Le court du conte

  • L'art moderne

    « Je ne veux pas te voir », dit le peintre à son modèle. « Juste t’entendre. Ta voix conduira ma main et les traits sur la toile seront le reflet de ton chant. » Le modèle eut une quinte de toux et la toile figura un embrouillamini de lignes et de taches de peinture. Ainsi naquit l’art moderne.  

  • L'image lourde

    D’habitude les images qu’il recevait tenaient dans une simple enveloppe. Cette fois, le transport de l’image nécessita un camion-remorque et l’immobilisation de tout le quartier par les services de police. Mais quand il l’eut regardée, elle s’évapora après usage comme toutes les autres. 

     

  • Puma plume

    Un puma plume s’envola dans un ciel fauve. Mais personne pour croquer la scène, ce n’était pas un dimanche et le peintre travaillait pour gagner sa croûte.

  • Secret story ou Le pense-bête

    Elle avait coutume d'utiliser son ventre comme pense-bête. Bien lui en a pris car, après qu’on eut retrouvé son corps décapité et amputé des quatre membres, on put exaucer sa dernière volonté : sauver à Secret Story le candidat n°2 de l'élimination.

  • L'orage

    images?q=tbn:ANd9GcQxAwpS8_Oq_huGmmNETzXpsBtOYRpTqJzP7vpxC0T1PJyQvQNCAyant horreur de la lumière du jour comme du temps ensoleillé, il avait obstrué toutes les fenêtres de son logis à l’aide de photos de ciels zébrés d’éclairs. Seulement quand il y avait de l’orage il ouvrait en grand ses fenêtres.

  • L'homme à la pipette

    Ce qu’il préfère dans les bouées et autres objets gonflables, c’est la pipette. Qu’il suce, lèche, tète, aspire, souffle à discrétion. Sa mère, c’est une poupée.

  • Le monstre

     

    Un jour, sans qu’on sache pourquoi, il arrêta sa collection de femmes pendues pour commencer une collection d’hommes noyés.

  • La dernière séance

    C’était une comédie familiale, un film très grand public. Devant chaque cinéma, on faisait la file jusqu’au bout de la rue. On ne sut bien des années plus tard qu’aucun spectateur n’était sorti vivant d'une séance du film le plus vu de toute l’histoire du cinéma.

  • Le travail

     Tous les matins, à six heures, chaque été, par marée basse ou marée haute, bravant les intempéries, il sort sur la plage. Assis face à la mer, il boit de l'eau de ville avec un croissant avant de se mettre au travail. À dix-huit heures, sa journée terminée, il retrouve sa cabine de plage et n’en sort plus avant le lendemain matin, laissant faire l’équipe de ramassage. L’important est d’avoir maintenu un nouveau jour durant la plage exempte de tout estivant vivant.


  • L'exécution

    Le chemin de fer, le petit mur de pierres, la rangée de peupliers, le champ de seigle, la meule de foin, la charrette, la cabane rouge, le nuage dans un ciel bleu, tout était en place quand le peintre arriva avec sa palette, ses pinceaux et son chevalet pour l’exécution du paysage. L'un après l’autre chaque élément tomba dans le domaine de la représentation.

  • Les émissions littéraires

    Dans son salon, il se mettait en scène discourant à propos de livres imaginaires sur des plateaux littéraires improvisés face des photos en pied de Pierre Dumayet, Bernard Pivot, François Busnel ou Thierry Bellefroid. Grâce à une caméra fixe, il se filmait puis retranscrivait minutieusement ses interventions. C’était sa façon à lui de trouver l’inspiration. 

  • Le gardien de musée

     Le gardien était posté en permanence à l’entrée de la seule salle du musée devant son unique toile. Elle représentait une vue frontale d’une bâtisse aux larges baies vitrées, la même qui abritait le musée où travaillait et habitait cet homme. À y regarder de près, on pouvait voir la salle d’exposition, la grande composition et, face à elle, le gardien du musée posté en permanence là.