LES FORMES DE LA NUIT

  • LES FORMES DE LA NUIT

    LE VENT DE MÊME

     

    Il n'y a pas que la nuit pour souffrir du manque de formes

    Le vent de même plie sous le poids de l’eau

    Va d’un bonheur à l’autre sans manquer une page

    A l’aube fais ton deuil des astres morts 

    Si le temps dans tes espoirs s’emmêle

    Retarde à jamais l’instant de la douce furie

    Quand ton corps sur un œil se jette

    Pour l’empêcher de te voir

     

    49775459_p.jpeg

     

    AU BORD

     

    Au bord de la nuit, retiens ton soufre

    Reflète dans le sang

    Les premières paroles de l’aube

     

    1919628577.jpg

     

    LA RIVIÈRE 

     

    La rivière piétine jusqu’à la mer

    Quand son moteur à eau tombe en panne

    Et qu’il reste dix-sept kilolitres de roues à aubes

    À tourner 

    Avant de faire un pain digne de rassasier

    Toute la côte

    Casse une baguette

    À la mie de sable

    Sur la grève

    Où ta mère a mis bas

    En passant tête la première

    Par le chas

    D’une aiguille de pin

    Observe la distance

    Te séparant du premier nuage

    Ne crie pas

    Fais semblant que tu dors

    Pour qu’on se garde à jamais

    De tes rêves

     

    4118473168.jpg

     

    CETTE SOURCE

     

    Cette source haut-perchée sur la lune,

    Qui l’a mise là ?

    Sinon un astronaute

    Qui avait une trop grande soif.

     

    2280362977.jpg


    LA NUIT SANS FORME

     

    La nuit sans forme

    Se dissout dans le jour.

    Sur une arête ou l’autre

    Le soleil finira bien par se casser.

     

    145450561.jpg

     

    TA PEAU 

     

    Ta peau elle chemine

    Si la tombée du jour ne la voile pas

    Si le grand froid ne la congèle pas

    Si ton mari  ne l’arrête pas

    Si la guerre tant attendue ne vient pas

    Si le terrorisme d’une rare beauté mortelle ne la frappe pas

    Au coeur 

    À dix-sept heures précises

    Elle sera sur mes vieilles lèvres

    Entre mes dents rares sous ma langue rêche

    Et mon excessive salive

     

    Puis elle repartira comme elle venue

    Dense certes

    Mais revêtue de ses pauvres habits de tous les jours

    Pour une nuit de rêve plus riche que d’habitude

    Plus ombrageuse

    Que sage

    Peut-être

     

    2314860395.jpg

     

    NE FRAPPE PAS LE VENT

     

    Ne frappe pas le vent

    En traître

    Avant qu’il ait courageusement

    Marqué ta peau

    De zébrures d’air

    Avant que je les lèche

    Pour renflouer

    Mes mondes intérieurs

    Et m’envoler

    Au-dessus de tes terres

    Tel un rapace repu

    Tel un grand poisson venu

    Des profondeurs

    Orphelin des yeux

    Peuplant tout ton visage

    Comme une colonie de regards

    49775428_p.jpg


    DÉTACHÉE DE LA NUIT

     

    Détachée de la nuit

    La lune accroche un rêve

    De l’extrémité de son croissant

    En forme de crochet de boucher

    Au gril galactique

    Manger manger

    Était son nouveau credo

    Gober l’univers en forme d’œuf

    L’univers mou et transfiguré

    Comme une comelette

    Dans l’assiette de la grande ourse

    Ronger ronger

    Jusqu’au Big Bang

    L’os du temps

    Puis dormir jusqu’à pas d’heure

    Faire la grasse matinée

    Toute l’éternité


    1197094336.jpg


    LES DÉCHETS DE L'EXISTENCE 

     

    Ne jetons pas la nuit avec l’eau du matin

    Regardons à l’intérieur de la prison

    Par la fenêtre de la peau

     

    Ne laissons pas la mer

    Avant de l’avoir essorée

    Dans le petit pot de sable

     

    Secouons la grille du geste

    Pour récolter la chair

    Dans les trous de l’espace

     

    Je me croyais née pour t’aimer

    Dit l’étoile lointaine au soleil mineur

    Avant de se barrer avec la nuit

     

    Sur la tombe d’une étoile morte

    Une comète vient déposer

    Une couronne de lumière

     

    Ceci est mon tour, dit la lèvre

    En panne de langue

    Pour laper l’horizon.

     

    On connaît les dessous du jour

    Ils sont faits de mains et d’odeurs

    Poussés par la fièvre du temps

     

    3357196384.jpg


    LA NUIT CONTINUE

     

    La nuit continue au-delà des bizarreries du jour. Juste avant la fin des leurres, une lampe atténue l’horizon. Un feu pointe. Faut-il alors retenir son souffle ou passer outre la barre des tempêtes, la raison reléguée au rang d’obscur éclair ? Refaire le point avec les lignes de la main ou du songe ?

    Porter l’eau là où n’éclaire que la braise ? Tenir haut le prisme d’incertitude ? Marquer la gazelle au fer de l’espoir quand les yeux se brisent de trop fixer le soleil?

    On ne peut pas dire que le verbe sommeille avant d’avoir levé un mot dans le piège du sens. D’une feuille reconstitué l’enfance de l’arbre. Fait un nœud à la branche, dénoué des langues. Dormi une vie entière en attendant la plaie salvatrice, l’ultime appel du texte de l’existence. Uni les mains du temps, raviver ses forces. Appelé les amants à unir leur sexe dans le ventre plein d’un taureau.

    Après le massacre des aficionados aux portes de l’arène.

     

    4247502977.jpg

     

    DEUX TROIS DOIGTS

     

    Deux trois doigts de lumière

    Sur un fond de vieux jour.

    Fenêtre d’eau vive

    Dans l’alcool du souvenir.

    Je vois à la beauté de tes seins

    Comme en plein amour

    Un fragment de désert

    Contenant le sable du monde.

    A la fable du soir

    Je raconte cet énième poème

     

    4118473168.jpg

     

    RELIÉ

     

    Je suis relié au monde

    Accroché cramponné cloué

    Par mille clous mille crampons

    De toutes têtes

    De toutes dimensions

     

    Mais où est le marteau ?

     

    2411379376.jpg


    PARALLÈLES

     

    Parallèles

    Quelle ligne prendre

    Pour te fuir ?

     

    814351569.jpg

     

    TES FORMES

     

    Ma vallée a la forme de tes hanches.

    Et ma ville, celle de ton ventre

     

    Mon quartier a la forme de ta poitrine

    Et ma rue, celle de ton cou


    Ma cour interieure a la forme de tes seins

    Et ce rû, celui de ton con.


    Si je tends la main

    Je touche la forme de ton visage

     

    J’ouvre les portes de tes lèvres

    Je souris aux fenêtres de tes yeux

     

    J’éprouve l’intérieur de ma maison

    Comme un seul de tes baisers

     

    1326128273.jpg

     

    L'INFORME 

     

    Quel que soit le bonheur de la nuit

    Il n’est pas possible de reculer l’heure d’arrivée du jour.

    L’’informe de même plie sous le poids de l’aube

     

    bm60.jpg

    Textes d'Éric Allard

    Peintures de John Atkinson Grimshaw

    John Atkinson Grimshaw sur le blog de Denys-Louis Colaux