LES BELLES PHRASES - Page 4

  • LA LIGNE MAIGRE

    4790623_6_7162_homme-qui-marche-i-d-alberto-giacometti_3794ec75fba2a74beeb1f3f9dd54bc3e.jpgPourquoi l'auteur d'aphorismes n'a-t-il pas d'embonpoint?

    Parce qu'il craint trop de perdre sa ligne.

  • JOUEUR DE LIVRE

    livre-objet-livres-faire-peur-L-sOs3iB.pngJe lisais un bouquin quand, par inadvertance, je découvris la musique du livre. Elle s’annonça par un son, plus qu’un chuintement et moins qu’une plainte, duquel très vite je tirai d’autres bruits, toute une mélodie, concrète certes mais qui disait le livre au plus près de son être.

    Il s’agissait de La colonie pénitentiaire et autres récits de Kafka. Comme il eût pu s’agir des Voix de l’asphalte de Philip K. Dick, du Journal d’un fou de Gogol ou du Jeu des perles de verre d’Herman Hesse.

    En tordant le livre d’une certaine manière, puis en en jouant un peu comme d'un accordéon, je tirai toutes les notes de l’ouvrage. Je crus d’abord à un écho du mécanisme de la machine infernale du récit, grincement de ses rouages ou supplique du condamné, mais non...
    La méthode fonctionna sur d’autres livres et d’autres auteurs si bien que je pus me constituer bien vite tout un répertoire.
    Connaissant le goût du lecteur grégaire, aussi amateur de convivialité que de lecture, à domicile ou à l’extérieur, pour autant qu’on parle d’art un verre à la main, qu’on cliquète et qu’on caquète, qu’on s’anime en lisant, qu’on affiche ostensiblement son mépris des péquenots comme des rentiers, des nobles d'esprit comme des écervelés, je n’eus pas de mal à me trouver une clientèle pour mes jeux de livre, que j’adaptai au goût de mes commanditaires.

    Il m’arriva plus d’une fois de jouer des auteurs que je n’appréciais guère voire pas du tout mais comme j’étais devenu un excellent interprète, rien ne paraissait de mon indifférence à l’auteur en question, qui se trouvait parfois  (les auteurs sont partout !) dans l’assistance et semblait juger mon jeu alors qu’il était lui-même incapable de tirer le moindre murmure de son propre livre (les auteurs sont de pâles interprètes de leurs ouvrages).

    Mais durant une période où je n’étais pas dans mon assiette, je plantai un concert, puis deux, bientôt trois… C’en fut trop, on fit moins appel à moi et puis plus du tout. D’autres, plus habiles, moins scrupuleux, interprétaient les livres avec plus d’entrain ou de pathos; ils joignaient le geste à la musique et se constituaient des lors des clientèles au détriment de la mienne.

    Un d’entre eux, ancien comédien de série télé, qui massacrait régulièrement des livres dans les émissions littéraires, ne cita jamais le nom du découvreur de ce nouveau genre d’animation culturelle et on crut bientôt qu’il en était le créateur.
    Je me contente aujourd’hui de jouer quelques livres choisis, des plaquettes à la stridulation aiguë, des volumes épais au martèlement de grosse caisse, dans l’intimité de mon salon, de mon bureau ou de ma chambre quand ma femme et mes enfants ne sont pas là ou regardent un écran dans le salon car ils ne supportent plus de m’entendre jouer.

    Aujourd’hui, j’ai repris l’activité de bibliothécaire que j’avais abandonnée au moment fort de mon succès d’interprète. Mais les lecteurs viennent désormais emprunter les livres qu’ils ont entendu jouer la veille dans leur émission littéraire préférée en espérant en tirer quelques accents déchirants qui leur assureront à terme un début de notoriété.

  • Album-souvenir de la lecture de textes d'Eric Allard par le Box Théâtreà la BMY de Marchienne-au-Pont

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    La lecture vivante a eu lieu à la Bibliothèque M.Yourcenar de Marchienne-au-Pont le samedi 15 octobre 2016.

    Vifs remerciements aux lecteurs: Anne Lépine, Véronique Dubois, Lior Desamory et Fabien Sansterre ainsi qu'au directeur du Box Théâtre et du cycle de lectures Aux Murmures des Muses: Eric Delhaye.

    Sans oublier Serge Budahazi assisté de Carine-Laure Desguin pour l'organisation de la soirée dans le cadre de la Fureur de Lire. Et les amis présents.

    Merci tout particulier à Thierry Ries

    Merci à Salvatore Akli, Pierre Desagre, Carine-Laure Desguin, Véronique Dubois et Eric Delhaye pour leurs photos.

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    D'autres photos sur la page Facebook consacrée à la manifestation

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Arrivages d'octobre

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

     

     

     

     

     

     

    9782809712063FS.gifSOUDAIN, J'AI ENTENDU LA VOIX DE L'EAU 

    Hiromi KAWAKAMI

    Editions Picquier

    « Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau », de l’eau que même la Muraille de Chine n’a jamais pu arrêter, de l’eau qui compose nos corps, de l’eau que Ryô répand dans le corps de sa sœur Miyakô. Miyakô et Ryô, un frère et une sœur vivent ensemble depuis que leur mère est morte et qu’ils n’ont pas voulu rester seuls chacun de leur côté. Miyakô, l’héroïne et la narratrice de cette histoire, entraîne le lecteur dans une introspection au sein d’un huis clos familial composé d’elle, la fille aîné de la famille qui travaille à la maison, de Ryô le frère cadet qui vit avec elle, de la mère qui décède trop tôt, du père qui s’éloigne un peu après le décès de la mère, de Takejei celui qui a toujours aimé la mère sans jamais pouvoir l’épouser et d’une seule et unique amie.

    Miyakô raconte l’histoire de cette famille dans un texte, doux, délicat et tendre sans aucune violence, un texte qui coule paisiblement comme l’eau qui baigne les corps. Totalement plongée dans le passé de cette famille, sans jamais essayer d’entrevoir l’avenir, elle essaie de comprendre comment elle est tombée amoureuse de son frère et comment ils en sont venus à partager leur vie. La mère qui préférait le frère, rayonnait et attirait l’amour et la sympathie tout en fascinant sa fille qui l’admirait. « Maman était morte mais elle continuait à vivre en moi. Si bien que même si j’étais seule, je ne pouvais pas être seule ». La mère disparue, la fille a reporté cet attachement viscéral sur le frère qu’elle a toujours aimé tendrement et plus encore après qu’ils ont appris que leur père n’était pas leur père biologique.

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    Hiromi Hawakami 

    Une réflexion sur la raison d’être, l’amour, la famille, la vieillesse et la mort, une réflexion totalement détachée du contexte historique et social, sauf de la guerre que la narratrice n’a pas vécue mais dont elle connaît bien les torts qu’elle a causés à la famille et de l’attentat au gaz sarin en 1995 qui aurait pu être fatal au frère. Une réflexion qui l’amène à penser que le hasard joue un grand rôle dans ce que nous sommes et ce que nous vivons. « Nous ne sommes pas constitués de la signification que revêtent les événements, les choses qui se sont passées. Nous existons simplement au gré de ce qui nous arrive, nous sommes ce que nous sommes par hasard, pas la peine d’aller chercher plus loin ». Et que la vie n’est qu’une évidence simple que les hommes se complaisent à complexifier. « Tu ne crois pas que le monde serait plus supportable si les êtres humains étaient capables de dominer leurs sentiments ? »

    La narratrice, et peut-être même l’auteure, essaient de nous faire comprendre que la vie serait une chose douce est facile, si nous acceptions de la prendre comme elle nous est offerte par le hasard et façonnée par notre passé. L’avenir, il suffit de l’affronter et de l’accepter. « Le mot de vieillesse est un mot avec lequel nous n’arrivons pas à nous familiariser. C’est comme s’il ne nous restait plus beaucoup de temps, une impression de ce genre. C’est peut-être aussi que nous ne voulons pas y penser, une sorte de préjugé, une illusion. »

    Et la famille n’est pas un débat, c’est comme ça, car les sentiments ne se gouvernent pas, pas plus que le cours de l’eau ne peut-être entravé. « Dans la mesure où nous sommes ensemble depuis l’enfance, nous formons une famille, non ? » A chacun sa vie, à chacun ses amours !

    Le livre sur le site des Editions Picquier

     

    9782842638672.jpgLA PETITE GAMBERGE

    Robert GIRAUD

    Le Dilettante

    Encore un ouvrage tiré du cimetière des livres oubliés par Le Dilettante, encore une balade dans les rues de la capitale, une croisière dans les rades de la Rive Gauche à la Bastille, de la Moufte à la Rambute, un livre comme je les affectionne, une verve qui rappelle Blondin, Audiard, Fallet et quelques autres encore, un roman de Robert Giraud publié en 1961. L’histoire d’une bande de petits truands aux maigres ambitions, trop émotifs pour supporter l’alcool que ses membres ingurgitent, le venin qui glisse dans la mécanique de leur amitié, le grain de sable qui va remettre en cause leur belle assurance et leur avenir insouciant.

    Comme l’écrit le préfacier, Olivier Bailly soi-même, biographe de l’auteur, « La Petite Gamberge est un éloge de l’errance. Bob (pseudonyme de Robert Giraud) peint ses personnages avec tendresse. Il les regarde, évoluer, échouer lamentablement dans leur entreprise. Mais, il ne les juge jamais ». « Pour une équipe, c’était une belle équipe. Oui, de première, cinq bons gorilles, tous bien potes, qui s’occupaient ensemble et ne se quittaient jamais. Dans le milieu ils n’étaient que de vulgaires voleurs de lapins, mais parmi leur entourage à eux, ils étaient quelqu’un ». Un roman qui commence comme ça, je ne peux pas le lâcher facilement, j’ai envie de savoir qui sont ces petits malfrats et comment ils vont se prendre les pieds dans le tapis des combines mal ficelées.

    A la Vieille Treille, rue Mouffetard, autour de la table qui leur était réservée dès la fin de la matinée, Il y avait là Bouboule, le boss celui qui dégotait et combinait les bons coups, ceux qui devaient les rendre riches à jamais ; le Manchot qui n’avait pas perdu son bras à la guerre comme il le racontait mais qui savait causer aux serrures les plus récalcitrantes ; Roger-perd-son-froc, toujours fagoté comme l’as de pic avec le bénard en berne ; la Douleur avec son air miséreux et pleurnichard mais aussi avec sa camionnette si précieuse pour le transport des marchandises ; et Pierrot la Tenaille, le petit jeunot, celui par qui la poisse a dégouliné sur la bande.

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    Robert Giraud

    Bouboule a monté le plus beau coup de la bande, tout a fonctionné comme prévu, La Douleur a planqué la marchandise nul ne sait où, la petite bande festoie et attend le moment opportun pou liquider les trophées. Mais, les poulets alpaguent Roger, personne ne croit au hasard, les soupçons naissent, épaississent, se focalisent, accouchent d’une certitude, le drame se noue, la tragédie est jouée.

    Giraud a écrit l’histoire de l’une de ces petites bandes de petits truands qui hantaient les bistrots de certains quartiers parisiens, des pauvres gars issus de la guerre sans y avoir brillé, les poches vides, à la marge, pas encore à la cloche mais pas très éloignés tout de même. Cette classe sociale haute en couleur, forte en gueule, qui a fait le bonheur de quelques écrivains et de certains metteurs en scène.

    Comme Modiano, Le Dilettante prend plaisir à balader ses lecteurs dans les vieux quartiers de Paris, dans ses bouges et ses rades, dans les pas des gens simples et souvent démunis, dans des textes de Mérindol, Calet et autres... Bouboule aurait pu croiser Monsieur Jadis entre le Bar Bac et la Vieille Treille et Robert Giraud a certainement partagé un gorgeon, et même plusieurs, avec Antoine Blondin et sa bande d’assoiffés.

    Le livre sur le site du Dilettante

  • CONSEIL SOUFI

    220px-RGS_13.jpg

    N'attendez pas pour mettre votre fakir au clou qu'il soit complètement piqué des verres ! 

     

  • CONFIDENCES DE L'EAU de PIERRE WARRANT

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

    confidences-eau-150x251.jpgUn beau livre de douceur, où la mer prend tous les accents et délivre un charme fou, d’enfance, de découverte.

    Tissé de lyrisme quasi sentimental, le livre toutefois ménage d’autres accents : le « on » s’impose à la vision et les contours sont suffisamment flous pour favoriser d’autres lectures, quoique la psychanalytique s’impose : la poésie intime décline ses ferveurs et « tient en vie » ce grand bonhomme qui tutoie aussi bien la mer que les hauts cols.

    Livre de confidences ? Oui, si l’on le lit avec ses images : « plages de l’enfance », « ce qu’il faut de larmes et de lumière » ou « au point d’écrire ce qui déchire », mais même là, la douce écriture de ce cher Pierre l’emporte sur le sang, la peur, l’effroi.

    Le futur simple aussi lui convient pour énoncer ses attentes, et le conditionnel son projet : « reconnaître/ un chemin d’eau ».

    J’aime beaucoup de ces textes, le tendre effleurement comme une caresse de mots qui épèle et la langue m’est proche par ses effusions maîtrisées :907113.jpg?132

    Nous ne savons pas comment répondre

    aux croix posées sur les cimetières (p.33)

    Au bout du soir et de la mer

    le peu sera le plus (p.44)

    Le poète dit bien ce qui vibre en lui, sa quête, sa tristesse aussi « à séparer du noir de l’eau ».

    Cette poésie fraternelle – sans doute comme un répons au manque – partage en nous l’eau et ses vagues, quitte à franchir « la page des falaises » ou à sentir « les étreintes suspendues/ d’un poème qui culmine ».

    Un très beau deuxième recueil.

    Pierre WARRANT, Confidences de l’eau, L’Arbre à paroles, 2016, 70p., 12€.

    Le recueil sur le site de La Maison de la Poésie d'Amay

    Le site de Pierre WARRANT, poète et photographe

     

    RENCONTRE - SPECTACLE à la MAISON DE LA POÉSIE DE NAMUR les
    21 & 22 OCTOBRE 2016 À 20.00
    "Une soprano, une harpiste, un comédien et un poète - photographe se réunissent le temps d’un soir pour mettre en forme et en musique les "Confidences de l’eau".
    Sur des textes du poète Pierre Warrant et des musiques de Monteverdi, Fauré, Rossini, Debussy, Ravel et Hahn, le comédien Jean Loubry et les musiciennes Clara Inglese et Alisée Frippiat vous invitent à un voyage au coeur des mots et des silences pour un spectacle multiforme, grave ou léger, qui vous transportera au fil de l’eau sur le ton de la confidence..."

  • POÈMES À L’OUBLI de BERNADETTE WEBER

    ob_4876e3_couverture-poemes-a-l-oubli.jpgUne vie entre le rêve et le papier

    Dans le poème qui ouvre le recueil, une femme introduite dans une maison « cherche l’escalier qui la fera monter »  mais elle reste à l’arrêt sur le palier, la porte s’est refermée derrière elle, le soleil s’est caché et « ses pas l’entraînent vers des pièces obscures ».

    Ouvrant l’unique fenêtre de son minaret

    Elle se sent revivre dans un monde étranger

    Elle réussira à fuir la maison et à gagner la liberté.

    C’est au fil du recueil, à un parcours semblable qu’on est invité, celui d’une femme qui « a passé une grande partie de sa vie professionnelle sur les voies navigables » (comme nous l’apprend la note biographique). Malgré ces voyages qui lui procurent la plus grande des libertés, on comprend qu’elle été enfermée dans le monde réel et n'a trouvé la consolation que dans l’encre des mots (seul les écrits soulagent des illusions) en regardant par la fenêtre du rêve comme dans les reflets du passé .

    Je suis née comme une nymphe

    Entre deux eaux, le canal est mon bateau

     

    Elle cherche une maison, une sonate de rosée où elle se réveillerait,  un cœur battant pour elle, un arbre où jeter l’ancre, une raison de déposer les rames. Mais ce n’est pas si simple. Si elle cherche une maison, elle continue de craindre ses murs, et, dans l’arbre de Noël, elle voyage encore entre ses branches.

    Survivant dans le temps par ces quelques pages,

    On se souviendra de moi la fille du halage.

    D’écluses en ponts, de vents en courants,

    J’accuse ma passion d’être ma prison.

     

    Fatiguée d’espoirs et de regrets, brûlant du désir d’être intensément aimée, sans être dupe de ses propres attentes, souvent inconsolable, elle continue de redessiner le cours du temps.

    Canaux, rivières, mers et bateaux ne peuvent rien faire

     

    Elle trouve dans l’oubli, dans le hors-temps de l’écriture, à courir dès l’aube à l’aurore d’un poème, à trouver les mots juste pour écrire ce présent,  une façon de donner une forme à son passé pour construire un futur à ses espérances.

    Sans contraintes sans regrets

    Vouloir exister pour à nouveau partager

    Un matin s’est levé dans le miroir du passé.

     

    Un premier recueil paru chez Bleu d’Encre qui laisse entendre une voix attachante qui rapporte avec bonheur une vie entre les rêves et le papier.

    Éric Allard

    Le recueil sur le tout nouveau site de Bleu d'Encre

  • UNE ENFANCE LINGÈRE de GUY GOFFETTE

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=892948e3f24db24a6147eeaf82b5bc07&oe=58A361F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

     

    product_9782070346219_195x320.jpgLa cour des grands

    J'ai eu beaucoup de plaisir à lire "Une enfance lingère", évoquant l'enfance de Simon, petit garçon espiègle,timide et naïf. Nous avons tous des souvenirs bien ancrés dans nos mémoires, des odeurs particulières et des goûts prononcés.

    Ici Simon découvre le toucher, la sensualité voire plus. En compagnie des grands qui l'entourent, de son oncle qui vend des bas de soie, de la maîtresse d'école qui lui fait cours, en passant par sa copine Jeanine, une "Grande" âgée de quelques années de plus que lui, sans oublier la grosse Germaine qui le sauve des eaux. Ce sont des situations cocasses, qui invitent à sourire, on a plaisir à découvrir les premiers émois de ce petit bonhomme tout surpris de ce qui lui arrive. Ses pensées candides, son regard vif et curieux, son esprit en pleine transformation feront de lui l'homme qu'il sera plus tard.contributor_11477_195x320.jpg

    "Aussi je pêchai longtemps en toute innocence, emporté par la curiosité, la colère ou l'envie. Je ne crois pas avoir eu jamais à cette époque la sensation de faire du mal, en tout cas jamais avec intention. J'étais simplement dépassé par moi-même. "

    Tout cela est écrit avec une infinie tendresse, celle qui a manqué peut-être au garçonnet, rabroué par son père, délaissé parfois par sa mère, mais il a pu trouver refuge auprès de personnes aimantes et vécu de véritables aventures magnifiées par son regard d'enfant.

    Le livre sur le site de Folio/Gallimard

    Guy Goffette sur le site de Gallimard

     

  • LE TREIZIÈME TRAVAIL D'HERCULÈS de FRIGYES KARINTHY

    arton455-c039f.jpgFrigyes KARINTHY (1887-1938) est un auteur hongrois de contes brefs remarquables et piquants. On lit encore aujourd’hui ses textes qui datent pour certains de plus d’un siècle avec un vif plaisir, et ils continuent de faire mouche, comme s’ils avaient été écrits la veille. Ce volume, Je dénonce l’humanité, regroupe une partie seulement des nouvelles qu’il a écrites entre 1912 et 1934.

    Il a écrit: En humour, je ne plaisante jamais. Et son humour n’est, en effet, jamais gratuit ; il s’appuie sur une critique de la société et sur des préoccupations diverses, tant sociales, qu’esthétiques, philosophiques ou morales.

    Dans la même maison d’édition, on trouve son Voyage autour de mon crâne qui relate l’opération réussie d’une tumeur au cerveau. Il mourra quelques années après, en 1938, en laçant sa chaussure, lui qui avait écrit en 1912 un texte intitulé Le lacet de chaussure.

     

    Dans cette nouvelle, on verra que le treizième travail d’Herculès n’est pas le moins éprouvant car il se passe dans le féroce milieu des Lettres. Il va s’agir pour le héros grec, qui sait heureusement user de la ruse, de convaincre un redoutable et buté (on dirait aujourd'hui psychorigide) poète en place de l’inanité de son travail…  

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    LE TREIZIEME TRAVAIL D’HERCULÈS 

    Cela fait, Herculès se présenta devant le roi Eurysthée, et comme il se devait apporta la tête du Lion de Némée avec laquelle il avait balayé les écuries d’Augias.

    • - Voici la tête, ô roi. Vas-tu enfin me détacher de mes chaînes ?
    • - Mais Eurysthée fronça les sourcils , médita et dit :
    • - Un nouveau travail t’attend, ô Herculès.
    • - De quoi s’agit-il ? et Herculès fit tournoyer sa massue.

    Eurysthée sortit de sa poche le dernier numéro de Rafina, la revue des belles lettres , et l’ouvrit à la page où se détachait en lettres bleues, en travers et à l’envers, le poème de Lajos Chacrat : Blanche salive sur disque vieux.

    • - Vois-tu ce poème ?
    • - Je le vois. Et vraiment il le voyait.

    Bon. Rends-toi chez Lajos Chacrat et démontre-lui que ceci n’a aucun sens. Cela fait personne n’ose lui dire.

    Herculès raccrocha sa massue à sa ceinture. En frottant deux pierres l’une contre l’autre ils fabriqua deux lourdes haches, il enroula  une longue corde autour de la taille et fourra trois livre dans son aumônière ; sur une lanière de cuir il enfila quatre critiques féroces et bien muselées, qu’il nourrit de viande crue pendant plusieurs deux jours, puis il fit tremper quatre années de la revue Nyugat dans de l’eau, enfin il prit la route.

    Il tenta d’approcher la demeure du monstre par le grand boulevard. Il creusa un fossé autour de la caverne du tripot qu’on appelait en ce temps-là – selon les bêtes sauvages qui y logent et qui hurlent fréquemment « Niou-Niou » - Café New York. Dans un des fourrés qui bordent la caverne, Herculès rencontra la fée Carabosse.

    • - Bonsoir, vieille mère, l’interpella Herculès.
    • - T’as de la chance de m’avoir appelée «  femme de lettres hongroise, répondit-elle. Pour te récompenser je vais te fournir la rime qui va avec « mercantile ».

    Mais Herculès ne se laissa pas surprendre par la ruse, d’un coup il faucha les pieds des sonnets de la sorcière.  Il découvrit le monstre au sommet de la montagne : il touillait dans une tasse un poison noirâtre et vaguement  mousseux.

    Herculès ne partit pas immédiatement à l’assaut. Il passa par l’arrière et donna cinq sesterces à Agnès. Il plaça les critiques féroces, après les avoir ligotés, de part et d’autre de la descente ; pour les faire patienter – en attendant qu’on ait besoin d’eux -, il leur jeta en pâture des recueils de poèmes saignants.

    Ensuite, par-derrière, prudemment, il s’approcha du monstre. Puis il fondit sur lui : le monstre n’eut même pas le temps de se retourner, et avant qu’il fît un geste, le héros abattit le poème sous ses yeux :

    • - Ceci n’a aucun sens ! proféra farouchement Herculès, tous les muscles bandés.

    Le monstre émit un ronflement épouvantable. Ses yeux s’injectèrent de sang. Il écarta les doigts et retourna face à son assaillant.

    • - Ceci n’a aucun sens ! répéta Herculès en empoignant le monstre par les reins.

    Un effroyable combat s’ensuivit. Le fauve battait l’air autour de lui : il planta son stylo dans la gorge d’Herculès, il rédigea une déclaration qui invoquait Lajos Hatvany destinée à la rubrique de politique littéraire de la revue Univers, laquelle toutefois ne parut pas. Puis il entreprit quelques pirouettes vertigineuses et poignarda trente-cinq poèmes de son recueil paru l’année précédente.

    • - Ceci n’a aucun sens ! persista Herculès.

    Le monstre mordit le ventre du héros avec douze autre poèmes. Il lui enfonça également un dans la poitrine et un autre entre les deux omoplates.

    • - Cela n’a aucun sens ! haleta Herculès, sans lâcher les reins. Cela n’a aucun sens ! Où est le sens ? Je demande où est le sens ?

    Le fauve griffa de nouveaux poèmes sous son aisselle. Herculès sentit qu’il ne pourrait plus tenir longtemps. Il trancha les lanières des critiques féroces, qui se ruèrent en glapissant sur le fauve, mais quand ils eurent flairé les poèmes, ils reculèrent en rampant et en geignant.

    • - Aucun sens ! hurla Herculès.

    Il retourna le poème, le jeta à la tête du monstre – qui l’engloutit goulûment – le mastiqua et vomit. Vraiment insupportable.

    Herculès eut alors une idée.

    D’un coup de massue il signa le poème du nom d’un autre poète et le lança vers le monstre, qui le fixa.

    • - Aucun sens ! hurla-t-il, lui aussi.

    Herculès le ramassa et l’emporta chez Eurysthée.  

     

    (traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy)

    Le livre sur le site des Editions Viviane Hamy

    La lecture de Christophe Claro

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  • L’ANTIGONE MANQUÉE de CATHERINE BAPTISTE (Ed. Bleu d’Encre)

    ob_f4ae7f_couverture-antigone.jpgLe non qui donne la vie

    L’Antigone manquée s’adresse à la parole d’Antigone et est dédié aux femmes-sages, aux mères-grands et à leurs petits.

    La langue d’Antigone est la voix du non, née du non pour graver un nom sur une sépulture, pour faire de la tombe un lieu nommé, le territoire de la mémoire.

    Ce non-là ouvre une tombe

    Et bien d’autres fêlures

     

    C’est un oui à la vie, à la vie prolongée, à la vie cabossée, à la vie renaissante et qui vient se greffer sur un non au néant, au nihilisme, à toutes les formes d’autorité et de déni de l'existence comme des libertés.

    Parlant du livre,

    vous êtes le livre

    où se joue, tragique, votre sort de brindille

    dans la jacasse de nos prairies.

     

    Ce non-là est à l’origine du l’écriture et de toute parole vraie.

    On trouve dans ce texte de nombreuses négations qui disent l’inanité de toute action contre la norme. Elles n’en constituent pas moins une tentative d’union du souffle et du cri, de la révolte et de l'insoumission. Cri ténu mais déchirant, comme celui de l’oiseau dont la figure de fragilité et d’envol revient souvent dans le texte.

    Oui, j’ose dire le non

    plutôt que la fuite

    plutôt que le sommeil veule et vain,

    plus chair que l’assentiment redoutable

    au rien.

     

    Non aux déclins, non aux crépuscules !

    C’est un non lancé au ciel pour inhumer l’oiseau dans « une terre de poésie ».

     

    Non, j’ose un nonL-Antigone-de-Catherine-Baptiste_large.jpg

    qui honore

    qui déboulonne et qui nomme

    un grand non profane

    qui ressuscite l’homme

    et rend sacré ses non-sens

    et allaite l’aube,

    et encore…

     

    Non au néant, au nihilisme ambiant, appel au courage, à la lumière de lait pour extraire le vivant de la mort latente qui nous condamne à l’inaction, aux ténèbres.

    Dans la dernière section du recueil, l’accent est davantage mis sur la fonction d’enfantement de la femme (car depuis toujours la femme relaie la femme) et ce reproche que l’auteure se fait d’être une Antigone manquée (nous vivons tous l’histoire d’une sépulture manquée). Dans  cette mauvaise conscience où se situe son salut, elle trouve la force de donner chair et mots dans la continuité d’une révolte, dans cette voie d’accès à sa vérité.

    Car je sens bien que j’existe

    En ces mots

    Par vous.

     

    De l’exigeante et belle poésie aux éditions Bleu d’encre portée par une voix qu’il nous tarde de lire et d’entendre à nouveau…

    Le livre est ponctué des gravures de Jérôme Bouchard.

    Éric Allard 

    Le recueil sur le tout nouveau site des Éditions Bleu d’Encre

  • ÉCHEC DE L'OPÉRATION DE SÉPARATION DES SIAMOIS MICHEL ET DE WEVER

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    Deux jumeaux siamois de 13 mois reliés par la tête ont été séparés au terme d’une opération de 27 heures qui a été couronnée de succès à New York vendredi.

    Les jumeaux partageaient un centimètre et demi de tissus cérébraux.

    À la suite des discussions sur le Budget et lors de la déclaration de politique générale de ce dimanche midi, une partie du monde politique belge espérait encore au terme d’une intervention d’une semaine une séparation des cerveaux siamois de Charles Michel et Bart De Wever partageant depuis deux ans des pans d’idées communes. Il semble même qu'il se soient rapprochés lors de leur tête à tête automnal.
    Un grave échec pour la politique nationale, aux yeux de l’opposition qui se demande si ce n’est pas là une des premières conséquences des économies drastiques annoncées dans le secteur des soins de santé.
    Dans l’opposition francophone, des experts de la Gauche planchent, eux, sur une siamoisation des esprits de Magnette et Hedebouw. Les premiers essais sont décevants.

  • LES RUELLES MONTENT VERS LA NUIT de PHILIPPE LEUCKX

    leuckx1site.jpgPoésie d’approche

    Philippe Leuckx pratique une poésie ténue, mais aux solidement attachée aux éléments, qui, plus elle est subtilement encrée, plus elle s'ancre dans l'humain.

    Il creuse le sillon de l’intime entre ombre et clarté, entre légèreté aérienne et gravité terrestre pour parler à chacun le langage du cœur.

     

    Le cœur ignore souvent les berges de l’approche.

     

    C’est dans la mise à distance relative, dans le mécanisme d’approche que tombent peu à peu les masques et que s’atteignent les choses de l’âme et de l’esprit, ce souci de vivre, le juste souci du peu qui s’ouvre, pour se hisser à la hauteur des premiers miracles avec beaucoup de prévenance à l’égard du ciel.

     

    Nous sommes toujours à distance égale de la présence et de l’oubli.

     

    Comme souvent chez Leuckx, ce temps propice à la poésie est la tombée du soir, quand la lumière dépasse à peine les murs, quand les ruelles montent vers la nuit. La ville est le lieu des réminiscences ; emprunter ses rues et ruelles, suivre les berges du fleuve, c’est remonter dans son passé, recueillir le temps et les mots, tombés des âmes dans les reliefs d’ombre et de lumière qui font se ressembler, se rassembler lieux et souvenirs, toucher du fil des sens l’enfance...

    À la faveur du soir tombant, quand les bruits diurnes s’estompent pour laisser place aux premières rumeurs de la nuit, où tintent les grelots insaisissables des souvenirs, la lumière est sourde, on peut alors revenir à l’intime des lieux au hasard des livres.

    Au matin qui revient inévitablement, quand les collines et les jardins gardent toute leur profondeur, tout est à refaire. Jusqu’au da capo vespéral, qui invite à rejouer le jour, la vie jusque là vécue. Remettre sans cesse l'ouvrage de poésie sur le métier à tisser la trame du temps, telle est la tâche sans fin de l’arpenteur de lumière.

     

    On ne demande qu’un peu de nuitleuckx-photo.jpg

    Ou de songe sur la tombée du monde

    On s’avoue un peu de peine

    Il y a si longtemps

    On n’est pour soi

    Qu’une poussière qui tremble

     

    Entre phrases ultra sensibles et vers libres, Philippe Leuckx écrit cette prose des yeux vers la beauté qui réjouit, réconforte, raffermit notre présence au monde et aux autres.

     

    Éric Allard

    leuckx1site.jpgLe recueil sur le site des Editions Henry

    Philippe Leuckx sur le site de l'AEB

    Portrait de Philippe Leuckx par Patrick Lowie (dans Le Mague)

  • LE LECTEUR UNIQUE

    J.+C.+Leyendecker+Man+reading+book+(1916.jpgLe lecteur s’était fait si rare que chaque région n’en comptait en moyenne plus qu’un alors que le nombre d’écrivains (et, partant, d’éditeurs), lui, ne cessait de croître de manière exponentielle (tels des rongeurs de papier).

    Ainsi, à chaque rentrée littéraire, tous les écrivains qui ne publiaient plus qu’à dix ou vingt exemplaires lui adressaient un ouvrage.

    Même s’il était grand lecteur, on comprend aisément qu’il ne pouvait plus tout lire et se contentait de parcourir une ou deux phrases par ouvrage reçu. Ce qui, étant donné sa longue expérience, lui permettait de rendre un jugement expert sur sa plateforme officielle lue, il va sans dire, par la masse indénombrable des écrivains en titre.

    Mais les écrivains (et, partant, les éditeurs) ne cessant de se multiplier, notre lecteur unique, ne lut plus qu’un mot de leurs ouvrages, et on sait qu’un seul mot fait sens.

    Après une nouvelle multiplication par deux des écrivains, notre homme, qui plus est vieillissant, ne lut plus qu’une lettre (mais il savait laquelle choisir) pour rendre son jugement.

    Il termina sa vie de lecteur en ne lisant plus que les titres (c’est l’époque où les titres des livres furent meilleurs que leur contenu) et, enfin, quand la vue du lecteur unique vint à faiblir, et les gros verres de lunettes à manquer, la disposition des mots sur la page (ce fut l’époque des dispositions tarabiscotées de phonèmes sur la page) qui affectère ses yeux… Quand son cerveau encombré par trop de lectures indigestes commença à dysfonctionner, vint le temps des fictions sans queue ni tête mais qui tentaient maintenant d’impressionner le vieil homme par le nombre de pages du volume (ce fut l’époque des briques indigestes, écrites avec les pieds).
    Quand, enfin, parvenu à un âge où on ne lit plus que l'heure, il poussa son dernier soupir, un vent de panique souffla sur la multitude d’écrivains (et, partant, d’éditeurs) frisant maintenant l’infini (qui en avait connu d’autres).

    Après un nouveau temps qui s’étendit cependant sur quelques décennies de néant littéraire (et bienvenu après un climax de publications sans intérêt) passé à attendre vainement la naissance d’un autre lecteur émérite, les écrivains se remirent à écrire. Pour eux seuls.

     

    Illustration: Homme lisant un livre de J.C. Leyendecker, 1916

  • LE PIÉGEUR DE JOURS d'ARNAUD DELCORTE

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    Matière noire

    Le piégeur de jours raconte à la première personne le parcours d’un réfugié africain des années 90 à nos jours, de Kigali à Bruxelles en passant par l’Egypte, l’Algérie et la France.

    C’est d’abord à Bruxelles qu’on le découvre dans ses activités de subsistance au quotidien, survivant dans la marge, sans reconnaissance. Quelqu’un qu’on ne prend pas en compte, qu’on ne voit pas, noir dans le noir, anodin. Puis on suivra à rebours sa vie en Afrique, les conditions de son départ, son voyage jusqu’en Belgique…

    Le récit est ponctué par des épisodes d’un conte africain, quelques vignettes d’un livre de dessins.

    Aucun point de suspension, une ponctuation discrète, une écriture âpre mais belle, sans fioriture mais non sans poésie et qui fait la part belle à la violence, donne à ce récit toute sa force, sa nécessité d’être.

    Un premier roman fulgurant où on sent l’auteur de plain-pied avec son personnage, comme s’il avait vécu les événements narrés, ressenti au plus profond les mêmes affects.

    Arnaud Delcorte évite les deux pièges de ce genre de récit, une écriture trop poétique, allégorique (ce qu’il laisse au périple de Rutegaminsi), trop intériorisée, ou une narration qui donnerait dans l’apitoiement, une compassion extrême par un compte-rendu basé sur les malheurs traversés, un texte à débat scolaire ou à conférence...
    Pas d’apitoiement, le narrateur n’en a pas le temps, confronté qu’il est à la rudesse du monde et aux nécessités de la survie, et c’est ce qui fait la force de cette première incursion dans l’écriture romanesque. Pas d’apitoiement donc, car le narrateur ne se vit pas comme pitoyable, mais porteur d’une singularité propre, d’un projet pour lui-même, d’une fierté, même si elle n’est pas formulée en ces termes.arnaud-delcorte.jpg

    Dans un court chapitre, on nous parle de la matière noire, « trame invisible mais massivement présente de l’univers » qui demeure inexplorée et inconnaissable. On pense inévitablement à l’Homme Noir, le réfugié qu’on ne voit pas et, au-delà, au visage d’autrui, du passant…

    « C’est curieux comme on croit connaître les gens. Sans jamais vraiment les connaître. On capte leur visage, leur nom, la calligraphie bleutée des veines sur le dos de leurs mains ou plus rarement sur leurs tempes. Des cartes vues de pays lointains qu’on aimerait découvrir. Des mirages. Parfois je me dis qu’il n’y pas de connaissance possible… » 

    Une nouvelle voie toute tracée pour Arnaud Delcorte dans le genre romanesque qu’il vient d’emprunter avec bonheur et singularité en se frottant à un sujet difficile, à la mesure de son écriture, et qu’il ne cessera sans doute plus de fouler à l’avenir.

    Le livre est paru aux Editions Rupture.

    Éric Allard

    Arnaud Delcorte sur le site de L'Harmattan

    La page Facebook d'Arnaud Delcorte

  • ON EST ENCORE AUJOURD'HUI de VÉRONIQUE JANZYK

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    onlit_31BIS_2D_1024x1024.png?v=1420893139Et si ? 

    Elle, la narratrice, invite un addictologue et auteur à une conférence. Rapidement, un courant passe entre eux, quelque chose d'étrange, comme si le destin avait souhaité faire se croiser leurs chemins. Ils se revoient pour partager leur passion commune : le cinéma. L'un et l'autre échangent volontiers sur les films qu'ils ont aimés, et passent leur temps dans les salles obscures à découvrir d'autres films, au détriment de leurs vies privées respectives.
    Et puis un jour...

    Et puis un jour elle se retrouve seule, brutalement. S'ensuivent de nombreuses interrogations...

    Véronique Janzyk a écrit ici un livre qui pourrait concerner tout le monde. L'histoire évoquée est celle d'une amitié trouble, un engagement inaccompli puisqu'un drame vient bouleverser cette relation. Et si ?

    Et si ? Ces deux petits mots vont couvrir la seconde moitié de l'ouvrage. L'absence provoque chez Elle un manque énorme, des regrets profonds, une sensation d'inachevé qui doit être lourde à porter. L'équivoque du propos tend à lui faire perdre la raison, ses rêves confortent cette folie douce et la déstabilisent au plus haut point. Les souvenirs l'envahissent et la plongent dans une sorte de léthargie, elle attend, elle ne peut prétendre à rien mais elle attend quand même. Situation des plus inconfortables qui la mine. Elle continue malgré tout cet échange en commentant ses impressions cinématographiques qu'elle lui adresse en dépit de tout.

    Un livre troublant et profond, sur les sentiments, l'amitié, l'amour peut-être, quoiqu'Elle s'en défende.

     

    V-janzyk-par-sandro-faiella-Copier.jpgLe livre sur le site d'ONLIT-Editions

    Un extrait d'On est encore aujourd'hui lu par l'auteure

    LA POULE de Véronique JANZYK  (Les plaquettes de la Fureur de lire)

    Nouvelles de Véronique JANZYK sur Les Belles Phrases

     

  • LA MÉMOIRE EST UNE CHIENNE INDOCILE de ELLIOT PERLMAN

    par LUCIA SANTORO

     

    la-me%CC%81moire-perlman.jpgAlors qu’il est en probation dans un hôpital, un jeune Noir du Bronx se lie d’amitié avec un patient, survivant d’Auschwitz. Monsieur Mandelbrot raconte à Lamont Williams le soulèvement du Sonderkommando, lequel était constitué de prisonniers forcés de participer au processus d’extermination.

    Parallèlement, alors qu’il cherche la preuve que des Afro-Américains ont participé à la libération des camps, Adam Zignelik, professeur d’histoire en sursis à l’Université de Columbia, exhume un document sans précédent : les premiers témoignages sonores des rescapés de l’Holocauste.

    Plusieurs récits et une multiplicité de personnages s’entrecroisent. S’ils ne se connaissent pas, ils sont tous reliés par un événement, un lieu, une personne ou un passé commun. Chacun constitue un fil de la trame.

    Si l’Holocauste est une marque d’infamie pour l’Europe, il n’est dans l’histoire américaine qu’un épisode, une anecdote parmi d’autres. La lutte pour les droits civiques, par contre, c’est une autre histoire... Le lien qu’Eliot Perlman fait entre le génocide juif et la lutte pour les droits civiques est salvateur. Le message est clair : se méfier de l’histoire unique et être unis dans la lutte pour plus de justice sociale.

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    Elliot Perlman

     « La mémoire est une chienne indocile. Elle ne se laissera ni convoquer ni révoquer, mais ne peut survivre sans vous. Elle vous nourrit comme elle se repaît de vous. Elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affamé. Elle obéit à un calendrier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous, vous acculer ou vous libérer. Vous laisser à vos hurlements ou vous tirer un sourire. C’est drôle, parfois, ce qu’on peut se rappeler ».

    A l’heure où « le grand progrès du 20e siècle est le stockage », le travail de mémoire devrait-il s’imposer ou être rendu plus aisé ? A quels enjeux répond-il ? Que nous apprend cette mémoire impérieuse, parfois fantasque, parfois traîtresse ?

    L’auteur australien entraîne le lecteur dans un chavirant kaléidoscope et le projette dans un large spectre spatio-temporel : de Cracovie à Auschwitz, en passant par les ghettos de Varsovie, New-York et Chicago, avec aussi un retour à Melbourne. Même s’il souffre de quelques longueurs, ce formidable récit s’interroge sur la résilience, la transmission d’une mémoire et d’une langue, l’indicible et l’innommable.

     « Dites à tout le monde, ce qui s'est passé ici, dites à tout le monde ce qui s'est passé ici, dites à tout le monde ... »

    Le livre sur le site de 10/18

    Elliot Perlman sur le site des Éditions Robert Laffont

  • MERCI de ZIDROU & MONIN

    par LUCIA SANTORO

     

    album-cover-large-24444.jpgLa jeune et impétueuse Merci Zylberajch a orné une façade de tags injurieux. Condamnée à cent cinquante heures de travaux d’intérêt général par un juge d’application des peines quelque peu extravagant, elle devra développer un projet durable en faveur des adolescents de la commune de Bredenne, et ce en collaboration avec ses élus communaux.

    Il  convient en effet d’admettre que les adolescents sont désœuvrés et livrés à eux-mêmes dans cette petite ville où rien n’est prévu pour eux.

    D’abord réticente, Merci se découvre un intérêt inattendu pour sa ville et pour l’un de ses éminents habitants, le poète Maurice Cheneval. C’est ainsi que la jeune fille fera ses premiers pas en politique et en poésie, étrange mariage s’il en est… Photo_2153.jpg

    Zidrou fourmille d’idées. Sa bibliographie est révélatrice de sa luxuriante imagination. Apprécié pour ses histoires courtes et ses séries désopilantes telles que L’Elève Ducobu ou Tamara, Zidrou excelle également dans des scénarios plus longs. Merci fait partie de ces récits aboutis et sensibles. Le scénariste nous gratifie ici d’un album politiquement incongru invitant le lecteur à considérer l’engagement citoyen en vers et contre tout.110366806.jpg

    Zidrou s’est associé avec Arno Monin pour le dessin et les couleurs. Celui-ci s’était déjà distingué avec les remarquables l’Enfant maudit et l’Envolée sauvage. Les deux signent un album clair, coloré et engagé. Tout un poème…

    ZIDROU et MONIN, Arno. Merci. Paris : Bamboo, 2014. (Grand Angle). 64 p.

    Le livre sur le site de l'éditeur

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  • LECTURE VIVANTE de textes d'ERIC ALLARD par le BOX THÉÂTRE à la BIBLIOTHÈQUE M. YOURCENAR

    Le SAMEDI 15 OCTOBRE à 18 HEURES.

    Une reprise très attendue initiée par le BOX THEÂTRE d'Eryk Serkhine Delhaye et le responsable de la BIBLIOTHÈQUE M. YOURCENAR de MARCHIENNE-AU-PONT, Serge Budahazi, à l'occasion de la 12ème Fureur de lire

    Eric ALLARD, Penchants retors & Les Corbeaux brûlés

    Une lecture "mixée" de ces deux oeuvres originales et surprenantes de l'auteur carolo à découvrir dans le splendide cadre XVIIe du Chateau Bilquin de Cartier qui abrite la bibliothèque... à ne pas rater !
    Avec Veronique Dubois, Anne Lépine, Lior Desamory et Fabien Sansterre.

    La lecture sera suivie d'un entretien, d'un verre de l'amitié et d'une séance de dédicace des ouvrages précités mais aussi de Les Lièvres de jade de Denys-Louis Colaux & Eric Allard (Ed. Jacques Flament).

    L'entrée est gratuite.

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    Bibliothèque M. Yourcenar (Château de Cartier), Place Albert 1er, 38 à Marchienne-au-Pont

  • LA PHILO VAGABONDE de Yohan LAFFORT

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

     

     

     

     

     

     

    la_philo_vagabonde.jpg?itok=xQISn7FnInvité à visionner ce film de Yohan Laffort sur la démarche du philosophe vagabond Alain Guyard, j’étais a priori un peu inquiet, le cinéma actuel ne m’inspire pas beaucoup, je préfère mettre mes propres images sur les mots que je lis et ma culture philosophique puise ses racines dans mes seules lectures et réflexions. Mais cette inquiétude a été rapidement vaincue, Yohan Laffort a su filmer le périple de Guyard en même temps qu’il filmait sa démarche, il a su accompagner le philosophe sans jamais imposer ses images. Il a su alterner ses enseignements avec les réflexions de ses auditeurs, avec les motivations de ceux qui l’invitent dans les lieux les plus insolites et parfois même incongrus, avec de magnifiques images du Gard et des environs, là où Guyard sévi.

    Guyard c’est une bête de scène comme on dit à la télé où les mots se raréfient plus vite que l’eau dans le désert. Guyard c’est Depardieu dans Crésus, c’est Mélenchon sans son égo démesuré et ses  ambitions ineptes, c’est une force, une puissance d’évocation, un tribun éclairé, un virtuose du vocabulaire, un grand acteur, une culture immense, une intelligence supérieure. Il m’a rappelé un professeur d’histoire qui nous expliquait avec des mots savants mais toujours très simples, comme ceux de Guyard, la mythologie grecque, la ramenant à une explication toute simple de la vie des populations de cette époque et de leurs préoccupations. Guyard fait la même chose avec la philosophie, il décortique, dissèque, dénoyaute les écrits, les pensées, les recommandations des auteurs, notamment des auteurs de la Grèce antique qu’il semble particulièrement affectionnés.

    Il ne cherche pas à éclairer l’auditeur, il cherche à  l’embrouiller encore plus pour qu’il remette en question tout ce en quoi il croit, tous les cadres que la société a fabriqués pour que la majorité vivent selon les normes que certains ont définies : normes morales, normes sociales, normes économiques, normes religieuses, normes culturelles, … Tout ce fatras de normes qui devrait permettre de vivre en société alors que l’homme est avant tout individu et qu’il ne vit que pour lui-même, pour se confronter à la vie et à la mort qui n’en est que le dernier épisode.

    Laffort a mis ses souliers dans les pas de Guyard allant de la librairie à la médiathèque, de la prison à la ferme, de chez le boulanger à l’école des puéricultrices partout où les gens s’interrogent sur leur existence, leur raison d’être, leur façon de rendre leur vie possible et peut-être agréable. Et, chaque fois, Guyard les a pris par surprise, leur faisant comprendre que tout ce qu’ils croyaient allait à l’encontre de ce qu’ils recherchaient. Le bonheur s’oppose à la joie, la violence populaire n’est que la manifestation de sa force, l’expression de la nécessité de renouveler la liste de ceux qui détiennent le pouvoir, l’accumulation des richesses n’est que l’expression de l’angoisse, de la peur, de la vie, de la nécessité de se protéger. De conférence en conférence, Guyard adapte ainsi son discours à son public pour toujours revenir à l’essentiel, à l’individu, à son essence même, à la nécessité dans laquelle il est d’échapper aux forces qui le séquestrent dans l’un des systèmes inventés par les puissants. L’amour sans frustration n’est pas amour, l’éthique est personnelle et non professionnelle, la volonté prime sur la moralité, … chaque public reçoit le message qui lui est adapté.

    Se situant lui-même « entre Coluche et la métaphysique », Alain Guyard redonne une nouvelle dimension à la philosophie gravement dévaluée par les philosophes de télé qui essaient d’en faire une marchandise de librairie. J’ai retrouvé toute la puissance que Guyard à mis dans « La soudure », toute sa détermination à vouloir faire comprendre aux hommes que la vraie vie était en eux et que tous les systèmes étaient pervers. La philosophie ça dérange, « ça fout la merde » dans les esprits parce que la vie, la raisons de vivre, ça ne s’explique pas, le philosophe est comme « l’homme qui pédale sans savoir qu’il pédale et qui doit descendre de vélo pour savoir s’il pédale bien et donc cesser de pédaler ». C’est la machine infernale, le mouvement perpétuel de la remise en question permanente. Il reste à chacun de déterminer ce qu’est pour soi « la valeur de l’existence ».

    Un film qui vaut bien la quasi-totalité des discours que nous devrons subir lors des prochaines campagnes électorales où l’adage de Nietzsche sera encore confirmé : « Nous sommes des décadents ». Il nous restera alors la transgression pour créer un autre du monde hors du cadre défini actuellement.

    Et pour conclure, je voudrais ajouter que je partage avec Guyard cette façon d’aller à la rencontre des acteurs de nos territoires, des vraies gens, pour les écouter et les conforter dans leurs démarches souvent à la marge des idées reçues. Là sont les vraies forces !

    Le film est dans les salles françaises depuis le 5 octobre 2016.

    Le site consacré au film

    Lien direct vers la bande-annonce

    Alain Guyard sur le site du Dilettante

    La soudure d'Alain Guyard par Denis Billamboz sur Benzinemag.net

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  • J'AI DES DONS

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    J’ai des dons pour la violence, dit l’homme au loup.

    J’ai des dons pour l’enfance, dit le loup à l’enfant.

    J’ai des dons pour le rire, dit l’enfant au clown.

    J’ai des dons pour l’intime, dit le clown à l’artiste.

    J’ai des dons pour la notoriété, dit l’artiste à l’homme public.

    J’ai des dons pour la comédie, dit l’homme public au comédien.

    J’ai des dons pour la solitude, dit le comédien au navigateur solitaire.

    J’ai des dons pour l’insularité, dit le navigateur à l’île.

    J’ai des dons pour le silence, dit l’île à l’oiseau.

    J’ai des dons pour l’immensité, dit l’oiseau à l’étoile.

    J’ai des dons pour la lumière, dit l’étoile au visage.

    J’ai des dons pour l’histoire, dit le visage au souvenir.

    J’ai des dons pour les mathématiques, dit le souvenir au nombre.

    J’ai des dons pour la naissance, dit le nombre au nombril.

    J’ai des dons pour la réjouissance, dit le nombril à la fête.

    J’ai des dons pour le jeu, dit la fête au croupier.

    J’ai des dons pour l’accoutumance, dit le croupier à la veine.

    J’ai des dons pour le sang, dit la veine au cœur.

    J’ai des dons pour la connaissance, dit le cœur au livre.

    J’ai des dons pour la vague, dit le livre à la mer.

    J'ai des dons pour le sable, dit la mer au désert.

    J’ai des dons pour l'isolement, dit le désert au geôlier.

    J’ai des dons pour la confession, dit le geôlier au prêtre.

    J’ai des dons pour la névrose, dit le prêtre au psychanalyste.

    J’ai des dons pour la soumission, dit le psy à la soumise.

    J’ai des dons pour le miaulement, dit la soumise au chat.

    J’ai des dons pour les liens, dit le chat à l’ami.

    J’ai des dons pour l’inconstance, dit l’ami à l’homme politique.

    J’ai des dons pour la guerre, dit l’homme politique au militaire.

    J’ai des dons pour le hululement, dit le militaire au loup.

    J’ai des dons pour l’humanité, dit le loup à l’homme.

      

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Les amis font aussi la rentrée

         arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    A la rentrée, il ne faut pas oublier les amis publiant chez des petits éditeurs indépendants très méritants qui s’attachent souvent à promouvoir des oeuvres de qualité. J’ai ainsi eu l’occasion de lire pour cette présente rentrée, le dernier roman de Silvana Minchella, « Angela », la vie d’une louve tout droit évadée de son précédent roman « Les louves » et un tout petit recueil de textes courts, par la taille mais immense par le talent, de Thierry Radière « A la fin » qui évoque la vie sur sa fin, publié à La porte.

     

     

    Angela-Silvana-Minchella.jpgANGELA 

    Silvana MINCHELLA

    Chloé des lys

    Dans la région centrale de l’Italie, pas très loin du fameux Monte Cassino qui vit les Alliés défaire les Allemands, Luisa, la plus belle fille du village est mariée, contre sa volonté, à un des rares hommes qui sortent indemnes du conflit mondial. De leur union, naît, après bien des tentatives infructueuses, un bébé, Angela, ce n’est pas un garçon mais c’est tout de même une héritière pour cette famille qui peine à assurer sa succession. Angela est choyée comme un trésor, elle représente l’avenir de la famille, le bâton de vieillesse de tous ceux qui l’accueillent.

    Les temps sont difficiles dans cette région très pauvre, le père décide d’émigrer en Belgique où il ne s’adapte pas contrairement à Angela qui devient une vraie petite citadine qui a honte de son père demeuré un brave paysan italien perdu dans la grande ville. « Honte remords, mépris de moi-même et colère contre « les autres » dont le jugement, le regard, l’opinion, étaient plus puissants que mon élan vers mon père fatigué. » Lui écrit-elle dans une lettre qu’elle ne lui remettra jamais.

    La petite fille devient le pilier de la famille entre une mère devenue citadine, prête à tous les expédients pour rester dans la grande ville et un père alcoolique qui voudrait retourner dans sa campagne natale. Elle apprend à se défendre seule et à trouver en elle les forces qui ont présidé à sa naissance et qui lui confère la fragilité d’un elfe qui la caractérise. Elle s’adonne à toutes les recherches possibles, sans ordre, ni méthode. « Elle goûta à tout ce qui se présentait : Boudhisme, guérison par les couleurs, par les sons, magnétisme, chakras, canalisations, hypnose, physique quantique, tarot, décodage des rêves, loi de l’attraction, le grand secret, l’alchimie, la reconnexion, voir les auras, les vies antérieurs, le transgénérationnel, la Gnose, etc… »

    Silvana nous raconte son parcours, ou celui d’une fillette qui lui ressemblerait étrangement, le chemin parcouru par une petite émigrée italienne en butte à toutes les misères de l’exil, les difficultés familiales, l’intégration, le rejet, la stigmatisation… Mais ce parcours est aussi tout le chemin qu’elle a parcouru pour comprendre ses origines, sa raison de vivre, son être profond, sa place dans le monde. Une quête où se mêlent l’introspection et la recherche des origines.silvana.jpg

    Ce livre qui se divise en deux parties très distinctes n’est en fait une seule est même histoire, c’est la quête de cette gamine devenue une séduisante femme qui cherche à comprendre comment elle a pu naître avec de yeux liquides au milieu d’une tribu aux yeux de charbon et, devenue adulte, ressentir en elle des forces qui ne semblent pas résider chez les autres. Ce ne sont peut-être que les stigmates de l’arrachement et de la honte des parents qui entraînent cette femme sur les chemins de toutes les religions en passant par l’ésotérisme et l’occultisme et toutes les formes de pensées qui traînent dans notre société et qui l’incitent à se réfugier dans les rêves où elle pourrait trouver un prince charmant, son complément.

    Le site de Chloé des Lys

    Silvana Minchella sur le site de l'AEB

     

     

    À LA FINDq64-V2oNWqrb0inqshU10rSkWs@500x179.jpg

    Thierry RADIÈRE

    La porte

    Quelle émotion à la lecture de ce tout petit recueil de textes très courts ! Des images, des souvenirs qui se précipitent, des souvenirs des parents qui vieillissent, blanchissent, se tassent et finissent par abandonner sur terre les restes de leur corps usé. Une bouffée de souvenirs odorants : l’enfance dans une campagne qui ressemble étrangement à celle de ce vieillard, la roue de la vie qui dévide le temps des parents et puis le sien, son propre temps à soi

    Juste quelques paragraphes pour rythmer le passage d’un ancêtre, ou d’un autre vieillard, ami ou voisin, ou les deux à la fois, du statut de parent ou d’ami à celui d’ancêtre calligraphié sur l’arbre généalogique de la famille ou de connaissance griffonné sur une carte de visite conservée en souvenir.gYwRTQCP30guMU86VS4Ox0DCSmM.jpg

    C’est beau, c’est poétique, c’est émouvant et c’est tellement vrai qu’on se sent glisser plus légèrement sur le toboggan de la vie, vers le monde de ceux qui n’ont transmis que leur esprit au souvenir des survivants et à leur vénération pour ceux qui décèdent en Extrême-Orient. « Ils devenaient de plus en plus réels et attachants si bien qu’ils donnaient le sentiments d’être universels ». (Très belle citation de l’auteur dans sa dédicace).

    « A la fin, il n’y avait plus que les nuages qui l’intéressaient. Ils lui faisaient penser à des marionnettes. Avec ses lunettes noires, les yeux sans cesse levés vers le ciel, il ressemblait à u vieux rocker en train de chercher des paroles à une dernière chanson ». Il ne me déplairait pas de vieillir comme ça !

    Le livre sur le blog de Thierry Radière

    Thierry Radière sur le site de la Maison des Ecrivains

  • LES MOIGNONS (IV): LES HONNEURS et autres textes de pacotille

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    Les honneurs 

    Quel honneur de se faire croquer par un crocodile dans une mare aux canards! Quel honneur de se faire casser par une carrosserie dans un grand prix automobile ! Quel honneur de se faire piquer par un aspic dans un panier de charmeur de serpent ! Quel honneur de se faire grignoter par un rongeur dans une cage à rats ! Quel honneur de se faire bourrer par un bourrin dans un enclos d’ânes ! Quel honneur de se faire découper par un équarisseur dans une chambre froide ! Quel honneur de se faire guillotiner par un gai bourreau dans une révolution de carnaval ! Quel honneur de se faire noyer par une naïade dans un Spa de province ! Quel honneur de se faire toréer par un torero dans une arène au soleil ! Quel honneur de se faire prier par un prieur dans un monastère bénédictin! Quel honneur de se faire plumer par un oiseau de basse-cour dans une cage à poulet ! Quel honneur de se faire introniser à la confrérie des lécheurs d’huiles locales par des gros bonnets aux mains grasses dans une académie de bazar! Quel honneur, je vous le demande?

     

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    La croix 

    Cette femme n’aimait que les hommes en croix, à en croire ses amants. Elle ne jubilait qu’à les voir crucifiés, avec ou sans clou, à en croire ses amants. Puis elle leur faisait subir mille souffrances et humiliations de son cru, à en croire ses amants. Elle les déposait ensuite de la croix et les consolait dans des scènes dignes des plus émouvantes pietàs, à en croire ses amants. Elle pleurait tant que les hommes au contact de ses joues trempées sur leur poitrine jouissaient comme jamais, à en croire ses amants.  

     

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    Un rêve 

    Chaque jour, au réveil, depuis bientôt soixante ans, je dépose mon rêve de la nuit précédente sur ma table de chevet. Pour le retravailler au soir venu car je ne le trouve jamais assez beau.

     

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    L’arbre à chevaux 

    Ce garçon aimait, le soir, après son travail aux écuries, s’allonger sous l’arbre à chevaux.

    De les voir se balancer doucement au-dessus de sa tête le faisait rêver à des galopades échevelées, à des chevauchées au galop. Cela le reposait de son boulot de palefrenier.

    Quand ils étaient bien mûrs, il en décrochait un et le montait au pas pour commencer, au trop pour finir... Puis il les replaçait sur leurs branches pour les laisser pourrir.

     

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    La pire provocation 

    Et si la pire provocation était aujourd’hui de fumer du porc à la barbe d’un salafiste végane et vapotant?

     

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    Le professeur martyr 

    Ce professeur martyr de l’enseignement finit pas obtenir son effigie sur la croix dans le hall de l’établissement catholique où il avait souffert son calvaire d'enseignant

     

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    Dans une autre vie 

    Dans une autre vie, je t’aurais déshabillée sous la lune. Dans une autre vie, je t’aurais aimée toute la nuit. Dans une autre vie, je me serais couché à tes côtés. Dans une autre vie, j’aurais détaillé chacun de tes grains de beauté. Dans une autre vie, j’aurais baisé tous tes tatouages et leurs alentours. Dans une autre vie, j’aurais retouché tes lèvres avec ma langue. Dans une autre vie, je t’aurais emmenée dans les étoiles. Dans cette vie-ci, je ne sais même pas sortir de mon lit quant le réveil sonne... 

     

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    Le bic 

    Pendant quatre-vingt-treize ans il avait cherché le bic qui le ferait commencer à écrire... En planant au-dessus de son corps, il l’aperçut enfin à travers un demi-brouillard comateux. C’était le bic du médecin qui s’apprêtait à rédiger son acte de décès.

     

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    La fin d’un rêve

    Sur cet immeuble trônait un rêve. S’il restait invisible durant le jour, à la la nuit venue, il brillait de tous ses feux. Quand un Airbus 380 en partance pour les Îles le percuta sur le coup de minuit avec ses 525 passagers, le rêve s’en alla en fumée...

     

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    Les anecdotes 

    Après un échange de propos anodins sur le temps qu’il faisait et l’état de notre société, cette personne me raconta des anecdotes sur son front et sur ses oreilles, sur son nez et sur sa bouche, sur ses bras et sur ses mains. Puis elle m’en conta sur ses seins, qui dataient de son adolescence, et sur son nombril, qui remontaient bien avant. Elle m’en narra une sur son sexe et une autre sur son trou du cul. Elle m’en dit plus d’une sur ses genoux, sur ses cou-de-pied, sur ses deux majeurs et sur son gros orteil droit. Son corps était une mine d’histoires inépuisable, une réserve de micro-récits en puissance…

    Après l’avoir écoutée pendant une bonne heure, devant mon silence ébahi, elle me demanda si je n’avais pas une anecdote à raconter. Pour la première fois, elle me regarda à ses pieds et dut bien constater qu’en tant qu’homme-tronc de naissance, ma réserve d’histoires était considérablement diminuée.

     

    (à suivre)

  • LE PETIT JESUS ET LA VIE SEXUELLE DES POÈTES d’Éric DEJAEGER

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    Vingt-et-une nouvelles d’Éric Dejaeger qui dépotent. N’arrêtent pas de surprendre. Et de nous réjouir…

    Avec un fil rouge, Edgar Skomanski, cet écrivain que dans chaque nouvelle des personnages lisent, et dont on n’en saura pas beaucoup plus, ce qui fait aussi le piquant de la trouvaille car l’œuvre d’un écrivain aimé vaut toujours plus que son pitoyable tas de secrets révélé, qui déçoit toujours et ne peut jamais expliquer la magie des livres.

    Comme dans les meilleurs crus dejaegeriens (dans Dejaeger, il y a Edgar), celui-ci multiplie les genres et donne à ses différents récits des chutes cruelles, sans points de suspension. L’histoire s’arrête là, inutile de se lamenter ou d’imaginer une consolation.  Telles nos vies vouées à un arrêt définitif et sans appel.

    Il y a plusieurs histoires qu’on a hâte de rapporter sans toutefois dévoiler la fin. Celle du petit garçon qui trouve en rentrant de l’école d’abord un mot de son papa... (Nouvelle épistolaire). Celle du feu qui prend à la maison familiale ; la mère parvient à force de sang-froid à sauver ses enfants mais oublie une personne… (Le feu de l’amour).  Il y a les vengeances non moins terribles que celles des films de Tarantino : celle qui se pratique par l’hypnose (Fais dodo, lecteur mon p’tit frère..), celle qui s’annonce par l’odorat de la victime (Le parfum de la dame en bleu), celle qui se pratique sur le même modus operandi que l’acte traumatisant (Séquelles des dernières vacances passées avec maman et papa). Puis il y a les troublantes, les plus marrantes, les presque tendres…de-jaeger.jpg

    La mort omniprésente comme génératrice de récits ! Ce qui n’empêche pas l’humour, la poésie, la compassion, le suspense... quand l’auteur qui les agence sous la forme de contes (im)moraux vivifiants sait varier et doser les ingrédients.

    Nul doute qu’Edgar Skomanski, s’il en a reçu un exemplaire, aura apprécié.

    Le livre présente un alléchant collage de couverture de Jean-Pierre Verstraeten et est préfacé par Jean-Philippe Querton.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Cactus Inébranlable éditions

    Court toujours, le blog d'Éric DEJAEGER

    Eric Dejaeger participera avec Jean-Yves Plamont à Ceci n'est pas un poète les 14, 15 et 16 octobre dans la région de Lille. 

     

  • À TIRE-D'AILES de BENEDICTE LOYEN

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    image245.jpgUne belle claque

    Au-delà de nos considérations personnelles, au-delà des chiffres énoncés à la fin, cet ouvrage appelle notre conscience et nous invite, pour un instant, à accompagner un jeune homme Africain fuyant son pays dévasté par la misère et la guerre.

    Les photographies très justes suscitent en nous divers sentiments, et un mal-être évidemment. Plus éloquentes que tous les textes sur ce sujet, elles sont agrémentées de quelques mots, de courtes phrases ou petits textes qui en éveillent d'autres en nous, plus froids, plus durs, plus réalistes. Car malgré la tragédie, la photographe pose en douceur ses clichés, interpelle notre regard dans un premier temps, puis notre esprit, et nous réveille le coeur. 

    Et cet enfant qui veut déployer ses ailes pour rejoindre l'Occident a le pouvoir de nous émouvoir, nous fait ranger au placard notre aversion et nos craintes, nous invite à le suivre dans ce dangereux périple, envers et contre tout. 

    C'est beau, ça remue les tripes et donne à réfléchir. Une parenthèse bien utile en ces temps tourmentés, pour s'imaginer cinq minutes à la place de ce petit homme qui fuit.
    Pari réussi.

    Le livre sur le site des Editions Jacques Flament

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    Le site de Bénédicte Loyen, photographe, comédienne & réalisatrice

  • PORC DE TÊTE et autres bêtes couvre-chefs

    chapeau-velours-cochon-8421a-3.jpgAprès la mode antique du pilos, puis des divers bonnets, capuches, casques, casquettes, chapeaux (cloches, claques ou bien classes), coiffes, couvre-chefs, hauts-de-forme ayant orné le crâne de nos ancêtres, parents ou amis au crâne fragile, vint la mode des animaux vivants sur la tête à laquelle, moins par amour des bêtes que par souci de dissimuler une calvitie naissante, je choisis de sacrifier.

    D’abord, je portai une mygale qui orna avantageusement ma tonsure mais, un moment tétanisé par le soleil, le pauvre arachnide fila se réfugier dans le gris de ma couronne capillaire et j’eus toutes les peines du monde à le faire réintégrer la place chauve, tel un migrant de Calais un moment écarté par des murs adventices de la voie rapide filant vers l’Angleterre, ce mirage extra-européen.
    J’optai ensuite pour en guise de calot un cabot, un chien errant, pitoyable mais qui sur mon occiput non moins pitoyable se nomadisa et forma un assemblage fourrure-poil-peau plutôt seyant. De plus, l’animal d’un certain âge trouvait plaisir à voir le monde d’un peu plus haut et à se faire transbahuter aux frais de mes vieilles jambes. Mais il sentait trop le chien et j’en eus bientôt les narines irritées.

    Je portait alors le cochon de lait mais il était si rose et appétissant que je ne résistais pas, en guise d’en cas, d’en prélever les bons morceaux avec mon cutter. Il dépérit vite, et, quand il ne fut plus qu’un squelette, il tomba inanimé.   

    Je le remplaçai illico par un poisson rouge dans son bocal mais, malgré ma maîtrise du transport de tête, de l’eau me tombait constamment par saccades (surtout quand je courais après le bus) sur les yeux et on pensait alors que je pleurais (la séparation d’un être cher) alors que rien de sentimental ne m’affecte jamais. 

    Du poisson, je passai au faucon, connu comme oiseau statique hormis la tête toujours dodelinante et comme à l’affût. Mais un jour qu’un pigeon chiant l’avait passablement énervé, il me planta son bec crochu dans le crâne et j’écopai de dix points de suture sans compter le sang ainsi qu’un bout de cervelle (heureusement inefficient) versés sur la chaussée, qui fit, certes, le régal de quelques rats assoiffés.    

    Je demeurai dans l’ordre des tétrapodes à plumes et portai allègrement pendant un temps un perroquet jaco. Mes contemporains ne cessaient de me coller, en pensant que je leur faisais enfin la conversation alors qu’ils disputaient répétitivement avec le psittacidé qui avait à dire sur tout, tel un commentateur de réseau social pérorant sur l'info politique du jour, et qui ne voyait rien, car le bougre s’était réfugié sous un keffieh à cause de la chaleur à moins qu’il ne se fût converti à une forme de refus palestinien de ses territoires occupés.

    Mes oreilles ne supportèrent plus son charabia et je portai alors fièrement un paon.

    Un paon qui faisait la roue mais, pour rouler à vélo, ce n’est pas jojo. La roue du haut interfère avec les roues du bas, et ça provoque des problèmes de mobilité. Je me fracturai une hanche en tombant et, après six mois de réadaptation, je ne pus plus charger qu’un petit animal. C’est alors qu’on me vit avec une tortue domestique. L’aspect casqué de la chose me fit participer pour la première fois à des manifestations,  tantôt du côté de la police (quand je fus rétribué comme soutien aux forces de l’ordre) tantôt du côté des manifestants (quand je redevins chômeur). Ma tortue prenait bien les coups ; de plus, elle s’accrochait avec ses petites pattes griffues à mes pavillons auriculaires qui furent bien plus décollés après cette période tortueuse.
    Je portai ensuite, dans le désordre, un petit panda communiste (qui chuta, creva et conduisit à un grave incident diplomatique avec la Chine qui menaça d'un désastre économique mon petit royaume), un crocodile dans un sac et même un éléphant adulte à la trompe qui raclait la poussière et aux défenses qui énucluèrent les pare-brises de quelques 4X4.

    La pachyderme acheva de me tasser les vertèbres et, depuis, je ne porte plus qu’un kiné nain qui est beaucoup plus léger, ne sent presque pas, ne parle qu’avec les mains et ne sait pas faire la roue. Aux arrêts, il me palpe avantageusement, me remet les côtes en place, réajuste mon cou, flatte mes épaules. Pendant les courses, il me masse le cuir chevelu, et j’ai la tête pleine d’étoiles ; je cours à nouveau comme un lapin sans tête...

    J’ai, je crois bien, trouvé mon couvre-chef idéal.

  • L’AMPLEUR DES ASTRES de Thierry ROQUET

    couverture-l-ampleur-des-astres.jpg?fx=r_550_550Thierry Roquet, le cosmos et la chasse au court

    Avec la collection des P’tit Cactus de Jean-Philippe Querton qui s’est imposée dans le monde de l’édition francophone belge et au-delà, on sait maintenant que les aphorismes se déclinent suivant différents genres, diverses sensibilités…

    Les dernières livraisons mettent davantage l’accent sur des aphorismes qui disent aussi le quotidien des auteurs, leurs humeurs, à la façon d’un journal intime. Des aphorismes qui ne jouent pas seulement sur les mots mais qui sont aussi l’expression d’une vision du monde, d’une sensibilité unique.

    C’est le cas avec cette dense livraison de Thierry Roquet dont on connaît déjà l’univers poétique singulier et dont on reconnaît ici l’esprit.

    Une partie d’entre ces aphorismes (que l’auteur définit comme une chasse au court) sont d’ailleurs écrits à la première personne et décrivent son quotidien, sa vie de couple et de salarié; ce sont ceux qui m’ont touché le plus tant ils  sont vrais et justes. Sans apprêt et sans illusion mais avec un fond de tendresse pour l’humanité qui caractérise l’auteur.467795819.2.jpg

    Même si ceux où il se joue des mots et de ses maux n’ont rien à envier aux maîtres du genre (Quand un chômeur, il refroidit vite - Douche froide)

    Si les apophtegmes flirtent avec la déprime, la dépréciation de soi, ils sont plus vivifiants que bien des ouvrages de développement personnel et le recueil délivre des sentences définitives sur l’homme (a)social,  comme, entre autres, celle-ci : être soi-même jusqu’au bout, parmi les autres, équivaut à un suicide social (Philosophiquement vôtre).

    Tous se particularisent par le jeu subtil entre le titre dont ils sont affublés (avec l’aide d’Éric Dejaeger, souligne Roquet, auquel le recueil est en quelque sorte dédié) et le (mini)corps de l’aphorisme. Il arrive même que le titre le dépasse…

    Thierry égrène aussi plusieurs rencontres de qualité (entre un reflet et un aveugle de naissance, entre un pervers narcissique et une victime expiatoire…) et quelques promenades nocturnes où le gaillard part promener… sa bite (et qui valent par les remarques savoureuses que lui rétorquent sa chérie).

    Le souci du temps qui passe, la vaine quête de l’identité et autres questions existentielles irriguent ce recueil qui ne s’intitule pas par hasard L’ampleur des astres car tout est par cela mis en perspective avec le vide immense du cosmos.

    Idéal donc pour entrer dans l’univers roquettien par la belle porte des phrases vives et nécessaire pour ceux auxquels manqueraient encore à leur collier de publications du Cow-boy de Malakoff* cette nouvelle perle.

    Un recueil à lire, puis à partager !

    Le chouette dessin de couverture est signé Emelyne Duval

    Éric Allard

     

    Quelques extraits  

    Piqûres & rides

    Fais gaffe, le taon passe.

     

    J’en salive déjà

    Après mon entretien dent-bouche, je vais demander une augmentation de molaire.

     

    Pessimiste-optimiste

    Ca fait un bon moment que je n’ai plus ressenti de coup de déprime et ça m’inquiète un peu.

     

    Origine

    N’oublions jamais d’où nous venons : du trou du cul de la galaxie. Ça dégaze sec ! Et ça vous met des parfums d’étoiles dans les narines!

     

    Vive la Bretagne !

    Lorient est à la pointe de l’Occident.

     

    Fort comme un chêne

    Glander, c’est résister à l’occupation.

     

    Sur les conseils de mon médecin

    J’ai engagé un détective privé pour surveiller ma tension.

     

    Bio ou rien

    Celui qui se cultive tout seul pousse sans doute un peu de travers.

     

    Fauché

    Je n’ai pas les moyens de m’acheter un être cher.

     

    Le livre sur le site des Cactus Inébranlable éditions

    Le BLOG de THIERRY ROQUET

    *Le Cow-boy de Malakoff de Thierry Roquet

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Lectures de la mi-septembre

    arton117866-225x300.jpgpar Denis BILLAMBOZ

     

     

     

     

     
    cat_1469440173_1.jpgLE JARDIN ARC-EN-CIEL

    Ito OGAWA

    Editions Picquier

    Le mariage et la filiation homosexuels préoccupent les Japonais tout autant que les Occidentaux, dans ce roman, Ito Ogawa expose son point de vue sur ce sujet sans militantisme forcené mais avec une grande ouverture d’esprit, n’éludant aucun aspect de la question. A cette fin, elle constitue une famille atypique : une femme divorcée et son fils, une jeune fille qui ne sait pas encore qu’elle est enceinte, quatre personnes qui, tour à tour, racontent un morceau de la vie qu’elles essaient de construire ensemble.

    Dans une gare de Tokyo, Izumi, mère de famille en cours de divorce, est attirée par une jolie jeune fille, encore lycéenne, qui semble en plein désarroi, elle craint qu’elle cherche à se jeter sous un train et accourt auprès d’elle pour l’en dissuader. Elle l’emmène chez elle pour la rassurer et la convaincre que la vie peut être encore belle pour elle aussi. Une relation sentimentale se noue rapidement entre les deux femmes qui, ne voulant pas d’une histoire d’amour intermittente, décident de vivre ensemble mais pour cela elles doivent quitter la ville car la famille de Chiyoko, la jeune fille, ne supporte pas cette union qu’elle juge préjudiciable à son image et sa notoriété.

    Avec le fils d’Izumi, les deux femmes partent alors pour le pays des étoiles, un coin de campagne perdu au pied de la montagne où elles se réfugient dans un ancien atelier délabré qu’elles arrangent pour le mieux. Petit à petit elles construisent une vie, une vie familiale comme n’importe qu’elle autre famille japonaise. Izumi raconte la rencontre, la fuite, l’installation au Machu Pichu, le nom qu’elles ont donné à ce coin de campagne aussi difficile d’accès que la célèbre montagne andine. Chiyoko raconte, elle, la construction de la famille, le projet professionnel des deux femmes, la possibilité de former un vrai couple. Et les enfants à leur tour prennent la parole pour évoquer, à travers leur regard d’enfant, cette famille atypique, comment ils ont, eux, vécu cette différence et comment ils se projettent dans l’avenir.

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    Ito Ogawa

    A mon sens ce roman n’est pas un livre militant pour une cause quelconque, c’est juste un texte sur la tolérance et l’acceptation. L’auteure nous laisse penser que chacun doit s’accepter comme il est et que chacun doit accepter les autres comme ils sont. « Quoi qu’il arrive l’important c’est d’accepter et de pardonner ». Dans ce texte on rencontre aussi des personnes différentes non seulement par le sexe et les pratiques sexuelles qui sont plus ou moins bien acceptées par leur entourage et la société en général. Ito Ogawa propose une jolie parabole pour expliquer la différence et son acceptation : « Elles (les fleurs) ont beau trouver la teinte de la fleur voisine plus jolie, et l’envier, elles ne peuvent pas modifier à leur guise la couleur qui leur a été dévolue. Alors, il ne leur reste plus qu’à vivre cette couleur de toutes leurs forces ».

    Ce roman est aussi un joli plaidoyer pour la vie familiale qui devrait être accessible à chacun quelque soit son sexe et ses mœurs, l’auteure conseille vivement à celles et ceux qui se sentent rejetés de construire une famille avec celles ou ceux qu’ils aiment. « Vous n’avez qu’à construire une famille à vos couleurs, en prenant votre temps. Parce que les liens du sang ne font pas tout. » Au Machu Pichu, « Une famille, ce n’était pas une question de sexe ou d’âge », c’était de l’amour, des disputes, de la douleur, de l’humiliation, des amis, la maladie et tout ce qui fait la vie de tout un chacun mais peut-être avec un peu plus de contraintes encore.

    Au Japon, l’homosexualité semble être encore moins bien acceptée qu’en Occident, c’est du moins ce qui ressort de ce roman écrit avec beaucoup de finesse et de pudeur, les personnages sont disséqués avec délicatesse jusqu’au fond de leur âme. L’auteure ne prend qu’un parti, celui de la tolérance, de l’ouverture d’esprit, de l’acceptation et du droit de chacun à disposer de son corps et du sens qu’il souhaite donné à son existence. La famille qu’elle a créée n’est peut-être pas très crédible mais elle rassemble en son sein toutes les questions qui ont été soulevées autour de l’union homosexuelle dans des scènes où la description des plus petits détails apporte un supplément de vie.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    lesnuits-de.jpgLES NUITS DE WILLIAMSBURG

    Frédéric CHOURAKI

    Le Dilettante

    Sammy écrit des livres mais ils ne se vendent pas, son éditrice ne se gênent pas pour l’éjecter de la maison d’édition en mettant le doigt là où ça fait mal, elle a d’autant moins de scrupules qu’elle comptait bien profiter des charmes du beau quadra qui, hélas pour elle, c’est avéré être homo. « Encore des Juifs, encore des gays ! Je n’en peux plus, Samuel ! Ecoute, tu tournes en rond. Et ce n’est pas crédible ! Qui peut imaginer un seul instant que l’on puisse passer ses journées à prier à la synagogue et ses nuits dans des … backrooms ! » Lassé de sa famille trop juive, blasé de ses déambulations dans les milieux homosexuels du Marais, déçu par ses amis carriéristes, privé de son moyen d‘existence et de moins en moins enclin à chercher un job, Sammy saisit l’opportunité du départ d’un pote vers New York pour, lui aussi, partir vers la Grosse Pomme dans le quartier de Williamsburg dont il savait seulement que Kerouac y avait vécu.

    A Williamsburg, il lui faudra accomplir un pénible parcours initiatique avant de comprendre ce qui cloche dans sa relation au monde actuel, il s’épuisera à faire la plonge dans un restaurant italien, il échouera « au test de la sainteté hassidique et de l’hétérosexualité débonnaire » au contact d’un rabbin intégriste et entre les jambes de sa fille nymphomane avant, un soir d’errance et de désespoir, d’entendra souffler l’esprit de la beat generation, la voix de son gourou de jeunesse, la voie du grand Jack Kerouac. Alors il comprendra qu’une nouvelle classe est entrain de ruiner le monde. « Leur idéologie rance se résumait à une somme syncrétique et bancale de fausses bonnes idées : écologie : éthique, partage, production locale, art en mineur, progressisme sociétal et libéralisme économique honteux. »

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    Frédéric Chouraki

    « Même s’il s’en défendait, Sammy avait toujours jugé le milieu gay de même que la communauté juive avec contemption pour ne pas dire un dédain certain. » Il leur reprochait de faire partie de cette nouvelle classe coupable de conduire l’Occident malade vers une nouvelle phase de déclin, d’appartenir à « cette vermine complaisante pseudo-progressiste et ahistorique qui ne croit que dans la tiédeur et le mélange. »

    Avec ce texte empreint d’une réelle nostalgie du bon vieux temps de la beat generation, de la liberté sexuelle, de la liberté de penser et toutes les autres libertés, du bon vieux temps où le monde n’était pas encore totalement englué dans les notions de profit, de rentabilité et d’égalitarisme mou, Frédéric Chouraki achève son texte par une véritable diatribe à l’encontre de ceux qui nous dirigent.

    Ce livre n’est cependant pas un pamphlet politique, c’est un roman gouleyant, drôle, enrichi de très nombreuses références cinématographies et littéraires, notamment. Un texte écrit avec une écriture actuelle, vive, colorée, gouailleuse comme de l’Audiard ou du Blondin qui aurait macéré dans le bouillon culturel de la Beat Generation assaisonné au sel de la sémantique gay et juive. Il faut connaître au moins un peu le langage juif et des bribes de parisien du Marais pour ne pas laisser échapper toutes les allusions et insinuations glissées par l’auteur.

    N’y aurait-il pas, « dans la marge de la production pléthorique qui encombrait (bre), chaque automne, les tables des librairies, l’espace pour une voix fantaisiste et légèrement anarchique ? »

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • GHERASIM LUCA

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    Ghérasim Lucan, de son vrai nom Salman Locker, naît à Bucarest en 1913.
    Il prend part dans les années trente aux activités du groupe surréaliste roumain avec Tristan Tzara, Victor Brauner, Benjamin Fondane, Constantin Brancusi mais n'adhérera jamais au groupe surréaliste français quand il viendra vivre à Paris dans les années 50.

    Toute sa vie, il refusera toutes les idéologies, toute forme de compromission. 

    Il se donne la mort à l'âge de 80 ans en se jetant dans la Seine le 9 février 1994, comme l'avait fait 24 ans avant lui son ami Paul Celan.

    Gilles Deleuze qui écrira sur sa poésie a dit de lui qu'il était le plus grand poète français de son époque.

    Son oeuvre a inspiré toute une poésie de l'oralité parmi lesquels Serge Pey, J.-P. Verheggen, Olivier Cadiot, Christophe Tarkos...

     

    Quelques articles pour en savoir plus:

    Ghérasim Luca, éveilleur des mots dits, par Jean Gédéon

    Gherasim Luca, Paul Celan: un au-delà de la langue dans la langue?, par Sibylle Orlandi

    L'insistance sur l'homophonie chez Gherasim Luca: création poétique et association libre, par Pierrick Brient

     

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    Gherasim Luca disant PASSIONNÉMENT en 1989 

    SON CORPS LÉGER

    Son corps léger

    est-il la fin du monde ?

    c'est une erreur

    c'est un délice glissant

    entre mes lèvres

    près de la glace

    mais l'autre pensait :

    ce n'est qu'une colombe qui respire

    quoi qu'il en soit

    là où je suis

    il se passe quelque chose

    dans une position délimitée par l'orage

    Près de la glace c'est une erreur là où je suis ce n'est qu'une colombe mais l'autre pensait : il se passe quelque chose dans une position délimitée glissant entre mes
    lèvres est-ce la fin du monde ? c'est un délice quoi qu'il en soit son corps léger respire par l'orage

    Dans une position délimitée

    près de la glace qui respire

    son corps léger glissant entre mes lèvres

    est-ce la fin du monde ?

    mais l'autre pensait : c'est
    Un délice

    il se passe quelque chose quoi qu'il en soit

    par l'orage ce n'est qu'une colombe

    là où je suis c'est une erreur

    Est-ce la fin du monde qui respire

    son corps léger? mais l'autre pensait :

    là où je suis près de la glace

    c'est un délice dans une position délimitée

    quoi qu'il en soit c'est une erreur

    il se passe quelque chose par l'orage

    ce n'est qu'une colombe

    glissant entre mes lèvres

    Ce n'est qu'une colombe dans une position délimitée là où je suis par l'orage mais l'autre pensait : qui respire près de la glace est-ce la fin du monde? quoi qu'il en
    soit c'est un délice il se passe quelque chose c'est une erreur glissant entre mes lèvres son corps léger


     

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    LE NERF DE BOEUF 

     

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    PRENDRE CORPS 

    je te flore /

    tu me faune /

    je te peau / je te porte / et te fenêtre /

    tu m’os / tu m’océan / tu m’audace / tu me météorite /

    je te clé d’or / je t’extraordinaire / tu me paroxysme / tu me paroxysme / et me paradoxe / je te clavecin / tu me silencieusement / tu me miroir / je te montre / tu me mirage / tu m’oasis / tu m’oiseau / tu m’insecte / tu me cataracte / je te lune / tu me nuage / tu me marée haute / je te transparente / tu me pénombre / tu me translucide / tu me château vide / et me labyrinthe / tu me parallaxes / et me parabole / tu me debout / et couché / tu m’oblique / je t’équinoxe / je te poète / tu me danse / je te particulier / tu me perpendiculaire / et sous pente / tu me visible / tu me silhouette / tu m’infiniment / tu m’indivisible / tu m’ironie / je te fragile / je t’ardente / je te phonétiquement / tu me hiéroglyphe / tu m’espace / tu me cascade / je te cascade à mon tour / mais toi / tu me fluide / tu m’étoile filante / tu me volcanique /  nous nous pulvérisable / nous nous scandaleusement / jour et nuit / nous nous aujourd’hui même / tu me tangente / je te concentrique / concentrique / tu me soluble / tu m’insoluble / en m’asphyxiant / et me libératrice / tu me pulsatrice / pulsatrice / tu me vertige / tu m’extase / tu me passionnément / tu m’absolu / je t’absente / tu m’absurde / je te marine / je te chevelure / je te hanche / tu me hantes / je te poitrine / je buste ta poitrine / puis ton visage / je te corsage / tu m’odeur / tu me vertige / tu glisses / je te cuisse / je te caresse / je te frissonne / tu m’enjambes / tu m’insupportable / je t’amazone / je te gorge / je te ventre / je te jupe / je te jarretelle / je te peins / je te bach / pour clavecin / sein / et flûte / je te tremblante / tu m’as séduit / tu m’absorbes / je te dispute / je te risque / je te grimpe / tu me frôles / je te nage / mais toi / tu me tourbillonnes / tu m’effleures / tu me cerne / tu me chair cuir peau et morsure / tu me slip noir / tu me ballerine rouge / et quand tu ne haut talon pas mes sens / tu es crocodile / tu es phoque / tu es fascine / tu me couvres / et je te découvre / je t’invente / parfois / tu te livres / tu me lèvre humide / je te délivre / je te délire / tu me délire / et passionne / je t’épaule / je te vertèbre / je te cheville / je te cil et pupille / et si je n’omoplate pas / avant mes poumons / même à distance / tu m’aisselle / je te respire / jour et nuit / je te respire / je te bouche / je te baleine / je te dent / je te griffe / je te vulve / je te paupière / je te haleine / je t’aime / je te sens / je te cou / je te molaire / je te certitude / je te joue / je te veine / je te main / je te sueur / je te langue / je te nuque / je te navigue / je t’ombre / je te corps / je te fantôme /

    je te rétine / dans mon souffle / tu t’iris /

    je t’écris /

    tu me penses

    par Claudine Simon & Elise Dabrowski

    par Arthur H 

     

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    LA DÉRAISON D'ÊTRE

    le désespoir a trois paires de jambes le désespoir a quatre paires de jambes quatre paires de jambes aériennes volcaniques

    absorbantes symétriques il a cinq paires de jambes cinq paires

    symétriques ou six paires de jambes aériennes volcaniques sept paires de jambes volcaniques le désespoir a sept et huit paires de jambes

    volcaniques huit paires de jambes huit paires de

    chaussettes huit fourchettes aériennes absorbées par les

    jambes il a neuf fourchettes symétriques à ses neuf

    paires de jambes dix paires de jambes absorbées par ses jambes c'est-à-dire onze paires de jambes absorbantes

    volcaniques le désespoir a douze paires de jambes douze

    paires de jambes il a treize paires de jambes le désespoir a quatorze paires de jambes

    aériennes volcaniques quinze quinze paires de jambes le désespoir a seize paires de jambes seize

    paires de jambes le désespoir a dix-sept paires de jambes

    absorbées par les jambes dix-huit paires de jambes et dix-huit paires

    de chaussettes il a dix-huit paires de chaussettes dans les

    fourchettes de ses jambes c'est-à-dire dix-neuf paires de jambes le désespoir a vingt paires de jambes le désespoir a trente paires de jambes le désespoir n'a pas de paires
    de jambes mais absolument pas de paires de jambes absolument pas absolument pas de jambes mais absolument pas de jambes absolument trois jambes


     

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    L’ÉCHO DU CORPS

    prête-moi ta cervelle

    cède-moi ton cerceau

    ta cédille ta certitude

    cette cerise

    cède-moi cette cerise

    ou à peu près une autre

    cerne-moi de tes cernes

    précipite-toi

    dans le centre de mon être

    sois le cercle de ce centre

    le triangle de ce cercle

    la quadrature de mes ongles

    sois ceci ou cela ou à peu près

    un autre

    mais suis-moi précède-moi

    séduction

    entre la nuit de ton.nu et le jour de tes joues entre la vie de ton visage et la pie de tes pieds entre le temps de tes tempes et l'espace de

    ton esprit entre la fronde de ton front et les pierres de

    tes paupières entre le bas de tes bras et le haut de tes os

    entre le do de ton dos et le la de ta langue entre les raies de ta rétine et le riz de ton iris entre le thé de ta tête et les verres de tes

    vertèbres entre le vent de ton ventre et les nuages de

    ton nu entre le nu de ta nuque et la vue de ta vulve entre la scie de tes cils et le bois de tes doigts • entre le bout de tes doigts et le bout de ta

    bouche entre le pois de tes poils et la poix de ta poitrine entre le point de tes poings et la ligne de tes

    ligaments entre les pôles de tes épaules et le sud-est de

    ta sueur entre le cou de tes coudes et le coucou de ton

    cou entre le nez de tes nerfs et les fées de tes fesses entre l'air de ta chair et les lames de ton âme entre l'eau de ta peau et le seau de tes os entre la terre de tes artères
    et le feu de ton

    souffle entre le seing de tes seins et les seins de tes

    mains entre les villes de ta cheville et la nacelle de

    tes aisselles entre la source de tes sourcils et le but de ton

    buste entre le musc de tes muscles et le nard de tes

    narines

    entre la muse de tes muscles et la méduse de

    ton médius entre le manteau de ton menton et le tulle de

    ta rotule entre le tain de ton talon et le ton de ton

    menton entre l'œil de ta taille et les dents de ton sang entre la pulpe de ta pupille et la serre de tes

    cernes entre les oreilles de tes orteils et le cervelet de

    ton cerveau entre l'oreiller de tes oreilles et la taie de ta tête entre le lévrier de tes lèvres et le poids de tes

    poignets entre les frontières de ton front et le visa de

    ton visage entre le pouls de tes poumons et le pouls de

    ton pouce entre le lait de tes mollets et le pot de ta

    paume entre les pommes de tes pommettes et le plat

    de tes omoplates entre les plantes de tes plantes et le palais de

    ton palais entre les roues de tes joues et les lombes de tes

    jambes entre le moi de ta voix et la soie de tes

    doigts entre le han de tes hanches et le halo de ton

    haleine

    entre la haine de ton aine et les aines de tes

    veines entre les cuisses de tes caresses et l'odeur de

    ton cœur entre le génie de tes genoux et le nom du

    nombre du nombril de ton ombre


     

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    LA MORPHOLOGIE DE LA METAMORPHOSE

    C'est avec une flûte

    c'est avec le flux fluet de la flûte

    que le fou oui c'est avec un fouet mou

    que le fou foule et affole la mort de

    La mort de la mort de

    c'est l'eau c'est l'or c'est l'orge

    c'est l'orgie des os

    c'est l'orgie des os dans la fosse molle

    où les morts flous flottent dessus

    comme des flots

    Le fou est ce faux phosphore qui coule

    phosphore qui cloue la peau du feu

    aux eaux aux flots de la porte

    alors que la mort de la mort

    de la mort morte et folle

    n'est que le lot le logis de la faute

    qui fausse la logique de loup doux

    de la forme

    de la forme en forme de mot en forme de mort

    en forme de phosphore mort

    qui flotte au-dessus de la fausse forme

    c'est le loup du faux cette forme

    le faux loup qui fait qui ferme

    les fausses portes

    qui coule sous la fausse faute

    et qui fout qui fout qui fouette

    la peau d'eau de la mort

    La mort la mort morte en faux en forme de flot qui flotte au cou de la forme eau forte et phosphore doux âme molle de l'effort de l'or de l'or mou de l'amorphe

    La logique de l'amorphe fouette et foule l'analogie folle elle la fouette dans sa fausse loge qui est en or comme en or comme l'horloge qui orne le logis d'un mort

    Mais le mort le mot d'or d'ordre

    le mot le mot d'or d'ordre

    de la mort de la mort

    c'est mordre c'est mordre les bornes de la

    forme et fondre son beau four dans le corps de la

    femme

    Feu mèche et fouet

    la femme fourchette le refus du monde

    flamme qui monte haut très

    très haut et en or

    hors de l'horloge très elle se montre

    hors de l'horloge des formes très

    et hors du mètre

    qui ferme et qui borne les ondes

    Tache molle aimée et mince mince et mauve sur un faux fond or orange et oblong

    La mort longe le mélange des formes

    mais le mort le faux mort le mot

    le métamort faux

    fausse la métamort fausse et amorphe

    il fausse la métamorphose de la mort

    la morphologie de la mort folle et amorphe

    la morphologie longue longue et amorphe

    mort folle de la faute

    faux fouet de l'effort qui flotte

    reflux d'une horloge qui s'écroule et remonte

    fausse métamorphose d'une vraie porte en or

    et de l'or en faux phosphore

    flou comme les flots du cou

    et rond comme un mètre long long

    comme un mètre de trois mètres blonds

    fou qui montre au clou une fausse orange folle

    et au loup le faux logis de la flûte

    morphologie de la folle de la follement aimée

    de la bien-aimée affolante

    dans sa peau affolante

    la fausse fourchette affolante du phosphore

    analogique et c'est ainsi que la mort est bien morte elle est bien morte la mort la mort folle la morphologie de la la morphologie de la métamorphose de

    l'orgie la morphologie de la métamorphose de

     

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    LA VOIE LACTÉE

    L'atome, la tomate, une simple tomate sur une tige en rage atomique et on peut, si, on le peut si cela vaut vraiment la peine debout, de bouger une bougie dans la bouche de l'homme et la paix,
    la peine de mettre le feu au bout, un tout, un tout petit peu et on peut de nouveau bru brûler au vol, au volcan où le père, perpétuellement à l'affût d'une canne,
    fut à jamais tué d'un coup d'aile, ainsi que la colle, l'acolyte du bourreau, son accolade, mais tout cela délimiterait un peu trop les trois héros de la boue natale et le
    mythe de la proie et de la pomme.

    On sait que la pomme n'est rien, n'est rien d'autre qu'un sein, un symbole du lâchez-pas la chair de la chimère, une chaise atmosphérique et sa chaîne, bol de lait qui
    traîne saoul sous la peau, nuée noyée dans la braise centrale, cent plats portés sur un plateau platonique tonique à la portée d'un manque d'haleine, plateau de
    seins sphériques féeriques, éther, éternellement plantés dans la plaie de l'homme.

    Elle est la fronde tirée sur tout et surtout la frontière de tout, de tout ce qui tousse et tout étouffe, elle bouche l'issue du goût, du gouffre, borne la forme du corps et
    sans fer s'enferme, sue, suce et suffoque.

    Sa chair est sue, sucrée, elle effraie, elle est fraîche, et au contact tact de la tiède, de la tienne, c'est comme une tache dans l'air que ta chair celée se laisse toucher
    par la sienne.

    L'homme et le monde partagent entre eux le ver qui ronge le cœur de la pomme et comme une éponge aux yeux ouverts bien au delà du miel et du mal, le malheur absorbe l'absurde
    surtout sur toute la longueur de sa courbe qui naît, qui naît ailleurs et qui n'est d'ailleurs qu'une formule.

    Et la vie n'est rien, n'est rien en dehors de cette langue, de cette langueur des bornes courbées sous le poids d'une formule.

    Ayant à remplir d'abord la forme d'un sein en chaleur, c'est comme la vipère dans la vie du père que la courbe rampe à la recherche d'une bouche mais celle-ci étant
    privée de dents, son ascendant est la balle, la balance, ainsi le sein est bien obligé de verser son lait dans une autre version de la hantise qui est innée à sa
    néantisation.

    Entourée de sel qui livre sa rage à une salive d'absinthe, entourée de ses lèvres rouges mais absentes, la bouche sans dents boit, lave, voile l'acte de téter, elle
    boit la Voie Lactée comme on lèche ou comme un chien qui aboie.

    L'acte de suer dessus, l'acte d'être déçu au-dessous de soi-même et le sein, le simple fait de vouer, de vouloir ex ex exciter et exercer la succion sur un monde à
    excréter ex à exécrer aidé dé dé et déjà créé, crève le rêve du vampire et le sue, le suce en retour, se retourne souvent contre le
    vampire même, qui expie, expire, essaie et sec et ce qui qui étant, qui est encore pire, ce qui empire encore plus le pis, le pire, c'est qu'en expirant le corps secrète, il
    secrète le secret des mots et des mobiles, le secret de sa mobilité.

    Et c'est dans le noyau du feu foetal, dans le noyau foetal et focal d'une pêche immobile que l'homme noie à jamais le sec, le secret de son péché figé, fixé et
    pétri pétrifié à jamais.

    Ses jambes perdent pied entre la pêche et la pomme et il tombe raide dans un de ces rien du tout, dans un de ces aériens tombeaux du beau où le laid n'est qu'un bien, un but, un
    sein, un simple attribut du mal, du malheur d'être.

    Naître dans son propre tombeau sévit, vire et crève, c'est vivre la vie d'un décapité qui rêve.

    Sa captivité constitue tue à l'aise les œufs qui palpent des pépins et des tétins qui palpitent, les seules thèses qui palpitent dans une tête perdue,
    eperdument suspendue et pendue entre les deux pôles d'une vie subie subite, entre les deux épaules de la victime.

    Dans le même centre excentré excentrique où la vie n'est que l'excès expansif d'une plaie morte, entre les deux tempes d'une tempête viol viol biologique, la tête
    tragique de l'homme loge en même temps deux antithèses tactiques, constantes et amantes, constamment prêtes à centrer leurs tics lubriques sur un sein, à s'entretuer
    sur le sein d'une synthèse réelle et luisante,-réalisant ainsi une sorte d'extase infirme-infinie, seule prothèse coupable capable dessous, de soulager sa panique, sa rage
    logique et sa tourmente.

    Tout état, tout, tout est à tout étage âme, tout est à jamais corps coordonné, donné, ordonné dans un corps et une âme emmurés à jamais
    dans un tout mou et muet, noué, ficelé, scellé à jamais à la roue des torts, des tortures où tout est mutuellement mutilé, déterminé, terminé,
    miné, état, état établi et obstrué, délimité, réglé, bouché et de toutes parts encerclé clef.

    Et pas de clef à la serrure de ce porc, de cette porte, pas de clef et pas de serrure, et si nos sens, si l'innocence tire à faux sur le vide qui l'absorbe, si pour sortir de
    l'absurde on doit d'abord l'aborder et dégorger, égorger l'essence d'une vie qui noue, qui nous borne et nous tente, et forcer les ondes qui ouvrent et qui ferment une porte
    existante, ne pas oublier que les pores, que les portes de prix, de prison, par dix ou par mille parmi nous, dissimulent partout une cour intérieure qui les entoure et les voile comme une
    loi qui se voit et qui se dévoile simultanément à la mort, à la morgue, orgue en orgasme dans tous les organes de lait de l'être, et que celui-ci se complaît dans
    son complexe complet où plaie, plèbe, blé et blessure réfléchissent l'être qui lèche ainsi sa morsure et qui fléchit sous la flèche qui le
    reflète.

    Où où ouvrir les prisons sur la scène du nouveau-né ou sur rien ne veut rien dire sinon défi, défilé creusé dans les cimes, dans les cimetières qui
    sont des berceaux, des os, des seaux de lait enterrés dans la matière d'une matrice d'où on déterre tous les jours le même ver de lait de l'être fou, fourré
    dans ce rien qui est tout, dans ce rien qui s'entoure de toutes parts par lui-même et qui sape, qui s'appelle pomme ou prison.

    Une prison c'est l'être lui-même cloîtré derrière sa clef et son cercle, et comme une louve au rire acre mais fier, l'ouvrir s'aime mieux à l'écart, c'est
    mieux écarter la rupture entre le cri sacré du moi et les griffes de l'autre, c'est à dire un moi, un moyen de sacrifier la créature à quelque chose d'autre, massacrer
    le créateur dans sa créature, et avec les os de l'écho du chaos et dans une sorte de coma de combat entre l'homme et l'atome, la tomate, l'automate, recréer le
    créé et être ainsi par rapt, par rapport à lui, la parade d'un para-être qui surgit et s'insurge à l'intérieur de soi-même comme le coma, comme une
    comète en coma dans le ventre de la terre.

     

    COMMENT S'EN SORTIR SANS SORTIR, un récital fimé en 1989

    Le corps hors du corps, sur un récital de Gherasim Luca, filmé par Raoul Sangla

     

    product_9782070410699_195x320.jpgUNE LARGE SELECTION DE POÈMES DE GHERASIM LUCA

    Gherasim Luca chez José Corti

    Gherasim Luca chez Gallimard 

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  • LES MOIGNONS (III): LA FEMME-TRONC et autres textes démembrés

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    La femme-tronc 

    La femme-tronc a ses adeptes. Rien de plus logique, si on y pense. Quand on fait l’amour à une femme pleine de branches, celles-ci nous ennuient plus qu’autre chose. Le houppier, le feuillage, ce n’est pas ce qu’on vise dans la femme. La ramure empêche plus qu’elle ne favorise l’accession à l’essence de la femme, à son fût. Puis la femme-tronc est moins lourde même si elle vaut son pesant d’organes. La femme-tronc est l’avenir de l’homme des bois.

     

     

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    Le bouquet 

    Je t’ai acheté un bouquet de têtes pressées. Décapitées du matin. Après son travail à l’aube, le bourreau compose des arrangements délicats très appréciés des amoureux fous.

     

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    Fous-moi, fouette-moi !

    Fous-moi, fouette-moi tant que tu peux, je te veux tout en moi!, lui serinait le roi, nu, à quatre pattes, devant son majordome qui peinait à enfoncer à l’intérieur du royal postérieur quoi que ce fût.
    Je ne te plais donc point, lui repartit le roi, l’anus en larme, l’œil injecté d’une vilaine goutte de sang.
    Le fion du Petit Prince m’inspire davantage, reconnut le majordome qui toutefois ne désespérait pas de combler pleinement de même son vieux roi ventripotent.

     

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    L’attente 

    Cet homme attendait le temps à l’abribus depuis une éternité quand un aimable gnome vint lui annoncer que le temps était en grève.

     

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    Flûte ! 

    Flûte j’ai oublié mon pipeau chez le marchand d’instruments à vent, et maintenant le vent est passé !

     

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    Le pélican (à Roland Jaccard) 

    J’ai un bec de pélican, je plonge dans les eaux de la Seine et je rapporte sur les berges des corps de jeunes filles se baignant que j’emporte tel le Roland Jaccard de la Piscine Deligny. Mais elles crient, se débattent, me repoussent et finissent par sauter à l'eau en hurlant que je ne serai jamais Roland Jaccard. On m’enlève mon bec de pélican et on me rejette à ma vie de rat musqué dans les égouts de Paris (qui ne valent pas les palaces de Lausanne) d’où je n’aurais jamais dû sortir.

     

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    Je plais 

    Je plais à mon pharmacien comme j’ai plu à ma nourrice. Je plais à ma femme comme j’ai plu à son amant. Je plais à mon père comme j’ai plu à mon prof de gym. Je plais à mon gendre comme j’ai plu à mon banquier. Je plais au temps présent comme j’ai plu au temps jadis. Je plais au ciel comme j’ai plu à la terre entière. Je plais au sang comme j’ai plu à la bière. Je plais au centre comme j’ai plu à la périphérie. Je plais au hasch comme j’ai plu à l’héro. Je plais aux lignes comme j’ai plu aux plans. Je plais aux plantes comme j’ai plu aux pierres. Je plais au soleil comme j’ai plu à la pluie… On ne plaît jamais assez !

     

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    Le volcan 

    Le volcan s’est éteint et ma lave est tombée en poussière. C’était une lave artificielle et un volcan de pacotille. Comme toutes mes éruptions.

     

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    L’armoire 

    J’ai une armoire remplie d’éléphants. Que je n’ai jamais ouverte car je ne saurais quoi en faire. J’ai une peur bleue des trompes grises.

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    Le clou

    Ce sculpteur de clous qui voyait grand en sculpta, une nuit, un qui atteignit la lune. Ensuite, d’un petit coup de marteau, il la cloua au ciel.

     

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    La Femme tronc, peinture à l'huile (30 x 40) de Daniel Wuilmet, 2012

  • IL FAUDRA BIEN DU TEMPS de THIERRY RADIÈRE

    Radi%25C3%25A8re1.jpgLes raccourcis du silence

     

    je ne sais plus si je raconte

    ma vie ou celle d’un autre

    à qui je parle souvent

     

    C’est avec ces mots que s’ouvre le nouveau recueil de poèmes en vers libres de Thierry Radière qui donne le ton sous l’aspect de voix multiples se répondant d’un moi à l’autre du poète. L’écriture, le partage d’histoires et d’émotions servent de lien vital à la création d’un mode de communication plus sensible. C’est à un exercice de présentification que nous invite le poète pour s’ouvrir à notre propre futur comme à l’actualité d’autrui. Pour laisser du silence à l’avenir.  

     

    Thierry Radière s’appuie sur son quotidien et ceux qui le partagent pour, avec les outils de l’imaginaire et de la mélancolie, questionner le monde et formuler ses réponses par l’opération de la poésie.

     

    Très vite, au poème suivant, on y lit en guise d’explication de titre :

    il faudra bien du temps

    de la solitude en barre

    et des sourires forcés

    pour se faire accepter.

     

    L’expression, la connaissance de soi et du monde mettent du temps. Est inconséquent à moins d’être génial le jeune poète qui croit accéder à cette compréhension rapidement, sans l’épreuve de la langue et de l’esseulement.

     

    grandir

    c’est apprendre

    à choisir sa gare

    ou pas

    si les terrains

    sont vagues

    et les destinations

    à inventer

     

    Les emballements d’images, ces visions (qui) pointent des seins,  tombent dans la verticalité du poème en produisant des effets délibérément comiques ou en délivrant de rares émotions.  

     

    je n’aspire qu’à un peu

    d’enchaînement au fil du

    temps l’aiguille tendue

    vers la glissade

     

    Entre immobilité et nuages, dans le flou des jours et des pensées, et les temps capricieux, délivrés des saisons,  à travers sa route de mots et d’échos, Thierry Radière cherche et trouve le raccourci du silence.sa-poesie-est-une-douce-melancolie.jpg?itok=d4MlkMu2

     

    Dans un des beaux poèmes du recueil, le poète avance en haïkus.  Par petites touches, il dessine une avancée, aussi indécise que décisive. Il transforme les balafres de l’existence en notations brèves qui sont autant de tattoos sur la peau du temps.

     

    Un court mais intense recueil qui, par le ravissement de ses expressions, en dit long sur l’existence et sur ce qui la précède ou l’accompagne : l’essence des jours, le sel de nos vies…

     

    Depuis toujours, le poète a composé sa vie en vue de cette tâche noble et exigeante : écrire. Et il nous fait don des images qui composent et éclairent son subtil univers.

     

    c’est ce que je voulais

    qu’il me reste

    écrire écrire que ça

    n’en finisse pas

    j’ai tout préparé

     

    et je récupère le temps

    perdu à croire qu’il

    y aura des trouvailles

    dans l’imaginaire

     

    Paru dans la stimulante collection Polder de Décharge/Gros textes.

    Avec une belle préface de Jean-Christophe Belleveaux et une illustration de couverture de Valérie Mailland.

    Éric Allard

     

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    Comment se le procurer?

     

    Découvrez Sans botox ni silicone, le blog de Thierry Radière