MAUX D'AUTEURS, vices de lecture et autres calamités littéraires

  • LE MAUVAIS ÉCRIVAIN et autres histoires courtes

    inspiration.jpg

     

    Le mauvais écrivain

    Cet écrivain reçut un coup de maillet sur la tête, treize coups de couteau dans le corps, on lui brisa bras et jambes, on lui coupa mains et pieds. Le châtiment était mérité. Hélas, il parvint encore à dicter sa mésaventure, légèrement romancée et forcément larmoyante. Le livre fit un nouveau malheur en librairie.

    On n’est jamais trop impitoyable avec les mauvais écrivains.

     

     

    Machines-A-Ecrire-81686.gif

     

    Une sexualité perturbée

    Ce lecteur dépendant avait une sexualité perturbée. C’est en lisant qu’il accumulait du sperme dans ses bourses. Il atteignait l'acmé du besoin sexuel après la lecture d’un bouquin de six cent pages. Quand il sentait le moment propice, il lisait frénétiquement de la poésie pour connaître des extases élevées.

    Mais pour un même résultat, étant donné son manque, il eût pu tout aussi bien lire une page quelconque de Gavalda.

     

     

    Machines-A-Ecrire-81686.gif

     

    Le Prix de la Critique

    La critique ne tarissait pas d’éloge pour qualifier l’œuvre de cet auteur. Il semblait même qu’il n’y avait pas d’épithètes assez fortes, de périphrases à la hauteur.

    Cette maison d’édition avait été bien inspirée de décerner avant parution un Prix de la critique pour chacun des livres de ses auteurs. Les critiques dont les notes avaient été retenues pour la quatrième de couverture avaient pu choisir un séjour dans la résidence d’auteur de leur choix.

     

     

    Machines-A-Ecrire-81686.gif

     

    De son vivant

    Cet auteur aspirait à éditer directement dans la Pléiade.

    « Malgré une œuvre innombrable et d’une rare qualité à laquelle le comité a été sensible, la direction de Gallimard ne peut accéder aujourd'hui à votre demande un rien présomptueuse », lui fut-il répondu en substance et avec un maximum de délicatesse (pour ne pas froisser  l'éventuel lecteur).

    Depuis, l’auteur refusé ne cesse de vilipender la collection de prestige tout en continuant à délivrer à période fixe de nouveaux ouvrages dans le monde de l'édition de son territoire linguistique. Il s’est ainsi fait, rapportent ses proches, à l’idée de n’être pas publié dans la Pléiade de son vivant.

     

     

    Machines-A-Ecrire-81686.gif

     

    Un auteur, une ville

    Cet auteur mondialement connu au patronyme d’une ville réjouissait le syndicat d’initiative de ladite ville qui voyait débarquer des foules de touristes littéraires pensant que la cité avait été fondée en hommage au grand écrivain...

     

     

    ob_7378ad_eckfj.gif

  • LA MANIFESTATION LITTÉRAIRE et autres histoires d'écrivains

    cae531bdc479c8487524203584bb218e.jpg

     

    La manifestation littéraire

    Je sortais de chez moi pour acheter du pain quand je fus embarqué dans une manifestation pour l’égalité d’écriture et la liberté d’édition. Sur les banderoles, on pouvait lire: Plus de publications !, Sous les cahiers, la page ! ou encore Nous sommes tous des auteurs vivants ! C’était en effet des auteurs qui manquaient de reconnaissance et qui marchaient pour en trouver.

    Ils marchaient vite et je mis mon pas dans les leurs.

    Plus on approchait de la Maison de la Poésie, plus leurs cris étaient puissants, vives leurs revendications. Il régnait un climat de terreur. Sur place, le directeur ne voulut pas accepter de délégation et les poètes énervés comme jamais je n’en avais lu montèrent une potence. Au moment où on lui passait la corde au cou, le directeur cria: Vous serez tous publiés, foi de directeur de Maison de la Poésie.

    Enfin, il n’eut pas le temps de terminer sa phrase (je la complète en hommage à sa mémoire puisqu'il m’a semblé de bonne foi) car la trappe de fortune s’ouvrit par erreur sous ses pieds et le directeur stoppa là net une carrière littéraire pourtant prometteuse. Mais une parole (même de poète) est une parole, et non un écrit. C’est ainsi que je revins de la manifestation sans pain mais avec une promesse de publication : ce texte-ci (le premier que je livre).

     

    cool_bookshelves_5-300x241.jpg

     

    La chasse aux mots (à V. Nabokov)

    Chaque jour, après son petit déjeuner, cet écrivain sort avec un filet fantôme à la chasse aux mots. Chaque vocable est délicatement placé dans une enveloppe de papier glacé avec l’indication de l’endroit et des circonstances où il été capturé. Puis, à la fin de la journée, lors de sa séance au lutrin, il rédige sa page d’écriture. Régulièrement des livres invisibles sont publiés aux éditions de la Chambre obscure que les lecteurs, habitués aux livres trop (pré)visibles, ne parviennent évidemment pas à distinguer.

     

    tangram-1.jpg

     

    L’explication

    Ce poète composait sans cesse des odes aux étoiles et aux cieux, aux espaces infinis et à la lumière. Un jour, sa compagne qui attendait depuis cinquante ans (au moins) qu’il lui composât un petit poème, un églogue, une épigramme... lui demanda quand ce serait son tour.

    Mais sans ta présence ici-bas à mes côtés, lui répondit-il, je n’aurais jamais perçu la beauté du vaste monde.

     

    bibliotheque-design-original-4-496x640.jpg

     

    Les tombes

    Cet écrivain enterre ses livres à mesure qu’ils paraissent dans des petites boîtes en fer. Quand une critique est publiée à leur propos, il vient la déposer avec componction sur la tombe à côté des autres. Le vent, la pluie l’en débarrassent vite. Les livres, eux, demeurent intacts et, de plus, ils ne nécessitent pas d’être époussetés ni relus.

     

    3escalier-moderne-design-original-escalier-colima%C3%A7on-organis%C3%A9-autour-dune-biblioth%C3%A8que-e1470225149583.jpg

     

    L’oubli

    Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire. Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire. Cet écrivain oublie aussitôt la phrase qu’il vient d’écrire…

     

    books-bookshelf-bookshelves-color-design-fun-Favim.com-38784-283x300.jpg

  • CINQ HISTOIRES D'ÉCRIVAINS

    Un prodige

    Par un étrange prodige qui n’arrive qu’à peu d’auteurs contemporains, cet auteur mort ne cessait de progresser, d’affiner son style, de fortifier son propos… Le premier surpris fut l’improbable imprimeur de ses anodins ouvrages qui, aujourd’hui, passe pour l’éditeur d’un des meilleurs écrivains du siècle dernier. Il se murmure même que l’auteur en question pourrait décrocher le Nobel en 2030, à titre posthume, si la merveilleuse amélioration poursuit son cours.  

     

    -font-b-Free-b-font-Shipping-20Pieces-Wild-font-b-Writer-b-font-Skull-Pen.jpg

     

    Le Prix de la lucidité

    Cet écrivain qui se refusait de publier possédait dans ses tiroirs plus d’inédits que tous les auteurs vivants. De sorte qu’il fut bientôt l’objet de la convoitise des éditeurs, amateurs de curiosités. Quand le monde de l’édition constata qu’il avait été bien inspiré de ne jamais les proposer à la publication, surpris par tant de discernement de la part d’un auteur vivant, ils lui fut remis à titre collectif le Prix de la lucidité, puis on publia l’intégralité de son œuvre avec cette mention.

     

    -font-b-Free-b-font-Shipping-20Pieces-Wild-font-b-Writer-b-font-Skull-Pen.jpg

     

    Rien à dire

    Cet auteur qui n’avait rien à dire l’écrivait avec un tel aplomb que, pour ne pas le décevoir, on le lisait quand même sans faillir.

     

    -font-b-Free-b-font-Shipping-20Pieces-Wild-font-b-Writer-b-font-Skull-Pen.jpg

     

    Dans le désert

    Dans le désert, cet écrivain trouverait encore à écrire sur le sable avec le vent, dit-on. C’est ainsi qu’on en vient à regretter l’existence des déserts.

     

    -font-b-Free-b-font-Shipping-20Pieces-Wild-font-b-Writer-b-font-Skull-Pen.jpg

     

    Un écrivain de bains publics

    Certains auteurs écrivent avec leurs pieds, d’autres sur les genoux. Celui-ci écrivait sur ses pieds. Des histoires halitueuses, de la poésie fraîche, de moites aphorismes  et, parfois, une apostille ou un bon mot sur l’ongle d’un orteil. La nuée d’éditeurs qui l’accompagnait à la piscine (car c’était un écrivain de bains publics très prisé) immortalisait le résultat de la séance dans une cohue pas possible avec leurs portables juste avant le passage au pédiluve et l’enfouissement des épreuves dans l’eau hyperchlorée.

    Avant que l’écrivain, qui avait levé l’une ou l’autre nymphette tout en produisant un nouvel opus, ne se précipitât dans les cabines avec sa jeune amie pour lui sentir les pieds à l’abri des regards.  

     

    tatouage-pied-femme-phrase.jpg

     

  • UNE LITTÉRATURE EXTRAORDINAIRE

    C'est pourtant depuis qu'il n'écrit plus à la plume que l'écrivain pond ses livres.
    Éric Chevillard 

    la-liseuse-jean-jacques-henner.jpg

     

    1.

    Quand ils ont limité à l'unité le nombre de publications par décennie et par écrivain, j’ai bien ri.

    Quand ils ont interdit aux romanciers de plus de quarante ans de publier, j’ai dit Place à la littérature jeunesse!

    Quand ils ont interdit toute nouvelle publication de quelque genre que ce soit pour le plus grand bien de la planète, je me suis repris deux fois en selfie.

    Aujourd’hui que je ne regarde plus que les photos de mes auteurs préférés sur Instagram, je me dis que c’est bien dommage qu’on ne puisse pas les rassembler dans un livre d’art.

     

    ecole_livre06.gif

     

    2.

    L’Association des Auteurs du Dimanche a créé une Banque de Greffons de Textes prélevés dans les œuvres des auteurs morts à laquelle chaque éditeur peut faire appel en cas d’accident littéraire grave, de perte de sens ou de puissance, de manque criant de fond. La Banque a ainsi déjà sauvé des milliers de livres tout à fait inutiles.

     

    ecole_livre06.gif

     

    3.

    L’absence de publication depuis six mois de cet auteur a ému considérablement le milieu littéraire. On s’est posé mille questions : sa créativité serait-elle à l’arrêt? redouterait-il un prix? écrirait-il – enfin - le livre de sa vie ? serait-il atteint d’une maladie incurable? ses muses auraient-elles pris le large, et ses éditeurs la caisse ? On a enquêté dans toutes les directions, on a émis les hypothèses plus fantaisistes. On a finalement moins craint qu’il ne publiât plus jamais qu’il ne vînt encore à  sortir un nouvel opus. Bref, la réaction à son silence éditorial a  peut-être été le fait littéraire le plus remarquable de sa monotone carrière d’écrivain.

     

    ecole_livre06.gif

     

    4.

    Cet auteur de mictions souffre d’énurésie; manquerait plus qu’il ait la prose plate.

     

    ecole_livre06.gif

     

    5.

    Dans les transports en commun littéraires, quand un obscur auteur cède sa place à un écrivain dans la lumière, il ne manque jamais de lui tendre sa carte de visite reprenant les ouvrages de sa maigre bibliographie.

     

    ecole_livre06.gif

     

    6.

    Est-ce en marchant sur des oeufs en papier qu'on devient homme-lettres ?

     

    ecole_livre06.gif

     

    7.

    Parfois, de très loin, on pense avoir détecté une littérature habitable, une poésie nouvelle, un théâtre viable. Les médias culturels s’affolent, les éditeurs lancent des OPA, les Maisons de passe de la poésie rallument leurs néons... Mais les sondes critiques déchantent à mesure que se rapproche l’objet de convoitise, que se laisse lire l'étoile promise. Les espoirs pâlis, les illusions tombées, il ne reste qu’à reprendre ses recherches dans une autre direction de la galaxie littéraire.

     

    ecole_livre06.gif

     

    8.

    Cette résidence d’écriture très mal notée plusieurs fois sur Livragot par des poètes mécontents de l’accueil (« un petit personnel inculte et sans égard pour les artistes »), de la literie (« en peau de vache »), des couverts (« en plastique mou »), de la qualité du soleil (« on aurait dit une vieille lune ! ») et de la vastitude de la mer (« en fait, un simple bras de mer ») vient de perdre deux plumes à son enseigne.

     

     

    ecole_livre06.gif

     

    9.

    Cet écrivain de fictions établi se mit sur les réseaux sociaux à raconter sa vie en des statuts fameux récoltant des likes au kilo, à délivrer ses opinions politiques dans des causeries formidables attirant les foules fascinées par tant d'insignifiance. Heureusement, il n’en fit jamais de livres et arrêta même d’écrire de la fiction.

     

    ecole_livre06.gif

     

    10.

    À la fin du volume, le livre ne se terminait pas. Le nombre de pages le séparant de la fin restait constant malgré un effort de lecture soutenu. Fort de ce constat, et pour m’enlever tout doute sur la pertinence de mon observation, je me mis à noter dans un carnet les grandes lignes de l’intrigue qui perdurait, ne semblant jamais s’achever... Depuis que j’ai commencé cet exercice il y a fort longtemps, j’ai rempli une infinité de carnets.

     

    ecole_livre06.gif

     

    11.

    Cet écrivain de pharmacie publie sur le papier bible des posologies, dans des boîtes de médicaments, des fictions bienfaisantes, des poèmes vitaminés. Nulle prose assimilable à un celle d'un manuel de développement personnel, non mais des histoires revitalisantes, des récits antalgiques, de la fiction fortifiante. Dans les officines où sont vendues ses publications, on observe une diminution sensible des drogues usuelles comme des produits de bien-être.

     

    ecole_livre06.gif

     

    12.

    Pour ne pas froisser son éditeur, doit on dire de cet écrivain sans la moindre sensibilité et dépourvu de toute intelligence qu'il construit une oeuvre non pas infirme, estropiée, bancale mais tout bonnement extraordinaire?

     

    2279.jpg

  • L'AUTEUR IDÉAL et autres histoires d'écrivains

    La littérature est une planète habitable.
    Éric Chevillard

    librairie2.jpg

     

    L’ AUTEUR IDÉAL

    Cet éditeur rêvait une fois encore de l’auteur idéal : beau et bon, aimable, humble et doué de tout le talent nécessaire pour remporter un grand prix d’automne quand son rêve devint réalité... L’écrivain était là, bien réel, l'éditeur pouvait le toucher partout et même lire dans ses pensées qu’il rêvait une fois encore de l’auteur idéal…

     

    bannierelire1.jpg

     

    LES HÉTÉRONYMES

    Cet écrivain avait tellement d’hétéronymes qu’il ne savait plus qui était qui et qu’il lui arrivait même, en interview, parlant au nom d’un d’entre eux, de pourfendre l’œuvre d’un autre.

     

    bannierelire1.jpg

     

    UNE BIBLIOGRAPHIE NAUSÉABONDE

    Son premier roman, La Corbeille, passa inaperçu. La Poubelle fit un four ; La Décharge se révéla un échec cuisant, L’incinérateur, un feu de paille. Heureusement son chef d’œuvre, Déchet Vide Ordure, qui eût enflammé la critique mais brûlé n’importe quel éditeur, est resté inédit.

     

    bannierelire1.jpg

     

    UN BARON DES LETTRES

    Cet écrivain qui ne croyait pas à la littérature parvint malgré lui au sommet de la pyramide littéraire et se mit alors aimer le pouvoir des mots. Aujourd’hui qu’il est un baron des Lettres reconnu, secondé par une armée de sectateurs et de conseillers fort payés, il est devenu indétrônable. Même mort depuis longtemps, ses affidés nient la triste réalité et, pour prolonger son souvenir, publient leurs plus beaux livres sous son  nom.

     

    bannierelire1.jpg

     

    LA SERIAL LISEUSE

    Cette lectrice préférait le corps des écrivains à leurs livres tant qu’ils étaient vivants. Elle tenait à connaître leur goût, éprouver leur texture, sonder leur profondeur. Après leur mort, qu’elle provoquait, elle lisait autrement leurs ouvrages. Car elle voulait les lire de son vivant à elle. Même si, de la sorte, elle abrégeait leur œuvre mais aussi (à toute chose malheur est bon) leurs dispersion en commentaires oiseux sur les réseaux sociaux.

     

    bannierelire1.jpg

     

    L’ÉCRIVAIN BIDON

    C’est le propre de l'écrivain bidon de faire beaucoup de bruit avant que ses livres-poubelles ne soient enlevés par les éboueurs de la critique.

     

    bannierelire1.jpg

     

    LES LIVRES PARLENT

    Un jour, les livres se mirent à parler, à se dire. Ce furent d’abord quelques murmures dans telle librairie de province, dans telle bibliothèque de village, sur tel rayonnage de particulier. Mais la rumeur se propagea : telle une épidémie, elle se répandit à tous les lieux enfermant des livres auxquels on ne put plus accéder qu’avec des écouteurs branchés sur du stoner rock ou muni de protections auditives puissantes. De nombreux libraires et bibliothécaires ainsi que des lecteurs imprudents qui ne s’étaient pas prémunis perdirent l’ouïe. D’autre part, ils peuvent maintenant se rendre aux lectures publiques sans crainte d’être indisposés par la mauvaise diction, l’accent épouvantable de tel premier prix de conservatoire autoproclamé de la lecture à haute voix qu’un brave traducteur en langue des signes rompu aux borborygmes du mal disant convertit en langage nettement plus compréhensible.

      

    bannierelire1.jpg

      

    SANS NOUVELLES

    Cet écrivain mégalomane dont le monde littéraire était sans nouvelles depuis sa précédente publication il y a six mois vient de faire une spéculaire réapparition en couverture d’une autopublication de la rentrée littéraire.

     

    bannierelire1.jpg

     

    ATTENTION, DANGER !

    Ce libraire prenait soin de délimiter le rayon poésie de sa boutique par des panneaux de danger. Plusieurs fois des lecteurs imprudents avaient été pris d'effroi en constatant l’endroit où ils avaient malencontreusement abouti et leur prise en charge avaient nécessité les soins d’un psychologue spécialisé dans les traumas littéraires. 

     

    bannierelire1.jpg

     

    L’OGRE DES LIBRAIRIES

    Dans les librairies de ce pays, les livres vinrent à manquer. On constatait la disparition de rayonnages entiers, parfois même de toute une section. Plus trace soudain des livres de cuisine, des manuels de bien-être, de littérature marclévyesque, de thrillers danbrowniens, de romans feel good, de carnets luisants de mots léchés, d'ouvrages de pataphysique pour les nuls, de recueils de poésie du routard ou de volumes de maths financières. Une enquête initiée par le Fonds des Lettres mais surtout un système de caméras surveillance infaillible conclut à l’existence d’un dévoreur de livres.

    Ce bâfreur restait introuvable malgré une faim gargantuesque qui décimait des librairies entières, plongeant les boutiques de livres papier au bord du dépôt de bilan.

    C’est par hasard, bien des années après la disparition de toute librairie, qu’on retrouva l’ogre, haut et gros comme un Atomium, recouvert d’un manteau de miroirs pour passer inaperçu, explosé par un éclatement stomacal, étendu sur l’esplanade de la Bibliothèque Nationale, d’où par ses monstrueux orifices s’échappait un sang d’encre qui rejoignait par les rues de la ville un fleuve de phrases immondes où des cadavres puants de lecteurs dérivaient depuis des années...

     

    bannierelire1.jpg

     

    UNE OFFRE SUPÉRIEURE À LA DEMANDE

    Les auteurs sont devenus plus nombreux que les lecteurs, si bien que nombre d’auteurs n'écrivent pour personne. Et les éditeurs, plus fréquents que les auteurs, de sorte que de nombreux éditeurs ne publient aucun auteur... Le lecteur est devenu si rare que des salons lui sont consacrés. Auteurs et éditeurs s’y pressent dans l’espoir de comprendre l’étrange phénomène qui les a mis sur la paille.

     

    bannierelire1.jpg

     

    JOURNAL D’UN INTOLÉRANT LITTÉRAIRE

    Dans Journal d’un intolérant littéraire, cet allergique à Proust, Gracq, Simon, Borgès, Dostoïevski et quelques autres écrivains prises de tête propose un programme de lecture sans génie, un régime light à base de Bourdeaut, Barbery, E.L. James, Delatour, Jardin et autres auteurs de polar qui provoquent une agréable lecture sans aigreurs d’estomac ni migraine et n’altèrent en rien votre habituelle vision des choses.

     

     

    E.A.

    3823953834.jpg

  • UNE RÉSIDENCE D'ÉCRITURE BIEN TENUE

    ILLUSTRATION-Fontevraud-residence-1024x577.jpegDans cette résidence d’écriture bien tenue, le soleil est changé tous les matins, la mer est passée au bleu, tous les soirs on vaporise de l’essence de muse dans les chambres pour une bonne oxygénation onirique, de la lecture labellisée est administrée aux résidents que la Société des Gens de Lettres a choisis pour se refaire une santé littéraire sans compter la petite bourse de psychostimulants marqués du paraphe de leur écrivain préféré...

  • TWEETS, TEXTOS, STATUTS & ROTS D’AUTEURS

     db7bbdd40a979053096d219d5e2eb1ac.jpg

     

    Tous les écrivains emplumés de la fin de l'année ne sont pas de la revue.

    #Gare à l’amalgame

     

    En 2017, « Trop tweet », mon roman en 140 tweets paraîtra sur le site de microblogage avec une préfacebook de mon e-twitter. Hâte de triturer les vues du titre sur Snapshat !

    #Je pense donc je tweete

     

    Les crottes de lecture de ce critweet se lisent en un clic d’œil.

    #Gazou maudit

     

    Cet éditeur et son auteur fétiche borgnes ont décidé d’arrêter net leurs publications en semi-braille. Et de se remettre à lire l’un pour l’autre à voix haute comme avant qu’ils ne cyclopent le marché éditorial.

     #Riz jaune

     

    Tous les grands auteurs de statuts ne finissent pas par écrire des tweets.

    #Gare à l’amalgame

     

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

     

    Pendant la saison des salons et des transports de livres, l'éditeur a bon dos pour ses auteurs. 

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    À chaque sortie de livre, ce papa heureux de l'édition se prend en selfie devant sa famille élargie.

    #Jesaisphotographierpuisquejesuisécrivain

     

    Cet éditeur analphabète publie de beaux livres à colorier.

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    Cet auteur d'une rare pudeur n'accepte qu'on monte et joue ses interviews sur scène qu'à guichets fermés.

    #Thé, art & autres rizeries

     

    J’écris sur le trapèze et dans les airs

    J’écris au mât chinois et aux anneaux

    J’écris sur la sciure et sur le dos des chevaux

    J’écris dans la gueule du tigre et sur les défenses de l’éléphant

    J’écris dans le cercle de la jongleuse et sur ses dessous de soie

    J’écris sur le nez rouge du clown et sur les genoux du spectateur

    J’écris pour divertir, pour émouvoir, pour faire rire ou bien peur

    De la littérature de cirque avec des mots de la balle

    Qui feront le tour de la piste ou bien du monde

    #Quand j'étais poète

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

     

    Cet oiseux sourd aux gazouillis des réseaux sociaux a fini par apprendre le langage des 140 signes.

    #Je pense donc je tweete

     

    Depuis que je n'ai plus de veine avec les éditeurs, je me fais un sang d'encre.

    #Quand j'étais écrivain

     

    Le conseiller littéraire en chef de cet éditeur déconseille tous les auteurs sauf lui-même.

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    Mon éditeur ne peut pas me voir en photo de couverture des autres livres que les siens!

    #Vis ma vie d'éditeur

     

    C’est un auteur de précision qui manque sans arrêt son coup. De peu, de très peu. A tel point que si on est mauvais lecteur on peut croire qu’il a mis dans le mille.

    #À vue de texte

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

     

    Cette poétesse n’arrête pas d'écrire sur le dos de ses éditeurs quand, dans le feu de la passion, elle les chevauche.

    #La passion d'écrire

     

    Pour complaire à leurs parents, le fils de cet auteur et la fille de cet éditeur ont été contraints à faire un mariage d’intérêt.

    #Mes parents sont livres morts

     

    En allant de la littérature générale vers la littérature majorette, cet auteur troqua son képi et ses étoiles contre une mini-jupe et un bâton.

    #Littérature transformiste

     

    Ce grantécrivain régional qui aspirait à une gloire posthume disparut le jour même de la mort de Michel Houellebecq, de l’entrée sous la coupole de Frédéric Beigbeder et de l’attribution du Goncourt à Oxmo Puccino pour l’ensemble de son œuvre rappée.  

    #L'Édition de vos régions

     

    J’écris sur mon corps puce des aphorismes insectueux.

    #Aphorismes & tweetineries

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

    Tous les écrivains (dés)abusés ne finissent pas dans la littérature jeunesse.

    #JehaislaLittératurejeunesse

      

    Entre le tiers et la moitié du livre, je pète un quart. 

    #Littérature à la page

     

    Le renvoi d'ascenseur n'existe dans le milieu littéraire mais bien le rot d'escalier de service.

    #Ton monde littéraire impubliable!

     

    À force d’avoir craché sur les maisons d’édition qui ont du souffle, cet auteur se retrouve à publier ses glaires dans la phtisique édition.

    #L'Édition de vos régions

     

    Tous les tweets ne voyagent pas en vers libres.

    #Je pense donc je tweete

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

    Seule ombre au tableau de mon inspiration : je ne chanterai jamais les pieds de ma muse qui est une sirène.

    #Muses & autres scies littéraires

     

    Ma mère a lu tous les romans que je lui ai dédiés mais elle refuse toujours de lire le seul poème que j’ai consacré à mon père.

    #Mes parents sont livres morts

     

    La littérature d’avant Lagarde (et Michard)...

    #Littérature à l'école

     

    Même si, à trente volumes lessivés, je vis toujours chez mon éditeur-blanchisseur, je continue de donner mes lignes à laver à ma mère.

    #Mes parents sont livres morts

     

    Page 33, je tousse.

    #Littérature à la page

     

     31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

     

    Un pet de mot peut-il infester l’air d’un texte ?

    #Je pète donc je suis écrivain #Je suis écrivain donc je (me la) pète

     

    Mesurer la longueur du mot millimètre.

    #Littérature métrique

     

    J’écris que tu écris qu'il écrit que vous écrivez qu'ils s'en contrefichent.

    #Jesaisécrirepuisquejepublie

     

    Ecrire à la belle étoile un poème à décrocher la lune...

    #Quand j’étais poète

     

    Tous les écrivains engagés ne prennent pas la direction d’un journal, d’un parti ou du premier caboulot venu.

    #Gare à l’amalgame

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

    Avec des tirettes de mots-éclairs, ouvrir des livres de lumière.

    #Quand j’étais poète

     

    Chronométrer le temps mis pour dire le mot seconde.

    #Littérature métrique

     

    Cet écrivain sans langue de bois ne plaît pas aux oiseaux de feu.

    #Quand j'étais poète

     

    L’écrivain de l’eau inonde l’écrivain de la terre, l’écrivain du feu enflamme l’écrivain de l’air sans parler de ce que fait l’écrivain de l’île déserte à tous les autres.

    #Love & publishing

     

    - Avec quoi écrivez-vous : bic, marqueur, porte-plume, crayon?

    - Avec le stylo dont mon éditeur s'est servi pour signer mon contrat d'édition.

    #L'interview vérité

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

    Cet auteur sans prix aimerait parfois bien coûter plus cher.

    #Littérature sans prix

     

    Cet auteur qui avait souffert de sa passion de la littérature et était mort sous les coups cruels de la critique p(h)arisienne a miraculeusement ressuscité d’entre les mots (de ses livres pilonnés) trois ans plus tard en éditeur tout puissant dans lequel croient des centaines d’écrivains ; il est monté aux cieux et est aujourd’hui assis pour les siècles des siècles aux pieds de de Gaston Gallimard, entre les orteils de Maurice Nadeau, José Corti et Jérôme Lindon.

    #Je crois en l'Éditeur tout puissant

     

    À la fin du texte assassin, je comptabilise tous les mots abattus.

    #Littérature métrique 

     

    Diablerie d’écrit vain : écrire le mot écrire 6 exposant 6 exposant 6 fois.

    #Le diable est dans le verbe 

     

    En prenant le chemin de l’écriture, cet auteur s’égara dans différents genres, s’arrêta sur les contreforts de la poésie où il manqua d’air, fut ébloui par l’éclat de la philosophie où il perdit l’esprit, s'égara dans un grand roman désert, se dispersa dans la critique littéraire, ne monta jamais sur la scène théâtrale, s’allongea dans l’aphorisme, s’énerva dans le commentaire de réseau social, termina sa vie sur une épigraphe légendaire vite effacée par Snapshat.

    #Biopic d'écrivant

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

    Cet auteur automarrant rit à l’idée même de se relire.

    #Jé(c)ris donc je suis écrivain

     

    Après les mots orage, colère, vengeance, j’aime lire les mots ciel, clémence, pardon.

    #Les beaux mots

     

    Cet auteur du Pays Noir écrit des chefs d’oeuvre en terril.

    #L'Édition de vos régions

     

    Le Prince de la grammaire à la belle syntaxe n’a pas un beau vocabulaire.

    #Les bons mots

     

    Je me tiens à distance des mots quand ils sont dans la bouche d’imbéciles.

    #Les bons mots

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

     

    Avec ses mots fuyants, cet auteur souffre le partir.

    #Les bons mots

     

    Quand il eut terminé d’écrire, il se mit enfin à vivre.

    #Write and let down

     

    Tous les auteurs d'aphorismes imbibés n'ont pas les idées gourdes.

    #Marre de l'anal game

     

    J'ai inventé le mot aorptiqperazsps et, jusqu'à preuve du contraire, je suis le seul. 

    #Les bons mots

     

    Combien d’octets pour coder le mot mot ?

    #Littérature binaire

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

    En se retenant d'écrire longtemps, cet auteur jouit plus fort.

    #La passion d'écrire

     

    Je connais un bibliothécaire aimant la solitude au travail qui emploie de la mort-aux-rats-de-bibliothèque.

    #La fin de la lecture

     

    Ce poète anarchiste fait régner une métrique de vers dans ses sonnets. 

    #Anar gisant

     

    Le président de l'Association des Auteurs Auto-publiés vient de remettre sa démission car il va être publié aux Editions des Auteurs Auto-publiés qu'il vient de créer.

    #L'Édition de vos régions

     

    Cet éditeur novateur a inventé sans le savoir les livres à l'obsolescence programmée.

    #L'Édition du jour 

     

    31e70398356a99f0a3d64baf9566f282.jpg

      

    Chaque fois que j’ai terminé un livre, je l’enterre dans mon jardin en indiquant sur un mini-écriteau le titre et le nom de l’auteur. Ma bibliothèque est un cimetière de livres dans les allées duquel je fais mes promenades de santé.

    #Write & let down

     

    6692a3d2.gif

     

     E.A.

    Tous les MAUX D'AUTEURS sont ICI!

     

  • MAUX D'AUTEURS DIVERS

    Tous les livres sont sur le même sujet, l'écriture.

    Marguerite Duras

    On veut faire magie dans les mots. On finit par exceller dans le tour de passe-passe.

    Denys-Louis Colaux

    c2a9carnetsnoirs-fileswordpress-com_sapin-livre.jpg

     

    Cet éditeur-nez publie des bouquets de poésie...

     

    Avec ses invendus, ce libraire élabore de savants montages que s'arrachent les collectionneurs de compositions littéraires.

     

    Peut-on espérer que cet écrivain incendiaire ira jusqu’à brûler tous ses livres ?

     

    L'éditeur de mes rêves publie pendant mon sommeil mes poèmes à la nuit étoilée.

     

    Ce Lucky Luke de l'écriture fait paraître plus de bouquins qu’il n’en écrit.

     

    Sapin-de-livres08.jpg

     

    Je connais un auteur de tweets qui est devenu parolier de chants d’oiseaux.

     

    Tous les écrivains pénibles à lire ne sont pas des travailleurs du texte. (non à l'amalgame)

     

    « Le sang d’un éditeur, votre roman noir, s’est écoulé aujourd’hui à plus de trois cent mille litres. Votre éditeur doit être aux anges, lui qui ne voulait pas vous publier… »

     

    Tous les écrits du net ne sont pas écrits par des flous littéraires. (non à l'amalgame) 

     

    Cet éditeur aime la proximité de la langue de son auteure beaucoup plus que son écriture approximative mais comment le lui dire sans la froisser.

     

    Sapin-de-livres08.jpg

     

    - L’éditeur que vous êtes peut-il définir ce qui, au-delà de leurs nombreuses différences, caractérise tous vos auteurs ?

    - Leur immense amour pour moi.

     

    Quand sa muse a la migraine, le poète fait la tête.

     

    Cet éditeur-nez lorgne les écrivaines en vue.

     

    Je connais un grand écrivain qui ne passe plus les portes des maisons d’édition.

     

    Cet auteur de l'autosatisfiction écrit des livres bien branlants.

     

    Sapin-de-livres08.jpg

     

    Tous les paramots ne sont pas des persécutextes. (non à l'amalgame)

     

    Dans la vie de Céline, il y a beaucoup points de suspicion...

     

    Ce Lucky Luke de l’édition publie plus de bouquins qu’il n’en lit.

     

    Cet auteur célèbre mais sans revenu augmente sans cesse le prix de ses ateliers d’écriture et de ses prestations scolaires.

     

    Je connais un éditeur un peu ours qui publie des livres en peluche.

     

    Sapin-de-livres08.jpg

     

    Cet auteur de Littérature jeunesse respecté écrit de la Littérature gore pour gagner sa vie.

     

    J’aimerais tant publier aux Editions des Trois Ouïes, aux Editions des Huit bruits, des Cent Touchers, des Onze mille vues, des Cinq Mille Saveurs … mais j’ai zéro sens de l’écriture.

     

    Je soupçonne cet éditeur confidentiel de s'obstiner à ne pas me publier par crainte du succès littéraire. 

     

    Après une carrière de chroniqueur de faits divers, cet amateur de temps morts devint rédacteur-conseil pour une entreprise de contes funèbres.

     

    Dormir la tête sur un best-seller et faire des rêves d'éditeur. 

     

    Sapin-de-livres08.jpg

     

    Tous les poètes ne sont pas habiles de leur muse.

     

    Les pisse-copies ne ferment jamais leur brade-texte.

      

    Je refuse les avances sur recette de la femme de mon éditeur de peur de ne plus pouvoir partager la cuisine littéraire de son mari.

     

    Tous mes écrits tournent autour de moi

    Tous mes écrits tournent autour

    Tous mes écrits tournent

    Tous mes écrits

    Tous mes

    Tous

    Tous mes

    Tous mes écrits

    Tous mes écrits tournent

    Tous mes écrits tournent autour

    Tous mes écrits tournent autour de moi

                                                                    (v)autour

     

    Pourquoi vivre encore si c’est pour ne plus écrire un jour ?

     

    Sur sa bière tombale, à l’encre noire sur la mousse, cet auteur fit graver : ci gît un buveur de lettres.

     

    Comme chaque année, je dépose au pied du sapin de mon éditeur un manuscrit vierge de toute brillance. (Quand j'étais écrivain)

     

    santa_claus_reading.jpg

    Tous les maux d'auteurs sont ici !

    à suivre...

  • MAUX D'AUTEURS D'AUTOMNE

    faire-s%C3%A9cher-des-feuilles-dans-un-livre-01.jpgBonnes feuilles de septembre, lettres mortes de décembre.

     

     

    Cet auteur qui écrit sans sous-texte crashe tous ses livres.

     

     

    Je connais un grand écrivain humaniste qui n’a jamais mis les bras dans une embrassade.

     

     

    Les auteurs sans profondeur se tournent volontiers vers le fiel.

     

     

    J’aime retourner la plume des poétesses pour écrire sur leur peau des poèmes de caresse éphémère. 

     

    ea8b8610.gif

     

    Toutes les poétesses en dessous rose n’écrivent pas pour la Bibliothèque verte. (non à l’amalgame)

     

     

    De commun accord, cet écrivain et son éditeur se donnèrent la mort en même temps, d’une manière que le bon sens nous interdit de relater ici, quand ils apprirent que les subsides à l’écriture et à la publication leur étaient supprimés, les bourses à l’écriture suspendues et les résidences d’auteur à l’étranger ramenées à dix kilomètres de leur domicile dans un camping pourrave du Fonds des Lettres.

     

     

    Mon éditeur aime me caresser la main quand j'écris. Cela ne me dérange pas car j'écris mes livres avec les pieds.

     

     

    L’amour d’un éditeur pour un de ses auteurs a-t-il des limites de tirage ?

     

     

    Le pataphysicien est au physicien ce qu’est le rêveur à l’astronome.

    3841476c.gif

     

    Tous les critiques d’opéra n’écrivent pas des livrets d’opérette. (non  l’amalgame

     

     

    Je ne parviens pas à terminer mes phrases… Je ne deviendrai jamais un auteur d’aphorismes accompli.

     

     

    Sur la place de la sémiologie, on roule dans tous les sens.

     

     

    Il faut repasser les textes au fer du dire pour lisser la ponctuation.

     

     

    Tous les romanciers de gare ne méprisent pas les poètes du ballast. (non à l’amalgame)

     

    ea8b8610.gif

     

    Lors des J.O. littéraires de la page de Cabourg, ce grand lecteur de Proust a battu son record du 110 lignes points-virgules en moins de 10 secondes.

     

     

    Cet auteur en miettes raconte dans une accumulation d’opuscules en tout genre son incroyable dispersion littéraire.

     

     

    Chantre de l’autocritique, cet auteur a écrit sur ses livres ses plus beaux livres.

     

     

    Au jeu des métaphores, la poésie est une flambeuse.

     

     

    Cet auteur au sommet de la littérature jeunesse se voit déjà décerner le Nobel des lycéens.

     

    ea8b8610.gif

     

    Les muses ont bien changé ; elles ne courent plus les mues.

     

     

    Le crash-texte mesure la résistance des écrits aux accidents littéraires.

     

     

    - Un lieu d’écriture privilégié, un endroit qui vous inspire ?

    - La salle de bain de mon éditrice.

     

     

    Pour couper court aux rumeurs de prose proustienne qui courait à propos de ses premiers textes, Céline n'hésita pas à frapper du point sur la phrase...

     

     

    Il faut toujours tenir ses proverbes.

    3841476c.gif

     

    Les écrivains qui ont toujours un livre sur le feu ont-ils une muse si ardente ?

     

     

    À près de soixante ans balais, cet écrivain ne peut pas s’endormir avant que sa vieille maman ne lui ait lu quelques pages d’un de ses propres livres.

     

     

    De la muse ivre avant toute couperose.

     

     

    Ecrire, c’est donner aux autres des raisons de croire en l’écriture.

     

     

    Quand il eut achevé d'écrire, il se planta la plume dans le crâne. 

     

    1anime-feuille-tombe-02.gif

    E.A.

    À suivre...

  • LE JOURNAL DÉLIRE TIRE LA SORNETTE D'ALARME!

    Après une enquête auprès des auteurs de la littérature jeunesse, l’insignifiant journal Délire de François-Bernard Pinel signale que* 83% des auteurs de ce genre utilisent des muses de moins de douze ans, 16,5% des muses entre douze et dix-huit ans et le reste, soit 0,5 % seulement, des muses adultes mais considérablement liftées ou aux photos particulièrement retouchées.

    LetD2.jpg

    Les écrivains de littérature générale, de plus en plus minoritaires, s’indignent et réclament une réglementation stricte au motif qu’ils doivent, eux, écrire leurs livres avec des muses âgées, fatiguées, usées et abusées dans leur jeunesse par un excès de travail payé des vignettes et autres chromos dérisoires et qui, une fois atteints l’âge de la maturité, ne peuvent plus voir un auteur classique en peinture.

    Une désaffection qui touche toute la littérature générale** au point que la célèbre académie suédoise envisage dès l’an prochain le Prix Nobel unique de la Littérature Jeunesse.  

    Une question si grave qu’elle a conduit le magazine de diététique de la Première, Digestion à la Une, à consacrer un sujet à cette nouveau fléau des Lettres:

    Est-il bien convenable que pour la fabrication de leurs livres, les écrivains de la littérature jeunesse emploient des muses mineures ?

     

    * Des chiffres tout à fait non fiables car communiqués par l’Institut de Statistique de la Littérature Oulipienne

    ** L'Institut International de Pataphysique enregistre un nombre croissant de burn-out chez ses laborieux laborantins contraints, pour ses expériences scientifico-littéraires, d'utiliser des solutions imaginaires frelatées, des produits de réemploi présentant de sérieux risques d'allergie à la littérature générale.  

  • CINQ POÈMES TRISTES de MARCEL THIEU

    ?c=isi&im=%2F7308%2F83617308%2Fpics%2F3234371339_2_2_oRadaBVV.jpg&w=760

     

    Un homme

    S’est

    Jeté

    Sous

    Le

    Train

    De voyelles

    A E I Oh

    Dit la femme

    Quelle belle

    Tête

    Il

    Avait

    En la voyant rouler

    Sur le ballast...

    Hue !

    Dit le paysan

    À son cheval

    Un instant

    À

    L’arrêt

    Un fer

              en

                     l'air

    On n’a pas que ça

                       à

                  lire

    !

      

    *

     

     

    J’ai perdu

    Mon titre

    De transport

    Ou bien

    Je l’ai égaré

    Vais-je sauter

    Du train

    Ou bien

    Tuer 

    Le receveur?

     

    *

     

    Suis-je triste

    Ou bien

    Désespéré ?

    Dit le pinson

    Qui peine

    À retrouver

    Son chant

    Dans le

    Poème

    Éclat

    É

     

    *

     

    Dans la nuit

    Mon rêve est tombé

    Si bas

    Que 

    Pour le

    Relever

    J'ai dû 

    Demander de l'air

    Au vent 

    Qui balayait

    Ma

    Vie

    Depuis

    Que

    J'étais né

     

    +

     

    - Je suis

    MO

           R

               T

    Mais je vous écris

    EncORe….

     

    - Merde

    Merde

    Merde

    Merde Merde Merde Merde Merde Merde Merde

    On ne sera donc

    Ja

    Mais dé

    Bar    

                  rrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrrr

    A

    Ss

    EZ

    De

    LUI !

     

     +++

     

    Marcel Thieu a peu écrit et c’est tant mieux. Il écrivait des poèmes très tristes qu’heureusement aucun éditeur n’a lus. Sinon, ému par leur ton et par leur forme, il les aurait publiés.

    Après avoir écrit ces cinq poèmes restés trop longtemps inédits, il s’est pendu. On n’a pas retrouvé la corde ni le corps. Cette nuit-là, il y avait du vent qui a dispersé les cendres. Car sa veuve a tout brûlé en mettant le feu à son bureau. À ses dires, ce sont les plus beaux poèmes de son aimé.

    Connaissant mon goût pour les poèmes très tristes aux formes innovantes, elle me les a envoyés pour que je les dépose sur le net. Ses dernières volontés accomplies, elle a tenu à disparaître aussi... dans un endroit de rêve avec les petites économies de Marcel.

    Le titre est un compromis entre la proposition de sa veuve (Tristesse) et la mienne (Cinq poèmes).  

     

  • MAUX D'AUTEURS, VICES DE LECTURE et autres calamités littéraires

    ce4b0a3ecd200b530dd358a732519b19.jpgToutes les auteures en jupe courte n’écrivent pas de la littérature majorette !

    (non à l'amalgame)

     

     

    La plume de l’Oulipien est toujours d’équerre.

     

     

    L’abus de lipogrammation pourrait conduire à l’extinction des Lettres.

     

     

    Entendons-nous bien, dit ce libraire à l’auteur, j’accepte de vous présenter dans ma librairie si vous promettez ce jour-là de ne lire vous-même aucun extrait de votre livre.

     

     

    La littérature, je m’en branle, a déclaré cet enseignant résolument plus onaniste que romaniste.

     

     

    La littérature prime jeunesse devrait enfin penser à commercialiser des livres en peluche et à développer une ligne d’auteurs tout doux au toucher…

     

    1hvxh0.jpg

     

    Cet éditeur hanté par le t ne publie que des aureurs.

     

     

    Ma mère, avec sa grandeur d'âme, a refusé le Nobel de Littérature pour ne pas faire de l’ombre à mon père qui, une semaine plus tôt, venait de remporter le Prix Marchepied-Trissotin.

     

     

    Tous les écrivains qui roulent au volant d'une soucoupe volante grise n’écrivent pas de la science-fiction plombante.

    (non à l'amalgame) 

     

     

    Le rêveur au carré rêve qu’il rêve, l’écrivain au carré écrit qu’il écrit, l’écrivain rêveur au carré rêve qu’il publie.

     

     

    Un auteur sans livre auquel ne manque qu'un éditeur...

     

    1hvxh0.jpg

     

    Cet auteur très prolifique publie un gros volume sobrement intitulé: BIBLIOGRAPHIE. À paraître du même, le très attendu: FUTURES PARUTIONS.

     

     

    Toutes les poétesses légères ne sautent pas au cou du premier éditeur velu. (non à l’amalgame)

     

     

    - Un secret d’écriture, une manie d’écrivain ?

    - Je ne peux écrire qu’en martyrisant mon éditeur.

     

     

    J’écris des calligrammes en forme de poème.

     

     

    J’écris vit puis je me barre.

     

    1hvxh0.jpg

     

    La conservation de l’aphorisme : rien n’excède deux lignes, rien n’est développé, tout se joue dans un mouchoir de mots.

     

     

    Le directeur de publication des Éditions du Nuage pâle ne supporte pas l’éditeur des Nuées blanches, on ne mélange pas la littérature amérindienne avec la littérature spectrale.

     

     

    J’aime mieux ton bec-de-lièvre que mes livres écorchés.   

     

     

    Cet écrivain de l’entrejambe ne peut pas voir en peinture le chroniqueur du trou-du-cul, on ne mélange par le général et le particulier.

     

     

    Tous les auteurs en culotte courte n’écrivent pas de la littérature jeunesse ! (non à l'amalgame)

     

    1hvxh0.jpg

     

     

    Cet écrivain de métier aspire à la retraite afin de se consacrer tout entier à l’enseignement.

     

     

    Tous les écrivains à la noix ne cassent pas une patte à un canard de critique littéraire. (non à l’amalgame)

     

     

    Pas un jour sans cent lignes!, se dit cet écrivain en herbe déjà rebelle collé en retenue.

     

     

    Tous les chats d’écrivain ne s’appellent pas Bébert (non à l’amalgame)

     

     

    Un stylo s’est ouvert la mine avec son capuchon: préparez vos buvards !

     

    53281.gif

     

    à suivre...

    E.A.

  • LA LIGNE MAIGRE

    4790623_6_7162_homme-qui-marche-i-d-alberto-giacometti_3794ec75fba2a74beeb1f3f9dd54bc3e.jpgPourquoi l'auteur d'aphorismes n'a-t-il pas d'embonpoint?

    Parce qu'il craint trop de perdre sa ligne.

  • JOUEUR DE LIVRE

    livre-objet-livres-faire-peur-L-sOs3iB.pngJe lisais un bouquin quand, par inadvertance, je découvris la musique du livre. Elle s’annonça par un son, plus qu’un chuintement et moins qu’une plainte, duquel très vite je tirai d’autres bruits, toute une mélodie, concrète certes mais qui disait le livre au plus près de son être.

    Il s’agissait de La colonie pénitentiaire et autres récits de Kafka. Comme il eût pu s’agir des Voix de l’asphalte de Philip K. Dick, du Journal d’un fou de Gogol ou du Jeu des perles de verre d’Herman Hesse.

    En tordant le livre d’une certaine manière, puis en en jouant un peu comme d'un accordéon, je tirai toutes les notes de l’ouvrage. Je crus d’abord à un écho du mécanisme de la machine infernale du récit, grincement de ses rouages ou supplique du condamné, mais non...
    La méthode fonctionna sur d’autres livres et d’autres auteurs si bien que je pus me constituer bien vite tout un répertoire.
    Connaissant le goût du lecteur grégaire, aussi amateur de convivialité que de lecture, à domicile ou à l’extérieur, pour autant qu’on parle d’art un verre à la main, qu’on cliquète et qu’on caquète, qu’on s’anime en lisant, qu’on affiche ostensiblement son mépris des péquenots comme des rentiers, des nobles d'esprit comme des écervelés, je n’eus pas de mal à me trouver une clientèle pour mes jeux de livre, que j’adaptai au goût de mes commanditaires.

    Il m’arriva plus d’une fois de jouer des auteurs que je n’appréciais guère voire pas du tout mais comme j’étais devenu un excellent interprète, rien ne paraissait de mon indifférence à l’auteur en question, qui se trouvait parfois  (les auteurs sont partout !) dans l’assistance et semblait juger mon jeu alors qu’il était lui-même incapable de tirer le moindre murmure de son propre livre (les auteurs sont de pâles interprètes de leurs ouvrages).

    Mais durant une période où je n’étais pas dans mon assiette, je plantai un concert, puis deux, bientôt trois… C’en fut trop, on fit moins appel à moi et puis plus du tout. D’autres, plus habiles, moins scrupuleux, interprétaient les livres avec plus d’entrain ou de pathos; ils joignaient le geste à la musique et se constituaient des lors des clientèles au détriment de la mienne.

    Un d’entre eux, ancien comédien de série télé, qui massacrait régulièrement des livres dans les émissions littéraires, ne cita jamais le nom du découvreur de ce nouveau genre d’animation culturelle et on crut bientôt qu’il en était le créateur.
    Je me contente aujourd’hui de jouer quelques livres choisis, des plaquettes à la stridulation aiguë, des volumes épais au martèlement de grosse caisse, dans l’intimité de mon salon, de mon bureau ou de ma chambre quand ma femme et mes enfants ne sont pas là ou regardent un écran dans le salon car ils ne supportent plus de m’entendre jouer.

    Aujourd’hui, j’ai repris l’activité de bibliothécaire que j’avais abandonnée au moment fort de mon succès d’interprète. Mais les lecteurs viennent désormais emprunter les livres qu’ils ont entendu jouer la veille dans leur émission littéraire préférée en espérant en tirer quelques accents déchirants qui leur assureront à terme un début de notoriété.

  • LE LECTEUR UNIQUE

    J.+C.+Leyendecker+Man+reading+book+(1916.jpgLe lecteur s’était fait si rare que chaque région n’en comptait en moyenne plus qu’un alors que le nombre d’écrivains (et, partant, d’éditeurs), lui, ne cessait de croître de manière exponentielle (tels des rongeurs de papier).

    Ainsi, à chaque rentrée littéraire, tous les écrivains qui ne publiaient plus qu’à dix ou vingt exemplaires lui adressaient un ouvrage.

    Même s’il était grand lecteur, on comprend aisément qu’il ne pouvait plus tout lire et se contentait de parcourir une ou deux phrases par ouvrage reçu. Ce qui, étant donné sa longue expérience, lui permettait de rendre un jugement expert sur sa plateforme officielle lue, il va sans dire, par la masse indénombrable des écrivains en titre.

    Mais les écrivains (et, partant, les éditeurs) ne cessant de se multiplier, notre lecteur unique, ne lut plus qu’un mot de leurs ouvrages, et on sait qu’un seul mot fait sens.

    Après une nouvelle multiplication par deux des écrivains, notre homme, qui plus est vieillissant, ne lut plus qu’une lettre (mais il savait laquelle choisir) pour rendre son jugement.

    Il termina sa vie de lecteur en ne lisant plus que les titres (c’est l’époque où les titres des livres furent meilleurs que leur contenu) et, enfin, quand la vue du lecteur unique vint à faiblir, et les gros verres de lunettes à manquer, la disposition des mots sur la page (ce fut l’époque des dispositions tarabiscotées de phonèmes sur la page) qui affectère ses yeux… Quand son cerveau encombré par trop de lectures indigestes commença à dysfonctionner, vint le temps des fictions sans queue ni tête mais qui tentaient maintenant d’impressionner le vieil homme par le nombre de pages du volume (ce fut l’époque des briques indigestes, écrites avec les pieds).
    Quand, enfin, parvenu à un âge où on ne lit plus que l'heure, il poussa son dernier soupir, un vent de panique souffla sur la multitude d’écrivains (et, partant, d’éditeurs) frisant maintenant l’infini (qui en avait connu d’autres).

    Après un nouveau temps qui s’étendit cependant sur quelques décennies de néant littéraire (et bienvenu après un climax de publications sans intérêt) passé à attendre vainement la naissance d’un autre lecteur émérite, les écrivains se remirent à écrire. Pour eux seuls.

     

    Illustration: Homme lisant un livre de J.C. Leyendecker, 1916

  • LE LIVRE DE SA VIE

    amour%20livres.jpegCet homme était tombé amoureux fou d’un livre.

    À la première phrase, il avait compris que c’était le livre de sa vie. Il l’avait lu et relu des dizaines de fois et il n’en restait pas moins épris, raide dingue, bleu de bleu de ce livre. Il pouvait demeurer en admiration devant la première de couverture ou la quatrième ; feuilleter ses pages lui procurait des sensations inouïes. Il restait des heures à contempler sa tranche, la préface, la postface, les pages liminaires, tout le paratexte.

    Pour ses amis, après avoir été un objet de curiosité, le livre était devenu sujet de plaisanterie puis d’agacement. Pour sa femme, un véritable objet de jalousie, un motif de scènes terribles.  Elle en était arrivée à ne plus le voir en peinture, il n’était plus question qu’on y fasse allusion.

    Ses amis (qui avaient trouvé le livre bien ordinaire), ses collègues de bureau (qui n’avaient jamais rien lu), son patron (qui ne comprenait pas qu’on pût s’intéresser à autre chose que lui), sa femme, donc, s’allièrent pour le faire renoncer à cet amour contre nature (il en reste en ce domaine malgré l’ouverture d’esprit extraordinaire, et parfois pittoresque, de ces dernières décennies) et firent tout pour l’éloigner du bouquin chéri.

    Mais l’homme résistait à ces manoeuvres multiples.

    Sur le net, il avait trouvé des extraits du livre en téléchargement libre. Il en cachait des pages dans la maison sous le tapis de sol, dans les vieux jouets des enfants et, au bureau, dans ses classeurs de travail. Il finit par apprendre le texte par cœur comme ces personnages de Fahrenheit 451.

    Mais peut-on aimer par cœur sans revoir jamais l’élu de ses jours, sans toucher ce qui lui tient de support, sans le humer, le parfumer, le caresser, le lécher, le presser contre soi et se presser contre lui, de tous ses pores, jusqu’à verser quelques sécrétions...

    La lecture des phrases, imprimées ou non, était à chaque fois source d’éblouissement et d'un contentement vif non moins qu’intense.

    Le livre, son livre, était un objet et un être, un contenant enveloppant une individualité foisonnante de richesse et de beauté.
    Aujourd’hui, notre homme vit heureux sans femme ni amis ni boulot, en seule compagnie du livre de sa vie dont il ne se lasse jamais comme il se doit avec un amour aussi vif qu'éternel.

     

  • BADMINBOOK

    ob_94fe69d0f9b8645fd5b1db19b125bfbc_bad-8.jpgAu lieu d’envoyer au pilon ses invendus, cette maison d’édition les adresse à un centre sportif pratiquant le badminbook.
    Ce nouveau sport de raquette fut inventé entre deux rentrées littéraires par Victor Ernest Victor, un pseudo cachant en fait un écrivain éconduit de plusieurs maisons d’édition pour infidélité chronique (il ne supportait pas plus de six mois la vie commune avec un éditeur).

    Il consiste à se servir du livre comme d’un volant ou d’une balle en mousse et de se le renvoyer comme il se doit au-dessus d’un filet (le filet fait partie intégrante du sport, on imagine mal un sport sans filet) tendu transversalement à mi-longueur (comme c'est souvent le cas) du terrain. Le bord supérieur du filet de badminbook est dressé au-dessus du filet de badminton car, comme on le sait, le livre est appelé à voler haut (pas nécessairement loin). Si les échanges sont moins rapides qu'au badminton, ils sont aussi plus consistants (au lu toutefois de la quatrième de couverture des projectiles). Certains livres peuvent être munis de plumes mais risquent alors d'être pris pour des oiseaux et tirés par la critique...

    Le livre, violemment battu (car de moins en moins aimé), s'effiloche, perd de la consistance; l’air traversé prend dans ses feuilles et produit la chute automatique de l'objet volant.

    Il s’agit pour le bon joueur d’estimer pendant la trajetoire l’état de dégradation du livre pour adapter sa frappe et le bon coin du livre à (a)battre. Un joueur bon lecteur n'est pas un avantage car il aura tendance à lire pendant le jeu et la lecture émousse les réflexes moteurs.

    Des tournois sont régulièrement organisés après la remise des prix littéraires où on voit des livres fuser lors de riches échanges mais, surtout, comme il se doit dans ces sports de jambes nues (comme le filet, la jambe nue fait partie intégrante du sport, on imagine mal un sport sans jambe nue), on reluque des cuisses fermes de garçons et de filles et on savoure des cris de gorge rappelant la jouissance des lecteurs ébahis à la lecture d’une phrase orgasmique ou d’un passage exaltant d'un ouvrage ordinaire (non, je rigole).

    Qu’il s’agisse d’un roman minuscule de Michon ou d’une brique de Musso, d’un scénario de Gunzig ou d’un exercice oulipien de Perec, d’un recueil de nouvelles de Pavese ou d’une élucubration de Zemmour, d’un roman proustien ou d’un texte ultra court de Monterros, d’une fiction borgesienne ou d’un essai de Kundera, d’un journal gombrowiczien ou d’une pensée pascalienne, d’une fusée baudelairienne ou d’un pensum sartrien, d'une pièce de Bernhard ou d'un sonnet shakespearien, d'un conte bref de Karinthy ou d'un aphorisme nietzschéen, d'une aventure de Grey ou d'une Histoire de l'Oeil, d'un poème à marteler de Pey ou d'un apophtegme de Lec, du Mahabharatah ou d'un guide du (Matthieu) Ricard,  importe le titre et l'auteur de l’ouvrage, comme on l’aura compris :  au fil des parties, tous les livres deviennent des loques, des compilations de feuillets en accordéon qu’on abandonne au bord du court, pages offertes à l'action du vent marin ou au filet tiédasse d'un air saturé de particules fines.

    Parfois, un ramasseur de livres se prend de pitié pour une page d’un livre sauvé du carnage (comme un mouton de la fête de l'Aïd), relève le titre et, si l’affinité est élective, il télécharge le livre sur une plate-forme de vente en ligne de e-books et d’articles de sport.

  • LE GARDEUR DE FICTIONS

    screen480x480.jpegDans ce régime pratiquant la diète conteuse, le rationnement fictif voire le jeûne onirique, il ne fallait pas (se) raconter d’histoires ! Et si le besoin, conditionné par des siècles de tradition de palabres, était trop pressant, un lieu était dévolu où on pouvait déposer ses fables et récits. Pour lutter profitablement contre l’appétit incontrôlé de fiction, sous la réglementation expresse d’un médecin des âmes du peuple, autrement dit du pouvoir, de la chimère à dose homéopathique (parfois sous forme de sentences lapidaires) étaient administrée dans le seul souci d’une guérison complète et rapide.

    Un homme absolument dénué d’imagination, strict serviteur du matérialisme en vigueur, en était le gardeur, le vigile complaisant comme le scrupuleux boutiquier. Il consignait  avec le zèle d’un classeur les mille et une relations qui lui étaient données comme l’eût fait un magasinier d’armes à feu ou un détaillant d’articles de pêche. Chaque récit possédait son genre particulier, son numéro d'ordre, sa place dans le grand fichier des récits qu’il tenait à jour avec la précision d’un horloger suisse.

    Après quinze ans de garde, notre homme qui n’avait jamais émis une seule pensée fantaisiste, qui ne se souvenait d’aucun rêve, se mit à songer éveillé, à délirer en plein jour, qui plus est, sur le lieu de son travail obligatoire et sous payé. Il prit peur, s’amenda, alla jusqu’à penser remettre sa démission au motif d’une extrême fatigue voire son cas à la grossière justice de son pays.

    Il n’en fit rien finalement; chaque histoire qu’il se narrait prit place dans son catalogue au même titre que les rares pensées apocryphes que des années de redressement avaient limité à la portion congrue, émanant d’esprits fantasques qui s’en délestaient avant de subir leur peine funeste.

    Mais ses inventions prirent une telle ampleur qu’elles excédèrent les lieux qui leur étaient assignés et qu’il finit par les dispenser dans toutes les boîtes mails des citoyens, sorte de samizdat numérique et journalier. Les récipiendiaires les enregistrèrent, d’abord horrifiés par ces déballages verbaux faits d’insanités spirituelles, de divagations iconoclastes, puis peu à peu reprirent goût à la fiction singulière, au grand roman, au récit épique, à la poésie, toutes choses dont le régime ne voulait plus entendre parler, voir circuler sous forme de volumes dûment imprimés.
    Un grand élan national se porta vers la fiction, un besoin d’imaginaire innerva à nouveau la population entière.  

    Mises de la sorte à l'épreuve, face à l'intensité du soulèvement, les plus hautes autorités du pays ne pouvaient plus faire machine arrrière...

    Tergiversant entre une condamnation à mort exemplaire pour le traître ou une reconnaissance triomphale de son activité subversive, somme toute en accord avec l’aspiration des masses au rêve, à l’utopie, les plus hautes autorités optèrent, après maints débats internes, pour cette dernière solution et instituèrent, en grandes pompes comme il se doit, l’ancien gardeur de fictions GRAND ET UNIQUE DISPENSATEUR DE FICTIONS DU PEUPLE ÉCLAIRÉ.

  • LA PIRE RENTRÉE LITTÉRAIRE

    trad.pngAvant de tirer une balle de gros calibre dans sa pile de manuscrits de l’année, cet auteur – qui n’avait plus publié depuis un an -  avertit par un mail adressé à tous les éditeurs de sa région du geste qu’il allait commettre le 31 août à 24 heures.

    Jusqu’à ce moment, il consulta sans répit sa boîte mail en guettant une réponse qui sauverait de l’horrible disparition un voire l’entièreté de ses manuscrits.

    À l’heure dite, n’ayant enregistré aucune réaction des éditeurs (au taquet en cette période fébrile), il mit fin à tous ses manuscrits et connut la pire rentrée littéraire de sa vie d’écrivain.

     

  • SOUS LE TILLEUL EXACTEMENT

    13957700.jpg

    (Les orages de la vie littéraire)

       Ce poète choisit de vivre sa vie d’écrivain là où lui vint son premier poème à l’âge de quatorze ans et demi. Sous un tilleul. Là, il fit construire son baraquement où il installa bientôt le siège social de sa maison d’édition qui ne publiait que ses ouvrages à raison d’un par semaine, les mauvaises semaines.

       Régulièrement, pour booster les ventes, il organisait des animations comme aiment en consommer le public de pré-week-end pour lui donner envie de se cultiver tout en ayant le sentiment d’avoir une vie sociale sinon festive, d’être aimé de ses semblables comme de son chien, d’avoir sa part de bonheur comme de Pastis 21. Ainsi, il laissait choir (par toute une machinerie subsidiée par le service des travaux publics de son village, si heureux de compter un écrivain parmi ses concitoyens) de la cime dudit tilleul des feuilles de vers que le public récoltait puis assemblait à sa guise en poèmes, façon atelier d’écriture végétal, censément ou non faire sens. Le quidam ramasseur de bons mots, fils ou fille d’agriculteur ou d’ingénieur des mines, de marchande des quatre saisons ou de pharmacienne, achetait immanquablement alors plus aisément la plaquette d’un collègue. Tout en savourant une infusion...

       Mais, un jour, l’arbre, quoique cool, s’attira les foudres d’un orage se fichant de la Poésie comme de son premier éclair. Et notre homme, après une heure de déprime bien légitime, entre tentative de suicide littéraire et fuite définitive hors des sentiers battus de l’Art-bre, choisit de rejoindre l’Association du Trèfle à Trois feuilles qui réunissait les anciens éditeurs des Editions du Gland, de l’Acacia Nain et du Cyprès de Mourir avec lesquels il forma bien vite (j'espère que vous suivez) les attendues Editions du Trèfle à Quatre Feuilles qui publia dès lors des collections au nom des Mousquetaires d’Alexandre.
       Sa collection ne publiait que ses textes et ceux de ses poètes associés et lui échut le beau nom d’Aramis quoiqu’il eût préféré celui plus valorisant de D’Artagnan qui était pris, il va sans dire, par le fondateur des anciennes Éditions du Trèfle à Trois Feuilles.
    Hélas, l’Orage, de plus en plus insensible à l’art d’écrire à l’ombre des arbres en fleurs, n’avait pas dit son dernier mort (lui aussi aspirait à donner toute sa lumière !) et fit en guise d’happening chuter sur la tête des quatre mousquetaires, un soir qu’ils se réunissaient sous la treille Milady, un trèfle en fer forgé à quatre folioles dont chacune exactement vint se ficher dans le crâne des malchanceux imprimeurs-scribouilleurs. Leur pastis se colora de rouge.

       Le correspondant local n’avait jamais vu ça et décrit la chose avec une plume qu’on ne lui connaissait guère, de telle sorte que même après l’événement qui ébranla la vie culturelle du hameau et son prodigieux article, il fondit une revue de poésie, qui ne publia, pour commencer, que ses poèmes de faits divers, dans une prose hachée menu en vers et en filet, ce qui lui assura, au niveau du village et des stricts alentours, une réputation qui ne durerait pas moins de quelques heures après son foudroiement par l’Orage décidément ennemi des Belles Lettres.

  • LES LIMACES

    738876.jpgCet auteur déplorait une invasion de limaces dans ses écrits. L’orage, les pluies abondantes avaient eu raison de ses sécheresses d’écriture. Même s’il eût préféré des vers, des vers sonnants et luisants.

    Pas de limaces au sens propre, entendons-nous bien, des histoires de limaces. Elles s’introduisaient à divers moments de son travail d’auteur, parfois entre la signature du bon à tirer et l’impression, si bien que tous ses écrits se mirent à pulluler de limaces.

    Cette réalité lui sembla un signe du destin, le signe qu’il devait s’intéresser aux limaces. Il lut tous les livres les concernant. Des milliers de livres sur leurs bienfaits et leurs inconvénients que nous ne détaillerons pas ici car tout le monde s’en fiche.

    Et il rédigea des récits de façon telle à réduire l’espace fictionnel entre le hasard des limaces apparaissant naturellement (pour ne pas dire par magie) et ce qu’en tant qu’auteur expérimenté, il pouvait contrôler. Malgré cela, ses écrits restaient déconcertants, troués d’invraisemblances… À force de travail, d’anticipation sur les histoires de limaces, il réduisit l’écart à l’extrême et passa bientôt pour un auteur reconnu sur les limaces.

    Pour se faire une idée plus précise, il était devenu le Bernard Werber des limaces.

    Mais cela ne tint qu’un temps comme si quelqu’un, ailleurs, une sorte d’esprit malséant voulait à tout prix lui mettre des bâtons dans les roues de son activité d’auteur (alors que tant d’autres auteurs, malheureusement pour la littérature ordinaire, travaillent en roue libre en nous insupportant par leurs manies textuelles, leurs tics d’écriture, leurs pauvres obsessions…).

    Alors qu’il maîtrisait presque parfaitement le domaine des limaces, ses écrits connurent, sans la moindre logique apparente, une invasion d’éléphants, non moins handicapante, il faut le reconnaître (malgré le bénéfice qu’en peuvent tirer pour leur publicité les magasins de porcelaine).

    Comme il avait pu tourner à son profit l’invasion textuelle de limaces, il trouverait la parade à cette nouvelle intrusion littéraire et à toutes les autres que le destin lui infligerait pour forger son parcours de bienheureux écrivain martyr du mauvais génie des lettres.

    E.A.

  • LE LIVRE ET LA TORTURE

    Pages-d%C3%A9chir%C3%A9es.jpgCe livre en avait assez d’être torturé.

    Du matin au soir, du soir au matin depuis qu’il était paru.
    Depuis qu’il était venu au monde, il avait subi les pires sévices textuels, les traitements de données les plus dégradants, pour avouer quelque chose de substantiel, révéler son essence, sa raison d’avoir été choisi par un comité de lecture, porté par un éditeur paternaliste et fier de son bébé, été mis sous presse et dans les rayonnages.

    Alors que, comme tout jeune livre, il n’avait rêvé que de courir dans les allées des librairies, de s'ébrouer dans les foires du livre interrégionales pour finir ses jours dans une bibliothèque de quartier ou dans les cartons d’un brocanteur.

    Comme tous les bouquins encore petits, il avait espéré une vie de livre à succès, salué par d’innocents lecteurs, par une critique aux ordres, plusieurs fois primé ou acheté et lu sans autre pensée que celle de passer un bon et brave moment.

    Ce livre en avait assez d’être torturé, qu’on lui arrache des pages, qu’on lui brûle les bords de ses feuilles, qu’on le lacère et qu’on le mutile, qu’on le prive de sa préface ou de sa photo de couverture, qu’on le décrie et qu’on l’humilie, qu’on le compare à tel ou tel, qu’on le laisse sur un banc sous la pluie…
    Sous la pression de la souffrance, il avoue tout et n’importe quoi, dans le désordre et au petit bonheur la chance en espérant donner à entendre ce qu’on attend de lui. On fait alors appel à la critique qui sait toujours mieux ce qu’on a voulu dire ou qu’on n’a pas pu dire car il faut écrire un papier, tout un papier, c’est parfois long quand le livre est sans fond ni arrière-pensée.

    Mais elle eut beau cherché, scruter les abysses de l'ouvrage, la critique ne trouva aucun secret, aucun sous-texte, rien entre les lignes, aucune intention valable. Rien dans ses ascendants ni dans son ADN sinon une parfaite insignifiance.

    On dut se résoudre à l’évidence, à la triste vérité : ce livre était un livre ordinaire, venu au monde de l’impression par hasard et condamné à retourner au monde du silence duquel il n’aurait peut-être jamais dû sortir.

    Certains livres, même sous la torture, ne diront rien. Cela ne vaut pas la peine d’insister. Il s’agit tout au plus d’un livre à chier ou d’un chef d’œuvre.

    E.A.

  • LA QUEUE DU Q

    u10747315.jpgEst-ce parce qu’il lisait une page anodine d’un auteur quelconque que son oeil fut exagérément attiré par la queue du q du mot queue ? Cette queue de q prit bientôt des longueurs phénoménales ; partant de ce b inversé, le jambage s’enfouissait dans le corps du texte et plongeait jusqu’à la plus grande profondeur de la page, celle de droite, la préférée de tout lecteur. Et, surprise, il se poursuivait sur les deux pages consécutives et ainsi de suite jusqu’à la terminaison du livre, de telle façon qu’elle constituait comme le fil d’Ariane permettant de sortir au plus vite et sans embarras de lecture de ce texte nonchalamment dédalien.

    Poursuivant cet appendice providentiel, cette bienvenue corde de rappel, le lecteur se dégagea du livre sans avoir eu à lire les mots assemblés en phrases contingentes, non nécessaires à l’interprétation du monde.

    Ce pédoncule l’avait sauvé d’une énième lecture superfétatoire, de cette pluie de lettres sans masse et sans la moindre mouillure de désir. D’ailleurs tous les livres s’assèchent pour finir en feuilles craquantes, jaunies, prêtes à se résoudre en poussière à la moindre action de les tourner. Même le fait de les regarder leur semble alors dommageable, pensa-t-il en filant la ligne caudale jusqu’à la lumière du dehors.

    Là, enfin libéré, réanimé, rendu aux vaines choses matérielles et préhensibles, il voulut rendre hommage au mot d’où la traînée d’encre était issue mais il n’y parvint pas. Il voulait savoir de quel animal elle était tirée, à moins que ce ne ce fût de l’humain mâle sur le point de coïter avec un être de son espèce pourvu d’orifices pouvant contenir le fin tuyau, et que le texte, par ce retour sur désinvestissement, eût pu lui octroyer a posteriori un semblant de plaisir, un ersatz imaginaire de l’acte signifié.

    À moins encore qu’elle ne provînt d’un ornement de ferronnerie (queue-de-cochon), d’une lime (queue-de-rat), d’un cuisinier (queux), d’un assemblage de charpente (queue-d’aronde), d’une variété d’amarante (queue-de-renard)… Non, il ne se souvenait d’aucun trait barrant la suite du mot et lui adjoignant un complément ni d'un x tendancieux le clôturant.

    Mais il n’éprouvait nulle envie de faire le chemin à l’envers, trop heureux d’avoir échappé aux affres du volume une fois y introduit, près d’étouffer par manque d’oxygène, de contact avec l’extériorité qui nous nourrit de son air et de sa terre, de ce qui germe et finit par surgir à sa surface.

    Il restait, et ça lui suffisait, avec l’image d’une queue générant physiquement ce à quoi elle faisait penser, miracle de l’écriture et de celui qui sait la lire avec toute la prescience qu’il convient.

    À la fin, oui, et malgré le risque de se perdre, il retournerait au texte, par un de ses représentants mais persuadé cette fois qu’en cas de danger, il se trouverait toujours la queue d’un q quelconque pour fissa s’en acquitter.  


    QQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQQ

  • CAUCHEMAR EN LIBRAIRIE

    Philippe-Etchebest-Je-me-retrouve-KO-sur-le-ring.jpg

    Vos livres peinent à s’écrire ou bien ils sortent n’importe comment, mal fagotés, ils restent en librairie et dans les mémoires le temps d’une saison de The Voice ou de Secret Story.

    Vous publiez trop ou pas assez. Vous cumulez les prix et les prix vous gonflent. Vous manquez tous les prix et ça vous mine. Vous multipliez les genres sans passer maître dans aucun. Autrement dit, vous déprimez ou, pire, vous euphorisez sans vous rendre compte de votre état. Heureusement vos proches veillent et lancent un message d’alerte.

    Philippe EstTheBest, mine sombre, front sourcilleux, débarque dans votre bureau. Il prélève des extraits de votre bouquin, il n’a pas besoin de tout goûter, c’est un expert : il relève les défauts de fabrication, les mauvais temps de cuisson des ingrédients, la langue mal épicée, le vide d'épaisseur des personnages, l’absence de saveur, pour tout dire le manque flagrant d’intérêt de la préparation.

    EstTheBest face caméra se retrousse les manches. Il y a du boulot mais on connaît son allant, sa méthode...

    Il remet de l’ordre dans votre cuisine littéraire et dans le service aux lecteurs. Il vous reprend en main comme aucun éditeur n’avait encore pu le faire, il vous fait lire les meilleurs auteurs, jette toutes vos références au panier et vous inscrit à un atelier d’écriture revitalisant voire à une résidence d’écriture à l'étranger dans un Gîte de la Poésie répertorié, tous frais payés par la production, et vous voilà revigoré, tel un écrivain neuf. Prêt à reprendre le stylo (ou le clavier). La production vous a racheté dans ce but l’équipement complet du parfait écrivain : crayons Conte, McIntosh de compét', stylo Montblanc, vieille machine à écrire Olivetti, posters de temple zen ou de cancrelat, et des rames de papier en nombre car elle connaît vos manies.

    Philippe EstThebest revient procèder aux derniers ajustements après redémarrage, constater votre bonne volonté, et parcourir les épreuves de votre nouveau livre à paraître aux éditions Cauchemar en librairie. Ce n’est toujours pas le chef d’œuvre désespéré mais il ne faut pas laisser tomber la plume (ou le clavier). Proust n’a pas écrit en un jour La Recherche, pas plus que Flaubert, Madame Bovary, ou E.L. James, Cinquante nuances de Grey (elle a mis trente jours). Certes ils n’ont pas bénéficié du coaching de Philippe...

    Face caméra, EstTheBest affiche une mine satisfaite mais jamais suffisante. Sur son crâne lisse se lisent les prémices du best-seller. Philippe est un pro, pas un fantaisiste. Avant le générique de fin, il donne rendez-vous à la semaine suivante aux téléspectateurs de la chaîne culturelle qui enregistre, grâce à l’émission, des pics d’audience jamais atteints.

     

    tumblr_n0pgwcVK4t1rb2l1co1_400.gif

     

  • CACHEZ-VOUS DANS UN LIVRE !

    daf02f2feba9c86b06b55d077589ab5f.jpgCachez-vous dans un livre puis cachez le livre dans le monde et demandez au lecteur de vous trouver ! Ne faites pas de style, le lecteur pourrait avoir son attention attirée et vous découvrir trop rapidement. Ne faites pas le malin, le lecteur comprendrait vite quel idiot vous êtes. Il pourrait aussi vous en vouloir. Le lecteur n’est pas con même s’il est versatile. Un jour, il vous veut, un jour il vous jette. Qu’on ne lui demande pas pourquoi.

    Etre trouvé par son lecteur trop vite n’est jamais bon. Il fait connaissance avec vous et observe bien vite que vous êtes fait de la même matière que lui avec un besoin de vous singulariser plus marqué qui peut vous faire paraître antipathique. Il pourrait vous interroger et apprendre sur vous des manières et des faits qui ne vous grandiraient pas à ses yeux (et lecteur est tout entier dans ses yeux), ce qui lui supprimerait toute envie d’encore vous lire.

    Le temps que vous restez caché est du temps gagné.

    Le temps que vous restez hors de son entendement est du temps gagné.

    Le lecteur vous devine derrière chaque phrase, chaque mot, vous aiguisez son sens de l’enquête, vous le rendez subtil, il flaire votre présence, il est sur le point de vous dénicher là où même vous n’auriez même pas pensé vous trouver...

    Le temps que le lecteur vous cherche, c’est du temps gagné!

    Laissez-le chercher, le monde est vaste et votre livre est tout petit !

    Le temps que le lecteur trouve le livre puis vous dans le livre, vous serez loin de ce livre-là.  Qu’il vous trouve alors là où vous n’êtes plus ne comptera plus pour vous.  

    Le lecteur pensera vous avoir trouvé puis, comme il aime le jeu et à se faire taquiner, il vous cherchera dans un nouveau livre jusqu’à ce que mort de la lecture et de la littérature s’en suive...

  • LE POÈTE NATIONAL

    Lire_un_visage.thumb.jpgCela faisait trente-cinq ans qu’il avait été élu poète national et cela faisait trente-cinq ans qu’il n’écrivait plus le moindre vers.

    Il avait des rues, des parcs, des places, des bars, des stations de métro, des Maisons de la poésie et même une marque de bain de bouche à son nom. Il avait des routes, des écoles, des stades, des cascades, des chansons populaires, des Maisons de la culture et même une étoile lointaine à son nom. Il ne pouvait plus faire un pas dans son pays ni dans une quelconque galaxie sans trouver un bâtiment, un lieu public qui lui rappelât son ancienne raison de vivre.

    Cette célébrité soudaine avait eu raison de sa proverbiale humilité et avait bientôt coupé court à toute possibilité d’écriture. Mais très vite, le premier moment de réjouissance passé (on se souvient, à l’annonce du prix, de supporters de la poésie klaxonnant en roulant vitres baissées dans champs et villes et distribuant force plaquettes et invitations à des ateliers d'écriture...), des voix de collègues aigris, de lecteurs de posologies, de politiciens de la pop position, de commentateurs de duels littéraires s'étaient élevées contre cette décision jugée bien arbitraire.

    Chaque communauté avait voulu son poète national et, au bout de six mois, pas moins de quarante-sept poètes nationaux avaient fleuri de toutes les couches de la population et de tous les courants littéraires même (et surtout) les plus obscurs.

    À telle enseigne que lorsqu’on rencontrait un poète, la première question qu’on lui posait, en manière de boutade (car on aimait rire et boire et slamer au pays du poète national), visait à savoir s’il était nationalisé ou non. Le titre avait rapidement perdu de son prestige et, d’ailleurs, l’année suivante, de commun accord toutes les autorités en charge du prix renoncèrent à une nouvelle attribution, si bien qu’il resta le seul et unique poète national de sa nation.

    Maintenant qu’il vient de mourir, sa figure a été réactivée. Toute l’amertume depuis longtemps retombée s’est muée en admiration un brin patriote et on envisage une réédition de son œuvre passée entrée au patrimoine de la popularité. Et on reparle enfin en bien de la poésie (à l'approche du Printemps des poètes, c'est tout bénéfice).

    Le fils du poète national, âgé de bientôt soixante-cinq ans, qui a souffert toute sa vie d’être l'enfant d’un écrivain (comme on le comprend !) puis d’un monument écorné, et qui n’avait jamais repris la plume depuis l’école (sauf pour signer des campagnes de pub au nom de son père), vient d’écrire un touchant hommage à son géniteur disparu, relayé un peu partout. Il pense que si jamais il devenait poète national à son tour, il ne serait pas nécessaire de changer le nom des édifices publics qui portent son patronyme. Il se dit que c’est un bon argument en cette période de crise de trente-cinq ans pour qu’on le nomme dans l’année à ce titre à la suite de son illustre paternel.

    La veille de l'enterrement national du poète, n’a-t-il pas écrit tout un recueil de textes sans la moindre retouche. Tout cela lui paraît de très bon augure pour la poésie nationale et peut-être même internationale, on peut rêver.  

     

     

    rzEi2Rw-CNQmzUX5HrKOrLTHUAs.gif

     

  • LE SIGNET

    New-Arrival-Paper-Paginated-Silicone-font-b-Bookmark-b-font-Portable-Yellow-font-b-Men-b.jpgAprès une longue carrière d’éditeur indépendant puis de libraire pour vendre les nombreux livres publiés durant la première, cet homme se décida enfin à se faire plaisir, à suivre et réaliser sa vocation : devenir signet. Devenir signet ou marque-page, si vous voulez, cela ne court pas les rues et c’est à l’objet de sa vocation qu’on reconnaît l'homme singulier. Vous conviendrez qu’on trouve plus de personnes désirant devenir chanteur de télé-crochet, acteur de téléréalité, présentateur de téléachat, philosophe de plateau télé, directeur général d’une chaîne de télé, que simple signet dans un livre.

    Mais au cours de toutes ces années passées, notre homme avait eu le temps de ruminer son projet et d’en assurer la réalisation. Au bout d’une opération qu’on ne peut ici dévoiler, conscience professionnelle de confident oblige, l’ancien libraire devint signet et œuvre maintenant dans de nombreux livres. Nous ne nous attarderons pas non plus sur son mode de vie, nous dirons seulement qu’il réussissait à vivre sans air (sinon via un infime filet) pendant une longue journée et qu’entre deux livres, il vivait la vie ordinaire d’un signet.

    (Faisons ici une parenthèse de cinq lignes pour signaler l'avantage insigne du signet sur le bandeau de livre ; par définition le bandeau, ne s’accorde qu’à un ouvrage même s’il est prestigieux alors que le signet, s’il est assez neutre, se glisse dans toute forme de livre. Précisons, pour être complet sur le sujet, qu'on a connu des bandeaux qui, faute de marque-page sur le marché, ont été employés comme signet.)

    L’homme tirait tant de jouissance à être pressé comme un mirliton écrasé entre deux pages sèches, sans cesse changeantes, qu’il avait la force d’endurer l’inactivité d’un moment parfois long de lecture. Il voyageait dans les livres, des livres de genres qu’en tant qu’éditeur ou de lecteur il n’aurait jamais imaginé lire. C’était le contact des mots imprimés, voire des lettres et du papier qui lui procurait son bien-être. Un jour, par hasard, il se retrouva dans un volume publié par ses anciens soins et qui, plus est, provenant de la librairie qu’il avait jadis gérée. Il connut là un bonheur qu’on peut à peine s’imaginer et qu’on ne peut en tout cas pas décrire. Mais pas tant que ça, car, passé le premier moment d’exultation, lui succéda le temps de l’observation minutieuse,on ne perd pas si facilement ses vieux réflexes. Eh bien, il retrouva dans ce livre tellement de coquilles, trop de phrases mal tournées et, pour tout dire, tant de nullité qu’il ne regretta pas le moins du monde de terminer sa vie en signet. C’est tellement plus fort, plus utile et plus durable qu’un livre, au fond, un signet !

  • DES ECRIVAINS BIEN PLACÉS

    L’écrivain à la statue

    Cet écrivain s’installait dans un campement pour la journée sous la statue d’un saint ou d’un roi à cheval, allez savoir. À l’abri du soleil ou de la pluie, il écrivait. À la fin de son travail, s’aidant de cordages, il grimpait sur le quadripède de pierre et criait sa prose aux badauds et au monde venus applaudir la prouesse sportive et scripturaire (on relayait, admiratif, ses photos sur les réseaux sociaux).

    Quand il mourut, laissant derrière lui une œuvre insigne, un monument littéraire, ses nombreux amis de par la région obtinrent du seigneur local qu’il figurât sur la monture de ses exploits. Comme sa conformation ne différait en rien de celle du saint ou du roi lui ayant servi de muse, il suffit de mouler sa tête défunte et de la monter à la place du saint ou du roi, allez savoir.

    Depuis, de jeunes écrivains rebelles ou bien conformes, allez savoir, en mal de reconnaissance, pour sûr, mais moins athlétiques, viennent écrire à l’ombre de sa statue. En fin de journée, sans sa souplesse certes, ils escaladent pour gueuler mais leur voix porte moins loin, moins fort. Faut-il croire qu’on écrit moins bien sous la statue d’un écrivain, fût-il remarquable et cavalier, que sous celle d’un roi ou d’un saint, allez savoir ?

     

    Extra+horses+021.JPG

    L’écrivain au miroir

    Cet écrivain écrivait face à un miroir. Ou à une caméra.

    Même s’il a beaucoup vendu, il a été peu ou mal compris. Son écriture est restée illisible jusqu’à ce jour. Pour tout dire, spéculaire, et sans clairvoyance. Ses nombreux éditeurs, pris dans le tourbillon de son narcissisme, n’ont pas toujours pris la mesure de la méprise, sinon tard quand la notoriété de leur écrivain charismatique était reconnue mais alors comment faire machine arrière quand le succès est là, le lecteur impatient et le libraire fébrile.

    Un téméraire critique a bien essayé d’attirer l’attention sur l’imposture mais la pression du milieu fut telle qu’il dut bientôt arrondir le tranchant et sa plume et rentrer dans le rang s’il voulait garder son job. Comme les autres, ils a vanté les écrits de cet homme aux multiples facettes qui toutes, cela dit, reproduisaient le reflet d’un homme muni d’un stylographe dans les premières années de sa carrière, puis d’un clavier d’ordinateur, enfin d’un index agile.

    Aujourd’hui qu’il siège à l'Académie, on a installé à sa table de travail un miroir de poche grossissant cerclé d’or de façon qu’il puisse se mirer à son avantage sans discontinuer jusqu’à la fin des temps.

    magritte-miroir.jpg

     

    L’écrivaine au niqab

    L’écrivaine au niqab n’affiche jamais sa face. Les vilaines langues supputent qu’elle est nue sous son habit ou qu’elle est affreuse à regarder. Ou qu’elle possède un éditeur jaloux qui se garde tous ses droits d’auteur. Et ne l’identifie jamais à l’Association des Ecrivains de sa re(li)gion… À moins encore qu'il s'agisse d'une nouvelle facétie houellebecquienne.

    Mais peu importe son mode vestimentaire, son régime littéraire, ses croyances en matière libidineuse, disent ses lecteurs, si elle écrit avec superbe et sans pudeur. Le (c)hic, c’est qu’on n’a jamais pu voir ce qu’elle écrit tant ses livres demeurent inaccessibles, recouverts d’une jaquette opaque d’où ne transparaît, dans un fin rectangle, que le titre, énigmatique à souhait mais qui, reconnaissons-le, a des airs de déjà vu : L’œuvre au noir. 

    niqab-manif-Jamat-Tawhid.jpg

  • AU PIANO !

    L’écrivain au piano.

    Si certains écrivains ne peuvent écrire qu’en compagnie d’une guitare électrique, un coupe-ongles mécanique ou un ancien tampon hygiénique de Britney Spears (les écrivains sont bizarres) ou encore un verre (déformant) dans le nerf optique, cet écrivain ne pouvait écrire qu'au piano.

    Un critique célèbre avait écrit tout un ouvrage pour en donner les raisons,  peu convaincantes, à vrai dire, pour les allergiques de l’essai littéraire (il y en a !). Il avait ainsi affirmé que sa nuit de l’effroi s’était produite sur un clavier mais, quelques semaines plus tard, la mère de l’écrivain, la veille de sa mort, infirma cette version et déclara polaroïd (d’époque) à l’appui que son fils avait été conçu sur une moto (au repos - on n’est pas au rodéo quand même !). Le critique se fendit d’un article dans lequel il affirmait que cela ne discréditait pas sa théorie car il se pouvait très bien que le o final (les critiques sont bizarres) avait pu servir de lien psychanalytique et que le bruit de l'engin n’était pas sans rappeler certains arpèges pianistiques.
    La réalité était qu’à chaque nouveau livre son éditeur devait lui acheter un Steinway neuf sur lequel il tapotait autant qu’il scribouillait.

    Quand il se rendait comme tout écrivain qui se respecte (un peu trop) à l’hôtel (pendant longtemps l’hôtel, rappelons-le aux jeunes auteurs qui ont bénéficié de subsides publics, a été la première résidence d’écriture des écrivains en mal d’inspiration) pour écrire mieux, il réclamait aux porteurs qu’on lui montât son instrument préféré. Ou à défaut une épinette.

    Quand il reçut le Goncourt du meilleur écrivain au piano, les mauvaises oreilles dirent qu’il était le seul en lice, Bernard Pivot tweeta énergiquement que non et Pierre Assouline blogua dans le même sens pendant qu'Anne Lowenthäl et Marcel Sel se disputaient sur l’étymologie du mot blog), il reçut la presse devant son instrument de travail et les chassa hélas, avant qu’ils eussent eu le temps de poser la moindre question, en martelant le piano sans maître tel un Pollini fortifié aux anabémolisants avec des partitions de Stockhausen.

    dyn005_original_528_377_pjpeg_58519_5ab0025badcb6919b28886401c126f38.jpg

     

    Le peintre au piano

    Le peintre au piano peint d’une main cependant qu’il joue de l’autre. Devant un piano customisé et une palette couverte de verres de couleurs qui n'est pas sans rappeler le pianocktail de Colin sans les liqueurs fortes.

    Suivant le rythme de son inspiration, il s’accompagne à l’instrument ou au pinceau, il pédale ou il bien brosse. Devant un public situé à bonne distance pour entendre les nuances sans être aspergé de couleurs. Préférentiellement dans une piscine vidée de son eau chlorée ou une raffinerie désucrée. Voire une vieille forge commune expurgée de son marteau et de son enclume. Un atelier en forme de trompette. Un musée aux allures de violon avec des cordes trempées dans le suif.

    Son œuvre bifide une fois terminée, entre bariolage sonore et musique en pots, ne ressemble à rien… de vraiment connu. C’est ce qui fait son prix, son originalité, son sel acoustique, son cumin optique. Pas moins que l’usager des réseaux du silence ou que moi qui retiens un cri, là, pour ne pas jouir devant vous, le peintre aime être aimé pour ce qu’il sait taire ou bien voiler.

    Les auditeurs-spectateurs sont perplexes voire amusés, sauf les aficionados de ses débuts, celui des crayons de couleurs et du clavier miniature, qui trouvent, eux, qu’il progresse avantageusement et même qu’il n’a jamais si bien joué-peint depuis l'explosion de l'orchestre de chambre d'écoute qui l'accompagnait depuis son premiers pas dans la boîte à musique.

    dyn005_original_528_377_pjpeg_58519_5ab0025badcb6919b28886401c126f38.jpg

    Le piano (1955), Nicolas de Staël, huile sur toile, 160x220


    À signaler à ce propos, le beau livre que lui a consacré Stéphane Lambert: NICOLAS DE STAËL, LE VERTIGE ET LA FOI chez Arléa-Poche (192 pages, 9€)

    "Nicolas de Staël incarne comme nul autre la fracture entre le besoin de création et le tourment d’exister.
    Stéphane Lambert donne la parole à Nicolas de Staël lors d’une nuit d’intense bouillonnement intérieur, qui le vit revenir, au volant de sa voiture, de Paris à Antibes où il devait se suicider une semaine plus tard après avoir réalisé sa dernière oeuvre, Le Concert.
    Puis face à ce même tableau, au musée Picasso d’Antibes, il revient sur la vie du peintre, sa fièvre visionnaire et sa solitude, qui donnent à l’oeuvre son vigoureux mystère et à l’artiste sa tragique fragilité."

    arton978-a64cd.jpg

    Le livre sur le site de l'éditeur

  • DES LIVRES ET DES LÈVRES

    tumblr_mt16b5YaAy1rbm0r8o1_1280.jpgJ'aime mieux tes lèvres

    que mes livres

    Jacques Prévert

     

     

    Les lèvres

    Il avait rêvé de lèvres douces au toucher comme jamais.

    Il ne les avait pas vues mais caressées en songe. Et la sensation perdurait.

    C’était il y a longtemps, peut-être dans l’enfance ou juste au sortir. Et jamais encore il n’avait découvert devant quel sourire ou béance ininaginable elles se dissimulaient.

    Il continuait à chercher, à poser les doigts et ses propres lèvres sur des lèvres de rencontre.

    Touchées par sa quête, les femmes aux lèvres pulpeuses lui permettaient cette façon de s’enquérir, de chercher à comprendre pour trouver.

    Certaines s’attachaient à cette façon à l’aveugle de palper, de tâter, comme à la recherche d’un trésor. Et pour leur faire plaisir, pour ne pas les peiner, il recommençait l’opération autant de fois qu’on la lui réclamait. Il n’était pas avare de son temps ni de ses gestes ni de mots apaisants.
    Car il s’était résigné à espérer jusqu’à la mort.

     

    Les livres

    Cet homme, revenu de tous les livres, ne voulait plus les voir. Comme les livres avaient été pendant longtemps ses compagnons, ils continuaient de prendre la route vers lui. A telle enseigne qu’il dut prendre des mesures draconiennes, interdire sa demeure aux postiers, l’entourer de murs épais et de grillage, engager des gardes de sécurité. Mais des livres réussissaient encore à passer, à s’introduire jusqu’à lui, et il ne pouvait résister à les toucher, à les ouvrir, à respirer leurs pages, il en lisait certains jusqu’au bout, de moins en moins certes, pour leur laisser entendre son dégoût du livre. Il refoulait les anciens livres par camions, par bennes à ordure, il exigeait qu’on les brûlât et attendait de voir leurs cendres pour être certain de ne jamais les revoir chez lui. Plus que tous, c’était ceux avec son nom sur la couverture qu’il honnissait. Loin des livres, il ne vivait pas heureux car les livres avaient causé des dommages irréparables dans sa façon de vivre et d’appréhender le monde. Il ne savait pas l’homme qu’il aurait été sans les livres et cela le minait. Il imaginait l’homme sans livres qu’il aurait été même s’il savait qu’il aurait été le même. C’est ça surtout qui le faisait souffrir, cette impossibilité du livre (comme de toute autre chose) à changer la destinée et le fond d’un misérable comme lui.

     

    decoration-livre-objet-levres-1387778-p1110624a-f7150_big.jpg