L'addition des songs

  • LES CHANSONS DE MAMAN

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  • VINGT ANS en chanson

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    pour DORIAN

     

     Chanson de printemps, chansonnette d'amour ; chanson de vingt ans, chanson de toujours.
    Charles Trenet

    Vingt ans d'amour, c'est l'amour fol.

    Jacques Brel

     

    Ferré, 1961 (pour la version originale) 

    Zebda, 2009 en hommage à Ferré

    Moustaki pour Reggiani, 1967

    Aznavour, 1965

    Leprest, 1994

    Johhny, 2013

    Bachelet, 1987 (avec une citation de Ferré)

    Aubert, 2012 

    Zazie, 2013

    Amel Bent, 2009

    IAM, 2013

    Lalanne, 1979

    Manu Galure, 2008
     

    Placebo, 2004

    Mauss, 2008

    Lefa, 2015
     

    Berthe Sylva (1885-1941), 1935
     

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  • BLEU DE BLEU de JEAN MOGIN

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    Quand j’ai besoin de bleu,

    Quand j’ai besoin, de bleu, de bleu,

    De bleu de mer et d’outre-mer,

    De bleu de ciel et d’outre-ciel,

    De bleu marin, de bleu céleste ;


    Quand j’ai besoin profond,

    Quand j’ai besoin altier,

    Quand j’ai besoin d’envol,

    Quand j’ai besoin de nage,

    Et de plonger en ciel,

    Et de voler sous l’eau ;



    Quand j’ai besoin de bleu

    Pour l’âme et le visage,

    Pour tout le corps laver,

    Pour ondoyer le cœur ;



    Quand j’ai besoin de bleu

    Pour mon éternité,

    Pour déborder ma vie,

    Pour aller au-delà

    Rassurer ma terreur

    Pour savoir qu’au-delà

    Tout reprend de plus belle ;



    Quand j’ai besoin de bleu,

    L’hiver,

    Quand j’ai besoin de bleu,

    La nuit

    J’ai recours à tes yeux.

     

     

    Jean MOGIN (1921-1986)

    La Belle Alliance (1963)

     

    QUELQUES CHANSONS BLEUES...
































    LE BLEU KLEIN 

    LE BLEU AU CINÉMA


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  • CHANSONS ANGÉLIQUES

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    ANGE: nom masculin

    (latin ecclésiastique angelus, du grec ecclésiastique aggelos, messager de Dieu)

    • Être céleste intermédiaire entre Dieu et l'homme.
    • Personne qui semble douée de toutes les perfections.
    • Personne qui possède au plus haut degré une qualité physique ou morale : C'est un ange de beauté, de douceur.
    • Terme d'affection : Mon ange. Mon petit ange

    Larousse en ligne

     

    Ginette RENO

    COUTURE

    DELPECH

    MURAT

    CLERC chantant Murat

    CLERC chantant Fr. Hardy

    CLERC & CHARLEBOIS

    LAPOINTE

    ADAMO

    NOUGARO


    HIGELIN & BONNAIRE

    VASSILIU

    DUFRESNE

    GAINSBOURG

    Colette RENARD

    DALIDA

    VILARD

    AZNAVOUR

    LES COMPAGNONS DE LA CHANSON

    PIAF

    HALLIDAY

    DISTEL

    BÉCAUD

     

    Rose AVRIL

    France GALL

    Mireille DARC

    LENORMAN

    Nathasha SAINT PIERRE

    INDOCHINE

    CANTAT

    BASHUNG

    ZAZIE

    George MICHAEL

    ETC.

    LE PLUS BEAU FILM D'ANGES

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  • CHANTER LE BAISER...

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    Souchon

    Perret

    Perret

    Delerm

    Brassens interprété par Leforestier

    Murat

    Veloso & Joao Gilberto

    Celentano

    Presque oui

    June Richmond

    Ginette Reno

    Piaf chante Prévert

    Jeanne Moreau chante Rezvani

    Yannick Gillot

    Katty Perry

    Placebo 

    Louis Ville

    Gainsbourg

    Chamfort

    Odeurs

    Mika

    Voulzy

    Niagara

    Annie Girardot chante Lama 

    Le baiser au cinéma revu par Blow up (le top 5)

    More and more...

    Le baiser spaghetti de La Belle et le clochard analysé par Mickaël Launay

    Les First kiss de Tatia Pilieva

    En savoir plus

     

    Une sélection de baisers en peinture

     

    Le baiser de Rodin

    BONUS

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  • OPÉRATION APHRODITE de GÉRARD MANSET

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    Un des derniers géants de la chanson française sort à 70 ans un nouvel album, son 21ème, Opération Aphrodite, sous l'égide de Pierre Louys. Quarante-cinq ans après La mort d'Orion, le premier album concept sur le sol français.

    D'une rare discrétion, non par pose mais par goût de l'anonymat, insensible au succès qu'il n'a connu qu'épisodiquement avec Il voyage en solitaire au milieu des années 70, il a vite repris la barre de la notoriété de façon à pouvoir continuer à voyager anonymement dans le monde et à Paris à l'écart des voies médiatiques, dans une obscurité consentie semée tout au long des années suivantes d'albums sombres et lumineux, de collaborations artistiques ponctuelles diverses dont celle avec Bashung sur son dernier album.

    Il déclare dans l'interview d'RTL ne plus rien écouter depuis trente ans car il est toujours occupé à autre chose et trouver ses nourritures spirituelles dans les siècles passés plutôt que dans l'époque contemporaine, une déclaration qui définit bien sa démarche axée sur la durée et non sur le paraître. Dans le même ordre d'idée à contre-courant, il signale aussi n'avoir jamais pris de substances, n'avoir jamais été bourré, sans toutefois en tirer gloire car c'est, précise-t-il, par tempérament et dans un souci permanent de conserver son self contrôle. Il se dit aussi être réfractaire à la mise en musique de poèmes tout en appréciant, par exemple, le travail récent d'Aubert sur les textes de Houellebecq.

    E.A. 


    Une heure rare de radio avec Manset, c'était le 28 mars 2016 entre 0 h et 1 h sur l'antenne d'RTL au micro d'Eric Jean-Jean avec dans la programmation musicale, outre quelques-une de ses chansons, des titres de Bashung, Christophe, Pink Floyd, Raphaël et Aubert.

    Le site officiel de Gérard MANSET consacré à Opération Aphrodite

    L'article de Valérie Lehoux sur le site de Télérama

    Chloé Stefani lisant, comme dans l'album, un extrait du livre de Louys 

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  • AU PRINTEMPS DE LA CHANSON

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    Arthur H & Jean-Louis Trintignant

    Ferré

    Ferré


    Saez

    Ferrat

    Barbara (d'après un poème d'Eluard)

     

    Brel

    Bécaud

    Aufrey

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    Darc

    Perret

    Leclerc

    Bensé

    Anne Sylvestre

    Piaf

     

    Fugain

    Michel Simon

    Les Ogres de Barback

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    Antoine Corriveau

    Mara Tremblay

    Bélanger

    Stacey Kent

    Laforêt

    Jacqueline Taieb

    Coeur de Pirate

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    Maria Callas (chante Saint-Saëns)

    Reynaldo Hahn

    Simon Keenlyside (chante Debussy)

    Pina Bausch (Le sacre du printemps de Stravinsky, 1975)

    Chopin

    Vivaldi 

    Le printemps, film muet de Louis Feuillade (1909)

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  • UNE RIVIÈRE, DES CHANSONS

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    La rivière en chanson ramène souvent à l'enfance et donne lieu à des chansons traditionnelles voire des comptines. C'est que la rivière, entre la source (de vie) et la mer (la mort), a tout pour figurer l'écoulement de nos existences. Elle imprégne nos souvenirs car, enfant, on aimait le contact de ses eaux à portée des terres (pas besoin de pousser jusqu'à la côte). Ce ne sont pas les plus emblématiques des interprètes, il faut l'avouer, et on doit parfois fouiller pour trouver une chanson sur ce thème dans leur répertoire mais on découvre ainsi quelques perles ou des monuments de kitsh, en tout cas, des chansons singulières qui disent toujours des choses intimes, un peu enfoues, un brin secrètes... 

     

    Couture

    Roy

    Lavoie

    Eicher

    Murat

    Bécaud

    Trénet

    Jonasz

    Allwright

    Malicorne

    Bears of Legend

    Bühler

    Amont (chantant Vigneault)

    Mouskouri

    Pellerin & les Grands Hurleurs

    Mes souliers sont rouges

    Barbelivien

    Sardou & Garou

    Bruno Brel

    Jofroi

    Clerc

    Lazlo

    Mitchell

    Halliday

    Eva

    O

    Delfy

    Barony

    Marilyn

     

    BONUS d'Ina Mihalache: Solange te parle toute nue à la rivière


  • VICTOR HUGO EN CHANTANT

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     Collage de Robert VARLEZ 

     

    "De Rigoletto à la Fenice aux Misérables de Broadway, sans parler d’Ernani ni de Notre-Dame de Paris, la musique et le spectacle ont toujours fait bon ménage avec l’œuvre de Victor Hugo. Depuis 1830 environ, il est difficile de trouver des compositeurs, en France et dans le monde, qui n’ont jamais été inspirés, au cours de leur carrière, par un poème, une pièce ou même un roman de Victor Hugo."

    En savoir plus les partitions sur des poèmes de Victor Hugo

     

    Victor HUGO (1802- 1885) en QUELQUES CHANSONS...

    De Gainsbourg à Bertrand Belin en passant par Brassens, Colette Magny, Barbara, Beaucarne ou Cyprès, voici une sélection de quelques chansons tirées de ses textes.

     

    DEMAIN, DÈS L'AUBE...

    Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
    Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
    J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
    Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

    Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
    Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
    Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
    Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

    Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
    Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
    Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
    Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur.

    Demain dès l'aube par Cyprès le musicien (sur Soundcloud

     

    LES TUILERIES

    Nous sommes deux drôles,
    Aux larges épaules,
    De joyeux bandits,
    Sachant rire et battre,
    Mangeant comme quatre,
    Buvant comme dix.

    Quand, vidant les litres,
    Nous cognons aux vitres
    De l’estaminet,
    Le bourgeois difforme
    Tremble en uniforme
    Sous son gros bonnet.

    Nous vivons. En somme,
    On est honnête homme,
    On n’est pas mouchard.
    On va le dimanche
    Avec Lise ou Blanche
    Dîner chez Richard.

    On les mène à Pâques,
    Barrière Saint-Jacques,
    Souper au Chat Vert,
    On dévore, on aime,
    On boit, on a même
    Un plat de dessert !

    Nous vivons sans gîte,
    Goulûment et vite,
    Comme le moineau,
    Haussant nos caprices
    Jusqu’aux cantatrices
    De chez Bobino.

    La vie est diverse.
    Nous bravons l’averse
    Qui mouille nos peaux ;
    Toujours en ribotes
    Ayant peu de bottes
    Et point de chapeaux.

    Nous avons l’ivresse,
    L’amour, la jeunesse,
    L’éclair dans les yeux,
    Des poings effroyables ;
    Nous sommes des diables,
    Nous sommes des dieux !

    Nos deux seigneuries
    Vont aux Tuileries
    Flâner volontiers,
    Et dire des choses
    Aux servantes roses
    Sous les marronniers.

    Sous les ombres vertes
    Des rampes désertes
    Nous errons le soir,
    L’eau fuit, les toits fument,
    Les lustres s’allument,
    Dans le château noir.

    Notre âme recueille
    Ce que dit la feuille
    À la fin du jour,
    L’air que chante un gnome.
    Et, place Vendôme,
    Le bruit du tambour.

    Les blanches statues
    Assez peu vêtues,
    Découvrent leur sein,
    Et nous font des signes
    Dont rêvent les cygnes
    Sur le grand bassin.

    Ô Rome ! ô la Ville !
    Annibal, tranquille,
    Sur nous, écoliers,
    Fixant ses yeux vagues,
    Nous montre les bagues
    De ses chevaliers !

    La terrasse est brune.
    Pendant que la lune
    L’emplit de clarté,
    D’ombres et de mensonges,
    Nous faisons des songes
    Pour la liberté.
     

    (19 avril 1847)

     

    VIEILLE CHANSON DU JEUNE TEMPS 

    Je ne songeais pas à Rose ; 
    Rose au bois vint avec moi ; 
    Nous parlions de quelque chose, 
    Mais je ne sais plus de quoi.

    J'étais froid comme les marbres ; 
    Je marchais à pas distrait ; 
    Je parlais des fleurs, des arbres 
    Son œil semblait dire : « Après ? »

    La rosée offrait ses perles, 
    Le taillis ses parasols ; 
    J'allais ; j'écoutais les merles, 
    Et Rose, les rossignols.

    Moi, seize ans, et l'air morose ; 
    Elle, vingt ; ses yeux brillaient. 
    Les rossignols chantaient Rose, 
    Et les merles me sifflaient.

    Rose, droite sur ses hanches, 
    Leva son beau bras tremblant 
    Pour prendre une mûre aux branches 
    Je ne vis pas son bras blanc.

    Une eau courait, fraîche et creuse, 
    Sur les mousses de velours ; 
    Et la nature amoureuse 
    Dormait dans les grands bois sourds.

    Rose défit sa chaussure, 
    Et mit, d'un air ingénu, 
    Son petit pied dans l'eau pure 
    Je ne vis pas son pied nu.

    Je ne savais que lui dire ; 
    Je la suivais dans le bois, 
    La voyant parfois sourire 
    Et soupirer quelquefois.

    Je ne vis qu'elle était belle, 
    Qu'en sortant des grands bois sourds. 
    « Soit ; n'y pensons plus ! », dit-elle 
    Depuis, j'y pense toujours. 
     

     

    LA LÉGENDE DE LA NONNE  

    Acobose vuestro bien,
    Y vuestros males no acaban.

    Reproches al rey Rodrigo.

            

      Venez, vous dont l’œil étincelle,
    Pour entendre une histoire encor,
    Approchez : je vous dirai celle
    De doña Padilla del Flor.
    Elle était d’Alanje, où s’entassent
    Les collines et les halliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Il est des filles à Grenade,
    Il en est à Séville aussi,
    Qui, pour la moindre sérénade,
    À l’amour demandent merci ;
    Il en est que d’abord embrassent,
    Le soir, les hardis cavaliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Ce n’est pas sur ce ton frivole
    Qu’il faut parler de Padilla,

                Car jamais prunelle espagnole
    D’un feu plus chaste ne brilla ;
    Elle fuyait ceux qui pourchassent
    Les filles sous les peupliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Rien ne touchait ce cœur farouche,
    Ni doux soins, ni propos joyeux ;
    Pour un mot d’une belle bouche,
    Pour un signe de deux beaux yeux,
    On sait qu’il n’est rien que ne fassent
    Les seigneurs et les bacheliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Elle prit le voile à Tolède,
    Au grand soupir des gens du lieu,
    Comme si, quand on n’est pas laide,
    On avait droit d’épouser Dieu.
    Peu s’en fallut que ne pleurassent
    Les soudards et les écoliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Mais elle disait : « Loin du monde,
    Vivre et prier pour les méchants !
    Quel bonheur ! quelle paix profonde
    Dans la prière et dans les chants !
    Là, si les démons nous menacent,
    Les anges sont nos boucliers ! » —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Or, la belle à peine cloîtrée,
    Amour dans son cœur s’installa.
    Un fier brigand de la contrée

          Vint alors et dit : Me voilà !
    Quelquefois les brigands surpassent
    En audace les chevaliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Il était laid ; des traits austères,
    La main plus rude que le gant ;
    Mais l’amour a bien des mystères,
    Et la nonne aima le brigand.
    On voit des biches qui remplacent
    Leurs beaux cerfs par des sangliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Pour franchir la sainte limite,
    Pour approcher du saint couvent,
    Souvent le brigand d’un ermite
    Prenait le cilice, et souvent
    La cotte de maille où s’enchâssent
    Les croix noires des templiers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    La nonne osa, dit la chronique,
    Au brigand par l’enfer conduit,
    Aux pieds de sainte Véronique
    Donner un rendez-vous la nuit,
    À l’heure où les corbeaux croassent,
    Volant dans l’ombre par milliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Padilla voulait, anathème !
    Oubliant sa vie en un jour,
    Se livrer, dans l’église même,
    Sainte à l’enfer, vierge à l’amour,

             Jusqu’à l’heure pâle où s’effacent
    Les cierges sur les chandeliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Or quand, dans la nef descendue,
    La nonne appela le bandit,
    Au lieu de la voix attendue,
    C’est la foudre qui répondit.
    Dieu voulut que ses coups frappassent
    Les amants par Satan liés. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Aujourd’hui, des fureurs divines
    Le pâtre enflammant ses récits,
    Vous montre au penchant des ravines
    Quelques tronçons de murs noircis,
    Deux clochers que les ans crevassent,
    Dont l’abri tuerait ses béliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Quand la nuit, du cloître gothique
    Brunissant les portails béants,
    Change à l’horizon fantastique
    Les deux clochers en deux géants ;
    À l’heure où les corbeaux croassent,
    Volant dans l’ombre par milliers… —
    Enfants, voici des bœufs qui passent.
    Cachez vos rouges tabliers !

    Une nonne, avec une lampe,
    Sort d’une cellule à minuit ;
    Le long des murs le spectre rampe,
    Un autre fantôme le suit ;
    Des chaînes sur leurs pieds s’amassent,

                  De lourds carcans sont leurs colliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    La lampe vient, s’éclipse, brille,
    Sous les arceaux court se cacher,
    Puis tremble derrière une grille,
    Puis scintille au bout d’un clocher ;
    Et ses rayons dans l’ombre tracent
    Des fantômes multipliés. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Les deux spectres qu’un feu dévore,
    Tramant leur suaire en lambeaux,
    Se cherchent pour s’unir encore,
    En trébuchant sur des tombeaux ;
    Leurs pas aveugles s’embarrassent
    Dans les marches des escaliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Mais ce sont des escaliers fées.
    Qui sous eux s’embrouillent toujours ;
    L’un est aux caves étouffées,
    Quand l’autre marche au front des tours ;
    Sous leurs pieds, sans fin se déplacent
    Les étages et les paliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Élevant leurs voix sépulcrales,
    Se cherchant les bras étendus,
    Ils vont… Les magiques spirales
    Mêlent leurs pas toujours perdus ;
    Ils s’épuisent et se harassent
    En détours, sans cesse oubliés. —

               Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    La pluie alors, à larges gouttes,
    Bat les vitraux frêles et froids ;
    Le vent siffle aux brèches des voûtes ;
    Une plainte sort des beffrois ;
    On entend des soupirs qui glacent,
    Des rires d’esprits familiers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Une voix faible, une voix haute,
    Disent : « Quand finiront les jours ?
    Ah ! nous souffrons par notre faute ;
    Mais l’éternité, c’est toujours !
    Là, les mains des heures se lassent
    À retourner les sabliers… » —
    Enfants, voici des bœufs qui passent.
    Cachez vos rouges tabliers !

    L’enfer, hélas ! ne peut s’éteindre.
    Toutes les nuits, dans ce manoir,
    Se cherchent sans jamais s’atteindre
    Une ombre blanche, un spectre noir,
    Jusqu’à l’heure pâle où s’effacent
    Les cierges sur les chandeliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

    Si, tremblant à ces bruits étranges,
    Quelque nocturne voyageur
    En se signant demande aux anges
    Sur qui sévit le Dieu vengeur,
    Des serpents de feu qui s’enlacent
    Tracent deux noms sur les piliers. — 

    Enfants, voici des bœufs qui passent,

    Cachez vos rouges tabliers !

    Cette histoire de la novice,
    Saint Il defonse, abbé, voulut
    Qu’afin de préserver du vice
    Les vierges qui font leur salut,
    Les prieures la racontassent
    Dans tous les couvents réguliers. —
    Enfants, voici des bœufs qui passent,
    Cachez vos rouges tabliers !

     

    GUITARE

    Gastibelza, l'homme à la carabine,
    Chantait ainsi:
    " Quelqu'un a-t-il connu dona Sabine ?
    Quelqu'un d'ici ?
    Dansez, chantez, villageois ! la nuit gagne
    Le mont Falù.
    - Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou !

    Quelqu'un de vous a-t-il connu Sabine,
    Ma senora ?
    Sa mère était la vieille maugrabine
    D'Antequera
    Qui chaque nuit criait dans la Tour-Magne
    Comme un hibou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou !
    Dansez, chantez! Des biens que l'heure envoie

    Il faut user.
    Elle était jeune et son oeil plein de joie
    Faisait penser. -
    À ce vieillard qu'un enfant accompagne
    jetez un sou ! ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Vraiment, la reine eût près d'elle été laide
    Quand, vers le soir,
    Elle passait sur le pont de Tolède
    En corset noir.
    Un chapelet du temps de Charlemagne
    Ornait son cou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Le roi disait en la voyant si belle
    A son neveu : - Pour un baiser, pour un sourire d'elle,
    Pour un cheveu,
    Infant don Ruy, je donnerais l'Espagne
    Et le Pérou ! -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Je ne sais pas si j'aimais cette dame,
    Mais je sais bien
    Que pour avoir un regard de son âme,
    Moi, pauvre chien,
    J'aurais gaîment passé dix ans au bagne
    Sous le verrou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Un jour d'été que tout était lumière,
    Vie et douceur,
    Elle s'en vint jouer dans la rivière
    Avec sa soeur,
    Je vis le pied de sa jeune compagne
    Et son genou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Quand je voyais cette enfant, moi le pâtre
    De ce canton,
    Je croyais voir la belle Cléopâtre,
    Qui, nous dit-on,
    Menait César, empereur d'Allemagne,
    Par le licou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Dansez, chantez, villageois, la nuit tombe !
    Sabine, un jour,
    A tout vendu, sa beauté de colombe,
    Et son amour,
    Pour l'anneau d'or du comte de Saldagne,
    Pour un bijou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Sur ce vieux banc souffrez que je m'appuie,
    Car je suis las.
    Avec ce comte elle s'est donc enfuie !
    Enfuie, hélas !
    Par le chemin qui va vers la Cerdagne,
    Je ne sais où ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    Me rendra fou.

    Je la voyais passer de ma demeure,
    Et c'était tout.
    Mais à présent je m'ennuie à toute heure,
    Plein de dégoût,
    Rêveur oisif, l'âme dans la campagne,
    La dague au clou ... -
    Le vent qui vient à travers la montagne
    M'a rendu fou !

    Vous êtes bien belle et je suis bien laid.
    A vous la splendeur de rayons baignée ;
    A moi la poussière, à moi l'araignée.
    Vous êtes bien belle et je suis bien laid ;
    Soyez la fenêtre et moi le volet.

    Nous réglerons tout dans notre réduit.
    Je protégerai ta vitre qui tremble ;
    Nous serons heureux, nous serons ensemble ;
    Nous réglerons tout dans notre réduit ;
    Tu feras le jour, je ferai la nuit.

     

    ALTESSE

    Altesse, il m'a fallu des revers, des traverses

    De beau soleil coupé d'effroyables averses,
    Etre pauvre, être errant et triste, être cocu,
    Et recevoir beaucoup de coups de pied au cul.
    Avoir des trous l'hiver dans mes grègues de toile,
    Grelotter, et pourtant contempler les étoiles,
    Pour devenir après, tous mes beaux jours enfuis,
    Le philosophe illustre et profond que je suis.

     

     

    LA CHANSON DE MAGLIA

    Vous êtes bien belle et je suis bien laid.
    A vous la splendeur de rayons baignée ;
    A moi la poussière, à moi l'araignée.
    Vous êtes bien belle et je suis bien laid ;
    Soyez la fenêtre et moi le volet.

    Nous réglerons tout dans notre réduit.
    Je protégerai ta vitre qui tremble ;
    Nous serons heureux, nous serons ensemble ;
    Nous réglerons tout dans notre réduit ;
    Tu feras le jour, je ferai la nuit.


     

    PUISQUE J'AI MIS MA LÈVRE À TA COUPE ENCORE PLEINE 

    Puisque j'ai mis ma lèvre à ta coupe encor pleine ;
    Puisque j'ai dans tes mains posé mon front pâli ; 
    Puisque j'ai respiré parfois la douce haleine 
    De ton âme, parfum dans l'ombre enseveli ;

    Puisqu'il me fut donné de t'entendre me dire
    Les mots où se répand le coeur mystérieux ;
    Puisque j'ai vu pleurer, puisque j'ai vu sourire
    Ta bouche sur ma bouche et tes yeux sur mes yeux ;

    Puisque j'ai vu briller sur ma tête ravie
    Un rayon de ton astre, hélas ! voilé toujours ;
    Puisque j'ai vu tomber dans l'onde de ma vie
    Une feuille de rose arrachée à tes jours ;

    Je puis maintenant dire aux rapides années :
    - Passez ! passez toujours ! je n'ai plus à vieillir !
    Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées ;
    J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir !

    Votre aile en le heurtant ne fera rien répandre
    Du vase où je m'abreuve et que j'ai bien rempli.
    Mon âme a plus de feu que vous n'avez de cendre !
    Mon coeur a plus d'amour que vous n'avez d'oubli !


     

    RÊVES

    Odes et Ballades, 1827, Livre cinquième-1818-1828, Ode XXV.

    I

        Amis, loin de la ville,
    Loin des palais de roi,
    Loin de la cour servile,
    Loin de la foule vile,
    Trouvez-moi, trouvez-moi,

         Aux champs où l’âme oisive
    Se recueille en rêvant,
    Sur une obscure rive
    Où du monde n’arrive
    Ni le flot, ni le vent,

        Quelque asile sauvage,
    Quelque abri d’autrefois,
    Un port sur le rivage,
    Un nid sous le feuillage,
    Un manoir dans les bois !

           Trouvez-le-moi bien sombre, 
    Bien calme, bien dormant,
    Couvert d’arbres sans nombre, 
    Dans le silence et l’ombre
    Caché profondément !

         Que là, sur toute chose,
    Fidèle à ceux qui m’ont, 
    Mon vers plane, et se pose 
    Tantôt sur une rose,
    Tantôt sur un grand mont.

       Qu’il puisse avec audace,
    De tout nœud détaché,
    D’un vol que rien ne lasse,
    S’égarer dans l’espace
    Comme un oiseau lâché.

     II

        Qu’un songe au ciel m’enlève,
    Que, plein d’ombre et d’amour,
    Jamais il ne s’achève,
    Et que la nuit je rêve
    A mon rêve du jour !

          Aussi blanc que la voile
    Qu’à l’horizon je vois, 
    Qu’il recèle une étoile,
    Et qu’il soit comme un voile
    Entre la vie et moi !

         Que la muse qui plonge 
    En ma nuit pour briller
    Le dore et le prolonge,
    Et de l’éternel songe
    Craigne de m’éveiller !

         Que toutes mes pensées
    Viennent s’y déployer,
    Et s’asseoir, empressées,
    Se tenant embrassées,
    En cercle à mon foyer !

         Qu’à mon rêve enchaînées, 
    Toutes, l’œil triomphant,
    Le bercent inclinées,
    Comme des sœurs aînées 
    Bercent leur frère enfant !

    III

         On croit sur la falaise,
    On croit dans les forêts,
    Tant on respire à l’aise,
    Et tant rien ne nous pèse,
    Voir le ciel de plus près.

             Là, tout est comme un rêve ;
    Chaque voix a des mots,
    Tout parle, un chant s’élève
    De l’onde sur la grève, 
    De l’air dans les rameaux. 

          C’est une voix profonde, 
    Un chœur universel,
    C’est le globe qui gronde, 
    C’est le roulis du monde 
    Sur l’océan du ciel.

        C’est l’écho magnifique 
    Des voix de Jéhova, 
    C’est l’hymne séraphique
    Du monde pacifique 
    Où va ce qui s’en va ;

                Où, sourde aux cris de femmes, 
    Aux plaintes, aux sanglots, 
    L’âme se mêle aux âmes, 
    Comme la flamme aux flammes, 
    Comme le flot aux flots ! 

      IV

           Ce bruit vaste, à toute heure, 
    On l’entend au désert. 
    Paris, folle demeure,
    Pour cette voix qui pleure 
    Nous donne un vain concert.

          Oh ! la Bretagne antique !
    Quelque roc écumant !
    Dans la forêt celtique
    Quelque donjon gothique !
    Pourvu que seulement

           La tour hospitalière
    Où je pendrai mon nid,
    Ait, vieille chevalière,
    Un panache de lierre
    Sur son front de granit.

           Pourvu que, blasonnée
    D’un écusson altier,
    La haute cheminée,
    Béante, illuminée,
    Dévore un chêne entier ; 

           Que, l’été, la charmille
    Me dérobe un ciel bleu ;
    Que l’hiver ma famille,
    Dans l’âtre assise, brille
    Toute rouge au grand feu ;

           Dans les bois, mes royaumes,
    Si le soir l’air bruit,
    Qu’il semble, à voir leurs dômes, 
    Des têtes de fantômes
    Se heurtant dans la nuit ;

          Que des vierges, abeilles
    Dont les cieux sont remplis,
    Viennent sur moi, vermeilles,
    Secouer dans mes veilles
    Leur robe à mille plis !

          Qu’avec des voix plaintives
    Les ombres des héros
    Repassent fugitives,
    Blanches sous mes ogives
    , Sombres sur mes vitraux ! 

     V

           Si ma muse envolée
    Porte son nid si cher
    Et sa famille ailée
    Dans la salle écroulée
    D’un vieux baron de fer ;

              C’est que j’aime ces âges
    Plus beaux, sinon meilleurs,
    Que nos siècles plus sages ;
    A leurs débris sauvages
    Je m’attache, et d’ailleurs

         L’hirondelle enlevée
    Par son vol sur la tour,
    Parfois, des vents sauvée,
    Choisit pour sa couvée
    Un vieux nid de vautour.

               Sa famille humble et douce,
    Souvent, en se jouant,
    Du bec remue et pousse,
    Tout brisé sur la mousse,
    L’œuf de l’oiseau géant.

            Dans les armes antiques
    Mes vers ainsi joueront,
    Et, remuant des piques,
    Riront, nains fantastiques,
    De grands casques au front.

     VI

              Ainsi noués en gerbe,
    Reverdiront mes jours
    Dans le donjon superbe,
    Comme une touffe d’herbe
    Dans les brèches des tours.

           Mais, donjon ou chaumière,
    Du monde délié,
    Je vivrai de lumière,
    D’extase et de prière,
    Oubliant, oublié !
     

    (4 juin 1828)


      

    L'ÂME EN FLEUR

    Si vous n'avez rien à me dire,
    Pourquoi venir auprès de moi ?
    Pourquoi me faire ce sourire
    Qui tournerait la tête au roi ?
    Si vous n'avez rien à me dire,
    Pourquoi venir auprès de moi ?

    Si vous n'avez rien à m'apprendre,
    Pourquoi me pressez-vous la main ?
    Sur le rêve angélique et tendre,
    Auquel vous songez en chemin,
    Si vous n'avez rien à m'apprendre,
    Pourquoi me pressez-vous la main ?

    Si vous voulez que je m'en aille,
    Pourquoi passez-vous par ici ?
    Lorsque je vous vois, je tressaille :
    C'est ma joie et c'est mon souci.
    Si vous voulez que je m'en aille,
    Pourquoi passez-vous par ici ?

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    Victor HUGO pour les Nuls

    Poèmes à (Hu)gogo

  • LES CHANSONS DE LA PLUIE

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  • IL N'Y A PLUS RIEN de Léo FERRÉ

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    Il n'y a plus rien figure sur l'album du même nom paru en 1973. C'est le premier album symphonique de Léo Ferré.

     

     

    Écoute, écoute... Dans le silence de la mer, il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure, avec le sable qui se remonte un peu, comme les vieilles putes qui remontent leur peau, qui tirent la couverture.

    Immobile... L'immobilité, ça dérange le siècle.
    C'est un peu le sourire de la vitesse, et ça sourit pas lerche, la vitesse, en ces temps.
    Les amants de la mer s'en vont en Bretagne ou à Tahiti...
    C'est vraiment con, les amants.

    IL n'y a plus rien

    Camarade maudit, camarade misère...
    Misère, c'était le nom de ma chienne qui n'avait que trois pattes.
    L'autre, le destin la lui avait mise de côté pour les olympiades de la bouffe et des culs semestriels qu'elle accrochait dans les buissons pour y aller de sa progéniture.
    Elle est partie, Misère, dans des cahots, quelque part dans la nuit des chiens.
    Camarade tranquille, camarade prospère,
    Quand tu rentreras chez toi
    Pourquoi chez toi?
    Quand tu rentreras dans ta boîte, rue d'Alésia ou du Faubourg
    Si tu trouves quelqu'un qui dort dans ton lit,
    Si tu y trouves quelqu'un qui dort
    Alors va-t-en, dans le matin clairet
    Seul
    Te marie pas
    Si c'est ta femme qui est là, réveille-la de sa mort imagée

    Fous-lui une baffe, comme à une qui aurait une syncope ou une crise de nerfs...
    Tu pourras lui dire: "T'as pas honte de t'assumer comme ça dans ta liquide sénescence.
    Dis, t'as pas honte? Alors qu'il y a quatre-vingt-dix mille espèces de fleurs?
    Espèce de conne!
    Et barre-toi!
    Divorce-la
    Te marie pas!
    Tu peux tout faire:
    T'empaqueter dans le désordre, pour l'honneur, pour la conservation du titre...

    Le désordre, c'est l'ordre moins le pouvoir!

    Il n'y a plus rien

    Je suis un nègre blanc qui mange du cirage
    Parce qu'il se fait chier à être blanc, ce nègre,
    Il en a marre qu'on lui dise: " Sale blanc!"

    A Marseille, la sardine qui bouche le Port
    Était bourrée d'héroïne
    Et les hommes-grenouilles n'en sont pas revenus...
    Libérez les sardines
    Et y'aura plus de mareyeurs!

    Si tu savais ce que je sais
    On te montrerait du doigt dans la rue
    Alors il vaut mieux que tu ne saches rien
    Comme ça, au moins, tu es peinard, anonyme, Citoyen!

    Tu as droit, Citoyen, au minimum décent
    A la publicité des enzymes et du charme
    Au trafic des dollars et aux traficants d'armes
    Qui traînent les journaux dans la boue et le sang
    Tu as droit à ce bruit de la mer qui descend
    Et si tu veux la prendre elle te fera du charme
    Avec le vent au cul et des sextants d'alarme
    Et la mer reviendra sans toi si tu es méchant

    Les mots... toujours les mots, bien sûr!
    Citoyens! Aux armes!
    Aux pépées, Citoyens! A l'Amour, Citoyens!
    Nous entrerons dans la carrière quand nous aurons cassé la gueule à nos ainés!
    Les préfectures sont des monuments en airain... un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas... C'est vous dire!

    Nous ne sommes même plus des juifs allemands
    Nous ne sommes plus rien

    Il n'y a plus rien

    Des futals bien coupés sur lesquels lorgnent les gosses, certes!
    Des poitrines occupées
    Des ventres vacants
    Arrange-toi avec ça!

    Le sourire de ceux qui font chauffer leur gamelle sur les plages reconverties et démoustiquées
    C'est-à-dire en enfer, là où Dieu met ses lunettes noires pour ne pas risquer d'être reconnu par ses admirateurs
    Dieu est une idole, aussi!
    Sous les pavés il n'y a plus la plage
    Il y a l'enfer et la Sécurité
    Notre vraie vie n'est pas ailleurs, elle est ici
    Nous sommes au monde, on nous l'a assez dit
    N'en déplaise à la littérature

    Les mots, nous leur mettons des masques, un bâillon sur la tronche
    A l'encyclopédie, les mots!
    Et nous partons avec nos cris!
    Et voilà!

    Il n'y a plus rien... plus, plus rien

    Je suis un chien?
    Perhaps!
    Je suis un rat
    Rien

    Avec le coeur battant jusqu'à la dernière battue

    Nous arrivons avec nos accessoires pour faire le ménage dans la tête des gens:
    "Apprends donc à te coucher tout nu!
    "Fous en l'air tes pantoufles!
    "Renverse tes chaises!
    "Mange debout!
    "Assois-toi sur des tonnes d'inconvenances et montre-toi à la fenêtre en gueulant des gueulantes de principe

    Si jamais tu t'aperçois que ta révolte s'encroûte et devient une habituelle révolte, alors,
    Sors
    Marche
    Crève
    Baise
    Aime enfin les arbres, les bêtes et détourne-toi du conforme et de l'inconforme
    Lâche ces notions, si ce sont des notions
    Rien ne vaut la peine de rien

    Il n'y a plus rien... plus, plus rien

    Invente des formules de nuit: CLN... C'est la nuit!
    Même au soleil, surtout au soleil, c'est la nuit
    Tu peux crever... Les gens ne retiendront même pas une de leur inspiration.
    Ils canaliseront sur toi leur air vicié en des regrets éternels puant le certificat d'études et le catéchisme ombilical.
    C'est vraiment dégueulasse
    Ils te tairont, les gens.
    Les gens taisent l'autre, toujours.
    Regarde, à table, quand ils mangent...
    Ils s'engouffrent dans l'innommé
    Ils se dépassent eux-mêmes et s'en vont vers l'ordure et le rot ponctuel!

    La ponctuation de l'absurde, c'est bien ce renversement des réacteurs abdominaux, comme à l'atterrissage: on rote et on arrête le massacre.
    Sur les pistes de l'inconscient, il y a des balises baveuses toujours un peu se souvenant du frichti, de l'organe, du repu.

    Mes plus beaux souvenirs sont d'une autre planète
    Où les bouchers vendaient de l'homme à la criée

    Moi, je suis de la race ferroviaire qui regarde passer les vaches
    Si on ne mangeait pas les vaches, les moutons et les restes
    Nous ne connaîtrions ni les vaches, ni les moutons, ni les restes...
    Au bout du compte, on nous élève pour nous becqueter
    Alors, becquetons!
    Côte à l'os pour deux personnes, tu connais?

    Heureusement il y a le lit: un parking!
    Tu viens, mon amour?
    Et puis, c'est comme à la roulette: on mise, on mise...
    Si la roulette n'avait qu'un trou, on nous ferait miser quand même
    D'ailleurs, c'est ce qu'on fait!
    Je comprends les joueurs: ils ont trente-cinq chances de ne pas se faire mettre...
    Et ils mettent, ils mettent...
    Le drame, dans le couple, c'est qu'on est deux
    Et qu'il n'y a qu'un trou dans la roulette...

    Quand je vois un couple dans la rue, je change de trottoir

    Te marie pas
    Ne vote pas
    Sinon t'es coincé

    Elle était belle comme la révolte
    Nous l'avions dans les yeux,
    Dans les bras dans nos futals
    Elle s'appelait l'imagination

    Elle dormait comme une morte, elle était comme morte
    Elle sommeillait
    On l'enterra de mémoire

    Dans le cocktail Molotov, il faut mettre du Martini, mon petit!

    Transbahutez vos idées comme de la drogue... Tu risques rien à la frontière
    Rien dans les mains
    Rien dans les poches

    Tout dans la tronche!

    - Vous n'avez rien à déclarer?
    - Non.
    - Comment vous nommez-vous?
    - Karl Marx.
    - Allez, passez!

    Nous partîmes... Nous étions une poignée...
    Nous nous retrouverons bientôt démunis, seuls, avec nos projets d'imagination dans le passé
    Écoutez-les... Écoutez-les...
    Ça rape comme le vin nouveau
    Nous partîmes... Nous étions une poignée
    Bientôt ça débordera sur les trottoirs
    La parlote ça n'est pas un détonateur suffisant
    Le silence armé, c'est bien, mais il faut bien fermer sa gueule...
    Toutes des concierges!
    Écoutez-les...

    Il n'y a plus rien

    Si les morts se levaient?
    Hein?

    Nous étions combien?
    Ça ira!

    La tristesse, toujours la tristesse...

    Ils chantaient, ils chantaient...
    Dans les rues...

    Te marie pas Ceux de San Francisco, de Paris, de Milan
    Et ceux de Mexico
    Bras dessus bras dessous
    Bien accrochés au rêve

    Ne vote pas

    0 DC8 des Pélicans
    Cigognes qui partent à l'heure
    Labrador Lèvres des bisons
    J'invente en bas des rennes bleus
    En habit rouge du couchant
    Je vais à l'Ouest de ma mémoire
    Vers la Clarté vers la Clarté

    Je m'éclaire la Nuit dans le noir de mes nerfs
    Dans l'or de mes cheveux j'ai mis cent mille watts
    Des circuits sont en panne dans le fond de ma viande
    J'imagine le téléphone dans une lande
    Celle où nous nous voyons moi et moi
    Dans cette brume obscène au crépuscule teint
    Je ne suis qu'un voyant embarrassé de signes
    Mes circuits déconnectent
    Je ne suis qu'un binaire

    Mon fils, il faut lever le camp comme lève la pâte
    Il est tôt Lève-toi Prends du vin pour la route
    Dégaine-toi du rêve anxieux des biens assis
    Roule Roule mon fils vers l'étoile idéale
    Tu te rencontreras Tu te reconnaîtras
    Ton dessin devant toi, tu rentreras dedans
    La mue ça ses fait à l'envers dans ce monde inventif
    Tu reprendras ta voix de fille et chanteras Demain
    Retourne tes yeux au-dedans de toi
    Quand tu auras passé le mur du mur
    Quand tu auras autrepassé ta vision
    Alors tu verras rien

    Il n'y a plus rien

    Que les pères et les mères
    Que ceux qui t'ont fait
    Que ceux qui ont fait tous les autres
    Que les "monsieur"
    Que les "madame"
    Que les "assis" dans les velours glacés, soumis, mollasses
    Que ces horribles magasins bipèdes et roulants
    Qui portent tout en devanture
    Tous ceux-là à qui tu pourras dire:

    Monsieur!
    Madame!

    Laissez donc ces gens-là tranquilles
    Ces courbettes imaginées que vous leur inventez
    Ces désespoirs soumis
    Toute cette tristesse qui se lève le matin à heure fixe pour aller gagner VOS sous,
    Avec les poumons resserrés
    Les mains grandies par l'outrage et les bonnes moeurs
    Les yeux défaits par les veilles soucieuses...
    Et vous comptez vos sous?
    Pardon.... LEURS sous!

    Ce qui vous déshonore
    C'est la propreté administrative, écologique dont vous tirez orgueil
    Dans vos salles de bains climatisées
    Dans vos bidets déserts
    En vos miroirs menteurs...

    Vous faites mentir les miroirs
    Vous êtes puissants au point de vous refléter tels que vous êtes
    Cravatés
    Envisonnés
    Empapaoutés de morgue et d'ennui dans l'eau verte qui descend
    des montagnes et que vous vous êtes arrangés pour soumettre
    A un point donné
    A heure fixe
    Pour vos narcissiques partouzes.
    Vous vous regardez et vous ne pouvez même plus vous reconnaître
    Tellement vous êtes beaux
    Et vous comptez vos sous
    En long
    En large
    En marge
    De ces salaires que vous lâchez avec précision
    Avec parcimonie
    J'allais dire "en douce" comme ces aquilons avant-coureurs et qui racontent les exploits du bol alimentaire, avec cet apparat vengeur et nivellateur qui empêche toute identification...
    Je veux dire que pour exploiter votre prochain, vous êtes les champions de l'anonymat.

    Les révolutions? Parlons-en!
    Je veux parler des révolutions qu'on peut encore montrer
    Parce qu'elles vous servent,
    Parce qu'elles vous ont toujours servis,
    Ces révolutions de "l'histoire",
    Parce que les "histoires" ça vous amuse, avant de vous intéresser,
    Et quand ça vous intéresse, il est trop tard, on vous dit qu'il s'en prépare une autre.
    Lorsque quelque chose d'inédit vous choque et vous gêne,
    Vous vous arrangez la veille, toujours la veille, pour retenir une place
    Dans un palace d'exilés, entouré du prestige des déracinés.
    Les racines profondes de ce pays, c'est Vous, paraît-il,
    Et quand on vous transbahute d'un "désordre de la rue", comme vous dites, à un "ordre nouveau" comme ils disent, vous vous faites greffer au retour et on vous salue.

    Depuis deux cent ans, vous prenez des billets pour les révolutions.
    Vous seriez même tentés d'y apporter votre petit panier,
    Pour n'en pas perdre une miette, n'est-ce-pas?
    Et les "vauriens" qui vous amusent, ces "vauriens" qui vous dérangent aussi, on les enveloppe dans un fait divers pendant que vous enveloppez les "vôtres" dans un drapeau.

    Vous vous croyez toujours, vous autres, dans un haras!
    La race ça vous tient debout dans ce monde que vous avez assis.
    Vous avez le style du pouvoir
    Vous en arrivez même à vous parler à vous-mêmes
    Comme si vous parliez à vos subordonnés,
    De peur de quitter votre stature, vos boursouflures, de peur qu'on vous montre du doigt, dans les corridors de l'ennui, et qu'on se dise: "Tiens, il baisse, il va finir par se plier, par ramper"
    Soyez tranquilles! Pour la reptation, vous êtes imbattables; seulement, vous ne vous la concédez que dans la métaphore...
    Vous voulez bien vous allonger mais avec de l'allure,
    Cette "allure" que vous portez, Monsieur, à votre boutonnière,
    Et quand on sait ce qu'a pu vous coûter de silences aigres,
    De renvois mal aiguillés
    De demi-sourires séchés comme des larmes,
    Ce ruban malheureux et rouge comme la honte dont vous ne vous êtes jamais décidé à empourprer votre visage,
    Je me demande comment et pourquoi la Nature met
    Tant d'entêtement,
    Tant d'adresse
    Et tant d'indifférence biologique
    A faire que vos fils ressemblent à ce point à leurs pères,
    Depuis les jupes de vos femmes matrimoniaires
    Jusqu'aux salonnardes équivoques où vous les dressez à boire,
    Dans votre grand monde,
    A la coupe des bien-pensants.

    Moi, je suis un bâtard.
    Nous sommes tous des bâtards.
    Ce qui nous sépare, aujourd'hui, c'est que votre bâtardise à vous est sanctionnée par le code civil
    Sur lequel, avec votre permission, je me plais à cracher, avant de prendre congé.
    Soyez tranquilles, Vous ne risquez Rien

    Il n'y a plus rien

    Et ce rien, on vous le laisse!
    Foutez-vous en jusque-là, si vous pouvez,
    Nous, on peut pas.
    Un jour, dans dix mille ans,
    Quand vous ne serez plus là,
    Nous aurons TOUT
    Rien de vous
    Tout de nous
    Nous aurons eu le temps d'inventer la Vie, la Beauté, la Jeunesse,
    Les Larmes qui brilleront comme des émeraudes dans les yeux des filles,
    Le sourire des bêtes enfin détraquées,
    La priorité à Gauche, permettez!

    Nous ne mourrons plus de rien
    Nous vivrons de tout

    Et les microbes de la connerie que nous n'aurez pas manqué de nous léguer, montant
    De vos fumures
    De vos livres engrangés dans vos silothèques
    De vos documents publics
    De vos règlements d'administration pénitentiaire
    De vos décrets
    De vos prières, même,
    Tous ces microbes...
    Soyez tranquilles,
    Nous aurons déjà des machines pour les révoquer

    NOUS AURONS TOUT

    Dans dix mille ans.

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    Pays-Âges de Léo Ferré, un beau site consacré à l'artiste

  • Les NUITS de La CHANSON

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  • (S)C(H)OOL SONGS

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    (La Maison piano est une école de musique dans une université à Huainan en Chine.)

     

    LES (IN)CONTOURNABLES 

     Le surveillant général par Serge Lama 

     

    QUELQUES AUTRES...

     

    10 CHANSONS qui n'aiment pas l'école sur le site des Inrocks

    The PIXIES - VAMPIRE WEEK-END - THE LIBERTINES - THE CLASH - KANNYE WEST - MORISSEY - THE SMITHS - THE WHITE STRIPES - BELLE AND SEBASTIAN - ANIMAL COLLECTIVE 


     

  • LA POP DøRÉE DE THE Dø

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    The Dø, c'est un duo formé, en 2005, du Français Dan Lévy et de la Franco-finlandaise Olivia Merilhati. En réunissant dans cet ordre les initiales de leurs prénoms, on obtient le nom du groupe.
    A nøter que le ø n'est pas du finnois, comme on pourrait le croire. 

    Ils ont sorti leur troisième album à la rentrée 2014, Shake Shook Shaken qui, selon  Chritophe Conte des Inrocks, "secoue la grammaire pop". 

    "D"abord à l’oeuvre, poursuit-il, sur des musiques de films et de ballets, notamment chez Carolyn Carlson, leur collaboration n’avait pas forcément vocation à transiter par la sphère pop.

    C’est pourtant la commande expresse d’un chorégraphe désirant inclure une chanson à son spectacle qui mettra The Dø au mur et nos tourtereaux à l’ouvrage..."

    Dan Lévy parle en ces termes de la conception de l'album:

     “Nous sommes allés au bout de ce qu’on recherchait sur l’avant-dernier album, avec ces couleurs particulières que permettent les instruments “nobles”, leur profondeur très travaillée, leur charme facile. Cette fois, on s’est dit au contraire qu’on allait utiliser les premiers sons venus, les sons d’usine que l’on trouve partout gratuitement, qui sont à la portée de tout le monde. Auparavant je méprisais ce genre de sons, et c’était une contrainte excitante de se dire qu’on allait faire des chansons qui tiennent la route avec des sons de synthés et de boîtes à rythmes que l’on déteste.

    "On avait à coeur de faire un album de notre époque, clame Dan. Aujourd’hui, on possède les moyens techniques pour reproduire à l’identique des sonorités des années 60, 70 ou 80, et personnellement j’ai fini par nourrir une véritable allergie vis-à-vis de ces albums rock ou folk dont on ne sait plus s’ils ont été enregistrés l’an dernier ou avant ma naissance.

     "Pour moi, un mec comme Jack White est enfermé dans un siècle qui n’est plus le nôtre, à défendre une conception de la musique qui est complètement périmée. Quand il a débarqué avec les White Stripes, c’était totalement moderne, aujourd’hui il n’y a pas plus passéiste que lui. Je n’ai aucune nostalgie en matière de musique, je n’ai pas envie de refaire les Beatles ou Bob Dylan. J’ai au contraire la conviction que l’on baigne dans une époque où la musique n’a jamais été aussi riche et excitante, et on a voulu que ce disque s’inscrive dans le mouvement présent.”

    Les textes sont l'oeuvre d'Olivia. Des mots faits pour sa voix "d'une élasticité vocale s'adaptant à tous les reliefs et à tous les éclairages, à toutes les températures également, de la froideur pure à l'incandescence sexy."

    Pour la petite histoire, les deux membres du duo ont été ensemble mais ne le sont plus mais leur musique, comme par contraste, est plus lumineuse qu'avant, tel un air de fête qu'on livre aux autres en manière de réjouissance mais qui conserve ses accents graves, ses notes poignantes dans l'intimité - des sessions acoustiques.  

    Ils seront en France en mars et avril 2015 et à Bruxelles, au Botanique, le 15 mai 2015.



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  • On n'est pas sérieux quand on a 14 ans...

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    La Petite Danseuse de 14 ans, Edgar Degas (Musée d'Orsay, Paris), réalisée entre 1875 et 1880

     

    14 ANS en 1974 (Éric CHARDEN: 1942-2012)

    14 ANS dans les EIGHTIES (Barbara CARLOTTI, née en 1974)

    14 ANS en 2014 (Ben MAZUÉ, né en 1981)

    14 YEARS, par GUN'S AND ROSES (1991)

     

    Le premier poème de Charles Baudelaire écrit à l'âge de 14 ans.

    Le porteur de lumière

     

    L’on me nomme univers et l’on me dit obscur

    Mais qui vient vers moi rencontre mes étoiles,

    Et qui m’envoie ses yeux comme on hisse des voiles

    Connaitra du passé les rêves du futur.

        

    Je sais la terre une île, infantile et enceinte,

    Guettant à l’horizon un soleil différent,

    Car étant l’univers je suis aussi parent,

    Et je sais son désir de se retrouver sainte.


    Quand vous me contemplez sachez que je vous vois

    Soulever vers mes cieux vos regards pleins d’ivresse,

    Et qu’à travers chacun je grandisse sans cesse

    Car je serais en vous si vous croyez en moi.

          

     Qui cherche pour changer me trouve au fond de l’âme,

     L’on me nomme univers et l’on me dit sans cœur,

    Et si je parais noir ainsi qu’un étrangleur

     C’est pour mieux éveiller votre désir de flamme.

            

    Charles Baudelaire (1835)

     

     Julien Clerc, chantant Rimbaud-Ferré

     

  • 20 ANS en chanson

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    Ferré, 1961 (pour la version originale) 

    Zebda, 2009 en hommage à Ferré

    Moustaki pour Reggiani, 1967

    Aznavour, 1965

    Johhny, 2013

    Bachelet, 1987 (avec une citation de Ferré)

    Aubert, 2012 

    Zazie, 2013

    Amel Bent, 2009

    IAM, 2013

    Lalanne, 1979

    Manu Galure, 2008

    Placebo, 2004

    Berthe Sylva (1885-1941), 1935

    BONUS: Bref, j'ai 20 ans!

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  • IRRÉSISTIBLES chanteuses BRÉSILIENNES

     Maria BETHANIA (1946). Elle est la soeur de Caetano VELOSO


    Elis REGINA est née en 1945 et décédée en 1982 à l'âge de 36 ans.

    Gal COSTA (1945)

    Rita LEE (1947)

    Beth CARVALHO (1946)

    Nara LEAO est née en 1942 et décédée en 1989 à l'âge de 47 ans.

    Astrud GILBERTO (1940). Elle a été l'épouse de Joao GILBERTO. 

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    Marisa MONTE (1967)

    Maria GADU (1986)

    CIBELLE (1978)

    CÉU (1980)

    Vanessa DA MATA (1976)

    Fernanda TAKAI (1971)

    Mallu MAGALHAES (1992)

    Gaby AMARANTOS (1978)

    LURDEZ DA LUZ 

    TIÊ

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  • IRRESISTIBLES chanteurs BRÉSILIENS

    D'AUJOURD'HUI

    Rodrigo AMARANTE

    "Troubadour « lost in translation » entre son Rio natal et son Los Angeles d’adoption, ce Caetano Veloso version hipster, ami de Devendra Banhart, noie son spleen en trois langues sur une guitare sèche et dans une mer de réverbérations et de chaloupements mélancoliques. Son folk minimaliste, sa voix suave et nue à la langueur désincarnée ont un charme vénéneux."


    Lucas SANTTANA

    "Le chant est suave mais les platines sont toujours à portée de main de ce guitariste sampleur. Neveu de Tom Zé et petit génie pionnier du tropicalisme digital, il déconstruit l’héritage afro-brésilien pour réassembler chanson acoustique, musique classique, hip-hop, funk, dub et électro pointue. Le tout avec une approche ludique qui n’entame en rien son exceptionnelle musicalité. C’est dire comme on attend son nouvel album, qui sortira à la rentrée sur le label No Format."

    Seu GEORGE

    "Sa voix grave et ironique au charme ravageur, son débit mitraillette nous ont fait complètement craquer quand il a sorti son premier album solo, Cru, il y a dix ans. Sur ce disque de « musique pour barbecue » (le barbecue est une institution au Brésil) sorti en 2011, le charismatique chanteur marie sa verve jubilatoire avec l’esprit soul des seventies, sur un mélange de funk, de samba et de rock ultra festif. Aujourd’hui, Seu Jorge tourne avec l’Orchestra Imperial (également rejoint en live par Rodrigo Amarante ou la chanteuse Thalma de Freitas), un big band ultra populaire de samba gafieira très rock édité récemment par le label Mais Um Discos (le disque Fazendo as pazes com o swing)."

    Commentaires de Télérama

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    D'HIER & D'AUJOURD'HUI

    Caetano VELOSO

    "1967, cette chanson a permis aux Brésiliens de découvrir le mouvement musical du Tropicalisme. Avec cette composition, l’objectif de Veloso était de composer une "marcha" de carnaval qui inclurait des éléments de la culture pop de l’époque."


    Jorge BEN

    "1963, premier succès de Jorge Ben, Mas que nada fait également partie de ces musiques brésiliennes que l’on ne peut n’avoir jamais entendue. Le chanteur nous y invite à danser pour oublier toutes les mauvaises surprises de la vie. Un conseil facile à suivre, tant la musique est entraînante."


    Chico BUARQUE

    "1971, Chico Buarque raconte l’histoire d’un ouvrier du bâtiment, sa dernière journée de vie, de sa sortie de la maison jusqu’à la chute fatale qui entraîne sa mort. Par ce biais, Buarque dénonce l’aliénation des travailleurs dans le monde capitaliste."


    Tom ZÉ

    est "un compositeur et multi-instrumentiste, et l'un des principaux bâtisseurs du mouvement tropicaliste dans les années 60. Retombé dans l'oubli après le pic du mouvement, il est redécouvert par David Byrne dans les années 90." 


    Gilberto GIL

    "1967,  c’est toute une histoire que raconte Gil dans cette chanson, celle de deux amis, José et Joao. La spécialité du premier est de s’amuser, celle du second de toujours se retrouver pris dans des bagarres. Un week-end, au parc, ils rencontrent Juliana. José en tombe amoureux. Lorsqu’il voit sa bienaimée avec Joao, il devient fou de jalousie et tue le couple."

     

     

    Joao GILBERTO

    "1958, ce tube mondial, repris par de nombreux chanteur, est l’une des chansons les plus marquantes de la Bossa Nova. Rien à dire : juste écouter et savourer."


     "1958, l’acte de naissance de la Bossa Nova. Les paroles sont de Vinícius de Moraes et la musique d’Antonio Carlos Jobim."

    Antonio Carlos JOBIM


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    Joao Gilberto, Caetano Veloso & Gilberto Gil


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    Les commentaires des chansons sont de Amélie Perraud-Boulard (Le petitjournal.com)

     ...

  • HOUELLEBECQ en chantant

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     HYPERMARCHÉ – NOVEMBRE 

    D'abord j'ai trébuché dans un congélateur.
    Je me suis mis à pleurer et j'avais un peu peur.
    Quelqu'un a grommelé que je cassais l'ambiance;
    Pour avoir l'air normal j'ai repris mon avance.

    Des banlieusards sapés et au regard brutal
    Se croisaient lentement près des eaux minérales.
    Une rumeur de cirque et de demi-débauche
    Montait des rayonnages. Ma démarche était gauche.

    Je me suis écroulé au rayon des fromages;
    Il y avait deux vieilles dames qui portaient des sardines.
    La première se retourne et dit à sa voisine:
    «C'est bien triste, quand même, un garçon de cet âge.»

    Et puis j'ai vu des pieds circonspects et très larges;
    Il y avait un vendeur qui prenait des mesures.
    Beaucoup semblaient surpris par mes nouvelles chaussures;
    Pour la dernière fois j'étais un peu en marge.
     

     

    ISOLEMENT

     

    Où est-ce que je suis ? 

    Qui êtes-vous ?

    Qu’est-ce que je fais ici ?

    Emmenez-moi partout,  

    Partout mais pas ici, 

    Faites-moi oublier

    Tout ce que j’ai été 

    Inventez mon passé,

    Donnez sens à la nuit.  

    Inventez le soleil

    Et l’aurore apaisée

    Non je n’ai pas sommeil,

    Je vais vous embrasser 

    Êtes-vous mon amie ? 

    Répondez, répondez. 

    Où est-ce que je suis ?

    Il y a du feu partout 

    Je n’entends plus de bruit, 

    Je suis peut-être fou. 

    Il faut que je m’étende

    Et que je dorme un peu, 

    Il faudrait que je tente 

    De nettoyer mes yeux. 

    Dites-moi qui je suis

    Et regardez mes yeux 

    Êtes-vous mon amie ? 

    Me rendrez-vous heureux ? 

    La nuit n’est pas finie

    Et la nuit est en feu 

    Où est le paradis ? 

    Où sont passés les dieux ?

     

     LA POSSIBILITÉ D’UNE ÎLE 

    (...)

    "Ma vie, ma vie, ma très ancienne,

    Mon premier voeu mal refermé

    Mon premier amour infirmé

    Il a fallu que tu reviennes.

     

    Il a fallu que je connaisse

    Ce que la vie a de meilleur,

    Quand deux corps jouent de leur bonheur

    Et sans fin s’unissent et renaissent.

     

    Entré en dépendance entière

    Je sais le tremblement de l’être

    L’hésitation à disparaître

    Le soleil qui frappe en lisière

    Et l’amour, où tout est facile,

    Où tout est donné dans l’instant.

     

    Il existe, au milieu du temps,

    La possibilité d’une île."


     

    HMT

      

    « Je dérivais seul dans un espace affamé. »

      

    I. Au fond j’ai toujours su 

    Que j’atteindrais l’amour 

    Et que cela serait

    Un peu avant ma mort.

     

    J’ai toujours eu confiance,

    Je n’ai pas renoncé

    Bien avant ta présence,

    Tu m’étais annoncée.

     

    Voilà, ce sera toi,

    Ma présence effective,

    Je serai dans la joie

    De ta peau non fictive

     

    Si douce à la caresse, 

    Si légère et si fine

    Entité non divine,

    Animal de tendresse.

       

    II. Pour moi qui fus roi de Bohême,

    Qui fus animal innocent

    Désir de vie, rêve insistant,

    Démonstration de théorème

     

    Il n’est pas d’énigme essentielle,

    Je connais le lieu et l’instant

    Le point central, absolument,

    De la révélation partielle.

     

    Dans la nuit qui dort sans étoiles,

    Aux limites de la matière

    S’installe un état de prière :

    Le second secret s’y dévoile.

     

    III. Lorsqu’il faudra quitter ce monde,

    Fais que ce soit en ta présence

    Fais qu’en mes ultimes secondes

    Je te regarde avec confiance

     

    Tendre animal aux seins troublants 

    Que je tiens au creux de mes paumes ;

    Je ferme les yeux : ton corps blanc

    Est la limite du royaume.

     

    IV. Un matin de grand clair beau temps,

    Tout rempli de pensées charnelles

    Et puis le grand reflux du sang,

    La condamnation essentielle ;

     

    La vie qui s’en va en riant

    Remplir des entités nouvelles,

    La vie n’a pas duré longtemps,

    La fin de journée est si belle.


     

    PRÉSENCE HUMAINE

     

    Nous marchons dans la ville

    Nous croisons des regards

    Et ceci définit

    Notre présence humaine

    Dans le calme absolu

    De la fin de semaine

    Nous marchons lentement

    Aux abords de la gare

     

    Nos vêtements trop larges

    Abritent des chairs grises

    À peu près immobiles

    Dans la fin de journée

    Notre âme minuscule

    À demi condamnée

    S'agite entre les plis

    Et puis s'immobilise

     

    Mes hommages à l'humanité

    Se multiplient sur la pelouse

    Ils étaient au nombre de douze

    Leurs vies étaient très limitées

     

    Nous avons existé

    Telle est notre légende

    Certains de nos désirs

    Ont construit cette ville

    Nous avons combattu

    Des puissances hostiles

    Puis nos bras amaigris

    Ont lâché les commandes

    Et nous avons flotté

    Loin de tous les possibles

    La vie s'est refroidie

    La vie nous a laissés

    Nous contemplons nos corps

    À demi effacés

    Dans le silence émergent

    Quelques datas sensibles

     

    Mes hommages à l'humanité

    Se multiplient sur la pelouse

    Ils étaient au nombre de douze

    Leurs vies étaient très limitées

     

    Nous sommes réunis

    Nos derniers mots s'éteignent

    La mer a disparu

    Une dernière fois

    Quelques amants s'étreignent

    Le paysage est nu

    Au-dessus de nos corps

    Glissent les ondes hertziennes

    Elles font le tour du monde

    Nos corps sont presque froids

    Il faut que la mort vienne

    La mort douce et profonde

    Bientôt les êtres humains

    S'enfuiront hors du monde

    Alors s'établira

    Le dialogue des machines

    Et l'informationnel remplira

    Triomphant

    Le cadavre vidé

    Que la structure divine

    Puis il fonctionnera

    Jusqu'à la fin des temps

     

    Mes hommages à l'humanité

    Se multiplient sur la pelouse

    Ils étaient au nombre de douze

    Leurs vies étaient très limitées

     

     Le film du dimanche sur une musique de Jean-Claude Vannier

     

    Novembre sur une musique de Jean-Claude Vannier

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  • Les comédiens (en chanson)

    Aznavour (avec Liza Minnelli)

    Caussimon

    Depardieu

    Sardou 

    Reggiani

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  • LAVILLIERS chante les poètes: Aragon, Baudelaire, Ferré, Cendrars, Rimbaud, Roy, Tzara, Hikmet, Kipling, Couté

    PRÉFACE de Léo Ferré

     

     

    LES POÈTES (paroles & musique de Lavilliers, 1972)



      

    EST-CE AINSI QUE LES HOMMES VIVENT?

    Tout est affaire de décor

    Changer de lit changer de corps
    À quoi bon puisque c’est encore
    Moi qui moi-même me trahis
    Moi qui me traîne et m’éparpille
    Et mon ombre se déshabille
    Dans les bras semblables 
    des filles
    Où j’ai cru trouver un pays.
    Cœur léger cœur changeant cœur lourd
    Le temps de rêver est bien court
    Que faut-il faire de mes nuits
    Que faut-il faire de mes jours
    Je n’avais amour ni demeure
    Nulle part où je vive ou meure
    Je passais comme la rumeur
    Je m’endormais comme le bruit.
    C’était un temps déraisonnable
    On avait mis les morts à table
    On faisait des 
    châteaux de sable
    On prenait les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle et d’épaule
    La pièce était-elle ou non drôle
    Moi si j’y tenais mal mon rôle
    C’était de n’y comprendre rien
    Est-ce ainsi 
    que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent
    Dans le quartier Hohenzollern
    Entre La Sarre et les casernes
    Comme les fleurs de la luzerne
    Fleurissaient les seins de Lola
    Elle avait un cœur d’hirondelle
    Sur le canapé du bordel
    Je venais m’allonger près d’elle
    Dans les hoquets du pianola.
    Le ciel était gris de nuages
    Il y volait des oies sauvages
    Qui criaient la mort au passage
    Au-dessus des maisons des quais
    Je les voyais par la fenêtre
    Leur chant triste entrait dans mon être
    Et je croyais y reconnaître
    Du 
    Rainer Maria Rilke.
    Est-ce ainsi que 
    les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent.
    Elle était brune elle était blanche
    Ses cheveux tombaient sur ses hanches
    Et la semaine et le dimanche
    Elle ouvrait à tous ses bras nus
    Elle avait des yeux de faÏence
    Elle travaillait avec vaillance
    Pour un artilleur de Mayence
    Qui n’en est jamais revenu.
    Il est d’autres soldats en ville
    Et la nuit montent les civils
    Remets du rimmel à tes cils
    Lola qui t’en iras bientôt
    Encore un verre de liqueur
    Ce fut en avril à cinq heures
    Au petit jour que dans ton cœur
    Un dragon plongea son couteau
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent

    Louis Aragon, Le Roman inachevé


    LES PROMESSES D'UN VISAGE

     J'aime, ô pâle beauté, tes sourcils surbaissés,

        D'où semblent couler des ténèbres;
    Tes yeux, quoique très noirs, m'inspirent des pensers
        Qui ne sont pas du tout funèbres.

    Tes yeux, qui sont d'accord avec tes noirs cheveux,
        Avec ta crinière élastique,
    Tes yeux, languissamment, me disent: «Si tu veux,
        Amant de la muse plastique,

    Suivre l'espoir qu'en toi nous avons excité,
        Et tous les goûts que tu professes,
    Tu pourras constater notre véracité
        Depuis le nombril jusqu'aux fesses;

    Tu trouveras au bout de deux beaux seins bien lourds,
        Deux larges médailles de bronze,
    Et sous un ventre uni, doux comme du velours,
        Bistré comme la peau d'un bonze,

    Une riche toison qui, vraiment, est la soeur
        De cette énorme chevelure,
    Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,
        Nuit sans étoiles, Nuit obscure!»

    Charles Baudelaire, in "Les Épaves", Galanteries, 1868

    (Ce recueil rassemblait tous les poèmes de Baudelaire condamnés par la justice.)


     

    TU EST PLUS BELLE QUE LE CIEL ET LA MER

    Quand tu aimes il faut partir

    Quitte ta femme quitte ton enfant
    Quitte ton ami quitte ton amie
    Quitte ton amante quitte ton amant
    Quand tu aimes il faut partir

    Le monde est plein de nègres et de négresses
    Des femmes des hommes des hommes des femmes
    Regarde les beaux magasins
    Ce fiacre cet homme cette femme ce fiacre
    Et toutes les belles marchandises

    II y a l'air il y a le vent
    Les montagnes l'eau le ciel la terre
    Les enfants les animaux
    Les plantes et le charbon de terre

    Apprends à vendre à acheter à revendre
    Donne prends donne prends

    Quand tu aimes il faut savoir
    Chanter courir manger boire
    Siffler
    Et apprendre à travailler

    Quand tu aimes il faut partir
    Ne larmoie pas en souriant
    Ne te niche pas entre deux seins
    Respire marche pars va-t'en

    Je prends mon bain et je regarde
    Je vois la bouche que je connais
    La main la jambe l'œil
    Je prends mon bain et je regarde

    Le monde entier est toujours là
    La vie pleine de choses surprenantes
    Je sors de la pharmacie
    Je descends juste de la bascule
    Je pèse mes 80 kilos
    Je t'aime

    Blaise CendrarsFeuilles de route, 1924


     

    LES ASSIS

    Noirs de loupes, grêlés, les yeux cerclés de bagues

    Vertes, leurs doigts boulus crispés à leurs fémurs,

    Le sinciput plaqué de hargnosités vagues

    Comme les floraisons lépreuses des vieux murs ;

     

    Ils ont greffé dans des amours épileptiques

    Leur fantasque ossature aux grands squelettes noirs

    De leurs chaises ; leurs pieds aux barreaux rachitiques

    S'entrelacent pour les matins et pour les soirs !

     

    Ces vieillards ont toujours fait tresse avec leurs sièges,

    Sentant les soleils vifs percaliser leur peau,

    Ou, les yeux à la vitre où se fanent les neiges,

    Tremblant du tremblement douloureux du crapaud.

     

    Et les Sièges leur ont des bontés : culottée

    De brun, la paille cède aux angles de leurs reins ;

    L'âme des vieux soleils s'allume, emmaillotée

    Dans ces tresses d'épis où fermentaient les grains.

     

    Et les Assis, genoux aux dents, verts pianistes,

    Les dix doigts sous leur siège aux rumeurs de tambour,

    S'écoutent clapoter des barcarolles tristes,

    Et leurs caboches vont dans des roulis d'amour.

     

    - Oh ! ne les faites pas lever ! C'est le naufrage...

    Ils surgissent, grondant comme des chats giflés,

    Ouvrant lentement leurs omoplates, ô rage !

    Tout leur pantalon bouffe à leurs reins boursouflés.

     

    Et vous les écoutez, cognant leurs têtes chauves,

    Aux murs sombres, plaquant et plaquant leurs pieds tors,

    Et leurs boutons d'habit sont des prunelles fauves

    Qui vous accrochent l'oeil du fond des corridors !

     

    Puis ils ont une main invisible qui tue :

    Au retour, leur regard filtre ce venin noir

    Qui charge l'oeil souffrant de la chienne battue,

    Et vous suez, pris dans un atroce entonnoir.

     

    Rassis, les poings noyés dans des manchettes sales,

    Ils songent à ceux-là qui les ont fait lever

    Et, de l'aurore au soir, des grappes d'amygdales

    Sous leurs mentons chétifs s'agitent à crever.

     

    Quand l'austère sommeil a baissé leurs visières,

    Ils rêvent sur leur bras de sièges fécondés,

    De vrais petits amours de chaises en lisière

    Par lesquelles de fiers bureaux seront bordés ;

     

    Des fleurs d'encre crachant des pollens en virgule

    Les bercent, le long des calices accroupis

    Tels qu'au fil des glaïeuls le vol des libellules

     

    - Et leur membre s'agace à des barbes d'épis.

     

    Arthur Rimbaud


     

     

    IF 

     

    Si tu peux voir détruit l’ouvrage de ta vie 

    Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir, 
    Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties 
    Sans un geste et sans un soupir ; 

    Si tu peux être amant sans être fou d’amour, 
    Si tu peux être fort sans cesser d’être tendre, 
    Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour, 
    Pourtant lutter et te défendre ; 

    Si tu peux supporter d’entendre tes paroles 
    Travesties par des gueux pour exciter des sots, 
    Et d’entendre mentir sur toi leurs bouches folles 
    Sans mentir toi-même d’un mot ; 

    Si tu peux rester digne en étant populaire, 
    Si tu peux rester peuple en conseillant les rois, 
    Et si tu peux aimer tous tes amis en frère, 
    Sans qu’aucun d’eux soit tout pour toi ; 

    Si tu sais méditer, observer et connaître, 
    Sans jamais devenir sceptique ou destructeur, 
    Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître, 
    Penser sans n’être qu’un penseur ; 

    Si tu peux être dur sans jamais être en rage, 
    Si tu peux être brave et jamais imprudent, 
    Si tu sais être bon, si tu sais être sage, 
    Sans être moral ni pédant ; 

    Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite 
    Et recevoir ces deux menteurs d’un même front, 
    Si tu peux conserver ton courage et ta tête 
    Quand tous les autres les perdront, 

    Alors les Rois, les Dieux, la Chance et la Victoire 
    Seront à tous jamais tes esclaves soumis, 
    Et, ce qui vaut mieux que les Rois et la Gloire 
    Tu seras un homme, mon fils.

    Rudyard Kipling, traduit par André Maurois


     

     

     

    JE TE RECONNAITRAI

     

    Je te reconnaîtrai aux algues de la mer

    Au sel de tes cheveux, aux herbes de tes mains

    Je te reconnaîtrai au profond des paupières

    Je fermerai les yeux, tu me prendras la main.

     

    Je te reconnaîtrai quand tu viendras pieds nus

    Sur les sentiers brûlants d'odeurs et de soleil

    Les cheveux ruisselants sur tes épaules nues

    Et les seins ombragés des palmes du soleil.

     

    Je laisserai alors s'envoler les oiseaux

    Les oiseaux longs-courriers qui traversent les mers

    Les étoiles aux vents courberont leurs fuseaux

    Les oiseaux très pressés fuiront dans le ciel clair.

     

    Je t'attendrai en haut de la plus haute tour

    Où pleurent nuit et jour les absents dans le vent

    Quand les oiseaux fuiront je saurai que le jour

    Est là marqué des pas de celle que j'attends.

     

    Complices du soleil je sens mon corps mûrir

    De la patience aveugle et laiteuse des fruits

    Ses froides mains de sel lentement refleurir

    Dans le matin léger qui jaillit de la nuit.

    Claude ROY


     

     

    CHANSON DADA

    I

    la chanson d'un dadaïste

    qui avait dada au coeur

    fatiguait trop son moteur

    qui avait dada au coeur

     

    l'ascenseur portait un roi

    lourd fragile autonome

    il coupa son grand bras droit

    l'envoya au pape à rome

     

    c'est pourquoi

    l'ascenseur

    n'avait plus dada au coeur

     

    mangez du chocolat

    lavez votre cerveau

    dada

    dada

    buvez de l'eau

     

    II

    la chanson d'un dadaïste

    qui n'était ni gai ni triste

    et aimait une bicycliste

    qui n'était ni gaie ni triste

    mais l'époux le jour de l'an

    savait tout et dans une crise

    envoya au vatican

    leurs deux corps en trois valises

    ni amant

    ni cycliste

    n'étaient plus ni gais ni tristes

     

    mangez de bons cerveaux

    lavez votre soldat

    dada

    dada

    buvez de l'eau

     

    III

    la chanson d'un bicycliste

    qui était dada de coeur

    qui était donc dadaïste

    comme tous les dadas de coeur

     

    un serpent portait des gants

    il ferma vite la soupape

    mit des gants en peau d'serpent

    et vient embrasser le pape

     

    c'est touchant

    ventre en fleur

    n'avait plus dada au coeur

     

    buvez du lait d'oiseaux

    lavez vos chocolats

    dada

    dada

    mangez du veau

    Tristan Tzara (1923)


     

    LA PLUS DRÔLE DES CREATURES

     

    Comme le scorpion, mon frère,

    tu es comme le scorpion

    dans une nuit d’épouvante.

    Comme le moineau, mon frère,

    tu es comme le moineau

    dans ses menues inquiétudes.

    Comme la moule, mon frère,

    tu es comme la moule

    enfermée et tranquille.

    Tu es terrible, mon frère,

    comme la bouche d’un volcan éteint.

    Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq,

    tu es des millions.

    Tu es comme le mouton, mon frère,

    quand le bourreau habillé de ta peau,

    quand le bourreau lève son bâton

    tu te hâtes de rentrer dans le troupeau

    et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.

    Tu es la plus drôle des créatures, en somme,

    plus drôle que le poisson

    qui vit dans la mer sans savoir la mer.

    Et s’il y a tant de misère sur Terre

    c’est grâce à toi, mon frère,

    Si nous sommes affamés, épuisés,

    si nous sommes écorchés jusqu’au sang

    pressés comme la grappe pour donner notre vin,

    irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute ? Non,

    Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.

    Nazim Hikmet, 

    in C’est un dur métier que l’exil, adaptation française Charles Dobzynski

     

    CHRIST EN BOIS de Gaston Couté

     

     

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  • DES PRINTEMPS en musique et en chansons

    Arthur H & Jean-Louis Trintignant

    Ferré

    Saez

    Ferrat

    Barbara (d'après un poème d'Eluard)

     

    Brel

    Bécaud

    Aufrey

    1010019-Botticelli_le_Printemps.jpg

    Darc

    Perret


    Leclerc

    Bensé

    Anne Sylvestre

    Piaf

     

    Fugain

    Michel Simon

    Les Ogres de Barback

    Antoine Corriveau

    Mara Tremblay

    Bélanger

    Stacey Kent

    Laforêt

    Jacqueline Taieb

    Coeur de Pirate

    Mara Tremblay

    Maria Callas (chante Saint-Saëns)

    Reynaldo Hahn

    Simon Keenlyside (chante Debussy)

    Pina Bausch (Le sacre du printemps de Stravinsky, 1975)

    Chopin


    Le printemps, film muet de Louis Feuillade (1909)

  • Chansons de cow-boy

    Halliday & Mitchell

    Arthur H & M

    Saule & Winston

    Michel Mallory 

    MC Solaar 

    Montand

    Brel (tiré de son second film Le Far West)

    Arthur H

    Lisa LeBlanc

     

     ***

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    Un extrait ici (copier/coller le lien):

    http://houdaer.hautetfort.com/archive/2014/03/13/le-cow-boy-de-malakoff-parution-5321541.html

    Deux extraits ici:

    http://courttoujours.hautetfort.com/archive/2014/03/23/un-peu-de-pub-263-5329770.htm