LES BELLES PHRASES - Page 4

  • LE JOURNAL DÉLIRE TIRE LA SORNETTE D'ALARME!

    Après une enquête auprès des auteurs de la littérature jeunesse, l’insignifiant journal Délire de François-Bernard Pinel signale que* 83% des auteurs de ce genre utilisent des muses de moins de douze ans, 16,5% des muses entre douze et dix-huit ans et le reste, soit 0,5 % seulement, des muses adultes mais considérablement liftées ou aux photos particulièrement retouchées.

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    Les écrivains de littérature générale, de plus en plus minoritaires, s’indignent et réclament une réglementation stricte au motif qu’ils doivent, eux, écrire leurs livres avec des muses âgées, fatiguées, usées et abusées dans leur jeunesse par un excès de travail payé des vignettes et autres chromos dérisoires et qui, une fois atteints l’âge de la maturité, ne peuvent plus voir un auteur classique en peinture.

    Une désaffection qui touche toute la littérature générale** au point que la célèbre académie suédoise envisage dès l’an prochain le Prix Nobel unique de la Littérature Jeunesse.  

    Une question si grave qu’elle a conduit le magazine de diététique de la Première, Digestion à la Une, à consacrer un sujet à cette nouveau fléau des Lettres:

    Est-il bien convenable que pour la fabrication de leurs livres, les écrivains de la littérature jeunesse emploient des muses mineures ?

     

    * Des chiffres tout à fait non fiables car communiqués par l’Institut de Statistique de la Littérature Oulipienne

    ** L'Institut International de Pataphysique enregistre un nombre croissant de burn-out chez ses laborieux laborantins contraints, pour ses expériences scientifico-littéraires, d'utiliser des solutions imaginaires frelatées, des produits de réemploi présentant de sérieux risques d'allergie à la littérature générale.  

  • DANIEL CHARNEUX, INVITÉ D'HONNEUR DU 5ème SALON DU LIVRE DE CHARLEROI

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    Daniel Charneux est l’invité du Cinquième Salon du livre de Charleroi.

    Daniel Charneux, c’est d’un point de vue littéraire sept romans, deux recueils de haïkus, un recueil de nouvelles, un essai-variations et des contributions diverses sous forme de nouvelles, de poèmes, de conférences…

    C’est aussi avant tout une sensibilité, un univers romanesque et une écriture singulière sanctionnée notamment par un Prix Plisnier (pour Norma roman) et une accession en finale du Prix Rossel (pour Nuage et eau, prochainement réédité dans la collection Espace Nord).

    Daniel Charneux écrit des biographies de personnages fictifs ou ayant existé, que ce soit François Lombard, le promeneur de Liège de Comme un roman fleuve, Jean-Pierre Jouve,  l’arpenteur assassin de la Creuse d’Une semaine de vacance, Jean-Baptiste Taillandier, le psychologue revenu de tout de Trop lourd pour moi, Jean Aimar, le créateur du site gensheureux.be de Recyclages, Maman Jeanne du roman éponyme, Thomas More, le créateur de l’Utopie de son essai-variations, le moine haïkiste Ryokan de Nuage et eau ou la Marilyn Monroe de Norma roman (prix Plisnier).

    Ce faisant, à l’instar de Flaubert avec Emma Bovary, tous ses personnages réels ou fictifs, pris dans le prisme et le temps de l’écriture, deviennent lui, disent presque malgré lui des choses de son être profond. Chacun de ses personnages entreprend peu ou prou une quête de soi à travers les masques, les identités de substitution qu’ils se sont construits au fil de leur existence, les images qu’ils ont pu donner d’eux-mêmes, les mauvais clichés, pourrait-on dire.

    Ainsi, la Marilyn de Charneux, qu’il imagine ayant vécu jusqu’à aujourd’hui, se cherche au-delà des photos qu’on a prises d’elle, elle recherche derrière la surface des images son être propre, son âme, cette entité propre à fabriquer un corps plus vaste, imaginaire, et non plus soumis au diktat de la ressemblance. En coupant le trop visible par le scalpel du verbe, Norma laisse place à ce qui n’a pas prise à l’œil, à ce qui s’y dérobe et reste en retrait, en deçà du regard, de la machine à illusion, et que seul le filet du langage peut saisir. 

    Au cours de cette quête existentielle, les personnages interrogent leur passé, accumulent les je me souviens, ils se remémorent leur passé afin de retrouver, avec le temps perdu, leur moi véritable même s’ils sont conscients qu’ils n’atteindront jamais l’être ultime de leur identité qui n’est que chimère.

    Les personnages de Charneux ont le goût du bonheur, une avidité courageuse à être heureux qui les fait échapper aux tentations faciles du nihilisme. Si parfois ils renoncent ou se laissent mourir, commettent l’irréparable, c’est par désespoir de l’avoir perdu, non parce qu’ils traîneraient un dégoût de vivre depuis la naissance…

    Daniel Charneux, en écrivant des romans du je (est un autre), livre des romans-monde qui interrogent, décortiquent les mythologies de l’époque dans laquelle ils sont tenus d’évoluer.

    Chez Charneux, le monde est rempli de signes qui relient les faits entre eux ; ce n’est pas un monde vide, mais c’est le seul monde sensible et donc intelligible possible, au-delà duquel il n’y a rien, et c’est peut-être pour cela qu’il constitue, ce monde, la seule opportunité de paradis pour l’homme. 

    Lire Daniel Charneux, c’est donc se reconnecter à cette fibre essentielle, nourrie de tous les sens - que la société, les pouvoirs ont intérêt à tenir à l’écart - de l’homme, souvent accablé par le doute, le repli sur soi et la violence, pour retrouver l’aptitude à la joie, à l’imagination libre, à créer des relations heureuses, riches à la fois d’une histoire revisitée et réceptive aux offres du futur. Pour le plus grand bonheur du monde et de ses occupants.

    Éric Allard

    Lien vers la page Facebook du Cinquième Salon du Livre de Charleroi

    Le site de Daniel Charneux

  • UN JOUR

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    à Leonard Cohen

     

    Un jour

    Je marcherai avec une canne

    Et un chapeau

    Je n’aurai plus peur de rien

    Car je saurai que je vais mourir

    Je saluerai les chiens et les souffrants

    La flamme de la bougie et l’offrande du bûcher

    Les dernières feuilles de l’arbre d’automne

    Qui s’accrochent à une chimère

    Et les femmes à la nudité enfouie

    Sous leur manteau de saison

    Les insolents et les bas-de-plafond

    Les renards et les agneaux

    Les traces d'un sourire sur les lèvres du mourant

    Les fragments de silence arrachés au cri

    Les fausses lumières et l’éclat d’une litanie passée

    Les voitures qui roulent au Diesel

    Et les derniers souffles du temps

    La ligne des ténèbres rongeant l’horizon

    Les centrales au charbon et les éoliennes fatiguées

    Et les moineaux qui rêvent de pinson

    Je murmurerai à peine le nom d’une aimée

    Emportée par le vent de novembre

    Sur l’air d’une vague chanson

    Avec des chœurs à pleurer

    Des filles aux bouches à se damner

    Répéteront mes paroles vaines

    Et je fixerai une dernière fois leurs traits

    Dans une ébauche de poème voué à l’oubli

    Je n’aurai plus envie de rien

    Je ne posséderai plus rien

    Je n’ambitionnerai plus rien

    Car je saurai qu’il faut en finir

    Avec l’idée d’existence

    L’innocence du petit jour

    La clairvoyance du soir

    Le sang pérenne des destinées

    Un jour

    Je marcherai avec une canne

    Et un chapeau

     

  • L. COHEN (1934-2016)

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    "Chaque fois que j'atteins le fond du desespoir, je me mets a sourire" L. Cohen


  • CINQ POÈMES TRISTES de MARCEL THIEU

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    Un homme

    S’est

    Jeté

    Sous

    Le

    Train

    De voyelles

    A E I Oh

    Dit la femme

    Quelle belle

    Tête

    Il

    Avait

    En la voyant rouler

    Sur le ballast...

    Hue !

    Dit le paysan

    À son cheval

    Un instant

    À

    L’arrêt

    Un fer

              en

                     l'air

    On n’a pas que ça

                       à

                  lire

    !

      

    *

     

     

    J’ai perdu

    Mon titre

    De transport

    Ou bien

    Je l’ai égaré

    Vais-je sauter

    Du train

    Ou bien

    Tuer 

    Le receveur?

     

    *

     

    Suis-je triste

    Ou bien

    Désespéré ?

    Dit le pinson

    Qui peine

    À retrouver

    Son chant

    Dans le

    Poème

    Éclat

    É

     

    *

     

    Dans la nuit

    Mon rêve est tombé

    Si bas

    Que 

    Pour le

    Relever

    J'ai dû 

    Demander de l'air

    Au vent 

    Qui balayait

    Ma

    Vie

    Depuis

    Que

    J'étais né

     

    +

     

    - Je suis

    MO

           R

               T

    Mais je vous écris

    EncORe….

     

    - Merde

    Merde

    Merde

    Merde Merde Merde Merde Merde Merde Merde

    On ne sera donc

    Ja

    Mais dé

    Bar    

                  rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

    A

    Ss

    EZ

    De

    LUI !

     

     +++

     

    Marcel Thieu a peu écrit et c’est tant mieux. Il écrivait des poèmes très tristes qu’heureusement aucun éditeur n’a lus. Sinon, ému par leur ton et par leur forme, il les aurait publiés.

    Après avoir écrit ces cinq poèmes restés trop longtemps inédits, il s’est pendu. On n’a pas retrouvé la corde ni le corps. Cette nuit-là, il y avait du vent qui a dispersé les cendres. Car sa veuve a tout brûlé en mettant le feu à son bureau. À ses dires, ce sont les plus beaux poèmes de son aimé.

    Connaissant mon goût pour les poèmes très tristes aux formes innovantes, elle me les a envoyés pour que je les dépose sur le net. Ses dernières volontés accomplies, elle a tenu à disparaître aussi... dans un endroit de rêve avec les petites économies de Marcel.

    Le titre est un compromis entre la proposition de sa veuve (Tristesse) et la mienne (Cinq poèmes).  

     

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE: Ceux qui ne font pas la une

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    Dans ma rentrée littéraire, j’ai aussi lu des livres qu’il faut un peu chercher pour avoir le plaisir de les lire, des livres qui ne font pas la une des médias, qui ne s’entassent pas en hautes piles chez les libraires, qui n’envahissent pas les rayons des supermarchés, et pourtant ce sont d’excellents textes qui méritent bien que je vous les présente. Tout d’abord un livre d’un auteur immensément connu mais qu’on a un peu oublié, qu’on ne lit plus assez, le poète Charles Péguy dans un essai, ce qui est assez original, intitulé « L’argent ». Ensuite, un petit recueil de poésie de Thierry Radière dont j’ai déjà parlé ici mais que je cite à nouveau car il écrit d’excellents textes tant en prose qu’en vers, « Il faudra bien du temps » est le titre de ce dernier recueil.

     

     

    1540-1.jpgL’ARGENT

    Charles PÉGUY

    Louise Bottu Editions

    Les différentes crises qui ne sont que les épisodes d’une même et profonde dépression qui affecte l’économie mondiale depuis la fin des Trente Glorieuses, ramènent cet essai de Charles Péguy sur l’argent au cœur de l’actualité. Ce texte publié en 1913, juste avant le conflit mondial qui sera fatal à son auteur, nous rappelle que ce grand affrontement est aussi l’aboutissement d’une grande effervescence sociale et économique. Il serait donc profitable de méditer ce que Péguy pensait à cette époque avant de se projeter dans un avenir bien incertain.

    En essayant de comprendre les arguments de Péguy, j’ai eu l’impression de me retrouver dans certains cours d’histoire, juste après 68, où des professeurs très politisés essayaient de faire entrer les idées, les événements, les mouvements de pensée,… dans des grilles de lecture prédéfinies permettant de justifier leur propre engagement politique. J’ai eu ainsi la très nette impression que l’auteur se servait de sa propre expérience, de son vécu personnel, pour construire une théorie pouvant servir de fondation à une action politique capable de sortir le monde de la situation dans laquelle il était englué en 1913.

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    La théorie de Péguy est très audacieuse, elle cherche à combiner les forces et les idéaux des deux institutions les plus puissantes du pays : les hussards noirs de la République et l’Eglise, deux institutions idéologiquement diamétralement opposées mais, d’après Péguy, complémentaires dans leur mission. Je n’oserai aucun jugement sur cette théorie, je me contenterai de constater ce que l’auteur a écrit et chacun, après la lecture de cet essai pourra se faire sa propre opinion. Beaucoup sont ceux qui ont cherché à comprendre Péguy mais tous ont eu des avis différents ce que le préfacier explique dans une note : « on tourne sur tous les modes autour de l’insaisissable Péguy, nationaliste, libertaire, catholique, socialiste, anticlérical, dreyfusard, réactionnaire… »

    Dans cet essai, Péguy fait l’apologie d’un temps où le travail n’était pas une vulgaire marchandise, où il était souvent un art, où il n’avait pas encore connu les transformations liées au productivisme et à la rentabilité, … Il a connu l’artisanat dans sa famille et le travail qu’il prétend noble. « Travailler était leur joie même, et la racine profonde de leur être. Et la raison de leur être ». Il présente le travail comme un mode de vie, le travail pour le travail, pour le travail bien fait, pour l’honneur, pas pour l’argent ou un quelconque avantage.

    Mais les temps ont changé, très vite changé et les valeurs ont été bouleversées. « Le monde a moins changé depuis Jésus-Christ qu’il n’a changé depuis trente ans ». Avec la révolution industrielle, une nouvelle classe s’est fortement renforcée : la bourgeoisie a pris le pouvoir, tous les pouvoirs. « C’est parce que la bourgeoisie s’est mise à exercer un chantage perpétuel sur le travail de l’homme que nous vivons sous ce régime de coups de bourse et de chantage perpétuel que sont notamment les grèves ». Et il enfonce fermement le clou : « Tout le mal est venu de la bourgeoisie. Toute l’aberration, tout le crime. C’est la bourgeoisie capitaliste qui a infecté le peuple ».

    Péguy rêve de ce temps où « On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait. » « On ne gagnait rien, on vivait de rien, on était heureux ». Ce temps où l’argent n’était pas le maître du monde mais seulement le fruit du travail pour vivre, l’argent qui est nécessaire à la vie en société mais pas le maître du monde. « L’argent est plus honorable que le gouvernement, car on ne peut pas vivre sans argent, et on peut très bien vivre sans exercer un gouvernement. L’argent n’est point déshonorant, quand il est le salaire, et la rémunération et la paye, par conséquent quand il est le traitement. Quand il est pauvrement gagné. Il n’est déshonorant que quand il est l’argent des gens du monde. »

    Il conviendrait donc de revenir vers ce temps où l’argent n’avait pas, selon l’auteur, encore pourri le monde. Ce temps où les « hussards noirs de la République » se contentaient d’enseigner ce qu’il leur rappelle vertement : « Apprenez-leur donc à lire, à écrire et à compter. Ce n’est pas seulement très utile. Ce n’est pas seulement très honorable. C’est la base de tout », estimant que, depuis un certain temps, ils auraient failli à leur mission essentielle pour plus s’intéresser à la politique et au syndicalisme.

    Le modernisme sous l’impulsion de la bourgeoisie aurait perverti la société. « Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence. Le modernisme est un système de politesse. La liberté est un système de respect ». Il conviendrait donc de revenir à des valeurs ancestrales pour oublier toutes les turpitudes crées par l’argent trop facile. La figure emblématique de cette perversion est Jaurès qui l’accuse de tous les maux notamment de celui de la capitulation sous toutes ses formes. Péguy, fils d’artisan pauvre, pur produit de l’Ecole normale, pense que le travail à la mode artisanale, l’enseignement intègre et honnête sans pollution politique, le retour aux valeurs traditionnelles pourraient sauver le pays. C’est sa vision même si elle n’est pas forcément très judicieuse, très pertinente, ni totalement empreinte de justice et d’égalité, chacun jugera et appréciera. En attendant, Louise Bottu a eu diablement raison de nous rappeler que Péguy n’était pas qu’un poète un peu oublié.

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    Radi%25C3%25A8re1.jpgIL FAUDRA BIEN DU TEMPS

    Thierry RADIÈRE

    Décharge/Gros Textes

    En exergue à ce recueil Thierry a mis cette citation de Lao Tseu : « Savoir se contenter de ce que l’on a : c’est être riche. » et étrangement, à ma grande surprise, cette pensée profonde, je l’ai lue très récemment dans un livre que m’a conseillé Thierry lui-même, une citation que le héros de ce roman, « Ma vie palpitante », de Kim An-rae, fait sienne pour supporter la lourde maladie qui l’accable à jamais. Fruit de ce fameux hasard, si souvent invoqué en littérature, ou hasard un peu téléguidé ? Peu importe, je retiendrai que cette maxime de Lao Tseu marque tout autant le roman de Kim An-rae que les poèmes de Thierry Radière.

    Toute la poésie de ce recueil semble empreinte d’une douleur non dite, d’un fardeau à porter, d’une pointe d’amertume.

    « la pluie dévale dans la rigole

    nous venons de parler de bonheur

    j’ai une arrête en travers de la gorge »

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    Le poète cher cherche alors à trouver l’oxygène qui lui manque dans les mots, dans la musique de son texte, pour transcender sa douleur et vivre le bonheur qu’il a sous la main sans penser au lendemain.

    « si nous volons tous les deux

    dans notre coin d’enfant

    je rêve de te rencontrer

    légère heureuse donnant

    la main à ton père rien que

    pour te voir avec lui »

    Et comme Aerum, le héros du roman coréen, il cherche à attraper les mots pour les glisser dans ses vers très libres, très doux, très tendres, emplis d’une musique légère pour charmer sa tendre épouse et a sa fille adorée.

    « c’est ce que je voulais

    qu’il me reste

    écrire écrire que ça

    n’en finisse pas

    j’ai tout préparé »

    Poèmes de résilience, poèmes d’espoir, poèmes d’amour, poèmes pour oublier. L’écriture est un doux refuge pour le poète et peut-être une thérapie.

    Le site de Décharge/Polder

  • CE QUE, S'IL FALLAIT CROIRE, JE CROIRAIS AVOIR ÉTÉ de DENYS-LOUIS COLAUX (Ed. Jacques Flament)

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    ALORS, IL FAUT QUE JE VOUS DISE…

    Je n'ai pas l'habitude d'être dithyrambique avec mes auteurs, de peur d'être accusé de rabatteur, de proxénète littéraire voulant placer ses filles, d'éditeur rigolo totalement partial usant de son aura facebookienne pour hisser des incompris vers les sommets héroïques de la gloire éphémère. Donc, je n'en rajoute jamais car, au fond, non seulement je suis partie prenante mais en plus, je n'ai pas la vérité universelle et mes choix littéraires ne sont pas nécessairement partagés par le plus grand nombre. Y a qu'à voir la liste des best-sellers pour se rendre compte que je fais dans la différence et souvent à l'opposé des profils bancables.
    Mais il en est quelques-un(e)s, chez moi (qui se reconnaîtront, mais je ne citerai pas de nom pour n'oublier personne) qui mériteraient pourtant d'être autrement plus reconnus qu'ils ne le sont et qui me font souvent pester face au manque de discernement récurrent de ceux qui sont censés nous les mettre en lumière.
    Je m'égare et me calme avant de m'énerver, ce n'est pas bon pour mon cœur de sportif vieillissant !
    Bref ! Il faut quand même que je vous dise que j'ai entre les mains le livre du siècle, et qu'il faut vraiment, vous qui me faites l'honneur de me suivre, vous le procurer sans coup férir.

    Bon, c'est vrai, j'ai des circonstances atténuantes.
    Colaux, Denys-Louis de son prénom – comme Crousse, Maray et Sanchez – sont des compagnons d'édition de longue date, puisque déjà trente ans avant que Sarkozy ne décide de se recommander derechef à une population sclérosée et amnésique, Colaux faisait paraître dans les pages d'un mystérieux magazine littéraire belge (que je publiais alors en toute bonne foi), des "Pages d'amour" que d'aucuns devraient lire pour comprendre ce qu'aimer veut dire (va falloir que je redemande une nouvelle fois au gaillard de republier ce morceau d'anthologie !). C'est dire si l'homme est persévérant, voire pugnace, voire peu rancunier. 
    Et même si rien ne l’indispose comme l’avis (favorable ou insupportable) des gens sur ses écrits, il faut que je vous dise que Colaux est un magicien, un David Copperfield de la libre inspiration, un collectionneur de "Lièvres de jade" (avec Allard), un chercheur d'art et de mots unique, un passeur d'émotions, un piroguier de l'âme à zone tempétueuse, un élément respectable, unique et ô combien appréciable dans le paysage morose actuel. 
    Il faut lire Colaux comme on lisait Baudelaire naguère. Avec envie, enthousiasme et nécessité. Parce qu'il est plus que nécessaire à notre époque de remettre à l'ordre du jour la belle ouvrage dans des pays (l'Hexagone et son voisin ledit plat) où l'on consacre sur l'autel du talent de bien piètres brûlots et objets de papier sans âme.

    Le dernier livre de Colaux, que j'ai l'honneur de publier, c'est beau comme des cris d'enfants dans un cimetière de Prague sous le soleil, comme le cul de la Vénus de Milo à travers un vitrail de Samuel Coucke, comme les "Larmes de Jacqueline" au violoncelle et c'est savoureux et mousseux comme une trappiste bleue de Chimay bien fraîche qui se répand dans un verre ballon. Ça s'étale et exhale. Colaux vous prend par la main, vous apprend à être curieux, à être intelligent, à penser avec intelligence, raffinement, discernement et une grande liberté. Une pépite dans un tas de sable. Je me répète : un vol d'albatros dessus la morne mer ambiante. 
    Et nom de Dieu, je défie n'importe quel chroniqueur littéraire digne de ce nom qui aura ce livre entre les mains de ne pas en sortir étourdi. Il y a bien trop d'abrutis médiatiques qui occupent la chaire médiatique, pour qu'une fois, une seule fois, vous ne vous laissiez aller à vous repaître, messieurs dames, et sans tarder, d'un authentique Sancho Quichotte dont vous me direz des nouvelles. Son amour des femmes et la phosphorescence de ses mots éclairent définitivement, à la façon des vers luisants dans la nuit chaude, les bassesses obscures de l'ordinaire.

    Jacques Flament, éditeur enthousiaste

     

    1172878073.jpgLe livre sur le site de l'éditeur

    Le blog personnel de Denys-Louis Colaux

    Les coups de coeur artistiques de Denys-Louis Colaux

     

  • LES MOIGNONS (V): DE PRÈS, DE LOIN...

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    L’école dans les étoiles

    Malgré les extraordinaires progrès des engins spatiaux de ramassage scolaire, en cette rentrée 2046, pour se rendre à l’école sur cette étoile entièrement vouée à l’éducation, les étudiants mettaient chaque journée de classe quand même encore trois ans (quand la route n’était pas encombrée).

     

     

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    Ascendants atomiques

    Quand mon père était encore jeune, il allait cueillir des champignons nucléaires sur l’atoll de Bikini. C’est là qu’il rencontra ma mère qui avait un physique accordé aux maillots deux pièces. Ils mélangèrent leurs nucléons pour former un noyau radioactif. Je n’ai aucun souvenir de mes père et mère emportés très vite par une leucémie express qui ne leur a pas permis de voir pousser le légume que je suis devenu, à la peau mousseuse couverte d’excroissances d’un beau blanc faisant penser à de délicats bolets.

    Mais quand je vois les femmes en burkini qui s’accouplent avec des hommes en uniforme et képi sur les plages de nos littorals, je n’ose imaginer l’état de leur descendance…

     

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    Je bois

    Je bois tout ce qui se boit. Des chutes de gouttière, des cuves de mazout, des piscines d’eau chlorée. Des rivières d’encre, des mers de sable, des coulées de lave brûlante. Je n’arrête pas de boire et de plus en plus. Surtout quand j’ai avalé des planètes et une grosse étoile.

     

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    De près, de loin...

    Ce peintre voulait rendre la nature au plus près. Mais la nature se rebellait et le refoulait à quinze cents mètres au bas mot de la surface du sol. D’où il ne pouvait plus bien détailler la complexion des fourmis rouges ni des pétales de rose. D'où il peint depuis la nature du ciel et des étoiles, de laquelle il s’est sensiblement rapproché. 

     

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    Centre-ville

    Une fois le centre-ville vidé de ses occupants, il n’y eut plus qu’à le charger massivement de matière fissile, d'os hautement comestible et d’attirer les chiens, tous les chiens éoliens de la périphérie.

     

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    École du soir

    Il n’est pas rare de voir cette prof d’analyse de rêve donnant cours dans une école du soir passer la nuit avec un étudiant à vérifier les conclusions de l’une ou l’autre expérimentation onirique pratiquée in vivo.

     

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    Briser la glace

    Je  déteste les gens qui veulent illico briser la glace. Puis, quand on veut reprendre ses distances, on a toutes les peines du miroir

     

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    L’homme qui ne supportait pas les déplacements

    L’homme qui ne supportait pas les déplacements ouvrit une agence de voyages.

     

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    Des puits et puis après

    Les œuvres de cet artiste ne sont faites que de puits. De puits et toujours de puits. C’est un artiste sériel qui cherche la profondeur.

     

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    Le ciel des étoiles

    - J’aime le ciel des étoiles tatouées de ton dos, dit l’explorateur de la peau.
    - J’ai aussi des araignées cachées, dit le corps à moitié découvert.

     

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    Une mouche

    Je suis une mouche qui s’est posée sur ta bouche, on connaît le refrain. L’air de rien, je me suis introduit à l’intérieur où j’ai eu le temps de me mêler à ta salive, de sentir le contact de tes dents, la douceur de tes gencives… Tout cela a fabriqué les armes de mon massacre.

    Et tu rejeté mon cadavre comme un malpropre même si j’ai eu le temps de connaître la force de ton souffle mêlée à ton crachat. Si je t’ai dégoûtée autant c’est parce que tu ne me connaissais pas.

    Mais comment aurais-je pu me faire connaître de toi autrement ?

     

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  • JEUX DE MOTS, JEUX D'AMOUR d'ANNA GOLD

    41ALSGK99-L._SX352_BO1,204,203,200_.jpgLes jeux de l’amour et du hasard épistolaire

    La consonance entre le mot  « mot » et le mot « maux » a sans doute conduit inconsciemment écrivains et lecteurs francophones à envisager la littérature sous l'angle du casse-tête ou bien de la complainte, de la confession, de l'analyse sentimentale... 

    Dans ces trois nouvelles épistolaires, écrites sous la forme d’un échange de lettres, et non de mails, pour redonner au temps de l’attente sa dimension romanesque, Anna Gold joue sur le suspens ainsi créé pour faire appel à notre imaginaire et susciter notre intérêt. Qui ne s’éteint pas tout au long de la lecture et est récompensé chaque fois d’un bel effet de surprise.
    Dans la première lettre de la première nouvelle éponyme déposée sur le pare-brise de la voiture d’un homme qui s’adonne au sport dans une salle dévolue à l'entretien physique du corps, une femme manifeste son désir de nouer une correspondance à distance avec lui…  
    Si l’échange de lettres qui va suivre laissera peut-être deviner à certains le nœud de l’intrigue, la dernière missive, elle, fera certainement mouche par son caractère soudain et particulièrement touchant.

    Dans la seconde nouvelle, Des maux d’amour, une vieille aristocrate tente de renouer dans une suite de lettres qui restent d’abord sans réponse le lien avec sa fille qu’elle n’a plus revue depuis vingt ans après que la jeune femme a fui le château familial... Là aussi, les deux lettres qu’elle recevra feront s'effondrer, tel un château de cartes, toutes les illusions d’une existence.

    La troisième nouvelle, Les enjeux de l’amour, met en correspondance deux  hommes. Un homme d’aujourd’hui, dépassé par les changements de règle en vigueur dans les relations homme-femme où la gent féminine aurait pris l'ascendant, et un « spécialiste des femmes » italien dont nous ne dévoilerons pas l’identité ; le premier va quémander les conseils du second à travers les siècles…

    Les trois nouvelles s'inscrivent dans la continuité de l’œuvre, surtout théâtrale (les lettres ne sont-elles pas le lieu d’une mise en scène d’un sentiment, d’une manœuvre d’approche?), d’un Marivaux au motif que les époques n’altèrent pas l’amour : les sentiments, les émotions, les sensation traversent les âges, seuls les codes changent au fil du temps et ce, sans entraver les constantes qui ont établi les fondements de l’amour.

    La maison d’édition a particulièrement soigné l’enveloppe de ce recueil de lettres d’autant plus qu’il reste malgré ce traitement d’un prix très abordable. Outre ses qualités intrinsèques, il constituera à coup sûr un excellent présent pour, à l’occasion d’une fête ou l’autre dont l’époque est friande, renouer le lien avec un être cher dont on est sans nouvelles ou réinstaurer ce type de communication à distance, beaucoup moins usité à l’ère des messages électroniques, qui permet un retour aux jeux par trop négligés de la séduction et du hasard.

    Éric Allard

    Le livre sur le site de l'éditeur

    Le site d'Anna Gold

  • MAUX D'AUTEURS, VICES DE LECTURE et autres calamités littéraires

    ce4b0a3ecd200b530dd358a732519b19.jpgToutes les auteures en jupe courte n’écrivent pas de la littérature majorette !

    (non à l'amalgame)

     

     

    La plume de l’Oulipien est toujours d’équerre.

     

     

    L’abus de lipogrammation pourrait conduire à l’extinction des Lettres.

     

     

    Entendons-nous bien, dit ce libraire à l’auteur, j’accepte de vous présenter dans ma librairie si vous promettez ce jour-là de ne lire vous-même aucun extrait de votre livre.

     

     

    La littérature, je m’en branle, a déclaré cet enseignant résolument plus onaniste que romaniste.

     

     

    La littérature prime jeunesse devrait enfin penser à commercialiser des livres en peluche et à développer une ligne d’auteurs tout doux au toucher…

     

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    Cet éditeur hanté par le t ne publie que des aureurs.

     

     

    Ma mère, avec sa grandeur d'âme, a refusé le Nobel de Littérature pour ne pas faire de l’ombre à mon père qui, une semaine plus tôt, venait de remporter le Prix Marchepied-Trissotin.

     

     

    Tous les écrivains qui roulent au volant d'une soucoupe volante grise n’écrivent pas de la science-fiction plombante.

    (non à l'amalgame) 

     

     

    Le rêveur au carré rêve qu’il rêve, l’écrivain au carré écrit qu’il écrit, l’écrivain rêveur au carré rêve qu’il publie.

     

     

    Un auteur sans livre auquel ne manque qu'un éditeur...

     

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    Cet auteur très prolifique publie un gros volume sobrement intitulé: BIBLIOGRAPHIE. À paraître du même, le très attendu: FUTURES PARUTIONS.

     

     

    Toutes les poétesses légères ne sautent pas au cou du premier éditeur velu. (non à l’amalgame)

     

     

    - Un secret d’écriture, une manie d’écrivain ?

    - Je ne peux écrire qu’en martyrisant mon éditeur.

     

     

    J’écris des calligrammes en forme de poème.

     

     

    J’écris vit puis je me barre.

     

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    La conservation de l’aphorisme : rien n’excède deux lignes, rien n’est développé, tout se joue dans un mouchoir de mots.

     

     

    Le directeur de publication des Éditions du Nuage pâle ne supporte pas l’éditeur des Nuées blanches, on ne mélange pas la littérature amérindienne avec la littérature spectrale.

     

     

    J’aime mieux ton bec-de-lièvre que mes livres écorchés.   

     

     

    Cet écrivain de l’entrejambe ne peut pas voir en peinture le chroniqueur du trou-du-cul, on ne mélange par le général et le particulier.

     

     

    Tous les auteurs en culotte courte n’écrivent pas de la littérature jeunesse ! (non à l'amalgame)

     

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    Cet écrivain de métier aspire à la retraite afin de se consacrer tout entier à l’enseignement.

     

     

    Tous les écrivains à la noix ne cassent pas une patte à un canard de critique littéraire. (non à l’amalgame)

     

     

    Pas un jour sans cent lignes!, se dit cet écrivain en herbe déjà rebelle collé en retenue.

     

     

    Tous les chats d’écrivain ne s’appellent pas Bébert (non à l’amalgame)

     

     

    Un stylo s’est ouvert la mine avec son capuchon: préparez vos buvards !

     

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    à suivre...

    E.A.

  • CHEMIN DE FER de MICHEL JOIRET (M.E.O.)

    chemin-fer-1c.jpgPassion fixe

    Valentin Duvalois est retraité et réside rue Grisar (au nom évocateur), à quelques pas de la Gare du Midi. À proximité de ce qui a donné un sens à sa vie, fait battre son cœur. Car c’est un fou des gares et des trains, une façon comme une autre de rêver à quai. Une passion fixe, dirait Sollers, que Joiret cite en exergue... Car il ne voyage pas, il détaille les voyageurs, il scrute l’arrivée des trains  en provenance de  Liège, Anvers, Vintimille, Amsterdam ou Paris. Il lui arrive de courir à la suite d’un convoi qui part jusqu’au bout du quai où le chemin des voyageurs s’arrête pour faire place à la grande trouée...  

    Le circuit de chemin de fer dont il est à jamais orphelin est l’emblème de la précaire cellule familiale qui va se rompre pour lui à l’adolescence avec les tronçons de rails démantelés qu'il devra remiser, blessure jamais refermée, comme une marque indélébile, une voie ouverte vers l’enfance entre un père avare de tendresse qui ne décidera jamais à vraiment devenir père et une mère démissionnaire.

    Son chemin de fer avait appris à Valentin qu’il pouvait voyager sans être vu et enfreindre les règles sans être soupçonné.

    C’est non seulement sa vie qui va se mettre au rythme ferroviaire mais aussi l’histoire de la Belgique qu'il va regarder défiler par la vitre du souvenir : cette main de fille qui va illuminer l’été de ses quinze ans dans le voyage en train vers Saint Raphaël , le rappel - en présence de Léopold 1er - de l’inauguration de la première ligne de chemin de fer belge en 1835, la jonction Nord-Midi en 1952, l’expo 58 (et le discours d’un autre roi, Baudoin), les discours protocolaires d’indépendance du président congolais et de son premier ministre Lumumba, fustigeant le passé colonialiste…joiret-2.jpg

    Il redoute comme la peste une grève des cheminots car cela le replongerait au temps de la rupturequand sa mère l’a prévenu qu’il lui faudrait renoncer au merveilleux réseau de son enfance, qu’il a vu ses petits wagons, signaux et autres motrices enfouis dans des caisses à bananes.

    La grève survient toutefois en 2015 et, faute d’accès à la gare et aux voies, il se sent reclus dans sa propre existence. Grâce à une ruse, il parvient à passer de l’autre côté  du miroir, dans une gare et sur des voix désertes pour franchir bientôt les trois marches qui le séparent d’un wagon fantasmatique (comme les trois marches luisantes de cire qui l’avaient séparé du bureau du père dans lequel il découvrira, par effraction, les plaisirs de la lecture, un autre type d’évasion).

    À partir du wagon, il précipite son voyage dans le temps et remonte à son séjour à Tunis pendant la guerre où il réside avec ses parents en dessous de l’appartement d’André Gide. C’est là qu’il reçoit, à cinq ans, en 43, son petit premier train bleu en bois qui le fera échapper psychologiquement des affres de la guerre.

    On pense, à partir de l'épisode du wagon, aux gares de Paul Delvaux et au train du film d'André Delvaux qui s’arrête en rase campagne au crépuscule puis plonge les protagonistes dans un monde absurde...

    Tendresse, sens du merveilleux, chronique historique, album de souvenirs se mêlent dans ce roman attachant et très bien mené qui s’installe dans la lignée de livres comme Une paix royale de Mertens ou d'ouvrages de Roegiers que Joiret cite dans le récit en tant qu'adaptateur pour la scène en 1978 du Pauvre-B… de Baudelaire.

    Un roman personnel qui dit beaucoup sur notre goût du secret, notre aptitude à nourrir une passion propre qui se nourrit d’un détachement partiel de la réalité, si nécessaire et si invalidant aux pauvres mortels, fous d’enfance et de relecture de nos vies que nous sommes tous restés, Michel Joiret en tête.

    L'illustration de couverture est de Martin Joiret.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions MEO

    Le site de Michel Joiret

  • THÉO FRANCKEN, MINISTRE DE LA RIGOLADE !

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    Fort des dérapages du secrétaire d'Etat qui ont fait les choux gras de la presse et des commentateurs de réseaux sociaux, Charles Michel vient de nommer Théo Francken ministre de la rigolade.

    Ce nouveau ministère est un hommage, a déclaré Charles Michel, à une des chansons préférées de mon enfance - signée quand même Delanoë, un des premiers auteurs Jeunesse - que je fredonnais à l’âge de cinq ans en regardant Wilfried Martens à la télé sans me douter que je deviendrais Premier comme lui...

    En coulisse, il se dit que notre Grand Timonier, le Guide de la Révolution néo-libérale belge a été contraint à cette nomination pour recadrer le piteux drille. 

    En espérant en effet que cette nomination incitera l'étoile riante de la N-VA, l'homme aimé des femmes et de nombreux hommes de droite, l’ex-secrétaire d'État à l'Asile, à la Migration et à la Simplification administrative, à sortir de son registre de blagues douteuses et anticonstitutionnellement simplistes.  

     

  • LE FAKIR

    tumblr_me99irTBzv1qz4txfo1_1280.jpg« Trois kilos de clous, comme d’habitude.

    - Je n’ai plus que des aiguilles, je vous en mets trois livres ?

    - Avec cinq picots, s’il vous plaît ! »

    Ce fakir était un gros consommateur de clous, pitons et autres crampons. Régulièrement il venait au marché aux puces s’approvisionner...

    Le fakir était devenu un mode de vie, la référence en matière de mal-être. Non seulement les fakirs se déplaçaient à leur domicile sur des tapis de clous, de crêtes aiguisées mais les chaussées, les piétonniers, les couloirs d'autobus et ceux des bâtiments publics étaient recouverts de piques, chacun trouvant son plaisir à avoir mal et à crever.
    Grâce à lui et ses semblables, l’industrie de l’acier était à la pointe. Les hôpitaux, les écoles et les centres d’aide sociale étaient richement alimentés par les taxes sur les bénéfices juteux des entreprises et le salaire en hausse des travailleurs. On s’acheminait vers une nouvelle période de bonheur éconopique.

    La Gauche comme la Droite se réunissaient au parlement pour des joutes à couteaux tirés entre fines lames de la politique s’apparentant à des fêtes médiévales. Seuls les commentateurs aigus des réseaux sociaux déprimaient, ils n’avaient plus de grain à moudre, de brin à coudre au tissu de leur amertume, ils ne pouvaient plus guerroyer et s’afficher en chefs de meule. Ces mauvais plaisants, qui cherchaient l’aplat dans une société en dents de scie, furent identifiés, arrêtés, jugés pour outrage aux bonnes saillies et emprisonnés dans des cellules recouvertes de tapis doux comme la peau du ventre d’un bébé hérisson.
    Ils vivent désormais là un enfer et ont promis de ne plus jamais critiquer le système pour qu’on leur rende leur intérieur tendu de piquants bienfaisants.

     

  • MAMAN JEANNE de DANIEL CHARNEUX (Luce Wilquin)

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=892948e3f24db24a6147eeaf82b5bc07&oe=58A361F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

     

    jeanne-couvert.jpgDes écueils de la vie...

    J'ai beaucoup aimé "Maman Jeanne" de Daniel Charneux, ce pour diverses raisons.

    Avant toute chose, il m'a rappelé nombre d'histoires situées plutôt au XIXème siècle, dont je me suis délectée au cours de ces dernières années de lecture. Des vies de femmes misérables, qui ne comptaient pour personne, humiliées, ignorées et maltraitées. J'ai retrouvé beaucoup de points communs avec cette lecture.

    Ensuite, la façon, la construction de ce livre est inhabituelle. Le narrateur observe et écoute Jeanne, sur la fin de sa vie, plutôt apaisée par un environnement moins hostile qu'elle a pu connaître. Elle se livre enfin et déverse ce qui lui pesait sur le coeur. Le sentiment de culpabilité de cette pauvre femme aura ravagé sa vie. Le peu de chance aussi, de mauvaises rencontres et des situations dramatiques.

    Enfin l'écriture ! Très sensible, un regard empli d'humanité, une jolie prose, j'aurais aimé ce livre plus long rien que pour écouter encore Jeanne s'épancher.

    "Alors, pendant que j'étais chez les soeurs, j'ai cherché une famille pour le garder, mon petit. J'ai écrit à Fémie, une amie que j'avais au village voisin, oui, je lui ai demandé si elle connaissait quelqu'un qui voudrait bien reprendre mon petit pour vingt francs par mois. J'irais en service, je travaillerais pour payer sa pension."

    Il en est encore, aujourd'hui, des "Maman Jeanne", des filles un peu naïves qui doivent subir plutôt que choisir, ce thème est hélas universel, et le nier serait se voiler la face. L'auteur livre ici un beau témoignage, sans aucune dureté, sans jugement, avec beaucoup de délicatesse et d'empathie.

     

    charneux.jpgLe livre sur le site des Editions Luce Wilquin

    Le blog de Daniel Charneux

     

    Daniel CHARNEUX sera, le dimanche 13 novembre 2016, entre 11 h et 18 h, l'invité d'honneur du Cinquième Salon du Livre de Charleroi qui se tiendra à la Bibliothèque M. Yourcenar de Marchienne-au-Pont.

     

  • ALCHIMIE DU LIVRE: CINQUIÈME SALON DU LIVRE DE CHARLEROI

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    L’Alchimie du Livre.

    Quand ?

    Le dimanche 13 novembre 2016 entre 11h et 18h !

    Où ?

    Bibliothèque Marguerite Yourcenar

    Château Bilquin de Cartier

    Salles de l’Espace Le Bourgeon

    Place Albert 1er, 38,

    6030 Marchienne-au-Pont

    (entrée gratuite, bar, petite restauration, bouquinerie, facilité de parking, métro juste en face, gare à 300m)

     

    Ce sera la cinquième édition de ce Salon initié par Serge BUDAHAZI et Carine-Laure DESGUIN où, comme chaque année, une quarantaine d’auteurs et d’éditeurs seront présents.

    Autour de l'invité d’honneur: Daniel CHARNEUX se réuniront:

    Gaëtan FAUCER, Pierre DESAGRE, Philippe De RIEMACKER, Carine GEERTS,  RICHARD JEAN-JACQUES, Salvatore GUCCIARDO, Olivier MARCHAL,  Marcelle PÂQUES , Pierre-Paul NELIS, Elide MONTESI, Yannick BRIE, Sandra DULIER, Marie-Thérèse CARLIER, Laurence AMAURY, Marie KLIMIS, Rolande MICHEL, Vanessa DUBANIEWICZ, Philippe SOMBREVAL, Pierre-Armand CAJOT, Brenda BOTEGA, Arnaud STOUFFS, CYPRES DE TON HÊTRE, Sarah MARAZZATO, Ghuo-Zhing TONG, Christina PREVIOTTO, Claudine CLABOTS, Jean-Pol SAMAIN, Jean DESTREE, Dominique THEWISSEN, Genevière MAIRESSE, Carine-Laure DESGUIN, Philippe LIENARD, Ayi HILLAH, Jiri PRAGMAN, Solenn EMMYRIQUE, Éric ALLARD, les éditions ENCRE ROUGE, les Editions AMANT VERT... 

    chateau-de-bilquin-cartier_a.JPG

    Découvrez la page Facebook de la manifestation !

  • DES MAILS SECRETS ENTRE PAUL MAGNETTE ET ANDRÉ ANTOINE jettent le discrédit sur le Premier wallon

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    L’existence d’une correspondance électronique secrète entre le ministre-président wallon et le président du Parlement wallon jettent le trouble sur les conditions de l’accord sur le Ceta survenu jeudi chez ceux qui n’ont jamais cru (après coup) à la sincérité  de la démarche du Premier wallon.

    Ce qui le discrédite tout à fait à leurs yeux, c’est un mail qu’aurait échangé, via Franco Dragone, Paul Magnette avec Céline Dion à propos du dernier album, Encore un (grand) soir, de la chanteuse et d'un poème de Pasolini à mettre en musique par Jean-Jacques Goldman. Ce goût du secret n’est pas du tout du goût de tout le monde !

    On a aussi appris que Paul Magnette aurait approuvé l’obtention du Nobel de Littérature à l’Américain Bob Dylan et qu’au cours d’une conversation tenue secrète avec Benoît Lutgen et Maxime Prévot, il aurait souri des opérations de chirurgie esthétique et politique de Vladimir Poutine, ce chantre de la paix dans l’ex-monde communiste et au-delà dont on sait que l’âge n’a pas de prise sur lui.

    Face aux interrogations que posent ces nouvelles révélations, Paul Magnette a tweeté qu’il ferait toute la transparence sur sa correspondance (y compris ses cartes postales de vacances à Elio Di Rupo) et son autocritique en temps et en heure. Bien sûr, il plaisantait mais peut-on encore plaisanter sur ces délicates questions d’économie publique en ces moments  sombres où on s'apprête à passer à l'heure d'hiver?   

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: CACTUS SORT SES PIQUANTS

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

    La rentrée littéraire ne concerne pas que les romanciers, les auteurs de textes courts, aphorismes et autres formes de jongleries avec le langage et les mots ont aussi fait la leur. Et, en la matière, le grand spécialiste, c’est désormais le célère Cactus inébranlable qui a publié pas moins de sept recueils simultanément pour cette rentrée, non pas parce que c’est la rentrée littéraire pour les médias mais surtout parce que c’est son métier et aussi sa vocation et sa passion de faire connaître ces auteurs talentueux et trop méconnus. Je vous propose aujourd’hui une première livraison de trois recueils qui m’ont certes diverti mais qui m’ont surtout enchanté. Les maîtres du langage ne sont pas morts !

     

    couverture-l-esprit-fera-peur.jpg?fx=r_550_550MICKOMIX

    L’ESPRIT FERA PEUR!

    Cactus inébranlable

    Mick c’est évidemment Mickaël mais omix ce n’est certainement pas Serré, alors c’est peut-être komix ou alors comix comme les fameux dessins que Wikipédia définit comme : « Le terme (qui) sert à désigner la bande dessinée underground américaine. Il a été forgé en remplaçant par un « x » les deux dernières lettres du mot « comics » (« bande dessinée » en anglais) afin de souligner l'importance de la sexualité dans ce courant de la bande dessinée ». Alors, on pourrait supposer que Mick c’est Mickaël qui décoche les « Faux adages et vraies maximes » annoncés par le sous-titre de ce recueil et que komix c’est Serré celui qui tient le crayon qui dessine les jolies illustrations, un peu polissonnes, qui agrémentent les pages de cet opus.

    Mickomix, d’après le titre cherche à effrayer le lecteur en lui décochant des adages totalement bidon :

    « Con pétant. Con sentant »

    Et des maximes qui ne sont pas toujours totalement fausses :

    « C’est quand on s’éteint qu’on voit la lumière au bout du couloir ».

    Mais tout cela n’est qu’humour et espièglerie, l’essentiel reste que Mickomix est un expert en blague en tout genre, qu’il manipule les mots, l’aphorisme et l’assonance dont il joue comme certains du pipeau. Il se définit lui-même, selon l’éditeur, comme « … artiste athée, mais créant ».a-mons-2017.jpg?fx=r_550_550

    Mick flingue les mal pensants qui pourrissent la vie des honnêtes citoyens :

    « C’est dans les bas-fonds

    d’investissement que nagent les

    requins de la finance ».

    pendant que Komix, lui, se régale en diffusant des aphorismes coquins, sulfureux et même un peu paillards :

    « Non passoire chéri, j’ai mal aux trous »

    « Le cul d’une vieille pute est à la porté de toutes les bourses »

    Voilà, un recueil qui fera passer un bon moment à tous ceux qui ne sont pas coincés et qui comprennent l’humour même quand il est un peu gaillard ou quand il s’en prend aux trop bien pensants qui ne pensent qu’à eux et bien peu aux plus démunis. L’auteur a présente lui-même le menu du jour proposé aux lecteurs :

    « Aphorismes, vrai faussaire

    à faux adages, vraies maximes

    à faux-fuyants, vrais poltrons

    apophtegmes, toi-même !

    & autres petites pensées éparses »

    C’est clair comme le menu d’un restaurant bardé d’étoiles mais c’est beaucoup plus drôle. Alors, on restera sur cette fameuse conclusion assénée par l’auteur :

    « Les gros porcs sont tous des gros ongulés. »

    Ca c’est bien vrai !

    Le livre sur le site de l'éditeur

    Le blog de Mickomix 

     

    couverture-l-armes-24082016.jpg?fx=r_550_550Jacky LEGGE

    (L’)ARMES À FEU ET À SANG

    Cactus inébranlable

    Si le sous-titre apposé par l’auteur : « Réflexions sans importance, sauf quelques-unes » me semble un acte de modestie très exagéré, je suis par contre beaucoup plus interpellé par le premier mot du titre qui, à mon sens, contient déjà à lui seul l’essentiel du recueil. En effet, le jeu de mot sur « (L’)Armes » dévoile les intentions de l’auteur en suggérant les larmes que l’usage des armes provoque bien trop souvent hélas. Dès le titre Jacky Legge nous laisse entrevoir le message de paix qu’il voudrait adresser à tous ceux qui font usage des armes pour toute sorte de raisons plus mauvaise les unes que les autres.

    « Il y a trop d’armes lourdes entre des mains légères, soupira le Parrain »

    « En temps de guerre, la Mort coupe les épis de blé vert »

    L’éditeur nous raconte que l’auteur est un « explorateur littéraire passionné par les cimetières », il a donc rencontré au cours des ses promenades de nombreuses tombes de jeunes militaires morts pour défendre des causes qu’ils ne comprenaient pas toujours.

    « La guerre est le cancer de l’humanité ; il est sans rémission. »

    « Les permissions n’ont pas de sens pour les orphelins de guerre »

    Sous l’humour et la causticité de ses « réflexions sans importance » se dissimule mal sa compassion pour les innocentes victimes qui n’ont jamais rien demandé.b57515ce-7960-11e3-a7e8-0bcd47b1af90_original.jpg?maxwidth=756&scale=both

    « Toute sa vie, la veuve pleura le temps trop bref qui sépara la déclaration d’amour de la déclaration de guerre » (cette réflexion n’est pas qu’une formule littéraire, j’ai connu cette situation dans ma famille).

    « La guerre est un cirque où les fauves ont dévoré les clowns. »

    « La guerre, c’est toujours le massacre du printemps. »

    Ce recueil n’est pas qu’un plaidoyer contre la guerre, c’est aussi un bel exercice littéraire dans lequel Jacky Legge dévoile un réel talent et un esprit très affuté. Certaines de ses réflexions sont, en plus d’être très pertinentes, très drôles.

    « L’odeur de compote provoquait des nausées à Guillaume Tell et à son fils »

    « L’héroïne est une arme blanche redoutable »

    « Seuls les Inuits restèrent indifférents à la Guerre froide »

    Je ne saurais clore ce propos sans évoquer les illustrations de Priscilla Beccarri qui agrémentent le recueil, des dessins qui collent bien au texte, des victimes innocentes des armes assassines.

    J’ai gardé cette réflexion pour la fin, elle m’a bien fait rire, je la trouve très drôle.

    « Un franc-tireur, c’est pas cher.

    Un sous-marin, non plus. »

    La violence est à la portée de tous !

    Le livre sur le site de l'éditeur

     

    couverture-les-hamsters....jpg?fx=r_550_550Francesco PITTAU

    LES HAMSTERS DE L'AGACEMENT

    Cactus inébranlable

    Francesco Pittau, c’est un peu « Tête-Dure » le héros éponyme de ce roman que j’ai tellement aimé, un gamin taciturne, rêveur, imaginatif et débrouillard qui est devenu un adulte poète amer et acide qui supporte mal la stupidité, la bêtise et même la connerie de ses congénères. Il a peut-être la tête toujours aussi dure mais ce que ce recueil révèle c’est surtout qu’il a la dent dure envers ses collègues manieurs de plume qu’il maltraite volontiers, dénonçant tous ces « écriveurs » sans talent qui déversent leur mot sur le papier en espérant envahir les rayonnages des librairies.

    « Il y a beaucoup trop de poètes géniaux et pas assez de boulangers capables de faire une bonne brioche aux raisins. »

    Il n’a aucune pitié pour ces sans talent ambitieux, il les classe avec ceux qu’il affectionne particulièrement : les cons, les cons qui occupent une place de choix dans son recueil.FRANCESCO-PITTAU.jpg

    « Il y en a qui ont des têtes de cons, puis il y en a qui ont des têtes d’écrivains… et c’est souvent les mêmes. »

    « Les cons disent qu’on est toujours le con de quelqu’un, en espérant ainsi échapper au diagnostic. Bien sûr qu’un moment d’inattention peut toucher n’importe qui, mais y en a pour qui c’est l’abonnement 24 heures sur 24. »

    Il a une idée bien précise pour traiter ces dévoreurs de papier :

    « Un coup de pied au cul, une baffe dans la tronche, une torsion des oreilles, un arrachement du nez, un genou dans les couilles… et tout ça pour son bien ! »

    Si Pittau décoche des flèches empoisonnées à tous les cons qu’ils écrivent ou non, lui, il ne risque pas la vindicte de ses collègues de plume, lui, il écrit des aphorismes comme Verlaine écrivait des vers, c’est un poète, un vrai :

    « La nuit collait au visage comme une seconde peau et les étoiles s‘incrustaient au fond des orbites, vives brûlantes, pareilles à des rêves inachevés. »

    « Sur son pain de rêve, il déposa une cuillère de confiture de nuit avant de prendre une gorgée de matin de soleil inattendu. »

    Il s’inscrit comme beaucoup d’auteurs réunis chez Cactus Inébranlable dans la droite ligne des surréalistes belges. Il manie avec adresse l’absurdité, le burlesque, l’ironie pour énoncer des vérités évidentes, la fatalité fatale, l’ironie désarmante, l’imbécilité imbécile, … :

    « Il pissait comme vache qui pleut »

    « Quand tu montes une descente et que tu descends une montée, il est bien possible que tu commences à comprendre le sens de l’existence. »

    « Il faut bien admettre que la civilisation du Canada Dry et de la Tourtel est en train de remporter la manche. »

    « Depuis qu’une loi reconnaît les animaux comme des êtres doués de sensibilité, on les zigouillera dorénavant à coups de boules de coco et on les égorgera à la fraise tagada. »

    « Si l’ironie pouvait se contracter comme la grippe, le monde irait mieux. »

    Un recueil copieux, désopilant, une leçon de bon sens mais aussi quelques moments de pure poésie qui confirment que « Tête-Dure » n’est pas une réussite isolée, l’auteur a un talent fou. Et pour vous en convaincre, je vous offre quelques vers pour la route.

    « Le petit matin

    Se pendait au rideau

    Avec ses doigts dorés

    Avant de pousser ses

    Cris de soleil et d’azur

    Comme une bouche de bébé. »

    Tout savoir sur le livre sur le site de l'éditeur

    Le site du Cactus Inébranlable

  • STROBOSCOPE suivi de STRIES d’ARNAUD DELCORTE (L’Harmattan)

    13340216_10154107648608213_8831710446046276692_o.jpgÀ l’envers du monde à l’endroit du rêve

    Des trois acceptions du terme données en préambule, on retient que le stroboscope donne l’illusion de mouvement ou d’immobilité. Arnaud Delcorte, lui-même saisi dans le mouvement de l’écriture, rapporte quantité de visions, de flashes pris dans les filets de son regard de passant ou son imagination de rêveur inquiet.

    Il balaie de ses yeux-scanners le défilement du monde.

    Des éclats bleus sur nos hanches des harpons de ciel qui nous crèvent /

    Toute cette machinerie de sons et d’évènements dans l’enfance aseptique des néons /

     

    Il décline des fulgurances  qui le mettent en péril, le blessent, le font basculer, continuer à avancer envers et contre tout...

    Il déconnecte (sa) tablette et allume résolument la vision.

    Des chimères filles-mères  immolées à ciel ouvert larguées à tombeau ouvert /

    Pour un marchandage à bon marché dans les bas-côtés de l’existence /

     

    Il met en double ligne, dans une écriture électrique et syncopée, un monde hyperconnecté et dans le même temps déconnecté du réel, le strass internet les visions noires paradisiaques.  À la façon de Rimbaud, auquel il fait plus d'une fois penser, il note l'inexprimable, il fixe des vertiges.  Il décrit un monde froid et cruel en transformation qui nous éloigne, nous sépare du sensuel, de l’humain, de la douceur des peaux, un monde qui se soigne avec des images virtuelles, de la communication à distance...march%25C3%25A9%2B%2Bde%2Bla%2Bpo%25C3%25A9sie%2B2016%2B011.JPG

    Delcorte décrypte un espace virtuel dont on ne meurt pas (car) on se berce d’insuffisance digitale.

    À l’envers du monde à l’endroit du rêvé le jeu des étonnements /

    Dissimule un oiseau de lignes et de larmes un oiseau-mystère /

    Il frotte les deux, le rêve et le réel, l’un contre l’autre, comme il ferait de deux silex pour en tirer des étincelles visuelles, des jeux de maux, des illuminations. Et le catalogue déraisonné des visions traverse des îlots de calme, des plages de réalité pure…

    Le geste incontrôlé des choses du monde lacère le champ de bataille de la toile/

    On voudrait peindre la beauté sans son cordon ombilical /

     

    Stries, avec d’abord  ses poèmes verticaux, plus classiques au niveau de la forme, prolonge la problématique du stroboscope consistant à questionner le mouvement dans l’immobile et l’immobile dans le mouvement.

    Le propos du recueil résonne très fort d’ailleurs avec cette citation de René Char (Le soleil des oiseaux) : Je crois que la poésie, avant d'acquérir pour toujours, et grâce à un seul, sa dimension et ses pouvoirs, existe préliminairement en traits, en spectre et en vapeur dans le dialogue des êtres qui vivent en intelligence patente avec les ébauches autant qu'avec les grands ouvrages vraiment accomplis de la Création.

    Viennent pour terminer, en diarrhées verbales non exemptes de sens, des moments de force et des turbulences de pensée, le tout s’achevant par une sorte de nirvana, d’éveil (j’acquiers la vision,  je vois les signes de corolles de chair entrouvertes…), où le poète est en relation avec le grand tout et lui-même,  ce qui apporte une note d’apaisement à cet ensemble volontiers torturé,  toujours en action, sur le qui-vive, à l'image du grand vivant qu’est Arnaud Delcorte.

    Le livre est bellement préfacé par Catherine Boudet et est dédié à la mémoire d’Alexander Mc Queen.

    Éric Allard

    Le livre sur le site des Editions L'Harmattan

  • BEAU COMME...

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    Beau comme la rencontre au sonnet sur une table de conjugaison d'une machine à écrire et d'un alexandrin.

     

    photo de Man Ray, hommage à Lautréamont, 1933  

  • LA LIGNE MAIGRE

    4790623_6_7162_homme-qui-marche-i-d-alberto-giacometti_3794ec75fba2a74beeb1f3f9dd54bc3e.jpgPourquoi l'auteur d'aphorismes n'a-t-il pas d'embonpoint?

    Parce qu'il craint trop de perdre sa ligne.

  • JOUEUR DE LIVRE

    livre-objet-livres-faire-peur-L-sOs3iB.pngJe lisais un bouquin quand, par inadvertance, je découvris la musique du livre. Elle s’annonça par un son, plus qu’un chuintement et moins qu’une plainte, duquel très vite je tirai d’autres bruits, toute une mélodie, concrète certes mais qui disait le livre au plus près de son être.

    Il s’agissait de La colonie pénitentiaire et autres récits de Kafka. Comme il eût pu s’agir des Voix de l’asphalte de Philip K. Dick, du Journal d’un fou de Gogol ou du Jeu des perles de verre d’Herman Hesse.

    En tordant le livre d’une certaine manière, puis en en jouant un peu comme d'un accordéon, je tirai toutes les notes de l’ouvrage. Je crus d’abord à un écho du mécanisme de la machine infernale du récit, grincement de ses rouages ou supplique du condamné, mais non...
    La méthode fonctionna sur d’autres livres et d’autres auteurs si bien que je pus me constituer bien vite tout un répertoire.
    Connaissant le goût du lecteur grégaire, aussi amateur de convivialité que de lecture, à domicile ou à l’extérieur, pour autant qu’on parle d’art un verre à la main, qu’on cliquète et qu’on caquète, qu’on s’anime en lisant, qu’on affiche ostensiblement son mépris des péquenots comme des rentiers, des nobles d'esprit comme des écervelés, je n’eus pas de mal à me trouver une clientèle pour mes jeux de livre, que j’adaptai au goût de mes commanditaires.

    Il m’arriva plus d’une fois de jouer des auteurs que je n’appréciais guère voire pas du tout mais comme j’étais devenu un excellent interprète, rien ne paraissait de mon indifférence à l’auteur en question, qui se trouvait parfois  (les auteurs sont partout !) dans l’assistance et semblait juger mon jeu alors qu’il était lui-même incapable de tirer le moindre murmure de son propre livre (les auteurs sont de pâles interprètes de leurs ouvrages).

    Mais durant une période où je n’étais pas dans mon assiette, je plantai un concert, puis deux, bientôt trois… C’en fut trop, on fit moins appel à moi et puis plus du tout. D’autres, plus habiles, moins scrupuleux, interprétaient les livres avec plus d’entrain ou de pathos; ils joignaient le geste à la musique et se constituaient des lors des clientèles au détriment de la mienne.

    Un d’entre eux, ancien comédien de série télé, qui massacrait régulièrement des livres dans les émissions littéraires, ne cita jamais le nom du découvreur de ce nouveau genre d’animation culturelle et on crut bientôt qu’il en était le créateur.
    Je me contente aujourd’hui de jouer quelques livres choisis, des plaquettes à la stridulation aiguë, des volumes épais au martèlement de grosse caisse, dans l’intimité de mon salon, de mon bureau ou de ma chambre quand ma femme et mes enfants ne sont pas là ou regardent un écran dans le salon car ils ne supportent plus de m’entendre jouer.

    Aujourd’hui, j’ai repris l’activité de bibliothécaire que j’avais abandonnée au moment fort de mon succès d’interprète. Mais les lecteurs viennent désormais emprunter les livres qu’ils ont entendu jouer la veille dans leur émission littéraire préférée en espérant en tirer quelques accents déchirants qui leur assureront à terme un début de notoriété.

  • Album-souvenir de la lecture de textes d'Eric Allard par le Box Théâtreà la BMY de Marchienne-au-Pont

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    La lecture vivante a eu lieu à la Bibliothèque M.Yourcenar de Marchienne-au-Pont le samedi 15 octobre 2016.

    Vifs remerciements aux lecteurs: Anne Lépine, Véronique Dubois, Lior Desamory et Fabien Sansterre ainsi qu'au directeur du Box Théâtre et du cycle de lectures Aux Murmures des Muses: Eric Delhaye.

    Sans oublier Serge Budahazi assisté de Carine-Laure Desguin pour l'organisation de la soirée dans le cadre de la Fureur de Lire. Et les amis présents.

    Merci tout particulier à Thierry Ries

    Merci à Salvatore Akli, Pierre Desagre, Carine-Laure Desguin, Véronique Dubois et Eric Delhaye pour leurs photos.

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    D'autres photos sur la page Facebook consacrée à la manifestation

  • RENTRÉE LITTÉRAIRE 2016: Arrivages d'octobre

    arton117866-225x300.jpgpar DENIS BILLAMBOZ

     

     

     

     

     

     

    9782809712063FS.gifSOUDAIN, J'AI ENTENDU LA VOIX DE L'EAU 

    Hiromi KAWAKAMI

    Editions Picquier

    « Soudain, j’ai entendu la voix de l’eau », de l’eau que même la Muraille de Chine n’a jamais pu arrêter, de l’eau qui compose nos corps, de l’eau que Ryô répand dans le corps de sa sœur Miyakô. Miyakô et Ryô, un frère et une sœur vivent ensemble depuis que leur mère est morte et qu’ils n’ont pas voulu rester seuls chacun de leur côté. Miyakô, l’héroïne et la narratrice de cette histoire, entraîne le lecteur dans une introspection au sein d’un huis clos familial composé d’elle, la fille aîné de la famille qui travaille à la maison, de Ryô le frère cadet qui vit avec elle, de la mère qui décède trop tôt, du père qui s’éloigne un peu après le décès de la mère, de Takejei celui qui a toujours aimé la mère sans jamais pouvoir l’épouser et d’une seule et unique amie.

    Miyakô raconte l’histoire de cette famille dans un texte, doux, délicat et tendre sans aucune violence, un texte qui coule paisiblement comme l’eau qui baigne les corps. Totalement plongée dans le passé de cette famille, sans jamais essayer d’entrevoir l’avenir, elle essaie de comprendre comment elle est tombée amoureuse de son frère et comment ils en sont venus à partager leur vie. La mère qui préférait le frère, rayonnait et attirait l’amour et la sympathie tout en fascinant sa fille qui l’admirait. « Maman était morte mais elle continuait à vivre en moi. Si bien que même si j’étais seule, je ne pouvais pas être seule ». La mère disparue, la fille a reporté cet attachement viscéral sur le frère qu’elle a toujours aimé tendrement et plus encore après qu’ils ont appris que leur père n’était pas leur père biologique.

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    Hiromi Hawakami 

    Une réflexion sur la raison d’être, l’amour, la famille, la vieillesse et la mort, une réflexion totalement détachée du contexte historique et social, sauf de la guerre que la narratrice n’a pas vécue mais dont elle connaît bien les torts qu’elle a causés à la famille et de l’attentat au gaz sarin en 1995 qui aurait pu être fatal au frère. Une réflexion qui l’amène à penser que le hasard joue un grand rôle dans ce que nous sommes et ce que nous vivons. « Nous ne sommes pas constitués de la signification que revêtent les événements, les choses qui se sont passées. Nous existons simplement au gré de ce qui nous arrive, nous sommes ce que nous sommes par hasard, pas la peine d’aller chercher plus loin ». Et que la vie n’est qu’une évidence simple que les hommes se complaisent à complexifier. « Tu ne crois pas que le monde serait plus supportable si les êtres humains étaient capables de dominer leurs sentiments ? »

    La narratrice, et peut-être même l’auteure, essaient de nous faire comprendre que la vie serait une chose douce est facile, si nous acceptions de la prendre comme elle nous est offerte par le hasard et façonnée par notre passé. L’avenir, il suffit de l’affronter et de l’accepter. « Le mot de vieillesse est un mot avec lequel nous n’arrivons pas à nous familiariser. C’est comme s’il ne nous restait plus beaucoup de temps, une impression de ce genre. C’est peut-être aussi que nous ne voulons pas y penser, une sorte de préjugé, une illusion. »

    Et la famille n’est pas un débat, c’est comme ça, car les sentiments ne se gouvernent pas, pas plus que le cours de l’eau ne peut-être entravé. « Dans la mesure où nous sommes ensemble depuis l’enfance, nous formons une famille, non ? » A chacun sa vie, à chacun ses amours !

    Le livre sur le site des Editions Picquier

     

    9782842638672.jpgLA PETITE GAMBERGE

    Robert GIRAUD

    Le Dilettante

    Encore un ouvrage tiré du cimetière des livres oubliés par Le Dilettante, encore une balade dans les rues de la capitale, une croisière dans les rades de la Rive Gauche à la Bastille, de la Moufte à la Rambute, un livre comme je les affectionne, une verve qui rappelle Blondin, Audiard, Fallet et quelques autres encore, un roman de Robert Giraud publié en 1961. L’histoire d’une bande de petits truands aux maigres ambitions, trop émotifs pour supporter l’alcool que ses membres ingurgitent, le venin qui glisse dans la mécanique de leur amitié, le grain de sable qui va remettre en cause leur belle assurance et leur avenir insouciant.

    Comme l’écrit le préfacier, Olivier Bailly soi-même, biographe de l’auteur, « La Petite Gamberge est un éloge de l’errance. Bob (pseudonyme de Robert Giraud) peint ses personnages avec tendresse. Il les regarde, évoluer, échouer lamentablement dans leur entreprise. Mais, il ne les juge jamais ». « Pour une équipe, c’était une belle équipe. Oui, de première, cinq bons gorilles, tous bien potes, qui s’occupaient ensemble et ne se quittaient jamais. Dans le milieu ils n’étaient que de vulgaires voleurs de lapins, mais parmi leur entourage à eux, ils étaient quelqu’un ». Un roman qui commence comme ça, je ne peux pas le lâcher facilement, j’ai envie de savoir qui sont ces petits malfrats et comment ils vont se prendre les pieds dans le tapis des combines mal ficelées.

    A la Vieille Treille, rue Mouffetard, autour de la table qui leur était réservée dès la fin de la matinée, Il y avait là Bouboule, le boss celui qui dégotait et combinait les bons coups, ceux qui devaient les rendre riches à jamais ; le Manchot qui n’avait pas perdu son bras à la guerre comme il le racontait mais qui savait causer aux serrures les plus récalcitrantes ; Roger-perd-son-froc, toujours fagoté comme l’as de pic avec le bénard en berne ; la Douleur avec son air miséreux et pleurnichard mais aussi avec sa camionnette si précieuse pour le transport des marchandises ; et Pierrot la Tenaille, le petit jeunot, celui par qui la poisse a dégouliné sur la bande.

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    Robert Giraud

    Bouboule a monté le plus beau coup de la bande, tout a fonctionné comme prévu, La Douleur a planqué la marchandise nul ne sait où, la petite bande festoie et attend le moment opportun pou liquider les trophées. Mais, les poulets alpaguent Roger, personne ne croit au hasard, les soupçons naissent, épaississent, se focalisent, accouchent d’une certitude, le drame se noue, la tragédie est jouée.

    Giraud a écrit l’histoire de l’une de ces petites bandes de petits truands qui hantaient les bistrots de certains quartiers parisiens, des pauvres gars issus de la guerre sans y avoir brillé, les poches vides, à la marge, pas encore à la cloche mais pas très éloignés tout de même. Cette classe sociale haute en couleur, forte en gueule, qui a fait le bonheur de quelques écrivains et de certains metteurs en scène.

    Comme Modiano, Le Dilettante prend plaisir à balader ses lecteurs dans les vieux quartiers de Paris, dans ses bouges et ses rades, dans les pas des gens simples et souvent démunis, dans des textes de Mérindol, Calet et autres... Bouboule aurait pu croiser Monsieur Jadis entre le Bar Bac et la Vieille Treille et Robert Giraud a certainement partagé un gorgeon, et même plusieurs, avec Antoine Blondin et sa bande d’assoiffés.

    Le livre sur le site du Dilettante

  • CONSEIL SOUFI

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    N'attendez pas pour mettre votre fakir au clou qu'il soit complètement piqué des verres ! 

     

  • CONFIDENCES DE L'EAU de PIERRE WARRANT

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

    confidences-eau-150x251.jpgUn beau livre de douceur, où la mer prend tous les accents et délivre un charme fou, d’enfance, de découverte.

    Tissé de lyrisme quasi sentimental, le livre toutefois ménage d’autres accents : le « on » s’impose à la vision et les contours sont suffisamment flous pour favoriser d’autres lectures, quoique la psychanalytique s’impose : la poésie intime décline ses ferveurs et « tient en vie » ce grand bonhomme qui tutoie aussi bien la mer que les hauts cols.

    Livre de confidences ? Oui, si l’on le lit avec ses images : « plages de l’enfance », « ce qu’il faut de larmes et de lumière » ou « au point d’écrire ce qui déchire », mais même là, la douce écriture de ce cher Pierre l’emporte sur le sang, la peur, l’effroi.

    Le futur simple aussi lui convient pour énoncer ses attentes, et le conditionnel son projet : « reconnaître/ un chemin d’eau ».

    J’aime beaucoup de ces textes, le tendre effleurement comme une caresse de mots qui épèle et la langue m’est proche par ses effusions maîtrisées :907113.jpg?132

    Nous ne savons pas comment répondre

    aux croix posées sur les cimetières (p.33)

    Au bout du soir et de la mer

    le peu sera le plus (p.44)

    Le poète dit bien ce qui vibre en lui, sa quête, sa tristesse aussi « à séparer du noir de l’eau ».

    Cette poésie fraternelle – sans doute comme un répons au manque – partage en nous l’eau et ses vagues, quitte à franchir « la page des falaises » ou à sentir « les étreintes suspendues/ d’un poème qui culmine ».

    Un très beau deuxième recueil.

    Pierre WARRANT, Confidences de l’eau, L’Arbre à paroles, 2016, 70p., 12€.

    Le recueil sur le site de La Maison de la Poésie d'Amay

    Le site de Pierre WARRANT, poète et photographe

     

    RENCONTRE - SPECTACLE à la MAISON DE LA POÉSIE DE NAMUR les
    21 & 22 OCTOBRE 2016 À 20.00
    "Une soprano, une harpiste, un comédien et un poète - photographe se réunissent le temps d’un soir pour mettre en forme et en musique les "Confidences de l’eau".
    Sur des textes du poète Pierre Warrant et des musiques de Monteverdi, Fauré, Rossini, Debussy, Ravel et Hahn, le comédien Jean Loubry et les musiciennes Clara Inglese et Alisée Frippiat vous invitent à un voyage au coeur des mots et des silences pour un spectacle multiforme, grave ou léger, qui vous transportera au fil de l’eau sur le ton de la confidence..."

  • POÈMES À L’OUBLI de BERNADETTE WEBER

    ob_4876e3_couverture-poemes-a-l-oubli.jpgUne vie entre le rêve et le papier

    Dans le poème qui ouvre le recueil, une femme introduite dans une maison « cherche l’escalier qui la fera monter »  mais elle reste à l’arrêt sur le palier, la porte s’est refermée derrière elle, le soleil s’est caché et « ses pas l’entraînent vers des pièces obscures ».

    Ouvrant l’unique fenêtre de son minaret

    Elle se sent revivre dans un monde étranger

    Elle réussira à fuir la maison et à gagner la liberté.

    C’est au fil du recueil, à un parcours semblable qu’on est invité, celui d’une femme qui « a passé une grande partie de sa vie professionnelle sur les voies navigables » (comme nous l’apprend la note biographique). Malgré ces voyages qui lui procurent la plus grande des libertés, on comprend qu’elle été enfermée dans le monde réel et n'a trouvé la consolation que dans l’encre des mots (seul les écrits soulagent des illusions) en regardant par la fenêtre du rêve comme dans les reflets du passé .

    Je suis née comme une nymphe

    Entre deux eaux, le canal est mon bateau

     

    Elle cherche une maison, une sonate de rosée où elle se réveillerait,  un cœur battant pour elle, un arbre où jeter l’ancre, une raison de déposer les rames. Mais ce n’est pas si simple. Si elle cherche une maison, elle continue de craindre ses murs, et, dans l’arbre de Noël, elle voyage encore entre ses branches.

    Survivant dans le temps par ces quelques pages,

    On se souviendra de moi la fille du halage.

    D’écluses en ponts, de vents en courants,

    J’accuse ma passion d’être ma prison.

     

    Fatiguée d’espoirs et de regrets, brûlant du désir d’être intensément aimée, sans être dupe de ses propres attentes, souvent inconsolable, elle continue de redessiner le cours du temps.

    Canaux, rivières, mers et bateaux ne peuvent rien faire

     

    Elle trouve dans l’oubli, dans le hors-temps de l’écriture, à courir dès l’aube à l’aurore d’un poème, à trouver les mots juste pour écrire ce présent,  une façon de donner une forme à son passé pour construire un futur à ses espérances.

    Sans contraintes sans regrets

    Vouloir exister pour à nouveau partager

    Un matin s’est levé dans le miroir du passé.

     

    Un premier recueil paru chez Bleu d’Encre qui laisse entendre une voix attachante qui rapporte avec bonheur une vie entre les rêves et le papier.

    Éric Allard

    Le recueil sur le tout nouveau site de Bleu d'Encre

  • UNE ENFANCE LINGÈRE de GUY GOFFETTE

    13332843_1113565728701097_3993885120564707459_n.jpg?oh=892948e3f24db24a6147eeaf82b5bc07&oe=58A361F1par NATHALIE DELHAYE

     

     

     

     

     

    product_9782070346219_195x320.jpgLa cour des grands

    J'ai eu beaucoup de plaisir à lire "Une enfance lingère", évoquant l'enfance de Simon, petit garçon espiègle,timide et naïf. Nous avons tous des souvenirs bien ancrés dans nos mémoires, des odeurs particulières et des goûts prononcés.

    Ici Simon découvre le toucher, la sensualité voire plus. En compagnie des grands qui l'entourent, de son oncle qui vend des bas de soie, de la maîtresse d'école qui lui fait cours, en passant par sa copine Jeanine, une "Grande" âgée de quelques années de plus que lui, sans oublier la grosse Germaine qui le sauve des eaux. Ce sont des situations cocasses, qui invitent à sourire, on a plaisir à découvrir les premiers émois de ce petit bonhomme tout surpris de ce qui lui arrive. Ses pensées candides, son regard vif et curieux, son esprit en pleine transformation feront de lui l'homme qu'il sera plus tard.contributor_11477_195x320.jpg

    "Aussi je pêchai longtemps en toute innocence, emporté par la curiosité, la colère ou l'envie. Je ne crois pas avoir eu jamais à cette époque la sensation de faire du mal, en tout cas jamais avec intention. J'étais simplement dépassé par moi-même. "

    Tout cela est écrit avec une infinie tendresse, celle qui a manqué peut-être au garçonnet, rabroué par son père, délaissé parfois par sa mère, mais il a pu trouver refuge auprès de personnes aimantes et vécu de véritables aventures magnifiées par son regard d'enfant.

    Le livre sur le site de Folio/Gallimard

    Guy Goffette sur le site de Gallimard

     

  • LE TREIZIÈME TRAVAIL D'HERCULÈS de FRIGYES KARINTHY

    arton455-c039f.jpgFrigyes KARINTHY (1887-1938) est un auteur hongrois de contes brefs remarquables et piquants. On lit encore aujourd’hui ses textes qui datent pour certains de plus d’un siècle avec un vif plaisir, et ils continuent de faire mouche, comme s’ils avaient été écrits la veille. Ce volume, Je dénonce l’humanité, regroupe une partie seulement des nouvelles qu’il a écrites entre 1912 et 1934.

    Il a écrit: En humour, je ne plaisante jamais. Et son humour n’est, en effet, jamais gratuit ; il s’appuie sur une critique de la société et sur des préoccupations diverses, tant sociales, qu’esthétiques, philosophiques ou morales.

    Dans la même maison d’édition, on trouve son Voyage autour de mon crâne qui relate l’opération réussie d’une tumeur au cerveau. Il mourra quelques années après, en 1938, en laçant sa chaussure, lui qui avait écrit en 1912 un texte intitulé Le lacet de chaussure.

     

    Dans cette nouvelle, on verra que le treizième travail d’Herculès n’est pas le moins éprouvant car il se passe dans le féroce milieu des Lettres. Il va s’agir pour le héros grec, qui sait heureusement user de la ruse, de convaincre un redoutable et buté (on dirait aujourd'hui psychorigide) poète en place de l’inanité de son travail…  

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    LE TREIZIEME TRAVAIL D’HERCULÈS 

    Cela fait, Herculès se présenta devant le roi Eurysthée, et comme il se devait apporta la tête du Lion de Némée avec laquelle il avait balayé les écuries d’Augias.

    • - Voici la tête, ô roi. Vas-tu enfin me détacher de mes chaînes ?
    • - Mais Eurysthée fronça les sourcils , médita et dit :
    • - Un nouveau travail t’attend, ô Herculès.
    • - De quoi s’agit-il ? et Herculès fit tournoyer sa massue.

    Eurysthée sortit de sa poche le dernier numéro de Rafina, la revue des belles lettres , et l’ouvrit à la page où se détachait en lettres bleues, en travers et à l’envers, le poème de Lajos Chacrat : Blanche salive sur disque vieux.

    • - Vois-tu ce poème ?
    • - Je le vois. Et vraiment il le voyait.

    Bon. Rends-toi chez Lajos Chacrat et démontre-lui que ceci n’a aucun sens. Cela fait personne n’ose lui dire.

    Herculès raccrocha sa massue à sa ceinture. En frottant deux pierres l’une contre l’autre ils fabriqua deux lourdes haches, il enroula  une longue corde autour de la taille et fourra trois livre dans son aumônière ; sur une lanière de cuir il enfila quatre critiques féroces et bien muselées, qu’il nourrit de viande crue pendant plusieurs deux jours, puis il fit tremper quatre années de la revue Nyugat dans de l’eau, enfin il prit la route.

    Il tenta d’approcher la demeure du monstre par le grand boulevard. Il creusa un fossé autour de la caverne du tripot qu’on appelait en ce temps-là – selon les bêtes sauvages qui y logent et qui hurlent fréquemment « Niou-Niou » - Café New York. Dans un des fourrés qui bordent la caverne, Herculès rencontra la fée Carabosse.

    • - Bonsoir, vieille mère, l’interpella Herculès.
    • - T’as de la chance de m’avoir appelée «  femme de lettres hongroise, répondit-elle. Pour te récompenser je vais te fournir la rime qui va avec « mercantile ».

    Mais Herculès ne se laissa pas surprendre par la ruse, d’un coup il faucha les pieds des sonnets de la sorcière.  Il découvrit le monstre au sommet de la montagne : il touillait dans une tasse un poison noirâtre et vaguement  mousseux.

    Herculès ne partit pas immédiatement à l’assaut. Il passa par l’arrière et donna cinq sesterces à Agnès. Il plaça les critiques féroces, après les avoir ligotés, de part et d’autre de la descente ; pour les faire patienter – en attendant qu’on ait besoin d’eux -, il leur jeta en pâture des recueils de poèmes saignants.

    Ensuite, par-derrière, prudemment, il s’approcha du monstre. Puis il fondit sur lui : le monstre n’eut même pas le temps de se retourner, et avant qu’il fît un geste, le héros abattit le poème sous ses yeux :

    • - Ceci n’a aucun sens ! proféra farouchement Herculès, tous les muscles bandés.

    Le monstre émit un ronflement épouvantable. Ses yeux s’injectèrent de sang. Il écarta les doigts et retourna face à son assaillant.

    • - Ceci n’a aucun sens ! répéta Herculès en empoignant le monstre par les reins.

    Un effroyable combat s’ensuivit. Le fauve battait l’air autour de lui : il planta son stylo dans la gorge d’Herculès, il rédigea une déclaration qui invoquait Lajos Hatvany destinée à la rubrique de politique littéraire de la revue Univers, laquelle toutefois ne parut pas. Puis il entreprit quelques pirouettes vertigineuses et poignarda trente-cinq poèmes de son recueil paru l’année précédente.

    • - Ceci n’a aucun sens ! persista Herculès.

    Le monstre mordit le ventre du héros avec douze autre poèmes. Il lui enfonça également un dans la poitrine et un autre entre les deux omoplates.

    • - Cela n’a aucun sens ! haleta Herculès, sans lâcher les reins. Cela n’a aucun sens ! Où est le sens ? Je demande où est le sens ?

    Le fauve griffa de nouveaux poèmes sous son aisselle. Herculès sentit qu’il ne pourrait plus tenir longtemps. Il trancha les lanières des critiques féroces, qui se ruèrent en glapissant sur le fauve, mais quand ils eurent flairé les poèmes, ils reculèrent en rampant et en geignant.

    • - Aucun sens ! hurla Herculès.

    Il retourna le poème, le jeta à la tête du monstre – qui l’engloutit goulûment – le mastiqua et vomit. Vraiment insupportable.

    Herculès eut alors une idée.

    D’un coup de massue il signa le poème du nom d’un autre poète et le lança vers le monstre, qui le fixa.

    • - Aucun sens ! hurla-t-il, lui aussi.

    Herculès le ramassa et l’emporta chez Eurysthée.  

     

    (traduit du hongrois par Judith et Pierre Karinthy)

    Le livre sur le site des Editions Viviane Hamy

    La lecture de Christophe Claro

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  • L’ANTIGONE MANQUÉE de CATHERINE BAPTISTE (Ed. Bleu d’Encre)

    ob_f4ae7f_couverture-antigone.jpgLe non qui donne la vie

    L’Antigone manquée s’adresse à la parole d’Antigone et est dédié aux femmes-sages, aux mères-grands et à leurs petits.

    La langue d’Antigone est la voix du non, née du non pour graver un nom sur une sépulture, pour faire de la tombe un lieu nommé, le territoire de la mémoire.

    Ce non-là ouvre une tombe

    Et bien d’autres fêlures

     

    C’est un oui à la vie, à la vie prolongée, à la vie cabossée, à la vie renaissante et qui vient se greffer sur un non au néant, au nihilisme, à toutes les formes d’autorité et de déni de l'existence comme des libertés.

    Parlant du livre,

    vous êtes le livre

    où se joue, tragique, votre sort de brindille

    dans la jacasse de nos prairies.

     

    Ce non-là est à l’origine du l’écriture et de toute parole vraie.

    On trouve dans ce texte de nombreuses négations qui disent l’inanité de toute action contre la norme. Elles n’en constituent pas moins une tentative d’union du souffle et du cri, de la révolte et de l'insoumission. Cri ténu mais déchirant, comme celui de l’oiseau dont la figure de fragilité et d’envol revient souvent dans le texte.

    Oui, j’ose dire le non

    plutôt que la fuite

    plutôt que le sommeil veule et vain,

    plus chair que l’assentiment redoutable

    au rien.

     

    Non aux déclins, non aux crépuscules !

    C’est un non lancé au ciel pour inhumer l’oiseau dans « une terre de poésie ».

     

    Non, j’ose un nonL-Antigone-de-Catherine-Baptiste_large.jpg

    qui honore

    qui déboulonne et qui nomme

    un grand non profane

    qui ressuscite l’homme

    et rend sacré ses non-sens

    et allaite l’aube,

    et encore…

     

    Non au néant, au nihilisme ambiant, appel au courage, à la lumière de lait pour extraire le vivant de la mort latente qui nous condamne à l’inaction, aux ténèbres.

    Dans la dernière section du recueil, l’accent est davantage mis sur la fonction d’enfantement de la femme (car depuis toujours la femme relaie la femme) et ce reproche que l’auteure se fait d’être une Antigone manquée (nous vivons tous l’histoire d’une sépulture manquée). Dans  cette mauvaise conscience où se situe son salut, elle trouve la force de donner chair et mots dans la continuité d’une révolte, dans cette voie d’accès à sa vérité.

    Car je sens bien que j’existe

    En ces mots

    Par vous.

     

    De l’exigeante et belle poésie aux éditions Bleu d’encre portée par une voix qu’il nous tarde de lire et d’entendre à nouveau…

    Le livre est ponctué des gravures de Jérôme Bouchard.

    Éric Allard 

    Le recueil sur le tout nouveau site des Éditions Bleu d’Encre

  • ÉCHEC DE L'OPÉRATION DE SÉPARATION DES SIAMOIS MICHEL ET DE WEVER

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    Deux jumeaux siamois de 13 mois reliés par la tête ont été séparés au terme d’une opération de 27 heures qui a été couronnée de succès à New York vendredi.

    Les jumeaux partageaient un centimètre et demi de tissus cérébraux.

    À la suite des discussions sur le Budget et lors de la déclaration de politique générale de ce dimanche midi, une partie du monde politique belge espérait encore au terme d’une intervention d’une semaine une séparation des cerveaux siamois de Charles Michel et Bart De Wever partageant depuis deux ans des pans d’idées communes. Il semble même qu'il se soient rapprochés lors de leur tête à tête automnal.
    Un grave échec pour la politique nationale, aux yeux de l’opposition qui se demande si ce n’est pas là une des premières conséquences des économies drastiques annoncées dans le secteur des soins de santé.
    Dans l’opposition francophone, des experts de la Gauche planchent, eux, sur une siamoisation des esprits de Magnette et Hedebouw. Les premiers essais sont décevants.