaine. Y a-t-il une vie après la mort (de ceux qu’on aime et lorsqu’on en est coupable) ?

    Ce livre s’apparente aussi à une mise en abîme de la littérature, de l’écrivain, de l’accomplissement de soi et de la création. La tragédie de ce livre semble véhiculer une vision tragique de l’écrivain : pour en devenir un, il faudrait vivre une tragédie dans sa vie personnelle. Cette résonance trouve son illustration à la fin du récit, où le protagoniste parvient à écrire l’histoire qu’il a toujours voulu écrire. Ainsi, c’est après avoir tout perdu qu’il finit par gagner quelque chose dont il avait toujours été privé. Mais le prix à payer est immense. Perdre ceux que l’on aime et qui nous font aimer la vie. Perdre à jamais bonheur et amour. La vie d’écrivain ne semble émerger que des cendres de la mort.

     

    9782757833056.jpgSteve Tesich, Karoo, trad. par Anne Wicke, Éditions Monsieur Toussaint Louverture (2012), 608 pages. 

    Le livre sur le site des Ed. Monsieur Toussaint Louverture

    Disponible aussi en Points/Seuil

     

  • LES TANKAS DU CAFÉ de CRYSTÈLE GONCALVES

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    J'aime le café

    sans rien, sans sucre, sans lait

    un reste de nuit

    juste le zeste de lune

    et un nuage de brume

     

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    Noire et embaumante

    fleur de café vénéneuse

    au pistil fatal

    jusqu'aux sucs caféinés

    elle s'effeuille et se lape

     

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    Les pommettes roses

    collées au bol de café

    chauffent et se dilatent

    briochettes défroissées

    des pétrissages nocturnes

     

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    Ramasseur de rêves

    il capture mon sommeil

    café épuisette

    il m'attrape d'une gorgée

    toute entière dans ses filets

     

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    Claquant son parfum

    en vagues aromatiques

    mon café fulmine

    il tempête en s'écoulant

    en grosses gouttes frappées

     

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    Un piratage âcre

    café à tribord des lèvres

    en marée d'ébène

    il envahit mon palais

    saborde mes dents de nacre

     

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    Chaises canissées

    dans l'arôme café crème

    une aube au comptoir

    tabouret haut, pieds sur barre

    v'là c'qu'elle veut la p'tit' dame

     

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    Tu m’étalonnes

    à l’aune de ta force brute

    mon café corsé

    me happent de leur ardeur fauve

    tes noires effluves en lasso

     

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    Le café fumant

    et l'aube brumeuse

    suspendent le bruit du monde

    seules les effluves dansent

    au bruissement de sa mousse

     

     

    D8AGGMi0.jpg:largeChrystèle Goncalves est enseignante à l'Université de Nantes. Passionnée par la poésie minimaliste (haikus et tankas), en préparation d'un recueil sur les tankas sensuels et érotiques, elle publie chaque jour sur Twitter ses nouvelles compositions via ce compte: https://twitter.com/Chrystaux?lang=fr 

     

  • BOUQUET DE TANKAS de CRISTÈLE GONCALVES

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    Mes lunes diaphanes

    à l'aune de tes baisers

    charnues coccinelles

    je n'ose guère m'asseoir

    par peur de les écraser

     

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    Sous mes doigts agiles

    ses cordes vocales vibrent

    mon âme enjouée

    ma féminité s'accorde

    à la sienne en cet instant

     

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    Bouquets de cristaux

    sur les doigts et les lèvres

    mielleux butinage

    à la source originelle

    pistil de ta fleur de sel

      

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    Ta jupe crépon

    en corolle grenadine

    frémit dans le vent

    découvrant ton pistil noir

    une odeur musquée s'élève

    --------- Coquelicot

     

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    J'ouvre le volet

    Baisers de lumière dans un

    Ballet de poussières

    Mon visage est constellé

    De plis d'oreillers, de rides

     

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    Debout sur tes paupières

    voilées et veinées

    transparait l'azur

    de tes pupilles opales

    lorsque j'appuie légèrement

    de mon talon aiguille

      

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    Les pieds enfoncés

    dans le froid sable poisseux

    les orteils léchés

    frissons jusqu'à mes pointes

    tendues sous le haut trop léger

     

     

    D8AGGMi0.jpg:largeChrystèle Goncalves est enseignante à l'Université de Nantes. Passionnée par la poésie minimaliste (haikus et tankas), en préparation d'un recueil sur les tankas sensuels et érotiques, elle publie chaque jour sur Twitter ses ses nouvelles compositions via ce compte: https://twitter.com/Chrystaux?lang=fr 

     

     Les photos de fleurs sont de Robert Mapplethorpe

     

  • UNE UCHRONIE ENTRE GRAND LARGE ET PARFUM CODÉ... EDGARD P. JACOBS

    philippe-rw-c3a0-brighton-gb-nov-09-photo-gisc3a8le-wilkin.jpgpar Philippe REMY-WILKIN

     

     

     

     

     

     

     

     

    ob_b44a56_unnamed.jpgTea Time à New Delhi est le deuxième roman de Jean-Pol Hecq, l’un des plus éminents animateurs (anima, l’âme) culturels de la RTBF de ces dernières décennies, qu’on prend plaisir à retrouver autrement… et semblablement.

    Grand large, Jacobs, semblablement… Explicitons tout cela.

    Nous avions lu et aimé le précédent opus, Georges et les dragons, mais l’auteur, cette fois, largue les amarres pour nous emmener plus profondément dans la Grande Histoire et les méandres de l’espace-temps. 1959, les Indes, Che Guevara et Indira Gandhi ! Alléchant, isn’t it ? Le propos est de faufiler des aventures imaginées entre des épisodes réels de la biographie de deux personnages fondamentaux du XXe siècle.

    Grand large, donc, mais Jacobs ? Jacobs et non pas Dumas. Il n’est pas question d’un récit pétaradant mais feutré, qui recrée le charme d’une Inde post-british mais très british encore. Che Guevara, le fameux guérillero, envoyé par le gouvernement cubain en mission diplomatique (la quête d’une fourniture d’armement), y présente des allures de Mortimer, ce héros de BD infiniment moins lissé que son inséparable comparse Blake, capable de rompre la langue de bois des salons.

    Grand large, car le récit, arcbouté aux visites protocolaires infligées aux Cubains, nous promène à travers l’Inde et ses emblèmes, ses contrastes. De toujours, d’hier et d’aujourd’hui. Un barrage pharaonique mais le Taj Mahal aussi, l’hôtel Ashok, le Teen Murti Bhavan, etc. La vie grouillante des mégalopoles Delhi ou Calcutta, comme la campagne profonde traversée par le Frontier Mail, train aux volutes mythologiques. La saleté et le raffinement, le vacarme et le ton aigre-doux délicatement modulé, la puanteur nauséeuse et les senteurs enivrantes.

    Jacobs encore sur le fond. Car le récit entrelace deux fils principaux. La rencontre des deux monstres sacrés, leurs échanges, qui interrogent sur notre rapport au monde, la manière de le révolutionner (par la force, à la cubaine, ou par la non-violence à la Mahatma). Mais aussi une aventure gouleyante où des espions se baladent dans le sillage de la délégation cubaine (CIA, MI5, services secrets indien et russe), pour les protéger, surveiller ou… éliminer. Il est question d’attentat, de tentative d’empoisonnement, etc.

     

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    Jean-Pol Hecq

     

    Semblablement. Car le livre épouse la personnalité qui nous était chère lors d’interviews fouillées. Le ton décontracté, sans emphase, sobre mais convivial, projette discrètement dans l’ample, l’intime, l’essentiel sur arrière-plan de travail et de documentation. Il sera donc question des trajectoires privées de Guevara et Gandhi mais, tout autant, d’une immersion dans la situation du monde d’alors, un rappel décapant de la manière dont les Russes, les Américains se partageaient le monde, positionnaient leurs pions, se mêlaient arbitrairement de ses rouages, quitte à provoquer des attentats, faire tomber des gouvernements, assassiner... Les rivalités/hostilités Inde/Pakistan, Chine/Tibet, etc. sont explicitées. De manière claire et concise :

     « (…) nous – je veux dire le gouvernement de l’Inde – avons tenté de convaincre le Dalaï-Lama de ne pas se focaliser sur l’exigence d’une indépendance totale, mais plutôt de plaider en faveur d’une large autonomie à l’intérieur de la République populaire de Chine. Il a refusé de nous écouter. Ses conseillers pensaient sans doute qu’avec le soutien des Etats-Unis, ils seraient capables de se débarrasser des Chinois. Ils ont donc choisi l’épreuve de force, et de la plus idiote des manières. (…) »

    La dernière page tournée, on a envie de faire ses valises ou d’ouvrir un recueil de poésies de Tagore, d’aller sur Wikipédia entailler plus avant les sillons entrouverts. Qui était ce Krishnamurti qu’Indira voulait à tout prix présenter au Che, songeant qu’il pouvait incurver sa destinée ? Peut-on encore emprunter le Frontier Mail ou loger à l’Ashok ?

    Surtout. Bravo, Jean-Pol Hecq, pour votre fidélité à un projet intérieur, humaniste au sens suranné… le plus noble du terme. Tout en suivant avec plaisir les aventures de nos Cubains/Tintin et Haddock au pays de Nehru et des maharadjahs, parfois avec émotion aussi, quand on anticipe les destins, on a intégré avec aisance une idée des enjeux de la géopolitique mondiale, brisé ou nuancé quelques clichés (la non-violence indienne ou la violence cubaine), revisité des moments-clés de la configuration de notre planète. Et, luxe suprême, on réfléchit ou médite :

    « (…) personne ne peut savoir ce qui des forces de vie ou des forces de mort l’emportera, mais cela ne signifie pas qu’il ne faut pas lutter, ni encore moins abandonner (…) Il faut commencer là où on est, là où la vie nous a placés. (…) pour réaliser la véritable révolution, il faut d’abord parvenir à se transformer soi-même. Peu en sont capables (…) Seuls ceux qui savent mourir d’instant en instant peuvent éviter d’entreprendre avec la mort un impossible dialogue. (…) » 

     

    ob_b44a56_unnamed.jpgJean-Pol Hecq

    Tea Time à New Delhi

    Editions Luce Wilquin, roman, 2017

    Le livre sur le site des Éditions Luce Wilquin

     

    Le blog de Philippe Remi-Wilkin

     

  • ÉCLIPSE de FRANÇOISE HOUDART

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

     

     

    536blog.jpg  Les trois derniers romans (« Les profonds chemins », « Victoria Libourne », « Retour à Domme ») de l’écrivain hainuyer ont, de manière brillante, établi leur auteur dans le rang des romanciers aptes aussi bien à raconter l’histoire (celle d’un peintre, celle d’un petit-fils qui retrouve ses racines…) qu’à pister la psychologie complexe de personnages en crise, en rupture, en quête de soi.

      Ma première impression de cette « Eclipse » fut en partie décevante, et, je saisissais sans doute, à tort, des éléments que je percevais comme artificiels, et qui, plus tard, se révélèrent intenses.

      Ma première lecture fut heureusement contredite par ce que m’apporta le livre, une fois clos : un univers nouveau où la romancière cerne des couples, les plonge dans un contexte inhabituel – sous l’égide d’une lune rouge, forcément féminine, dans laquelle je me reconnaissais peu et assez logiquement, avec une intrigue qui s’ouvrait sur une forme policière sans en épouser toutes les traces…

      Sacha, Mado forment un couple qu’un jour exceptionnel d’éclipse lunaire va dissocier. La quête de Sacha peut commencer, difficile, prégnante. Quoique les adjuvants – des voisins amis chaleureux, attentifs, Adi et Fadia – fassent tout leur possible pour ramener Sacha à une vie plus régulière. Mado a disparu : sans doute est-elle près de revenir. Il ne faut pas désespérer. Sacha se laisse aller, échafaude nombre de pistes, sombre peu à peu…Houdart2009blog-7947441.jpg

      L’intérêt de cet ultime opus de Françoise Houdart réside tout d’abord dans la manière fluide, étonnamment réaliste de mener le lecteur par le bout de l’intrigue qu’elle concocte : une écriture d’atmosphère campe les lieux du drame. Tout le monde est sorti de nuit pour assister à cette « éclipse »…Sacha n’a rien vu venir. Bien sûr, sous des airs de faux polar, « Eclipse » a aussi comme atout de montrer la déglingue d’une vie ordinaire, subitement perturbée, comme sans raison. Bien sûr, des personnages étranges comme ce faux Razounov qui fréquente aussi bien les parcs que les réseaux sociaux, fou de lune et de Séléné, traversent la fiction et assurent aussi au livre un aspect assez ethnographique : aujourd’hui Facebook et d’autres réseaux servent parfois aussi à désorienter certains usagers. Certains malades y circulent.

       Mais au-delà de ce qui pourrait s’apparenter à une concession à la modernité (technologique), le roman a surtout pour effet de creuser, chez le lecteur, une matière universelle, intime et partageable : l’univers de la faillite et/ou de la persistance des sentiments. Et là, le pari de l’auteur est une totale réussite : oui, nous passons par des « éclipses », des « aventures », des « phases » d’intermittences amoureuses, et le titre n’a pas été choisi en vain. L’immense cinéaste de l’incommunicabilité est passé par là, a laissé trace d’une œuvre où se font et défont les sentiments, entre deux plages de silence : « L’éclipse » d’Antonioni (ITA, 1962) avec l’inoubliable Monica Vitti. Françoise Houdart a retrouvé, ôtant l’article, l’intense émotion des personnages et la fin ouverte de son roman interpelle activement : de quoi est faite une vie de couple, d’apparition, d’éclosion et de déclin ?

       Au lecteur de trancher. Un beau livre. 

    Françoise HOUDART, Eclipse, Ed. Luce Wilquin, 2017, 176p., 17€.

    Le livre sur le site des Editions Luce Wilquin

    Les livres de Françoise HOUDART chez Luce Wilquin

     

  • CHRONIQUES FICTIVES

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    BIEN ÊTRE MINÉRAL de Nicolas LANDROCK 

    Genre littéraire: Pavé indigeste

    Maison d'édition: Les Editions de la Plante

    Année de parution: 2017

     

    VIRGIN ROAD de Flannery HILL

    Genre littéraire: Road trip hop

    Maison d'édition: Stock

    Année d'édition: 2017

     

    LA ROUE À AUBES NE S'ARRÊTE JAMAIS de Mathias NIZET

    Genre littéraire: Jeune poésie (d'académicien en herbe)

    Maison d'édition: Le Cheyne 

    Année de parution: 2015

     

    FISHTICK POLYCHROME suivi de BOUSILLE LE CIEL SI T'ES UN ANGE de Michaël LONDOT

    Genre littéraire: Poésie Beat(e) 

    Maison d'édition: Le Castor Astral

    Année de parution: 2016

     

    ÉCRITS POURPRES d'Edward D. DWARF

    Genre littéraire: Fond de cercueil, polar intello

    Maison d'édition: La Sonatine

    Année de parution: 2016

     

    PARCOURS D'UNE POÉTESSE SUPERSTAR

    Découvrez sa luxueuse bibliographie: L'hiver l'hygiène, Gloss mon amour, Mascara manganèse, Paupières miroir, Chanel tu me tues, Peau d'Hermès, Les masques de beauté, Plug banal, Coco câline rouge et noire

     

    CINQ POÈMES POSTHUMES et dispensables de Marcel THIEU légués par sa veuve éplorée

     

    UNE CRITIQUE MI-FIGUE MI-RASOIR

     

    Rentrée littéraire 2014: PIERRETTE PIERREQUIN PUBLIE SON PREMIER APHORISME

     

    TOUTES LES CHRONIQUES FICTIVES

     

  • BIEN-ÊTRE MINÉRAL de NICOLAS LANDROCK

    29554510langage-des-pierres-jpeg.jpegReprendre pierre

    Dans Bien-être minéral, Nicolas Landrock, nom de plume ou non, dont c’est le premier ouvrage, nous balade dans le temps et les espaces, dans les remous de la pensée en proie aux affres de la démence comme de la plus vive intelligence, mais aussi de Stonehenge aux Montagnes rocheuses en passant par la Muraille de Chine ou les mines d’extraction de pierres précieuses de la Tanzanie en un prodigieux tourbillon de plus de 600 pages.

    Pierre Pays, le héros, d’origine française, s’éprend dans son enfance anglaise (son père, collaborateur, meurt pendant la seconde guerre mondiale sous le feu de résistants et sa mère qui a donné son père aux résistants obtient de quitter la France occupée pour rejoindre Londres où elle sera l’amante d’un ambassadeur mexicain hanté par Frida Kahlo) d’une pierre, objet transitionnel dont il ne se déprendra jamais. Tout le long du livre et de la vie, il recherchera à travers une inlassable recherche cette pierre prim(ordi)ale, comme une madeleine, comme l’Agate de Pyrrus ou la pierre philosophale des alchimistes.

    Malgré des passages volontiers obscurs, traduisant les plongées de Pierre Pays dans les affres de la folie et d’une cruauté plus fantasmée que vécue, aux accents tour à tour païens, sadiens ou masochistes, le récit recèle de rares fulgurances et des moments d’apaisement d’une extrême beauté, comme lorsque l’homme à bout de forces retrouve la fameuse pierre perdue.

    Sur plus de cent pages, Landrock passe en revue tous les types de pierres et minéraux, de l’ambre au topaze en passant par l’améthyste, l’aigue-marine, le cristal, l’obsidienne, le quartz, la pierre de lune, les jades… Il cite Caillois, le poète des pierres, les paysages minéraux d’Yves Tanguy, et tous les stigmates et bienfaits que les pierres peuvent procurer sur ou dans le corps humain.

    Livre entre l’essai, poésie et l’autofiction qui compare les différents bien-êtres auquel se livre l’homme depuis des siècles pour fuir sa nature proprement humaine, il questionne les neurosciences comme les contre-vérités scientifiques aussi bien que le chamanisme dans la quête du cerveau humain à déchiffrer l’indéchiffrable en vue d’un sens qui le transcende autant qu’il le détruit psychologiquement en modifiant sa propre espèce dans sa volonté de la croiser avec d’autres, qu’elles soient minérales, végétales ou animales.

    Le livre est paru aux toutes nouvelles Editions de la Plante (sans encore d’espace ni de visuel sur le Net) dans une tradition de l’espagnol (Mexique) par Anna Della Pietra qui n’est autre, nous apprend l'éditeur, que la mère de l’écrivain.

    Éric Allard

    Pierre Pays, Bien-être minéral, Éditions de la plante, Paris, 640 pages.

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2017 : RENTRÉE SOCIALE POUR LE DILETTANTE

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Le Dilettante fait sa rentrée avec trois livres qui évoquent les dérives de notre monde. Marion Messina dénonce l’incapacité de notre société à donner les meilleures chances à sa jeunesse, elle lui reproche même de décourager les jeunes surtout les plus doués. Errol Henrot est inquiet de constater que la violence faite aux animaux se banalise et déborde largement dans les comportements humains altérant fortement les comportements sociaux. Renaud Cerqueux, lui, ne croit plus en rien, il pense que la société est allé trop loin et qu’elle court de plus en plus vite à sa perte...

     

    9782842639044.jpgFAUX DEPART 

    Marion MESSINA

    Marion Messina raconte dans ce roman, l’histoire d’Aurélie, une histoire qui pourrait être un peu la sienne si on en croit la notice biographique. L’histoire d’une jeune fille suffisamment douée pour réussir au moins deux concours d’entrée dans des écoles prestigieuses mais qui ne peut s’y inscrire parce que ses parents n’ont pas les moyens de financer un logement dans une grande ville éloignée de leur domicile. Alors, Aurélie s’inscrit, comme la plupart des étudiants, dans une faculté où elle s’ennuie bien vite, elle est seule, elle ne connait personne, elle habite toujours chez ses parents. Ses études deviennent vite une préoccupation secondaire, elle veut donner un sens à sa vie, rompre avec celle de ses parents puérile, besogneuse, sans relief et sans ambition. Elle accepte un petit boulot pour gagner un peu d’argent et prendre son indépendance.

    Pendant ses heures de travail, elle rencontre un émigré colombien arrivé un peu par hasard à Grenoble où elle suit ses cours, à proximité du domicile de ses parents. Alejandro, le jeune Colombien, est aussi seul qu’elle, les diplômes qu’il obtient ne lui ouvrent aucune porte, il empile les petits boulots pour subsister en France et surtout ne pas être obligé de rentrer dans son pays. Avec lui, Aurélie découvre l’amour et le plaisir mais Alejandro ne veut pas s’attacher définitivement à une femme, il veut rester libre de son destin et finit par partir seul la laissant sans avenir dans une ville qu’elle ne supporte plus. Elle prend alors une grande décision, elle part pour Paris où elle compte bien trouver un emploi stable et une situation tout aussi stable avec un homme qui saurait l’aimer.Marion-Messina-couleur.jpg

    Mais Paris est une ville féroce qui dévore ceux qui ne la connaisse pas, elle trouve bien un emploi mais encore un boulot peu stable, mal payé et surtout peu valorisant, sans possibilité de promotion. Elle découvre alors toute la puérilité du monde du travail où derrière les belles façades et les belles tenues, règne souvent une réelle misère, une nouvelle forme de misère, la misère dorée. Un séjour dans une auberge de jeunesse miteuse, un bout de chemin avec un cadre divorcé bien payé mais ennuyeux, la conforte dans son idée : elle n’a aucun avenir dans la capitale où elle n’a rencontré qu’un seul ami, un livreur de pizzas, qui l’incite à quitter cette ville et cette vie.

    « Cette vie rend con. Regarde-toi. Tu es belle, intelligente, tu es payée pour perdre ton temps dans des halls d’accueil. Tu gâches ton énergie, tu vas passer à côté de ta jeunesse dans cette ville de merde. »

    Marion Messina semble bien connaître cette vie de galère où ceux qui ont décroché, découragé par des études sans perspectives, croisent ceux qui ont réussi et tremblent tous les jours devant le pouvoir d’un supérieur souvent incompétent qui passe le plus clair de son temps à terroriser ses sous-fifres pour sauver sa propre peau. Pour elle, il y a bien peu d’espoir dans cette vie où des employés surdiplômés n’arrivent pas à gagner leur vie au service de cadres supérieurs de l’administration ou des entreprises pas plus compétents que cultivés. Elle dénonce aussi les errements de l’Education nationale incapable de s’adapter aux nouveaux besoins de la population, la tyrannie de la société de consommation, l’exploitation de la grande finance et toutes les tares de notre société qui incitent les citoyens découragés à rester debout et à se mettre en marche même si cela risque de ne pas changer beaucoup les choses.

    Le bonheur serait-il là où l’auteure semble l’avoir cherché en validant un BTS agricole : dans le pré ?

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    9782842639167.jpgLES LIENS DE SANG

    Errol HENROT

    Jeune garçon dans une petite ville de province, François vit mal, il est n’est pas à l’aise dans sa famille, il est en conflit permanent avec son père tueur dans un abattoir, il juge sa mère trop passive, soumise à cet homme brutal. A l’école, il est le souffre-douleur de ses petits camarades. Il n’est bien que dans la nature au contact des animaux qu’il aime et respecte. Introverti et hypersensible, il ne veut pas poursuivre ses études au-delà du bac, il veut rester seul dans son coin de campagne mais comme il faut bien gagner sa vie, son père le fait embaucher à l’abattoir où il devient, comme lui, tueur.

    Son premier contact avec l’abattoir est un choc terrible, les descriptions qu’il fait sont insupportables, on se croirait dans La filière émeraude de Michael Collins (si je ne me trompe pas d’Irlandais). La rencontre avec une femme provoquera le choc décisif qui rompra la tradition qui lie la famille à cette infernale machine à tuer.henrot_errol_17_le_dilettante.jpg

    Ce livre est bien évidemment un terrible réquisitoire contre l’abattage des animaux en France mais s’il n’avait été que cela, il ne m’aurait pas beaucoup passionné car ce sujet est désormais régulièrement traité dans les divers journaux télévisés. C’est devenu un marronnier médiatique. Ce qui m’a surtout intéressé, c’est la fragilité de ce jeune homme devant cette situation sans issue, impossible de trouver un autre emploi dans cette petite ville, impossible de dénoncer les pratiques sadiques de certains employés sans affronter la chaîne de la solidarité interne. Comment échapper à ce qui semble être un destin fatal ?

    Et, ce qui m’a le plus accroché dans texte, c’est l’excellence de l’écriture de ce jeune auteur qui est capable de proposer des pages d’une grande poésie dans un contexte d’une brutalité inouïe. Il peut ainsi mettre un immense espace entre la forêt où il aime se réfugier et l’abattoir tout proche. Il ne milite pas pour la reconsidération de la chaîne alimentaire, il voudrait seulement que les hommes ne considèrent pas les animaux comme des sujets de souffrance sur lesquels le premier venu peut exercer son sadisme incontrôlable.

    J’attends avec impatience qu’il écrive un autre livre moins engagé qui mette plus en valeur son écriture si fluide, si claire, si lumineuse.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    9782842638986.jpgAFIN QUE RIEN NE CHANGE

    Renaud CERQUEUX

    Dès les deux ou trois premières pages de ce livre, j’ai immédiatement pensé au Baron Empain enlevé en 1978 par des malfrats qui espéraient récupérer une énorme rançon, mais à cette époque Renaud Cerqueux n’était peut-être même pas né. Et pourtant son héros subit le même sort que le célèbre baron belge, propriétaire comme lui d’une immense fortune, il est enlevé et détenu dans des conditions très pénibles. Mais contrairement au baron, celui qui le séquestre ne cherche nullement à l’échanger contre une rançon, il semble avoir des motifs beaucoup plus politiques, moraux et peut-être même revanchards.

    Emmanuel Wynne, le héros de cette triste aventure, est condamné à empiler à longueur de journée des sucres pour faire des tours, des tours qui seront vendues selon le principe qui est utilisé pour vendre tous les produits parfaitement inutiles qui vident le portefeuille de très nombreux consommateurs sur l’ensemble de la planète.

    « Nos tours ne servent à rien et ne sont pas données, mais grâce à une campagne marketing savamment orchestrée, adossée à des recherches en neurosciences et à l’analyse de big data, ainsi qu’à la participation grassement rétribuée de quelques célébrités, nous avons réussi à générer une demande, voire un véritable engouement pour nos produits que la clientèle s’arrache ».renaud-cerqueux-nouveau-talent-de-dilettante_2748779.jpg

    Renaud Cerqueux, prolongeant dans ce roman les nouvelles qu’il a publiées début 2016 dans son recueil, Un peu plus bas vers la terre, ne cherche pas à raconter une l’histoire arrivée à un individu malchanceux mais cherche plutôt à démontrer comment le système économique et financier actuel contribue à n’enrichir qu’une très faible partie de la population au détriment de tout le reste, au risque même de provoquer un cataclysme définitif beaucoup plus rapidement que les scientifiques le prévoient. Il explique comment quelques profiteurs dénués de tout scrupule s’enrichissent toujours de plus en plus quels que soient les régimes politiques qui gouvernent le monde.

    « Ils ne se salissent jamais les mains. Ils délèguent la violence. Après des années d’hystérie, même le FMI a reconnu que le ruissellement vers le bas des capitaux était un mythe de l’économie néolibérale, que les riches ne font pas le bonheur de tous ».

    Ce n’est pas un livre pour attirer l’attention des citoyens, les inviter à agir vite, très vite, non, il semble que Renaud Cerqueux pense qu’il est trop tard, que les dés sont déjà jetés et que les petits-enfants des papas de sa génération subiront les affres des modifications climatiques générés par les abus des générations précédentes sous la houlette des grandes fortunes qui gouvernent le monde.

    « On a eu notre chance, on l’a gâchée. On a tout foutu en l’air. Après des millions d’années d’évolution, on lutte toujours pour notre survie, comme des bêtes sauvages ».

    L’espoir semble bien mince de voir reculer l’échéance fatale.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

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    Le site du DILETTANTE

     

  • ELISE ET LISE de PHILIPPE ANNOCQUE

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    72dpi-elise-lise_couv.jpgQuestions à choix multiples

    C'est un peu dommage de lire enfin un ouvrage paru en début d'année, qui a déjà fait l'objet de multiples commentaires sur la toile et ailleurs, pour lequel les interprétations se multiplient, et qui plus est n'est pas facile au premier abord.

    Mais c'est intéressant aussi de proposer une nouvelle approche, d'être moins dans l'analyse du texte, des références littéraires, des qualités d'écriture de l'auteur, de son amour des mots et de son jeu des mots.
    Je prends le parti de parler simplement d'"Elise et Lise", et du sentiment qui ressort de ma lecture.

    D'abord, Elise n'a pas de chance. Elle a une colocataire et amie qui est une véritable sangsue, de ces personnes qui vous font du charme, vous empapaoutent et finalement vous mangent tout entier. Car la Lise, c'est quelque chose. Elle débarque subitement dans la vie d'Elise, aime Elise, enfin, elle aime tout d'Elise, à un point tel qu'elle ne se gêne pas pour lui piquer ses fringues, pour s'immiscer dans sa famille, dans sa vie, pour... je n'en dis pas plus !

    Et Elise, au début du moins, ne voit rien. Cette particularité m'a rappelé le "Pas Liev" de Philippe Annocque, Liev qui ne voyait rien, n'entendait rien, que j'avais envie de secouer parfois tant il était agaçant, pour le faire réagir, lui ouvrir les yeux. Avec Elise, c'est un peu la même chose. On a envie de lui dire de faire attention, de se méfier des sourires, des courbettes, de vérifier ses affaires, de ne pas être si insouciante et heureuse de vivre. ob_608ce3_philippe-annocque.jpg

    Sûr que c'est encore une histoire qui tape sur les nerfs, une histoire simple pourtant, rien de spectaculaire, mais une étude profonde des êtres et de leurs côtés sombres. Avec un final qui laisse dubitatif, qui présente diverses options - l'une d'entre elles, d'ailleurs, me plaît particulièrement -, c'est un livre qui n'est en vérité pas terminé, qui offre au lecteur la possibilité de continuer l'histoire, ou de l'achever par tel ou tel moyen. 

    Donc c'est une lecture assez dérangeante, comme vous pouvez le constater, qui ne laisse pas indifférent et qui apporte son lot d'interrogations... Avec des non-dits, du suspense, des suggestions, diverses interprétations, on veut savoir, on veut comprendre, et on peut tout imaginer. Se mettre à la place d'Elise, par exemple, ou de Lise, et voir un peu comment les choses pourraient évoluer... ou pas !

     

    Le livre sur le site de Quidam éditeur

    Philippe ANNOCQUE sur Quidam éditeur

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    HUBLOTS, le blog de Philippe Annocque

     

  • LES OURAGANS PORTERONT DÉSORMAIS DES PRÉNOMS TRANSGENRES

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    Suite à l’intervention vigoureuse de plusieurs associations pour la lutte contre le sexisme chez les typhons, les prochains prénoms donnés aux ouragans seront des prénoms transgenres : Alex, Claude, Dominique, Sacha, Camille, Dave, Angot, Juvet, Bowie…

    Comme l’a chanté le grand climatologue antillais Alain Voulzy dans Cyclone collection, si une tempête souhaite, durant sa croissance, changer de genre, elle ne devra plus remplir toute une série de paperasses qui pourraient altérer son action, retarder son bon développement, postposer son épanouissement venteux. Car il faut surtout veiller à ne pas nuire au moral des ouragans sous peine de remettre en cause le bon ordre atmosphérique mondial…

    Une autre question travaille toujours les climatologues en herbe : Doit-on appeler les tempêtes dans un verre d'eau d'un diminutif genre Stan, Lulu, Jojo, Max, Chris, Phil, Lou, Liz, Greg, Seb... ?

    Précisons que jusqu’à maintenant la demande d’écriture inclusive réclamée pour le traitement des dossiers administratifs par l’association des ouragans en activité a été rejetée par l’organisation météorologique mondiale. Mais pour combien de temp·e·t·e·s encore ?

    Signalons aussi que Paul Guiot, porte-parole des volcans dans la détresse, a profité de cette revendication légitimes des cyclones, pour pousser un coup de gueule salutaire: "Il serait aussi grand temps qu'on tienne compte de l'auto-détermination des volcans souvent affublés de noms loufoques. Je pense par exemple à ce pauvre Krakatoa. Et vous imaginez-vous la souffrance de porter le nom de Eyjafjallajökull ?! "

     

  • LA VIE DES ENSEIGNANTS et autres fictions édifiantes

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    La vie des enseignants

    Dans cette école, soit les enseignants étaient accablés de travail, soit ils adoraient leur métier: ils ne quittaient plus leur classe, même en fin de journée, même durant le week-end… De telle sorte qu’ils en vinrent à vivre dans leur établissement, à y manger, à y dormir, à y abandonner leur véhicule... L’équipe technique était sollicitée partout pour aménager de quoi leur faciliter la vie au quotidien. Dans un premier temps, leurs amis et conjoints vinrent les visiter dans la salle de gym aménagée en salle de visite, puis ils se lassèrent et on ne vit plus de personnes extérieures à l’établissement.

    Le soir, après les cours de remédiation, les préparations de leçon et les études des points du programme (appelés compétences dans certains pays barbares), ils se réunissaient en salle des profs pour jouer aux cartes ou aux échecs et au cyber média pour regarder un film en streaming. (On leur avait dit que le cyber média était l'avenir, et l'anglais, la langue de l'avenir.) Ils avaient acheté un barbecue électrique avec l’argent de la prime syndicale qu’ils ne payaient plus... Ils commencèrent par nouer des relations plus intimes et par se reproduire entre eux. Des enfants naissaient qui étaient pris en charge par des éducateurs spécialisés. Les syndicats ne les soutenant ouvertement plus (avant, ils faisaient semblant), l’Etat avait cessé de les rémunérer depuis longtemps (il leur assurait seulement le gîte et le couvert) mais leur bonheur était dans le préau.

    Le plus pénible pour eux, c’était les vacances scolaires : des cellules de soutien psychologique leur permettaient de tenir les quinze derniers jours, période la plus féconde en dépressions carabinées, comme les études le montrent.

    Des chaînes de télé firent réaliser alors de nombreux documentaires permettant de les voir évoluer entre eux, dans leur milieu de vie, avec le préfet des études (qui avait été chef scout) en dirigeant du centre scolaire planifiant les diverses activités culturelles. Des livres furent écrits par des ethnologues en classe: Prof résilient, 50 nuances de maître(sse), École mode d’emploi, Marie-Martine à l'école, À la recherche de l'enseignement perdu...

    Avant chaque rentrée, ils organisaient trois jours de festivités, une sorte de feria où ils se déguisaient en étudiants des seventies et festoyaient, avec de longues robes à fleurs ou des pantalons pattes d'éléphant, dans un chahut monstre au son des fifres et des tambours affectionnés dans cette région bruyante du monde. Toute figuration dégradante d'un taureau était évidemment interdite. Cela donnait lieu à des débordements de tous ordres qui faisaient regretter quelques disparitions carnavalesques.

    Mais le jour de la rentrée, c’étaient des apprenants heureux, avides de rencontrer ces étranges personnages vus très souvent à la télé pendant les jours sans Cyril Hanouna et sans Benjamin Maréchal qui se pressaient dans les couloirs de l'école comme lors de la sortie d'un nouvel iPad. De partager pendant quelques heures par jour leur mode de vie monastique égayait leur existence comme aucun Pokémon go ne pouvait encore le faire.

    L’enseignement, pendant ce bref interlude dans l’histoire de l’éducation, connut un essor sans pareil.

     

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    La peur de l'inspecteur

    Ce jeune professeur craignait tant une visite surprise de son inspecteur qu’à la fin de la journée de stress, il fêtait avec force alcools et sodas sans sucre la non-venue de l’expert. Sa carrière se déroula de la sorte pendant quarante ans qui affectèrent à la fois son système nerveux et son foie.

    À quinze jours de la retraite - et d'un cancer généralisé -, il apprit le décès de son inspecteur de tutelle qui, comme lui, apprit-il dans un ultime élan de joie, un débordement spermatique conséquent, craignait tellement de rencontrer les enseignants qu’il avait fini, usé nerveusement jusqu’à la corde sensible, par se tirer une balle dans le programme intégré de son cerveau malade et réduit à la portion congrue d'inspecteur moyen.

     

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    Diminution progressive de l’enseignant

    Un jour sur deux, cet enseignant diminuait à vue d’œil. Cela commençait dès son entrée en classe. Avant midi, il était plus petit que ses élèves. Et il terminait sa journée plus maigre qu’un cancrelat. Les élèves devaient prendre garde à ne pas l’écraser. Un de ses collègues était alors convié à le ramener dans une boîte d’allumettes vide. Cela ne durait qu’un jour, la nuit faisait son office...

    Le lendemain, il avait retrouvé sa taille normale. Certains disaient qu’il était même devenu plus grand mais c’était une erreur d'appréciation visuelle chez ceux qui, la veille, avaient eu peine à le distinguer dans la salle des profs sombre, au réfectoire ou bien dans les couloirs non éclairés… Toute la journée, il augmentait de taille et, à la fin des cours, il était devenu plus grand que le directeur, qui (naturellement) était un géant.

     

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    L’apprentissage de la discorde

    Ces jeunes enseignants qui occupaient deux classes contiguës se prirent d’amitié puis d’amour. Ils étaient alors toujours fourrés dans la classe de l’autre ou en train de papoter voire plus dans le couloir et ses recoins. Ils se marièrent et leurs disputes devinrent mémorables. Quand ils divorcèrent, ils demandèrent à être le plus éloigné possible de leur ex-conjoint et ils donnèrent cours à deux extrémités du bâtiment, séparés par une armée de surveillants-éducateurs, engagés à cet effet. Quand ils prirent leur retraite, ils furent remplacés, dans leurs classes respectives par leurs rejetons qui, eux aussi, comme de bien entendu, avaient embrassé la carrière d’enseignant et ne pouvaient pas plus se sentir que leur parentèle.

     

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    Conseil de classe

    Chaque fin d’année scolaire, les étudiants de cette classe se réunissent en conseil pour donner leur note et désigner les professeurs qui réussissent comme ceux qui devront se représenter en deuxième session.

    À l’issue de la délibération, certains étudiants examinateurs sortent par une porte dérobée pour ne pas avoir à affronter les questions des enseignants notés, leurs regards inquiets, leurs interrogations difficilement formulées…  D’autres, plus courageusement, s’arrêtent auprès des recalés pour leur offrir un mot d’encouragement, une parole compassionnelle, un Passez de bonnes vacances quand même…

     

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    Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les enseignants sans oser le demander est sur MAUX d'ÉCOLE, VICES d'APPRENTISSAGE & AUTRES CALAMITÉS SCOLAIRES! 

     

  • LECTURES ESTIVALES 2017: BIEN MÉRITÉ!

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    J’ai reçu pour mon anniversaire ces deux livres qui ne font aucun cadeau à nos chers élus et notamment à ceux qui occupent les fonctions les plus élevées. Thierry Rocher, chansonnier au Théâtre des 2 Ânes a publié un recueil des chroniques qu’il a présentées dans l’émission « La Revue de presse » diffusée sur Paris Première. Et, Anne Queinnec s’est amusée, façon de parler car il y avait du boulot, à recenser les plus beaux joyaux nichés dans les discours et écrits des élus. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le monde politique méritait bien de se faire houspiller tant leur médiocrité est affligeante.

     

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    LES PENSÉES DE QI SHI TSU

    Thierry ROCHER

    Editions Nem & Philosophie

    Je sais les chansonniers ne sont plus très à la mode mais moi j’aime cet humour bien français, cette satire acide, narquoise, cette façon de remettre les puissants à leur juste place, je n’ose pas dire laquelle, cette impertinence salutaire. Aussi, je me délecte depuis plusieurs mois des chroniques et des bons mots des membres de la troupe du théâtre des « 2 Ânes » qui se produisent à la télévision dans « La revue de presse ». Ce plaisir nullement dissimulé n’a pas échappé à mes proches qui m’ont offert « Les pensées de Qi Shi Tsu », le recueil des chroniques de Thierry Rocher, dans cette émission, enrichi des pensées du célèbre philosophe chinois qui ponctue toutes ses interventions. J’apprécie particulièrement ce chansonnier qui propose un numéro totalement décalé, jouant les philosophes pleins de pseudo bon sens, Il s’échine à démontrer ses audacieuses théories sur un antédiluvien tableau de papier.

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    Ce recueil comporte les chroniques de Thierry Rocher diffusées en 2016 et des pensées du célèbre philosophe. Thierry Rocher ne recule devant rien, comme tout bon chansonnier, il ose tout.

    Les Questions métaphysiques :

    « Pourquoi une grande bouche peut dire des gros mots et une grande gueule a du mal à se taire ? »

    « Se faire voler dans les plumes par sa femme ou se faire plumer par sa maîtresse ne sont-elles pas les questions que tout bon pigeon se pose avant de s’endormir ? »

    Les questions insidieuses :

    « Quand les carottes sont cuites restent-elles un objet de plaisir ? »

    Les questions vachardes :

    « C’était le Salon du Livre, ce week-end, j’ai croisé Morano. Elle aussi écrit un livre. Elle m’a dit qu’elle a bien avancé, elle a déjà colorié deux chapitres. »

    Les questions d’humeur

    « Quand on n’a que les yeux pour pleurer, est-ce que ça empêche de se marrer ? »

    Les questions de bon sens

    « Cracher dans la soupe n’est critiquable que si c‘est dans l’assiette du voisin ? »

    Et même les questions vitales :

    « Faut-il abolir la peine d’amour pour les bourreaux des cœurs ? »

    Sans oublier, la générosité étant l’endroit de la satire, les questions de charité

    « Ne doit-on pas tendre la main à celui qui écrit comme un pied ? »

    On ne peut pas laisser nos dirigeants devant de si cruelles nécessités sans leur prêter main propre… à écrire.

    PS : je n’oublie pas les dessins de Jepida qui illustrent excellemment ce recueil.

     

    41KVoR88bfL._SX331_BO1,204,203,200_.jpg« QU’EST-CE QU’IL S'AGIT LÀ-DEDANS ? »

    Anne QUEINNEC

    First Editions

    Nico quand tu déclares : « Le français, c’est l’âme de la France, c’est son esprit, c’est sa culture, c’est sa pensée, c’est sa liberté…. », ça me suffit déjà pour que j’aie presque envie de voter pour toi. Mais, hélas ! Mille fois hélas ! Tes meilleures intentions partent en cacahuètes aussi vite qu’elles ont fleuri. Dans un autre propos, tu n’hésites pas à asséner cette petite merveille qui a congelé mes bonnes dispositions : « Je veux qu’à l’école on apprenne les enfants à parler français et non pas la langue de leurs parents. » C’est toujours comme ça, on promet, on s’applique et puis une fois au pied du mur on fait n’importe quoi.9e9f2475-a4e3-429c-971c-cdfd039c0d1d.jpg

    Anne Queinnec, s’est amusée, je pense qu’elle a dû vachement se bidonner, à recenser quelques unes des perles de nos deux derniers présidents, des esthètes du langage massacré, des acrobates de la syntaxe, des créateurs inépuisables en matière de mots nouveaux et abscons. Juste deux petits exemples pour vous donner une idée de ce qu’elle a trouvé dans les propos de nos deux champions.

    Nicolas Sarkozy : « Les socialistes ont cru qu’en enlevant le travail des quinquagénaires on allait donner du travail aux trentagénaires. »

    François Hollande : « Je pense que le sujet, il est par rapport aux Français : qu’est-ce qui fait que nous sommes, en France, même si nous habitons des territoires différents, liés par quelque chose qui nous dépasse ? »

    Dans la phrase de Hollande il y a du boulot pour les quinquagénaires et pour les vingtagénaires et même pour les autres si on espère que tout le monde la comprenne un jour.

    On peut toujours penser que ces braves gens ne sont pas des surhommes, qu’ils ont un boulot fou, des conditions de travail déplorables et des horaires impossibles mais on sait bien tout de même qu’ils sont entourés d’une palanquée de ministres et secrétaires d’Etat et d’une quantité d’autres palanquées de conseillers en tout genre formés par une école hyperspécialisée où enseignent les meilleurs maîtres. Eh bien toutes ces élites sont elles aussi des virtuoses du langage digne de celui qu’on parle dans mon quartier qu’on dit chaud. Dans mon quartier on peut au moins se targuer de parler une quantité phénoménale de langues étrangères en plus de tous les langages inventés par les jeunes.

    J’ai picoré quelques exemples dans le petit recueil d’Anne Queinnec, je ne sais même plus s’il faut rire ou pleurer, finalement j’ai ri mais un peu jaune.

    Bernard Laporte : « Je voulais voir les Antilles de vive voix » et pourtant lui, il sort de la grande école du rugby, il na pas l’excuse d’avoir été déformé par l’autre, celle des spécialistes.

    Jean Luc Mélenchon : « Je suis plus nombreux que jamais. » Et dire que nous avons fréquenté la même université ! Jean Luc, tu pousses un peu trop le bouchon.

    Christian Estrosi : « Comme je m’y étais engagé, dans le cadre de requalification de la Promenade des Anglais, la Ville de Nice a acquéri Villa Luna. » Motard, moto mais surtout mots de travers.

    Jean Pierre Raffarin : « Il est curieux de constater en France que les veuves vivent plus longtemps que leur mari. » Jean Pierre, je l’adore, nous sommes de la même classe, c’est un esthète, un grand champion en la matière.

    Nathalie Kosciusko-Morizet : « Je m’en fous d’être minoritaire. [….] Je suis en mode greffage de couilles. » Si même les femmes se mettent à dire n’importe quoi…

    Alain Juppé : « Eh oui, il faut presque un siècle pour faire un arbre centenaire ! » Le meilleur des nôtres, qu’il disait et bien ce n’était pas du pipeau.

    Nadine Morano : « Plus on va vite et moins c’est loin. » Albert, au secours, explique-nous !

    Dominique de Villepin : « Le pétrole est une source d’énergie inépuisable qui va se faire de plus en plus rare. » C’est comme la connerie inépuisable mais elle ne se fait, hélas, pas de plus en plus rare.

    Merci Anne de nous avoir offert ce florilège, « une anthologie férocement drôle de notre belle langue française massacrée par les politiques » (Quatrième de couverture). On en connaissait des petites parties mais on ignorait que les dégâts étaient aussi importants. Et je vous ai épargné le plus dur, le plus ardu, le plus inepte, le plus abscons : la « novlangue » utilisée par ceux qui sortent de la grande école pour rédiger les textes officiels. Je n’ai pas voulu vous imposer ce charabia inaccessible à tous même aux auteurs des textes eux-mêmes, ce n’est qu’un gargarisme à n’utiliser qu’avec modération.

    On a changé les acteurs mais on n’a pas changé les dialoguistes, je suis  sûr qu’Anne pourrait écrire une suite dès l’année prochaine. Courage, les nouveaux, ne lâchez pas le morceau, on compte sur vous! 

     

  • LE PETIT JARDINIER

    miel-et-fleurs.jpgLe petit jardinier avait trois fleurs qu'il maria à une abeille polygame.

    Avec le miel, il attira l'ourson dont il était amoureux.

     

     

  • LE PETIT GARÇON SUR LA PLAGE de PIERRE DEMARTY

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE

     

     

     

     

     

    31Y2vtPVmyL._SX195_.jpgLes larmes d'un homme 

    Un homme à la petite quarantaine, marié et père de deux garçons, se trouve seul en ce début d'été 2014. Sa femme et ses enfants viennent de partir en train pour leur destination de vacances, il doit attendre une semaine pour les rejoindre. De quoi rompre la routine de sa vie bien rangée, il se sent toutefois très seul et erre comme une âme en peine chez lui, ne trouvant plus les moyens d'avancer. La vie reprend son cours et un soir, ne sachant que faire, il entre au cinéma. Le film ? Il n'en a aucune idée. Il voit une affiche mystérieuse, style science-fiction, et le visage d'une actrice américaine sexy, sur une affiche. Il prend son billet, entre dans la salle, et attend la projection. L'histoire ? Une extraterrestre qui séduit des hommes et prend possession d'eux pour survivre. Ce film ne lui plaît pas plus que cela, il regarde sans voir, jusqu'à cette image, l'image d'un tout jeune garçon, encore bébé, qui ne sait pas marcher, assis au bord de la mer. Devant ses yeux, ses parents et son chien. Tour à tour, chacun d'eux va plonger, puis ne jamais revenir. Et le garçonnet, impuissant, se retrouve bientôt abandonné, pleure, puis hurle...

    Cet enfant émeut notre homme, il sent sa gorge se nouer, les larmes couler sur ses joues, s'étonne de tant d'émotion face à cette scène pourtant irréelle, il se sent pour un temps dans le corps de cet enfant, et s'interroge sur ce bouleversement insolite.

    3 septembre 2015. L'image d'un enfant étendu sur une plage, inerte, victime de la mer et de l'indifférence du monde, a fait le tour de la planète. Une sacrée claque pour chacun(e) d'entre nous, l'indignation a envahi les médias, la toile, les grands de ce monde ont réagi sur Twitter... et puis...

    Et puis de nouveau notre homme, encore fragilisé par le film vu l'été de l'année précédente, va replonger dans une profonde tristesse. Le pourquoi, le comment, le poursuivent à nouveau. 

     

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    Pierre Demarty



    Pierre Demarty, dans ce livre, entre dans le coeur et l'âme de cet homme. Un homme qui ne pleure jamais, qui vit sa vie tranquillement, sans heurt et sans grandes émotions. Heureux d'avoir fondé une famille, il protège les siens affectueusement, mais sans démonstration. La naissance de ses deux fils l'ont comblé de bonheur, mais c'est dans l'ordre des choses. Alors, quand il se trouve face à ces deux images, il est chamboulé par des sentiments presque inconnus, honteux de voir jaillir les larmes et le trouble. Peu bavard, son silence soudain n'étonne personne. 

    Lui seul sait, sent, même si à peine, cet été-là, combien ce silence en lui s'est infléchi. Ce n'est plus le même, plus exactement comme avant. Rien ne le trahit pourtant. Ce n'est presque rien, une imperceptible déclinaison. Comme une goutte d'encre diluée dans de l'eau claire, y ajoutant un rien de couleur, d'ombre, un rien d'âcreté que nul à moins d'y goûter ne saurait déceler.

    Très touchante, cette histoire est particulière par son approche. Le titre, plutôt évocateur, nous trompe sur le contenu du livre. On ne s'attend pas à ce dénouement, à ce voyage au plus profond d'un être que rien n'avait amené à se livrer autant. Prenant, émouvant, étrange, ce lâcher-prise en dit long sur les convenances, l'ordre établi et le refoulement des émotions chez la gent masculine. 

    Tout ceci est servi par une écriture empreinte de poésie, de pureté et d'émotion. Les descriptions sont autant de petits plus apportés aux lecteurs, afin qu'ils puissent visualiser les scènes sans trop d'interprétation personnelle.

     

         Le livre sur le site des Éditions Verdier 

  • LE SPECTACLE DE LA RENTRÉE

    professeur-au-tableau.jpgL’été, alors que l’enseignant moyen potasse ses cours de rentrée au soleil sous la tonnelle ou se prend en selfie escaladant un pic alpin, ce prof l’a passé à suivre des cours de comédie, de danse et de décathlon.

    Il faut dire que le rapport d'inspection de juin était accablant : Mauvais jeu de jambes et utilisation médiocre de l’espace scénique devant le tableau numérique, diction imparfaite, souffle court, expression faciale faible : l’enseignant ne croit pas en la matière qu’il enseigne et ne réussit pas à capter son public.  

    Dès lors, notre professeur mal noté a profité du congé pour retravailler ses textes, il a perfectionné son jeu de jambes, tenté l’entrechat, réussi le grand écart, forci son souffle et a même donné, à titre de répétition générale, son cours dans un festival de stand-up de sa région, devant un public conquis.

    La vidéo du spectacle a fait un tabac sur Youtube et le secrétariat de son école doit aujourd’hui, pour satisfaire toutes les demandes, refuser des inscriptions malgré l’ouverture de cinq modules du même cours. 

    L’inspecteur a déjà réservé sa place dans la loge VIP que le directeur de l’établissement a fait spécialement aménager pour qu'il assiste dans les meilleures conditions au premier cours de son enseignant vedette.

     

  • COMME ASTATROMPF

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    ASTATROMPF déteint sur moi. C’est indéniable.

    Plusieurs de mes amis me l’ont dit : Tu te mets à parler, à penser, à agir comme lui ! J’adopterais, selon eux, jusqu’à son ton de voix, sa manière de parler, les façons de se comporter, ses tics d’écriture, ses manières de faire l’amour et de se masturber.

    Y compris, de manière anecdotique, j’en conviens, mais tellement parlante, cette façon que j’ai de me situer politiquement au point de fuite de toutes les tendances, fragile point d'équilibre gardé par une pléthore de gardes-chiourmes zélés, à la frontière de l’extrême gauche et de la droite radicale, sans toutefois jamais franchir la ligne rouge, celle d’un totalitarisme affirmé. Mais me surprenant parfois, quand je suis hors de moi, donc de lui, à traiter de nazillon le centriste modéré sans parler du type qui s’affirme à droite, qui s'affiche un poil libertaire... À faire alors mauvais usage des mots et des idées. À parler et à penser injustement.

    COMME ASTATROMPF, le sens des mots m’échappe parfois et je me sens gauche, terriblement gauche. D’ailleurs, COMME ASTATROMPF, j’écris de la main gauche. COMME ASTATROMPF, je me lève du pied gauche. COMME ASTATROMPF j’ai la mèche à gauche. COMME ASTATROMPF, je porte et supporte à gauche. Comme ASTATROMPF, je suis pacifiste, immodérément. COMME ASTATROMPF, je suis panthéiste, absolument. COMME ASTATROMPF, je suis vegan, sans miel de Manuka ni oeufs d'esturgeon. COMME ASTATROMPF j’évite de me transformer en déchet, je me préserve pour la planète, je ralentis ma décomposition mentale et physique. COMME ASTATROMPF, je suis pure puissance, pur désir d'ignorance. COMME ASTATROMPF je suis altruiste, démesurément. Antispéciste, minéralement. COMME ASTATROMPF, j’affiche un grand, un inconsidéré amour de l’humanité et du taureau. COMME ASTATROMPF, j’embrasse le monde entier sur la bouche et le monde entier me prend dans ses bras et entre ses jambes. COMME ASTATROMPF, je suis pour une redistribution totale des richesses et des pauvretés. COMME ASTATROMPF, j’ai un sens munificent du partage, de la générosité et du bon usage des vertus théologales. COMME ASTATROMPF, je crois en une communauté des êtres et des marchandises régie par le bien, le beau et le grand. COMME ASTATROMPF, je ne supporte pas les Modérés, les Aristotéliciens-apôtres-du -juste-milieu, les Empêcheurs de faire le bien comme de penser en rond, les Philosophes, pour tout dire, les Analystes de tout poil, Les Coupeurs de cheveux en quatre, les Scientifiques et leurs formules, les Sceptiques et les Cyniques, les Héraclitéens et les Parmenidiens, Les Relativistes et les affreux Individualistes qui attentent à ma vision de l’universel. De l'arène pour tous. Du cirque mondial…

    Je crache sur eux, je les conspue, je les honnis aussi fort que je peux, ma réserve de mépris est abyssale, et, comme ASTATROMPF, j’ai un souffle phénoménal. J’ai des crachats en cascade et une salive monstrueuse quand il s’agit de les conchier, de les inonder de mon auguste et gluant dégoût.

    Comme il l'exerce sur dix pour cent (au moins) de la population mondiale, ASTATROMPF exerce une influence considérable sur ma personne. Et tous les jours qu’ASTATROMPF fait, j’en tire un grand réconfort, je lui suis redevable de ce bonheur sans égal. Je le sais à l'écoute du plus faible, du plus humble de ses supporters. Je sais qu’il ressent profondément et humidement mon amour pour lui.  

    À force de l’entendre, de le lire, de calquer mes prises de position sur les siennes, de le parodier, de le plagier même, de conformer mes prises de parole à ses discours, ASTATROMPF a déteint sur moi. Oui, il m'a taché et je bénis chaque jour le saint chrême de ses souillures. Certains vont jusqu’à penser que je suis ASTATROMPF, jusqu’à me faire accroire que je suis pleinement lui, que je parle par sa voix, que je m’exprime par ses écrits, que, lorsque je me touche, c’est lui que je touche, que lorsque je me branle, c'est lui que je branle, que j'embrasse avec sa bouche, que je baise avec son sexe, que je dégaze dans ses pets, que je marche dans ses pas.

    Il me reste un pour cent de libre arbitre, estiment mes amis, ceux-là qui, péniblement, contre vents et marées, contre des pressions innombrables et de tous ordres, ont résisté à lui ressembler et ont encore (mais pour combien de temps?) l'audace de me confier ces terribles vérités. Mais je les plains, ils ne sont pas heureux, ils ne connaissent pas ma félicité. À résister de la sorte, ils se font mal, trop de mal, ils combattent l’inclination de leur pente naturelle à aimer ASTATROMPF au-delà de tout, à vivre selon ses principes, ses préceptes, vrais et louables.

    Mais cette proportion, à supposer qu’elle soit exacte, sera-t-elle suffisante pour inverser la tendance, reprendre possession de mon quant-à-soi ? 

    (Mais je me méfie, je le répète, des penseurs et des philosophes, des analystes et des aliénistes, des scientifiques et de leurs statistiques, des journalistes et de leur façon de tout remettre en cause; ne veulent-ils pas tous autant qu’ils sont me détourner de mon attachement à ASTATROMPF et des vérités qu’il prodigue?)

    Et en ai-je vraiment envie, en ai-je seulement besoin, et cela me sera-t-il bénéfique?

    Et quand bien même le voudrai-je, me laissera-t-on reprendre possession de mes facultés propres ?

    Les gardiens du temple, avides de prendre la succession d’ASTATROMPF ou d’être adoubés par lui de son vivant, l’autoriseront-ils ?

    ASTATROMPF occupe une telle place dans la pensée mondiale, sur le petit peuple des faiseurs d’opinions, de ses adorateurs qui se suivent et se retweetent comme une meute de chiens de berger !  

    Puis, enfin, ai-je envie de ressembler, comme l’autre partie de la population mondiale, à TROMPFATSA qui n’aime personne, qui détruit la planète, guerroie et festoie comme un peuple entier de rabelaisiens ? Comme TROMPFATSA qui ne pense qu’à lui, qui est immensément riche et immensément gras et immensément grand et puissant, au-delà de toute imagination?

    À tel point que certains laissent entendre qu’ASTATROMPF ne serait qu’un de ses nombreux avatars. Mais on profère et relaie tellement de choses folles et invérifiables par les scientifiques et les philosophes. Il y a tellement de faux intellectuels, d’écrivains et d’artistes minables et minuscules qui s’envient les uns les autres à défaut de faire œuvre utile, neuve, originale et sincère, et qui, pour complaire à ASTATROMPF d’un côté, à TROMPFATSA de l’autre, quand ce ne sont pas les mêmes, si prompts à  colporter de fausses rumeurs, à lancer des anathèmes, à discréditer sans savoir.... qu’on ne se sait plus qui et quoi croire, à qui confier ses vœux et ses attentes, ses prières et ses souhaits d’un monde nouveau, d’un monde meilleur, d'un monde parfait, d’un monde régi absolument par ASTATROMPF. Ou TROMPFATSA.

     

  • LECTURES ESTIVALES 2017: ÉTRANGE DESTIN

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    Dans cette chronique, j’ai réuni deux textes présentant des histoires d’amour extraordinaires, des histoires d’amour sans issue possible, des destinées construites dans le malheur : un yéménite laïc qui retrouve son amour d’enfance devenue une intégriste sanguinaire, une bonne anglaise sans aucune famille qui perd son amour et découvre le talent qu’elle ne soupçonnait pas. Deux beaux romans.

     

    41Kpa-cRCmL._SX195_.jpgLA FILLE DE SOUSLOV

    Habib ABDULRAB SARORI (1956 - ….)

    Traduit en 2017, ce roman a été écrit en 2014 juste quand a commencé la guerre de Saada, une confrontation entre des rebelles zaïdistes et le gouvernement yéménite. Les insurgés, les Houthistes, se plaignent d’avoir été marginalisés par le gouvernement tant sur le plan politique, qu’économique et religieux. Ce conflit n’est pas éteint, le Nord et le Sud du pays se déchirent toujours aussi violemment, ce roman permet de mieux comprendre son origine et ses divers développements.

    Avant de poursuivre, en 1970, ses études à Paris où il pense assister à la fin du capitalisme, Amran, le héros et certainement un peu l’auteur de ce roman, a participé aux émeutes marxistes qui ont agité le Yémen après l’indépendance du pays en 1967. Sarori raconte à travers les aventures amoureuses d’Amran les différents épisodes de l’histoire qui ont affecté le Yémen depuis son indépendance. Quand il était môme Amran rencontrait, dans une boutique d’Aden, une jeune et magnifique jeune fille, ils ne se parlaient jamais mais elle le regardait avec une intensité magnétique. Cette beauté était la fille du responsable de l’idéologie du parti, celui que tous appelaient Souslov car il avait suivi, à Moscou, l’enseignement du célèbre théoricien marxiste. Ainsi sa fille était devenue la Fille de Souslov.

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    Habib Abdulrab Sarori

    A Paris, Amran rencontre sa future épouse, Najat, dont il est follement amoureux jusqu’à qu’elle soit foudroyée lors des attentats du métro Saint Michel commandités par des mouvements islamistes extrémistes. Amran est revenu régulièrement au Yémen et, lors de l’un de ces voyages, après le décès de son épouse, il rencontre chez sa sœur, à Sanaa, une femme au regard magnétique qu’il pense reconnaître, elle se dévoile pour qu’il l’identifie avec certitude. C’est bien elle, la Fille de Souslov, elle a changé de nom et surtout de conviction, elle est devenue l’un des cadres importants et virulents du pouvoir religieux. La différence de conviction, lui toujours un peu socialiste et surtout grand défenseur de la laïcité, elle franchement religieuse et sans aucun scrupule pour faire triompher sa cause, ne les empêche pas de renouer leur amour en lui donnant une vraie consistance sexuelle, elle devient sa maîtresse, il la partage avec un vieil imam fort influent dans les mouvements islamiques.

    Ce couple magnifique mais fort improbable symbolise le Yémen coupé en deux : le Nord religieux et traditionaliste et le Sud moderne, ouvert sur le monde et plutôt marxiste. Une belle allégorie que Sarori développe pour expliquer ce qui sépare ces deux régions qui ne se rencontreront jamais, qui n’ont pas plus d’avenir que ces deux amoureux que tout éloigne sauf l’amour. Abyssale, comme Amran appelle son amante, explique sans état d’âme et avec conviction : « Nous sommes dans une guerre éternelle contre les impies. C’est une guerre, et non un caprice, mon chéri. Ils nous tuent comme ils peuvent et nous les tuons comme nous pouvons. »

    Tout espoir est définitivement perdu au grand dam de l’auteur qui croyait tellement à la révolution, au modernisme, à la liberté, à l’égalité, à la laïcité… Les potentats s’opposent, se détruisent, se vengent, se prennent tour à tour le pouvoir et écrasent chacun à son tour leurs pauvres sujets. « Le seul perdant serait le petit oiseau, le rêve de révolution yéménite, envolé trop tôt ».

    Le livre sur le site d'ACTES SUD

     

    9782070178711LE DIMANCHE DES MÈRES

    Graham SWIFT (1949 - ….)

    En Angleterre, le jour des mères, les maîtres donnent congé à leurs employés de maison pour qu’ils puissent visiter leurs parents. Ce 30 mars 1924, les Niven, les Sherigham et les Hobday respectent la tradition et laissent leurs domestiques, surtout des femmes car les hommes ont souvent disparu lors de la terrible guerre sur le continent, aller visiter leur famille. Mais, Jay n’a pas de famille, alors elle attend un coup de fil de son amant qui arrive bientôt, il l’invite dans la maison familiale qui sera vide car les trois familles ci-dessus ont décidé de faire un pique-nique en l’honneur du futur mariage de la fille Hobday avec Paul Sherigham l’amant de Jay, la petite bonne des Niven.

    Le décor est planté : les maîtres piquent-niquent, les domestiques sont dans leur famille respective, les futurs mariés se sont donné rendez-vous dans une auberge. La tragédie peut se nouer, le futur époux s’attarde auprès de sa maîtresse pour un dernier rendez-vous. Il lui laisse la demeure, se fait beau et quitte la maison au volant de sa voiture fonçant vers son destin.

    Bien longtemps après, elle a alors 98 ans, Jay répond aux questions des auditeurs de l’une de ses lectures, elle leur dit qu’elle a décidé de devenir écrivaine après cette tragédie mais elle ne raconte pas les amours ancillaires qu’elle a vécues avec le beau Paul, ça, personne ne l’a jamais su. Elle évoque surtout Conrad qu’elle admire, les mots qui sans cesse lui jouent des tours, qu’elle n’arrive pas à maîtriser, « … elle était obsédée par le caractère changeant des mots. Un mot n’était pas une chose, loin de là. Une chose n’était pas un mot. Cependant, d’une certaine façon, les deux – choses – devenaient inséparables. »

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    Graham Swift 

    Qu’aurait été sa vie sans cette tragédie ? Que serait-elle devenue, elle, la petite orpheline placée dès son plus jeune âge ? Heureusement, elle savait lire et Mr Niven lui avait ouvert les portes de sa bibliothèque, elle avait pu ainsi confondre sa vie misérable avec les histoires qu’elle pouvait lire. « C’était la grande leçon de la vie, que faits et fiction ne cessaient de se confondre, d’être interchangeables ».

    Le malheur avait sorti cette pauvre soubrette de sa médiocre condition pour en faire une auteure connue et reconnue mais aussi une femme lucide qui avait bien compris que la vie n’était que hasard et qu’elle pouvait basculer d’un côté ou de l’autre au moindre souffle du vent. Le succès ne lui avait pas fait tourner la tête qu’elle avait gardée bien froide malgré son grand âge. Elle aimait répéter à l’adresse des auteurs comme des lecteurs : « Eh bien vous devez comprendre que les mots ne sont que des mots, un peu de vent, c’est tout… »

    Le livre sur le site des Éditions GALLIMARD

    Les romans de Graham Swift chez Gallimard

  • VIRGIN ROAD de FLANNERY HILL (Ed. Stock)

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    Tableaux vivants

    Dans Virgin road, une narratrice prénommée Fanny se déplace de ville en ville dans l’Amérique profonde. Elle soupçonne d’être suivie ou l’est réellement, on ne le sait pas bien tout au long du récit qu’elle fait de son périple où se mêlent tout à la fois description des lieux traversés et méditations fantasmatiques sur les scènes qu’elle va jouer. Une fois sur son lieu de résidence, souvent des motels, en périphérie des villes, elle ne sort que secrètement, masquée ou méconnaissable, pour se réfugier dans une salle de cinéma qui diffuse de vieux films ou acheter quelques produits de pure nécessité...

    En soirée, elle participe à des spectacles vivants, publics ou privés, qui lui font rejouer des tableaux américains (Bellow, Currin, Goeffroy, Hopper, Salle...) des scénes de crime, souvent dans le plus simple appareil. Soft ou bien hard, elle est donc souvent nue, offerte aux regards de spectateurs souvent plus concupiscents qu’animés de considérations esthétiques. Là, elle réussit à s'extraire du présent et à pénétrer en elle, revisitant des épisodes de sa vie réelle ou imaginaire. Quand elle reprend c'est esprits, c'est pour voir en chacun des spectateurs un possible meurtrier. Son angoisse augmente au fil de son déplacement mais elle s’est promis d’aller au bout de sa tournée, d’honorer toutes les dates de son agenda…EmilyBinghamWEB.jpg

    C’est narré dans une prose fluide mais tendue, qui détaille plus les états d’âme de l'héroïne que ce qu’elle observe et finit par ne plus voir. Elle se déplace en somnambule automate, en vengeresse de plus en plus décidée... 

    Flannery Hill a écrit trois courts romans qui scannent l’Amérique des grands espaces à la façon d’un Sam Shepard mâtiné de Stephen King, lit-on en quatrième de couverture. Ce roman-ci est le premier traduit en français, par les soins de Nancy McEwan.

    Editions Stock, collection La cosmopolite, 168 pages, 18 €

    Le site des Éditions Stock

     

  • THÉORIE DU TAPIR / ÉRIC ALLARD

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    Le tapir est le plus gros de tous les quadrupèdes de l'Amérique méridionale, et il y en a qui pèsent jusqu'à cinq cents livres ; or ce poids est dix fois moindre que celui d'un éléphant de taille ordinaire.  

    Buffon

     

    1.

     

    Maison du poème

     

    D’un poème faire une maison

    Où les mots seraient des pierres

    Et la césure, le ciment

     

    Bâtir sur des murs d’images

    Une espèce de roman

    À sensations

     

    Mettre le feu au papier des fondations

    Ouvrir la fenêtre sur le foyer dévorant

    Lire jusqu’à ce que flammes expirent

     

    D’urgence sortir

    Par la cheminée

    L’enfance du feu

     

     

     2.

     

    Vue vive

     

    J’appuie où le vent

    Soulève des montagnes

     

    Dans la plaine, des yeux

    Remontent le courant de l’étoile

     

    Jusqu’à s’assourcer

    Au regard océan

     

    Sans la vue de la vie aux origines

    Que seraient nos accouplements ?

     

     

     

    3.

     

    La mousse du passé

     

    De la mousse du passé

    Sortent les poissons du songe

     

    Ils vont deux par deux

    En contemplant les rives

     

    Sans jamais arrêter la beauté

    Ni attenter au courant

     

    Les lieux tombent où ils plongent

    Où ils vont pour se désaltérer

     

    Dans le levain des livres

    Dans l’air lisible du matin

     

    Dans la poussière du couchant

    On les voit descendre vers la mer

     

    Pour rejoindre l’embouchure

    Source du poème présent

     

     

    4. 

     

    La pierre du souvenir

     

    La pierre du souvenir

    Coince la porte

     

    Ton corps nu

    Déforme la nuit

     

    J’avance à tâtons

    En me servant de ta voix

     

    Nul n’éclaire

    L’entrée du songe

     

    Comme ta peau

     

     

     5.

     

    Le conseil d’administration

     

    La terre en chemin

    Bannit l’espace

     

    L’aigle fond

    Au soleil de midi

     

    Le rouge au blanc succède

    Au fronton du spectre

     

    Quatre à quatre un fantôme

    Descend l’escalier du jour

     

    Je réunis sur le champ

    Le conseil d’administration de mes forces

     

    Pour appeler à la guerre

    Contre le temps

     

     

    6. 

     

    L’instant

     

    Pendu

    À la potence du temps

     

    J’attends

    Que l’instant

     

    Me décroche

     

     

     7.

     

    Si tu rêves

     

    Si tu rêves

    C’est que ton sexe est au repos

    Que la nuit est forêt

     

    Corps de feuilles et de branches

    Ayant pris racine dans la terre du temps

    Pour modeler la nuit à son image

     

    Si tu rêves

    C’est que la seiche crie famine

    Que l’ennui disperse les cris des fourmis

     

    Corps de femme et de sarments

    Ayant pris la forme d’un enfant

    Pour modeler la chair à son image

     

    Jusqu’au matin tu as besoin

    Du corps de garde du rêve

    Jusqu’à ce que la nuit t’achève

     

     

    8.

     

    Grand froid

     

    Mer de glace

    Dans mon verre

    De lait

     

    L’oiseau tombé

    Du gel

    Cristallise ma soif

     

    Je brise l'envol

    Avec les dents

    Avant de fondre

     

    Dans le blanc

     

     

     9.

     

    Les astres à la figure

     

    Toute la nuit

    Je te jette les astres

    À la figure

     

    Des coupons d’étoile

    Altèrent

    Tes cordes vocales

     

    Avec les éclats

    Tu fabriques des colliers

    Des cantates

     

    Avec le silence

    Des notes sculptées

    Dans le cristal

     

    Avec l’écho

    Du son taillé

    Pour les pierres

     

    Au matin

    Le soleil cassé

    Recueille les bris de voix

     

    Je débarrasse

    La table d’écoute

    Des miettes de son

     

     

     10.

     

    Le tapir et le boa

     

    Le tapir et le boa

    Marient leurs ombres

    Sur la coquille du jour

     

    La main cachée de la sirène

    Appelle le corps de la mer

    À multiplier les marées

     

    Un sommeil gonflé de songes

    Nourrit la source

    D’un ruisseau fantôme

     

    Près d’une nuit au cou

    Aussi long qu’un silence

    Un feu de rapine se consume

     

    Sur les ruines du soleil levant

    Les couleurs fatiguées du peintre

    Relèvent le blanc d’une robe

     

    Entre les lignes du secret

    On devine la forme du coeur

    Qui ferme l’aorte

     

    Avant qu’un nouveau son

    Appelle au démembrement de l’air

    Sur l’échelle des turbulences

     

    Avant qu’un nouveau pas

    N’ébranle l’espace séparant

    Le prédateur de sa proie

     

     

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  • LA NUIT DU SECOND TOUR d'ÉRIC PESSAN

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    ppm_medias__image__2017__9782226328700-x.jpgLa nuit secrète des atmosphères tendues ou tendres chez Pessan. Dans ces destins croisés au cœur de "La nuit du second tour", les rues, les humeurs de la ville (jamais nommée), les tensions nées d'un résultat (jamais dévoilé avec force détails), les rencontres insolites (vagabonds, SDF, errants) donnent force au tableau d'une société en déglingue, qui génère peurs, doutes, ceux d'une violence ordinaire, ceux aussi de la perte d'emplois et de valeurs.

    Dans une écriture qui joue du contrepoint et d'infimes articulations verbales, Pessan unit les "vagues" assourdissantes de la mer (où Mina "se mine" les sangs) et des rumeurs d'une ville "en ébullition" (dans laquelle David tente de trouver sa voie).

    Un second tour, deux personnages principaux dont la vie en contrepoint éclaire cet univers sans nom, où même les indications de temps et de lieux pourraient nous être de quelque recours.

    Pessan aime ces êtres déboussolés, à l'heure où il faut sonner quelques bilans : des élections qui ont mal tourné, offert la voie à ce qu'on ne voulait jamais connaître; une vie amoureuse qui s'est délitée et dont on regrette les tendres souvenirs, les sensuelles caresses au corps; cet unanimisme qui traverse la société au moment même où tout se déglingue, comme si toucher, parler, s'inventer une autre vie devenaient de vrais motifs d'agir et de penser...

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    Éric Pessan

     

    David et Mina, universelles figures de ce que l'être en déperdition peut vivre, et oser. Puisque, tout de même, au bout du rouleau, il y a autre chose à vivre, quelque espoir sans doute...

    Certes, David aura erré, perdu sa voiture, vu la violence à ses basques, traîné sa mélancolie et son désintéressement, vécu une affreuse nuit de cauchemar entre véhicules incendiés (comme hier à Sarcelles, à Villiers-le-Bel...), courses folles et déshérence...

    Mina, que mène en bateau la vie de mer, aura elle aussi cauchemardé, ressassé, désappris et appris...

    Le monde de Pessan n'est ni dichotomique ni fleur bleue ni à message variable ni didactique : son roman ressemble étrangement à la vie ordinaire, avec ses aléas, ses maigres embellies.

    Un 33e livre pour cet auteur doué, né en 1970, et que les lecteurs devraient suivre avec ferveur.

    Lisez Eric Pessan!

    (Albin Michel, 2017, 176p., 16€)

    Le livre sur le site d'Albin Michel

    Éric Pessan dans L'Impératif #3, par Thierry Radière

  • LECTURES ESTIVALES 2017: LE PLAISIR DANS LA DOULEUR

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    J’ai longuement hésité avant de vous présenter ce texte mais, comme je n’ai pas pour habitude de pratiquer la censure sauf dans des cas où il est nécessaire de rejeter certaines lectures pour des raisons purement éthiques ou humanitaires, je vous le propose, tout en prévenant les âmes sensibles qu’il évoque un monde bien particulier qui à ses adeptes que je respecte comme tous les ceux qui adoptent des pratiques inhabituelles. Ce livre dit les choses clairement, avec passion, sans aucune vulgarité.

     

    41QK4ql5XGL._SX307_BO1,204,203,200_.jpgMARQUÉE AU FER

    Eva DELAMBRE (1978 - ….)

    Editions Tabou

    Quand Laura rencontre Hantz, c’est le M de SM qui rencontre le S de Sadisme, elle n’est qu’une toute jeune fille, même pas majeure, qui voudrait que son maître la traite plus rudement mais il n’en a pas envie, il ne veut pas la faire souffrir. Elle a fait connaissance de la douleur quand elle n’était qu’une adolescente qui se tailladait les bras avec un couteau pour évacuer le mal être qui lui pesait lourdement sur les épaules. Elle se sent viscéralement masochiste, elle écrit : « J’ai envie d’affronter cela. Envie de connaître ces sensations, de savoir comment je parviens à les supporter. Plus encore, finalement, j’ai envie de sentir que Hantz aime me faire mal ainsi, et qu’il prend du plaisir à le faire ». Alors Karl la confie à maître Hantz qui est, lui, le S de sadisme, un vrai sadique capable d’infliger à ses soumises des traitements à la limite des tortures pratiquées dans certaines geôles. Le S et le M de SM ainsi idéalement réunis, Laura peut tester ses capacités à endurer la souffrance et sa dévotion à un maître. Hantz essaie de la conduire là où il n’a jamais conduit une soumise, à la limite de la souffrance humaine. Ainsi le maître va progressivement se sentir emporter par l’attente de sa soumise, impuissant devant sa capacité à supporter ses sévices et humiliations.

    « Il avait du mal à réellement sentir ses limites d’acceptation et dans le fond, il estimait qu’elle ne méritait pas qu’il la pousse jusque-là ».

    Selon son éditeur, Eva Delambre a fait la découverte du BDSM depuis quelques années et on ressent bien à la lecture de son texte qu’elle sait de quoi elle parle, qu’elle a une véritable expérience. « … lorsque mon corps ne retient que la souffrance, la véritable satisfaction n’est plus physique, mais uniquement mentale, elle est liée à ma propre résistance, à ma capacité à endurer ». Mais, on ressent bien également qu’elle n’est pas allée jusqu’aux limites qu’elle évoque dans ce roman, on devine assez vite que son imagination s’est nourrie des fantasmes qui l’habitent et qui agitent ses sens. Pour elle les pratiques masochistes sont des pratiques comme les autres et pas plus déviantes que les pratiques homosexuelles ou autres. Laura raconte son entrée en BDSM et affirme ses penchants sexuels sans aucune honte ni culpabilité. « … je replonge dans mon passé, je retourne voir la petite fille que j’étais, je lui parle. Je lui dis ce que j’aurais aimé qu’on me dise à l’époque. Je fais la paix avec moi-même… Je refuse de me sentir coupable de ce que je suis. Je refuse d’avoir à m’en excuser, d’avoir à le cacher, d’en avoir honte ».

    Ce roman choquera certainement les lecteurs non avertis, moi-même je n’ai pas tout accepté, notamment l’âge de l’héroïne, certaine pratiques dignes des nazis et des comportements très tendancieux. Pour le reste, bien que n’ayant aucune connaissance en la matière, je conçois assez facilement que chacun assume ses désirs et envies sexuels même si c’est au prix d’une certaine souffrance acceptée et même recherchée. Il faut comprendre que nous n’avons pas tous les mêmes envies et désirs et que certains vont rechercher le plaisir là où nous ne pensions pas qu’il puisse se nicher.AAEAAQAAAAAAAAn1AAAAJDJkMTc4NjNjLWFkMzktNDcyNi1iZmUxLTY0NzhlNGQ2YzYzZA.jpg

    Eva Delambre écrit avec passion des romans érotiques consacrés au BDSM, à travers les trois derniers, bien que les personnages soient différent, elle décrit le parcours qui pourrait être celui d’une jeune femme attirée par la soumission, en trois étapes qui correspondent aux titre de ces romans : L’éveil de l’Ange, les premiers émois, les premières envies, les premières expériences ; L’envol de l’Ange , la découverte de la soumission effective et des premières séances SM et enfin ce dernier ouvrage qui conduit l’héroïne au paroxysme de ce qui peut être supporté, au summum de la dévotion et du don de soi.

    Une écriture douce, élégante et passionnée pour dire des choses violentes mais jamais vulgaires ni triviales, des choses qui peuvent choquer sans jamais répugner. C’est aussi une approche différente des corps, une façon différente de rencontrer des êtres avec lesquels on peut partager des pratiques différentes.

    Le livre sur le site des Éditions Tabou

    Eva Delambre sur le site de l'éditeur

  • CRÉATION D'UNE TASK FORCE EN VUE D'ÉRADIQUER L'USAGE DE "TASK FORCE"

    29976883_M.jpgLa Commission de Lutte contre les Expressions Nazes, en accord avec le ministère de la Marine (d’où est issu le concept), signale dans un communiqué de presse qu'elle vient de créer une task force,  constituée des meilleurs linguistes francophones, afin d’éradiquer l’expression anglo-saxonne des nombreux supports médiatiques où elle a trouvé refuge cet été et qui s’est propagée dans le langage courant comme une onde de forme dans le mouvement New Age (pour donner une idée vague de la vitesse de propagation).

    Les pleins pouvoirs, licites et illicites, seront donnés à cette task force pour parvenir à ses fins, précise le communiqué.
    Toute personne ayant été à prise à employer l’expression sera contrainte d’écrire ou de répéter (au choix) task force jusqu’à ce que dégoût s’ensuive. Le dégoût devra être acté par une task force formée de médecins huissiers.

    Ce message et son auteur s’autodétruiront donc au terme d’une période fixée en secret par la task force mais qui ne devrait pas excéder dix jours.  

     

  • MILIEU DE VIE

    LeoAndyPhillipsonmin.jpgDans la maison conjugale de ce couple, le mari vivait à l’envers, c’est-à-dire au plafond. Il faisait tout en compagnie de sa femme mais à quelques dizaines de centimètres de distance.

    Quand le couple eut des enfants (par procréation médialement assistée), ils vécurent en apesanteur entre le sol et le plafond, à égale distance pour ainsi dire de leurs parents.

  • LA VIE EN ROSE

    rozsak.jpgUn jour de juillet, cette femme entreprit de couper avec un sécateur toutes les fleurs de ses cinquante hectares de rosiers. Elle y mit tout l’été puis se trancha la gorge, péniblement, car l’outil avait beaucoup servi.

    Elle n'avait soudain plus supporté de s'appeler Rose ainsi que toute sa vie construite autour, elle qui aurait tant voulu voir la vie en pervenche.

  • UNE PERFORMANCE

    img55551379a11bb.jpgL’homme de 92 printemps franchit les cinquante mètres le séparant d'un balcon du quinzième étage au sol en 3 secondes 16 centièmes, soit une vitesse à l’impact de plus de plus de 110 km/h.

    L’exploit* relayé en direct sur un réseau social fut salué par des milliers d'internautes qui ne manquèrent cependant pas de présenter leurs condoléances à la famille du pétulant sportif.

     

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    * On peut raisonnablement parler d'exploit pour un homme de cet âge habitué à filer moins vite

  • TROMPERIE, LONGUEUR DE TEMPS & INSTRUMENTS DE MUSIQUE

    clarinette-sib-yamaha-ycl-255s.jpgPour autant que je m’en souvienne, elle m’a trompé avec un trompettiste et moi avec une tromboniste.

    Entre-temps, si je ne me trompe, nous mêlâmes à nos ébats un sextoy en forme de clarinette qui lui tira des cris de joie s’apparentant à des sons filés.

  • MON PORTRAIT TOUT TACHÉ

    Elle m’a peint.blood-297828__180.png

    Puis je l’ai tuée, parachevant de quelques giclées de sang son très attachant portrait d’assassin.

  • BREFS APERÇUS SUR L'ÉTERNEL FÉMININ de DENIS GROZDANOVITCH

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=a4624a0ca791f99180121b3d4ff7c825&oe=5A0756F1par Nathalie DELHAYE 

     

     

     

     

     

    51RH49hKhZL._SX302_BO1,204,203,200_.jpgDécryptage complaisant

    Au vu du titre, "Brefs aperçus sur l'éternel féminin", je me suis longuement interrogée sur ce que contenait ce livre, craignant le regard de l'auteur sur la gente féminine. Dès les premières pages, je me suis amusée. 

    Denis Grozdanovitch retrace le fil de sa vie, et les rencontres et/ou conquêtes qui ont jalonné son existence. Les filles qu'il évoque sont toutes différentes, et présentent tant de particularités qu'il y avait lieu, effectivement, de s'interroger plus avant et d'en compiler cet ouvrage. Des premiers émois, plutôt sensuels qu'amoureux, à la tentative de conquête affirmée, des histoires naissantes aux "vents" inavouables, l'auteur décrit physiquement et psychologiquement ces différentes femmes, de façon très respectueuse. Ce sont souvent des Déesses, des canons de beauté, l'une artiste recluse, l'autre cover-girl, ou encore aristocrate italienne en mal de modernité, elles brillent aussi parfois d'intelligence, de subtilité, ou jouent de séduction. 

    Les histoires, ou plutôt anecdotes, sont pleines de détails, certaines scènes offrent une grande perception visuelle. L'émotion, l'intensité, la poésie trouvent également leur place au fil des pages, sur fond d'humilité, car l'auteur se renvoie ses échecs ou son manque d'audace en pleine face. Une pointe d'humour parfois, une grande lucidité toujours, ce livre montre la Femme sous toutes les facettes ce qu'elle peut présenter, fatale, mystérieuse, instinctive, calculatrice, désarmante, provocatrice, directive, envoûteuse, sorcière etc... Et notre pauvre auteur, submergé de tant de complexité, essaie de décrypter les codes et de ne pas trop pâtir de ces expériences. 

    Il évoque par ailleurs longuement l'enfance, la petite fille, en étudiant "Alice au pays des merveilles" et les dispositions de Lewis Carroll à son écriture, ainsi que celles d'autres auteurs ayant mis en avant la petite fille dans leurs oeuvres. 

    Un petit passage pour méditer... 

    Le fin mot est ici lâché : le poète souffre d'avoir dû devenir une grande personne, "une personne qui a raison, une personne perpétuelle". Or le poète n'est-il pas celui qui, précisément, a su préserver l'âme de l'enfant dans le corps de l'adulte ? Et celui qui conserve cette intense nostalgie du vert paradis, n'est-il pas fatal que, lorsqu'il rencontre une petite fille "effervescente", il cherche maladroitement à lui signifier qu'au plus intime et au plus secret de cette grande carcasse qui est devenue la sienne, se dissimule encore un petit garçon tout à fait disposé à subir ses impertinences et à partager ses lubies ?

    Le livre sur le site de site de Points Seuil

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  • LECTURES ESTIVALES 2017 : EN JOUANT AVEC LES MOTS

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

    L’aphorisme et les autres formes de jeux sur les mots sont devenus un peu la spécialité des Editions Cactus Inébranlable qui publient dans leur collection P’tits Cactus les meilleurs spécialistes belges et français qui se sentent un peu les héritiers de Pierre Autin-Grenier et de quelques autres maîtres en la matière. J’ai ajouté à ma chronique un recueil de Nicolas Bonnal pour bien montrer la différence qui existe entre les héritiers des surréalistes belges et ceux qui ont une fibre plus militante, moins imprégnée par le caractère absurde que peut prendre le jeu sur les mots.

     

    couverture-qui-mene-me-suive-19022017.jpg?fx=r_550_550QUI MÈNE ME SUIVE

    MIRLI

    Cactus inébranlable

    Mirli qui se cache derrière ce nom d’artiste de cirque ? Ce pseudonyme pourrait convenir à un clown, l’auteur a la drôlerie et commet les facéties nécessaires à la fonction.

    « Rien de plus cuisant qu’une phrase bien crue. »

    « Bernard s’appela soudainement Bertrand

    FIN »

    Il pourrait aussi convenir à un jongleur, il a l’adresse et l’habilité pour jongler avec les mots. Alors peut-être un clown jongleur capable de faire danser les mots et de leur faire dire ce qu’ils ne voudraient pas forcément dire.

    « Quand une femme porte un sombrero, ça mexique. »

    « Je n’aime pas tout ce qui prête à contusion »

    Mais attention, le clown peut aussi lancer des piques acérées pour dénoncer les travers de certains qu’il ne nomme pas forcément.

    « Les escargots policiers font-ils plus de bavures ? »

    Sans oublier de se flageller lui-même en lançant quelques formules pleines de dérision.mirli.jpg?fx=r_550_550

    « En entamant cette phrase, j’ai d’abord cru qu’elle n’aboutirait à rien, mais maintenant j’en suis sûr. »

    Et lancer quelques blagues très drôles pour détendre le lecteur chamboulé par les aphorismes trop sophistiqués.

    « Simplifiez-vous la vie : compliquez-vous la mort. »

    « J’aime tout ce qui est plus qu’il n’en faut. »

    N’oublions pas l’illustrateur qui a su mettre en dessins la drôlerie et l’esprit de l’auteur.

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    couverture-les-concombres-10032017.jpg?fx=r_550_550LES CONCOMBRES N'ONT JAMAIS LU NIETZSCHE

    Serge BASSO DE MARCH (1960 - ….)

    Cactus inébranlable

    « Aphorismes bancals,

    Proverbes bancroches

    Et petites phrases décalées »

    Le sous-titre de ce recueil insinuant que tout est plus ou moins boiteux dans ce texte, peut paraître péjoratif mais, à mon avis, il signifie plutôt qu’avec de belles phrases, de belles expressions, de beaux proverbes, l’auteur a réussi à faire des phrases qui ne veulent plus du tout dire ce que l’auteur original avait voulu faire dire à ses mots. Ce sous-titre éloquent conduit directement à l’avant-propos d’Alain Dantine qui le complète un peu radicalement : « Qui connaît Serge Basso sait qu’il a la détente rapide, il vous zigouille une idée généreuse en trois bons mots bien frappés ! ». « C’est un déviant textuel, un faussaire sous ses faux airs de Napolitain… »

    Ainsi averti le lecteur ne pourra que constater les dégâts commis par ce démolisseurs de belles phrases, ce détourneur de bons mots, ce copiste pervers, ce « caviardeurs » de sentences moralisatrices …. et apprécier la finesse de son esprit :csm_serge_2_01_39d64d7854.jpg

    « Pour Yseult l’amour était attristant. »

    L’étendue de sa culture :

    « J’ai connu une Hélène qui aimait Paris sans que

    ça déclenche une guerre à Troyes. »

    L’habilité de ses détournements :

    « Renoncer aux pompes de Satan, ça ne veut pas dire chausser les mules du Pape. »

    « Quand les cyprès sont loin, les distances sont faussées. »

    La noirceur se son humour :

    « La guillotine travail au coup par cou. »

    Sans oublier ses piques acérées :

    « Depuis que j’ai une cirrhose de la foi, j’ai arrêté le vin de messe. »

    « Aux religions du livre je préfère la religion des livres. »

    Mais que serait ce recueil sans la contribution du désopilant et néanmoins célèbre dessinateur Lefred Thouron qui complète magnifiquement les saillies de l’auteur qui avec toute sa modestie avoue : « Le faiseur d’aphorismes n’est, devant les hommes, qu’un pêcheur en mots troubles ». Mais, je vous l’assure la friture est bonne à déguster sans attendre l’inutile après-face de Claude Frisoni !

    Le livre sur le site du Cactus Inébranlable

     

    519a%2B-zCjgL._SX331_BO1,204,203,200_.jpgAPHORISMES ET PARADOXES

    Nicolas BONNAL (1961 - ….)

    Editions Tatiana

    Avant de lire ce recueil, je ne connaissais absolument pas Nicolas Bonnal, l’opinion que je pourrais m’en faire n’est donc que ce qui découlerait de cette lecture. Je sais seulement, par la notice de l’éditeur, qu’il a touché à bien des genres littéraires et qu’il a été un « chroniqueur métapolitique internationalement reconnu ». Après ma lecture je conserve l’impression qu’il a jeté dans ce recueil des réflexions qu’il a accumulées au cours de ses longues analyses, de ses cogitations, de ses constatations, qu’il n’a jamais écrites dans ses divers textes, trouvant seulement dans le court le média adéquat pour exprimer la dérision, la satire, le désabusement, parfois le découragement et même certaines fois le dégoût qu’il éprouve devant le triste spectacle de la déliquescence de notre société.

    « Nous sommes emplis de bonne volonté, comme nos poubelles ».

    « Le vingtième siècle fut un siècle d’invention de grands hommes un peu creux ».

    « La facilité a détruit le monde plus sûrement que la cruauté ».

    Il peint une société décadente qui aurait perdu son chemin en oubliant son histoire, son devenir en oubliant son passé, ses valeurs en recherchant la valeur des choses.ob_ae2bf7_4946e3149d1089071ca65e63e517bc13.jpeg

    « Pour certains l’histoire n’a pas commencé. Ils vivent dans l’espace, jamais dans le temps… »

    « Les abbés bâtissaient, ils ne passaient pas de doctorat en psychologie ».

    Ils ont omis de tirer les enseignements des déboires connus tout au long des siècles précédents.

    « La politique comptait quand elle exigeait beaucoup et donnait peu. Elle s’est déconsidérée en donnant beaucoup et demandant peu ».

    « Le fascisme comme le communisme disparurent comme un mauvais rêve, personne ne se décidant à demander de comptes ».

    Bonnal décoche ses flèches acérées à l’endroit de la société mais il vise aussi l’individu en tant que tel, en tant qu’élément interchangeable dans un tout uniforme, en tant que consommateur asservi.

    « Changer de face, de fesses, de métier, de conjoint, de villa : leur vie est bureau de change. »

    « Tous les garçons et les filles ont été remplacés par les jeunes. »

    Le monde est devenu une masse informe, standardisée, prête à accepter tous les dictats des pouvoirs économiques, politiques ou religieux.

    « On aimerait parfois que le mal triomphe, et pas seulement la médiocrité. »

    J’ai eu l’impression que l’auteur voudrait voir les citoyens se rebeller, se rebiffer et s’approprier les questions qui devraient préoccuper la planète entière.

    « La fin du monde : occupation de nanti, souci de pauvre. »

    Mais voilà, la France n’est qu’un pays de contestataires isolés incapables de se structurer pour atteindre un objectif commun.

    « La monarchie est judaïque ou japonaise, la démocratie grecque ou britannique, la république romaine ou américaine. Le désordre est français ou latino-américain ».

    Les aphorismes et paradoxes de Nicolas Bonnat prennent souvent la forme de sentences, j’en ai relevés qui pourraient prêter à discussion :

    « La dictature craint ses sujets, la démocratie les méprise », les dernières campagnes électorales pourraient bien confirmer celle-ci.

    « De l’amie médiévale à la conquête amoureuse, et d’icelle au bon coup », une autre façon de dire que la vulgarité est devenue l’expression chevaleresque de notre société.

    Il y aurait encore beaucoup à dire sur les sentences de Nicolas Bonnal, beaucoup à gloser, à débattre, à combattre peut-être. Mais, ce livre n’est pas que critiques et satires acides, l’auteur y fait preuve aussi de beaucoup d’humour même si c’est souvent d’humour acide.

    « J’ai plus connu de mauvais auteurs que de bons lecteurs ». Bonnal n’est pas un mauvais auteur, je ne suis pas sûr d’être un très bon lecteur ?

    Nicolas Bonnal sur Babelio

     

  • MORT D'UN HOMME HEUREUX de GIORGIO FONTANA

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    123591_couverture_Hres_0.jpgUn jeune écrivain, né en 1981, décide, dans son deuxième livre, d'évoquer des événements tragiques de l'année même de sa naissance.

    Le thème des Brigades Rouges, de Prima Linea, du terrorisme rouge de ces années de plomb innerve toute une série de grands livres des dernières années. Il suffit de se remémorer le magistral essai de Rosetta Loy sur ces années ou le roman "Les années à rebours" de Terranova. Sans doute le trauma vécu de près, ou ressassé par les proches, a-t-il gardé, dense, intact, la force terrible du destin qui s'acharne.

    Le roman de Fontana tire sa force du croisement intime, éclairant, familial de deux parcours engagés : celui d'un père, Ernesto (dit Beppo), broyé par ses faits de résistance à l'heure de Salo et des assauts fascistes, celui de son fils Giacomo, né dans ces années-là, quarantenaire au début des années 80, épris de justice et de charité bien ordonnée, celle des autres pour qui il ne compte ni temps ni attentions.

    Milan, la via Cassoreto, Saronno, la côte Ligure offrent quelques-uns des lieux où l'action se concentre.AVT_Giorgio-Fontana_8943.jpg

    Les assassinats de personnalités ou de vies ordinaires, les enquêtes menées autour de trois magistrats, les liens intenses qui unissent une famille déjà éprouvée en 1944, de nouveau ballottée par les tensions de 1981...sont autant de pistes que le romancier, très documenté, tend au lecteur. Pour ne pas être un roman à clés ni un récit purement objectif des faits relatés, le livre n'est pas non plus un développement uniquement affectif et sentimental : il se noue là un réseau dense d'interactions; le magistrat Giacomo, riche du passé de son père, qu'il n'a jamais connu sauf par le souvenir que la mère Lucia en a préservé pour lui et sa soeur Angela, sait qu'il est héritier d'un destin et détenteur d'un avenir qu'il convient de choyer, comme on protège la dignité, la justice, l'égalité et l'amour. Son amour pour Mirella, ses enfants, son amitié pour Mario, Doni et les autres, jouent leur rôle à côté des implications politiques et judiciaires.

    L'homme heureux, c'est peut-être celui qui mène son combat, sans refuser aucune de ses attaches les plus précieuses.

    Un beau livre.

    Le livre sur le site des Éditions du Seuil