LES BEAUX FILMS

  • QUAI DES ORFÈVRES de Henri-Georges CLOUZOT

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    Quai_des_Orfevres.jpgRevoir un classique de 1947, et le premier Clouzot tourné après l'épuration de 1944-1945, qui l'éloigna des studios pendant quelque temps. Puni pour "Le corbeau", réalisé en 1943 pour la Continental, Clouzot dirige Jouvet, Larquey (de nouveau), Simone Renant, Blier et Suzy Delair.

    Un vieux salace est assassiné dans sa villa Saint-Marceaux. Antoine, le vieil inspecteur, mène l'enquête.
    Jenny, chanteuse de "Tralala", son jaloux de mari Maurice et l'amie du couple, photographe lesbienne, sont soupçonnés.
    Un policier d'atmosphère, très réaliste, jouant des décors (de Neuilly et Saint-Maurice - Franstudio), de la grande époque corporatiste, et de quelques rares échappées en extérieurs.

    Seconds rôles impeccables, entre autres un Robert Dalban (que Lautner mécanisera dans des interprétations huilées) qui trouve là son meilleur rôle avec celui de "Des gens sans importance" - un petit chef hargneux. Ici, il joue une petite frappe.arton30778.jpg

    La photographie exalte les profils d'une Simone Renant au sommet de sa beauté comme elle souligne la précarité des intérieurs : le petit deux-pièces d'Antoine, incarné par un Jouvet extraordinaire.

    Le "pipi de chat" de l'épilogue met en évidence l'univers clouzotien : des monstres, une galerie de ratés dans tous les sens du terme : Henri-Georges adore égratigner les faibles, les marginaux, il n'est pas Carné.
    La fin est quasi un happy end tant le cinéaste joue d'habitude de la noirceur.

    Concessions à l'époque : des tours de chant, des numéros de cirque.
    Quelques poncifs : les journalistes du "Quai des orfèvres" attendant dans les couloirs et avec fébrilité les résultats de l'enquête, scène qu'on a vue cent fois!

    Mais le maître conduit avec fermeté les comédiens: une main de fer, disons d'enfer.

    "Le Corbeau" est une oeuvre certes plus importante, par ses implications et surtout par sa mise en scène, autrement inventive.

     

    Un extrait


     

  • APRICOT GROVES de POURIA HEIDARY au Festival du Film d'Amour de Mons

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    MV5BZmIwZDQxMDctYWVjMi00N2YxLWEyOTctZTc4MTlkNGQ1M2ZkXkEyXkFqcGdeQXVyMjk3NzkzNjY@._V1_UY268_CR3,0,182,268_AL_.jpgQuand le cinéma d'auteur peut, en 79 minutes, dire l'essentiel, instiller le malaise et résoudre, en toute fin de parcours, une énigme : voilà la réussite d'un premier long métrage, dû à un jeune cinéaste arménien de 32 ans, né en 1984.


    L'histoire tient en quelques lignes : Aram a vécu en Amérique et retourne au pays, à l'occasion de ses fiançailles. Son frère aîné vient le chercher à l'aéroport et le mène dans sa nouvelle famille. Les relations entre les deux frères sont profondes. Le voyage se poursuit jusqu'à la frontière iranienne.
    Quelques dialogues, beaucoup de silences et un art de dire en images traitées avec douceur et contemplation.
    Le cinéaste prend son temps pour décrire, raconter et émouvoir. Les longues séquences entre les deux frères, selon un road movie qui traverse l'Arménie, montrent combien l'attachement de l'aîné pour le cadet qui revient d'Amérique est intense. Le jeu des comédiens - Narbe Vartan et de Pedram Ansari - est remarquable de discrétion et de densité.
    Pouria Heidary, jeune cinéaste, sait mettre en scène le malaise - comme dans cette rencontre avec la famille de la fiancée d'Aram - autant que le silence et les paysages.


  • Au FESTIVAL DU FILM D'AMOUR de MONS, une oeuvre sautillante et inventive et belge du couple ABEL & GORDON : "PARIS PIEDS NUS"

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

     

    afficheppn.jpgDominique Abel et Fiona Gordon (tous deux nés en 1957) aux commandes d'un film qui mêle drôlerie, émotion et sensibilité.

    Le burlesque au service du cinéma.

    Fiona a reçu une lettre de sa tante Martha de Paris. La vieille dame ne veut pas aller en maison de retraite et quitte son domicile.

    Arrivée dans la capitale, Fiona se retrouve très vite sans bagage. Sur sa route vagabonde, elle rencontre Dom, sans abri imaginatif et voleur.

    La recherche de la tante peut commencer, épique et hilarante. On ne peut guère résumer l'intrigue tant l'inventive mise en scène lance des petits cailloux sur la route de l'imaginaire.

    Les personnages de Norman et de Martha, campés par les vétérans Pierre Richard et Emmanuelle Riva, forment avec Fiona et Dom un quatuor humain et comique.

    Véritables clowns à transformations, Abel et Gordon endossent les rôles chamarrés de leur prénom.

    Les vues de Paris, les trucages, les ambiances nocturnes, les lieux parisiens revisités (Eiffel, les bords de Seine, Lachaise...), des scènes épiques (la chambre ardente, le restau sur la Seine etc.) , tout invite au partage d'émotions pures. La jonglerie, l'humour délicat, les situations burlesques ajoutent au film leur part intime de rêve.

    Un beau film, lumineux de tendresse, aux images inoubliables. Et le dernier film de Riva, décédée il y a peu.

    Le Festival du Film d'Amour de Mons 

    En savoir plus sur le film



  • AU FESTIVAL DU FILM D'AMOUR DE MONS, une petite merveille: LA PUERTA ABIERTA de Marina SERESESKY

    leuckx-photo.jpgpar PHILIPPE LEUCKX

     

     

     

     

    La_Puerta_abierta.jpgDans un quartier populaire de prostituées, à Madrid, mère et fille - Antonia, Rosa - partagent un tout petit appartement qui donne sur une galerie intérieure. Comme elles, d'autres prostituées et travestis vivent là, dans une promiscuité qui frôle la violence. Lupita (travesti), une Russe, une "hyène" (toujours à l'affût de ce qui se passe), Paco, son mari, qui la trompe...

    Antonia, qui veut se faire appeler Maria Lujan, amoindrie par accident vit, sans s'entendre avec elle, avec sa fille Rosa qui s'adonne à la prostitution. Antonia laisse toujours la porte ouverte, au grand dam de sa fille.

    Un jour, une petite fille de sept ans, soudain orpheline, déboule dans leur vie. Normalement, la petite Lyuba a disparu.

    Au plus près de la vie quotidienne et dans un ton qui mêle rires et gravité, la cinéaste réussit un tour de force en proposant, sans une once de moralisme, une description juste de relations féminines, une présentation de la prostitution aujourd'hui et une leçon d'amour.

    L'attachement de la vieille Antonia pour la petite Lyuba nous vaut les plus belles scènes du film. Un intimisme de tous les instants, une mise en scène qui approche sans voyeurisme les personnages, un humour qui dose bien les réalités vécues, autant d'atouts d'une oeuvre qui traduit bien les difficultés du monde.

    La cinéaste dirige d'une main sûre toute cette petite troupe jusqu'aux enfants, Lyuba et Eduardito, compagnon d'infortune, qui vivent, ne jouent pas, cette histoire, dont on sort émus. Les comédiennes sont fabuleuses de justesse : Carmen Maci, Terele Pavez...

    Premier long-métrage d'une cinéaste, née en 1969.

    "La puerta abierta" de Marina Seresesky (Espagne, 2016, 84')

    Le film a été couronné du Grand Prix du Jury des Jeunes (compétition européenne ).

    Le Festival du Film d'Amour de Mons (le site) (jusqu'au 17 février)


  • AU FESTIVAL DU FILM D'AMOUR DE MONS, "NOCES" de Stephan STREKER

    leuckx-photo.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

     

    film.noces.f.jpgGlaçant portrait - d'après des faits réels - d'une jeune Pakistanaise qui tente d'échapper aux traditions de son pays. Intelligente, belle, rebelle, sensible. Ses tentatives d'émancipation seront vaines face au bloc familial qui la force au mariage. Selon sa famille, il est impensable que Zahira épouse un Belge. La tragédie se noue et impose sa violence. Comme toujours, la femme est sacrifiée et le poids de la tradition (mari imposé par Skype...) une insulte à la liberté. Le crime d'honneur enfin souille le beau visage d'une jeune femme écartelée entre l'amour des siens et la poursuite autonome de sa vie. L'arriération impose régression et repli.

    La mise en scène, très attentive aux ambiances nocturnes, dose et accélère la tension et jette le spectateur dans une nasse d'effroi et d'impuissance.

    La distribution est éblouissante : Lina El Arabi (Zahira), Zacharie Chassériaud, Sébastien Houbani (Amir) , Olivier Gourmet.

    Présenté à Toronto, Angoulême, le film de Streker a remporté diverses récompenses. 

    Le Festival du Film d'Amour de Mons (jusqu'au 17 février)


  • SHAME de STEVE McQUEEN

    19841064.jpgL'histoire d'un sex addict dans la solitude new yorkaise qui baise comme on tue... des parties de soi. Pendant le temps où il héberge sa soeur, il va régler sur un plan symbolique son problème d'addiction. 

    Rien n'est expliqué dans le film mais tout est suggéré par la disposition des plans, le traitement des images, Steve McQueen étant un ancien plasticien passé à la réalisation. Les dialogues ne sont pas explicatifs. Ainsi la scène où Brandon fait l'amour à une de ses collègues, celle où il invective sa soeur et la pousse au suicide. On comprend que la seule liaison affective, quoique problématique, qu'il ait jamais entretenue, c'est avec à cette soeur qui le relie à une enfance qu'on devine difficile.

    Avec les remarquables Michaël Fassbender (acteur fétiche du réalisateur qui a d'ailleurs obtenu pour ce rôle un prix d'interprétation) et Carey Mulligan qui donne une version saisissante de la chanson New York, New York, interprétation qui constitue aussi une scène-clé formidable de non-dit expressif. E.A.

    Un film à revoir sur Arte+7 via ce lien

    Un bel article de Thomas Satinel sur le site du journal Le Monde: SHAME, Steve Mc Queen trouve la grâce derrière l'abjection.

     

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  • DEMAIN, un film de Cyril DION & Mélanie LAURENT

    par Philippe LEUCKXleuckx-photo.jpg

     

     

     

     

     

     

    404473.jpgEn cinq chapitres thématiques (alimentation – énergie – économie – démocratie – éducation), le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent fait un état des lieux assez réjouissant sur les initiatives prises çà et là pour réfréner la chute inexorable de notre planète en matière d’écologie et de développement.

    Les constats d’aujourd’hui, assez lourds, sur le réchauffement, ses conséquences (du Pôle à la montée des mers et océans, la raréfaction des ressources – eau…), sont ainsi, non minimisés par le film, mais affinés par une vision qui ne soit pas seulement catastrophiste. En effet, les réalisateurs et leur équipe ont pris le chemin des quatre coins de la planète pour établir, sur le terrain, le catalogue des productions, des réalisations, des projets concrétisés, qui montrent que l’inéluctable peut être renversé.

    De Détroit à la Finlande, en passant par l’Inde, le sud de l’Angleterre, la France …, l’œuvre illustre ce qui est entrepris pour redonner élan, vitalité et enthousiasme à des populations qui se sont prises en mains pour affronter l’avenir, sur d’autres bases que la grisaille et la sinistrose ambiantes.

    Cultures locales et urbaines, remises à l’honneur dans une ville comme Détroit, complètement ravagée par la crise ; liens soudés entre des castes que rien ne prédisposait à travailler ensemble, dans nombre de villages indiens, à l’initiative de maires ; « permaculture » (en coût réduit d’énergie, eau…) bien plus productive que les rendements traditionnels ; groupements locaux efficaces pour rendre à la collectivité les moyens de gestion ; éducation à d’autres sources d’énergie, à d’autres formes d’enseignement…

    On pourrait multiplier les exemples, illustrés par le film, pour démontrer que les initiatives ne manquent pas, que, dans nombre de pays, les choses changent et bougent, et qu’il y a crédit à donner à toutes ces actions.

    En outre, le film est ponctué d’interventions de spécialistes, qui offrent un autre angle de vision : Pierre Rabhi, Olivier De Schutter…

    Au-delà de sa démarche positive à l’égard d’une terre pas tout à fait perdue, souvent égarée, le film donne à comprendre les enjeux communautaires, culturels et écologiques auxquels les citoyens du monde sont confrontés en ce début de XXIe siècle.

    Les images fécondes, les regards, les commentaires, l’entrain des séquences, les explications légèrement didactiques offrent d’autres atouts à la vision.

    Un film humaniste, au meilleur sens du terme.



  • JACQUES RIVETTE (1928-2016)

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    De nombreux livres et films dispensables sortent et des films et des livres qui resteront passent momentanément inaperçus...

    Ce fut le cas de L'AMOUR FOU et peut-être de OUT 1 de Jacques RIVETTE, le plus méconnu des cinéastes de La Nouvelle Vague qui s'est éteint à l'âge de 87 ans.

     

    Son parcours retracé dans cet article du Monde signé Isabelle Régnier

    Des témoignages d'amis et de gens ayant travaillé avec lui: Bonitzer, Ogier, Glenn, Comolli, Téchiné...

    Le témoignage de Jeanne Balibar, comédienne de deux des derniers films de Rivette


    L'AMOUR FOU lentement...


    L'AMOUR FOU en (Gérard) Courant...


     

    L'histoire d'OUT 1, le film colossal de Jacques Rivette par Jean-Marc Lalanne

     



     

    Une interview de Jacques RIVETTE aux INROCKS en 2007 à l'occasion de la sortie de NE TOUCHEZ PAS LA HACHE avec Jeanne Balibar et Guillaume Depardieu


     

    10 FILMS EMBLÉMATIQUES de Jacques RIVETTE

     

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  • BOWIE AU CINÉMA

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    Quelques citations de chansons de Bowie au cinéma...

     

    Carax, Reggiani & Bowie


    Lynch & Bowie


    Bertolucci & Bowie


    Tarantino & Bowie


     9 titres de Bowie qui ont marqué l'histoire du cinéma 

    Quelques rôles...

    Bowie en Warhol dans Basquiat


    Bowie incarnant Nikola Tesla dans Le Prestige


    Bowie dans Twin Peaks le film 


                                          9 FILMS avec David BOWIE 

     

  • MICHEL PICCOLI A 90 ANS !

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    Michel PICCOLI est né le 27 décembre 1925 à Paris. Sa carrière de comédien débute en 1945 dans la compagnie Renaud-Barrault. Le Mépris de Godard le révèle au cinéma en 1963. Il a été comédien dans une cinquantaine de pièces et a tourné dans plus de 150 films en compagnie des plus grands réalisateurs: Godard, Resnais, Bunuel, Renoir, Demy, Chabrol, Malle, Rivette, Carax, Sautet, Ferreri, Costa-Gavras, Hitchcock, Chahine, Ruiz, Iosseliani, Angelopoulos, de Oliveira, Moretti... Il a aussi réalisé quelques films.

     

    Michel Piccoli par Jacques Drillon pour la sortie de J'ai vécu dans mes rêves, écrit avec Gilles Jacob (chez Grasset)

     

    Michel Piccoli, c'est quoi? 


     

    Scène d'ouverture du Mépris de Jean-Luc Godard (1963)


     

    Avec Romy Schneider pour la chanson du film Les choses de la vie de Claude Sautet (1970)


     

    Un extrait de La Belle Noiseuse de Rivette (1991)


     
    Michel Piccoli après la réalisation de son premier long métrage, Alors voilà (1997)


      
    En 2011 dans le rôle du cardinal Melville pour le film de Nanni Moretti 

     

    Michel Piccoli en 2013 à Cannes parle de La Grande bouffe de Ferreri sorti 40 ans plus tôt

     

    Avec Jane Birkin et Hervé Pierre pour Gainsbourg, poète majeur (représentation complète) au Théâtre du Rond-Point en décembre 2015


     

    Piccoli lit Baudelaire (la muse malade)


     

    Quelques autres films... 

    (Max et les ferrailleurs, Le Journal d'une femme de chambre, Belle de Jour, Benjamin ou les mémoires d'un puceau, Vincent François Paul et les autres...)

     

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  • DEUX HOMMES ET UNE ARMOIRE de ROMAN POLANSKI

    Deux hommes et une armoire est sans doute le plus connu et récompensé des courts-métrages que Roman Polanski a réalisés avant de tourner son premier long métrage, Le couteau dans l'eau, en 1962, le seul long d'ailleurs à avoir été tourné dans sa langue natale.

    Le film est tourné en trois semaines à Sopot, une station balnéaire près de Gdansk et Polanski vise un prix au festival du court-métrage expérimental de l'exposition universelle de Bruxelles en 1958 (Roman a 25 ans) où il obtiendra la Médaille de Bronze.
    Ce film sera le premier d'une collaboration artistique avec le pianiste et compositeur de jazz polonais, Krzysztof Komeda. 

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    Lire l'analyse du film par Alexandre Tylski sur le site concacré à Polanski

    LE FILM 

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    Les génériques des films de POLANSKI

    (dont une collaboration avec Jean-Michel Folon pour le méconnu Quoi? en 1972)

    La chanson du Couteau dans l'eau 

    Le film de Polanski / Yves Simon

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    ROMAN POLANSKI, Le SITE 

  • D'UN SILENCE À L'AUTRE: ANTONIONI vu par HAENEL

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    LE SILENCE EST UNE FORME DE PENSÉE

    Dans l'église San Pietro in Vincoli, à Rome, où la statue du Moïse de Michel-Ange continue de lancer sur le monde ce regard de colère qui impressionnait tant Freud, lequel essayait à chacune de ses visites de « tenir bon face au regard courroucé et méprisant du héros » (et se repliait finalement dans la pénombre pour échapper à son jugement), il existe un écriteau, traduit en plusieurs langues. En voici la version française : « Il est interdit de stationner devant la statue de Moïse pour donner des explications au groupe. »
    Freud aurait sans doute apprécié l'ironie involontaire de cet écriteau. Au fond, il vaut mieux ne pas se trouver en face du Moïse, il ne faut surtout pas rester devant lui, et encore moins ouvrir la bouche. Cet écriteau, dans sa naïveté policière dit une vérité sur la statue : croiser le regard du Moïse vous coupe la parole.
    J'écoutais Moïse et Aaron, le grand opéra de Schoenberg sur l'aphasie, quand j'ai repensé à l'écriteau de San Pietro in Vincoli. Pour triompher de toutes les épreuves auxquelles la pensée est exposée, Moïse affirme qu'il faut un Dieu à Israël, mais Israël n'en veut pas, d'où sa colère. Je me demandais à quoi s'adresserait aujourd'hui la colère de Moïse, sinon à la destruction même de la pensée, à ce ravage qui destine les corps à l'inexistence politique.
    Si Freud redoutait tellement le regard du Moïse, c'était parce que Michel-Ange a sculpté dans le marbre l'instant où il découvre la vulgarité de son peuple : son regard semble bondir, il se jette, écrit Freud, sur la « populace » (dans la traduction de Marie Bonaparte, il s'agit de « racaille »).
    Et puis j'ai pensé au Regard de Michel-Ange, un film d'une quinzaine de minutes de Michelangelo Antonioni, où celui-ci vient regarder la statue du Moïse. Antonioni monte les marches de l'église pour dévisager la statue — pour « tenir bon » face à Moïse, comme disait Freud. Une série de champs-contrechamps silencieux concentre l'échange de regards : qui regarde qui ? — et depuis quel secret ? On sait qu'Antonioni, suite à un accident cérébral, avait perdu la parole. On sait que Moïse ne parlait pas : sa bouche était « lourde », dit la Bible. C'est un héros du silence : « Ma langue est raide, je sais penser mais non parler », dit le Moïse de Schoenberg. Ce que donne à voir ce film, c'est un transfert de silence.
    Alors, d'un silence à l'autre, qu'est-ce qui se passe ? De quelle nature est le passage entre le Moïse de Michel-Ange et son homonyme antonionien ? Est-ce le Moïse de Michel-Ange qui offre quelque chose à Antonioni, ou celui-ci qui fait de son mutisme une offrande ? La transparence inquiète de cet échange convoque dans sa mélancolie des figures immémoriales : sans doute Antonioni vient-il à la fois saluer la beauté et annoncer sa sortie, comme si, une fois son parcours artistique bouclé, il s'agissait encore de s'exposer au verdict de l'art, à la terrible endurance de son regard : rencontrer son propre silence dans le marbre, c'est se mesurer à l'énigme de la transfiguration.
    « Tenir bon » face au Moïse de Michel-Ange consiste ainsi à avoir parcouru l'expérience même de l'art jusqu'à extinction de ses possibilités, et — comme Lacan le dit du héros —, à ne pas céder sur son désir. Le face-à-face avec les œuvres est l'histoire même du temps : c'est le lieu de la transfiguration, c'est-à-dire du monde à venir — c'est la grande politique. Quand Freud pense à Moïse, il y pense contre la Loi. Quand Schoenberg pense à Moïse, il y pense contre Hitler. Quand Antonioni pense à Moïse, il y pense contre quoi ? Sans doute contre l'Italie — contre la dévastation politique et culturelle de l'Italie.
    L'aphasie d'Antonioni est historiale : c'est une manière d'endurer la destruction de l'Italie — de lui répliquer. Il n'y a plus rien à dire face au ravage organisé dans ce pays ; Antonioni en a vécu les conséquences de la manière la plus extrême : l'Italie lui a ôté la parole. Comme Moïse face à l'idolâtrie de son peuple, Antonioni, à la fin de sa vie — et d'une manière peut-être plus profonde encore que Pasolini, plus énigmatique — défie les Italiens. Son  silence est une forme de pensée : c'est un avoir-dit glorieux.
    On sait que le temps du regard est contrôlé par la société ; c'est par l'enregistrement que le contrôle s'exerce. La grande ironie d'Antonioni — la puissance de sa fragilité —, consiste à mettre son corps en travers de la surveillance ; car s'il existe quelque chose qui échappe à celle-ci, c'est le silence. Les sphinx sont le contraire des spectres. Les sphinx pensent, ils ne sont pas repérables.  
    Cette rencontre entre Antonioni et Moïse est un acte secret. En lui se concentre quelque chose de décisif, que Schoenberg avait entrevu : la parole, politiquement, ne tient plus ; ce qui doit se dire passera par le silence. Dans la rencontre entre Antonioni et Moïse, il en va ainsi de la transmission même de la pensée. La transmission de pensée s'accomplit en silence à travers le temps ; c'est la véritable histoire.

    Yannick HAENEL, texte repris en partie dans un chapitre de Je cherche l'Italie

    Les chroniques italiennes de Haenel sur le site de Philippe Sollers



    Le film sur Vimeo

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    Michelangelo Antonioni en 5 minutes chrono

     

    Rétrospective et exposition Antonioni à la Cinémathèque française, par Olivier Père

    CHER ANTONIONI, la lettre adressée au réalisateur par Roland Barthes et parue dans les Cahiers du cinéma de l'été 1980

    381652_300x300.jpegExtrait:  "Un autre motif de fragilité, c’est paradoxalement, pour l’artiste, la fermeté et l’ insistance de son regard. Le pouvoir, quel qu’il soit, parce qu’il est violence, ne regarde jamais : s’il regardait une minute de plus (une minute de trop), il perdrait son essence de pouvoir. L’artiste, lui, s’arrête et regarde longuement, et je puis imaginer que vous vous êtes fait cinéaste parce que la caméra est un œil, contraint, par disposition technique, de regarder. Ce que vous ajoutez à cette disposition, commune à tous les cinéastes, c’est de regarder les choses radicalement, jusqu’à leur épuisement. D’une part vous regardez longuement ce qu’il ne vous était pas demandé de regarder par la convention politique (les paysans chinois) ou par la convention narrative (les temps morts d’une aventure). D’autre part votre héros privilégié est celui qui regarde (photographe ou reporter). Ceci est dangereux, car regarder plus longtemps qu’il n’est demandé (j’insiste sur ce supplément d’intensité) dérange tous les ordres établis, quels qu’ils soient, dans la mesure où, normalement, le temps même du regard est contrôlé par la société : d’où, lorsque l’œuvre échappe à ce contrôle, la nature scandaleuse de certaines photographies et de certains films : non pas les plus indécents ou les plus combatifs, mais simplement les plus « posés »." R.B.

  • IDA... une merveille cinématographique

    Leuckxok.jpgpar Philippe LEUCKX

     

     

     

    Pavel Pawlikowski, cinéaste polonais, propose avec IDA une traversée à la fois historique, sociologique et spirituelle.

    Anna, novice tout près de prononcer ses vœux au Carmel, est mise en contact avec une tante qu'elle n'a jamais rencontrée, ex-procureur de la République polonais, Wanda Cruz, dite Wanda la Rouge.

    La Mère Supérieure donne donc son agrément pour qu'elle puisse, en ville, rencontrer la sœur de sa mère Rosza, qui lui apprend qu'elle est juive, qu'elle ne s'appelle pas Anna, mais Ida Lebenstein, que ses parents sont morts pour leur seule appartenance à la communauté exterminée.

     

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    Commence un road-movie qui mène nièce et tante à Piarski, où la tante et la mère ont vécu dans une ferme, occupée aujourd'hui par des Polonais, des voisins d'alors.

    Commence aussi ce travail de mémoire et d'enquête sur un passé lourd.

    Qu'en quatre-vingts minutes ce parcours puisse se dérouler, entre scènes de couvent, périple en petite voiture cabossée, séquence dans un hôtel-dancing où la novice croise un jeune musicien épris de Coltrane et de son jazz, dérives le long des rues lépreuses, le long des routes vides entre séries infinies de bouleaux....tient du miracle absolu.

    Une pureté de vision, celle des visages : de madone pour cette jeune novice, à la coiffe d'impétrante grise, celle des musiques (la tante Wanda adore la musique classique comme elle adore se saouler).

    Réflexion autour d'un passé qui s'éclaire (sans jeu de mot) de la lueur de la fable : la tante-pute et la nièce-sainte s'épaulent, s'apprivoisent, finissent par tisser un amour de parentèle.

    Le noir et blanc sert admirablement le propos et les deux comédiennes (toutes deux prénommées dans la vie AGATA) incarnent avec pudeur, générosité, vibration les deux personnages principaux.

    Les dernières images tracent le vitalisme d'Ida, marcheuse envers et contre tout.

    L'un des plus beaux films de ces dernières années.


  • SCHLÖNDORFF ET LA CATHARSIS CINEMATOGRAPHIQUE ou comment se délivrer du poids de cette guerre

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    De Volker Schlöndorff, il me reste ces images bouleversantes de la Palme d'or 79, "Le Tambour". Comment mieux métaphoriser cette horreur que par le cri d'un enfant apte à briser du verre?
    La guerre est au cœur de "Diplomatie" : le thème de "Paris brûle-t-il?" de René Clément, cette immense surproduction où l'on voyait défiler dans et autour de Paris tout ce que ciné-sur-Tamise ou Boulogne-Billancourt et Franstudio avaient de meilleur, nourrit ce film-dilemme : comment éviter la destruction de Paris tout en évitant les menaces du fou de Berlin? Von Choltitz, gouverneur de Paris et le consul de Suède Nordling , réunis à l'Hôtel Meurice, siège du gouvernorat, argumentent, boivent, jouent au chat et à la souris, le temps d'une nuit blanche. D'une aube à l'éclaircie. Un 25 août 44.
    Le temps de verser au compteur des idées : l'esthétique insurpassable d'une ville qui peut périr inondée (comme en 1910), la férocité revancharde d'un Hitler devenu dingue qui rackette ses généraux par des intimidations honteuses, l'inanité des projets, la fin d'un conflit...

     

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    Les deux personnages, incarnés par Niels Arestrup (un Choltitz asthmatique, renversant de réalisme pataud) et André Dussolier (un Nordling retors, rusé, psychologue en diable, maniant la vacherie et l'humour rosse), prennent vie dans un salon-bureau qui donne vue sur Paris, qui s'éclaire peu à peu.
    L'aspect théâtral (puisque le projet ressort d'une pièce de Cyril Gély) est largement gommé par l'autorité d'une mise en scène fluide, qui joue des intérieurs (table, bureau, bibliothèque...) avec maestria. Du gros plan au tableau d'ensemble, le travail accentue la vérité psychodramatique des échanges. Tout le propos de Raoul Nordling est de faire changer la décision de von Choltitz.
    Le suspense, ménagé par le cinéaste des "Désarrois de l'élève Törless", aère un peu la scène des opérations : quelques ciels sur Paris, quelques détours par des couloirs ombreux, des préparatifs sur des toits...
    Un beau film, qui allège une responsabilité allemande, devoir à la fois de mémoire et de catharsis véritable. Le cinéaste, né en 1939, a souffert, à l'instar de Wenders et de quelques autres nés après la guerre (Fassbinder...) d'une image effrayante de culpabilité. L'Allemagne n'en finit pas (il suffit d'écouter et de voir la ZDF) de battre sa coulpe.


  • Vu au ciné de ma rue : LA GRANDE BELLEZZA

    images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

    De la beauté, de celle d'une ville qui en a ému tant, il reste beaucoup à dire, quoi qu'en aient dit beaucoup d'artistes, d'écrivains, de musiciens, de rêveurs. Quatre lettres suffisent à l'énoncer R O M A.

    Le cinéaste italien Paolo Sorrentino, aidé d'une flopée d'artistes, en tête desquels il faut placer l'acteur de "Gomorra", Toni Servilio, impeccable dans ces habits d'homme mondain qui, au lendemain de son anniversaire, 65 ans bien servis, se remet en question et décide d'explorer, maniant ironie, sagacité, humour noir, les univers de la beauté, dans une Rome décidément dans le vent de la descente, à l'ombre du Colisée, entre néons de bazar, chansons dansantes, personnages de comédie échevelés, excentriques, felliniens pour tout dire.

    Ce long film d'une initiation à rebours (l'on propose très souvent le périple initiatique d'un jeune qui fait ses armes en ville), près de deux heures trente d'images de toute beauté, de musiques, d'avancées travellingantes sur un fleuve, sur ou sous des ponts célèbres, nous ramène aux grandes périodes de la cinématographie italienne, grande comédie à l'italienne des Scola, Comencini, Monicelli..., aux fastes déjà dénoncés ironiquement dès 1960 par Federico dans sa Dolce vita.

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    Si peu de films daignent aujourd'hui accompagner la beauté : celle des femmes assurément, et notre antihéros mondain les a collectionnées et en fait un catalogue avec son cher ami Romano (joué par Carlo Verdone), celle des ambiances, des atmosphères, des terrasses éclairées le soir sur une ville en suspens (comment ne pas penser à la "Terrasse" de Scola!), celle d'une ville décidément éternelle par ses géologies de beauté (j'emprunte à Sallenave son concept littéraire et historique des strates artistiques de son GUIDE INTIME DE ROME), celle des maîtresses présentes de Toni S...pardon de Jep Giambardella!

    On retraverse le passé de l'urbs en suivant des scènes bien contemporaines : on va avec ses personnages dans les boîtes ou palais à la mode, on assiste à des spectacles effrayants de bêtise (ex : la cogneuse de tête le long de l'aqueduc Claudio) ou d'incongruité, on regarde des images désolantes d'une population gagnée par le snobisme ou la mode galopante, comme l'avait déjà montré, dès 1982, le cinéaste Antonioni, avec sa charge douce contre l'aristocratie de "Identificazione di una donna".

    Film riche, complexe, presque surchargé de signes, qu'il faudrait voir de nombreuses fois pour en exhumer toute la portée : les dialogues, à eux seuls, valent leur pesant d'or, et l'antihéros assène sa morale de mondain blasé à l'adresse d'une de ses amies d'un groupe soudé, que ses paroles dénouent certes avec une virulence insigne.

    Plastiquement, la réalisation est superbe de bout en bout : de vrais tableaux, à la Bolognini ou à la Fellini, comme ces intrusions nocturnes, grâce à un "homme aux clés d'or", dans des palais ou musées (Capitolins), interdits à ces heures au public! L'appariteur a reçu tout un trousseau, symbole de la confiance de l'aristocratie noire de la capitale. 

    Comment, dès lors, ne pas songer, devant ces scènes éclairées presque à la bougie, aux fêtes de la "Douceur de vivre"?

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    Le film de Sorrenino rameute d'autres films, de splendides images mémorielles cinéphiliques, en crée, assurément, d'autres pour que d'autres films les ramassent, un jour, à leur tour : ainsi en va-t-il des vrais talents qui nourrissent l'imaginaire des spectateurs.

    On sort du film, entre splendeur, amertume et lucidité : s'est instillée, quasi à notre insu, cette mélancolie devant le sort de quelques personnages poignants : tel ce Romano, qui quitte l'urbs, où il se sent bien trop corseté; telle autre meurt; telle autre s'en retourne à ses projets; Jep reste là, comme face à cette girafe, incongrue dans un décor des Thermes de Caracalla, qu'un bateleur de ses amis fait disparaître. Métaphore du cinéma, du temps, des espaces de pellicule : qu'est-ce qu'un film à côté de la vie? Une magie? Un décor? L'apparence de la réalité? L'écume? Sorrentino ne répond pas à notre place : il nous laisse adultes, vaccinés, cinéphiles, philosophes, il nous enjoint seulement à penser - ce qui n'est pas le plus détestable à l'heure des films fast-food, aussitôt oubliés que vus!

    Un grand film, qui eût mérité la Palme 2013, qui s'est contenté du Grand Prix Spécial du Jury. Sorrentino aussi mal servi que Tarkovsky, hier.

    L'oeuvre vient d'être récompensée d'un OSCAR DU MEILLEUR FILM ETRANGER 2014.


     

  • Alain RESNAIS (1922-2014): La guerre est finie

     

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    "Tu ne savais pas que Ramon était mort... Et maintenant tu vas partir, tu vas prendre sa place parce que le travail continue, car aucune mort ne peut l'interrompre... Tu ne savais pas que Ramon était mort. Il y avait de l'ombre, des arbres, du soleil, et Ramon était mort... La mort fait entrer du soleil dans ta vie, on t'a dit ça tout à l'heure. Tu as ri et tu aurais dû crier, lui dire de se taire car Ramon était mort et c'est l'ombre de Ramon qui est entré dans ta vie. L'ombre de la mort qui était sur toi depuis le premier jour de ta vie..."





    Alain Resnais en quelques photos (copier/coller):

    http://tempsreel.nouvelobs.com/galeries-photos/photo/20140302.OBS8241/photos-alain-resnais-sa-vie-ses-chefs-d-uvre.html

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  • METELLO de Mauro BOLOGNINI

    images?q=tbn:ANd9GcTYeIh_40eQ3e8tELt15eqoVFgVmbu_6gtmnNmzQGe9_DBBSkgxIQpar Philippe LEUCKX

    Des "Garçons" (1959) à "La Dame aux camélias" (1983), Mauro Bolognini a tenu une très belle place dans le cinéma italien. Sa période, peut-être la plus féconde et  la plus réussie, correspond à ces années 1969 à 1976, qui virent la sortie de "Un merveilleux automne", "Metello", "Bubu", "Libera mio amore", "Per le antiche scale", "La grande bourgeoise", "L'héritage".

    Mais on ne doit pas oublier ces films du début des années soixante : "ça s'est passé à Rome", "La viaccia", "Le Bel Antonio", "Senilità",  "La corruption".

    12215.jpgSans doute la couleur, les décors somptueux ou crasseux, l'adaptation de romans à portée sociale ou politique, le sens architectural de la mise en scène ont emporté la mise et souvent aussi engendré une série de réticences à l'égard de leur auteur, souvent méjugé ou comparé à Visconti. Ces reproches d'esthétisme ou de postviscontisme peuvent être assez vite balayés tant les atmosphères recréées enjoignent les spectateurs à saisir véritablement une époque. La documentation, en outre, fournit un regard de scalpel sur les usages du temps : combien de films adaptent des romans qui se déroulent entre les années 1880 aux années 1930! Turin, Milan, Florence, Rome, la Sicile offrent leurs décors naturels à ces fictions qui éclairent l'émergence des forces nouvelles, l'éclosion des ambitions, les révoltes ouvrières sur fond de précarité et d'injustice, les répressions violentes, l'arrivée d'un monde nouveau dans les rues étroites des villes patriarcales.

    Bolognini, avec son équipe, Guarnieri, Tosi, Morricone, et la contribution d'écrivains de premier plan (Vasco Pratolini, pour ce Metello, écrit en 1955, adapté en 1969, premier volume d'une trilogie), n'a pas son pareil pour filmer l'insertion des personnages dans le "tissu" urbain.

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    Prenons Metello et ses amis, Betto, Renzoli, dans une Firenze où les aspirations sociales se font sentir avec acuité : on est en 1880, ils sont maçons et décident d'une grève, suite à un accident des leurs, pour améliorer sécurité et gagne-pain.

    Les aérations par la caméra (vues sur le fleuve Arno, le long des quais où oeuvrent des lavandières) compensent l'enfermement social et psychologique d'ouvriers mal écoutés par un ingénieur ou un contremaître asservi, réprimés avec violence. La lumière chez Bolognini s'ouvre sur des rues, des ruelles, des terrasses, puis se clôt sur des intérieurs, des escaliers, des murs décrépis, des logements boiteux.

    D'autres lumières - les rencontres amoureuses de Metello - ponctuent l'histoire : de la bourgeoise Viola qui a engagé Metello comme jardinier (jouée par Lucia Bosé) aux deux jeunes Ersilia (magnifique Ottavia Piccolo, qui joue le personnage de l'épouse) et Idina (la jeune voisine du couple, mal mariée, jouée par Tina Aumont ), le jeune Metello fait l'apprentissage de la vie, des sentiments, et son existence bascule souvent : la prison, l'infidélité, et de nouveau l'emprisonnement, dans un contexte de maigre victoire (une petite bataille remportée mais la perte de Renzoli, l'ami cher, interprété par Pino Colizzi).

    Massimo Ranieri prête jeunesse, fougue et résistance au personnage de Metello, meneur de maçons déterminés à mieux vivre. Ottavia Piccolo, dans un rôle qui s'efface et se densifie, méritait son Prix d'interprétation à Cannes, en mai 1970.

    Bolognini retrouverait ses deux excellents interprètes pour "Bubu", tiré du roman éponyme du Français Charles-Louis Philippe. 

    La bande-annonce


    Voir le film en entier (en V.O. sous-titré en anglais):

    http://www.youtube.com/watch?v=eCEJdcWSvRo

     

  • Les Ailes du désir

    Jean Reno en ange protecteur de Sharleen Spiteri. Un clip signé Vaughn Arnell qui rappelle Les Ailes du Désir de Wenders (1987)


     Pyromanes de Bashung sur des images du film

  • La danse de la réalité / Alexandre Jodorowsky

    Un bel entretien avec A. Jodorowsky, 84 ans, qui présente son dernier film, La danse de la réalité, à Cannes. On apprend d'ailleurs qu'il en prépare un autre. Il s'explique entre autres choses sur sa filiation avec Fellini...

    http://plancreateur.wordpress.com/2013/05/22/jai-mis-presque-un-siecle-pour-trouver-ma-voix/

    Un article de Télérama:

    http://www.telerama.fr/festival-de-cannes/2013/le-grand-retour-au-cinema-d-alejandro-jodorowsky,97607.php




  • Les vélos de Bourvil


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    Texte de Le vélo, un sketch de Bourvil:

    http://www.paroles2chansons.com/paroles-bourvil/paroles-velo-le.html



     Bourvil parle du vélo utilisé dans Les cracks d'Alex Joffé (1968)

    http://www.ina.fr/video/I06002409

  • Mort à Venise

    L'Adagietto de la Cinquième Symphonie de Mahler, interprété par l'Orchestre Philharmonique de Berlin sous la direction de von Karajan sur des images du film de Visconti de 1971.


  • Fanny Ardant et moi

    Vincent Delerm 

    La femme d'à côté

    Dans La femme d'à côté de Truffaut (1981), entre 3'20 et 3'50

    "J'écoute uniquement les chansons, parce qu'elles disent la vérité. Plus elles sont bêtes, plus elles sont vraies. D'ailleurs, elles ne sont pas bêtes. Qu'es-ce qu'elles disent? Elles disent: Ne me quitte pas, Ton absence a brisé ma vie, Je suis une maison vide sans toi, Laisse-moi devenir l'ombre de ton ombre ou bien Sans amour on n'est rien du tout..."

    Huit femmes de Ozon

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    "Malgré une enfance dorée à Monaco, Fanny Ardant n'a jamais ployé sous le poids des traditions. Discrète, voire secrète, la jeune femme est une insoumise qui s'écarte souvent des sentiers battus. Elle s'est notamment illustrée à l'été 2010, en soutenant avec ferveur la cause des Roms. " Assez ! " a-t-elle lancé à la tribune du Conseil de l'Europe. Sa liberté de ton et d'allure s'incarne dans des choix de vie audacieux, mais aussi dans une carrière originale de comédienne. Révélée dans "La Femme d'or côté", avec Gérard Depardieu, l'inoubliable égérie de François Truffaut a reçu le César de la meilleure actrice en 1996, pour son personnage déjanté dans "Pédale douce". Après avoir rencontré plusieurs fois Fanny Ardant, Pascal Louvrier, envoûté par la voix de braise de l'actrice, brosse le portrait subtil d'une vraie femme fatale."

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    http://www.amazon.fr/Ardant-myst%C3%A8re-Pascal-Louvrier/dp/2354171021/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1364832163&sr=1-1

  • Bataille de boules de neige

    par Les Frères Lumière, 1896

  • L'enfer

    Essais de Romy Schneider pour le film inachevé de Clouzot (1964)

    Bande annonce du film (1994) de Chabrol avec François Cluzet et Emmanuelle Béart

     

  • Nikos Kazatzankis, l'auteur de Zorba le Grec

    Ce n'était pas une île


    C'était une bête sauvage qu'on voyait dans le mer

    Et c'était la sirène,

    la soeur d'Alexandre le Grand

    Qui se lamentait 

    et semait la terreur dans l'océan

     

    Si la Crète devient libre,

    Libre aussi sera mon coeur

    Quand la Crète sera libre,

    Je rirai.

     

    (trad. de Mathieu Serradell)

    Extrait de Capitaine Michel, roman sur la guerre d'indépendance en Crète contre l'empire ottoman (à la fin du XIXème siècle)

    Mis en musique par Manos Hadjidakis et interprété (1973) par Nana Mouskouri (née en Crète)


    Zorba le Gerc (1964) de  Michaël Cacoyannis avec Anthony Quinn  est tiré d'un roman de Nikos Kazantzákis, Alexis Zorba.

    Le film fut tourné en Crète, lieu de naissance du romancier (l'aéroport d'Heraklion porte son nom) et de Mikis Theodorakis - qui en a composé la musique.

    A noter que la scène finale fut tournée sur la plage de Stavros, au nord de l'île, et que le fameux sirtaki est une danse exclusivement créée pour les besoins du film et alors inconnue des Crétois eux-mêmes. 


    Site officiel de Mikis Theodorakis

    http://fr.mikis-theodorakis.net/

    A (re) lire Un appel de Mikis Theodorakis à l'opinion publique internationale (12.02.2012)

    http://fr.mikis-theodorakis.net/index.php/article/articleview/558/1/100/

     

  • LE MIROIR: la vie d'un homme de 4 à 9O ans

    Réalisé par le duo français Ramon & Pedro, Le Miroir montre la vie d'un homme de son enface à sa vieillesse, le tout devant le miroir de sa salle de bain. 

    Quatre acteurs (dont trois de la même famille) ont participé au tournage dont Henri Dès.

    Le Miroir a reçu le prix du court métrage le plus créatif au festival international du film de Shanghai.

    Le making-of


  • BLOW UP

    Des montages remarquables d'extraits de films de quelques minutes sur des songwriters, des réalisateurs, des thématiques.

    Voir les TOP 5 (Tom Waits, Gainsbourg, Nirvana, Leonard Cohen...) , C'EST QUOI? (JL Trintignant, Robert De Niro, Nanni Moretti...), BIO EXPRESS (Truffaut, Spielberg, Polanski...). RECUT, CARTE BLANCHE (Une brève histoire du foot par J-P Toussaint...)  et d'autres réjouissances cinématographiques.

    C'est sur Arte.tv

    http://www.arte.tv/fr/3482046.html

  • Jean-Louis Trintignant

    46 ans après Un homme, une femme, Jean-Louis Trintignant à l'affiche d'une nouvelle Palme d'or: Amour de Michael Haneke

    Jean-Louis Trintignant, un portrait du comédien filmé chez lui en Provence par son ami de 50 ans, Serge Korber (France 2012, 76 min). Avec les interventions de Marin Karmitz, Michael Haneke, Claude Lelouch, Costa-Gavras...

    En vision sur Arte.tv:

    http://videos.arte.tv/fr/videos/jean_louis_trintignant-6665736.html


    Bande-annonce d'Amour 

  • Scène finale de PROFESSION REPORTER

    Au cinéma, on a rarement synthétisé à ce point tous les tenants et aboutissants d'une existence humaine. 
    Le spectateur assiste EN DIRECT et avec la progression d'une caméra-ludion à la vie même qui se déroule sous ses yeux : la caméra part d'une chambre, ouvre l'espace de grilles qui donnent sur une place d'un village espagnol.
    Une jeune femme tue le temps dans la poussière de l'été; un enfant joue; un vieillard assis contre le mur d'une arène regarde; une voiture d'auto-école traverse en tous sens l'espace...
    Pendant ce temps, quelqu'un meurt dans une chambre...
    Le temps de tout montrer, la caméra revient à son point de départ. Le plan a duré 7 minutes.
    Prouesse technique, certes, magie du cinéma dans cette perception du temps vécu, ressenti...
    Tourné en 1972-1973, après les aléas d'une coproduction inachevée (Techniquement douce ne sera jamais réalisé), le film sort en mai 1975 à Cannes.
    Interprété par Jack Nicholson et Maria Schneider (fille de Daniel Gélin), c'est une oeuvre saisissante sur le destin d'un journaliste qui a décidé de changer d'identité.

    Philippe Leuckx